<html> <head> <title>Animation p&eacute;dagogique - Analyse de Okil&eacute;l&eacute; de Claude Ponti</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <link rel="stylesheet" href="../accueil/telemaque.css" type="text/css"> </head>   <body>  <script> var addrs=''+this.location; var protocole = addrs.substr(0,5); var racine = addrs.lastIndexOf('telemaque'); if (racine>0) {var article=addrs.substring(racine+10)} else article=addrs; if (self==top && protocole=='file:') top.location=('../welcome.html?'+article) ; if (self==top && protocole=='http:') top.location=('../?'+article) ; </script> <a href="animation.htm#ponti02"><img src="../accueil/puce.gif" width="48" height="50" alt="retour au calendrier d'animations" border="0" align="right"></a>  <h1><a name="sommaire"></a>Oh qu'il est laid,<br>   le vilain petit canard pontien !</h1> <p>Anne Dupin<br>   CRDP de l'acad&eacute;mie de Cr&eacute;teil <a name="intro"></a></p> <h2>Une analyse de l'album Okil&eacute;l&eacute; de Claude Ponti&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h2> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#intro">Introduction</a><img src="ponti02-okilele.jpg" width="298" height="261" align="right"><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#contes">L'univers    des contes</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#mythologie">Des    emprunts &agrave; la mythologie</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#cinema">De    la l&eacute;gende d'Arthur aux h&eacute;ros de cin&eacute;ma</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#difference">Le    rejet de la diff&eacute;rence</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#abandon">Une    double forme d'abandon</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#construction">Une    construction identitaire entrav&eacute;e</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#resilience">Une    r&eacute;silience &eacute;tonnante</a><br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#solaire">H&eacute;ros    solaire en qu&ecirc;te cosmique et spirituelle</a></p> <p>Dans <i>Okil&eacute;l&eacute;</i>, Claude Ponti pr&eacute;sente la diff&eacute;rence    en tant que situation marginalisante qui d&eacute;termine une construction particuli&egrave;re    de l'identit&eacute; et donne acc&egrave;s &agrave; une forme de connaissance    fondamentale. On y trouve aussi une prop&eacute;deutique &agrave; l'intertextualit&eacute;    qui ajoute un suppl&eacute;ment de temps, d'espace et de sens consid&eacute;rable.  </p> <p> S'il est un album de Claude Ponti qui rappelle les contes traditionnels et    qui, par l&agrave;-m&ecirc;me, ravive les &eacute;motions enfouies de notre    enfance, c'est assur&eacute;ment <i>Okil&eacute;l&eacute;</i>. De la structure    aux &eacute;l&eacute;ments du r&eacute;cit, tous les ingr&eacute;dients semblent    r&eacute;unis pour constituer une v&eacute;ritable &quot;salade de contes&quot;.    <br>   &nbsp; </p> <h3>&nbsp;<a name="contes"></a>L'univers des contes&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p>D'&eacute;videntes r&eacute;f&eacute;rences font sourire du clin d'&#156;il    tendre et parodique que lance l'auteur. En effet, la laideur de ce nouveau-n&eacute;,    pr&eacute;sent&eacute;e d'embl&eacute;e devant ses parents effar&eacute;s, n'est    pas sans rappeler celle de <i>Riquet &agrave; la houppe</i>, transpos&eacute;    pour la circonstance en &quot; Okil&eacute;l&eacute; &agrave; la trompe &quot;.    Il se r&eacute;v&eacute;lera, par compensation, d'une intelligence remarquable    et vivra comme lui dans un monde souterrain, lieu d'accueil des &ecirc;tres    diff&eacute;rents. Okil&eacute;l&eacute; commence sa vie dans une famille d&eacute;j&agrave;    constitu&eacute;e de trois enfants fort peu sympathiques, sorte de r&eacute;plique    des m&eacute;chantes s&#156;urs de Cendrillon. Le cadet supporte si mal la laideur    de son nouveau fr&egrave;re qu'il en vomit des serpents et des crapauds, le    pla&ccedil;ant par avance du c&ocirc;t&eacute; des m&eacute;chants, comme la    mauvaise s&#156;ur punie dans <i>Les F&eacute;es</i> de Perrault. Un miroir    qui pourrait &ecirc;tre celui de Blanche-Neige, r&eacute;v&egrave;le &agrave;    ce pauvre na&iuml;f d'Okil&eacute;l&eacute; non pas la pr&eacute;sence d'un    rival plus beau que lui, mais l'horreur de son visage. Ce &quot; vilain petit    canard &quot; prend conscience de sa diff&eacute;rence et essaie en vain de    s'adapter &agrave; cette famille qui le rejette si violemment. Ses efforts ne    lui attirent que des reproches, et il trouve refuge dans le placard sous l'&eacute;vier,    sorte de r&eacute;actualisation de Cendrillon dans l'&acirc;tre. Lorsqu'Okil&eacute;l&eacute;    plante sa graine, on s'attendrait &agrave; voir pousser le haricot magique de    Jacques, mais c'est une montagne qui sort de terre et monte jusqu'aux cieux.    Enfin, la princesse qu'il y d&eacute;couvre rappelle la Belle au bois dormant    et son entourage endormi. Mais elle peut encore faire penser, pour ne pas remonter    si loin, &agrave; la reine C&eacute;leste dans &quot; Babar &quot;. Et Okil&eacute;l&eacute;,    perch&eacute; tout seul sur sa plan&egrave;te morte, ne nous ram&egrave;ne-t-il    pas au Petit Prince de Saint Exup&eacute;ry ? <br>   Ponti, d&eacute;bordant le cadre des contes traditionnels, fait appel &agrave;    des images qui, &agrave; l'&eacute;vidence, appartiennent &agrave; notre patrimoine    litt&eacute;raire. D'autres r&eacute;f&eacute;rences &eacute;mergent du r&eacute;cit,    plus implicites encore.</p> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> <br>   &nbsp; </p> <p></p> <h3>&nbsp;<a name="mythologie"></a>Des emprunts &agrave; la mythologie &nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p><img src="ponti02-gradusse.jpg" width="200" height="117" align="right" hspace="10">&Agrave;    partir de l'ultime m&eacute;fait parental, Ponti semble nous inciter &agrave;    retrouver quelques figures de grands mythes. L'enfermement d'Okil&eacute;l&eacute;    derri&egrave;re un mur de briques b&acirc;ti par son p&egrave;re n'est pas sans    rappeler Cr&eacute;on emmurant Antigone l'insoumise. La Cafteuse tomb&eacute;e    du ciel, servant d'informateur, fait penser &agrave; Mercure le messager ail&eacute;    des dieux qui veille sur les carrefours, toujours pr&ecirc;t &agrave; accompagner    une &acirc;me. Comme lui, la Cafteuse tant&ocirc;t dans le ciel et tant&ocirc;t    sur terre sert de lien entre les mondes avec beaucoup de verve, ouvre les portes    de la connaissance et permet la communication entre diff&eacute;rents plans.    La rencontre entre Okil&eacute;l&eacute; et Gradusse, &eacute;l&eacute;phant    fig&eacute; sur son socle de pierre, &eacute;voque le sphinx posant son &eacute;nigme    &agrave; &#140;dipe. La Bo&icirc;t-Tar&eacute;ponz est une sorte de Pythie pr&ecirc;te    &agrave; r&eacute;v&eacute;ler son oracle, mais uniquement &agrave; qui sait    dire la formule magique. Le fil que suit Okil&eacute;l&eacute; jusqu'au dragon    fait songer au fil d'Ariane, guidant non pas Th&eacute;s&eacute;e mais Jason,    jusqu'au dragon gardant la toison d'Or. Le puits sans fond que lui fait remplir    Pofise For&ecirc;t rappelle le tonneau des Dana&iuml;des, les os qu'elle plante    autour de sa maison &eacute;voquent ceux de l'&icirc;le des Sir&egrave;nes et    les t&acirc;ches impossibles font songer aux travaux d'Hercule. Tel Saint Fran&ccedil;ois    d'Assise, Okil&eacute;l&eacute; apprend le langage des oiseaux. Il entra&icirc;ne    ses parents &agrave; manifester le bonheur de leurs retrouvailles par la &quot;    Grande-Danse-de-la-Joie-Joufflue &quot;, qui sugg&egrave;re une danse de la    mythologie am&eacute;rindienne. Quand &agrave; la montagne qui sort de terre,    &agrave; la plan&egrave;te morte, aux &eacute;toiles et au soleil endormi, ils    semblent appartenir aux mythes cosmogoniques. </p> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> <br>   &nbsp; </p> <h3>&nbsp;<a name="cinema"></a>De la l&eacute;gende d'Arthur aux h&eacute;ros    du cin&eacute;ma</h3> <p>Comment ne pas appr&eacute;cier &eacute;galement les intrusions cin&eacute;matographiques,    presque anachroniques, comme ce vieillard qui fait penser &agrave; la fois &agrave;    Merlin l'enchanteur, initiateur du jeune Arthur, et &agrave; Yoda le sage aux    oreilles pointues, figure d&eacute;sormais l&eacute;gendaire de la Guerre des    &eacute;toiles, pr&eacute;figurant peut-&ecirc;tre la qu&ecirc;te d'Okil&eacute;l&eacute;    vers les astres. La petite cape bleue et rouge flottant derri&egrave;re lui    rappelle Superman le sauveur du monde. Sa trompe cach&eacute;e derri&egrave;re    un masque fait &eacute;galement ressurgir l'image d'Elephant man. Et le seul    animal du r&eacute;cit devant lequel passe Okil&eacute;l&eacute; sans l'apercevoir,    ressemble au petit Mogwa&iuml; &eacute;chapp&eacute; du film Gremlins, cach&eacute;    derri&egrave;re son rocher en forme d'&#156;uf. &Agrave; moins qu'il ne s'agisse    d'un Ewok&#133; Quant &agrave; la t&ecirc;te d'Okil&eacute;l&eacute;, difficile    de ne pas y retrouver celle de Jumbo l'&eacute;l&eacute;phant.<br>   Quoi qu'il en soit, le recours cons&eacute;quent &agrave; ces figures des contes,    des mythes et des l&eacute;gendes, est au service de l'&eacute;laboration d'un    syst&egrave;me signifiant qui renforce l'interpr&eacute;tation symbolique. Cet    album tr&egrave;s composite nous invite, par une lecture &agrave; plusieurs    niveaux, &agrave; une distanciation mettant en &eacute;vidence un r&eacute;cit    &agrave; la port&eacute;e psychologique et philosophique indiscutable. Ponti    fait partie de ces auteurs qui rendent abordable aux enfants la dimension du    psychique, par une mise en sc&egrave;ne &agrave; la fois ma&icirc;tris&eacute;e    et ouverte &agrave; diff&eacute;rentes lectures.<br>   &nbsp; <br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">retour    au sommaire</a> </p> <h3>&nbsp;<a name="difference"></a>Le rejet de la diff&eacute;rence&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p><img src="ponti02-naissance.jpg" width="191" height="111" align="left" hspace="10">Cet    album, dont le titre Okil&eacute;l&eacute; est remarquable par la phon&eacute;tique    quenellienne du nom de son personnage principal, est construit sur la m&ecirc;me    ambigu&iuml;t&eacute; que celle que l'on trouve dans <i>Le Vilain Petit Canard</i>.    Ces deux h&eacute;ros sont d&eacute;clar&eacute;s affreux par les autres personnages    du r&eacute;cit et par le narrateur, alors qu'ils apparaissent simplement diff&eacute;rents    et m&ecirc;me plut&ocirc;t mignons aux yeux des lecteurs. Okil&eacute;l&eacute;    avec sa trompe n'est en r&eacute;alit&eacute; pas plus laid que sa famille au    nez rond et n'a rien &agrave; leur envier. Ce qui compte alors est la perception    de la diff&eacute;rence par les autres personnages. Plac&eacute; d'embl&eacute;e    sous le signe d'une laideur manifeste par cette exclamation peu flatteuse concernant    son identit&eacute;, Okil&eacute;l&eacute; ne peut par la suite &eacute;chapper    &agrave; l'image d&eacute;valoris&eacute;e de celui dont la diff&eacute;rence    n'est pas accept&eacute;e. Il en vient ainsi &agrave; se percevoir tel qu'on    le dit, et le lecteur jouant le jeu se laisse entra&icirc;ner aussi vers cette    interpr&eacute;tation. <br>   Mais c'est avant m&ecirc;me sa naissance qu'Okil&eacute;l&eacute; semble avoir    &eacute;t&eacute; touch&eacute; par le sort d'une fa&ccedil;on n&eacute;faste    : son &#156;uf vert est tout caboss&eacute;, peut-&ecirc;tre signe de la &quot;    malformation &quot; &agrave; venir, tout comme l'&#156;uf de cygne gris du vilain    petit canard annon&ccedil;ait d&eacute;j&agrave; la diff&eacute;rence parmi    les &#156;ufs de canards. Inconscient tout d'abord de cette diff&eacute;rence    insupportable pour sa famille - m&ecirc;me la peluche de sa soeur en est effar&eacute;e    - il croit baigner dans l'amour familial alors qu'il est repouss&eacute; par    sa m&egrave;re d&egrave;s ses premiers &eacute;lans de tendresse. Jusqu'au jour    o&ugrave;, premi&egrave;re prise de conscience douloureuse dans son existence,    le miroir de la maison lui renvoie son reflet se mordant les doigts d'une telle    vision d'horreur. Okil&eacute;l&eacute; se trouve &ecirc;tre &agrave; lui-m&ecirc;me    aussi effrayant dans sa diff&eacute;rence que le pr&eacute;tend son entourage.    <br>   Tout au long du r&eacute;cit, Okil&eacute;l&eacute; semble attir&eacute; par    des personnages ou des objets qui, comme lui, poss&egrave;dent une trompe ou    quelque chose qui y ressemble : Gradusse et son petit &quot; moi &quot;, le    dragon, la princesse, l'oiseau-fontaine &agrave; la t&ecirc;te de robinet et    m&ecirc;me l'&eacute;vier de la cuisine. Comme si, adh&eacute;rant malgr&eacute;    lui &agrave; l'image qu'on lui renvoie, il sentait que ces personnages qui pr&eacute;sentent    une similitude avec son appendice nasal participent de sa vraie nature et constituent    sa v&eacute;ritable famille. Il est d'ailleurs difficile de penser qu'il est    le fils de sa m&egrave;re, puisque poss&eacute;dant des mamelles de mammif&egrave;res,    celle-ci ne devrait pas pondre des oeufs<br>   Petit &ecirc;tre &agrave; trompe qui d&eacute;couvre qu'il s'est tromp&eacute;    sur lui-m&ecirc;me et sur les autres, sa premi&egrave;re r&eacute;action est    de tenter de dissimuler sa vraie nature et de rentrer ainsi dans la norme. Il    se fabrique un masque, qu'il abandonne tr&egrave;s vite car sa trompe en d&eacute;passe,    renfor&ccedil;ant un sentiment d'&eacute;tranget&eacute; qui inspire encore    plus d'effroi que son vrai visage. Il ne r&eacute;ussit donc pas &agrave; modifier    son statut de vilain petit canard et n'existe aupr&egrave;s de ses parents qu'&agrave;    travers le rejet. Les premiers temps de sa vie sont ainsi marqu&eacute;s par    la n&eacute;gation de son existence.</p> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> </p> <p></p> <p></p> <p></p> <h3>&nbsp;<a name="abandon"></a>Une double forme d'abandon&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p><img src="ponti02-evier.jpg" width="191" height="109" hspace="10" align="right">Essayant    n&eacute;anmoins de communiquer avec ses parents, il tente de cr&eacute;er des    liens, illustr&eacute;s au sens propre du terme, avec les diff&eacute;rents    &eacute;l&eacute;ments de son environnement quotidien. Il attache les objets    et &quot; les gens de sa famille avec des cordes pour parlophoner tous ensemble    &quot;, rassemblant comme il peut les morceaux de cet univers que le vide affectif    risquerait de rendre mentalement d&eacute;structurant. Malheureusement, &quot;&agrave;    chaque fois [&#133;] les choses ne marchaient pas du tout comme il voulait &quot;.<br>   Lors d'une derni&egrave;re tentative de rapprochement, ne connaissant toujours    pas la fa&ccedil;on de s'y prendre, il d&eacute;rangea les autres un peu plus    que d'habitude&quot; avec ses cordes de parlophone. Mettant toute sa bonne volont&eacute;    au service d'un accaparement per&ccedil;u comme excessif, il d&eacute;clenche    les foudres de ses parents qui &quot; entr&egrave;rent dans une grande col&egrave;re    &quot;&#133; et n'en ressortirent pas malgr&eacute; ses supplications.<br>   Cette difficult&eacute; &agrave; nouer des liens familiaux se trouve renforc&eacute;e    par l'absence d'&eacute;ducation parentale, qui emp&ecirc;che Okil&eacute;l&eacute;    d'acqu&eacute;rir les codes de comportement en ad&eacute;quation avec son milieu.    Que ce soit son p&egrave;re, qui pr&eacute;f&egrave;re lire le journal, ou sa    m&egrave;re, qui s'occupe de la maison, aucun des deux ne songe &agrave; s'occuper    de lui. Nul ne peut donc le bl&acirc;mer d'envahir le salon avec ses cordes,    de prendre ses petits d&eacute;jeuners dans un &quot; bain de caf&eacute; au    lait &quot; tout en savourant des m&eacute;langes alimentaires tr&egrave;s au    go&ucirc;t des enfants bien que douteux sur le plan di&eacute;t&eacute;tique,    ou de dormir dans le lustre du salon. Et s'il tente de se plier &agrave; l'organisation    des repas familiaux, il semble cependant ne pas conna&icirc;tre les r&egrave;gles    sociales qui lui &eacute;viteraient de s'y pr&eacute;senter plong&eacute; dans    la soupi&egrave;re.<br>   Face &agrave; ces comportements, les parents ne per&ccedil;oivent que l'envahissement    de leur espace vital et ne lui opposent qu'une col&egrave;re farouche et des    reproches sans plus d'explications. Il ne peut que constater que &quot; tout    le monde &eacute;tait f&acirc;ch&eacute; &quot;, malgr&eacute; ses efforts pour    s'accorder aux autres. Succombant au d&eacute;sespoir que suscite le sentiment    d'exclusion, il trouve refuge dans le seul lieu auquel sa famille n'a apparemment    pas acc&egrave;s, sous l'&eacute;vier de la cuisine. Se sentant ind&eacute;sirable,    il s'y laisse &quot;oublier &quot;. Le choix de ce lieu de retranchement est    quelque peu incongru. La proximit&eacute; des poubelles lui conf&egrave;re un    manque d'hygi&egrave;ne &eacute;vident, sans parler de la pr&eacute;sence des    produits m&eacute;nagers toxiques, pourtant ses parents l'y laissent volontiers.    Ils ne semblent donc pas plus se pr&eacute;occuper de la s&eacute;curit&eacute;    mat&eacute;rielle que de l'&eacute;ducation de leur enfant, ce qui constitue    d&eacute;j&agrave; en soit un abandon, avant m&ecirc;me qu'ils ne d&eacute;cident    de l'emmurer vivant en le laissant &quot; dans son trou jusqu'&agrave; la Fin    des Fins &quot;. </p> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> </p>  <h3>&nbsp;<a name="construction"></a>Une construction identitaire entrav&eacute;e&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p><img src="ponti02-sorciere.jpg" width="192" height="114" hspace="10" align="left">Enferm&eacute;    avec les poubelles, Okil&eacute;l&eacute; se trouve ramen&eacute; au rang de    d&eacute;chet qui ne sert plus &agrave; personne. Ce crime perp&eacute;tr&eacute;    par les parents le conduira &agrave; renoncer pour un temps &agrave; sa famille.    Ce confinement dans le ventre de la terre, retour &agrave; une matrice originelle    protectrice, ne se fait pas dans la solitude mais avec son fr&egrave;re d'adoption    Martin R&eacute;veil, qui l'aide &agrave; se construire et &agrave; reconstruire    un monde &agrave; lui, pendant un temps. Temps de gestation dans un espace transitoire,    c'est une mort symbolique avant la renaissance qui lui fera prendre un nouveau    d&eacute;part dans la vie et entamer son voyage. <br>   Lorsqu'il rencontre le dragon sur son pont de corde, celui-ci n'est pas d&eacute;cid&eacute;    &agrave; laisser passer &quot; un petit rien du tout avec une seule trompe &quot;,    lui qui peut se targuer d'un poss&eacute;der six. Okil&eacute;l&eacute; passe    alors du rang de d&eacute;chet &agrave; celui de &quot; petit rien du tout &quot;,    l&eacute;g&egrave;re progression dans le statut de h&eacute;ros m&ecirc;me si    elle reste encore bien insignifiante. Terroris&eacute;, il ne peut qu'&eacute;ternuer    une grosse fum&eacute;e de ce &quot; petit rhume noir &quot; qui, par un mouvement    d'analepse de l'auteur, l'accompagne depuis sa naissance, comme ces enfants    au nez qui coule perp&eacute;tuellement. Expulsant involontairement ce nuage    du malheur, des peurs et du d&eacute;sespoir, de tout ce qui est noir en lui,    Okil&eacute;l&eacute; tue le monstre. Affronter le dragon, c'est refuser le    malheur qui l'encombre, d&eacute;charger son d&eacute;sespoir comme une arme    sur cet ennemi, et s'affranchir de toutes ses peurs. R&eacute;ussir &agrave;    traverser le pont marque le passage &agrave; un &eacute;tat plus adulte. Passer    sur la corde raide, c'est &ecirc;tre capable de sortir de son enfance.<br>   Mais il se retrouve ensuite asservi par Pofise For&ecirc;t qui lui impose des    t&acirc;ches impossibles. Cette sorci&egrave;re, dont le seul objectif est l'an&eacute;antissement    de l'&ecirc;tre, provoque la perte d'identit&eacute;. Okil&eacute;l&eacute;,    que ce soit par soumission ou parce qu'il a &eacute;t&eacute; instrumentalis&eacute;,    transform&eacute; en outils de travail pour la circonstance et n'ayant plus    toute sa t&ecirc;te &agrave; lui &agrave; proprement parler, obtemp&egrave;re    sans broncher, sauf &agrave; la cinqui&egrave;me &eacute;preuve. Il a r&eacute;ussi    toutes les &eacute;preuves mais donne aussi la preuve qu'il est d&eacute;sormais    capable de s'opposer &agrave; l'autre, d'&eacute;chapper &agrave; son emprise    et &agrave; la servitude et de poser ses propres d&eacute;sirs. Il &eacute;vite    ainsi la mort que lui r&eacute;servait celle &quot; qui usait tellement les    gens qu'il n'en restait que les os &quot;.<br>   &nbsp;<br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">retour    au sommaire</a> </p> <h3>&nbsp;<a name="resilience"></a>Une r&eacute;silience &eacute;tonnante et une    ing&eacute;niosit&eacute; compensatoire&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h3> <p><img src="ponti02-masque.jpg" width="218" height="178" align="right" hspace="10">Okil&eacute;l&eacute;,    face &agrave; ces situations difficiles, montre malgr&eacute; tout une capacit&eacute;    de r&eacute;silience remarquable. Il se contente dans un premier temps de ce    que la vie lui pr&eacute;sente. Il joue avec ses cordages ou dans son bain avec    &quot; des bateaux-tartines &quot;. Il s'octroie des espaces &agrave; lui, perch&eacute;    sur le lustre ou cach&eacute; dans sa cabane pour recr&eacute;er un cocon qu'on    lui refuse. Il s'y livre &agrave; des plaisirs compensateurs : il d&eacute;guste    un tas de nourritures sucr&eacute;es, regarde des livres illustr&eacute;s parlant    d'amour avec une princesse, devant une t&eacute;l&eacute; &eacute;teinte sur    laquelle des cartes postales scotch&eacute;es de la Lune et du Soleil annoncent    ses premiers attraits pour le monde des &eacute;toiles. </p> <p>La fabrication d'un masque, image substitutive de lui-m&ecirc;me, traduit une    volont&eacute; certes maladroite de devenir &quot; comme tout le monde &quot;,    mais encore une ing&eacute;niosit&eacute; d&eacute;lirante qui ne cessera de    se d&eacute;velopper par la suite. Il a d&eacute;j&agrave; invent&eacute; les    prototypes du parlophone, sait se construire une tente, se fabriquer un chevalet    pour regarder ses livres, et le jouet &agrave; roulettes est certainement de    sa facture. Dans son refuge sous l'&eacute;vier, il se reconstitue un int&eacute;rieur    confortable &agrave; partir de mat&eacute;riaux de r&eacute;cup&eacute;ration.    Il se fabrique des meubles et installe l'&eacute;lectricit&eacute;. Ayant quitt&eacute;    la chaleur de la maison, il coud &quot; une cape pour se prot&eacute;ger du    froid et de la pluie &quot;, &agrave; la fois signe de son besoin de protection,    de sa prise d'autonomie, et anticipation du monde social &agrave; affronter.    Il trouve et r&eacute;pare Martin R&eacute;veil, &quot; nouvel ami &quot; jet&eacute;    au rebut comme lui. Il invente avec lui de nouvelles pi&egrave;ces pour agrandir    sa &quot; Maison-Sous-la-Terre &quot;, avec cuisine, biblioth&egrave;que, champignonni&egrave;re,    potager et piscine. Mais surtout, ils construisent un &quot; parlophone g&eacute;ant    &quot;, grande invention de la vie d'Okil&eacute;l&eacute;, poste de communication    souterrain dont l'antenne ressort vers le monde ext&eacute;rieur. &nbsp;</p> <p> <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> </p> <h3>&nbsp;<a name="solaire"></a>Un h&eacute;ros solaire en qu&ecirc;te cosmique    et spirituelle</h3> <p><img src="ponti02-arbre.jpg" width="188" height="111" hspace="10" align="left">La    construction de ce parlophone, motiv&eacute;e par la n&eacute;cessit&eacute;    de donner un autre sens &agrave; sa vie, devient l'instrument de son destin.    Il r&eacute;pond au d&eacute;sir d'entrer en communication avec un monde sup&eacute;rieur    pour acc&eacute;der &agrave; la connaissance, mode d'&eacute;l&eacute;vation    supr&ecirc;me. Car Okil&eacute;l&eacute; veut savoir &quot; pourquoi les choses    [sont] comme &ccedil;a et pas autrement &quot;. Aspiration spirituelle, question    existentielle s'il en est, &agrave; laquelle seul le monde cosmique pourrait    r&eacute;pondre tant elle est vaste. Et c'est bien ce qui se passe : les &eacute;toiles    r&eacute;pondent &agrave; son interrogation t&eacute;l&eacute;pathique et lui    apprennent qu'il existe &quot;une plan&egrave;te o&ugrave; l'on a besoin [de    lui] &quot;. <br>   Le parcours initiatique qu'entreprend Okil&eacute;l&eacute; &quot; pour trouver    le quelqu'un qui avait besoin de lui &quot;permet le cheminement int&eacute;rieur    &agrave; la hauteur de cette aspiration. Lorsqu'il contemple les arbres qui    l'entourent, il comprend intuitivement qu'ils sont la figuration symbolique    d'un rapport au monde qui le d&eacute;passe, d'un lien entre le ciel qu'ils    tiennent dans leurs branches et la terre qui ancre leurs racines, d'une verticalit&eacute;    qui donne acc&egrave;s &agrave; une connaissance &agrave; la fois chtonienne    et ouranienne. Quand il d&eacute;cide, sur les conseils du vieux sage, de faire    l'arbre pour &quot; tout savoir et tout comprendre &quot;, il se d&eacute;barrasse    d'abord de sa cape, donc de sa culture. Puis il se plante en terre pour puiser    dans le contact avec la nature, dans l'immobilit&eacute; asc&eacute;tique d'une    posture de m&eacute;ditation, par le retour sur soi et l'expansion de la conscience,    &agrave; une source d'enseignement qui permet l'ouverture &agrave; tout l'univers.    <br>   Le recours &agrave; la pens&eacute;e permet la m&eacute;tamorphose. C'est l'expression    du d&eacute;sir issu des profondeurs de l'inconscient, qui prend forme dans    l'imagination cr&eacute;atrice. Tout d'abord &quot;il pensa tr&egrave;s fort    qu'il &eacute;tait un arbre &quot;. Jusqu'&agrave; ce qu'il sente &quot;pousser    ses bourgeons [&#133;], ses jeunes branches &quot;, et entende &quot; le petit    froissement de ses feuilles qui se d&eacute;pliaient &quot;. Puis il abrite    les oiseaux et leur nid durant toute une saison, de la mort de l'arbre d&eacute;pouill&eacute;    &agrave; sa r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration, symbole du caract&egrave;re cyclique    de l'&eacute;volution. La nature favorise la mutation. Cette transformation    profonde lui fait apprendre &quot; le langage des oiseaux &quot; et acc&eacute;der    aux &quot; secrets des pierres qui sont aussi vieilles que la terre, et ceux    du ciel qui sont immenses &quot;. En atteignant ce nouvel &eacute;tat, il r&eacute;alise    les possibilit&eacute;s de son &ecirc;tre, par la mort &agrave; l'&eacute;gard    du monde et le d&eacute;passement de son incarnation physique insatisfaisante.    C'est &agrave; partir de sa trompe, &eacute;l&eacute;ment qui fonde toute sa    diff&eacute;rence, que va se d&eacute;clencher la m&eacute;tamorphose. En apprenant    &agrave; &ecirc;tre ma&icirc;tre de sa nature, il rencontre la nature tout enti&egrave;re.    Comme il a eu acc&egrave;s aux secrets du monde v&eacute;g&eacute;tal et min&eacute;ral,    il a maintenant la capacit&eacute; de faire germer ce qu'il veut. <br>   Il peut alors r&eacute;pondre &agrave; l'appel cosmique en tant qu'&eacute;lu    venant servir le Soleil, car &quot; lui seul, Okil&eacute;l&eacute;, pouvait    le r&eacute;veiller &quot;. Faisant pousser une montagne, symbole de la transcendance    et de l'entr&eacute;e dans le monde des &ecirc;tres spirituels, il atteint la    lumi&egrave;re du soleil. L'ascension de la montagne appartient &agrave; la    connaissance de soi, c'est la voie qui le conduit au ciel et le terme de sa    qu&ecirc;te. Quand le soleil lui donne &quot; un petit morceau de lui-m&ecirc;me    &quot;, il symbolise la fonction psychique du surconscient, qui est pr&eacute;cis&eacute;ment    de conduire l'homme au sommet de son d&eacute;veloppement. Il en fait une sorte    de d&eacute;positaire du caract&egrave;re solaire, un &ecirc;tre prot&eacute;g&eacute;    &agrave; qui il affirme &quot; qu'il ne l'oublierait jamais &quot;. Okil&eacute;l&eacute;    devient un &ecirc;tre illumin&eacute; par son propre petit soleil flottant au-dessus    de sa t&ecirc;te, qui a le pouvoir de remettre de l'ordre l&agrave; o&ugrave;    le chaos s'est install&eacute;. Le soleil brille maintenant diff&eacute;remment    pour lui comme pour le monde, le ciel est d'un bleu dense et uniforme et non    plus d&eacute;grad&eacute; comme durant tout son parcours. H&eacute;ros solaire,    Okil&eacute;l&eacute; est all&eacute; chercher la chaleur de la vie &agrave;    la lumi&egrave;re de la connaissance, pour r&eacute;parer lui-m&ecirc;me le    dommage initial caus&eacute; par un destin malveillant.</p> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="#sommaire">Retour    au sommaire</a> </p> <h2>A suivre... </h2> <p><img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="../../argos/catalogue/rev031.htm">Argos</a>    <br>   Le num&eacute;ro 31 de la revue <i>Argos</i> reprend cette analyse ainsi qu'une    d&eacute;marche p&eacute;dagogique sp&eacute;cifique propos&eacute;e par Catherine    Martzloff autour des albums de Claude Ponti.<br>   Le num&eacute;ro 32 de la revue <i>Argos</i> (sortie en mai 2003) vous proposera    la suite de cette analyse&nbsp;: <br>   <b>Okil&eacute;l&eacute;, une emprise sur le destin</b></p> <p>Une autre animation, compl&eacute;mentaire, fut consacr&eacute;e &agrave; une    exploration de pistes p&eacute;dagogiques &agrave; partir de l'&#156;uvre de    Claude Ponti. <br>   <img src="../accueil/p_jaune.gif" width="12" height="12"> <a href="ponti01.htm">Lire    le compte-rendu de cette animation</a><a href="animation.htm#ponti02"><img src="../accueil/puce.gif" width="48" height="50" alt="retour au calendrier d'animations" border="0" align="right"></a></p> <p><br> </p> <p>&nbsp; </p> <h6>&COPY; Acad&eacute;mie de Cr&eacute;teil/CRDP/T&eacute;l&eacute;maque - 10/04/03    <a href="mailto:chantal.bouguennec@ac-creteil.fr"><img    src="../accueil/i_courrier17.gif" width="17" height="13" align="BOTTOM"   border="0" naturalsizeflag="3"></a> </h6> <p>  <script> if (self.name=='principal') { parent.titre.document.onglet.src="../accueil/onglet-animations.gif"; parent.telemgauche.location="../accueil/sommaire.htm"; } </script> </p> <p>&nbsp; </p> </body> </html>  
