<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>Plan dtaill pour la dissertation dagrgation</TITLE> </HEAD> <BODY>  <B><FONT FACE="Palatino" SIZE=4><P ALIGN="CENTER"></P> <P ALIGN="CENTER">Proust naturaliste,</P> <P ALIGN="CENTER">La d&eacute;marche scientifique  dans <I>Sodome et Gomorrhe</P> <P ALIGN="CENTER"></P> </I></FONT><FONT FACE="Palatino"><P ALIGN="CENTER">(Eveline Caduc, Universit&eacute; de Nice-Sophia Antipolis)</P> </FONT><I><FONT FACE="Palatino" SIZE=4><P ALIGN="CENTER"></P> </I><P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> </B></FONT><FONT FACE="Palatino"><P ALIGN="JUSTIFY">De nombreuses figures de chercheurs commun&eacute;ment appel&eacute;s scientifiques traversent l'ensemble de <I>La Recherche</I>: alchimistes ou physiciens, anatomiste, ornithologues ou ichtyologues etc Mais, en raison de la c&eacute;l&egrave;bre m&eacute;taphore du bourdon et de l'orchid&eacute;e qui en fait l'ouverture, c'est surtout la pratique d'un naturaliste qu'&eacute;voque <I>Sodome et Gomorrhe</I>. L'int&eacute;r&ecirc;t de Proust pour les esp&egrave;ces v&eacute;g&eacute;tales ou animales s'est longuement nourri des lectures de Darwin dont les premiers travaux <I>De l'origine des esp&egrave;ces au moyen de la s&eacute;lection naturelle </I>ont &eacute;t&eacute; traduits en fran&ccedil;ais d&egrave;s 1862. Mais Darwin a publi&eacute; d'autres &eacute;tudes plus proches encore des int&eacute;r&ecirc;ts de Proust comme<I> Des effets de la f&eacute;condation crois&eacute;e et de la f&eacute;condation directe dans le r&egrave;gne v&eacute;g&eacute;tal </I>en 1876<I> </I>ou<I> Des diff&eacute;rentes formes de fleurs dans les plantes de la m&ecirc;me esp&egrave;ce. </I>Et l'hypoth&egrave;se qu'avan&ccedil;ait le naturaliste anglais d'un "hermaphrodisme initial" ne pouvait que lui plaire<I>.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> </I>C'est donc cette m&eacute;thode particuli&egrave;re d'observation, d'analyse et d'exp&eacute;rimentation qui nous occupera ici.</P> <I><P ALIGN="JUSTIFY"> &#9;</I><B>De la classe des naturalistes, excluons d'embl&eacute;e le min&eacute;ralogiste</B> (m&ecirc;me si l'on peut trouver dans <I>La Recherche</I> de belles images de pierres pr&eacute;cieuses ou  de min&eacute;raux) puisqu'il se consacre &agrave; un monde analogue &agrave; celui que veut ignorer chaque coterie de mondains. Le<I> C&ocirc;t&eacute; de Guermantes</I> a d&eacute;j&agrave; fortement &eacute;tabli cette analogie en &eacute;levant &agrave; l'Op&eacute;ra un mur de cristal entre deux mondes: celui des loges et celui des<I> </P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">"fauteuils d'orchestre, le s&eacute;jour des mortels &agrave; jamais s&eacute;par&eacute; du sombre et transparent royaume auquel &ccedil;&agrave; et l&agrave; servaient de fronti&egrave;re, dans leur surface liquide et plane, les yeux limpides et r&eacute;fl&eacute;chissants des d&eacute;esses des eaux. Car les strapontins du rivage, les formes des monstres de l'orchestre se peignaient dans ces yeux suivant les seules lois de l'optique et selon leur angle d'incidence, comme il arrive pour ces deux parties de la r&eacute;alit&eacute; ext&eacute;rieure auxquelles, sachant qu'elles ne poss&egrave;dent pas, si rudimentaire soit-elle, d'&acirc;me analogue &agrave; la n&ocirc;tre, nous nous jugerions insens&eacute;s d'adresser un sourire ou un regard: les min&eacute;raux et les personnes avec qui nous ne sommes pas en relations." </P></DIR> </DIR>  </I><B><P ALIGN="JUSTIFY">Ecartons aussi le g&eacute;ologue</B> qui, pour rester toujours un v&eacute;ritable scientifique, voit trop souvent dans la pierre l'art de la statuaire:</P><DIR> <DIR>  <I><P ALIGN="JUSTIFY">"L'amour cause ainsi de v&eacute;ritables soul&egrave;vements g&eacute;ologiques de la pens&eacute;e. Dans celle de M. de Charlus qui, il y a quelques jours, ressemblait &agrave; une plaine si uniforme qu'au plus loin il n'aurait pu apercevoir une id&eacute;e au ras du sol, s'&eacute;taient brusquement dress&eacute;es, dures comme la pierre, un massif de montagnes, mais de montagnes aussi sculpt&eacute;es que si quelque statuaire au lieu d'emporter le marbre l'avait cisel&eacute; sur place et o&ugrave; se tordaient, en groupes g&eacute;ants et titaniques, la Fureur, la Jalousie, la Curiosit&eacute;, l'Envie, la Haine, la Souffrance, l'Orgueil, l'Epouvante et l'Amour"(p. 464)</P></DIR> </DIR>  </I><P ALIGN="JUSTIFY">ou qui retrouve encore trop souvent la composition d'un tableau dans les pierres color&eacute;es par le soleil. </P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Ainsi, au tout d&eacute;but de <I>Sodome et Gomorrhe, </I>appr&eacute;cie-t-il particuli&egrave;rement<I> "le point de vue merveilleux, si confortablement am&eacute;nag&eacute; au haut de la maison, d'o&ugrave; l'on embrasse les pentes accident&eacute;es par o&ugrave; l'on monte jusqu'&agrave; l'h&ocirc;tel de Br&eacute;quigny, et qui sont gaiement d&eacute;cor&eacute;es &agrave; l'italienne par le rose campanile de la remise appartenant au marquis de Fr&eacute;court." </I>Point de vue d'o&ugrave; l'on voit<I> "le matin les minuscules personnages de tableaux, que devenaient &agrave; distance les valets de pied de l'h&ocirc;tel de Br&eacute;quigny et de Tresmes faire la lente ascension de la c&ocirc;te abrupte, un plumeau &agrave; la main, entre les larges feuilles de mica transparentes qui se d&eacute;tachaient si plaisamment sur les contreforts rouges.</I> (p.3)</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P></DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY"> Ne retenons donc que les "observateurs du vivant" : v&eacute;g&eacute;taux ou insectes, oiseaux ou autres animaux. C'est-&agrave;-dire, pour l'essentiel, l'herboriste, le botaniste et l'entomologiste. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais un sens second que Littr&eacute; disait "abusif" interpelle aussit&ocirc;t le lecteur de <I>La Recherche</I>. "Naturaliste:  homme qui empaille des animaux et qui vend des objets d'histoire naturelle". Influenc&eacute;s peut-&ecirc;tre par la formule de Wittgenstein - "un mot n'a pas de sens, il n'a que des usages" -  les lexicographes contemporains se gardent bien de porter un tel jugement de valeur sur cet usage du mot "naturaliste". Et, avant de renvoyer &agrave; "empailleur", le Robert se contente de noter la particularisation d'un sens d&eacute;riv&eacute;, apparu vers 1845: "artisan qui proc&egrave;de &agrave; la naturalisation des animaux  et des plantes destin&eacute;es aux collections". Or, l'entomologiste, qui &eacute;tudie le comportement des insectes, en vient parfois &agrave; les fixer sur une  planchette  de  bois dans leur posture la plus caract&eacute;ristique. Et l'exp&eacute;rimentation dans <I>La Recherche</I> peut aussi &eacute;pingler &agrave; mort, puis convoquer pour sa d&eacute;monstration des s&eacute;ries d'esp&egrave;ces diff&eacute;rentes qu'une seule particularit&eacute; rapprochera, pour le plaisir de la collection ou celui de l'analyse comparative. Comme le botaniste &eacute;tudie cet "herbier plein de plantes d&eacute;mod&eacute;es" qu'est devenue la coterie Guermantes une fois que le narrateur a franchi le paillasson de la Duchesse.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il faudra donc, </P> <P ALIGN="JUSTIFY">- dans un second temps, recenser les "d&eacute;rives" que cette exp&eacute;rimentation g&eacute;n&egrave;re dans l'&eacute;criture du texte, </P> <P ALIGN="JUSTIFY">- puis &eacute;valuer en dernier lieu le double d&eacute;sir de mort qu'elle sous-tend: </P>  <UL><DIR> <DIR>   <UL> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>d'une part &agrave; travers la d&eacute;personnalisation des personnages sur lesquels elle se porte </LI></P></UL> </DIR> </DIR> </UL>   <UL><DIR> <DIR>   <UL> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>et d'autre part dans la progression du narrateur au plus profond de l'inconscient.</LI></P></UL> </DIR> </DIR> </UL>  <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">"Inconscient", le mot est l&acirc;ch&eacute; dont les s&egrave;mes vont contaminer la d&eacute;marche scientifique. Mais d'abord commander toute la premi&egrave;re partie de cette d&eacute;monstration</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">I Inconscient et d&eacute;marche scientifique:</P><DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">l'observation et l' "aventure de l'involontaire":</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P></DIR> </DIR>  </B><P ALIGN="JUSTIFY">On retrouve ce terme au moins 2 fois au tout d&eacute;but de <I>Sodome et Gomorrhe</I>: "<I>mes r&eacute;flexions avaient suivi une pente que je d&eacute;crirai plus tard et j'avais d&eacute;j&agrave; tir&eacute; de la ruse apparente des fleurs une cons&eacute;quence sur <B>toute une partie inconsciente de l'uvre litt&eacute;raire</B>, quand je vis M. de Charlus qui ressortait de chez la marquise.</I>" (p.5)</P></DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Et quelques pages plus loin:</P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY"> "<I>Pourquoi, admirant dans le visage de cet homme des d&eacute;licatesses qui nous touchent, une gr&acirc;ce, un naturel dans l'amabilit&eacute; comme les hommes n'en ont point, serions-nous d&eacute;sol&eacute;s d'apprendre que ce jeune homme recherche les boxeurs? Ce sont des aspects diff&eacute;rents d'une m&ecirc;me r&eacute;alit&eacute;. Et m&ecirc;me, celui qui nous r&eacute;pugne est le plus touchant, plus touchant que toutes les d&eacute;licatesses, car il repr&eacute;sente <B>un admirable effort inconscient de la nature</B>: la reconnaissance  du sexe par lui-m&ecirc;me, malgr&eacute; les duperies du sexe, appara&icirc;t la tentative inavou&eacute;e pour s'&eacute;vader vers ce qu'une erreur initiale de la soci&eacute;t&eacute; a plac&eacute; loin de lui"(p.23).</P> </I><B><P ALIGN="JUSTIFY"></P></DIR> </DIR>  </B><P ALIGN="JUSTIFY">Mais alors, pour Proust, une question se pose: comment concilier cette aventure de l'inconscient (qu'il retrouve aussi bien dans la nature que dans les &ecirc;tres) avec la rigueur d'une d&eacute;marche scientifique propre &agrave; celui qui part &agrave; la recherche de la v&eacute;rit&eacute;? Car c'est bien cela l'objectif de <I>la Recherche:</I> la recherche de la v&eacute;rit&eacute;. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR>  <I><P ALIGN="JUSTIFY">"J'ai trouv&eacute; plus probe et plus d&eacute;licat comme artiste de ne pas laisser voir, de ne pas annoncer que <B>c'&eacute;tait justement &agrave; la recherche de la v&eacute;rit&eacute; que je partais</B>, ni en quoi elle consistait pour moi. Je d&eacute;teste tellement les ouvrages id&eacute;ologiques o&ugrave; le r&eacute;cit n'est tout le temps qu'une faillite des intentions de l'auteur que j'ai pr&eacute;f&eacute;r&eacute; ne rien dire. Ce n'est qu'&agrave; la fin du livre, et une fois les le&ccedil;ons de la vie comprises, que ma pens&eacute;e se d&eacute;voilera."</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR>  <B><P ALIGN="JUSTIFY">a) recherche de la v&eacute;rit&eacute; et "aventure de l'involontaire"</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  </B><P ALIGN="JUSTIFY">Or, comme l'a montr&eacute; Gilles Deleuze, la d&eacute;couverte de la v&eacute;rit&eacute; reste toujours "l'aventure propre de l'involontaire" . Comme pour l'ensemble de <I>La Recherche</I> c'est toujours par hasard et &agrave; un moment tout &agrave; fait impr&eacute;visible que se font les grandes r&eacute;v&eacute;lations de <I>Sodome et Gomorrhe</I>. Et, dans la quasi-totalit&eacute; des cas, rien ne laisse pr&eacute;voir ce que sera la v&eacute;rit&eacute; soudaine qu'elles mettront au jour. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comment donc adapter &agrave; cette "aventure de l'involontaire" les containtes de l'observation, de l'analyse et de l'exp&eacute;rimentation?</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">La r&eacute;ponse sera : en diversifiant les perspectives, en r&eacute;partissant les r&ocirc;les entre plusieurs "je":</P>  <UL>  <UL> </B><P ALIGN="JUSTIFY"><LI>au narrateur, &ecirc;tre sensible, naturellement dou&eacute; pour la contemplation, l'observation "innocente", qui se fait au hasard des rencontres ou des r&ecirc;veries personnelles, m&ecirc;me s'il a aussi une grande finesse d'&eacute;coute ("oreille  exerc&eacute;e comme un accordeur") </LI></P> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>au personnage-spectateur, l'observation "objective" puisqu'il ne fait que noter (et rapporter) ce qu'il voit,</LI></P> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>tandis que le romancier-chercheur organisera l'ensemble de leurs donn&eacute;es pour les analyser et d&eacute;montrer une loi.</LI></P></UL> </UL>  <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <B><P ALIGN="JUSTIFY">b) l'observation et la r&eacute;partition des r&ocirc;les</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  </B><P ALIGN="JUSTIFY">Au d&eacute;but de <I>Sodome et Gomorrhe</I>: </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;Le narrateur s'abandonne d'abord &agrave; ce qu'il appelle "la contemplation du g&eacute;ologue", qui se d&eacute;ploie sur le mode d'une r&ecirc;verie vague sur des formes et des couleurs. Au d&eacute;but de l'apr&egrave;s-midi, il guette l'arriv&eacute;e du Duc et de la Duchesse de Guermantes et change de poste pour ne pas risquer de les manquer. En fait il entreprend aussi de guetter l'improbable conjonction du bourdon et de l'orchid&eacute;e quand, par un effet de hasard encore plus miraculeux que celui qu'il esp&eacute;rait pr&eacute;c&eacute;demment,  il voit arriver Charlus qui ne sort jamais de chez lui &agrave; cette heure-l&agrave;!</P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;<I>"Il avait fallu une indisposition de Mme de Villeparisis (cons&eacute;quence de la maladie du marquis de Fierbois avec lequel il &eacute;tait personnellement brouill&eacute; &agrave; mort) pour que M. de Charlus f&icirc;t une visite, peut-&ecirc;tre la premi&egrave;re fois de son existence, &agrave; cette heure-l&agrave;" (p. 4)</P></DIR> </DIR>  </I><P ALIGN="JUSTIFY">Apr&egrave;s deux changements de position (de c&ocirc;t&eacute; et en arri&egrave;re) il reprend la posture du botaniste:</P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;"<I>Puis me rendant compte que personne ne pouvait me voir, je r&eacute;solus de ne plus me d&eacute;ranger de peur de manquer, si le miracle devait se produire, l'arriv&eacute;e presque impossible &agrave; esp&eacute;rer (&agrave; travers tant d'obstacles, de distance, de risques contraires, de dangers) de l'insecte envoy&eacute; de si loin en ambassadeur &agrave; la vierge qui depuis longtemps prolongeait son attente.</I> "(ibidem)</P></DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Apr&egrave;s une v&eacute;rit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale  qui commande en fait tout le d&eacute;veloppement qui va achever  <I>Sodome et Gomorrhe I</I>, <I>"Les lois du monde v&eacute;g&eacute;tal sont gouvern&eacute;es elles-m&ecirc;mes par des lois de plus en plus hautes"(p.5), </I>c'est le chercheur qui se lance dans un assez long d&eacute;veloppement sur les bienfaits de  l'alternance entre l'autof&eacute;condation d'une fleur et  sa f&eacute;condation par la semence d'une autre fleur en la rapprochant des lois biologiques  qui commandent le  corps  humain.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais c'est aussi le romancier  qui, avec ce commentaire, m&eacute;nage le temps de la visite de politesse que Charlus fait &agrave; sa tante , ou bien, pour reprendre les niveaux du r&eacute;cit d&eacute;finis par G&eacute;rard Genette, qui s'efforce de faire co&iuml;ncider le temps de la narration et l'histoire, ou encore le temps du discours narratif (avec tous les &eacute;l&eacute;ments qui le constituent: ses voix ou ses diff&eacute;rentes instances narratives)  et celui de la di&eacute;g&egrave;se.  "Mutatis mutandis" ce commentaire &eacute;voque aussi celui d'un pr&eacute;sentateur de t&eacute;l&eacute;vision qui, pour faire passer le temps, une dizaine de minutes avant le d&eacute;fil&eacute; du 14 juillet, d&eacute;veloppe pour les spectateurs l'histoire du premier r&eacute;giment, ses derniers hauts faits d'armes ou la signification de son drapeau.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> C'est ainsi que dans cette sc&egrave;ne sont introduites les deux  r&eacute;v&eacute;lations qui vont suivre: la nature-femme de Mr de Charlus <I>"cet homme qui &eacute;tait si &eacute;pris, qui se piquait si fort de virilit&eacute;, &agrave; qui tout le monde semblait si odieusement eff&eacute;min&eacute;" (p.6) </I>et l'incroyable harmonie, &agrave; la fois &eacute;trange et naturelle,  qui r&egrave;gle la sc&egrave;ne de s&eacute;duction entre  un homme du monde et un ancien giletier : Charlus et Jupien</P> <I><P ALIGN="JUSTIFY">"Le baron, qui cherchait maintenant &agrave; dissimuler l'impression qu'il avait ressentie, mais qui, malgr&eacute; son indiff&eacute;rence affect&eacute;e, semblait ne s'en aller qu'&agrave; regret, allait, venait, regardait dans le vague de la fa&ccedil;on qu'il pensait mettre le plus en valeur la beaut&eacute; de ses prunelles, prenait un air fat, n&eacute;gligent, ridicule. Or Jupien, perdant aussit&ocirc;t l'air humble et bon que je lui avais connu, avait - en sym&eacute;trie parfaite avec le baron - redress&eacute; la t&ecirc;te, donnait &agrave; sa taille un port avantageux, posait avec une impertinence grotesque son poing sur la hanche, faisait saillir son derri&egrave;re, prenait des poses <B>avec la coquetterie qu'aurait pu avoir l'orchid&eacute;e pour le bourdon providentiellement survenu</B>." (p.6)</P> </I><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il y a donc toujours un observateur qui veut saisir la nature secr&egrave;te, la vraie nature de son sujet d'&eacute;tude. Qu'il soit cach&eacute; comme le narrateur lors de la premi&egrave;re sc&egrave;ne, dans l'escalier de la duchesse, ou qu'il ait rev&ecirc;tu le masque du personnage-spectateur , simple t&eacute;moin de ce que disent les personnages ou de leurs gestes, comme  dans le petit train des stations baln&eacute;aires.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> En suivant la ligne du chemin de fer, le r&eacute;cit progresse d'un lieu d'observation &agrave; un autre . Entre Balbec et La Raspelli&egrave;re, il y a Maineville (p. 461) et sa maison de femmes o&ugrave;, sans que l'on comprenne pourquoi (si ce n'est par un r&eacute;cit dont on a peine &agrave; croire que l'un des 4 protagonistes de cette sc&egrave;ne secr&egrave;te ait pu le faire) le personnage-spectateur rapporte une sc&egrave;ne d'observateur observ&eacute; dont il aurait &eacute;t&eacute; le t&eacute;moin cach&eacute;. Par un jeu de glaces asym&eacute;triques et partielles et de miroirs sans tain, Charlus voit Morel qui le voit aussi. Mais Charlus ne peut pas voir le partenaire de Morel (p. 465 et sqq.).</P> <P ALIGN="JUSTIFY">D'une station &agrave; l'autre, le personnage-spectateur livre des fragments d'observation et, comme le faisait le narrateur au petit jour, dans le train qui le conduisait &agrave; Balbec au d&eacute;but de <I>La Recherche</I>, <B>le romancier " rentoile" ensuite tous les &eacute;l&eacute;ments particuliers pour constituer un savoir et d&eacute;finir une loi.</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">On peut dire cependant que si c'est bien le romancier qui pr&eacute;voit les rencontres,  mesure les temps d'attente et m&eacute;nage les "miraculeux hasards", le signataire, Marcel Proust, observateur naturellement tr&egrave;s attentif, a eu souvent, lui aussi,  l'exp&eacute;rience de la surprise et celle des coups de th&eacute;&acirc;tre.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">c) analyse et d&eacute;finition d'une loi de la nature</B>:</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  <B><P ALIGN="JUSTIFY">La collecte des observations et leur analyse permet alors de d&eacute;finir une hypoth&egrave;se que le romancier -chercheur v&eacute;rifiera</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Et c'est souvent la m&eacute;taphore qui permet la progression de l'analyse.</B> Dans <I>Sodome et Gomorrhe,</I> la plus importante est incontestablement la m&eacute;taphore fil&eacute;e des plantes phan&eacute;rogames qui ouvre le livre. La conjonction de Charlus et de Jupien, pour toutes les raisons d&eacute;finies pr&eacute;c&eacute;demment, d&eacute;pend d'un hasard aussi extraordinaire que celui qui guide vers le style recourb&eacute; de la fleur  un insecte qui, au pr&eacute;alable, aurait enduit ses pattes du pollen d'une fleur de m&ecirc;me esp&egrave;ce. La fleur et le bourdon pour Sodome et les animaux domestiques (chatte ou chienne) pour Gomorrhe.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">A mesure que progresse <B>cette m&eacute;taphore n&eacute;e d'une relation de proximit&eacute;</B> (l'orchid&eacute;e appartient &agrave; la duchesse de Guermantes, belle-sur de Charlus, et Jupien habite au rez-de chauss&eacute;e dans la cour de l'h&ocirc;tel de Guermantes), le romancier-chercheur d&eacute;veloppe un commentaire du hasard miraculeux &agrave; l'origine de la rencontre entre Jupien et le Baron. <B>La m&eacute;taphore g&eacute;n&egrave;re, entretient ou relance le commentaire.</P> </B><P ALIGN="JUSTIFY">Il faut cependant remarquer que si, parmi les esp&egrave;ces v&eacute;g&eacute;tales ou animales, c'est la loi ou l'instinct de reproduction qui commande ces conjonctions miraculeuses, entre les &ecirc;tres d'un m&ecirc;me sexe il n'en est pas ainsi. Mais le plaisir cr&eacute;e des besoins qui sont parfois aussi puissants que l'instinct sexuel.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Puis diff&eacute;rents exemples de hasards analogues ou de particularit&eacute;s sexuelles d'invertis sont r&eacute;partis en s&eacute;ries ( voir p. 16/21) et convoqu&eacute;s pour la d&eacute;monstration et la v&eacute;rification de la loi. Et Proust reconna&icirc;tra dans Le <I>Temps retrouv&eacute;</I> :<I>"tout a &eacute;t&eacute; invent&eacute; par moi selon les besoins de ma d&eacute;monstration"</I>.</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">Les longues phrases &agrave; incidentes</B> qui d&eacute;composent un ph&eacute;nom&egrave;ne tentent d'en cerner tous les aspects. Elles multiplient parfois les parenth&egrave;ses qui pr&eacute;cisent, mais qui ne sont pas indispensables &agrave; l'intelligence du texte (voir p.17&agrave; 19 : "Sans honneur que pr&eacute;caire []et de fa&ccedil;on qu'&agrave; eux-m&ecirc;mes il ne leur paraisse pas un vice").</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY"> Les pluriels</B> op&egrave;rent des classifications par esp&egrave;ces pour &eacute;tudier de fa&ccedil;on pr&eacute;cise  les diff&eacute;rentes particularit&eacute;s de d&eacute;sirs sexuels, les diff&eacute;rentes formes de l'&eacute;ros. Ils contribuent aussi &agrave; d&eacute;finir une hypoth&egrave;se d'explication. Si le r&eacute;el en soi est incompr&eacute;hensible, il s'&eacute;claicit dans la s&eacute;rie (voir p. 16/21)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Enfin, le discours scientifique n'aime pas la pronomalisation mais les phrases simples, et <B>les formulations gn&ocirc;miques, voire les maximes.</B> <I>"Les lois du monde v&eacute;g&eacute;tal sont gouvern&eacute;es elles-m&ecirc;mes par des lois de plus en plus hautes"(</I>p.5)</P> <I><P ALIGN="JUSTIFY">" le th&eacute;&acirc;tre du monde dispose de moins de d&eacute;cors que d'acteurs et de moins d'acteurs que de "situations" </I>(p.255)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">ou encore une maxime incise dans une partie de portrait, comme celui de la princesse Scherbatoff "<I>Vis-&agrave;-vis des &eacute;trangers - parmi lesquels il faut toujours compter celui &agrave; qui nous mentons le plus parce que c'est celui par qui il nous serait le plus p&eacute;nible d'&ecirc;tre m&eacute;pris&eacute;: nous-m&ecirc;me - la princesse Scherbatoff avait soin de repr&eacute;senter ses trois seules amiti&eacute;s</I>" (p.271)</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais cette observation constante et ces exp&eacute;rimentations g&eacute;n&egrave;rent des "d&eacute;rives" dans l'&eacute;criture du texte.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">II D&eacute;rives de l'exp&eacute;rimentation </P><DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">dans l'&eacute;criture du texte de <I>Sodome  et Gomorrhe</P> </I><P ALIGN="JUSTIFY"></P></DIR>  <OL TYPE="a">  <OL TYPE="a">  <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>la th&eacute;&acirc;tralisation</B>:</LI></P></OL> </OL> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">La <B>sc&egrave;ne comique</B>:  (voir tomate no1 / tomate no2. p. 248/249)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le quiproquo: les illades de Cottard &agrave; Charlus  (p. 310)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le comique de mots: les formules qui r&eacute;v&egrave;lent une identit&eacute; ambigu&euml; "vous en &ecirc;tes" (p.  410 /p. 433)</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">b) <B>la fiche signal&eacute;tique</B> &eacute;pingl&eacute;e dans le dos du personnage:</P></DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">L'analyse n'aboutit pas toujours &agrave; la d&eacute;finition d'une loi. Lorsqu'elle ne peut, ou ne veut, d&eacute;gager la motivation d'un geste ou d'une attitude, elle s'ach&egrave;ve sur un <B>commentaire hypoth&eacute;tique</B>. C'est un proc&eacute;d&eacute; fr&eacute;quemment utilis&eacute; dans <B>la Recherche</B> et qui est caract&eacute;ristique de son &eacute;criture. R&eacute;partissant en faisceau plusieurs mobiles possibles, il se r&eacute;duit souvent &agrave; un proc&eacute;d&eacute; de style o&ugrave; Proust ne r&eacute;pugne pas &agrave; accumuler les <I>soit que</I>, les <I>ou bien</I>, les<I> encore </I>ou les <I>peut-&ecirc;tre</I>. Il n'est qu'une esquisse d'explication: une s&eacute;rie d'approximations diff&eacute;rentes ou oppos&eacute;es pour justifier une seule attitude. S'il s'applique &agrave; tous les &ecirc;tres du roman (aux personnages secondaires ou marginaux, comme aux personnages de premier plan) et s'il concerne aussi bien les mobiles d'un acte important que ceux d'un geste insignifiant, on doit cependant lui reconna&icirc;tre une signification diff&eacute;rente selon les &ecirc;tres auxquels il se rapporte et les circonstances dans lesquelles il est formul&eacute;. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Dans certains cas, le commentaire hypoth&eacute;tique devient une liste r&eacute;capitulative des explications possibles, toutes partiellement justes. On ne voit plus alors un romancier qui essaie de comprendre son personnage, mais un chercheur qui d&eacute;nombre ses mobiles. L'important &eacute;tant de les retrouver tous et non d'affirmer la pr&eacute;valence de l'un d'entre eux. Dans l'exemple suivant, le commentaire hypoth&eacute;tique constitue le recensement m&eacute;thodique des motifs qui peuvent pousser Charlus &agrave; afficher sa col&egrave;re contre un homme qui le recherche - du moins le croit-il - mais ne lui pla&icirc;t pas.</P> <I><P ALIGN="JUSTIFY"> "Quand certains homosexuels comme Charlus voient un autre homme t&eacute;moigner envers eux un go&ucirc;t particulier, alors soit incompr&eacute;hension que ce soit le m&ecirc;me que le leur, soit f&acirc;cheux rappel que ce go&ucirc;t embelli par eux tant que c'est eux-m&ecirc;mes qui l'&eacute;prouvent, est consid&eacute;r&eacute; comme un vice, soit d&eacute;sir de se r&eacute;habilitere par un &eacute;clat dans une circonstance o&ugrave; cela ne leur co&ucirc;te pas, soit par une crainte d'&ecirc;tre devin&eacute;s qu'ils  retrouvent soudain quand le d&eacute;sir ne les m&egrave;ne plus, les yeux band&eacute;s, d'imprudence en imprudence, soit par la fureur de subir, du fait de l'attitude &eacute;quivoque d'un autre, le dommage que, par la leur, si cet autre leur plaisait, ils ne craindraient pas de lui causer on peut les entendre dire:</P></DIR> </DIR>   <UL>  <UL> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>Monsieur pour qui me-prenez-vous?</LI></P> <P ALIGN="JUSTIFY"><LI>(simplement parce qu'on les prend pour ce qu'ils sont)"(p.311)</LI></P></UL> </UL>  </I><P ALIGN="JUSTIFY">L'explication de la r&eacute;action pr&eacute;cise de Charlus dispara&icirc;t dans cet "atomisme psychologique".</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comme les autres proc&eacute;d&eacute;s qui rel&egrave;vent de la d&eacute;marche scientifique, le commentaire hypoth&eacute;tique op&egrave;re donc une d&eacute;personnalisation du personnage. L'unit&eacute; psychologique de celui-ci est rompue au b&eacute;n&eacute;fice d'une explication plurielle qui , pr&eacute;tendant &agrave; l'exhaustivit&eacute;, est pr&eacute;f&eacute;rable aux yeux du romancier chercheur.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">C'est souvent l'humour de Proust qui commande ce proc&eacute;d&eacute; :</P>  <UL> <I><P ALIGN="JUSTIFY"><LI>"les ch&acirc;telains de F&eacute;terne par crainte (tant ils &eacute;taient timides) de m&eacute;contenter leurs nobles amis, ou (tant ils &eacute;taient na&icirc;fs) que M. et Mme Verdurin s'ennuyassent avec des gens qui n'&eacute;taient pas des intellectuels, ou encore (comme ils &eacute;taient impr&eacute;gn&eacute;s d'un esprit de routine que l'exp&eacute;rience n'avait pas f&eacute;cond&eacute;) de m&ecirc;ler les genres et de commettre un "impair", d&eacute;clar&eacute;rent que "cela ne "bicherait" pas et qu'il valait mieux r&eacute;server Mme Verdurin (qu'on inviterait avec tout son petit groupe) pour un autre d&icirc;ner</I>."(p 474)</LI></P></UL> <DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Si le commentaire traduit ici l'impossibilit&eacute; de d&eacute;terminer avc nettet&eacute; la raison pr&eacute;cise de cette d&eacute;cision, on y per&ccedil;oit aussi la fantaisie de l'&eacute;cvrivain qui ajoute &agrave; chaque raison suppos&eacute;e un bref commentaire entre parenth&egrave;ses.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Et l'humour vire &agrave; l'ironie et au burlesque lorsqu'&agrave; la mani&egrave;re de la tirade des nez d'Edmond Rostand, Proust pr&ecirc;te plusieurs tons &agrave; un rire du marquis de Cambremer:</P> <I><P ALIGN="JUSTIFY">Comme le marquis &eacute;tait louche - ce qui donne une intention d'esprit &agrave; la gait&eacute; m&ecirc;me des imb&eacute;ciles - l'effet de ce rire &eacute;tait de ramener un peu de pupille sur le blanc, sans cela complet de l'uvre, de l'il. Ainsi une &eacute;claircie met un peu de bleu dans un ciel ouat&eacute; de nuages. Le monocle prot&eacute;geait du reste comme un verre sur un tableau pr&eacute;cieux cette op&eacute;ration d&eacute;licate. Quant &agrave; l'intention m&ecirc;me du rire, on ne sait trop si elle &eacute;tait aimable: "Ah! gredin! Vous pouvez dire que vous &ecirc;tes &agrave; envier. Vous &ecirc;tes dans les faveurs d'une femme d'un rude esprit"; ou rosse: "H&eacute; bien! Monsieur, j'esp&egrave;re qu'on vous arrange, vous en avalez des couleuvres"; ou serviable:"Vous savez, je suis l&agrave;, je prends la chose en riant parce que c'est pure plaisanterie, mais je ne vous laisserai pas malmener"; ou cruellement complice: "je n'ai pas &agrave; mettre mon petit grain de sel, mais vous voyez, je me tords de rire de toutes les avanies qu'elle vous prodigue. Je rigole comme un bossu, donc j'approuve, moi le mari. Aussi, s'il vous prenait fantaisie de vous rebiffer, vous trouveriez &agrave; qui parler, mon petit monsieur. Je vous administrerais d'abord une paire de claques, et soign&eacute;es, puis nous irions croiser le fer dans la for&ecirc;t de Chantepie."</I> (p. 368)</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">c) <B>l'autonomie de la m&eacute;taphore</B> (d&eacute;tours de la m&eacute;taphore fil&eacute;e du bourdon et de l'orchid&eacute;e):</P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY"> - l'innocence des fleurs</P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">- "un admirable effort inconscient de la nature"</P> </FONT><FONT FACE="Palatino" SIZE=2></DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  </FONT><B><FONT FACE="Palatino"><P>A l'&eacute;gal des insectes et des plantes qu'observe le naturaliste, le personnage en sc&egrave;ne n'est consid&eacute;r&eacute; que comme un sujet d'&eacute;tude et il subit une v&eacute;ritable d&eacute;personnalisation. Mais &agrave; travers le narrateur c'est lui-m&ecirc;me que Proust analyse  dans son avanc&eacute;e vers les profondeurs de l'inconscient.. </P> <P>La recherche de la v&eacute;rit&eacute; impose ses lois et lui aussi est concern&eacute; par ces d&eacute;rives</B>.</P> </FONT><FONT FACE="Palatino" SIZE=2><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> </FONT><B><FONT FACE="Palatino"><P ALIGN="JUSTIFY">III L'exp&eacute;rimentation et la mort:</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <OL TYPE="a">  <OL TYPE="a">  </B><P ALIGN="JUSTIFY"><LI>l<B>a d&eacute;personnalisation des personnages les r&eacute;duit et la tentation de la somme les d&eacute;passe</B>:</LI></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Enferm&eacute;s dans leur cercle mondain particulier, comme dans le petit train qui va de l'un &agrave; l'autre - de la Raspeli&egrave;re des Verdurin au F&eacute;terne des Cambremer -  les personnages restent &agrave; port&eacute;e d'observation.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A port&eacute;e d'un microscope, la "fine fleur de la noblesse fran&ccedil;aise, est devenue un "herbier plein de plantes d&eacute;mod&eacute;es".</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><LI>la progression du narrateur vers les profondeurs</LI></OL> </OL> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P>           de l'inconscient</B>. A la recherche de la v&eacute;rit&eacute;, Proust interpr&egrave;te les signes de la nature et la nature du cur humain &agrave; travers  ces petites morts que sont les intermittences du coeur. Et c'est ainsi que dans <I>Sodome et Gomorrhe</I>, il va tr&egrave;s loin dans l'aventure de l'involontaire.</P> </FONT><FONT FACE="Palatino" SIZE=2></DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  </FONT><FONT FACE="Palatino"><P>On a dit de l'auteur de <I>La Recherche</I> qu'il avait un esprit encyclop&eacute;dique. La tentation de la somme proposerait-elle une compensation aux intermittences du cur?</P> </FONT><FONT FACE="Palatino" SIZE=2> <P>&nbsp;</P> </FONT><B><FONT FACE="Palatino"><P>Conclusion</P> </FONT><FONT FACE="Palatino" SIZE=4><P>&#9;</P> </B></FONT><FONT FACE="Palatino"><P ALIGN="JUSTIFY">Lors de la table ronde de 1971 qui avait r&eacute;uni rue d'Ulm une pl&eacute;iade de critiques - Roland Barthes, Gilles Deleuze, Jean Milly, G&eacute;rard Genette entre autres -  pour c&eacute;l&eacute;brer le centenaire de Proust , Gilles Deleuze avait compar&eacute; l'auteur de <I>La Recherche</I> &agrave; une araign&eacute;e qui tissait patiemment sa toile pour y conserver, immobilis&eacute;s mais vivants, les moustiques qui s'y seraient aventur&eacute;s afin de les avoir &agrave; disposition pour les consommer quand elle en aurait besoin. Or, dans sa quasi-immobilit&eacute;, l'araign&eacute;e en vient &agrave; prendre dans sa propre toile son devenir indiff&eacute;renci&eacute; d'insecte, et &agrave; consommer aussi ses propres membres. Proust, naturaliste dans <I>Sodome et Gomorrhe</I>, s'est pris aussi lui-m&ecirc;me comme sujet d'observation et il est all&eacute; bien loin dans les profondeurs de son inconscient. Plus encore que dans les autres parties de <I>La Recherche</I>, il a &eacute;crit avec <I>Sodome et Gomorrhe</I> un "roman de l'inconscient", en soumettant une v&eacute;ritable d&eacute;marche scientifique &agrave; cette fin tributaire du hasard.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY"> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P></FONT></BODY> </HTML> 
