<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.6 [fr]C-CCK-MCD   (Win98; I) [Netscape]">    <meta name="Author" content="Sebastien Lagache">    <title>Avant-go&ucirc;t d'Alphonse</title> <! Page ralise avec Ma Page Web v1.3 (freeware) > <script language="javascript"> DA = (document.all) ? 1 : 0 window.onerror=handle_error function handle_error(){ msg="\nRien n'a t imprim. \n\nAnnul l'impression," msg=msg+"click on the printer icon in the toolbar above." alert(msg); return true; } </script> <script LANGUAGE="VBScript"> sub print olecmd = 6 ' Print Command oleparam = 1 on error resume next WB.ExecWB olecmd, oleparam if err.number <> 0 then if DA then ' IE4 - Arrt alert "Rien n'a t imprim." else ' IE3 handle_error end if end if end sub </script> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#3366FF" vlink="#FF0000" alink="#FF0000" background="Fd-extrait.jpg"> &nbsp; <center><table WIDTH="90%" > <caption> <h1> Recueil : <i>A se tordre</i></h1> </caption>  <tr> <td><img SRC="black.gif" height=37 width=50><a NAME="Darwin"></a><b><u><font size=+2>Le comble du darwinisme</font></u></b></td> </tr>  <tr> <td>Je n'ai pas toujours &eacute;t&eacute; le vieillard quinteux et cacochyme que vous connaissez aujourd'hui, jeunes gens. <br>Des temps furent o&ugrave; je scintillais de gr&acirc;ce et de beaut&eacute;. <br>Les demoiselles s'&eacute;criaient toutes, en me voyant passer: "Oh ! le charmant gar&ccedil;on ! et comme il doit &ecirc;tre <i>comme il faut</i> !" ce en quoi les demoiselles se trompaient &eacute;trangement, car je ne fus jamais <i>comme il faut</i>, m&ecirc;me au temps les plus recul&eacute;s de ma prime jeunesse. <br>A cette &eacute;poque, la muse de la Prose n'avait que l&eacute;g&egrave;rement effleur&eacute;, du bout de son aile vague, mon front d'ivoire. <br>D'ailleurs, la nature de mes occupations &eacute;tait peu faite pour m'impulser vers d'a&eacute;riennes fantaisies. <br>Je me pr&eacute;parais, par un stage pratique dans les meilleures maisons de Paris, &agrave; l'exercice de cette profession tant d&eacute;cri&eacute;e o&ugrave; s'illustr&egrave;rent, au XVII &eacute; si&egrave;cle, M. Fleurant, et, de nos jours, l'espi&egrave;gle Fenayrou. <br>Dois-je ajouter que le seul fait de mon entr&eacute;e dans une pharmacie d&eacute;terminait les plus imminentes catastrophes et les plus irr&eacute;m&eacute;diables ? <br>Mon patron devenait rapidement &eacute;tonn&eacute;, puis inquiet et enfin insane, d&eacute;ment parfois. <br>Quant &agrave; la client&egrave;le, une forte partie &eacute;tait fauch&eacute;e par un tr&eacute;pas pr&eacute;matur&eacute;; l'autre, manifestant de v&eacute;h&eacute;mentes m&eacute;fiances, s'adressait ailleurs. <br>Bref, je tra&icirc;nais dans les plis de mon veston le spectre de la faillite, la faillite au sourire vert. <br>Je poss&eacute;dais un scepticisme effroyable &agrave; l'&eacute;gard des mati&egrave;res v&eacute;n&eacute;neuses; j'&eacute;prouvais une horreur instinctive pour les centigrammes et les milligrammes, que j'estimais si mis&eacute;rables ! Ah ! parlez-moi des grammes. <br>Et il m'advint souvent d'ajouter copieusement les plus redoutables toxiques &agrave; des pr&eacute;parations r&eacute;put&eacute;es anodines jusqu'alors. <p>J'aimais surtout faire des veuves : une id&eacute;e &agrave; moi. <br>D&egrave;s qu'une cliente un peu gentille se pr&eacute;sentait &agrave; l'officine, porteuse d'une ordonnance : <br>- Qui est-ce que vous avez donc de malade, chez vous, madame ? <br>- C'est mon mari, monsieur... Oh ! ce n'est pas grave... Un petit enrouement. <br>Alors je me disais: "Ah ! il est enrou&eacute;, ton mari ? eh bien ! je me charge de lui rendre la puret&eacute; de son organe." <br>Et il &eacute;tait bien rare, le surlendemain, de ne pas rencontrer un enterrement dans le quartier. <br>C'&eacute;tait le bon temps ! <p>Dans une pharmacie o&ugrave; je me trouvais vers cette &eacute;poque ou &agrave; peu pr&egrave;s, j'&eacute;tais dou&eacute; d'un patron qui aurait pu rendre des points &agrave; madame Beno&icirc;ton. Toujours sorti. <br>J'aimais autant cela, n'ayant jamais &eacute;t&eacute; friand de surveillance incessante. <br>Chaque jour, dans l'apr&egrave;s-midi, une esp&egrave;ce de vieux serin, rentier dans le quartier, ennemi du progr&egrave;s, cl&eacute;rical enrag&eacute;, venait tailler avec moi d'interminables bavettes, dont Darwin &eacute;tait le sujet principal. <br>Mon vieux serin consid&eacute;rait Darwin comme un grand coupable et ne parlait rien moins que de le pendre. (Darwin n'&eacute;tait pas encore mort, &agrave; ce moment-l&agrave;.) <br>Moi, je lui r&eacute;pondais que Bossuet &eacute;tait un dr&ocirc;le et que si je savais o&ugrave; se trouvait sa tombe, j'irais la souiller d'excr&eacute;ments. <br>Et des apr&egrave;s-midi enti&egrave;res s'&eacute;coulaient &agrave; causer adaptation, s&eacute;lection, transformisme, h&eacute;r&eacute;dit&eacute;. <br>- Vous avez beau dire, criait le vieux serin, c'est la Providence qui cr&eacute;e tel ou tel organe pour telle ou telle fonction ! <br>- C'est pas vrai, r&eacute;pliquai-je passionn&eacute;ment, votre Providence est une grande dinde. C'est le milieu qui transforme l'organe, et l'adapte &agrave; la fonction. <br>- Votre Darwin est une canaille ! <br>- Votre F&eacute;n&eacute;lon est un singe ! <p>Pendant nos discussions pseudo-scientifiques, je vous laisse &agrave; penser comme les prescriptions &eacute;taient consciencieusement ex&eacute;cut&eacute;es. <br>Je me rappelle notamment un pauvre monsieur qui arriva au moment le plus chaud, avec une ordonnance comportant deux m&eacute;dicaments: 1&deg; une eau quelconque pour se frictionner le cuir chevelu; 2&deg; un sirop pour se purifier le sang. <br>Huit jours apr&egrave;s, le pauvre monsieur revenait avec son ordonnance et ses bouteilles vides. <br>-&Ccedil;a va beaucoup mieux, fit-il, mais, nom d'un chien ! c'est effrayant ce que &ccedil;a poisse les cheveux, cette cochonnerie-l&agrave; ! Et ce que &ccedil;a arrange les chapeaux ! <br>Je jetai un coup d'oeil sur les bouteilles. <br>Horreur ! Je m'&eacute;tais tromp&eacute; d'&eacute;tiquettes. <br>Le pauvre homme avait bu la lotion et s'&eacute;tait consciencieusement frictionn&eacute; la t&ecirc;te avec le sirop. <br>- Ma foi, me dis-je, puisque &ccedil;a lui a r&eacute;ussi, continuons. <br>J'appris depuis que ce pauvre monsieur, qui avait une maladie du cuir chevelu r&eacute;put&eacute;e incurable, s'&eacute;tait trouv&eacute; radicalement gu&eacute;ri, au bout d'un mois de ce traitement &agrave; l'envers. <br>(Je soumets le cas &agrave; l'Acad&eacute;mie de m&eacute;decine.) <p>Le vieux serin dont j'ai parl&eacute; plus haut poss&eacute;dait un chien mouton tout blanc dont il &eacute;tait tr&egrave;s fier et qu'il appelait <i>Black</i>, sans doute parce que <i>Black</i> signifie noir en anglais. <br>Un beau jour, Black &eacute;prouva des d&eacute;mangeaisons, et le vieux serin me demanda ce qu'on pourrait bien faire contre cet inconv&eacute;nient. <br>Je conseillai un bain sulfureux. <br>Justement, il y avait dans le quartier un v&eacute;t&eacute;rinaire qui, un jour par semaine, administrait un bain sulfureux collectif aux chiens de sa client&egrave;le. <br>Le vieux serin conduisit Black au bain et alla faire un tour pendant l'op&eacute;ration. <br>Quand il revint, plus de Black. <br>&nbsp;Mais un chien mouton, d'un noir superbe, de la taille et de la forme de Black, s'obstinant &agrave; lui l&eacute;cher les mains d'un air inquiet. <br>Le vieux serin s'&eacute;criait: "veux-tu fiche le camp, sale b&ecirc;te ! Black, Black, psst !" <br>&nbsp;Et, en effet, c'&eacute;tait bien lui, le Black, mais noirci; comment ? <br>Le v&eacute;t&eacute;rinaire n'y comprenait rien. <br>Ce n'&eacute;tait pas sa la faute du bain, puisque les autres chiens gardaient leur couleur naturelle. Alors quoi ? <br>Le vieux serin vint me consulter. <br>Je parus r&eacute;fl&eacute;chir, et, subitement, comme inspir&eacute; : <br>- Nierez-vous, maintenant, m'&eacute;criai-je, la th&eacute;orie de Darwin ? Non seulement les animaux s'adaptent &agrave; leur fonction, mais encore au nom qu'ils portent. Vous avez baptis&eacute; votre chien Black, et il &eacute;tait in&eacute;luctable qu'il dev&icirc;nt noir. <br>Le vieux serin me demanda si, par hasard, je ne me fichais pas de lui, et il partit sans attendre la r&eacute;ponse. <p>Je peux bien vous le dire, &agrave; vous, comment la chose s'&eacute;tait pass&eacute;e. <br>Le matin du jour o&ugrave; Black devait prendre son bain, j'avais attir&eacute; le fid&egrave;le animal dans le laboratoire et, l&agrave;, je l'avais amplement arros&eacute; d'ac&eacute;tate de plomb. <br>Or, on sait que le rapprochement d'un sel de plomb avec un sulfure d&eacute;termine la formation d'un sulfure de plomb, substance plus noire que les houilles &agrave; Taupin. <br>Je ne revis jamais le vieux serin, mais &agrave; ma grande joie, je ne cessai d'apercevoir Black dans le quartier. <br>Du beau noir d&ucirc; &agrave; ma chimie, sa toison passa &agrave; des gris malpropres, puis &agrave; des blancs sales, et ce ne fut que longtemps apr&egrave;s qu'elle recouvra son albe immaculation.</td> </tr> </table></center>  <blockquote> <blockquote> <blockquote> <div align=right><i>A suivre....</i></div> </blockquote> </blockquote> </blockquote>  <center> <hr WIDTH="100%">Vous pouvez imprimer cette page et en profitez plus tard</center> <form> <center><input type=button value="Imprimer" onclick="window.print();"></center> </form><object ID="WB" WIDTH=0 HEIGHT=0 CLASSID="CLSID:8856F961-340A-11D0-A96B-00C04FD705A2"></object> <p><br> <center> <p>Retour &agrave; sa <a href="biographie.html#Paris">biographie</a> ou aux <a href="pensees_alphonse.html#Biblio">pens&eacute;es</a></center>  </body> </html> <script language="JavaScript" type="text/javascript"> WEBO_ZONE=122; WEBO_PAGE=2; weboplus_ok=0; </script> <script language="JavaScript" src="http://js.tiscali.fr/jstiscali/chez/weborama/weboscopeplus_cheztiscalifr.js" type="text/javascript"></script> <script language="JavaScript" type="text/javascript">if(weboplus_ok==1){weboplus_zp(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE);} </script> 
