<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 24  - Mai 1997  -  Le chaos albanais </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#pla">Mai 1997 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - La Plan&egrave;te </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">MIRAGES <BR>  Le chaos albanais </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par Bernard Louvel </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Voir aussi </FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#encadre1">L'&eacute;pargne pyramidale </A></FONT>  <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Les Albanais voteront bient&ocirc;t.  De violentes manifestations ont secou&eacute; le pays fin janvier et d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; en soul&egrave;vement populaire.  Elles ont pour cause directe le scandale financier qui a ruin&eacute; une partie de la population.</B> <P> Nombre d'Albanais, c&eacute;dant aux mirages de la soci&eacute;t&eacute; occidentale, ont pens&eacute; pouvoir s'enrichir rapidement en effectuant des placements dans le syst&egrave;me d'&eacute;pargne pyramidal (voir encadr&eacute;).  Celui-ci s'est de ce fait effondr&eacute; brutalement.  La plupart des &eacute;pargnants ont c&eacute;d&eacute; le peu de biens qu'ils poss&eacute;daient pour effectuer des d&eacute;p&ocirc;ts dans les soci&eacute;t&eacute;s d'investissement cr&eacute;&eacute;es depuis l'arriv&eacute;e au pouvoir du Parti d&eacute;mocratique (PD).  La col&egrave;re des Albanais, spoli&eacute;s par un capitalisme mafieux, n'a donc rien de surprenant.  Il reste cependant &agrave; analyser les raisons pour lesquelles de telles illusions ont pu se diffuser.  Apr&egrave;s 1990, l'effondrement de l'&eacute;conomie a &eacute;t&eacute; brutal.  De 1990 &agrave; 1992, le PNB recule de pr&egrave;s de 50%, la production agricole diminue de 30%, la production industrielle de plus de 60% <A NAME="ret1" HREF="#1">(1)</A>.  La victoire du Parti d&eacute;mocratique et l'arriv&eacute;e &agrave; la pr&eacute;sidence de Sali Berisha en 1992 entra&icirc;nent l'adoption d'un programme de th&eacute;rapie de choc pour le passage &agrave; l'&eacute;conomie de march&eacute;. <P> Le " co&ucirc;t social " est tr&egrave;s &eacute;lev&eacute; pour une population qui avait un faible niveau de vie et que, de surcro&icirc;t, on a priv&eacute; de la s&eacute;curit&eacute;, de garantie d'emploi et de diverses mesures sociales.  A partir de 1993, le PIB enregistre une croissance de 6 &agrave; 8% par an, chiffres qu'il faut &eacute;videmment relativiser du fait de l'effondrement ant&eacute;rieur.  En fait, la production industrielle continue de chuter: la part de l'industrie dans le PIB passe de 37% en 1990 &agrave; 13% en 1995.  Le ch&ocirc;mage passe officiellement de 26% &agrave; 15% environ, mais ce r&eacute;sultat est d&ucirc; &agrave; l'&eacute;migration d'une forte proportion de main-d'oeuvre.  Le l&eacute;ger redressement de l'&eacute;conomie provient de l'agriculture.  Sa part dans le PIB est pass&eacute;e de 32% en 1989 &agrave; 55% en 1995.  On ne peut pourtant parler de " rel&egrave;vement " dans ce domaine pr&eacute;cis.  La privatisation des terres a eu pour effet l'extr&ecirc;me morcellement des exploitations dont la superficie moyenne est maintenant de 1,4 hectare.  Une des cons&eacute;quences de la dissolution des coop&eacute;ratives agricoles a &eacute;t&eacute; un exode rural consid&eacute;rable vers les villes: 100 000 personnes suppl&eacute;mentaires vivraient &agrave; Tirana, la capitale, qui ne comptait que 230 000 habitants en 1990.  La production dans les exploitations a amorc&eacute; une remont&eacute;e mais sur de nouvelles bases.  L'agriculture albanaise est devenue une &eacute;conomie de survie pour les exploitants agricoles qui ont pour souci premier d'assurer leur propre subsistance.  Les villes ne sont plus que faiblement approvisionn&eacute;es. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Une situation favorable aux agissements des bandes mafieuses</B> <P> Devant importer des produits agricoles et ne disposant plus de productions suffisantes pour l'exportation (elle &eacute;tait le troisi&egrave;me exportateur mondial de chrome), l'Albanie voit le d&eacute;ficit de sa balance commerciale s'alourdir.  Les revenus des travailleurs &eacute;migr&eacute;s compensent en partie cette situation, mais le pays s'est fortement endett&eacute; et sa dette ext&eacute;rieure atteint 760 millions de dollars.  D'obsol&egrave;te, l'&eacute;conomie albanaise est devenue sinistr&eacute;e apr&egrave;s cinq ann&eacute;es de lib&eacute;ralisme.  C'est dans cet environnement &eacute;conomique et social que de nombreux Albanais ont pu croire &agrave; une solution &agrave; leurs probl&egrave;mes gr&acirc;ce aux soci&eacute;t&eacute;s d'&eacute;pargne.  Il ne semble pas que les " conseillers " &eacute;conomiques occidentaux aient beaucoup insist&eacute; sur les risques financiers des op&eacute;rations lanc&eacute;es.  Ces soci&eacute;t&eacute;s pyramidales ont aussi financ&eacute; les campagnes &eacute;lectorales de Sali Berisha, par ailleurs se pr&eacute;sentant d'autant plus confiant dans ses succ&egrave;s que le recours &agrave; la fraude &eacute;lectorale s'est r&eacute;alis&eacute; &agrave; grande &eacute;chelle. <P> Les &eacute;lections l&eacute;gislatives des 26 mai et 2 juin 1996 ont &eacute;t&eacute; l'objet de telles violences et manipulations que l'Organisation pour la s&eacute;curit&eacute; et la coop&eacute;ration en Europe (OSCE) et le Parlement europ&eacute;en ont demand&eacute; l'organisation de nouvelles &eacute;lections, elles n'eurent lieu que dans 17 circonscriptions sur pr&egrave;s de 200.  Le caract&egrave;re autocratique du pouvoir du pr&eacute;sident Berisha n'est all&eacute; qu'en se renfor&ccedil;ant.  Face aux premi&egrave;res manifestations de la population spoli&eacute;e, le pr&eacute;sident et son gouvernement n'ont r&eacute;pondu que par une r&eacute;pression sauvage.  Plus de cinq cents des militants du Parti socialiste (issu de l'ex-Parti des travailleurs d'Albanie, qui aujourd'hui se tourne vers l'Internationale socialiste) ont &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s.  Tr&egrave;s rapidement cependant, le mouvement de r&eacute;volte s'est arm&eacute; et, du sud du pays, s'est &eacute;tendu vers le nord sans que le gouvernement puisse s'opposer &agrave; ce mouvement en raison de la d&eacute;fection d'une grande partie de l'arm&eacute;e et de la police, mais sans non plus que le Parti socialiste puisse le contr&ocirc;ler.  La situation de chaos ainsi cr&eacute;&eacute;e a &eacute;t&eacute; favorable aux agissements de bandes mafieuses.  Berisha s'est accroch&eacute; au pouvoir bien que les Etats-Unis, qui ont &eacute;t&eacute; son principal soutien, souhaitent maintenant son effacement.  Au d&eacute;but de mars, le pr&eacute;sident Berisha s'est r&eacute;solu &agrave; nommer Bashkim Fino, ancien maire de Gjirokast&euml;r et membre du Parti socialiste, premier ministre.  Ce dernier a repouss&eacute; l'&eacute;ventualit&eacute; d'une d&eacute;mission de Berisha, exig&eacute;e pourtant par les " comit&eacute;s de salut public " qui se sont form&eacute;s dans le sud.  Bashkim Fino a form&eacute; un gouvernement de r&eacute;conciliation nationale dans l'attente de nouvelles &eacute;lections l&eacute;gislatives anticip&eacute;es qui devraient avoir lieu en juin. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>L'aide humanitaire, une action n&eacute;cessaire mais insuffisante</B> <P> L'Italie, qui est concern&eacute;e directement par la d&eacute;fense de ses int&eacute;r&ecirc;ts sur place et par la crainte d'un d&eacute;ferlement de r&eacute;fugi&eacute;s, s'est montr&eacute; favorable &agrave; l'envoi d'une force multinationale pour s&eacute;curiser la distribution d'une aide humanitaire.  Avec l'acord d'autres pays europ&eacute;ens, comme la France et la Gr&egrave;ce.  Finalement, six mille hommes sont d&eacute;p&ecirc;ch&eacute;s sur place par la force multinationale.  Or, toute solution militaire risquerait de provoquer un embrasement g&eacute;n&eacute;ral dans le pays.  La seule pr&eacute;sence de soldats italiens (le souvenir de l'annexion de l'Albanie par l'Italie en 1939 hante encore les esprits) et grecs (la Gr&egrave;ce a des vis&eacute;es annexionnistes sur l'Albanie du Sud o&ugrave; vivent des minorit&eacute;s grecques) risque pour le moins de raviver des tensions dans une r&eacute;gion o&ugrave; les armes ont &eacute;t&eacute; distribu&eacute;es massivement.  L'avenir de l'Albanie reste incertain.  Le maintien de Berisha, qui s'oppose aux contacts avec les comit&eacute;s du Sud, exigeant son d&eacute;part, ne facilite pas une issue pacifique.  Face &agrave; un Berisha responsable de la crise actuelle en raison de ses relations avec le capitalisme mafieux et parvenu au pouvoir par des proc&eacute;d&eacute;s irr&eacute;guliers, de nouvelles &eacute;lections sont un des &eacute;l&eacute;ments de la stabilisation de la situation.  La question du remboursement des &eacute;pargnants spoli&eacute;s reste toutefois en suspens et l'Albanie ne pourra y pourvoir seule.  Surtout le pays ne pourra sortir de son d&eacute;sastre &eacute;conomique que si s'&eacute;tablit dans le cadre europ&eacute;en et mondial une v&eacute;ritable coop&eacute;ration excluant les recettes ultra-lib&eacute;rales mises en place par le FMI. </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A NAME="1" HREF="#ret1">1.</A>  Statistiques issues de Images &eacute;conomiques du monde, no41, (1996/1997), Ed.Sed&egrave;s, et de deux publications de la Documentation Fran&ccedil;aise: Transitions &eacute;conomiques &agrave; l'Est (1989/1995), l'Europe centrale et orientale (1996). </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  <P>&nbsp; <P><FONT FACE="Arial"><A NAME="encadre1"></A></FONT> <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD VALIGN=top> <P> <HR WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="+1" FACE="Arial"><B>L'&eacute;pargne pyramidale </B></FONT></P>  <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  </TD></TR> <TR> <TD VALIGN=top> <P><FONT FACE="Arial">Apr&egrave;s la victoire du Parti d&eacute;mocratique de Sali Berisha en 1992, se sont cr&eacute;&eacute;es les premi&egrave;res soci&eacute;t&eacute;s d'investissement dites pyramidales qui se sont ensuite largement r&eacute;pandues.  Le principe en est simple.  Il consiste &agrave; offrir aux d&eacute;posants des taux d'int&eacute;r&ecirc;ts attractifs, allant dans le cas albanais de 30 &agrave; 100% par mois.  Le paiement de ces int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;tait effectu&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l'arriv&eacute;e de nouveaux d&eacute;posants.  Le syst&egrave;me pyramidal peut fonctionner tant que la masse des nouveaux &eacute;pargnants grandit.  C'est l&agrave; aussi qu'il trouve ses limites car cette masse ne peut s'accro&icirc;tre ind&eacute;finiment.  Les d&eacute;p&ocirc;ts re&ccedil;us n'&eacute;taient que faiblement r&eacute;investis dans l'&eacute;conomie mais servaient d'une part, &agrave; verser les int&eacute;r&ecirc;ts faramineux (m&ecirc;me compte tenu des taux d'inflation albanais) et d'autre part, &agrave; enrichir les promoteurs de ces soci&eacute;t&eacute;s.  La faillite d'une de ces soci&eacute;t&eacute;s a &eacute;branl&eacute; la confiance des &eacute;pargnants et entra&icirc;n&eacute; l'effondrement des syst&egrave;mes pyramidaux qui se pr&eacute;sent&egrave;rent comme des fondations de bienfaisance.  L'Albanie n'a pas l'exclusivit&eacute; de ce type d'escroquerie.  Ce qui l'a distingu&eacute;e, c'est l'ampleur de la spoliation de la population: 300 000 &eacute;pargnants (l'Albanie a un peu plus de trois millions d'habitants) se sont trouv&eacute;s ruin&eacute;s.  Le remboursement des pertes, estim&eacute;es &agrave; 900 millions de dollars, entra&icirc;nerait un d&eacute;ficit du budget de l'Etat &eacute;quivalant &agrave; 40% du PNB. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P> </BODY> </HTML> 
