<HTML> <!--This file created 18:59  15/08/02 by Claris Home Page version 3.0This file created 12:41  16/08/02 by Claris Home Page version 3.0This file created 13:41  16/08/02 by Claris Home Page version 3.0This file created 14:47  26/08/02 by Claris Home Page version 3.0This file created 15:06  26/08/02 by Claris Home Page version 3.0--> <!--This file created 20:35  27/08/02 by Claris Home Page version 3.0--> <HEAD>    <TITLE>tortuimprim</TITLE>    <META NAME=GENERATOR CONTENT="Claris Home Page 3.0">    <X-CLARIS-WINDOW TOP=29 BOTTOM=416 LEFT=4 RIGHT=534>    <X-CLARIS-TAGVIEW MODE=minimal> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FFFFFF"> <P><FONT FACE="Arial" COLOR="#009900"><B>Version &agrave; imprimer</B></FONT></P>  <P><A HREF="index.htm" TARGET="_blank"><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">http://aline-elorn.com</FONT></A></P>  <BLOCKQUOTE><CENTER><FONT FACE="Arial">Aline Elorn</FONT>        <P><FONT SIZE="+2" FACE="Arial">Le Si&egrave;cle des    Tortues</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">&nbsp;</FONT><FONT FACE="Arial">&copy;    </FONT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">aline.elorn. 2002</FONT></P>        <P>&nbsp;</P></CENTER>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est ruisselant. Son    costume lui colle &agrave; la peau. Il n'a pas eu l'id&eacute;e de    s'abriter sous son attach&eacute;-case pour se prot&eacute;ger de    la pluie battante. Il ignore pourquoi il se trouve l&agrave;, sur    le bord de la route en pleine nuit &agrave; faire de l'auto-stop.    D'ailleurs, il ne s'est aper&ccedil;u de son pouce lev&eacute;    qu'en voyant la vieille voiture ralentir. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La Fr&eacute;gate toussote et    s&#146;arr&ecirc;te quelques m&egrave;tres plus loin. La lourde    porti&egrave;re grince, cot&eacute; passager. Eddy Staff    s'approche d'un pas h&eacute;sitant. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Surtout, prenez votre    <B>temps</B>! chevrote une voix. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Un vieil homme vo&ucirc;t&eacute;,    au cr&acirc;ne d&eacute;garni, est pench&eacute; sur le    si&egrave;ge. Un vieux, dans une vieille bagnole, songe Eddy Staff    haussant les &eacute;paules.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eh bien montez!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff s'ex&eacute;cute. Il    pose son attach&eacute;-case sur ses genoux et tire la    porti&egrave;re qui grince de nouveau. La Fr&eacute;gate    red&eacute;marre poussivement. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous avez bien raison de    <B>prendre votre temps</B>, surtout par ce temps    &eacute;pouvantable! Les gens sont toujours press&eacute;s par les    <B>temps qui courent</B>, vous ne trouvez pas ?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le vieil homme a la voix    tra&icirc;nante et nasillarde.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ils passent le plus <B>clair</B>    de leur temps &agrave; rattraper le temps perdu.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff a sorti son mouchoir.    Il est tremp&eacute;. Comme ses v&ecirc;tements. Cependant, il    s&#146;essuie le visage, en tapotant son front et ses joues. Le    vieil homme soupire.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il y a <B>beau temps</B> que les    gens ne savent plus prendre du <B>bon temps</B>, h&eacute;las!    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est agac&eacute; par le    ronflement du moteur. Il se demande quand le vieil homme va se    d&eacute;cider &agrave; passer la vitesse sup&eacute;rieure. Il se    tourne vers lui, s&#146;attarde sur le profil aquilin, remarque    l'affaissement vertical des traits et l'oeil &eacute;teint. Mais    ce qu'il remarque surtout, c'est la silhouette vo&ucirc;t&eacute;e    et la bosse accentu&eacute;e par la rigidit&eacute; du    <B>plastron</B> pos&eacute; &agrave; l&#146;avant de la chemise,    une chemise relev&eacute;e un peu trop haut sous la nuque. Eddy    Staff n&#146;avait jamais vu de chemise &agrave; plastron    auparavant. Ce moteur qui ronfle l&#146;irrite vraiment.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous ne passez jamais la    seconde? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Une seconde! Chaque chose <B>en    son temps</B>! r&eacute;torque le vieil homme qui se d&eacute;cide    enfin &agrave; soulager la m&eacute;canique. Mais la voiture    continue d&#146;avancer d&#146;un m&ecirc;me pas, d&#146;une    lenteur &eacute;prouvante. Courb&eacute; sur le volant, le    vieillard semble d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment chercher la    route.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous savez o&ugrave; vous    allez?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff ne r&eacute;pond pas.    Son regard suit machinalement le mouvement des essuie-glaces sur    le pare-brise. Il ignore o&ugrave; il va. D'ailleurs il ignore    d'o&ugrave; il vient. Sa vie a commenc&eacute; l&agrave;, sur le    bord de la route, un attach&eacute;-case &agrave; la main et un    &eacute;norme <B>trou noir </B>dans la t&ecirc;te.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous &ecirc;tes en panne    ?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">En panne? S'il est en    panne?.....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Voulez-vous que je vous    arr&ecirc;te &agrave; un garage? Quoique, &agrave; cette heure-ci,    il n'y en aura aucun d'ouvert.... Dites-moi plut&ocirc;t o&ugrave;    vous voulez que je vous d&eacute;pose!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff a les yeux riv&eacute;s    sur l'attach&eacute;-case. Il se demande ce qu'il peut bien y    avoir &agrave; l'int&eacute;rieur. Il essaie de l'ouvrir, en vain.    La serrure fait obstruction. Il fouille dans ses poches &agrave;    la recherche d&#146;une hypoth&eacute;tique clef. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous m'avez l'air perdu jeune    homme! dit le vieillard qui a pris le temps d'observer son    passager discr&egrave;tement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous pourriez passer la vitesse    suivante s'il vous pla&icirc;t? lance Eddy Staff,    &eacute;nerv&eacute;.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La main s'accroche au levier.    C&#146;est une main aux <B>ongles</B> longs et crochus. Le    v&eacute;hicule est d&eacute;pass&eacute; par des bolides dont les    chauffeurs, exc&eacute;d&eacute;s, l&egrave;vent le poing au    passage ou vocif&egrave;rent en version muette.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous devriez peut-&ecirc;tre    rouler un peu plus vite pour moins les g&ecirc;ner!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je respecte les vitesses, jeune    homme. Ce sont eux qui roulent trop vite. Ils ont tort    d&#145;ailleurs! Et, croyez-moi mon gar&ccedil;on, le <B>tort</B>    tue! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff l&acirc;che un soupir    d&eacute;pit&eacute;. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- &Eacute;coutez! dit le vieil    homme. Je suis presqu'arriv&eacute; chez moi. On peut faire un    petit crochet, le temps de passer un coup de fil, si vous le    d&eacute;sirez! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Passer un coup de fil? Mais    &agrave; qui?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- ...Je ne sais pas    si....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons, allons!</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">* * * </FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La Fr&eacute;gate a    bifurqu&eacute; sur une route au trafic bien moins dense. Une    route &agrave; l&#146;&eacute;tat de chemin vicinal, qui    para&icirc;t mener nulle part. Le v&eacute;hicule a ralenti. Eddy    Staff observe intrigu&eacute; la haute muraille qu'il distingue au    loin, derri&egrave;re le pare-brise ruisselant. Le vieil homme    klaxonne et s&#145;arr&ecirc;te &agrave; l&#145;entr&eacute;e de    la forteresse. Un vigile, post&eacute; &agrave; une    gu&eacute;rite, leur adresse un geste de la main et s'approche.    </FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le vieil homme descend    l&eacute;g&egrave;rement la fen&ecirc;tre de la    porti&egrave;re.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Quel <B>temps affreux</B>! dit    le vigile.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui! Esp&eacute;rons qu&#146;il    s&#146;en ira en deux temps trois mouvements.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah vous! Toujours le mot pour    rire! Ce monsieur a un laissez-passer? demande t-il en    d&eacute;signant Eddy Staff.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non! Mais il m'accompagne. Et    nous ne faisons que passer. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Soyez prudent!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je ne pense pas qu'il y ait    <B>danger</B>!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- De nos jours il vaut mieux se    m&eacute;fier!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le grand portail s&#146;ouvre    automatiquement et le v&eacute;hicule entre dans l&#146;enclos,    qui se referme sur eux. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il ne faut pas lui en vouloir,    il ne fait que son travail. Et un vigile c&#145;est toujours    vigilent.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Ils traversent les ruelles d'une    cit&eacute; aux b&acirc;tisses luxueuses, align&eacute;es    sym&eacute;triquement, et dont la fa&ccedil;ade est d&#146;une    seule et m&ecirc;me couleur : <B> jaune pass&eacute;</B>. Des    panneaux, sem&eacute;s tout le long du chemin, interdisent    d&#146;&eacute;tendre le linge ailleurs qu&#146;aux emplacements    indiqu&eacute;s, de tondre les pelouses en dehors des jours    indiqu&eacute;s par les arr&ecirc;t&eacute;s municipaux ou de    sortir les poubelles apr&egrave;s neuf heures du matin. Les rues    sont d&eacute;sertes, les boutiques inanim&eacute;es. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais que    craignez-vous?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il y a tant de choses &agrave;    craindre. Tenez, ma femme a peur des corneilles, des pies et des    chats. Elle ne redoute rien moins qu'un chat. Qu'il l'attrape,    qu'il la griffe, qu'il la morde. A nos &acirc;ges, on    pr&eacute;f&egrave;re se sentir rassur&eacute;s. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La Fr&eacute;gate    s&#146;arr&ecirc;te dans la cour, &agrave; proximit&eacute; d'une    villa cossue. Le vieil homme coupe le moteur.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Venez! dit-il. Ma femme se fera    une joie de vous conna&icirc;tre.</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le pavillon est    tapiss&eacute; de<B> vieil or</B>. Il d&eacute;gage un parfum de    remugle, provenant sans doute du mobilier v&eacute;tuste qui    d&eacute;core l&#145;entr&eacute;e. Le parquet grince sous les    pas. </FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C'est vous Chris? demande une    voix chevrotante venue d'une pi&egrave;ce voisine.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, c'est moi ma douce! Je suis    accompagn&eacute; d'un jeune homme!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Un jeune homme?    s&#146;&eacute;poumone la voix.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Une femme &acirc;g&eacute;e,    s&egrave;che, au cou interminablement long, appara&icirc;t en    reniflant. Elle s&#146;arr&ecirc;te devant Eddy Staff, le    d&eacute;visage longuement, tandis que son cou s'allonge un peu    plus. Le regard globuleux est insistant. Eddy Staff baisse les    yeux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Un <B>jeune    homme</B>....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui Cissy! un jeune homme!    r&eacute;p&egrave;te le vieillard. C'est monsieur...    monsieur...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eddy Staff! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Il lui tend la main. Elle la    prend, la serre entre ses doigts noueux, la palpe, la jauge, la    scrute, la d&eacute;taille.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ma femme est tr&egrave;s    chaleureuse avec nos visiteurs. Nous avons si peu l'occasion de    recevoir. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Quelle tendret&eacute;...    susurre t-elle.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- <B>Tendresse</B>! rectifie le    vieil homme. Il s&#146;avance vers elle, lui caresse la t&ecirc;te    d&eacute;licatement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy, ma douce, combien de fois    devrai-je vous le r&eacute;p&eacute;ter?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je peux    t&eacute;l&eacute;phoner? demande Eddy Staff en retirant la main    prestement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allez-y! Le    t&eacute;l&eacute;phone est l&agrave;! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- O&ugrave;?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Devant vous! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Il montre un vieux    t&eacute;l&eacute;phone du si&egrave;cle pass&eacute;, portant un    cadran rotatif. Eddy Staff l&#146;avait confondu avec un objet de    d&eacute;coration.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous n'avez pas un portable ou    un mobile... enfin un t&eacute;l&eacute;phone plus    <B>moderne</B>?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Les deux vieillards s'observent    interloqu&eacute;s.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Bon... et &ccedil;a fonctionne    ce truc?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff d&eacute;croche. Il n'a    aucune tonalit&eacute;. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- A vrai dire, Cissy et moi, nous    ne sommes point f&eacute;rus de ce genre d'appareil. Et donc nous    ne nous en servons jamais. D'autant que nous avons de plus en plus    de mal &agrave; obtenir les communications.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ce n'est pas grave! dit-il    observant l'appareil. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff raccroche. De toute    fa&ccedil;on, il n&#146;a personne &agrave; appeler. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais vos v&ecirc;tements sont    tremp&eacute;s! dit la vieille femme remarquant la flaque    d&#146;eau sous ses pieds. Il faut vous changer, le temps    qu&#146;ils s&egrave;chent! Je vais vous apporter...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non, laissez, je....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous allez attraper froid. On a    si vite fait d&#146;attraper un rhume. D&#146;ailleurs, je sens un    courant d&#146;air! s&#146;exclame t-elle en se    <B>recroquevillant</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- La porte n'est pas bien    ferm&eacute;e ! Cissy craint les courants d'air.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le vieil homme se pr&eacute;cipite    sur la porte tandis que la femme ajoute:</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, c'est comme ces    <B>tremblements</B>, l&agrave;, vers le    r&eacute;frig&eacute;rateur. Je ne sais pas pourquoi Chris tenait    tant a acheter cette crotte d'appareil. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh Cissy! s'offusque le vieil    homme.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il me glace rien que de le    voir.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Si nous allions plut&ocirc;t    nous r&eacute;chauffer! dit le vieil homme poussant Eddy Staff    vers le s&eacute;jour. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je vais vous apporter un    v&ecirc;tement sec.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, un v&ecirc;tement sec. Et    Cissy va nous pr&eacute;parer quelque chose. Vous voulez bien    Cissy?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je ne sais pas si je vais    rester... je ne voudrais pas vous d&eacute;ranger....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons, allons !</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Un vieux fer en fonte    chauffe pr&egrave;s de la bouilloire, sur le large po&ecirc;le    &agrave; bois qui ronronne dans le s&eacute;jour. Une vieille    lessiveuse est abandonn&eacute;e dans coin. Un poste &agrave;    gal&egrave;ne tr&ocirc;ne sur une commode vermoulue. La    pi&egrave;ce est un v&eacute;ritable mus&eacute;e de    <B>vieilleries</B>.</FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff a d&eacute;fait sa    chemise. Il s&#146;appr&ecirc;te &agrave; retirer son pantalon,    mais il est g&ecirc;n&eacute;. Il aurait    pr&eacute;f&eacute;r&eacute; se d&eacute;v&ecirc;tir en un lieu    plus intime. Dans le silence de la pi&egrave;ce, il sent les yeux    braqu&eacute;s sur lui qui le toisent de la t&ecirc;te aux pieds.    Le vieil homme lui tend un peignoir de bain, tandis que la vieille    femme r&eacute;cup&egrave;re chacun de ses    v&ecirc;tements.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Comme la chair est ferme! dit    Cissy, hasardant une main sur son &eacute;paule. On se demande si    elle l'est partout, ajoute-telle toute    &eacute;moustill&eacute;e.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy, voyons! la gronde le    vieil homme.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff se h&acirc;te    d&#146;enfiler le peignoir.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Tenez, mettez-vous &agrave;    l&#146;aise! dit le vieil homme lui offrant un fauteuil <B>vieux    rose</B> au tissu &eacute;lim&eacute;. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La vieille femme dispara&icirc;t.    Eddy Staff s&#146;assied. Il se sent mal &agrave; l&#146;aise dans    ce d&eacute;cor surann&eacute;. Il lui semble &ecirc;tre    projet&eacute; dans un autre univers, dans une autre    &eacute;poque, une &eacute;poque r&eacute;volue, si loin de son    d&eacute;cor familier. Mais quel est donc son d&eacute;cor    familier? Et pourquoi a t-il la m&eacute;moire aussi    s&eacute;lective? Eddy Staff a l&#146;impression d&#146;&ecirc;tre    dans un r&ecirc;ve, o&ugrave; les personnages, les objets,    seraient d&eacute;form&eacute;s, grossi&egrave;rement    caricatur&eacute;s. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je ne vais pas rester    tr&egrave;s longtemps.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Prenez votre temps, jeune homme.    Il faut savoir s&#146;<B>&eacute;conomiser</B>. C&#145;est bien    l&agrave; le meilleur placement, non ? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais quand on prend trop de    temps, on n'avance pas! s&#146;exclame t-il contemplant les    vieilleries qui l&#146;entourent.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Depuis la nuit des temps,    avancer consiste &agrave; mettre un pied devant l'autre. Et depuis    la nuit des temps, tous les &ecirc;tres qui vivent sur terre    avancent. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je parle d'avancer en terme de    <B>progr&egrave;s.</B> Ce qui permet d'avancer plus vite, de vivre    avec son temps, si vous pr&eacute;f&eacute;rez.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Quel progr&egrave;s?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Les autoroutes, le train rapide,    les fus&eacute;es, c'est &ccedil;a le progr&egrave;s!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous trouvez qu'avancer plus    vite est un progr&egrave;s? Les chemins de traverse ont bien plus    de charme que les autoroutes. A quoi bon se pr&eacute;cipiter! On    peut toujours remettre au lendemain ce qu&#146;il est possible de    faire la veille. La terre ne s&#146;arr&ecirc;tera pas de tourner    pour autant. Croyez-moi jeune homme, il faut prendre son    temps!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Et surtout le <B>garder</B>!    ajoute la vieille femme qui vient d&#146;appara&icirc;tre,    arm&eacute;e d&#146;un vieux moulin &agrave; caf&eacute;.    </FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">&nbsp;</FONT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le    phonographe cr&eacute;pite dans un coin de la pi&egrave;ce. Eddy    Staff s&#146;&eacute;merveille devant le bras de la machine qui    tressaute &agrave; vive allure sur le disque affol&eacute;. Cissy    verse la pr&eacute;paration dans les tasses, &agrave; partir    d&#146;une cafeti&egrave;re ancestrale.</FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ce morceau n'a pas pris une    ride. Oyez jeune homme! C'est un <B>luthiste</B> de grand talent,    vous ne trouvez pas? Mais &agrave; propos, vous aimez le    luth?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Le luth? demande Eddy    Staff.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Des images furtive de guitares    &eacute;lectriques, de projecteurs bariol&eacute;s, de foules    enflamm&eacute;es lui traversent l&#146;esprit.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh vous savez moi je suis    plut&ocirc;t branch&eacute; rock!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Branch&eacute; rock?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous ne connaissez pas le rock    ?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Bien s&ucirc;r que si! dit le    vieil homme</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mon &eacute;poux et moi    &eacute;tions f&eacute;rus d'escalade dans notre jeune temps.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;&eacute;tait le bon    temps, n&#146;est-ce pas Cissy?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh oui, je me souviens! C'est    fou ce que nous avons pu crapahuter ensemble sur les<B> rocs    ...</B></FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Attendez, attendez! les    interrompt Eddy Staff &eacute;cartant les bras. Je parlais    musique. Le rock.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Le rock? Pourtant au sens    habituel du terme....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, mais le rock c&#146;est    aussi une musique. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff porte la tasse &agrave;    ses l&egrave;vres. Il avale une gorg&eacute;e et r&eacute;prime    une grimace discr&egrave;te. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Qu'est-ce que c'est ?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C'est de la    <B>chicor&eacute;e</B>! dit-elle. Vous aimez?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Ils ont allong&eacute; le cou vers    lui tous les deux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff repose la    tasse.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eh bien....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy la pr&eacute;pare comme    nulle autre pareil!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff a baiss&eacute; le    regard. Il rencontre les yeux globuleux au fond de sa tasse. Il se    sent mal &agrave; l'aise. Il se demande pourquoi il a    accept&eacute; cette invitation.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- &Ecirc;tre branch&eacute; rock,    poursuit-il en essayant de se dominer, c&#146;est une expression    qui signifie que l&#146;on aime cette musique. Mais    peut-&ecirc;tre connaissez-vous mieux la techno, les raves,    c&#146;est plus d&#146;actualit&eacute;. Enfin, je veux dire    qu&#146;on parle plus de <B>rave </B>que de rock aujourd&#146;hui.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah les raves! s&#146;exclame    t-elle enchant&eacute;e. Alors l&agrave;, nous adorons!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous connaissez? Demande Eddy    Staff surpris.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Bien s&ucirc;r! Et nous en    raffolons! ajoute t-elle excit&eacute;e.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est un v&eacute;ritable    d&eacute;lice!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il n&#146;est pas de chant plus    doux &agrave; l&#146;oreille</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Et aux papilles surtout!    Accommod&eacute;es avec une sauce l&eacute;g&egrave;re, c&#146;est    un <B>mets</B> succulent.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non! s&#146;&eacute;crie Eddy    Staff d&eacute;pit&eacute;. Je parlais de la musique.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah! c&#146;est aussi de la    musique? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Sans doute une musique de    jeunes...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- De jeunes.... murmure Cissy    r&ecirc;veusement. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Tout ceci met en app&eacute;tit.    Vous resterez bien manger avec nous?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est-&agrave;-dire    que...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons, allons!</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1">&nbsp;</FONT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Deux    vieux chandeliers d&eacute;corent la longue table en bois massif.    L&#146;argenterie accuse les ann&eacute;es et la porcelaine des    assiettes est f&ecirc;l&eacute;e par endroits. Cissy a servi tous    les plats. Ils sont &eacute;tal&eacute;s sur la table dans de    larges saladiers. Car le menu n&#146;est constitu&eacute; que de    <B>salades</B>. Apr&egrave;s l&#146;entr&eacute;e, compos&eacute;e    d&#146;une salade de pissenlit, vient le plat principal    constitu&eacute; d&#146;une salade de carottes et    accompagn&eacute; d&#146;un assortiment de salades vertes.</FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous ne mangez jamais de viande?    demande Eddy Staff en s&#145;interrogeant sur le    dessert.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Plus il vieillit, moins Chris    appr&eacute;cie la viande! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ma femme pourtant en raffole,    elle. Mais elle n&#146;en trouve pas &agrave; sa    convenance.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- A sa convenance?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Elle aime la chair tr&egrave;s    <B>tendre</B>! chuchote le vieil homme.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui... tr&egrave;s tendre....    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Un cou d&eacute;mesur&eacute;    s&#146;allonge vers lui. Le globe des yeux s&#146;est    &eacute;largi. Eddy Staff d&eacute;tourne la t&ecirc;te.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy veut dire que depuis que    nous ne pouvons plus nous ravitailler sur place, il est difficile    de trouver de la viande fra&icirc;che. La seule boutique qui    existait ici a ferm&eacute; ses portes.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Et pourquoi?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eh bien... Disons que    l&#146;&acirc;ge <B>tendre</B> a bien du mal &agrave;    r&eacute;sister en ces lieux. Vous savez, les parties de tarots ou    les activit&eacute;s du club, ce ne sont pas des distractions qui    fascinent tout un chacun. Personnellement, nous abhorrons ce genre    d&#146;activit&eacute;s. Nous nous retrouvons toujours entre    m&ecirc;mes gens.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- En plus, ils sont sourds comme    des pots! ajoute Cissy en tortillant le cou. Il faut sans    arr&ecirc;t leur r&eacute;p&eacute;ter la m&ecirc;me chose. Et    comme ils sont sourds, ils n&#146;&eacute;coutent plus les autres,    mais ils s&#146;&eacute;coutent parler. On a l&#146;impression de    discuter avec des vieux cons!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh Cissy! s&#146;offusque le    vieil homme. Quel vocabulaire peu ch&acirc;ti&eacute;! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Se tournant vers Eddy Staff, il    pr&eacute;cise:</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy voulait dire que    l&#146;absence d&#146;interlocuteurs est parfois plus terrible que    le silence lui-m&ecirc;me. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais pourquoi restez-vous    l&agrave; si cet endroit vous d&eacute;pla&icirc;t &agrave; ce    point? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh, avec le temps, on devient    casanier. On n&#146;ose plus tellement bouger. A nos &acirc;ges,    on pr&eacute;f&egrave;re ne pas prendre de risques    inutiles.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Puis on est si bien chez soi, on    a ses petites habitudes. Surtout &agrave; la <B>morte</B> saison,    Chris et moi, nous sommes plut&ocirc;t d&#146;un naturel &agrave;    hiberner, bien au chaud, blottis l&#146;un contre    l&#146;autre.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le vieil homme soul&egrave;ve    fi&egrave;rement un saladier.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais rassurez-vous!    s&#146;exclame t-il. Cissy est la reine des salades !</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- N'exag&eacute;rons rien !    rectifie t-elle. Il est vrai que nous mangeons beaucoup de    salades. La laitue si joliment frip&eacute;e, la scarole    frisott&eacute;e comme une anc&ecirc;tre, la romaine et son petit    go&ucirc;t antique. Mais notre pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e est    la salade d'endives aussi am&egrave;re qu'un    <B>regret</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C'est un v&eacute;ritable    po&egrave;me!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy excelle dans les    <B>odes</B> !</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh! vous me flattez! dit-elle en    se rengorgeant. Et le cresson, vous avez d&eacute;j&agrave;    go&ucirc;t&eacute; au cresson?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons Cissy, cessez de nous    entortiller avec vos salades! Vous ne voyez pas que vous ennuyez    notre invit&eacute;? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non! Absolument pas !    r&eacute;torque Eddy Staff poliment.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Bah! Laissez donc! Sous sa    <B>carapace</B> un peu rude, je le sais tr&egrave;s tendre! Oh    oui... ajoute t-elle &eacute;carquillant les yeux sur le jeune    homme. D'une tendret&eacute;....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Tendresse! rectifie le vieil    homme, lan&ccedil;ant vers elle un regard indulgent. Je ne vous le    dirai jamais assez. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff penche la t&ecirc;te.    Il observe Chris et Cissy , leur tendre complicit&eacute;, leur    amour ind&eacute;fectible. Il se dit qu&#146;ils ne ressemblent    pas aux vieux couples ordinaires, distillant l'aigreur et la    rancune. Chris et Cissy s&#146;aiment. Ils s&#146;aiment les yeux    dans les yeux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mangez donc un peu de salade!    propose t-elle. Vous savez c&#145;est bon pour la sant&eacute; la    salade. Et la <B>sant&eacute;</B> c&#146;est important. La    sant&eacute;, c&#146;est comme la nouvelle ann&eacute;e, on la    veut toujours bonne, surtout &agrave; nos &acirc;ges. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Avoir la sant&eacute;,    c&#146;est avoir l&#146;&eacute;ternit&eacute;!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah la sant&eacute;! Vivre vieux    certes, vivre con soit, mais surtout vivre en bonne    sant&eacute;.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons Cissy! Mesurez votre    langage! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Et se tournant derechef vers Eddy    Staff, il pr&eacute;cise:</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy voulait dire qu&#146;on    s&#146;habitue &agrave; l&#146;id&eacute;e de la mort, mais pas    &agrave; l&#146;id&eacute;e de l&#146;id&eacute;e de la    s&eacute;nilit&eacute;. Or de la s&eacute;nescence &agrave; la    s&eacute;nilit&eacute;, il n&#146;y a qu&#146;un pas. Un pas que    nous refusons de franchir. Car nous comptons bien vivre, en vivant    <B>bien</B>, pendant longtemps, n&#146;est-ce pas Cissy? dit-il    lui caressant la main.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh oui, nous ne sommes pas    press&eacute;s de mourir.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Le d&eacute;sir de mort    n&#146;est autre que la mort du <B>d&eacute;sir</B>! Et nous avons    encore tant de d&eacute;sirs &agrave; partager ensemble. Vous    prendrez bien un peu de vin? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Volontiers!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il est excellent! c'est un vin    chenu!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Rien ne vaut ce qui est    <B>chenu</B>! dit-elle lui caressant un reste de    cheveux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Reconnaissons qu&#146;il a    admirablement bien vieilli. Les vins se conservent &agrave;    merveille dans les f&ucirc;ts de ch&ecirc;ne. C&#146;est une    tradition &agrave; laquelle heureusement on revient.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Comme toutes les traditions!    ajoute t-elle trempant son pain dans le verre de <B>lait</B>    plac&eacute; derri&egrave;re l&#146;assiette. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cessez donc de vous    repa&icirc;tre de cette gourmandise, ma douce! Vous savez bien que    cela vous rend malade &agrave; chaque fois.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous avez raison! dit-elle    abandonnant le mets d'un aire coupable. Je vais apporter le    dessert. C&#146;est une salade de...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Peut-&ecirc;tre notre    invit&eacute; pr&eacute;f&egrave;re t-il autre chose qu&#146;une    <B>salade</B>? l&#146;interrompt Chris.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;&eacute;tait une salade    de fruits, mais si vous pr&eacute;f&eacute;rez les fruits entiers.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Elle pose la corbeille au milieu    de la table.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Les voil&agrave;! Servez-vous je    vous prie!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff s'appr&ecirc;te    &agrave; prendre une pomme.</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Prenez donc plut&ocirc;t celle-ci, elle est moins <B>rid&eacute;e</B>! lui susurre t-elle. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Et allongeant le cou, elle ajoute:</FONT></P>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais vous les    pr&eacute;f&eacute;rez peut-&ecirc;tre rid&eacute;es? </FONT></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">&nbsp;* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est    confortablement install&eacute; dans le fauteuil. Il est somnolent    pr&egrave;s du feu qui ronronne. Cissy lui a propos&eacute; de    feuilleter l'album de famille. Il a accept&eacute;, par politesse,    bien qu&#146;il ex&egrave;cre ce genre d&#146;occupation. Elle    commente les photos d&#146;une voix monocorde qui le berce    doucement. </FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Celle-ci est une photo assez    r&eacute;cente. Chris et moi, nous marchions dans les ruelles    <B>tortes</B> de la vieille ville.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- O&ugrave;?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- J&#146;avoue que je ne me    souviens plus. Mais nous avons ador&eacute; les vieilles pierres.    Et aussi les bassins, &eacute;parpill&eacute;s &ccedil;a et    l&agrave;, orn&eacute;s d&#146;algues et de roseaux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Cissy adore nager! intervient    Chris, qui enfourne une grosse b&ucirc;che dans le po&ecirc;le    &agrave; bois. C&#146;est d&#146;ailleurs une excellente nageuse.    Vous la verriez s&#146;&eacute;battre dans le bassin.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ces photos-l&agrave; ont    &eacute;t&eacute; prises dans nos <B>&icirc;les</B> lointaines!    continue Cissy.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous &ecirc;tes originaires des    &icirc;les?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui! tout comme nos    anc&ecirc;tres!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il nous en a co&ucirc;t&eacute;    de nous expatrier ici.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je comprends! Les cocotiers, les    mers chaudes!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Surtout les mers chaudes!    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Nous adorions nager, nous    &eacute;battre dans ces mers du sud, n&#146;est-ce pas Cissy?    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Qu&#146;est-ce qui vous en a    &eacute;loign&eacute;s?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- La vie! avoue songeusement    Cissy. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, la vie! soupire le vieil    homme. Mais nous n&#146;excluons point de <B>g&eacute;sir</B> dans    un lointain ailleurs, &agrave; terme &eacute;chu, Cissy et moi.    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff sourit. Les    expressions, les mots anciens utilis&eacute;s pas les deux    vieillards, l&#146;amusent maintenant. Le vin a chass&eacute; ses    appr&eacute;hensions et finalement il se sent bien ici, comme    rassur&eacute; par le d&eacute;cor <B>vieillot</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il faut dire &eacute;galement    que nous sommes tr&egrave;s &eacute;parpill&eacute;s dans la    famille, poursuit-elle. Tenez, voil&agrave; notre cousin Hermann,    originaire du vieux continent. Il vit quelque part du    c&ocirc;t&eacute; des Balkans. Ici, c&#146;est Kynixys qui habite    &agrave; Madagascar. C&#146;est un endroit charmant et pourtant,    le temps lui dure parfois. Le temp&eacute;rament des &icirc;les    est un peu particulier. Et l&agrave;, c&#146;est...    c&#146;est...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Elle &eacute;loigne la photo de    ses yeux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Qui est-ce ici? demande t-elle    &agrave; Chris.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Montrez ma douce! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Elle lui apporte la    photo.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eh bien c&#146;est...    c&#146;est...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">A son tour, il allonge les    bras.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Attendez, que je chausse mes    lunettes. A nos &acirc;ges, la vue n&#146;est pas tr&egrave;s    vaillante. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Il rapproche la photo de son    visage.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est Testudo!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah Testudo! Il habite en    Am&eacute;rique du Sud. Il a pris un sacr&eacute; <B>coup de    vieux</B>. Sans doute a t-il fait son temps. Cuora, elle, est en    Asie! dit-elle montrant une autre photo. Et Chelodina, en    Australie. Ce sont des intimes de longue date.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est surpris de voir,    sur chaque image, une <B>tortue</B> pos&eacute;e aux pieds du    sujet photographi&eacute;. Et m&ecirc;me, parfois, la tortue est    d&#146;une taille plus imposante que le sujet    lui-m&ecirc;me.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous &ecirc;tes    passionn&eacute;s de tortues dans la famille!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Chris et Cissy s&#146;observent    avec un sourire complice.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est le moins que    l&#146;on puisse dire! </FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est pench&eacute;    sur le vieux poste &agrave; gal&egrave;ne. C&#146;est un de ces    postes qui firent le bonheur de la T.S.F. et que l'on ne trouve    plus que chez les antiquaires. Par miracle, il fonctionne. Eddy    Staff a capt&eacute; une onde qui distille de la musique classique    en continu.</FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mon &eacute;pouse collectionne    les vieilleries.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Les vieilleries! Vous    plaisantez! Cet appareil n'a pas m&ecirc;me un    si&egrave;cle!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il est    <B>d&eacute;pass&eacute;</B> voyons!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah bien s&ucirc;r! Lui, depuis    qu'il a Pupuce!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous avez un chien?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Cissy r&eacute;tracte brusquement    ses longs membres. Elle semble horrifi&eacute;e.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Un chien? surtout pas!    s&#146;&eacute;crie t-elle.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Chris lui prend la main et la    tapote doucement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ce n&#146;est rien... ce    n&#146;est rien....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Et se tournant vers Eddy Staff, il    murmure &agrave; voix basse :</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ne prononcez jamais ce mot    devant ma femme. Cissy est terroris&eacute;e par les chiens depuis    qu&#146;elle a &eacute;t&eacute; mordue dans <B>jeune    temps</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais qui est Pupuce    alors?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je vais vous montrer! Venez!    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff le suit jusqu'&agrave;    un r&eacute;duit &eacute;troit et obscur dissimul&eacute;    derri&egrave;re un rideau.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Voil&agrave; ! C&#146;est la    plus merveilleuse invention qu&#146;il m&#146;ait    &eacute;t&eacute; donn&eacute; de voir.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Eh oui! ajoute Cissy. Depuis    qu'il a cette chose, c'est dans l'obscurit&eacute; qu'il passe le    plus clair de son temps. Comme s'il avait des choses &agrave;    cacher!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Des choses &agrave; cacher,    &agrave; mon &acirc;ge! Vous attribuer de bien grands desseins    &agrave; une si petite chose!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Petite chose, petite chose!    Mieux vaut une petite qui fr&eacute;tille qui grosse qui roupille!    s'exclame t-elle l'oeil coquin.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh Cissy! s'offusque    t-il.&nbsp;Et prenant Eddy Staff par le bras, il ajoute: Cissy    ex&egrave;cre les nouveaut&eacute;s! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Peu m&#146;en <B>chaut</B>    certes! dit-elle s&#146;&eacute;loignant. Je pr&eacute;f&egrave;re    aller pr&eacute;parer un peu de tisane.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est un ordinateur?    demande Eddy Staff, dubitatif, en d&eacute;couvrant    l'&eacute;cran.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui! Et regardez, vous allez    &ecirc;tre &eacute;merveill&eacute;!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Il pose le doigt sur    l&#146;&eacute;cran et l&#145;appareil se met en fonctionnement.    Eddy Staff &eacute;carquille les yeux. C&#146;est un &eacute;cran    plat digital, miniaturis&eacute;, qui int&egrave;gre toutes les    composantes de l&#146;appareil. Jamais, dans son existence, il n'a    vu un engin aussi perfectionn&eacute;... jamais... non, jamais...    Mais o&ugrave; a t-il donc vu cet appareil qui lui semble si    <B>familier</B>.... </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous vous int&eacute;ressez aux    ordinateurs jeune homme?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui... je crois...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est la d&eacute;couverte    la plus prodigieuse du si&egrave;cle pass&eacute;! Observez un peu    les possibilit&eacute;s de cet engin! dit-il caressant    l&#146;&eacute;cran.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La messagerie anim&eacute;e    s&#146;ouvre et appara&icirc;t une lettre qui se d&eacute;plie    automatiquement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- J&#146;ai re&ccedil;u un    courrier! dit le vieillard tout excit&eacute;. C'est fabuleux!    Rendez-vous compte, gr&acirc;ce &agrave; cet appareil, il est    enfin possible de communiquer.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff l&#146;observe    interloqu&eacute;. Il a si souvent utilis&eacute; les    <B>messageries</B>. C&#146;est d&#146;une banalit&eacute;.    D&#146;ailleurs, c&#146;est dans une messagerie que se trouvait le    fichier... le fameux fichier.... quel fichier?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- N&#146;est-ce pas    extraordinaire?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous auriez le    t&eacute;l&eacute;phone.....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais vous ne semblez pas    r&eacute;aliser jeune homme! se r&eacute;crie le vieillard.    Gr&acirc;ce &agrave; cet outil ultramoderne, nous communiquons    comme dans les <B>temps anciens</B> : par l&#146;&eacute;criture    et la lecture. Les gens composent des phrases, avec des verbes,    des sujets, des compl&eacute;ments. Ils s&#146;efforcent de plaire    &agrave; leurs interlocuteurs en soignant le vocabulaire, en    corrigeant les fautes, en cherchant des id&eacute;es...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Pas toujours...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais celui qui ne fait pas cet    effort passe pour un cr&eacute;tin. Pouvez-vous imaginer un    instant ce que peut penser la jeune fille &agrave; qui    l&#146;amant enverrait une<B> missive</B> d&eacute;nu&eacute;e    d&#146;int&eacute;r&ecirc;t? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il a d&#146;autres fa&ccedil;ons    de lui dire qu&#146;il l&#146;aime.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non jeune homme, vous vous    trompez. Rien n&#146;est plus flatteur pour une compagne que la    caresse d&#146;un mot bien tourn&eacute; ou le baiser    &eacute;ternel d&#146;un po&egrave;me, &eacute;crit rien que pour    elle. A chaque instant de solitude, elle lira des mots qui lui    rappelleront tant de belles images dans les bras de son amant.    Savoir &eacute;crire &agrave; une femme, savoir lui exprimer par    l&#146;&eacute;criture tout l&#146;amour que l&#146;on ressent    pour elle, c&#146;est bien l&agrave; le plus bel    engagement.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff contemple le vieillard,    attendri.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je vous admire. Comment    faites-vous pour rester si pr&egrave;s l'un de l'autre    apr&egrave;s tant d'ann&eacute;es?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">L&#146;&eacute;cran semble donner    des signes de faiblesse. Il vacille. Chris tourne    d&eacute;licatement un bouton situ&eacute; en dessous de    l&#145;appareil.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Voyez-vous, en amour, il ne    suffit pas de veiller &agrave; l'<B>intensit&eacute;</B> et    &agrave; la <B>luminosit&eacute;</B>. Il faut aussi veiller au    <B>contraste</B>. C&#146;est en g&eacute;n&eacute;ral le contraste    qui fait souffrir l&#146;&ecirc;tre humain. De savoir que quelque    chose peut avoir plus d&#146;int&eacute;r&ecirc;t que soi, aux    yeux de la personne que l&#146;on aime, c&#146;est un terrible    contraste. Dans la vie vous pouvez tout vous permettre. A la seule    condition que la personne que vous aimez n&#146;ait jamais le    sentiment d&#146;&ecirc;tre d&eacute;laiss&eacute;e. Inutile    d&#146;aller d&eacute;crocher la lune ou de vous ruiner dans des    pr&eacute;sents mirifiques. Il suffit d&#146;un regard, un geste,    une complicit&eacute; au moment opportun, pour conserver &agrave;    l&#145;amour toute son intensit&eacute; et sa luminosit&eacute;.    Voir l'amour dans les yeux de l'&ecirc;tre que l'on aime est la    seule chose au monde qui m&eacute;rite de vivre.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">L'&eacute;cran se positionne tout    &agrave; coup, de fa&ccedil;on automatique, sur un <B>site</B> non    sollicit&eacute;.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah! Voil&agrave; les    derni&egrave;re nouvelles! dit le vieil homme.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff a un sursaut. Il a    d&eacute;j&agrave; vu ce site. C&#146;est un site qui    d&eacute;fraie la chronique en raison du nombre important de    visiteurs qu&#146;il v&eacute;hicule. Il a d&eacute;j&agrave; vu    ce site, mais o&ugrave;?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous connaissez le site Wenjob?    On dit qu&#146;il r&eacute;volutionne l&#146;univers pour les    id&eacute;es qu&#146;il distille. Ce qui est &eacute;tonnant,    c&#146;est que personne ne sait qui est ce Wenjob. Certains    s&#146;inqui&egrave;tent pour les cours de la bourse, qu&#146;il    fait all&egrave;grement chuter. Tenez, regardez justement les    derni&egrave;res <B>courbes</B>. Elles sont    &eacute;loquentes.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Il se tourne vers Eddy    Staff.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais vous m&#146;avez l&#146;air    bien p&acirc;le tout &agrave; coup. Seriez-vous l&#146;un de ces    actionnaires un peu trop entreprenants?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- L&#146;initiative, la    cr&eacute;ativit&eacute;, l&#146;esprit d&#146;entreprise, ce sont    pourtant les valeurs de la jeunesse, non ? Mais vous avez bien    raison d&#146;&ecirc;tre prudent. Rien ne vaut les placements    s&ucirc;rs, vivre de ses <B>rentes</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">L&#146;&eacute;cran a de nouveau    chang&eacute; de texture. Le site Wenjob a disparu comme il    &eacute;tait apparu.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Approchez jeune homme.    Voil&agrave; un jeu qui aura sans doute l&#146;heur de vous    plaire. Et je serais ravi de jouer avec vous si vous le    permettez!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff se penche vers    l&#146;ordinateur o&ugrave; s&#145;&eacute;battent des animaux    belliqueux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- En quoi consiste    t-il?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est tr&egrave;s simple :    d&#146;un c&ocirc;t&eacute; vous avez les crocodiles, les    ca&iuml;mans, les l&eacute;zards, bref les <B>vieilles peaux</B>.    Et de l&#146;autre, les castors, les zibelines, les lapins, bref    les <B>peaux tendres</B>. Le jeu consiste pour les vieilles peaux    &agrave; d&eacute;vorer les peaux tendres. Et pour les peaux    tendres &agrave; &eacute;liminer les vieilles peaux. Les vieilles    peaux manquent d&#146;agilit&eacute;, mais connaissent la ruse.    Les peaux tendres ont les r&eacute;flexes salvateurs, mais    manquent de perspicacit&eacute;. Chaque fois que l&#146;un ou    l&#146;autre camp gagne des points, ces points se transforment en    produits de luxe. Sac en crocodile, manteau en zibeline. Le plus    fortun&eacute; &agrave; gagn&eacute; la partie. Il faut savoir    &eacute;galement que les jeunes peaux ont un large &eacute;ventail    de masques pour se grimer en vieilles peaux. Tandis que les    vieilles peaux ont &agrave; leur disposition tous les outils de la    cosm&eacute;tique et de la chirurgie esth&eacute;tique pour    r&eacute;parer les <B>outrages du temps</B>. &Ecirc;tes-vous    int&eacute;ress&eacute;?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- A vrai dire, non... je me sens    un peu fatigu&eacute;. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ah!...Vous devriez rester dormir    ici! dit le vieil homme &eacute;teignant l'appareil. Il est tard    vous savez.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est-&agrave;-dire    que...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons, allons! </FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">* * *&nbsp;</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Chris et Cissy ont    accompagn&eacute; Eddy Staff vers la chambre. Quand ils ouvrent la    porte, Eddy Staff a un mouvement de recul. Le plafond de la    chambre est taill&eacute; en forme de <B>carapace</B>. De    m&ecirc;me que le lit. Deux carapaces g&eacute;antes sont    accroch&eacute;es au mur, tapiss&eacute; d&#146;un papier    parsem&eacute; de petites tortues. Une longue    &eacute;tag&egrave;re est couverte de coffrets &agrave; bijoux et    de vases fabriqu&eacute;s &agrave; partir de carapaces de tortues,    de peignes, de broches, de bibelots en &eacute;cailles de tortues.    Sur une autre &eacute;tag&egrave;re, ce sont des livres et des    revues qui sont consacr&eacute;s &agrave; l&#146;univers des    tortues. </FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous verrez vous serez bien    l&agrave;! Je suis s&ucirc;re que vous ferez des r&ecirc;ves    tr&egrave;s <B>tendres</B>! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous &ecirc;tes vraiment    passionn&eacute;s par les tortues.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous ne croyez pas si bien dire!    murmure Cissy allongeant le cou.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Savez-vous que jadis les humains    v&eacute;n&eacute;raient les tortues? Ils ont m&ecirc;me    imagin&eacute; que l&#146;apparition de la terre &eacute;tait due    &agrave; une gigantesque tortue qui reposait au fond de l&#146;eau    et qui laissait <B>poindre</B> sa carapace. Pendant des    si&egrave;cles, on a estim&eacute; que la tortue &eacute;tait un    animal si intelligent que l&#146;on pouvait se fier &agrave; son    comportement pour prendre des d&eacute;cisions. Et bien des    civilisations ont lu dans sa carapace pour faire des    pr&eacute;dictions. La tortue a longtemps &eacute;t&eacute;    d&eacute;ifi&eacute;e, adul&eacute;e, respect&eacute;e,    consid&eacute;r&eacute;e &agrave; sa juste valeur. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Mais de nos jours les gens    n&#146;ont plus le sens des valeurs! Et, sans vouloir vous    offenser, les jeunes ne respectent plus rien. C&#146;est un    <B>signe des temps</B>.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous connaissez des    l&eacute;gendes sur les tortues?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh, mais bien s&ucirc;r jeune    homme. Si vous voulez tout savoir sur les tortues, il y a un site    internet enti&egrave;rement consacr&eacute; &agrave; ce    th&egrave;me. Je peux vous donner les coordonn&eacute;es si vous    le d&eacute;sirez...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non, non... je    pr&eacute;f&eacute;rerais lire un livre sur ce sujet, si vous en    avez un.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Nous avons bien quelques    <B>grimoires</B>! dit le vieil homme fouillant sur un rayonnage.    Mais j'ignore s'ils auront l'heur de vous plaire. Ils sont un peu    herm&eacute;tiques au commun des mortels. Tenez, en voil&agrave;    un exemplaire. Il s&#146;intitule....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- <B>Le si&egrave;cle des    tortues</B>! s&#146;exclame Eddy Staff en caressant la couverture    poussi&eacute;reuse.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#146;est une tr&egrave;s belle    histoire, vous verrez! D&#146;une infinie    tendret&eacute;...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Tendresse... Nous vous laissons    vous reposer &agrave; pr&eacute;sent! dit Chris prenant le bras de    sa femme.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- N&#146;oubliez pas de boire    votre tisane! ajoute t-elle allongeant le cou. Ce sont des herbes    tr&egrave;s relaxantes.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Allons, venez ma    douce.</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff est    allong&eacute; sur le lit. Depuis qu'il a ouvert la    premi&egrave;re page du livre, il ne l'a plus quitt&eacute;.    L'ouvrage comporte de nombreuses illustrations, des gravures    <B>anciennes</B>, parfois de simples esquisses. Eddy Staff le    feuillette et le lit avec avidit&eacute;.</FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Jadis les tortues &eacute;taient    adul&eacute;es. Puis les hommes se sont mis &agrave; les chasser    pour leur viande et leur chair qu&#146;ils trouvaient tr&egrave;s    raffin&eacute;e, tr&egrave;s tendre. Les carapaces servirent    &agrave; confectionner des coffrets &agrave; bijoux et des    r&eacute;cipients pour les cosm&eacute;tiques. La cupidit&eacute;    humaine donna lieu &agrave; toutes sortes de cruaut&eacute;s.    Ainsi, il fut un temps on l&#146;on plongeait la tortue vivante    dans l&#146;eau bouillante pour d&eacute;coller sa carapace, avant    de rejeter l&#146;animal, toujours vivant, au fonds des mers. La    tortue pacifique, amie de l&#146;homme, finit par se    d&eacute;tacher de lui et m&ecirc;me par le ha&iuml;r. Certaines    se r&eacute;fugi&egrave;rent vers des havres de paix, tels les    &icirc;les <B>Galapagos</B> o&ugrave; elles pouvaient se    d&eacute;velopper jusqu&#146;&agrave; leur taille r&eacute;elle et    vieillir &agrave; l&#146;abri des convoitises humaines.    D&#146;autres mirent leur extraordinaire intelligence de concert    pour combattre l&#146;ennemi jur&eacute;. Elles savaient que la    nature les avait dot&eacute;es de pouvoirs myst&eacute;rieux,    <B>mystiques</B>. Il &eacute;tait grav&eacute; sur les pierres,    noy&eacute;es au fonds des oc&eacute;ans, que les tortues    pouvaient vivre un si&egrave;cle. Le si&egrave;cle des tortues    achev&eacute;, elles se r&eacute;incarnaient dans l&#146;animal de    leur choix. Ce choix se porta sur l&#146;animal humain. A dessein    de le d&eacute;truire. Les tortues r&eacute;incarn&eacute;es    mangeraient la viande humaine, en la choisissant tendre, et donc    jeune. Encore fallait-il parvenir &agrave; vivre un si&egrave;cle,    &eacute;viter durant un si&egrave;cle les pr&eacute;dateurs    humains.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><B>Chrys&eacute;mis</B> et    <B>Cystude</B> furent les premi&egrave;res tortues    r&eacute;incarn&eacute;es... </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">...Eddy Staff s&#146;est endormi    sur le livre ouvert, pos&eacute; contre son thorax. Son sommeil    est agit&eacute;. Il voit des images &eacute;tranges, confuses,    enchev&ecirc;tr&eacute;es. Il entend des sons    d&eacute;form&eacute;s.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La porte de la chambre a    grinc&eacute;. Un long cou se penche en sa direction. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Comme c&#146;est beau    l&#146;&acirc;ge tendre. Il dort &agrave; poings    ferm&eacute;s.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Chut! Allons Cystude ne le    r&eacute;veillons point. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Les silhouettes s&#146;agitent    autour de lui, tout en s&#146;&eacute;tirant de mani&egrave;re    exag&eacute;r&eacute;e, dans l&#146;anamorphose d&#146;un    r&ecirc;ve.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il a aim&eacute; la tisane!    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">La tasse vide se prom&egrave;ne    dans la pi&egrave;ce, suspendue dans le vide.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Passons-lui la corde doucement    sous les jambes et faisons un noeud coulant.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il ne s&#146;est pas    d&eacute;shabill&eacute;. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Effectivement. Il faut le    d&eacute;shabiller. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Quand il ouvre un oeil, Eddy Staff    s'aper&ccedil;oit qu'il est install&eacute; dans un fauteuil    roulant. Il ne peut bouger les jambes, ni les bras. Il est    <B>entrav&eacute;</B>. Aucun son ne parvient &agrave; sortir de sa    bouche, b&acirc;illonn&eacute;e. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Sa t&ecirc;te dodeline. Le long    cou s&#146;est allong&eacute; jusqu&#146;&agrave; lui fr&ocirc;ler    les yeux.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Nous allons lui ramollir un peu    la chair pour qu&#146;elle soit plus tendre! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Cystude a un rictus hideux. Eddy    Staff voit l&#146;&eacute;norme <B>chaudron</B> pos&eacute; sur le    po&ecirc;le, qui bouillonne &agrave; gros bruits.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Et pour qu&#146;elle soit    tendre, il faut l&#146;&eacute;bouillanter    l&eacute;g&egrave;rement. Mais pas trop. Juste de quoi &ocirc;ter    la carapace. La <B>carapace</B> d&#146;arrogance, de suffisance,    de cruaut&eacute; propre aux hommes. Mais il faut lui conserver un    peu de vie. Juste un peu....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Eddy Staff regarde horrifi&eacute;    l&#146;&eacute;norme marmite qui approche de lui. On va le plonger    &agrave; l&#146;int&eacute;rieur. Il voudrait s&#146;enfuir, mais    il en est incapable. Il semble fig&eacute;,    paralys&eacute;.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Est-ce un cauchemar? Il aimerait    bien se r&eacute;veiller. Pourquoi a t-il accept&eacute; cette    invitation? Que fait-il dans cette maison? </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Qui est-il?</FONT></P></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">* * *</FONT></CENTER>  <BLOCKQUOTE><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Le son du luth    cr&eacute;pite sur le vieux phonographe. Les chandeliers brillent    de tous leurs feux, de chaque c&ocirc;t&eacute; de l&#146;immense    table. Chris et Cissy mangent en t&ecirc;te &agrave; t&ecirc;te.    Il n&#146;y a qu&#146;un seul plat au menu. Une vieille marmite    &eacute;paisse qui semble n&#146;avoir pas servi depuis des temps    anciens et dans laquelle fr&eacute;missent quelques morceaux de    viande, coup&eacute;s en petits d&eacute;s. </FONT>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C'&eacute;tait un jeune homme    vraiment charmant! </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Et quelle    tendret&eacute;...</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Tendresse ! Combien de fois    devrai-je vous rectifier Cissy ?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- &Ecirc;tes-vous s&ucirc;r que    l&#146;on dise <B>tendresse</B> pour la viande?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Non... Finalement j&#146;ai des    doutes. Ah la m&eacute;moire! A nos &acirc;ges....</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Ces recettes <B>ancestrales</B>    sont peut-&ecirc;tre un peu trop piment&eacute;es, vous ne trouvez    pas? Elles alt&egrave;rent le go&ucirc;t de la viande. </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous avez sans doute raison ma    douce. Il faudrait songer &agrave; modifier la pr&eacute;paration.    Une viande aussi raffin&eacute;e, ce serait dommage de la    g&acirc;cher!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Vous en reprendrez bien un peu!    </FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Je commence &agrave; me sentir    un peu lourd.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Qu&#146;allons-nous faire de ces    restes?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il suffira de les    r&eacute;chauffer.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- C&#145;est vrai. Un plat en    sauce se r&eacute;chauffe ais&eacute;ment. Quand je pense &agrave;    ce jeune homme.... je me demande si nous aurons d&#146;autres    surprises, d&#146;une telle qualit&eacute;?</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Il est vrai que nous avons    pass&eacute; un moment <B>d&eacute;licieux</B> en sa    compagnie.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oui, vraiment    d&eacute;licieux!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Venez Cissy! dit-il lui prenant    la main. Il est temps de nous accorder un petit repos, blottis au    chaud, l&#146;un contre l&#146;autre.</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">- Oh oui! Un long repos bien    m&eacute;rit&eacute;!</FONT></P>        <P><FONT SIZE="-1">&nbsp;</FONT></P>        <CENTER><FONT SIZE="-1">FIN</FONT></CENTER></BLOCKQUOTE>  <CENTER><FONT SIZE="-1">&nbsp;</FONT></CENTER>  <P></P> </BODY> </HTML> 
