<HTML> <HEAD> <TITLE>Magazine litt&eacute;raire - Le darwinisme social</TITLE> <META NAME="keywords" CONTENT="Darwin, Darwinisme, Herbert Spencer, Malthus"><META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1"><SCRIPT LANGUAGE="JavaScript">var agent = navigator.userAgent.toLowerCase(); var ver = parseInt(navigator.appVersion); if ((agent.indexOf("mozilla") != -1) && (ver >= 4) && (navigator.appName.indexOf("Netscape") != -1)) document.write('<LINK HREF="../css/magnet.css" REL="stylesheet" TYPE="text/css">'); else document.write('<LINK HREF="../css/magie.css" REL="stylesheet" TYPE="text/css">');</SCRIPT> </HEAD> <!--1--> <BODY BGCOLOR="#FFFFFF"> <CENTER><A NAME=top></A><!--navigation--> <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=680> <TR> <TD> <P><A HREF="../index.htm"><IMG SRC="../images/logo_mag.gif" ALT="Magazine litt&eacute;raire" WIDTH=160 HEIGHT=82 BORDER=0 ALIGN=bottom></A> </TD> <TD> <P><!--pub--><IMG SRC="../images/ban-magazine.gif" WIDTH=468 HEIGHT=60 ALIGN=bottom><!--fin-pub--> </TD> </TR> <TR> <TD> <P><IMG SRC="../images/le-lien_noir.gif" WIDTH=162 HEIGHT=26 ALIGN=bottom> </TD> <TD> <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH="100%" HEIGHT=43> <TR> <TD> <P><A HREF="../index.htm"><IMG SRC="../images/nav/acc_of.gif" ALT="accueil" WIDTH=56 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../dossiers/dossiers.htm"><IMG SRC="../images/nav/dos_of.gif" ALT="dossiers" WIDTH=62 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../livres/selection.htm"><IMG SRC="../images/nav/liv_of.gif" ALT="livres" WIDTH=45 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../globe/globe_writers.htm"><IMG SRC="../images/nav/chr_of.gif" ALT="chroniques" WIDTH=79 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../rdvs/rendez-vous.htm"><IMG SRC="../images/nav/rdv_of.gif" ALT="rendez-vous" WIDTH=84 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="archives.htm"><IMG SRC="../images/nav/arc_on.gif" ALT="archives" WIDTH=124 HEIGHT=21 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><BR> <A HREF="../recherche/search.htm"><IMG SRC="../images/nav/ind_of.gif" ALT="index" WIDTH=110 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../forum/forum.htm"><IMG SRC="../images/nav/for_of.gif" ALT="forum" WIDTH=47 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../liens/liens.htm"><IMG SRC="../images/nav/lie_of.gif" ALT="liens" WIDTH=82 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../commandes/commandes.htm"><IMG SRC="../images/nav/com_of.gif" ALT="commandes" WIDTH=73 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A><A HREF="../contacts/contacts.htm"><IMG SRC="../images/nav/cta_of.gif" ALT="contacts" WIDTH=138 HEIGHT=22 BORDER=0 ALIGN=bottom></A> </TD> </TR> </TABLE> </TD> </TR> <TR> <TD COLSPAN=2 HEIGHT=10> <P>&nbsp; </TD> </TR> </TABLE> <!--tete d'article--><TABLE BORDER=0 WIDTH=610> <TR> <TD VALIGN=top WIDTH=193> <H2>Le Darwinisme Social</H2>   <P>Par Fran&ccedil;ois Gu&eacute;ry<BR>  in magazine litt&eacute;raire n&#176; 218<BR>  Avril 1985   <P><B><IMG SRC="../images/3points.gif" WIDTH=45 HEIGHT=16 ALIGN=bottom></B>   <P><SMALL>Dessin: Maja</SMALL> </TD> <TD WIDTH=193> <CENTER><IMG SRC="../images/ar_374.gif" WIDTH=144 HEIGHT=150 ALIGN=bottom></CENTER> </TD> <TD WIDTH=17> <P>&nbsp;   <P> </TD> <TD VALIGN=top WIDTH=193> <P><IFRAME src="../ifram/i-archives.htm" frameBorder=0 width=170 scrolling=no height=160></IFRAME> </TD> </TR> <TR> <TD COLSPAN=4 WIDTH=596 HEIGHT=10> <P>&nbsp; </TD> </TR> </TABLE> <!--texte-article--> <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=680> <TR> <TD> <P><!--chapeau--><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=4 WIDTH=180 align=left> <TR> <TD> <H5></H5> </TD> </TR> </TABLE> <P>Si les "id&eacute;ologies biologiques" occupent au rang des  id&eacute;ologies une place &agrave; part, c'est sans doute  &agrave; cause du sinistre &eacute;clairage  r&eacute;trospectif que la victoire des nazis, ces  "socialistes" imp&eacute;rialistes et racistes, jette sur la  pr&eacute;histoire des doctrines du "Lebenstraum" (ou espace  vital) et du droit du plus fort, fond&eacute; sur la  sup&eacute;riorit&eacute; de la race.<BR>  Ainsi le terme g&eacute;n&eacute;rique de "darwinisme  social" appara&icirc;t d'avance chang&eacute; de la  responsabilit&eacute; des crimes raciaux contre  l'humanit&eacute; : il en serait l'&eacute;bauche dans la  pens&eacute;e sociale, accr&eacute;dit&eacute;e par une  r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la "science"  biologique.<BR>  Le darwinisme proprement dit, litt&eacute;ralement  d&eacute;fini comme prolongement de l'effort  th&eacute;orique de Darwin, n'est pas "social". Darwin  traite de tout sauf de la soci&eacute;t&eacute; des hommes :  des r&eacute;cifs de corail, des animaux et des plantes, de  la domestication des esp&egrave;ces utiles &agrave; l'homme,  animales et v&eacute;g&eacute;tales, de l'origine des  esp&egrave;ces dans la nature par analogie avec la  domestication (s&eacute;lection artificielle) de  l'h&eacute;ritage animal de l'esp&egrave;ce humaine ("La  Descendance de l'homme"). Conclure &agrave; une doctrine  sociale (politique) est-ce prolonger ou d&eacute;naturer ?  Examinons le dossier.<BR>  Le "darwinisme social" est un ph&eacute;nom&egrave;ne  collectif, international et dat&eacute;. Il prend des formes  sp&eacute;cifiques selon les pays et les moments de  l'histoire. Il coincide dans plusieurs cas avec des  &eacute;v&eacute;nements historiques et sociaux  d&eacute;termin&eacute;s du XIXe si&egrave;cle.<BR>  Les Etats-Unis et l'Allemagne ont notamment  d&eacute;velopp&eacute; dans des circonstances cruciales une  r&eacute;flexion historique explicitement inspir&eacute;e de  Darwin, o&ugrave; il convient de dissocier quelques  th&egrave;mes id&eacute;ologiques parfois superpos&eacute;s.  Les Etats-Unis sortent de la guerre de S&eacute;cession. Le  nord puritain et industrialis&eacute; l'a emport&eacute; sur  le sud rural, esclavagiste, vivant de la  propri&eacute;t&eacute; fonci&egrave;re. L'Allemagne  bismarckienne sort unif&eacute;e de la guerre contre la  France et cherche &agrave; justifier sa  sup&eacute;riorit&eacute; militaire et ses conqu&ecirc;tes.  De l&agrave; se d&eacute;duisent en partie, et  n&eacute;gativement, les plus faibles d&eacute;veloppements  du "darwinisme social" en Angleterre et en France : la  France, par r&eacute;action contre le triomphalisme  allemand, rejette plut&ocirc;t la r&eacute;f&eacute;rence  darwininienne. L'Angleterre ne l'utilise que plus tard, dans  le cadre des guerres coloniales. Le "darwinisme social" vaut  donc comme id&eacute;ologie ou apologie de la force. Encore  faut-il savoir qui est reconnu comme "le plus fort" et  comment le darwinisme est cens&eacute; expliquer  l'in&eacute;galit&eacute; des forces.<BR>  Aux Etats-Unis, le darwinisme social coincide avec un  th&egrave;me lib&eacute;ral anti&eacute;tatique et  pr&ocirc;ne la sup&eacute;riorit&eacute; de la libre  entreprise sur le protectionnisme d'Etat. Le type de l'homme  fort, le plus "apte" dans la lutte pour l'existence, c'est  l'homme du Nord industrieux, &eacute;conome, pieux, ne  comptant que sur lui-m&ecirc;me pour r&eacute;ussir dans la  vie. Exemple : William Graham Sumner apr&egrave;s la guerre  de S&eacute;cession. Sa devise : "Comprenons bien que nous  ne pouvons sortir de cette alternative : libert&eacute;,  in&eacute;galit&eacute;, survivance du plus apte ; absence  de libert&eacute;, &eacute;galit&eacute;, survivance du  moins apte. La premi&egrave;re formule fait avancer la  soci&eacute;t&eacute; et favorise ses membres les plus  dou&eacute;s. La seconde fait r&eacute;gresser la  soci&eacute;t&eacute; et favorise ses membres les plus  arri&eacute;r&eacute;s."<BR>  Le darwinisme de Sumner lui vient de lectures  &eacute;conomiques plut&ocirc;t que de "L'Origine des  esp&egrave;ces" : &agrave; travers un ouvrage de  vulgarisation de Hariet Martineau, il d&eacute;couvre  Malthus et Ricardo et se convainc que "la charit&eacute;  publique ou priv&eacute;e ne peut r&eacute;duire le nombre  des indigents, mais ne peut qu'encourager  l'impr&eacute;voyance." Dans cet esprit, il publie une  oeuvre pol&eacute;mique contre le r&eacute;formisme,  l'&eacute;tatisme et le socialisme (celui de Lester Ward  notamment) ; il utilise un amalgame d'id&eacute;es  &eacute;volutionnistes que lui inspirent Haeckel, Huxley et  surtout Herbert Spencer ("Statique sociale") plut&ocirc;t  que Darwin. Il revient, concernant Darwin, &agrave; sa  source malthusienne : la proportion population humaine-terre  labourable. Si la population d&eacute;passe en nombre la  quantit&eacute; disponible de ressources alimentaires et  donc de sol, il y a "faim de terre", &eacute;migration,  militarisme et imp&eacute;rialisme, puis victoire politique  d'une aristocratie. Il convient donc de privil&eacute;gier  la mentalit&eacute; capitaliste qu'il consid&egrave;re comme  une pr&eacute;voyance eu &eacute;gard aux difficult&eacute;s  de la vie : c'est la d&eacute;tention d'un capital qui  favorise dans la lutte pour la vie les &eacute;conomes par  rapport aux impr&eacute;voyants.<BR>  Le darwinisme de Sumner c'est "La cigale et la fourmi",  cette apologie de la majorit&eacute; silencieuse. La vogue  du darwinisme dans l'Am&eacute;rique puritaine se confond  d'ailleurs avec la faveur des th&egrave;ses  &eacute;volutionnistes en g&eacute;n&eacute;ral, auparavant  refus&eacute;es pour ath&eacute;isme, et introduites sous la  forme de la philosophie scientiste en g&eacute;n&eacute;ral,  sociologique en particulier (Comte, Spencer) ce qui  embrouille le probl&egrave;me. Ainsi Sumner le conservateur  embo&icirc;te le pas &agrave; ceux qui contestent la  d&eacute;pendance des hommes envers une providence divine,  un dessein (design) que des inconditionnels du  cr&eacute;ationnisme d&eacute;fendent contre toute forme de  philosophie de l'&eacute;volution.<BR>  Ainsi le "darwinisme social" se confond dans  l'Am&eacute;rique de la guerre de S&eacute;cession avec  l'effort pour fonder une sociologie scientifique  d'inspiration spencerienne, qui pr&eacute;c&egrave;de  l'oeuvre de Darwin dans son projet et lui doit peu dans ses  progr&egrave;s. C'est d&egrave;s 1860 ("L'Origine des  esp&egrave;ces" n'est donc pas encore parvenue aux  Etats-Unis) que circule une liste de souscription pour  &eacute;diter la philosophie synth&eacute;tique de  Spencer.<BR>  Auteur populaire par excellence, Herbert Spencer  pr&eacute;sente une synth&egrave;se encyclop&eacute;dique de  toutes les sciences sous une inspiration  &eacute;volutionniste et sociale. Ses lectures de jeunesse  font sa philosophie : Lyell pour ses "Principes de  g&eacute;ologie", Lamarck et Von Baer pour leur philosophie  biologique, Malthus pour son "Essai sur le principe de  population" et Helmholtz pour sa th&eacute;orie de la  conservation de l'&eacute;nergie. Son &eacute;volutionnisme  est une application du m&eacute;canisme &agrave; la  vari&eacute;t&eacute; des formes vivantes : l'&eacute;nergie  se conserve ; elle int&egrave;gre la mati&egrave;re et  dissipe le mouvement dans l'&eacute;volution, tandis qu'elle  d&eacute;sorganise la mati&egrave;re et absorbe le mouvement  dans la dissolution. La tendance g&eacute;n&eacute;rale du  progr&egrave;s est d'aller de l'homog&egrave;ne (le simple)  &agrave; l'h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne (le complexe).  L'embriologiste von Baer avait trouv&eacute; cette loi en  &eacute;tudiant la gen&egrave;se des formes individuelles,  tandis que Lamarck l'appliquait &agrave; la succession  hi&eacute;rarchis&eacute;e des formes vivantes, du ver  &agrave; l'homme. Quelle conception sociologique couronne  l'&eacute;difice ? Tandis que la vie dissout sans cesse les  formes, la soci&eacute;t&eacute; tend &agrave; un  &eacute;quilibre, atteint avec le plus haut degr&eacute;  d'h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; ou de  complexit&eacute; compatibles avec l'harmonie des parties.  Quant au ciment qui les fait tenir "ensemble, c'est  l'altruisme, dans une perspective religieuse qui valorise  l'inconnaissable.<BR>  En commun avec le "darwinisme social" d'un Sumner, Spencer  partage une conception lib&eacute;rale, anti&eacute;tatique  de l'&eacute;conomie. Depuis Bentham, les utilitaristes  croyaient &agrave; la l&eacute;gislation sociale et aux  r&eacute;formes. Spencer pr&eacute;f&egrave;re la doctrine  du droit naturel, agent de la pr&eacute;&eacute;minence des  meilleurs et conform&eacute;ment &agrave; l'optimisme  &eacute;volutionniste (progr&egrave;s de l'inf&eacute;rieur  au sup&eacute;rieur). Il est hostile aux lois sur la  pauvret&eacute;, &agrave; l'&eacute;ducation publique,  &agrave; l'hygi&egrave;ne publique, aux r&eacute;gulations  et protections de toute sorte bridant la libre initiative  individuelle.<BR>  C'est donc toute l'id&eacute;ologie am&eacute;ricaine de la  libert&eacute; et de la r&eacute;ussite individuelle qui  s'enroule dans le drapeau darwinien - &agrave; l'exact  oppos&eacute; du totalitarisme national-socialiste - et  certainement avec aussi peu de justification dans un cas que  dans dans l'autre. Encore faut-il inclure dans le tableau du  "darwinisme social" am&eacute;ricain, et de sa quasi  confusion avec une sociologie fond&eacute;e sur l'initiative  individuelle comme r&eacute;gulateur du fait social, la  doctrine de Max Weber expos&eacute;e dans "L'Ethique  protestante et l'esprit du capitalisme", non parce qu'elle  serait &eacute;crite en Am&eacute;rique, mais parce qu'elle  refl&egrave;te les conditions sociales  r&eacute;alis&eacute;es par excellence dans ce pays.<BR>  Max Weber lui-m&ecirc;me explique sa probl&eacute;matique en  r&eacute;f&eacute;rence au darwinisme : il n'y a pas de  ressemblance ou d'affinit&eacute; pr&eacute;destin&eacute;es  entre le puritanisme calviniste et le capitalisme naissant  au XVe si&egrave;cle ; il existe des conditions  discriminantes dans une situation de concurrence aigu&euml;,  de sorte que les plus entreprenants, par leur  id&eacute;ologie ou leur "&eacute;thique", se trouvent en  meilleure position que d'autres, emp&ecirc;tr&eacute;s dans  une conception du monde m&eacute;di&eacute;vale telle que le  travail reste &agrave; caract&egrave;re essentiellement  rituel, donc routinier. Max Weber semble avoir mieux compris  que ses contemporains am&eacute;ricains les  m&eacute;canismes de la s&eacute;lection sociale, et la  parfaite relativit&eacute; du principe du "plus apte".<BR>  Qu'en est-il du "darwinisme social" en Allemagne ? A en  croire une contemporaine de la pens&eacute;e  post-darwinienne en Allemagne, Lou Andreas Salom&eacute;,  bien plac&eacute;e pour savoir quels &eacute;taient les  courants de pens&eacute;e les plus en vogue, le darwinisme  aurait supplant&eacute; dans l'intelligentsia les autres  doctrines en vogue dans les ann&eacute;es 1880. Le  psychologue Paul Ree ("Origine des sentiments moraux"), le  sociologue Tonnies ("Communaut&eacute; et  soci&eacute;t&eacute;") et aussi Nietzsche suivirent cette  mode philosophique.<BR>  Nietzsche n'aimait pas le darwinisme pour plusieurs raisons,  dont certaines t&eacute;moignent d'un diagnostic assez juste  sur les &eacute;l&eacute;ments m&eacute;thodologiques et  &eacute;pist&eacute;mologiques de la th&eacute;orie  explicative &agrave; l'oeuvre dans "L'Origine des  esp&egrave;ces". Il y voit du mat&eacute;rialisme (Marx le  premier y avait reconnu "le fondement de sa conception  mat&eacute;rialiste de l'histoire"). Il y voit aussi une  "doctrine de la masse ou de la moyenne", lui qui  pr&eacute;f&egrave;re les exceptions, et au fond il est vrai  que la m&eacute;thode darwinienne, probabiliste, ne prend le  vivant que comme une masse, puisque la population ne se  transforme qu'en vertu d'une "loi des grands nombres" qui  rend plus ou moins probables la ou les variations  favorables.<BR>  Cependant Nietzsche est sensible &agrave; plusieurs  th&egrave;mes darwiniens peu "sociaux" :  l'exp&eacute;rimentalisme, qu'il revendique pour son  "id&eacute;alisme pratique" au titre de connaissance de soi  ; l'id&eacute;e d'une g&eacute;n&eacute;alogie, y compris  dans le domaine de la morale &agrave; la suite de son ami  Paul Ree. Ainsi r&eacute;fl&eacute;chit-il - comme Ree et  son r&eacute;ductionnisme &agrave; l'anglaise - sur la  gen&egrave;se du sentiment de la faute, probl&eacute;matique  m&ecirc;me de la g&eacute;n&eacute;alogie de la morale. Lors  de conversations avec Paneth en 1883 et 1884, il  &eacute;voque Galton. Galton cherche l'origine des instincts  gr&eacute;gaires et des aptitudes serviles dans un  pass&eacute; o&ugrave; ils &eacute;taient utiles &agrave;  l'esp&egrave;ce, Nietzsche conserve l'id&eacute;e de  d&eacute;calage entre l'actuel et sa r&eacute;miniscence  inconsciente, source de trouble et de mauvaise  conscience.<BR>  De m&ecirc;me l'id&eacute;e d'une s&eacute;lection humaine  calqu&eacute;e sur le mod&egrave;le de la domestication des  animaux le retient ; on y voit trois entraves majeures :  l'Eglise qui pr&ocirc;ne la solidarit&eacute; envers les  faibles ; la piti&eacute; : "Les faibles et les malades  vivent du temps et des forces des hommes bien portants"  (id&eacute;e de Callicl&egrave;s, mais aussi de Romain  Rolland dans "Jean Christophe", &eacute;crivain peu suspect  de sympathies droiti&egrave;res) ; enfin, la guerre moderne  que Nietzsche condamne parce qu'elle sacrifie les  meilleurs.<BR>  Quelles raisons a Nietzsche d'approuver la s&eacute;lection  consciente chez l'homme ? A titre d'exp&eacute;rimentation  sur nous-m&ecirc;mes, de meilleure connaissance de soi ;  contre "la domination de l'absurde, et du hasard qu'on a  appel&eacute; jusqu'&agrave; pr&eacute;sent "Histoire". Les  Grecs pratiquaient le "droit du plus fort", les Hindous  &eacute;levaient quatre races distinctes. Quant &agrave; la  souffrance, elle n'est pas vue comme mis&egrave;re, mais  comme une "&eacute;preuve de force"  g&eacute;n&eacute;ratrice de sant&eacute;.<BR>  Le tableau de l'Allemagne "darwinienne" ne serait pas  complet sans une &eacute;vocation du courant le plus  important &agrave; tous &eacute;gards : le socialisme  darwinien. Non que tous les socialistes aient  &eacute;t&eacute; darwiniens : Haeckel ("Libre science et  libre enseignement", 1878), Emmanuel Wurm ("La connaissance  de la nature &agrave; la lumi&egrave;re du darwinisme"),  Ludwig B&uuml;chner ("Darwinisme et socialisme", 1894)  soulignent l'opposition du socialisme &agrave; la doctrine  in&eacute;galitaire de la "lutte pour la vie",  r&eacute;sum&eacute; si infid&egrave;le de la le&ccedil;on  de "L'Origine des esp&egrave;ces".<BR>  Mais comment accepter le combat d'un Gobineau, qui dans  "Amadis", en 1876, combat l'&eacute;volutionnisme parce  qu'il nie toute noblesse de naissance, contre Darwin ?  Darwin ne continue-t-il pas la lutte du tiers Etat au XVIIIe  si&egrave;cle contre les droits de la "naissance", contre  toute f&eacute;odalit&eacute; qui se pr&eacute;tend  fond&eacute;e en nature ?<BR>  D&eacute;noncer l'Etat, c'est aussi d&eacute;noncer le  repr&eacute;sentant du christianisme officiel. D&egrave;s  1855, Liebig, B&uuml;chner, Carl Vogt m&egrave;nent ce  combat. L'&eacute;cole historique d&eacute;fend une  th&eacute;orie de l'ob&eacute;issance sans r&eacute;serve  &agrave; l'autorit&eacute;, conforme &agrave; l'enseignement  comme &agrave; la pratique de Luther. La  social-d&eacute;motratie allemande rompt donc avec toute  religion, y compris la saint-simonienne, et contracte une  alliance avec le mat&eacute;rialisme darwinien. Lassalle  repr&eacute;sente bien ce courant. Strauss, en 1873, dans  "L'Ancienne et la nouvelle Loi" se dit darwinien dans son  rejet radical du christianisme conservateur. Carl Vogt  projette de r&eacute;duire toute psychologie &agrave; la  science naturelle. Dans "Darwinisme et socialisme", Ludwig  B&uuml;chner adopte le darwinisme comme "v&eacute;rification  scientifique de l'irr&eacute;ligion"; Marx m&ecirc;me  retient la le&ccedil;on m&eacute;thodologique de Darwin qui  "jette &agrave; bas toute finalit&eacute; dans  l'&eacute;tude de la nature". Ainsi, tout ce qui bouge dans  l'Allemagne de 1870 trouve en Darwin des raisons de lutte  contre l'ancien monde. L'amalgame Darwin-Gobineau, si  courant aujourd'hui, contredit l'essentiel du succ&egrave;s  historique du darwinisme chez les socialistes allemands. </TD> </TR> </TABLE> <!--bas de page--> <P>&nbsp; <P>&#91;<A HREF="#top">Haut de page</A> &#93; <P>&nbsp;<SMALL>Copyright &copy; 2000 Magazine litt&eacute;raire. Tous droits r&eacute;serv&eacute;s.<BR> 40, rue des Saints-P&egrave;res 75007 Paris - France<BR> TEL : (33) 01 45 44 14 51 - FAX : (33) 01 45 48 86 36</SMALL> <P>&nbsp;</CENTER> </BODY> </HTML> 
