<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 98"> <TITLE>SORTIR DU CHAOS POUR ALLER VERS L&#146;AVENIR</TITLE> <script> Img1 = new Image(); Img2 = new Image();  Img1.src ="../../fr/img/arch3.gif"; Img2.src ="../../fr/img/arch3rol.gif";  function affiche (num) {  //Fonction appel&eacute;e par les evenements OnMouse...     if (num == "1") document.images['case1'].src = Img1.src;    else if (num == "2") document.images['case1'].src = Img2.src;    } </script> </head> <body bgcolor="#FFFFFF"><center><table><tr><td><a href="../liste.htm"><img src="../../img/3i.jpg" border="0" alt="Archives"></a></td><td><a href="../liste.htm" onMouseOver="affiche(2);return true" onMouseOut="affiche(1);return true"><img src="../../img/arch3.gif" border="0" name="case1"></a></tr></table></center><br><br><br>  <B><FONT FACE="Times,Times New Roman" SIZE=4><P>SORTIR DU CHAOS POUR ALLER VERS L&#146;AVENIR</P> <P>LE CHEMIN DE CROIX DE L&#146;ALBANIE</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <I><P ALIGN="JUSTIFY">Un film de Peter M. Dudzik</P> </I><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.00.00</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Tirana. La place Skanderbeg, autrefois c&#156;ur de l&#146;Albanie communiste. C&#146;est l&agrave; que se dressait la statue de bronze d&#146;Enver Hoxha, dont l'id&eacute;ologie a pris en otage le pays et ses habitants. Il y a quatre ans, ce monument a &eacute;t&eacute; abattu. Maintenant, les citoyens prennent ici du bon temps.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui, plus personne ne songe &agrave; Oncle Enver Hohxha, comme on l&#146;appelait. Pourtant, tous souffrent encore de la terreur qu&#146;il fit r&eacute;gner pendant les d&eacute;cennies que dura sa dictature.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">Titre, 10.00.40 environ</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.00.58</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">A pr&eacute;sent, Dieu est de retour en Albanie ; ce pays fut en effet le premier et le seul &agrave; s&#146;&ecirc;tre proclam&eacute; &Eacute;tat ath&eacute;e. Sa constitution stipulait que la pratique religieuse &eacute;tait un crime puni par la loi.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La mosqu&eacute;e Eth&euml;hem Bey a &eacute;chapp&eacute; au z&egrave;le destructeur des ath&eacute;es, car elle &eacute;tait class&eacute;e monument historique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le spectre de la pers&eacute;cution n&#146;est plus, les musulmans f&ecirc;tent le ramadan.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pass&eacute; cette rue, nous d&eacute;couvrons Tirana <I>by night.</P> </I><P ALIGN="JUSTIFY">Il y a quelques ann&eacute;es encore, la ville &eacute;tait plong&eacute;e dans l&#146;obscurit&eacute; d&egrave;s 22 heures ; seuls les balayeurs et les &eacute;boueurs nettoyaient les rues. D&eacute;sormais, il existe dans cette ville une v&eacute;ritable vie nocturne.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Clubs et bars sont sortis de terre par centaines ; ils tentent d&#146;app&acirc;ter les curieux, m&ecirc;me si la plupart d&#146;entre eux peuvent &agrave; peine s&#146;offrir une consommation, tout juste un caf&eacute;. <B>10.01.55</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.01.58</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Il y a quelques ann&eacute;es encore, on comparait l&#146;Albanie &agrave; une immense prison, o&ugrave; seul Enver Hohxa avait le droit de penser librement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La discoth&egrave;que, qui aujourd&#146;hui s&#146;est encanaill&eacute;e. <B>10.02.15</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.02.21</B> Deux danseuses russes ont beau faire de leur mieux, les tables restent vides.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.02.41</B> Et lorsqu&#146;au dehors, le jour se l&egrave;ve sur Tirana, la ville retrouve sa d&eacute;solation habituelle. <B>10.02.46</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.02.53</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Tous les matins, ils sont plus de cinquante &agrave; se pr&eacute;senter ici. Presque tous vivent dans la mis&egrave;re ; presque tous sont au ch&ocirc;mage et plus d'une femmes se prostitue.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ils veulent donner leur sang, pour assurer leur survie et celle de leur famille.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">40 000 personnes en sont r&eacute;duites &agrave; cette extr&eacute;mit&eacute;. On leur pr&eacute;l&egrave;ve 350 grammes de sang pour environ 100 francs &#150; la moiti&eacute; d&#146;un revenu mensuel moyen.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Seule la n&eacute;cessit&eacute; a pouss&eacute; Merema Berisha &agrave; en arriver l&agrave;, et elle n&#146;est pas tr&egrave;s loquace. Voil&agrave; 10 ans qu&#146;elle donne son sang, &agrave; raison de 350 grammes tous les deux mois ; sans travail, elle a trois enfants de 8, 10 et 12 ans &agrave; nourrir. Avec &quot;l&#146;argent du sang&quot;, ils tiendront dix jours, si l&#146;on en croit ses propos. <B>10.03.56</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.04.03</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Si ce n&#146;&eacute;tait pour des raisons financi&egrave;res, personne ne se pr&eacute;senterait ici, affirment les m&eacute;decins. En cinq minutes, tout est termin&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans ce pays, il est impossible d&#146;envisager que les gens puissent un jour renoncer &agrave; cet argent, tant la situation &eacute;conomique est d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Vjolca Mici avait d&eacute;j&agrave; remont&eacute; sa manche, et la d&eacute;ception se lit &agrave; pr&eacute;sent sur son visage. Elle raconte que la mis&egrave;re la contraint &agrave; donner son sang depuis des ann&eacute;es. Elle est au ch&ocirc;mage et quatre enfants l&#146;attendent &agrave; la maison. <B>10.04.36</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.04.41</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui en effet, les m&eacute;decins renvoient Vjolca Mici chez elle.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.04.48 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Cette femme est venue un mois trop t&ocirc;t, d&eacute;clare le m&eacute;decin. On ne peut donner son sang que tous les deux mois. Sinon, l&#146;organisme ne r&eacute;siste pas. Un &ecirc;tre en bonne sant&eacute; a besoin de deux mois au moins pour que son sang se renouvelle. <B>10.05.00</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.05.02</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; L&#146;une de mes filles est malade, il faut que j&#146;ach&egrave;te des m&eacute;dicaments et ils sont plus chers que tout ce que j&#146;aurais pu gagner aujourd'hui.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.05.16</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Le toit n&#146;est pas &eacute;tanche et les machines rouillent. Le combinat Enver Hohxa a jou&eacute; un r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant dans la r&eacute;volution industrielle en Albanie. Mais les communistes ne sont pas parvenus &agrave; faire de l&#146;Albanie une puissance industrielle, et les d&eacute;mocrates se retrouvent aujourd&#146;hui avec des outils de production pr&ecirc;ts &agrave; rendre l&#146;&acirc;me. Bien que la croissance pr&eacute;vue pour 1995 s&#146;&eacute;l&egrave;ve &agrave; 5%, on ne fabrique presque plus rien dans ces ateliers. Sur les 3800 ouvriers qui y travaillaient autrefois, il en reste 230, et les machines import&eacute;es de Chine ont fait leur temps.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.06.00</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Apr&egrave;s la chute du communisme, personne n&#146;a pens&eacute; &agrave; enlever les slogans politiques. Pour tous les visiteurs &eacute;trangers, cet atelier mod&egrave;le constituait le passage oblig&eacute; : on exhibait fi&egrave;rement les techniques de pointe. <B>10.06.12</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.06.17</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Emile Cela est devenue fraiseuse apr&egrave;s avoir &eacute;tudi&eacute; dans une &eacute;cole professionnelle ; il y a d&eacute;j&agrave; 20 ans qu&#146;elle travaille dans cette usine.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Je gagne 3100 Lek par mois, dit-elle.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">3100 Lek repr&eacute;sentent &agrave; peu pr&egrave;s 180 francs.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.06.35</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; L&#146;avenir est tr&egrave;s incertain, dit-elle. Si une entreprise reprenait notre usine, nous serions s&ucirc;rs d&#146;avoir du travail et un avenir. Mais avec un salaire aussi bas, on ne peut pas s'en sortir.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pourtant, elle se pr&eacute;sente chaque jour sur son lieu de travail : </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Il n&#146;y a parfois rien &agrave; faire, lorsque nous n&#146;avons pas de commande. Cela arrive de temps &agrave; autre.&quot; <B>10.06.55</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.07.04</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; J&#146;ai suffisamment de travail pour une ann&eacute;e enti&egrave;re, nous explique Sefer Shkembi, qui travaille ici depuis 25 ans. J&#146;ai largement de quoi faire, &agrave; condition que l&#146;usine continue &agrave; fonctionner.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.07.16</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Et d&#146;apr&egrave;s lui, l&#146;usine a-t-elle des chances de continuer &agrave; tourner?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Oui, r&eacute;pond Sefer, car c&#146;est une bonne usine. On peut y produire beaucoup. Les machines marchent bien, les ouvriers et les ing&eacute;nieurs sont tr&egrave;s qualifi&eacute;s.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Quant &agrave; cet homme, il portait encore des culottes courtes lorsqu&#146;il a commenc&eacute; &agrave; travailler, il y a 30 ans. En ce qui concerne l&#146;avenir, il est plut&ocirc;t pessimiste :</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Des perspectives?, s&#146;interroge-t-il. Sous le r&eacute;gime communiste, le toit n&#146;&eacute;tait pas &eacute;tanche ; la d&eacute;mocratie n&#146;a rien chang&eacute;. Regardez, il y a des flaques d&#146;eau partout. Quelles perspectives peut-on imaginer? <B>10.08.03</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Au d&eacute;tour d&#146;un immeuble de Tirana, on aper&ccedil;oit un vendeur : c&#146;est ici un spectacle fr&eacute;quent. Les Albanais consid&egrave;rent qu&#146;ils sont devenus un peuple de vendeurs. Quelques francs par jour permettent aux retrait&eacute;s et aux ch&ocirc;meurs de survivre.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Beaucoup avaient r&ecirc;v&eacute; un avenir diff&eacute;rent, surtout les vieux, qui ont particip&eacute; &agrave; la construction du communisme. <B>10.08.27</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.08.32</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Les affaires vont mal, se lamente-t-il, les clients sont rares. Lui aussi a &eacute;t&eacute; ouvrier ; &agrave; 65 ans, il est maintenant retrait&eacute;. Comme sa retraite est maigre, il est oblig&eacute; de venir faire du commerce ici.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ce qu&#146;il gagne lui permet tout juste de se nourrir, et ne suffit donc pas pour l&#146;ensemble de la famille. Il doit rester debout 8 &agrave; 10 heures par jour &agrave; l&#146;angle de cette rue expos&eacute;e aux courants d&#146;air.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il ne laisse &eacute;chapper aucune parole de ressentiment envers le communisme, mais ne vante pas non plus les m&eacute;rites de la d&eacute;mocratie.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pourtant, il n&#146;aurait pas imagin&eacute; &ecirc;tre un jour r&eacute;duit &agrave; devenir camelot. <B>10.09.10</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Juste &agrave; c&ocirc;t&eacute;, un &eacute;talage pr&eacute;sente des fleurs en papier aux couleurs &eacute;clatantes, import&eacute;es et vendues &agrave; bas prix. On assiste &agrave; un v&eacute;ritable essor de ce genre de commerces : chacun tente sa chance. C&#146;est une affaire lucrative ; ils sont en effet plus de 10 000 &agrave; vendre toutes sortes de produits dans la capitale. Une rose en papier co&ucirc;te quelques francs ; l'emballage revient plus cher, mais la vendeuse explique que c&#146;est ainsi qu&#146;elles sont vendues en Italie. <B>10.09.40</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.09.49</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">O&ugrave; que l&#146;on aille, une m&ecirc;me impression domine : la capitale d&eacute;g&eacute;n&egrave;re en une immense d&eacute;charge. <B>10.09.54</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.10.10</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">La capitale s'est transform&eacute;e en un bazar g&eacute;ant. Tout va tr&egrave;s vite. C'est la vente directe.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comme aucun de ces produits n&#146;est fabriqu&eacute; en Albanie, il faut tout importer. Mais qui a les moyens de les acheter, alors qu&#146;une personne sur deux est au ch&ocirc;mage, que le salaire mensuel moyen n&#146;exc&egrave;de pas 175 francs, et que les retraites permettent seulement aux personnes &acirc;g&eacute;es de ne pas mourir de faim?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Chaque ann&eacute;e, les travailleurs immigr&eacute;s envoient &agrave; leurs familles plus de deux milliards et demi. <B>10.10.33</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.10.38</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">On ach&egrave;te tout et n'importe quoi car on cherche &agrave; compenser les ann&eacute;es de privation.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.10.45</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Cette femme vient de s&#146;acheter une lampe. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Elle a d&eacute;pens&eacute; 4300 Lek, soit 245 francs : cela &eacute;quivaut au salaire mensuel d&#146;un ouvrier, primes comprises.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.10.55</B> </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Voici les &eacute;conomies faites sur ma retraite, dit-elle, et sur ce que mes fils m&#146;ont envoy&eacute; d&#146;Allemagne. L&#146;un travaille l&agrave;-bas depuis trois ans, l&#146;autre depuis cinq ans, et ils m&#146;envoient de l&#146;argent. <B>10.11.08</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.11.10</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">La M&egrave;re Albanie, monument national, surplombe Tirana. M&egrave;re Albanie veille sur les tombes des soldats et prot&egrave;ge les citoyens.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les statues des autres figures marquantes de l&#146;Albanie, qu&#146;il s&#146;agisse de L&eacute;nine, Staline ou Hoxha, ont &eacute;t&eacute; enlev&eacute;es depuis longtemps.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">La ville et la d&eacute;solation suintant de ses casernes. Il n&#146;y a ni chauffage ni eau courante ; on dispose en revanche de la t&eacute;l&eacute;vision par satellite. Gr&acirc;ce au t&eacute;l&eacute;viseur, le monde ext&eacute;rieur a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; chez les Albanais, avivant leur d&eacute;sir de quitter le pays. <B>10.11.57</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">Jeu de hasard</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.12.02</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui, l&#146;&Eacute;tat autorise les citoyens &agrave; quitter le territoire. Mais aucun pays ne d&eacute;livre de visa. Les Albanais demeurent prisonniers dans leurs propres fronti&egrave;res, ce qui fit dire &agrave; un &eacute;crivain exil&eacute; : &quot;Si chaque peuple r&eacute;agit diff&eacute;remment lorsqu&#146;il est plac&eacute; sous le joug d&#146;une dictature tous en ressortent peu ou prou dans le m&ecirc;me &eacute;tat : mutil&eacute;s&quot;. <B>10.12.26</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">La police</U>:</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.12.32</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Voici &agrave; quoi ressemble aujourd&#146;hui l&#146;id&eacute;al de libert&eacute; des Albanais:</P> <P ALIGN="JUSTIFY">L&#146;&Eacute;tat ferme les yeux sur les infractions &agrave; la loi, tout en restant tr&egrave;s attentif aux souhaits exprim&eacute;s par les citoyens.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pour les Albanais, l&#146;&eacute;conomie de march&eacute; se confond avec le d&eacute;veloppement des kiosques dont la construction a connu un essor sans pr&eacute;c&eacute;dent. Les emplacements au centre ville, l&agrave; o&ugrave; se trouvaient autrefois des espaces verts, sont tr&egrave;s pris&eacute;s. On estime &agrave; 40 000 le nombre de kiosques &agrave; Tirana ; mais ils sont probablement beaucoup plus nombreux, car ils poussent comme des champignons.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Malgr&eacute; les peines encourues, personne ne se laisse intimider.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La plupart des constructions voient le jour sans que la ville n&#146;ait d&eacute;livr&eacute; de permis de construire. Les Albanais n&#146;appr&eacute;cieraient pas que les autorit&eacute;s interdisent toute construction : pour eux, cela serait synonyme d&#146;un retour &agrave; la dictature et risquerait de susciter des r&eacute;actions violentes.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">La Zumanova a pris la place du buste en bronze de Joseph Staline, et juste en face, l&agrave; o&ugrave; se tenait la statue de L&eacute;nine, se trouve aujourd&#146;hui un caf&eacute; o&ugrave; se r&eacute;unirait le Club du Parti D&eacute;mocrate. Les retrait&eacute;s de Tirana ont presque &eacute;t&eacute; chass&eacute;s du parc de la ville : le b&eacute;ton a remplac&eacute; la majeure partie des pelouses.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A Tirana, un homme entre 20 et 35 ans sur deux est ch&ocirc;meur. Chacun aimerait poss&eacute;der un petit kiosque puisque cela permet de vivre. <B>10.13.58</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais la plupart restent vides, car personne n&#146;a d&#146;argent &agrave; d&eacute;penser. Cinq tables, chacune entour&eacute;e de trois chaises, et aucun client.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ici, une bi&egrave;re co&ucirc;te 4,20 francs et une brochette 5,25 francs.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les affaires marchent tant bien que mal.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.14.10</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Depuis trois mois, Vasjan s&#146;occupe de ce kiosque avec un ami. On ne peut pas faire d&#146;&eacute;conomies, mais on peut nourrir toute la famille. Ils emploient maintenant une femme qui pr&eacute;pare les brochettes et les salades, ainsi que le chou blanc et le fromage.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Nous voici devenus de jeunes entrepreneurs, d&eacute;clare fi&egrave;rement Vasjan. Trois familles ont d&eacute;sormais de quoi vivre : celle de mon associ&eacute;, celle de notre aide cuisini&egrave;re et la mienne.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Th&eacute;&acirc;tre</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Vasjan est com&eacute;dien. Tous les matins, il passe au th&eacute;&acirc;tre, pour voir s&#146;il y a un nouveau r&ocirc;le pour lui.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">En vain : l&#146;&Eacute;tat est en faillite et les subventions pour de nouvelles mises en sc&egrave;ne sont insuffisantes.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le public, quant &agrave; lui, pr&eacute;f&egrave;re rester devant son t&eacute;l&eacute;viseur, car le th&eacute;&acirc;tre manque de confort et n&#146;est m&ecirc;me pas chauff&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.15.08</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Maintenant que les &eacute;crivains n&#146;ont plus aucune raison d&#146;avoir peur, et qu&#146;ils ne risquent plus d&#146;&eacute;crire une ligne qui d&eacute;plaise, la cr&eacute;ativit&eacute; artistique qui existait sous la dictature fait d&eacute;faut. On joue toujours le m&ecirc;me r&eacute;pertoire classique. <B>10.15.24</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.15.32</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Viens, Rom&eacute;o. Tu partageras le destin de ton ami. Viens, je suis l&agrave;. 10.15.41</P> <P ALIGN="JUSTIFY">L&#146;un des r&ocirc;les pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s de Vasjan.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Depuis 16 ans, on peut le voir sur la sc&egrave;ne du Th&eacute;&acirc;tre National de Tirana ; il a &eacute;galement jou&eacute; dans de nombreux longs m&eacute;trages. Les cr&eacute;ations sont rares. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Dans les journaux, on aborde tous les sujets possibles, se plaint Vasjan, et les auteurs albanais n&#146;ont pas envie de faire double emploi avec les quotidiens. Quelques com&eacute;dies traitant de sujets d&#146;actualit&eacute; ont &eacute;t&eacute; mont&eacute;es, plaisantes certes, mais peu ambitieuses. Force est de constater que bon nombre d&#146;&eacute;crivains manquent d&#146;audace. <B>10.16.30</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Gradishte</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.16.31</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Le village de Gradishte. Aujourd&#146;hui encore, bien des Albanais fr&eacute;missent &agrave; ce nom. Ici, dans le &quot;no man&#146;s land&quot; albanais, on enfermait les gens et on les isolait du reste du pays. D&#146;apr&egrave;s une &eacute;tude men&eacute;e en 1993, la machine d&#146;oppression communiste a broy&eacute; plus d&#146;un tiers de la population albanaise, par un moyen ou par un autre. Gradishte : ancienne colonie p&eacute;nitentiaire du r&eacute;gime communiste. Il y a longtemps que les anciens &quot;ennemis de l&#146;&Eacute;tat&quot; ont &eacute;t&eacute; lib&eacute;r&eacute;s ; mais si l&#146;ostracisme a pris fin, ils ne peuvent quitter le lieu de l&#146;horreur, car ils n&#146;ont pas o&ugrave; aller. Ceux de Gradishte restent prisonniers de leur pass&eacute;. Si les ge&ocirc;liers se sont retir&eacute;s, les souvenirs demeurent.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui, plus de 120 000 personnes figurent sur les listes des prisonniers politiques, mais personne ne sait combien ont p&eacute;ri dans les camps p&eacute;nitentiaires semblables celui de Gradishte. <B>10.17.35</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.17.36</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; En d&eacute;cembre 1962, j'ai &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; &agrave; Kuk&euml;s, ma ville natale, qui se trouve &agrave; l&#146;extr&ecirc;me nord. J&#146;ai d&#146;abord pass&eacute; deux jours en prison.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Aucune explication n&#146;a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e &agrave; Dan Kaloshi. Or sa s&#156;ur avait quitt&eacute; le pays en secret pour se mettre &agrave; l&#146;abri &agrave; l&#146;&eacute;tranger.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.18.08 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; On m&#146;a ensuite conduit jusqu&#146;ici. Nous &eacute;tions le 31 d&eacute;cembre 1962.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.18.16 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Le reste de ma famille habitait toujours &agrave; Kuk&euml;s. Un an plus tard, ils se virent &eacute;galement contraints de venir ici.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.18.26</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; En face, dans l&#146;une des baraques, nous disposions d&#146;une chambre, continue &agrave; raconter Dan Kaloshi. Ensuite, nous avons obtenu l&#146;autorisation de nous installer dans cet appartement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; J&#146;ai six enfants, cinq fils et une fille. Certains de mes fils vivent aussi &agrave; Gradishte, poursuit Dan Kaloshi. <B>10.18.50</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.18.51</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Regardez bien ce mur, dit une femme en col&egrave;re, il n&#146;est constitu&eacute; que de roseau et de torchis. Il est infest&eacute; de rats. <B>10.18.59</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.19.01</B> Trois de ses enfants sont venus au monde ici.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Aujourd&#146;hui, nous devons continuer &agrave; vivre avec ceux qui furent jadis nos bourreaux, notamment le chef de brigade et le contrema&icirc;tre. Il a d&eacute;nigr&eacute; notre travail. Pendant des jours et des jours, nous avons travaill&eacute; d&#146;arrache-pied pour ass&eacute;cher le mar&eacute;cage. A la fin, le contrema&icirc;tre n&#146;a pas voulu reconna&icirc;tre notre travail, si bien que nous n&#146;avons m&ecirc;me pas touch&eacute; les quelques centimes dont nous avions besoin pour acheter du pain &agrave; nos enfants.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.19.34</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Et la femme qui refusait de nous donner du pain &agrave; l&#146;&eacute;poque parce qu&#146;elle n&#146;en avait tout simplement pas envie, est toujours l&agrave; elle aussi.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Elle est encore l&agrave; aujourd&#146;hui. <B>10.19.41</P> </B><U><P ALIGN="JUSTIFY">Point d&#146;eau</P> </U><B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.19.42</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Une fois par jour et pour une demi-heure seulement l&#146;eau coule de l&#146;unique fontaine qu&#146;on puisse trouver ici. La m&ecirc;me plainte revient : &#150; on nous a oubli&eacute;s. Dix-huit familles d&#146;anciens for&ccedil;ats vivent encore &agrave; Gradishte. Gradishte n&#146;est qu&#146;un camp parmi tant d&#146;autres. <B>10.20.05</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.20.06</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Nous avons conquis la libert&eacute; d&#146;expression et de pens&eacute;e, affirment les anciens prisonniers politiques, mais notre estomac continue &agrave; crier famine.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Avec des roseaux, cet homme fabrique des balais rudimentaires afin de gagner l&#146;argent qui lui permettra d&#146;acqu&eacute;rir des engrais et des graines. <B>10.20.21</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Voix on (la m&egrave;re)</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.20.24 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Mon Dieu, mais vous n&#146;y pensez pas! Quitter le village! Je pleure tous les jours. Je n&#146;en peux plus de vivre ici. Ce village ravive notre souffrance, je revois les policiers du camp et je repense &agrave; l'appel qui avait lieu chaque matin.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Nous sommes tous deux &acirc;g&eacute;s et nous avons beaucoup souffert. J&#146;aimerais mieux &ecirc;tre d&eacute;j&agrave; sous terre, dans ma tombe, plut&ocirc;t que de rester plus longtemps ici. <B>10.20.50</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.20.52 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Nous nous sommes battus pour la d&eacute;mocratie, nous avons cru &agrave; cette lutte, et nous sommes &agrave; pr&eacute;sent parmi les derniers &agrave; rester ici.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Toute ma famille est l&agrave; encore, mes fils, ma fille.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Est-il normal que je reste dans un camp d&#146;internement?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Nous vivions dans une prison, et nous ne l&#146;avons toujours pas quitt&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais je veux m&#146;en aller, quitter Gradishte. <B>10.21.15</P> </B><U><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Habitants des bunkers</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.21.17</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">V&eacute;ritables stigmates du communisme, 500 &agrave; 700 000 bunkers en b&eacute;ton semblables &agrave; celui-ci pars&egrave;ment le territoire.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les communistes les firent construire, redoutant une offensive militaire des pays voisins.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La construction d&#146;un bunker co&ucirc;tait autant que celle d&#146;un deux pi&egrave;ces avec cuisine.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Actuellement, plus de 40 000 familles n&#146;ont nulle part o&ugrave; vivre, et trouvent refuge dans les plus grands bunkers.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les autorit&eacute;s ont tacitement accept&eacute; que Jonus Kasmi &quot;r&eacute;quisitionne&quot; le bunker ; elles l&#146;ont m&ecirc;me autoris&eacute; &agrave; installer l&#146;&eacute;lectricit&eacute;, qu'il doit payer, bien entendu. <B>10.21.56</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.22.00</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Le bunker, 6 m&egrave;tres de diam&egrave;tre, est occup&eacute; depuis deux ans par le couple Kasmi et ses quatre enfants. Le t&eacute;l&eacute;viseur est le seul luxe dont ils jouissent.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.22.12</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Je l&#146;avais d&eacute;j&agrave; avant, dit-il. Nous recevons les cha&icirc;nes italiennes et yougoslaves. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">A l&#146;&acirc;ge de 45 ans, Jonus a d&ucirc; quitter Tornin, au nord-est du pays, village o&ugrave; il avait toujours v&eacute;cu. Sa coop&eacute;rative fut dissoute et Jonus se retrouva au ch&ocirc;mage du jour au lendemain. <B>10.22.29</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.22.32 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Certains de mes enfants dorment ici, d&#146;autres en face. Ma femme et moi dormons derri&egrave;re le rideau. Telles sont nos conditions de vie. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Jonus a cess&eacute; d&#146;envoyer ses enfants &agrave; l&#146;&eacute;cole, car la route est trop longue, et qu&#146;il a besoin d&#146;eux pour des travaux occasionnels. <B>10.22.46</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.22.48 </P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; J&#146;ai am&eacute;nag&eacute; ce coin s&eacute;par&eacute; o&ugrave; nous dormons, ma femme et moi. La fen&ecirc;tre correspond &agrave; l&#146;ancienne meurtri&egrave;re du bunker.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.23.00</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Jusqu&#146;&agrave; une date r&eacute;cente, Jonus &eacute;tait au ch&ocirc;mage. Pour le moment, il est conducteur de poids lourds. M&ecirc;me au regard des crit&egrave;res albanais, Jonus est d&#146;une extr&ecirc;me pauvret&eacute;. Les six membres de la famille ont rang&eacute; tous leurs v&ecirc;tements dans une petite armoire ; certains proviennent d&#146;une collecte r&eacute;alis&eacute;e &agrave; l&#146;&eacute;tranger.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Je n&#146;ai aucun avenir. C&#146;est fini pour nous. Pourvu que les enfants aient une vie meilleure! <B>10.23.28</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">Le nouveau Kuk&euml;s</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.23.32</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Les pauvres venus du Nord ont d&eacute;j&agrave; pris leur destin en main individuellement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ils sont des milliers &agrave; partir s&#146;installer &agrave; Tirana. Pendant des d&eacute;cennies, il leur a &eacute;t&eacute; interdit de changer de r&eacute;sidence sans autorisation du parti.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le Nord si aride est d&eacute;sormais d&eacute;sert&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A la p&eacute;riph&eacute;rie de Tirana. Plus d&#146;un millier d&#146;habitations ont &eacute;t&eacute; construites sans le moindre souci d&#146;urbanisme. Les gens se sont tout simplement appropri&eacute; ce territoire. 60 000 personnes s&#146;y sont install&eacute;es, m&ecirc;me s&#146;il n&#146;y a aucune infrastructure.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comme tous vivent dans le d&eacute;nuement le plus complet, et sont en g&eacute;n&eacute;ral au ch&ocirc;mage, ils fabriquent leurs propres parpaings, qu&#146;ils paieraient sinon 2 francs pi&egrave;ce. <B>10.24.09</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.24.16</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Cent cinquante familles s&#146;approvisionnent en eau &agrave; ce puits, qu&#146;ils ont creus&eacute; de leurs propres mains. Le ruisseau recueillant les eaux us&eacute;es se trouve &agrave; peine quelques m&egrave;tres plus loin. <B>10.24.28</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.24.30</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Tel est l&#146;avenir qui attend les nouveaux citoyens de Tirana : pas d&#146;&eacute;lectricit&eacute;, pas d&#146;eau courante, pas d&#146;&eacute;cole, pas de soins m&eacute;dicaux et pas m&ecirc;me de cimeti&egrave;re. <B>10.24.40</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">Plantation</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.24.52</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Les gens du Nord venus s&#146;installer dans la capitale ont abandonn&eacute; les plantations, que la privatisation a rendues &agrave; leurs anciens propri&eacute;taires. Mais la coop&eacute;rative ayant &eacute;t&eacute; dissoute, les arbres fruitiers ne pr&eacute;sentaient plus aucun int&eacute;r&ecirc;t pour leurs propri&eacute;taires : ils d&eacute;cid&egrave;rent donc de les abattre. <B>10.25.10</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">L&#146;&eacute;cole</U>:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.25.16</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">La classe a lieu tous les jours, de 9 &agrave; 12 heures, derri&egrave;re un mur cens&eacute; prot&eacute;ger du vent glacial.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les enfants se sont fabriqu&eacute; des bancs avec des briques.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Dans ce village du Nord, la privatisation a conduit aux m&ecirc;mes exc&egrave;s : on a rendu son terrain au paysan qui a acquis le b&acirc;timent de l&#146;&eacute;cole pour 175 francs. Les enfants ont alors &eacute;t&eacute; mis &agrave; la porte, sans trouver de nouveau lieu pour les accueillir. L&#146;&Eacute;tat n&#146;a pas d&#146;argent. En d&eacute;pit du froid, aucun enfant ne fait l&#146;&eacute;cole buissonni&egrave;re. <B>10.25.49</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.25.57</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Plus loin encore, au nord-est du pays, &agrave; la fronti&egrave;re avec le Kosovo. Ici aussi, l&#146;avenir fait peur. Il faut &agrave; tout prix &eacute;viter de tomber malade : la ville la plus proche se trouve en effet &agrave; plusieurs kilom&egrave;tres et la qualit&eacute; des soins m&eacute;dicaux dispens&eacute;s au village est affligeante, par manque de m&eacute;dicaments et de mat&eacute;riel. Ce b&acirc;timent, qui abritait autrefois les diff&eacute;rents services m&eacute;dicaux et faisait la fiert&eacute; des habitants, est maintenant d&eacute;sert. <B>10.26.29</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.26.30</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Cette infirmi&egrave;re travaille depuis 22 ans dans ce service. Elle raconte que les patients s&#146;allongeaient sur ce lit lorsqu&#146;on leur faisait une piq&ucirc;re. Maintenant, tout est hors d&#146;&eacute;tat. <B>10.26.43</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.26.46</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui, l&#146;infirmi&egrave;re n&#146;a plus de quoi st&eacute;riliser les seringues r&eacute;utilisables et elle manque de seringues jetables.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Toutefois, on continue &agrave; examiner chaque jour plus de vingt adultes et dix enfants. Mais il n&#146;y a m&ecirc;me pas de tensiom&egrave;tre.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">On a conserv&eacute; les anciennes fiches m&eacute;dicales ; ce dispensaire est toujours le seul pour 9 villages et quelque 10&nbsp;000 habitants. <B>10.27.08</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.27.17</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Ici, c&#146;&eacute;tait le service d&#146;obst&eacute;trique. Chaque mois, trente b&eacute;b&eacute;s y venaient au monde. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#150; &Agrave; l&#146;&eacute;poque, nous pouvions travailler dans de bonnes conditions, nous raconte l&#146;infirmi&egrave;re, alors qu&#146;aujourd&#146;hui presque une naissance sur deux est pr&eacute;matur&eacute;e, et le taux de mortalit&eacute; infantile au village atteint 60 &agrave; 70%.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les femmes doivent d&eacute;sormais se rendre en ville pour accoucher, mais il n&#146;y a m&ecirc;me pas d&#146;ambulance. <B>10.27.44</P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.27.48</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">La porte suivante est celle de la pharmacie. On y distribue les quelques m&eacute;dicaments disponibles. D&#146;apr&egrave;s ce qu&#146;on dit, l&#146;industrie pharmaceutique, bien que modeste, parvenait jadis &agrave; satisfaire environ trois quarts des besoins.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Chaque jour, soixante ordonnances sont trait&eacute;es ici. Mais l&#146;armoire &agrave; pharmacie est pratiquement vide. Il reste de la p&eacute;nicilline pour deux semaines au plus, mais aucun autre antibiotique. Lorsqu&#146;un besoin urgent se pr&eacute;sente, la pharmacienne part chercher le m&eacute;dicament en ville, &agrave; quelque 20 kilom&egrave;tres. <B>10.28.20</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.28.25</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">A la quatri&egrave;me porte, le cabinet du dentiste, qui soigne dix patients chaque jour. Il est oblig&eacute; d&#146;en refuser, car il ne dispose pas du mat&eacute;riel ad&eacute;quat.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Voici le seul jeu d'instruments dont il dispose. Il vient de les d&eacute;sinfecter en utilisant la m&eacute;thode classique, nous d&eacute;clare-t-il fi&egrave;rement, c'est-&agrave;-dire en les faisant bouillir. <B>10.28.44</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.28.47</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">&#150; Ils ont fait irruption dans mon cabinet et ils ont tout vol&eacute; et saccag&eacute;, dit-il. Dans les campagnes d&#146;Albanie, les conditions d&#146;hygi&egrave;ne et de sant&eacute; publique sont d&eacute;sastreuses.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.29.09</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Quand l&#146;&Eacute;tat p&eacute;riclite, Dieu est cens&eacute; apporter son aide.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Chaque mardi, ils sont des milliers &agrave; se rendre en p&egrave;lerinage au mont Saint Antoine. La croyance veut en effet que les miracles soient plus nombreux les mardis. <B>10.29.20</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">10.29.25</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Les gu&eacute;risons miraculeuses n&#146;&eacute;taient pas du go&ucirc;t des communistes ; c&#146;est pourquoi ils dynamit&egrave;rent l&#146;&eacute;glise de p&egrave;lerinage. <B>10.29.31</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.29.38</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Cette &eacute;glise fut reconstruite aussit&ocirc;t la libert&eacute; religieuse restaur&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.29.29</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Les catholiques ne sont pas les seuls &agrave; &ecirc;tre attir&eacute;s par ce lieu, et &agrave; honorer Saint Antoine, patron du mariage invoqu&eacute; contre la st&eacute;rilit&eacute;, la fi&egrave;vre et les &eacute;pid&eacute;mies qui d&eacute;ciment le b&eacute;tail. <B>10.30.00</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">L&#146;&eacute;poque o&ugrave; l&#146;&Eacute;tat interdisait la religion et diffusait une propagande en faveur de l&#146;ath&eacute;isme est r&eacute;volue. Pour les croyants, le temps des souffrances est d&eacute;j&agrave; loin. <B>10.30.12</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">10.30.14</B> Aujourd&#146;hui, tous adressent leurs pri&egrave;res &agrave; Dieu, dans l&#146;espoir d&#146;un avenir meilleur pour chacun. Les Albanais veulent sortir du chaos. <B>10.30.20</P></B></FONT><center><table><tr><td> <font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#999999">Adaptation</font>&nbsp;&nbsp;<font size="3" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><b> <a href="http://www.3itraductions.fr">3i Traductions</a></b></font></td></tr></table></center></body> </HTML> 
