<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 28  - Octobre 1997  -  Nouveau regard sur les sciences de la vie </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#eve">Octobre 1997 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - L'Ev&eacute;nement </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">Sciences en f&ecirc;te <BR>  Nouveau regard sur les sciences de la vie </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par Jean-Claude Oliva </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Entretien avec Claudine Cohen <A NAME="ret*" HREF="#*">*</A> </FONT>  <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Voir aussi </FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#encadre1">D&eacute;fense de la biologie de l'&eacute;volution </A></FONT>  <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B> Comment situer l'apport global de Stephen Jay Gould &agrave; la pal&eacute;ontologie ?</B> <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Claudine Cohen :</B> En 1972, Stephen Jay Gould et Niles Eldredge publient la th&eacute;orie des " &eacute;quilibres ponctu&eacute;s " qui constitue &agrave; la fois une relecture de Darwin et une profession de foi, un manifeste sur l'&eacute;volution.  Selon ce texte, Charles Darwin avait consid&eacute;r&eacute; l'&eacute;volution comme progressive et graduelle et avait dans l'Origine des esp&egrave;ces mis l'accent sur le fait que les t&eacute;moignages fossiles &eacute;taient incomplets, qu'il y avait des " trous " et qu'il fallait les combler en cherchant les " cha&icirc;nons manquants " pour former des trac&eacute;s d'&eacute;volution lin&eacute;aires.  Une conception h&eacute;rit&eacute;e du grand g&eacute;ologue, Charles Lyell.  Pour Gould et Eldredge, si l'on ne trouve pas de fa&ccedil;on aussi syst&eacute;matique ces cha&icirc;nons interm&eacute;diaires, c'est qu'ils n'existent pas.  Et que l'&eacute;volution n'est pas un ph&eacute;nom&egrave;ne graduel, continu et progressif.  Ces id&eacute;es ont ouvert tout un champ de recherche dans les sciences biologiques, pal&eacute;ontologiques et g&eacute;ologiques.  Un champ que Gould continue &agrave; explorer. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Quelles sont ses th&egrave;ses essentielles ?</B> <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>C.  C.:</B> Depuis ses travaux sur les escargots fossiles des Bermudes, Gould montre qu'il n'y pas de continuit&eacute; dans l'&eacute;volution mais des stases.  Pendant de longues p&eacute;riodes, les m&ecirc;mes esp&egrave;ces se perp&eacute;tuent puis tout &agrave; coup un changement se produit et plusieurs esp&egrave;ces apparaissent.  Cette id&eacute;e de discontinuit&eacute; dans l'histoire de la vie est centrale dans son oeuvre et l'a conduit &agrave; mettre l'accent sur des faits auxquels on ne pr&ecirc;tait gu&egrave;re attention jusque-l&agrave;.  En 1977, son premier ouvrage - &agrave; la fois scientifique et d'histoire des id&eacute;es - " ontogeny and phylogeny " r&eacute;vise la vieille l'id&eacute;e selon laquelle l'&eacute;volution des individus r&eacute;p&egrave;te celle des esp&egrave;ces.  Gould met l'accent sur les h&eacute;t&eacute;rochronies.  C'est-&agrave;-dire sur les ruptures dans le d&eacute;veloppement de l'embryon ou la croissance de l'individu.  Par exemple, il insiste sur la n&eacute;ot&eacute;nie, (arr&ecirc;t de la croissance et r&eacute;tention des caract&egrave;res infantiles chez l'adulte) l'Homme pourrait &ecirc;tre un animal n&eacute;ot&eacute;nique par rapport &agrave; un anc&ecirc;tre ressemblant au chimpanz&eacute; dont le b&eacute;b&eacute; a une allure tr&egrave;s humaine.  Ce genre de processus pourrait expliquer des &eacute;volutions rapides et permettrait de se passer de la notion de progr&egrave;s.  Autre aspect, celui des extinctions de masse.  Darwin mentionne les extinctions comme un ph&eacute;nom&egrave;ne habituel dans l'histoire de la vie: certaines esp&egrave;ces sont amen&eacute;es &agrave; dispara&icirc;tre sous l'effet de la s&eacute;lection naturelle.  Darwin prend l'image d'un tronc d'arbre dans lequel on enfonce des coins, certains sont &eacute;ject&eacute;s par d'autres.  Gould et d'autres chercheurs apr&egrave;s lui, comme David Raup, (l'Extinction des esp&egrave;ces, Gallimard 1993), mettent en avant d'autres types d'extinction: " le mode d'extinction qui a probablement domin&eacute; est celui de l'extinction s&eacute;lective " anarchique ", c'est-&agrave;-dire non fond&eacute;e sur l'efficience darwinienne ".  L'extinction peut &ecirc;tre le fait de circonstances ext&eacute;rieures, " catastrophiques " pour certaines esp&egrave;ces.  L'&eacute;norme exemple est celui des dinosaures.  Il s'agit de ph&eacute;nom&egrave;nes soudains, brutaux, on parlera de " n&eacute;ocatastrophisme ". <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>C'est une inversion compl&egrave;te par rapport &agrave; l'&eacute;poque de Darwin o&ugrave; le catastrophisme &eacute;tait oppos&eacute; &agrave; l'id&eacute;e d'&eacute;volution...</B> <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>C.  C.:</B> Oui, mais le catastrophisme d'aujourd'hui s'int&egrave;gre dans une th&eacute;orie de l'&eacute;volution qui met l'accent non pas sur les continuit&eacute;s mais plut&ocirc;t sur les discontinuit&eacute;s.  Ce n'est pas un retour &agrave; Cuvier, cela entre dans le cadre d'une th&eacute;orie de l'&eacute;volution clairement exprim&eacute;e.  Le buissonnement &eacute;volutif est un autre th&egrave;me important d&eacute;velopp&eacute; par Gould notamment dans la Vie est belle (&eacute;ditions du Seuil, 1991) et illustr&eacute; par les fossiles du cambrien merveilleusement conserv&eacute;s dans les schistes de Burgess, qui n'&eacute;taient pas, comme on l'a d'abord cru, des invert&eacute;br&eacute;s primitifs qui auraient &eacute;volu&eacute; de fa&ccedil;on lin&eacute;aire vers ce que nous connaissons maintenant, mais des formes tout &agrave; fait in&eacute;dites, des embranchements inconnus sans descendance actuelle.  Dans l'Eventail du vivant, Gould met l'accent sur la diversit&eacute; et critique la notion de progr&egrave;s dans le vivant.  Il s'agit l&agrave; aussi de conceptions qui traversent toute son oeuvre. </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A NAME="*" HREF="#ret*">*</A> Agr&eacute;g&eacute;e et docteur &egrave;s lettres, dipl&ocirc;m&eacute;e de philosophie et de pal&eacute;ontologie, Claudine Cohen est ma&icirc;tre de conf&eacute;rences &agrave; l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (centre Alexandre-Koyr&eacute;).Elle a &eacute;crit l'article consacr&eacute; &agrave; Stephen Jay Gould dans l'Encyclopedia Universalis.Elle a publi&eacute; le Destin du mammouth (&eacute;ditions du Seuil, 1994, 340 p., 140 F) une histoire des id&eacute;es et des repr&eacute;sentations en pal&eacute;ontologie. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  <P>&nbsp; <P><FONT FACE="Arial"><A NAME="encadre1"></A></FONT> <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD VALIGN=top> <P> <HR WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="+1" FACE="Arial"><B>D&eacute;fense de la biologie de l'&eacute;volution </B></FONT></P>  <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  </TD></TR> <TR> <TD VALIGN=top> <P><FONT FACE="Arial">Pour Darwin, c'est l'intitul&eacute; d'un congr&egrave;s international qui s'est tenu d&eacute;but septembre &agrave; Romainville dans l'objectif de d&eacute;fendre la biologie de l'&eacute;volution en proie &agrave; " une obstination renaissante de la th&eacute;ologie " selon les deux principaux organisateurs, le philosophe, &eacute;pist&eacute;mologue et historien des sciences, Patrick Tort, et le g&eacute;n&eacute;ticien des populations et zoologue, Jean G&eacute;nermont.  Les deux chercheurs situent le danger non pas sur le terrain scientifique o&ugrave; " la validit&eacute; globale du cadre th&eacute;orique darwinien n'est plus s&eacute;rieusement contest&eacute;e " mais plut&ocirc;t dans " les d&eacute;bats-spectacles organis&eacute;s par de nombreux m&eacute;dias " et souhaitent mobiliser " la communaut&eacute; des savants " pour &eacute;viter que " le public non savant " ne soit " mystifi&eacute; et trahi ".  Selon Patrick Tort, " ce th&eacute;&acirc;tre na&icirc;t aux Etats-Unis et s'exporte.(...) l'Am&eacute;rique n'est pas - n'a jamais &eacute;t&eacute; - " entre la Bible et Darwin ".  Elle est entre le cr&eacute;ationnisme et la sociobiologie ".  Dans ce contexte, " la lecture de Darwin est aujourd'hui un pr&eacute;alable &agrave; la sortie " du pi&egrave;ge.  Les diverses communications de ce colloque portant &agrave; la fois sur l'histoire des id&eacute;es et sur des r&eacute;sultats scientifiques actuels de la biologie de l'&eacute;volution font l'objet d'une publication &agrave; para&icirc;tre aux Presses Universitaires de France.n </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P> </BODY> </HTML> 
