<HTML> <HEAD>    <TITLE>cendrillon</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FFFFFF"> <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial" COLOR="#0000FF"><U>CENDRILLON</U></FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Il &eacute;tait une fois un gentilhomme qui &eacute;pousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fi&egrave;re qu'on e&ucirc;t jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait de son c&ocirc;t&eacute; une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bont&eacute; sans exemple; elle tenait cela de sa m&egrave;re, qui &eacute;tait la meilleure femme du monde. Les noces ne furent pas plus t&ocirc;t faites, que la belle-m&egrave;re fit &eacute;clater sa mauvaise humeur; elle ne put souffrir les bonnes qualit&eacute;s de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus ha&iuml;ssables. Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c'&eacute;tait elle qui nettoyait la vaisselle et les mont&eacute;es, qui frottait la chambre de madame, et celles de mesdemoiselles ses filles. Elle couchait tout en haut de la maison, dans un grenier, sur une m&eacute;chante paillasse, pendant que ses s&#156; urs &eacute;taient dans des chambres parquet&eacute;es, o&ugrave; elles avaient des lits des plus &agrave; la mode, et des miroirs o&ugrave; elles se voyaient depuis les pieds jusqu'&agrave; la t&ecirc;te. La pauvre fille souffrait tout avec patience, et n'osait s'en plaindre &agrave; son p&egrave;re qui l'aurait grond&eacute;e, parce que sa femme le gouvernait enti&egrave;rement. Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle s'en allait au coin de la chemin&eacute;e, et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu'on l'appelait commun&eacute;ment dans le logis Cucendron. La cadette, qui n'&eacute;tait pas si malhonn&ecirc;te que son a&icirc;n&eacute;e, l'appelait Cendrillon; cependant Cendrillon, avec ses m&eacute;chants habits, ne laissait pas d'&ecirc;tre cent fois plus belle que ses s&#156; urs, quoique v&ecirc;tues tr&egrave;s magnifiquement. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Il arriva que le fils du roi donna un bal, et qu'il y invita toutes les personnes de qualit&eacute; : nos deux demoiselles en furent aussi invit&eacute;es, car elles faisaient grande figure dans le pays. Les voil&agrave; bien aises et bien occup&eacute;es &agrave; choisir les habits et les coiffures qui leur si&eacute;raient le mieux; nouvelle peine pour Cendrillon, car c'&eacute;tait elle qui repassait le linge de ses s&#156; urs et qui godronnait leurs manchettes : on ne parlait que de la mani&egrave;re dont on s'habillerait. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Moi, dit l'a&icirc;n&eacute;e, je mettrai mon habit de velours rouge et ma garniture d'Angleterre." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Moi, dit la cadette, je n'aurai que ma jupe ordinaire; mais par contre, je mettrai mon manteau &agrave; fleurs d'or, et ma barri&egrave;re de diamants, qui n'est pas des plus indiff&eacute;rentes." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">On envoya chercher la bonne coiffeuse, pour dresser les cornettes &agrave; deux rangs, et on fit acheter des mouches de la bonne faiseuse : elles appel&egrave;rent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait bon go&ucirc;t. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s'offrit m&ecirc;me &agrave; les coiffer; ce qu'elles voulurent bien. En les coiffant, elles lui disaient : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Cendrillon, serais-tu bien aise d'aller au bal ?" </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" H&eacute;las, mesdemoiselles, vous vous moquez de moi, ce n'est pas l&agrave; ce qu'il me faut." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Tu as raison, on rirait bien si on voyait un cucendron aller au bal." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Une autre que Cendrillon les aurait coiff&eacute;es de travers; mais elle &eacute;tait bonne, et elle les coiffa parfaitement bien. Elles furent pr&egrave;s de deux jours sans manger, tant elles &eacute;taient emplies de joie. On rompit plus de douze lacets &agrave; force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue, et elles &eacute;taient toujours devant leur miroir. Enfin l'heureux jour arriva, on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put; lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit &agrave; pleurer. Sa marraine, qui la vit toute en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Je voudrais bien... je voudrais bien..." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui &eacute;tait f&eacute;e, lui dit : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ? </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" H&eacute;las oui" dit Cendrillon en soupirant. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" H&eacute; bien, seras-tu bonne fille ?" dit sa marraine, je t'y ferai aller. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cendrillon alla aussit&ocirc;t cueillir la plus belle qu'elle put trouver, et la porta &agrave; sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille pourrait la faire aller au bal. Sa marraine la creusa, et n'ayant laiss&eacute; que l'&eacute;corce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussit&ocirc;t chang&eacute;e en un beau carrosse tout dor&eacute;. Ensuite elle alla regarder dans sa sourici&egrave;re, o&ugrave; elle trouva six souris toutes en vie ; elle dit &agrave; Cendrillon de lever un peu la trappe de la sourici&egrave;re, et &agrave; chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris &eacute;tait aussit&ocirc;t chang&eacute;e en un beau cheval; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d'un beau gris de souris pommel&eacute;. Comme elle &eacute;tait en peine de quoi elle ferait un cocher : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Je vais voir, dit Cendrillon, s'il n'y a point quelque rat dans la rati&egrave;re, nous en ferons un cocher." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Tu as raison" , dit sa marraine " va voir." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cendrillon lui apporta la rati&egrave;re, o&ugrave; il y avait trois gros rats. La f&eacute;e en prit un d'entre les trois, &agrave; cause de sa ma&icirc;tresse barbe, et l'ayant touch&eacute;, il fut chang&eacute; en un gros cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu'on ait jamais vues. Ensuite elle lui dit : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Va dans le jardin, tu y trouveras six l&eacute;zards derri&egrave;re l'arrosoir, apporte-les-moi." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Elle ne les eut pas plus t&ocirc;t apport&eacute;s, que la marraine les changea en six laquais, qui mont&egrave;rent aussit&ocirc;t derri&egrave;re le carrosse avec leurs habits chamarr&eacute;s, et qui s'y tenaient accroch&eacute;s, comme s'ils n'eussent fait autre chose toute leur vie. La f&eacute;e dit alors &agrave; Cendrillon : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"H&eacute; bien, voil&agrave; de quoi aller au bal, n'es-tu pas bien aise ? </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Oui, mais est-ce que j'irai comme &ccedil;a avec mes vilains habits ?" </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en m&ecirc;me temps ses habits furent chang&eacute;s en des habits de drap d'or et d'argent tout chamarr&eacute;s de pierreries; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde. Quand elle fut ainsi par&eacute;e, elle monta en carrosse; mais sa marraine lui recommanda instamment de ne pas d&eacute;passer minuit, l'avertissant que si elle demeurait au bal un moment de plus, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des l&eacute;zards, et que ses vieux habits reprendraient leur premi&egrave;re forme. Elle promit &agrave; sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit. Elle part, ne se sentant pas de joie. Le fils du roi, qu'on alla avertir qu'il venait d'arriver une grande princesse qu'on ne connaissait point, courut la recevoir; il lui donna la main &agrave; la descente du carrosse, et la mena dans la salle o&ugrave; &eacute;tait la compagnie. Il se fit alors un grand silence; on cessa de danser, et les violons ne jou&egrave;rent plus, tant on &eacute;tait attentif &agrave; contempler les grandes beaut&eacute;s de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit confus : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Ha, qu'elle est belle !" </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Le roi m&ecirc;me, tout vieux qu'il &eacute;tait, ne lassait pas de la regarder, et de dire tout bas &agrave; la reine qu'il y avait longtemps qu'il n'avait vu une si belle et si aimable dame. Toutes les dames &eacute;taient attentives &agrave; consid&eacute;rer sa coiffure et ses habits, pour en avoir d&egrave;s le lendemain de semblables, pourvu qu'il se trouv&acirc;t des &eacute;toffes assez belles, et des ouvriers assez habiles. Le fils du roi la mit &agrave; la place d'honneur, et ensuite la prit pour la mener danser : elle dansa avec tant de gr&acirc;ce, qu'on l'admira encore davantage. On apporta une fort belle collation, dont le jeune prince ne mangea point, tant il &eacute;tait occup&eacute; &agrave; la contempler. Elle alla s'asseoir aupr&egrave;s de ses s&#156; urs, et leur fit mille honn&ecirc;tet&eacute;s : elle leur fit part des oranges et des citrons que le Prince lui avait donn&eacute;s, ce qui les &eacute;tonna fort, car elles ne la connaissaient point. Lorsqu'elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts : elle fit aussit&ocirc;t une grande r&eacute;v&eacute;rence &agrave; la compagnie, et s'en alla le plus vite qu'elle put. D&egrave;s qu'elle fut arriv&eacute;e, elle alla trouver sa marraine, et apr&egrave;s l'avoir remerci&eacute;e, elle lui dit qu'elle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l'en avait pri&eacute;e. Comme elle &eacute;tait occup&eacute;e &agrave; raconter &agrave; sa marraine tout ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; au bal, les deux s&#156; urs frapp&egrave;rent &agrave; la porte; Cendrillon alla leur ouvrir : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Que vous avez mis longtemps &agrave; revenir !" leur dit-elle en b&acirc;illant, en se frottant les yeux, et en s'&eacute;tendant comme si elle n'e&ucirc;t fait que de se r&eacute;veiller; elle n'avait cependant pas eu envie de dormir depuis qu'elles s'&eacute;taient quitt&eacute;es. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Si tu &eacute;tais venue au bal, lui dit une de ses s&#156; urs, tu ne t'y serais pas ennuy&eacute;e : il y est venu la plus belle princesse, la plus belle qu'on puisse jamais voir; elle nous a fait mille civilit&eacute;s, elle nous a donn&eacute; des oranges et des citrons." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cendrillon ne se sentait pas de joie : elle leur demanda le nom de cette princesse; mais elles lui r&eacute;pondirent qu'on ne la connaissait pas, que le fils du roi en &eacute;tait fort en peine, et qu'il donnerait toutes choses au monde pour savoir qui elle &eacute;tait. Cendrillon sourit et leur dit : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Elle &eacute;tait donc bien belle ? Mon Dieu, que vous &ecirc;tes heureuses, ne pourrais-je point la voir ? H&eacute;las ! Mademoiselle Javotte, pr&ecirc;tez-moi votre habit jaune que vous mettez tous les jours." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Vraiment" , dit Mademoiselle Javotte, " je suis de cet avis ! Pr&ecirc;tez votre habit &agrave; un vilain cucendron comme cela, il faudrait que je fusse bien folle." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cendrillon s'attendait bien &agrave; ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait &eacute;t&eacute; grandement embarrass&eacute;e si sa s&#156; ur e&ucirc;t bien voulu lui pr&ecirc;ter son habit. Le lendemain les deux s&#156; urs furent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus par&eacute;e que la premi&egrave;re fois. Le fils du roi fut toujours aupr&egrave;s d'elle, et ne cessa de lui conter des douceurs; la jeune demoiselle ne s'ennuyait point, et oublia ce que sa marraine lui avait recommand&eacute;; de sorte qu'elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu'elle ne croyait pas qu'il f&ucirc;t encore onze heures : elle se leva et s'enfuit aussi l&eacute;g&egrave;rement qu'aurait fait une biche. Le prince la suivit, mais il ne put l'attraper; elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre, que le prince ramassa bien soigneusement. Cendrillon arriva chez elle bien essouffl&eacute;e, sans carrosse, sans laquais, et avec ses m&eacute;chants habits, rien ne lui &eacute;tant rest&eacute; de toute sa magnificence qu'une de ses petites pantoufles, la pareille de celle qu'elle avait laiss&eacute;e tomber. On demanda aux gardes de la porte du palais s'ils n'avaient point vu sortir une princesse; ils dirent qu'ils n'avaient vu sortir personne, qu'une jeune fille fort mal v&ecirc;tue, et qui avait plus l'air d'une paysanne que d'une demoiselle. Quand ses deux s&#156; urs revinrent du bal, Cendrillon leur demanda si elles s'&eacute;taient encore bien diverties, et si belle dame y avait &eacute;t&eacute;. Elles lui dirent que oui, mais qu'elle s'&eacute;tait enfuie lorsque minuit avait sonn&eacute;, et si promptement qu'elle avait laiss&eacute; tomber une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde; que le fils du roi l'avait ramass&eacute;e, et qu'il n'avait fait que la regarder pendant tout le reste du bal, et qu'assur&eacute;ment il &eacute;tait fort amoureux de la belle dame &agrave; qui appartenait la petite pantoufle. Elles dirent vrai, car peu de jours apr&egrave;s, le fils du roi fit publier &agrave; son de trompe qu'il &eacute;pouserait celle dont le pied serait bien juste &agrave; la pantoufle. On commen&ccedil;a &agrave; l'essayer aux princesses, ensuite aux duchesses, et &agrave; toute la cour, mais inutilement. On la porta chez les deux s&#156;urs, qui firent tout leur possible pour faire entrer leur pied dans la pantoufle, mais elles ne purent en venir &agrave; bout. Cendrillon qui les regardait, et qui reconnut sa pantoufle, dit en riant : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Que je voie si elle ne me serait pas bonne !" </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Ses s&#156;urs se mirent &agrave; rire et &agrave; se moquer d'elle. Le gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle, ayant regard&eacute; attentivement Cendrillon, et la trouvant fort belle, dit que cela &eacute;tait juste, et qu'il avait ordre de l'essayer &agrave; toutes les filles. Il fit asseoir Cendrillon, et approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'elle y entrait sans peine, et qu'elle y &eacute;tait juste comme de cire. L'&eacute;tonnement des deux s&#156;urs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit &agrave; son pied. L&agrave;-dessus arriva la marraine qui, ayant donn&eacute; un coup de sa baguette sur les habits de Cendrillon, les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Alors ses deux s&#156;urs la reconnurent pour la belle dame qu'elles avaient vue au bal. Elles se jet&egrave;rent &agrave; ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles lui avaient fait souffrir. Cendrillon les releva, et leur dit, en les embrassant, qu'elle leur pardonnait de bon c&#156;ur, et qu'elle les priait de l'aimer bien toujours. On la mena chez le jeune prince, par&eacute;e comme elle &eacute;tait : il la trouva encore plus belle que jamais, et peu de jours apr&egrave;s il l'&eacute;pousa. Cendrillon, qui &eacute;tait aussi bonne que belle, fit loger ses deux s&#156;urs au palais, et les maria d&egrave;s le jour m&ecirc;me &agrave; deux grands seigneurs de la cour. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">La belle au bois dormant</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Il &eacute;tait une fois un roi et une reine qui &eacute;taient si f&acirc;ch&eacute;s de n'avoir point d'enfants, si f&acirc;ch&eacute;s qu'on ne saurait dire. Ils all&egrave;rent &agrave; toutes les eaux du monde, veux, p&egrave;lerinages, menues d&eacute;votions; tout fut mis en oeuvre, et rien n'y faisait. Enfin pourtant la reine devint grosse, et accoucha d'une fille : on fit un beau bapt&ecirc;me; on donna pour marraines &agrave; la petite princesse toutes les f&eacute;es qu'on p&ucirc;t trouver dans le pays (il s'en trouva sept) , afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'&eacute;tait la coutume des f&eacute;es en ce temps-l&agrave;, la princesse e&ucirc;t par ce moyen toutes les perfections imaginables. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Apr&egrave;s les c&eacute;r&eacute;monies du bapt&ecirc;me toute la compagnie revint au palais du roi, o&ugrave; il y avait un grand festin pour les f&eacute;es. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un &eacute;tui d'or massif, o&ugrave; il y avait une cuiller, une fourchette, et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis. Mais comme chacun prenait sa place &agrave; table. On vit entrer une vieille f&eacute;e qu'on n'avait point pri&eacute;e parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'&eacute;tait sortie d'une tour et qu'on la croyait morte, ou enchant&eacute;e. Le roi lui fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un &eacute;tui d'or massif, comme aux autres, parce que l'on n'en avait fait faire que sept pour les sept f&eacute;es. La vieille crut qu'on la m&eacute;prisait, et grommela quelques menaces entre ses dents. Une des jeunes f&eacute;es qui se trouva aupr&egrave;s d'elle l'entendit, et jugeant qu'elle pourrait donner quelque f&acirc;cheux don &agrave; la petite princesse, alla, d&egrave;s qu'on fut sorti de table, se cacher derri&egrave;re la tapisserie, afin de parler la derni&egrave;re, et de pouvoir r&eacute;parer autant qu'il lui serait possible le mal que la vieille aurait fait. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cependant les f&eacute;es commenc&egrave;rent &agrave; faire leurs dons &agrave; la princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'apr&egrave;s qu'elle aurait de l'esprit comme un ange, la troisi&egrave;me qu'elle aurait une gr&acirc;ce admirable &agrave; tout ce qu'elle ferait, la quatri&egrave;me qu'elle danserait parfaitement bien, la cinqui&egrave;me qu'elle chanterait comme un rossignol, et la sixi&egrave;me qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments &agrave; la perfection. Le rang de la vieille f&eacute;e &eacute;tant venu, elle dit en branlant la t&ecirc;te, encore plus de d&eacute;pit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Ce terrible don fit fr&eacute;mir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleur&acirc;t. Dans ce moment la jeune f&eacute;e sortit de derri&egrave;re la tapisserie, et dit tout haut ces paroles : "Rassurez-vous, roi et reine, votre fille n'en mourra pas : il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour d&eacute;faire enti&egrave;rement ce que mon ancienne a fait. La princesse se percera la main d'un fuseau; mais au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la r&eacute;veiller." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Le roi, pour t&acirc;cher d'&eacute;viter le malheur annonc&eacute; par la vieille, fit publier aussit&ocirc;t un &eacute;dit, par lequel il d&eacute;fendait &agrave; tous de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi sous peine de mort. Au bout de quinze ou seize ans, le roi et la reine &eacute;tant all&eacute;s &agrave; une de leurs maisons de plaisance, il arriva que la jeune princesse courant un jour dans le ch&acirc;teau, et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut d'un donjon dans un petit galetas, o&ugrave; une bonne vieille &eacute;tait seule &agrave; filer sa quenouille. Cette bonne femme n'avait point entendu parler des d&eacute;fenses que le roi avait faites de filer au fuseau.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Que faites-vous l&agrave;, ma bonne femme ?" dit la princesse. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Je file, ma belle enfant" lui r&eacute;pondit la vieille qui ne la connaissait pas. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Ha ! que cela est joli" reprit la princesse, " comment faites-vous ? Donnez-moi que je voie si j'en ferais bien autant."</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Elle n'eut pas plus t&ocirc;t pris le fuseau, que comme elle &eacute;tait fort vive, un peu &eacute;tourdie, et que d'ailleurs l'arr&ecirc;t des f&eacute;es l'ordonnait ainsi, elle s'en per&ccedil;a la main, et tomba &eacute;vanouie. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">La bonne vieille, bien embarrass&eacute;e, crie au secours : on vient de tous c&ocirc;t&eacute;s, on jette de l'eau au visage de la princesse, on la d&eacute;lace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de l'eau de la reine de Hongrie; mais rien ne la faisait revenir. Alors le roi, qui &eacute;tait mont&eacute; au bruit, se souvint de la pr&eacute;diction des f&eacute;es, et jugeant bien qu'il fallait que cela arriv&acirc;t, puisque les f&eacute;es l'avaient dit, fit mettre la princesse dans le plus bel appartement du palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent. On e&ucirc;t dit d'un ange, tant elle &eacute;tait belle; car son &eacute;vanouissement n'avait pas &ocirc;t&eacute; les couleurs vives de son teint : ses joues &eacute;taient incarnates, et ses l&egrave;vres comme du corail; elle avait seulement les yeux ferm&eacute;s, mais on l'entendait respirer doucement, ce qui montrait bien qu'elle n'&eacute;tait pas morte. Le roi ordonna qu'on la laiss&acirc;t dormir, jusqu'&agrave; ce que son heure de se r&eacute;veiller f&ucirc;t venue. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">La bonne f&eacute;e qui lui avait sauv&eacute; la vie, en la condamnant &agrave; dormir cent ans, &eacute;tait dans le royaume de Mataquin, &agrave; douze mille lieues de l&agrave;, lorsque l'accident arriva &agrave; la princesse; mais elle en fut avertie en un instant par un petit nain, qui avait des bottes de sept lieues (c'&eacute;tait des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjamb&eacute;e) . La f&eacute;e partit aussit&ocirc;t, et on la vit au bout d'une heure arriver dans un chariot tout de feu, tra&icirc;n&eacute; par des dragons. Le roi lui alla pr&eacute;senter la main &agrave; la descente du chariot. Elle approuva tout ce qu'il avait fait; mais comme elle &eacute;tait grandement pr&eacute;voyante, elle pensa que quand la princesse viendrait &agrave; se r&eacute;veiller, elle serait bien embarrass&eacute;e toute seule dans ce vieux ch&acirc;teau. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Voici ce qu'elle fit : elle toucha de sa baguette tout ce qui &eacute;tait dans ce ch&acirc;teau (hors le roi et la reine) , gouvernantes, filles d'honneur, femmes de chambre, gentilshommes, officiers, ma&icirc;tres d'h&ocirc;tel, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages, valets de pied; elle toucha aussi tous les chevaux qui &eacute;taient dans les &eacute;curies, avec les palefreniers, les gros m&acirc;tins de basse-cour, et Pouffe, la petite chienne de la princesse, qui &eacute;tait aupr&egrave;s d'elle sur son lit. D&egrave;s qu'elle les eut touch&eacute;s, ils s'endormirent tous, pour ne se r&eacute;veiller qu'en m&ecirc;me temps que leur ma&icirc;tresse, afin d'&ecirc;tre tout pr&ecirc;ts &agrave; la servir quand elle en aurait besoin : les broches m&ecirc;mes qui &eacute;taient au feu toutes pleines de perdrix et de faisans s'endormirent, et le feu aussi. </FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Tout cela se fit en un moment; les f&eacute;es n'&eacute;taient pas longues &agrave; leur besogne. Alors le roi et la reine, apr&egrave;s avoir embrass&eacute; leur ch&egrave;re enfant sans qu'elle s'&eacute;veill&acirc;t, sortirent du ch&acirc;teau, et firent publier des d&eacute;fenses &agrave; qui que ce soit d'en approcher. Ces d&eacute;fenses n'&eacute;taient pas n&eacute;cessaires, car il cr&ucirc;t dans un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantit&eacute; de grands arbres et de petits, de ronces et d'&eacute;pines entrelac&eacute;es les unes dans les autres, que b&ecirc;te ni homme n'y aurait pu passer : en sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du ch&acirc;teau, encore n'&eacute;tait-ce que de bien loin. On ne douta point que la f&eacute;e n'e&ucirc;t encore fait l&agrave; un tour de son m&eacute;tier, afin que la princesse, pendant qu'elle dormirait, n'e&ucirc;t rien &agrave; craindre des curieux. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Au bout de cent ans, le fils du roi qui r&eacute;gnait alors, et qui &eacute;tait d'une autre famille que la princesse endormie, &eacute;tant all&eacute; &agrave; la chasse de ce c&ocirc;t&eacute;-l&agrave;, demanda ce que c'&eacute;tait que ces tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort &eacute;pais; chacun lui r&eacute;pondit selon qu'il en avait ou&iuml; parler. Les uns disaient que c'&eacute;tait un vieux ch&acirc;teau o&ugrave; il revenait des esprits; les autres que tous les sorciers de la contr&eacute;e y faisaient leur sabbat. La plus commune opinion &eacute;tait qu'un ogre y demeurait, et que l&agrave; il emportait tous les enfants qu'il pouvait attraper, pour pouvoir les manger &agrave; son aise, et sans qu'on le p&ucirc;t suivre, ayant seul le pouvoir de se faire un passage au travers du bois. Le Prince ne savait qu'en croire, lorsqu'un vieux paysan prit la parole, et lui dit : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Mon prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai entendu dire de mon p&egrave;re qu'il y avait dans ce ch&acirc;teau une princesse, la plus belle du monde; qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait r&eacute;veill&eacute;e par le fils d'un roi, &agrave; qui elle &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Le jeune prince &agrave; ce discours se sentit tout de feu; il crut sans h&eacute;siter qu'il mettrait fin &agrave; une si belle aventure; et pouss&eacute; par l'amour et par la gloire, il r&eacute;solut de voir sur-le-champ ce qu'il en &eacute;tait. A peine s'avan&ccedil;a-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces &eacute;pines s'&eacute;cart&egrave;rent d'eux-m&ecirc;mes pour le laisser passer : il marche vers le ch&acirc;teau qu'il voyait au bout d'une grande avenue o&ugrave; il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre, parce que les arbres s'&eacute;taient rapproch&eacute;s d&egrave;s qu'il avait &eacute;t&eacute; pass&eacute;. Il continua donc son chemin : un prince jeune et amoureux est toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour o&ugrave; tout ce qu'il vit d'abord &eacute;tait capable de le glacer de crainte : c'&eacute;tait un silence affreux, l'image de la mort s'y pr&eacute;sentait partout, et ce n'&eacute;tait que des corps &eacute;tendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonn&eacute; et &agrave; la face vermeille des Suisses qu'ils n'&eacute;taient qu'endormis, et leurs tasses, o&ugrave; il y avait encore quelques gouttes de vin, montraient assez qu'ils s'&eacute;taient endormis en buvant. Il passe une grande cour pav&eacute;e de marbre, il monte l'escalier, il entre dans la salle des gardes qui &eacute;taient rang&eacute;s en haie, l'arme sur l'&eacute;paule, et ronflants de leur mieux. Il traverse plusieurs chambres pleines de gentilshommes et de dames, dormant tous, les uns debout, les autres assis; il entre dans une chambre toute dor&eacute;e, et il vit sur un lit, dont les rideaux &eacute;taient ouverts de tous c&ocirc;t&eacute;s, le plus beau spectacle qu'il e&ucirc;t jamais vu : une princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'&eacute;clat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit &agrave; genoux aupr&egrave;s d'elle. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Alors comme la fin de l'enchantement &eacute;tait venue, la ; princesse s'&eacute;veilla; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une premi&egrave;re vue ne semblait le permettre : "Est-ce vous, mon prince ? Lui dit-elle, vous vous &ecirc;tes bien fait attendre." Le prince, charm&eacute; de ces paroles, et plus encore de la mani&egrave;re dont elles &eacute;taient dites, ne savait comment lui t&eacute;moigner sa joie et sa reconnaissance; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-m&ecirc;me. Ses discours furent mal rang&eacute;s, ils en plurent davantage : peu d'&eacute;loquence, beaucoup d'amour. Il &eacute;tait plus embarrass&eacute; qu'elle, et l'on ne doit pas s'en &eacute;tonner; elle avait eu le temps de songer &agrave; ce qu'elle aurait &agrave; lui dire, car il y a apparence (l'histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne f&eacute;e, pendant un si long sommeil, lui avait procur&eacute; le plaisir des songes agr&eacute;ables. Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et ils ne s'&eacute;taient pas encore dit la moiti&eacute; des choses qu'ils avaient &agrave; se dire. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cependant tout le palais s'&eacute;tait r&eacute;veill&eacute; avec la princesse; chacun songeait &agrave; faire sa charge, et comme ils n'&eacute;taient pas tous amoureux, ils mouraient de faim; la dame d'honneur, press&eacute;e comme les autres, s'impatienta, et dit tout haut &agrave; la princesse que la viande &eacute;tait servie. Le prince aida la princesse &agrave; se lever; elle &eacute;tait tout habill&eacute;e et fort magnifiquement; mais il se garda bien de lui dire qu'elle &eacute;tait habill&eacute;e comme ma grand-m&egrave;re, et qu'elle avait un collet mont&eacute; : elle n'en &eacute;tait pas moins belle. Ils pass&egrave;rent dans un salon de miroirs, et y soup&egrave;rent, servis par les officiers de la princesse; les violons et les hautbois jou&egrave;rent de vieilles pi&egrave;ces, mais excellentes, quoiqu'il y e&ucirc;t pr&egrave;s de cent ans qu'on ne les jou&acirc;t plus; et apr&egrave;s souper, sans perdre de temps, le grand aum&ocirc;nier les maria dans la chapelle du ch&acirc;teau, et la dame d'honneur leur tira le rideau : ils dormirent peu, la princesse n'en avait pas grand besoin, et le prince la quitta d&egrave;s le matin pour retourner &agrave; la ville, o&ugrave; son p&egrave;re devait &ecirc;tre en peine de lui. Le prince lui dit qu'en chassant il s'&eacute;tait perdu dans la for&ecirc;t, et qu'il avait couch&eacute; dans la hutte d'un charbonnier, qui lui avait fait manger du pain noir et du fromage. Le roi son p&egrave;re, qui &eacute;tait bon homme, le crut, mais sa m&egrave;re n'en fut pas bien persuad&eacute;e, et voyant qu'il allait presque tous les jours &agrave; la chasse, et qu'il avait toujours une raison pour s'excuser, quand il avait couch&eacute; deux ou trois nuits dehors, elle ne douta plus qu'il n'e&ucirc;t quelque amourette : car il v&eacute;cut avec la princesse plus de deux ans entiers, et en eut deux enfants, dont le premier, qui fut une fille, fut nomm&eacute;e l'Aurore, et le second un fils, qu'on nomma le Jour, parce qu'il paraissait encore plus beau que sa soeur. La reine dit plusieurs fois &agrave; son fils, pour le faire s'expliquer, qu'il fallait se contenter dans la vie, mais il n'osa jamais lui confier son secret; il la craignait quoiqu'il l'aim&acirc;t, car elle &eacute;tait de race ogresse, et le roi ne l'avait &eacute;pous&eacute;e qu'&agrave; cause de ses grands biens; on disait m&ecirc;me tout bas &agrave; la cour qu'elle avait les inclinations des ogres, et qu'en voyant passer de petits enfants, elle avait toutes les peines du monde &agrave; se retenir de se jeter sur eux; ainsi le prince ne voulut jamais rien dire. Mais quand le roi fut mort, ce qui arriva au bout de deux ans, et qu'il se vit le ma&icirc;tre, il d&eacute;clara publiquement son mariage, et alla en grande c&eacute;r&eacute;monie cherche la reine sa femme dans son ch&acirc;teau. On lui fit une entr&eacute;e magnifique dans la ville capitale, o&ugrave; elle entra au milieu de ses deux enfants. Quelque temps apr&egrave;s, le roi alla faire la guerre &agrave; l'empereur Cantalabutte son voisin. Il laissa la r&eacute;gence du royaume &agrave; la reine sa m&egrave;re, et lui recommanda vivement sa femme et ses enfants : il devait &ecirc;tre &agrave; la guerre tout l'&eacute;t&eacute;, et d&egrave;s qu'il fut parti, la reine-m&egrave;re envoya sa bru et ses enfants &agrave; une maison de campagne dans les bois, pour pouvoir plus ais&eacute;ment assouvir son horrible envie. Elle y alla quelques jours apr&egrave;s, et dit un soir &agrave; son ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Je veux manger demain &agrave; mon d&icirc;ner la petite Aurore" .</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Ah ! Madame" , dit le ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-" Je le veux" , dit la reine (et elle le dit d'un ton d'ogresse qui a envie de manger de la chair fra&icirc;che) , " et je veux la manger &agrave; la sauce-robert."</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Ce pauvre homme, voyant bien qu'il ne fallait pas se jouer d'une ogresse, prit son grand couteau, et monta &agrave; la chambre de la petite Aurore : elle avait alors quatre ans, et vint en sautant et en riant se jeter &agrave; son cou, et lui demander du bonbon. Il se mit &agrave; pleurer, le couteau lui tomba des mains, et il alla dans la basse-cour couper la gorge &agrave; un petit agneau, et lui fit une si bonne sauce que sa ma&icirc;tresse l'assura qu'elle n'avait jamais rien mang&eacute; de si bon. Il avait emport&eacute; en m&ecirc;me temps la petite Aurore, et l'avait donn&eacute;e &agrave; sa femme pour la cacher dans le logement qu'elle avait au fond de la basse-cour. Huit jours apr&egrave;s, la m&eacute;chante reine dit &agrave; son ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel : </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Je veux manger &agrave; mon souper le petit Jour." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Il ne r&eacute;pliqua pas, r&eacute;solu de la tromper comme l'autre fois; il alla chercher le petit Jour, et le trouva avec un petit fleuret &agrave; la main, dont il faisait des armes avec un gros singe : il n'avait pourtant que trois ans. Il le porta &agrave; sa femme qui le cacha avec la petite Aurore, et donna &agrave; la place du petit Jour un petit chevreau fort tendre, que l'ogresse trouva admirablement bon. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Cela avait fort bien &eacute;t&eacute; jusque-l&agrave;, mais un soir cette m&eacute;chante reine dit au ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel : "Je veux manger la reine &agrave; la m&ecirc;me sauce que ses enfants." Ce fut alors que le pauvre ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel d&eacute;sesp&eacute;ra de pouvoir encore la tromper. La jeune reine avait vingt ans pass&eacute;s, sans compter les cent ans qu'elle avait dormi : sa peau &eacute;tait un peu dure, quoique belle et blanche; et le moyen de trouver dans la m&eacute;nagerie une b&ecirc;te aussi dure que cela ? Il prit la r&eacute;solution, pour sauver sa vie, de couper la gorge &agrave; la reine, et monta dans sa chambre, dans l'intention de n'en pas faire &agrave; deux fois; il s'excitait &agrave; la fureur, et entra le poignard &agrave; la main dans la chambre de la jeune reine. Il ne voulut pourtant point la surprendre, et il lui dit avec beaucoup de respect l'ordre qu'il avait re&ccedil;u de la reine-m&egrave;re.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Faites votre devoir" , lui dit-elle, en lui tendant le cou; " ex&eacute;cutez l'ordre qu'on vous a donn&eacute;; j'irai revoir mes enfants, mes pauvres enfants que j'ai tant aim&eacute;s"; car elle les croyait morts depuis qu'on les avait enlev&eacute;s sans rien lui dire.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">-"Non, non, Madame, lui r&eacute;pondit le pauvre ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel tout attendri, vous ne mourrez point, et vous pourrez revoir vos chers enfants, mais ce sera chez moi o&ugrave; je les ai cach&eacute;s, et je tromperai encore la reine, en lui faisant manger une jeune biche en votre place." </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Il la mena aussit&ocirc;t &agrave; sa chambre, o&ugrave; la laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux, il alla accommoder une biche, que la reine mangea &agrave; son souper, avec le m&ecirc;me app&eacute;tit que si c'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; la jeune reine. Elle &eacute;tait bien contente de sa cruaut&eacute;, et elle se pr&eacute;parait &agrave; dire au roi, &agrave; son retour, que les loups enrag&eacute;s avaient mang&eacute; la reine sa femme et ses deux enfants. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="verdana,arial">Un soir qu'elle r&ocirc;dait comme d'habitude dans les cours et basses-cours du ch&acirc;teau pour y humer quelque viande fra&icirc;che, elle entendit dans une salle basse le petit Jour qui pleurait, parce que la reine sa m&egrave;re le voulait faire fouetter, parce qu'il avait &eacute;t&eacute; m&eacute;chant, et elle entendit aussi la petite Aurore qui demandait pardon pour son fr&egrave;re. L'ogresse reconnut la voix de la reine et de ses enfants, et furieuse d'avoir &eacute;t&eacute; tromp&eacute;e, elle commande d&egrave;s le lendemain au matin, avec une voix &eacute;pouvantable, qui faisait trembler tout le monde, qu'on apport&acirc;t au milieu de la cour une grande cuve, qu'elle fit remplir de crapauds, de vip&egrave;res, de couleuvres et de serpents, pour y faire jeter la reine et ses enfants, le ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel, sa femme et sa servante : elle avait donn&eacute; ordre de les amener les mains li&eacute;es derri&egrave;re le dos. Ils &eacute;taient l&agrave;, et les bourreaux se pr&eacute;paraient &agrave; les jeter dans la cuve, Lorsque le roi, qu'on n'attendait pas si t&ocirc;t, entra dans la cour &agrave; cheval; il &eacute;tait venu en poste, et demanda tout &eacute;tonn&eacute; ce que voulait dire cet horrible spectacle; personne n'osait l'en instruire, quand l'ogresse, enrag&eacute;e de voir ce qu'elle voyait, se jeta elle-m&ecirc;me la t&ecirc;te la premi&egrave;re dans la cuve, et fut d&eacute;vor&eacute;e en un instant par les vilaines b&ecirc;tes qu'elle y avait fait mettre. Le roi ne put s'emp&ecirc;cher d'en &ecirc;tre f&acirc;ch&eacute;, car elle &eacute;tait sa m&egrave;re; mais il s'en consola bient&ocirc;t avec sa belle femme et ses enfants. </FONT></P>  <CENTER><SCRIPT LANGUAGE=Javascript>function printit(){if (NS) {window.print() ;} else {var WebBrowser = '<OBJECT ID="WebBrowser1"WIDTH=0 HEIGHT=0 CLASSID="CLSID:8856F961-340A-11D0-A96B-00C04FD705A2"></OBJECT>';document.body.insertAdjacentHTML('beforeEnd', WebBrowser);WebBrowser1.ExecWB(6, 2);}}</SCRIPT><SCRIPT LANGUAGE=Javascript>var NS = (navigator.appName == "Netscape");var VERSION = parseInt(navigator.appVersion);if (VERSION > 3) {document.write('<form><input type=button value="Imprimer la page" name="Print" onClick="printit()"></form>');}</SCRIPT><BR> </CENTER> </BODY> </HTML> 
