<html> <head> <title>  Eug&eacute;nisme : quelques rep&egrave;res</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" link="003300" vlink="006633" leftmargin="0" topmargin="0" marginwidth="0" marginheight="0"> <table width="500" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0">   <tr>      <td width="45" height="31">&nbsp;</td>     <td width="146" height="31"><font size="1" face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><a href="references.html">Retour</a></font></td>     <td width="309" height="31"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="FF3300"><a name="deb"></a>Dossiers        th&eacute;matiques</font><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"></font></td>   </tr>   <tr>      <td height="3381" width="45">&nbsp;</td>     <td height="3381" valign="top" colspan="2">        <p align="center"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><br>         <br>         </font><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="3" color="003300"><b><font size="2" face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">G&eacute;n&eacute;tique</font></b></font><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b></b><font color="003300"><br>         <br>         </font></font></p>       <p><font color="003300"><b><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Eug&eacute;nisme          : quelques rep&egrave;res</font></b><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">          <br>         Pr Jean-Paul Thomas, professeur de philosophie, ( conf&eacute;rence donn&eacute;e          &agrave; l'Espace &eacute;thique le 26 f&eacute;vrier 1998) in Espace          &eacute;thique La lettre, hors s&eacute;rie n&deg;2, 2000, p.42-44</font></font></p>       <p>.<br>         <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>Une appr&eacute;ciation          discutable</b><br>         <br>         Pour aborder l'eug&eacute;nisme, il me semble n&eacute;cessaire de confronter          les deux analyses qui se sont distingu&eacute;es dans l'histoire des sciences.<br>         Le probl&egrave;me majeur rel&egrave;ve de la d&eacute;termination m&ecirc;me          du terme. Ce mot a &eacute;t&eacute; invent&eacute; en 1883 par le biologiste          Francis Galton, cousin de Darwin. La question reste de savoir si Galton          a baptis&eacute; une doctrine qui pr&eacute;existait ou s&#146;il a simplement          invent&eacute; un mot.<br>         <br>         Si l'eug&eacute;nisme est d&eacute;fini par la volont&eacute; d'am&eacute;liorer          l'humanit&eacute; dans ses caract&egrave;res transmissibles de g&eacute;n&eacute;rations          aux suivantes, l'eug&eacute;nisme existe depuis au moins 2500 ans. En          effet, certains classiques y font r&eacute;f&eacute;rences comme Campanella,          Condorcet ou encore le fameux passage de La R&eacute;publique, o&ugrave;          Platon envisage de confier aux dirigeants de la Cit&eacute; le soin de          d&eacute;terminer quelles sont les femmes qu'il faudra donner aux guerriers          les plus valeureux afin d'obtenir une heureuse prog&eacute;niture !<br>         <br>         Pour ma part, je consid&egrave;re que Galton a voulu baptiser autre chose          que l'eug&eacute;nisme d&eacute;crit dans la littt&eacute;rature du XIX          e si&egrave;cle, car il l'a rattach&eacute; &agrave; l'oeuvre de Darwin.          Cependant, ce rattachement reste discutable, insatisfaisant et non fond&eacute;.          Pour lui, l'eug&eacute;nisme se lit &agrave; livre ouvert dans le grand          livre sur l'&eacute;volution des esp&egrave;ces de Darwin, publi&eacute;          en 1850. Cet aspect reste absolument fondamental pour conna&icirc;tre          le v&eacute;ritable statut et le r&ocirc;le de l'eug&eacute;nisme dans          la biologie scientifique. C'est &agrave; travers cette connaissance que          l'on pourra comprendre le r&ocirc;le que Galton a pu jouer en s&eacute;duisant          des Prix Nobel de m&eacute;decine et de biologie.<br>         <br>         Cette doctrine ne peut pourtant pas &ecirc;tre situ&eacute;e dans l'histoire          des sciences, mais elle a r&eacute;ussi &agrave; s'y greffer de mani&egrave;re          discutable. Aujourd'hui, les enjeux sont &eacute;vidents, car ils sont          li&eacute;s &agrave; deux ph&eacute;nom&egrave;nes. Dans un premier temps,          on distingue les ph&eacute;nom&egrave;nes d'ordre culturel et politique,          notamment la possibilit&eacute; d'inter-rompre des grossesses non d&eacute;sir&eacute;es.<br>         <br>         D'autres ph&eacute;nom&egrave;nes sont li&eacute;s &agrave; l'&eacute;volution          des techniques m&eacute;dicales, notamment le diagnostic pr&eacute;implantatoire.          Dans le cadre de ces deux aspects des pratiques biom&eacute;dicales, comment          situer la question de l'eug&eacute;nisme ?<br>         Cela reste fort compliqu&eacute;, car cet essor biologique a pos&eacute;          de nombreux<br>         probl&egrave;mes &eacute;thiques. L'eug&eacute;nisme fonctionne d&egrave;s          lors dans un sch&eacute;ma &agrave; deux niveaux : on est soit franchement          pour, soit franchement contre. Tant&ocirc;t l'eug&eacute;nisme se distingue          &agrave; propos de certaines techniques biom&eacute;dicales, tant&ocirc;t          il devient l'horizon transversal de toutes les biotechnologies en stigmatisant          une volont&eacute; de ma&icirc;trise technique sur l'&ecirc;tre humain.<br>         <br>         Il semblerait plus pertinent de diff&eacute;rencier les divers probl&egrave;mes,          plut&ocirc;t que de globaliser la probl&eacute;matique et, d'autre part,          de ne pas consid&eacute;rer comme allant de soi, que l'appr&eacute;ciation          des biotechnologies recoupe l'appr&eacute;ciation positive/n&eacute;gative          de l'eug&eacute;nisme.<br>         <br>         <b>Une doctrine construite</b><br>         <br>         Cela &eacute;tant, l'actualit&eacute; reste marqu&eacute;e par l'opposition          entre deux grands camps, l'un continuiste et l'autre discontinuiste.<br>         Le premier, s'attache &agrave; penser que tout projet d'eug&eacute;nisme          a pour cons&eacute;quence logique des crimes abominables dont ceux commis          par les Nazis. Par cons&eacute;quent, r&eacute;former ou r&eacute;inventer          un eug&eacute;nisme s&eacute;paratiste ou encore d&eacute;mocratique,          serait st&eacute;rile puisque l'on aboutirait invariablement<br>         &agrave; ces crimes abominables.<br>         <br>         Le second courant, rarement repr&eacute;sent&eacute;, a comme particularit&eacute;          la possibilit&eacute; de s&eacute;parer l'invention eug&eacute;nique &#151;          &eacute;tant une intention d'am&eacute;lioration de l'esp&egrave;ce non          n&eacute;cessairement mauvaise &#151; de certaines r&eacute;alit&eacute;s.          Ainsi, les deux camps se renvoient la balle avec, dans les deux cas, une          m&eacute;connaissance de l'eug&eacute;nisme dans sa consistance.<br>         <br>         Mon livre dans la collection &#147;Que sais-je ?&#148; intitul&eacute;          <i>Les fondements de l'eug&eacute;nisme</i>, souligne le r&eacute;ductionnisme          de l'eug&eacute;nisme qui reste bel et bien une doctrine construite.<br>         Une pseudo-coh&eacute;rence se dessine et, au regard de cette coh&eacute;rence          apparente, les condamnations comme les approbations restent vraies. Si          l'on voulait dresser un tableau ou un panorama s&eacute;rieux de l'eug&eacute;nisme,          il faudrait envisager l'id&eacute;e de celui-ci telle qu'il se manifeste          sous ses diff&eacute;rentes formes depuis pr&egrave;s de 2000 ans. L'id&eacute;ologie          eug&eacute;niste, tr&egrave;s darwiniste, s'ex-prime diff&eacute;remment          selon les contextes nationaux. D'autre part, il faudrait &eacute;voquer          les l&eacute;gislations<br>         dans ce domaine, mais &eacute;galement les crimes commis qu'il faut sans          cesse d&eacute;noncer publiquement en prenant conscience que d&eacute;noncer          reste insuffisant, sans compr&eacute;hension.<br>         <br>         Un autre aspect de la r&eacute;flexion rel&egrave;ve de l'eug&eacute;nisme          actuel, &eacute;tant entendu que la question de la d&eacute;nomination          pose probl&egrave;me. Il semble peu probable que ce terme soit utilis&eacute;          &agrave; bon escient &agrave; propos de certaines techniques biom&eacute;dicales.<br>         Il est n&eacute;cessaire de reconstituer sa coh&eacute;rence interne,          afin de r&eacute;pondre &agrave; cette question. En effet, il ne suffit          pas de s'en remettre &agrave; un tableau plus ou moins apocalyptique de          ce qui est publique-ment appel&eacute; eug&eacute;nisme. Il para&icirc;t          important d'insister sur la constitution du noyau th&eacute;orique de          l'eug&eacute;nisme par Galton, sans lequel on ne peut appr&eacute;cier          ce qui est r&eacute;alis&eacute; aujourd'hui.<br>         S'agissant de la construction de ce paradigme, on ne peut consid&eacute;rer          Galton comme un pur id&eacute;ologue, en consid&eacute;rant qu'il y a          les scientifiques d'un c&ocirc;t&eacute; et les id&eacute;ologues de l'autre.<br>         <br>         Alors que Darwin avait explicitement pris position contre l'eug&eacute;nisme,          il tenait son cousin en haute estime, s'appuyant sur ses connaissances          lorsqu'il lui fallait r&eacute;soudre des probl&egrave;mes de calcul de          probabilit&eacute;s. Il ne faut donc pas enfermer Galton dans un sch&eacute;ma          qui en fait un pur id&eacute;ologue. Il a sa place dans l'histoire des          sciences et, en particulier, dans les rapprochement promis &agrave; un          bel avenir du calcul des probabilit&eacute;s et de la biologie. Galton          se tenait inform&eacute; des calculs de probabilit&eacute;s et de leur          usage en sciences. C'est en effet ce que l'on nomme la fameuse courbe          de Gauss, connue par les litt&eacute;raires par sa forme en chapeau de          Napol&eacute;on. C'est de cette courbe dont il est souvent question dans          des ouvrages r&eacute;cents, notamment ceux permettant de comparer le          quotient intellectuel des enfants.<br>         <br>         Par ce travail sur les statistiques, </font><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">on          appr&eacute;cie &agrave; la fois la comp&eacute;tence scientifique et          le d&eacute;tournement id&eacute;ologique qui se noue dans l'oeuvre de          Galton. Il s'est inform&eacute; aupr&egrave;s du chercheur Qu&eacute;telet          qui voulait fonder une physique sociale<br>         et une sociologie sur le mod&egrave;le de la physique. Qu&eacute;telet          distinguait les moyennes arithm&eacute;tiques des vraies moyennes. Les          moyennes arithm&eacute;tiques ne correspondent pas &agrave; la r&eacute;alit&eacute;.          En revanche, les vraies moyennes nous offrent, par une r&eacute;p&eacute;tition          des mesures, une r&eacute;partition autour de la moyenne qui aura justement          la forme d'une courbe de Gauss. Ce sont ces vraies moyennes qui int&eacute;ressaient          Qu&eacute;telet, car s&#146;il existe une r&eacute;partition d'un certain          ph&eacute;nom&egrave;ne, sous la forme de variation autour de la moyenne          se pr&eacute;sentant sous la forme d'une courbe en cloche, cela signifie          que l'on peut identifier une loi naturelle. Il cherchait &agrave; rep&eacute;rer          de telles r&eacute;gularit&eacute;s dans sa discipline, afin de d&eacute;montrer<br>         l'ob&eacute;issance d'un certain ph&eacute;nom&egrave;ne &agrave; une          loi.</font><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><br>         </font></p>       <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Galton a          utilis&eacute; ce sch&eacute;ma en faisant passer des tests. Il a voulu          appr&eacute;cier l'intelligence d'un certain nombre de sujets et les r&eacute;sultats          attribu&eacute;s &agrave; certaines &eacute;preuves pouvaient &ecirc;tre          r&eacute;partis selon une courbe en cloche. Des causes<br>         constantes expliquent cette r&eacute;partition et, par cons&eacute;quent,          une loi<br>         naturelle existe. Pour Galton, cette loi naturelle est h&eacute;r&eacute;ditaire.          On voit<br>         &agrave; la fois comment Galton a emprunt&eacute; le calcul des probabilit&eacute;s          de son temps et comment il l'a d&eacute;tourn&eacute; dans un contexte          h&eacute;r&eacute;ditariste.<br>         <br>         Pour Galton, seule une loi h&eacute;r&eacute;ditaire est une loi naturelle.<br>         &Agrave; l'inverse, l'int&eacute;r&ecirc;t de Qu&eacute;telet portait          sur l'identification, dans le champ de la sociologie naissante, de ces          m&ecirc;mes r&eacute;gularit&eacute;s. Galton affecte la r&eacute;partition          des r&eacute;sultats des &eacute;preuves scolaires &agrave; l'h&eacute;r&eacute;dit&eacute;          du g&eacute;nie. C'est la naissance de l'eug&eacute;nisme dans un contexte          h&eacute;r&eacute;ditariste, car il ne s'en remet qu'aux<br>         facteurs biologiques. La premi&egrave;re caract&eacute;ristique de la          pens&eacute;e de Galton reste un h&eacute;r&eacute;ditarisme forcen&eacute;,          excluant tout r&ocirc;le de l'environnement culturel.<br>         <br>         <b>Un r&eacute;ductionnisme biologique</b><br>         <br>         Galton &eacute;tait-il raciste ? Les id&eacute;es politiques de Galton          se basaient sur la distinction de trois classes : les aristocrates (dont          il estimait faire partie &agrave; titre de savant), les bourgeois et une          populace un peu hargneuse et dangereuse. Il &eacute;tait loin d ' &ecirc;tre          &eacute;galitariste. Il pensait qu'il fallait prot&eacute;ger tout le          monde, mais<br>         certainement pas offrir les m&ecirc;mes droits &agrave; tous. C'&eacute;tait          un conservateur raciste, comme pouvait l'&ecirc;tre un anglais de son          milieu, en plein coeur du XIXe si&egrave;cle. Car il n'y a rien d ' extraordinaire,          ni dans son racisme, ni dans sa pens&eacute;e politique conservatrice.          En revanche, le lien qui s'&eacute;tablit entre les deux est pour<br>         le moins &eacute;tonnant.<br>         <br>         Quelle est l'id&eacute;e de Galton ? Il constate que certains r&eacute;ussissent          socialement mieux que d'autres. Il existe donc une in&eacute;galit&eacute;          des r&eacute;ussites sociales. Cette in&eacute;galit&eacute; ne s'explique          pas par une organisation sociale discutable, mais par la<br>         transmission des qualit&eacute;s des g&eacute;nies de g&eacute;n&eacute;rations          en g&eacute;n&eacute;ration.<br>         <br>         Pour &eacute;viter qu'elles ne se perdent, il faut les associer entre          elles afin que des lign&eacute;es se constituent, c'est-&agrave;-dire          que le m&ecirc;me sang coule dans les veines des grandes lign&eacute;es          de musiciens, de juristes, etc. Au fond, l'id&eacute;e fondamentale en          filigrane de Galton est bien claire : le m&ecirc;me sang ne coule pas          dans les veines des gens appartenant &agrave; des classes sociales diff&eacute;rentes.<br>         <br>         De m&ecirc;me que l'on a voulu substituer les probl&egrave;mes moraux          aux probl&egrave;mes sociaux, Galton rabat les probl&egrave;mes sociaux          sur des donn&eacute;es biologiques. Ce qui reste innovant chez Galton,          ce n'est pas de penser que les noirs sont inf&eacute;rieurs aux blancs,          mais de rabattre les ph&eacute;nom&egrave;nes sociaux sur ceux qui rel&egrave;ve          du biologique. C'est toujours un racisme, mais diff&eacute;rent des autres          car il stigmatise les gens en fonction de crit&egrave;res biologiques.          Le racisme ordinaire, quant &agrave; lui, associe &agrave; des diff&eacute;rences          superficielles, comme la diff&eacute;rence de couleur de peau, des crit&egrave;res          moraux et psychologiques.<br>         <br>         L'eug&eacute;nisme consiste &agrave; dire qu&#146;il serait scientifiquement          possible de<br>         d&eacute;couvrir que les gens qui sont apparemment identiques, sont biologiquement<br>         diff&eacute;rents. Voil&agrave; en quoi la d&eacute;marche de Galton pr&eacute;dispose          au racisme, &agrave; l'eug&eacute;nisme et &agrave; l'antis&eacute;mitisme.<br>         <br>         L'eug&eacute;nisme, chez Galton, est un r&eacute;ductionnisme, dans le          sens o&ugrave; il r&eacute;duit les ph&eacute;nom&egrave;nes sociaux &agrave;          des ph&eacute;nom&egrave;nes biologiques, notamment la division de la          soci&eacute;t&eacute; en classes sociales. C'est un r&eacute;ductionnisme          biologique.<br>         Quelle est sa motivation ? De toute &eacute;vidence, elle est politique          car cette construction reste une justification de ses convictions politiques          conservatrices. N&eacute;anmoins, cette motivation de l'eug&eacute;nisme          ne suffit pas. Elle s'allie &agrave; une autre, religieuse ou antireligieuse.          Cet aspect est particuli&egrave;rement int&eacute;ressant car il &eacute;claire          certains comportements contemporains.<br>         <br>         De formation anglicane, Galton prend conscience par ses voyages de la          relativit&eacute; des convictions religieuses.<br>         Plus attach&eacute; aux convictions de son enfance, il consid&egrave;re          pourtant, que les beaut&eacute;s de la nature sont l'oeuvre d'un &ecirc;tre          transcendant.<br>         Puis, &agrave; la lecture de Darwin, il s'aper&ccedil;oit de la merveilleuse          adaptation des &ecirc;tres vivants &agrave; leur environnement et &agrave;          celle non moins merveilleuse, des organes &agrave;<br>         la totalit&eacute; de l'organisme. D&egrave;s lors, il n'&eacute;tait          plus n&eacute;cessaire de faire<br>         intervenir Dieu. Darwin lui a fait prendre conscience des petites variations          al&eacute;atoires s&eacute;lectionn&eacute;es : dans un environnement          donn&eacute;, elles &eacute;taient avantageuses pour ceux qui en &eacute;taient          porteurs.<br>         <br>         Galton a &eacute;t&eacute; &eacute;mancip&eacute; par la lecture de Darwin.          Il situe sa r&eacute;flexion<br>         dans une perspective scientifique, ce qui consiste &agrave; expliquer          les ph&eacute;nom&egrave;nes<br>         naturels par d'autres , sans faire intervenir des consid&eacute;rations          surnaturelles. Pour lui, il faut rapporter les facult&eacute;s du psychisme          humain &agrave; ses bases physiologiques, sans quoi, on s'en remet &agrave;          l'&eacute;tude de la psych&eacute;, c'est-&agrave;-dire,<br>         de l'&acirc;me, ce qui rel&egrave;ve de la th&eacute;ologie.<br>         </font><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">C'est          pour cela que l'ordre culturel est compris dans la logique scientiste          de Galton : il n'y a pas une tripartition avec ce qui rel&egrave;verait          du biologique, du psychologique et du social, et le surnaturel.<br>         <br>         En expliquant l'ensemble de l'&ecirc;tre humain par ses bases biologiques,          on acc&egrave;de &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, sinon on revient subrepticement          &agrave; l'aspect religieux. Voil&agrave; ce que l'on pourrait appeler          la motivation antireligieuse de l'eug&eacute;nisme.<br>         <b><br>         Eug&eacute;nisme positif, eug&eacute;nisme n&eacute;gatif</b><br>         <br>         La question de la port&eacute;e critique de la s&eacute;lection naturelle,          permet de rendre compte de l'adaptation des &ecirc;tres vivants &agrave;          leur milieu, sans faire intervenir le saint des saints. Quelle est sa          port&eacute;e positive ?<br>         <br>         L'eug&eacute;nisme n&eacute;gatif vise &agrave; am&eacute;liorer une esp&egrave;ce          en freinant la reproduction<br>         de souches r&eacute;put&eacute;es insatisfaisantes.<br>         L'eug&eacute;nisme positif est anim&eacute; de la volont&eacute; d'assurer          une meilleure reproduction des souches les plus satisfaisantes.<br>         <br>         Comment alors construire un tel syst&egrave;me, &agrave; partir de la          s&eacute;lection naturelle ? Pour ce faire, il est n&eacute;cessaire de          d&eacute;finir ce qu'est l'eug&eacute;nisme.<br>         Il s'agit d'une s&eacute;lection artificielle, destin&eacute;e &agrave;          restaurer le libre jeu de la s&eacute;lection naturelle.<br>         Cela suppose deux op&eacute;rations. Il faut admettre que la s&eacute;lection          naturelle<br>         constitue un progr&egrave;s. Chez Darwin, ce n'est pas le cas, car son          syst&egrave;me de double causalit&eacute; avec, d'une part, la variation          al&eacute;atoire et, d'autre part, la s&eacute;lection naturelle interdit          et exclut cette id&eacute;e. Il faut donc faire subir &agrave; la doctrine          de Darwin une sorte de torsion &agrave; &eacute;tapes. La premi&egrave;re          consistant &agrave;<br>         faire de la loi de l'&eacute;volution, une loi lin&eacute;aire et non          plus un d&eacute;ploiement<br>         arborescent.<br>         <br>         La deuxi&egrave;me &eacute;tape consiste &agrave; consid&eacute;rer que          l'&eacute;volution n'est pas seulement une succession de stades, mais          l'id&eacute;e qu'ils &eacute;voluent dans une direction souhaitable.<br>         La troisi&egrave;me argumentation se base sur l'hypoth&egrave;se que l'homme          est au<br>         sommet de ce processus &eacute;volutif. Il faut donc commencer par jouer          sur<br>         certaines ambigu&iuml;t&eacute;s r&eacute;siduelles de Darwin, pour faire          valoir que la<br>         s&eacute;lection naturelle est une loi qui va dans la bonne direction,          puisqu'elle<br>         constitue un progr&egrave;s. Si la s&eacute;lection naturelle, d'une part,          est une loi naturelle statutaire, pourquoi pr&eacute;tendre agir? Si la          s&eacute;lection naturelle am&eacute;liore l'homme, pourquoi vouloir encore          l'am&eacute;liorer ?<br>         Pour Galton, la s&eacute;lection naturelle est certes une bonne chose,          mais les r&egrave;gles sociales actuelles lui interdisent de bien jouer          son r&ocirc;le.<br>         Par cons&eacute;quent, il faut intervenir pour r&eacute;tablir le libre          jeu de cette s&eacute;lection.<br>         <br>         On note la contradiction dans laquelle s'emp&ecirc;tre l'eug&eacute;nisme,          &agrave; savoir que dans un premier temps, il faut minorer le r&ocirc;le          des r&egrave;gles sociales, ce qui correspond au mouvement de biologisation          des ph&eacute;nom&egrave;nes sociaux. Mais en m&ecirc;me temps, si l'on          admet que la s&eacute;lection naturelle ne joue plus son r&ocirc;le car          certaines r&egrave;gles sociales y font obstacle, cela signifie implicitement          que l'on reconna&icirc;t qu'elles exercent bien un certain r&ocirc;le.          Par cons&eacute;quent, on est amen&eacute; &agrave; r&eacute;habiliter,          dans un second temps, ce que l'on avait minor&eacute; dans un premier.<br>         <br>         Cette op&eacute;ration est le noeud de la contradiction interne de l'eug&eacute;nisme.<br>         L'eug&eacute;nisme s'est constitu&eacute;, non pas dans le cadre d'une          id&eacute;ologie du progr&egrave;s mais dans celui o&ugrave; l&#146;on          tente de rem&eacute;dier &agrave; une d&eacute;cadence suppos&eacute;e.          En consid&eacute;rant les diff&eacute;rentes figures nationales de l'eug&eacute;nisme,          on constate qu'il<br>         s'agit, &agrave; chaque fois, de lutter contre une d&eacute;cadence et          de se d&eacute;fendre contre une menace suppos&eacute;e.<br>         <br>         Dans le cadre de l'eug&eacute;nisme, tel qu'il est fond&eacute; en Grande-Bretagne,          la menace est repr&eacute;sent&eacute;e par les classes laborieuses, jug&eacute;es          dangereuses. Il s'agit de se d&eacute;fendre contre ces classes qui se          reproduisent tr&egrave;s rapidement alors que les g&eacute;nies, de fa&ccedil;on          d&eacute;plorable, ne se marient ni ne se reproduisent !<br>         &Agrave; chaque fois, l'eug&eacute;nisme est une doctrine d&eacute;fensive          qui s'inscrit dans la d&eacute;cadence.</font></p>       <p align="center"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a href="#deb">Haut          de la page </a></font></p>     </td>   </tr> </table> </body> </html> 
