<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>LE MASQUE DU DRAGON</TITLE> <META NAME="Template" CONTENT="C:\MSOffice\Modeles\thea.dot"> </HEAD> <BODY>  <B><FONT FACE="Courier New" SIZE=6><P ALIGN="CENTER">LE MASQUE DU DRAGON</P> <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER">PIECE DE PHILIPPE BLASBAND</P> </B></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>&nbsp;</P> <P>Deux conteuses, l'une venant d'un pays de lacs (et que l'on appellera LAC) et l'autre d'un pays de collines (nous l'appellerons COLLINE).</P><DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P>LAC<br>D'abord, tu te caches.</P> <P>COLLINE<br>O a?</P> <P>LAC<br>Sur les cts. Les gens ne doivent pas te voir. Tu dois rester cache pendant qu'ils entrent. Ils s'asseyent sur des chaises, jamais par terre. Les gens, ici, ne savent pas s'asseoir par terre. Ils ont besoin de quelque chose pour soutenir leur dos. Quand les gens sont tous assis, la lumire s'teint sur eux.</P> <P>COLLINE<br>Pourquoi?</P> <P>LAC<br>Je ne sais pas.</P> <P>COLLINE<br>Mais si la lumire s'teint sur eux, le conteur ne peut pas voir leurs visages! ni leurs yeux! on ne sait pas s'ils coutent l'histoire, ou s'ils s'ennuient!...</P> <P>LAC<br>Ici, les conteurs font semblent de ne pas voir le public. Ils sont plusieurs sur scne. Parfois, certains sortent. Parfois, certains entrent. Ils racontent l'histoire entre eux. Comme si les gens n'taient pas l. Comme s'il n'y avait pas de public</P> <P>COLLINE<br>C'est impossible!</P> <P>LAC<br>Je l'ai vu!</P> <P>COLLINE<br>Alors c'est idiot...</P> <P>LAC<br>Peut-tre... Nous devons nous plier  leur coutumes. Mme si elles sont tranges. Nous n'avons pas de passeport ici.</P> <P>COLLINE<br>Pas encore.</P> <P>LAC<br>Nous ne parlons pas leur langue.</P> <P>COLLINE<br>Leur langue est bizarre. Mais nous la parlerons.</P> <P>LAC<br>Ces maisons o nous dormons ne sont pas nos maisons. La nourriture que nous mangeons nous est offerte. Nous sommes des mendiants.</P> <P>COLLINE<br>Nous sommes des rfugis!</P> <P>LAC<br>C'est la mme chose!</P> <P>COLLINE<br>Nous devons marcher la tte haute! mme ici! Je viens des mille collines, et toi, tu viens des mille lacs. Mme si nos peuples sont en guerre, nous sommes plus proches, l'une de l'autre, que ces trangers d'ici. Ils nous impressionnent mais ils ne sont pas suprieurs  nous. Ils nous regardent de haut, mais quand ils nous parlent, ils n'osent pas croiser nos yeux, parce que nos yeux leur brlent les pupilles! Ils ne connaissent pas la magie, eux! Dans la rue, ils ne chantent pas! Et leur cerveaux, la nuit, captent les ondes de la radio au lieu de rver!</P> <P>LAC<br>Ils nous gardent dans la paume de leur main. Ils peuvent nous craser.</P> <P>COLLINE<br>Vous tes toujours comme cela, vous des lacs! Hants par la peur! Vous n'avez aucune fiert! Vous rampez!</P> <P>LAC<br>Vous avez trop de fiert! Vous vivez dans vos collines! Vous voyez tout d'en haut!</P> <P>COLLINE<br>Vous tes ns pour devenir des esclaves! Nous tions dj vos matres avant d'tre ns!</P> <P>LAC<br>Vous croyez que nous tuer, c'est craser un moustique! Vous nous avez massacr! Et nous vous avons massacr en retour!</P> <P>COLLINE<br>Nous faisions la guerre! Vous, vous avez t inhumain! Vous avez tu nos bbs!</P> <P>LAC<br>Vous avez tu l'embryon dans le ventre de nos femmes!</P> <P>COLLINE<br>Vous avez bombard nos villes!</P> <P>LAC<br>Vous avez dynamit nos hpitaux!</P> <P>COLLINE<br>Vous avez empal les prisonniers!</P> <P>LAC<br>Vous avez mang nos morts!</P> <P>COLLINE<br>Vous avez viol les ntres!</P> <P>LAC<br>Vous tes des monstres!</P> <P>COLLINE<br>Vous tes des fourmis!</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  <P>....</P><DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR>  <P>LAC<br>Excuse-moi.</P> <P>COLLINE<br>Non. C'est moi.</P> <P>LAC<br>C'est la guerre.</P> <P>COLLINE<br>Nous sommes l pour chapper  la guerre.</P> <P>LAC<br>Pour combattre la guerre.</P> <P>COLLINE<br>Pour raconter une histoire.</P> <P>LAC<br>Le Masque du Dragon.</P> <P>COLLINE<br>Oui. Le Masque du Dragon...</P> <P>LAC<br>C'est dur.</P> <P>COLLINE<br>Qu'est-ce qui est dur?</P> <P>LAC<br>De parler. A ct de toi. De raconter, avec toi. Des gens sont morts, que j'aimais.</P> <P>COLLINE<br>Nous avons toutes les deux nos morts, nos douleurs, nos haines. Mais nous ne sommes plus l-bas, dans nos collines et nos lacs. Nous sommes ici, dans ce pays gris et plat, o la pluie jamais ne s'arrte. Nos langues  nous deux sont les mmes et nos histoires  nous deux sont les mmes. Nous allons raconter une de ces histoires, ensemble,  nous deux. Et si nous arrivons  la raconter,  deux, nous aurons combattu la guerre&nbsp;- oh, pas beaucoup: c'est comme se battre contre une tornade avec un caillou... Mais parfois on n'a pas le choix: il faut se battre, mme avec un caillou...</P> <P>LAC<br>Nous n'avons pas les mme histoires. Elles se ressemblent, mais ce ne sont pas les mmes histoires!</P> <P>COLLINE<br>Ce sont les versions diffrentes d'une mme histoire!</P> <P>LAC<br>Nos histoires n'ont rien  voir avec les vtres! Nos histoires sont relles! Les vtres, elles ressemblent  des rves!</P> <P>COLLINE<br>Vous avez pris nos histoires et vous les avez salies! Quand, chez nous, Li et son Matre combattent une licorne, chez vous, ils se battent contre un proxnte, dans un bordel!</P> <P>LAC<br>Les bordels existent!</P> <P>COLLINE<br>Les licornes existent!</P> <P>LAC<br>Tu en as dj vue?</P> <P>COLLINE<br>J'en ai rv!</P> <P>LAC<br>Vos histoires sont des rves. Vous vivez dans vos rves.</P> <P>COLLINE<br>Vous vivez dans votre boue.</P> <P>LAC<br>Oui. Nous vivons dans la boue. Nos mtiers sont vils et bas. Nous sommes serviteurs, bateleurs, voleurs, laveurs de cadavres, manoeuvres, paysans sans terre, voleurs, mendiants... Nos quartiers de prostitues sont tristement clbres dans tout le continent. Nos plus belles filles y travaillent. A vingt ans, elles sont uses. Li tait l'une d'elles... Elle savait qu'elle allait tre revendue comme esclave. Elle se dguisa en homme et s'enfuit. Elle rencontra son Matre. Il lui enseigna le Masque du Dragon.</P> <P>COLLINE<br>Li tait une princesse, la fille ane de ce clbre roi Pon qui possdait le royaume du sud&nbsp;- un royaume si petit que le Palais en recouvrait toute la surface&nbsp;- il faut dire que c'tait un palais immense: le moindre trajet durait plusieurs heures, et il fallait une carte pour ne pas se perdre... La princesse Li tait troite de hanches et plate de poitrine: malgr sa beaut, les princes des environs hsitaient  la demander en mariage: aurait-elle des enfants? Surtout: aurait-elle des garons?... Le Roi Pon finit par accepter la proposition du chevalier Piu&nbsp;- h oui, ce chevalier au visage de jeune cadavre, ce chevalier qu'on disait vampire et sorcier... Il avait dj pous trente-deux femmes&nbsp;; aprs la noce, elles avaient chaque fois subitement vieillit, pour mourir quelques jours plus tard... La princesse Li ne voulait pas devenir la trente-troisime femme du chevalier Piu. Avec l'aide de sa fidle et bonne nourrice, elle se dguisa en homme pour s'enfuir du chteau... Elle rencontra le Matre, qui lui enseigna le Masque du Dragon.</P> <P>LAC<br>Ce n'est pas la mme histoire!</P> <P>COLLINE<br>Mais si: une hrone, qui s'appelle Li, qui s'enfuit devant un danger, en s'habillant en homme, et qui rencontre un Matre.</P> <P>LAC<br>Tu te perds dans des dtails inutiles.</P> <P>COLLINE<br>Une histoire a besoin de dtails, comme une femme a besoin de bijoux!</P> <P>LAC<br>Nos femmes ne portent pas de bijoux. Nous racontons nos histoires sans prendre de dtours.</P> <P>COLLINE<br>Vous ne racontez qu'un squelette et vous oubliez la chair.</P> <P>LAC<br>Tu vois, c'est impossible de raconter  deux: Li n'a pas encore rencontr le Matre et nous ne sommes dj pas d'accord. Tu veux raconter pour la paix. Mais tu sais ce qu'ils vont voir, les gens d'ici, quand ils nous couteront? Ils verront deux histoires se combattre! Ils verront la guerre...</P> <P>COLLINE<br>Vous tes toujours tellement ngatifs, vous des Lacs!...</P> <P>LAC<br>Nous sommes ralistes. Vivre dans la boue vous rend trs raliste... Ils vont les trouver simplettes, nos histoires. Eux, ils ont des films! Des sries tls! Des bandes dessines! Des CDRom! Nous, nous avons quoi? Nos bouches. Nos bras. Nos visages.</P> <P>COLLINE<br>Et alors? Eux aussi, ils ont des bras et des bouches! Ce sont des tres humains, comme nous! Ils nous couteront, parce que les tres humains, ils aiment a, couter d'autres tres humains raconter des histoires!</P> <P>LAC<br>Pas ici!</P> <P>COLLINE<br>Partout! Leurs peaux sont claires, mais quand il fait chaud, leurs peaux produisent de la sueur, comme les notres! Leurs yeux sont parfois d'un bleu terrifiant, mais je les vu pleurer, comme nos yeux! Ils ont des cabinets, o ils s'enferment pour vacuer leurs intestins, comme nous&nbsp;- un peu bizarre, d'ailleurs, ces cabinets, tu ne trouves pas? Moi, je me demande chaque fois s'il faut s'asseoir sur le rond? ou bien poser mes pieds dessus?... C'est un mystre... Un de leur nombreux mystres...</P> <P>LAC<br>Une histoire ne change pas le monde. Et de toutes faon, tu ne les as pas vu, toi, les conteurs d'ici! Ils sont extra-ordinaires! Ce sont des magiciens! Derrire eux, ils ont des dcors immenses! Et des lumires qui changent tout le temps! Et des musiques brutales! Sans le moindre musicien!</P> <P>COLLINE<br>Nous avons une histoire!</P> <P>LAC<br>Ils n'ont mme pas besoin d'histoire! Moi, je les regardais, je ne comprenais pas leur langue, je ne suivais pas leur histoire, mais je voyais des images! Des images belles et effrayantes! J'tais choque, j'tais ravie! Le temps n'existait plus!</P> <P>COLLINE<br>Nous sommes les meilleures conteuses de nos rgions! Nous sommes clbres, toutes les deux, sur tout le continent!</P> <P>LAC<br>Les conteurs d'ici, ils deviennent les personnages!</P> <P>COLLINE<br>Moi aussi, je peux faire un personnage! Je peux faire Li: "O est-il, ce Matre, qui enseigne le Masque du Dragon?" Je peux faire le Matre: "Il est ici, devant toi. C'est lui que tu regardes. C'est lui qui te parle." Je peux faire le renard, l'alouette, le soldat, la nourrice, le fantmes, le mort-vivant, la mer, le vent, le ver de terre, la tristesse, la ville, la poussire, la feuille du grand arbre qui lentement descend vers le sol!...</P> <P>LAC<br>Ces conteurs d'ici, ils ne </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>font</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> pas un personnage. Ils </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>deviennent</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> un personnage. Toi, tu fais un personnage, tu montres Li, mais tu sais bien que Li n'existe plus, tu sais qu'elle n'est pas ici. Eux, ils savent pas tout a. S'ils jouent Li, alors, elle est </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>ici</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3>. S'ils jouent le Matre, il est ici.</P> <P>COLLINE<br>O a, </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>ici</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3>?</P> <P>LAC<br>Il est </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>dans</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> le conteur. Tu ne vois plus que ce sont des conteurs. Tu vois des gens.</P> <P>COLLINE<br>Comment a, tu vois des gens?</P> <P>LAC<br>Tu oublies que ce sont des conteurs. Tu vois juste des gens. Par exemple, ils pourraient devenir nous.</P> <P>COLLINE<br>Comme nous? Tu veux dire, nous deux?</P> <P>LAC<br>Oui. Des conteurs d'ici pourraient devenir nous deux, et raconter notre histoire...</P> <P>COLLINE<br>Mais quel est l'intrt? Pourquoi payer pour voir des gens? Il suffit de sortir en rue, on en voit des centaines, des gens!... Gratuitement!... Eh quoi, ces conteurs, ils deviennent des gens, comme a, tous les soirs?</P> <P>LAC<br>Tous les soirs.</P> <P>COLLINE<br>Ils doivent prendre des drogues!</P> <P>LAC<br>Ils font des transes, peut-tre?</P> <P>COLLINE<br>Tous les soirs? Non. Ils doivent prendre des drogues. Ca ne doit pas tre trs bon pour leur sant, d'ailleurs... Ici, ils ont des drogues redoutables!...</P> <P>LAC<br>Ah bon?</P> <P>COLLINE<br>Pire que l'opium ou les herbes mauves! Pire encore que le caf!</P> <P>LAC<br>Nos histoires sont trop simples, trop rptitives. Ils ne viendront pas nous couter. Ou s'il y en a qui viennent, le bouche--oreille ne fonctionnera pas. La salle sera vide.</P> <P>COLLINE<br>O vas-tu?</P> <P>LAC<br>Cela ne marchera pas.</P> <P>COLLINE<br>Tu veux partir?</P> <P>LAC<br>Oui.</P> <P>COLLINE<br>Qu'est-ce que tu auras fait contre la guerre? Mme si cela ne change rien. Mme si c'est un chec. Qu'est-ce que tu auras fait contre la guerre?</P> <P>LAC<br>C'est ridicule.</P> <P>COLLINE<br>Mme si c'est ridicule, ou naf. Mme si les gens rigolent. Mme si les gens te crachent dessus quand tu passes devant eux. Qu'est-ce que tu auras fait contre la guerre?</P> <P>LAC<br>Je peux faire autre chose que raconter une histoire...</P> <P>COLLINE<br>Tu veux fuir, c'est a? Comme d'habitude? Tu veux abandonner? Tu as toujours </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>failli</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> abandonner, mais je te connais: au dernier moment, tu as peur d'avoir peur! Nous n'avons pas le choix. Nous sommes des conteuses. Nous devons raconter notre histoire, le Masque du Dragon. Raconter comment le Matre dcida d'enseigner le Masque du Dragon  la princesse Li.</P> <P>LAC<br>Li portait des vtements d'homme. Elle avait fuit le quartier des prostitues. Elle marchait depuis des jours. Ses pieds taient en sang. Elle tombait de fatigue... Elle voit trois hommes s'approcher d'elle. Le premier est vot. Le deuxime est trs grand. Presque deux mtres. Et le troisime est trs gros. Au moins cent kilos...</P> <P>COLLINE<br>Il faut dire qu' cette poque, dans cette rgion, les bandits avaient l'habitude de parler sur un ton chti:<BR> (Premier Bandit:) Bonjour mon petit monsieur. Alors? On se promne? S'est-on pos la question: puis-je me promener ici? S'est-on pos la question?</P> <P>LAC<br>(Li:) Non.</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) H bien on ne peut pas. Sinon en payant une petite donation  mes deux camarades et  moi-mme, petite donation s'levant  tout ton argent. Question: as-tu de l'argent, mon brave?</P> <P>LAC<br>(Li:) Non.</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) Ce n'est pas bien de mentir  mes deux camarades et  moi-mme. Nous sommes au regret de devoir mettre un terme dfinitif  ta vie. Camarades, sortez vos armes!<BR> (Deuxime Bandit:) Eh! Tu as entendu?<BR> (Premier Bandit:) Quoi?</P> <P>LAC<br>Tous s'arrtrent de bouger. On entendait au loin changer. (Chanson sole.) La voix s'approchait d'eux. (Chanson sole, qui se rapproche.) Et sorti de derrire un arbre un vieil homme compltement sol.</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) Alors vieil homme? On se balade? On cuve?<BR> </P> <P>LAC<br>(Le Vieil Homme:) Attention!</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) Quoi?</P> <P>LAC<br>(Le Vieil Homme:) Tu viens de marcher dans une merde.</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) Qu'est-ce qu'il raconte?<BR> (Deuxime Bandit:) C'est une blague, je crois.<BR> (Premier Bandit:) Humoriste  ses heures? H bien nous sommes tailleurs! Et nous allons te couper en fines lamelles carlates! Camarades, tuez-moi ce vieillard chenu!</P> <P>LAC<br>Les bandits plongent. Les sabres s'abattent. Aucun ne touche le solard.</P> <P>COLLINE<br>(Premier Bandit:) O est-il pass?<BR> (Deuxime Bandit:) Il est l chef!</P> <P>LAC<br>Les bandits se prcipitent  nouveau. C'est une bataille confuse, dsordonne. Les assaillants s'puisent. Ils n'arrivent pas  toucher le vieil homme. Il les vite de justesse, au dernier moment, comme par hasard, sans effort, il semble protg par son ivresse... Soudain deux bandits s'effondrent, le crane ouvert. Li est mduse: elle n'a pas vu partir les coups. Le vieil homme s'avance vers son dernier adversaire... Il a peur. Il hsite: doit-il fuir? doit-il combattre?... Il n'eut pas le temps de choisir. Le vieil homme le terrassa. Et il s'loigna, toujours vacillant. Li sorti de sa cachette.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Qui tes-vous?... Comment les avez-vous terrasss, ces trois bandits?</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Oh... J'ai port le masque du dragon.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Le quoi?</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Le masque du dragon. C'est un art martial trs ancien.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Apprenez-moi cet art martial!</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Je ne suis pas un matre.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Je vous prparerai  manger!</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) A mon age, on ne mange presque plus.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Je laverai vos vtements, je ferai office de serviteur!</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Je n'ai besoin de personne.</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Je vous raconterai des histoires!</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Ah... Tu connais des histoires?</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Oui! Beaucoup!</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) D'accord. Je t'enseignerai le masque du dragon! Mais tu dois savoir une chose: c'est un art martial interdit aux femmes! Jamais, tu m'entends jamais, tu ne dois l'enseigner  une femme!</P> <P>COLLINE <br>(Li:) Vous n'aimez pas les femmes?</P> <P>LAC <br>(Le Matre:) Si tu connaissais ma mre, tu ne me poserais pas la question.<BR> Li devint son lve.</P> <P>COLLINE<br>Tu vois? Nous y arrivons. A deux. Nous arrivons  raconter le Masque du Dragon.</P> <P>LAC<br>Cela ne marchera pas.</P> <P>COLLINE<br>Nous venons de le faire!</P> <P>LAC<br>C'est juste un fragment!</P> <P>COLLINE<br>Si on sait le faire, avec juste un fragment, alors on pourra le faire pour l'ensemble. Il faudra travailler, chercher un peu, mais nous y arriverons, nous ferons une mme et unique histoire, en montrant toutes les facettes. Et les gens, ici, ils nous couteront!</P> <P>LAC<br>Ils sont tranges. Je ne les comprends pas. J'aurais du rester l-bas. Dans mon pays de lacs. Dans la guerre.</P> <P>COLLINE<br>Tu serais morte, peut-tre.</P> <P>LAC<br>Ca serait mieux. Mieux que ce monde gris. Je ne le comprends pas.</P> <P>COLLINE<br>Au dbut, j'tais comme toi. Tout me dprimais ici. Tout ce que j'avais appris dans les colline, ici, cela n'avait aucun sens. Tout ce que je croyais bon, tout ce que je croyais mauvais, ici, cela n'avait aucun sens. Un jour, j'ai compris: ce monde est une illusion. Ce monde est un cauchemar. Il n'y a que nous qui sommes relles. Nous allons raconter notre histoire parce que notre histoire est relle. Et notre ralit contaminera peu  peu les gens d'ici. Et ce pays deviendra plus viable, moins gris. La pluie tombera moins souvent. Nous nous veillerons du cauchemar.</P> <P>LAC<br>Tu rves. Tu as quitt tes collines, mais tu rves encore. Je sais ce que tu vas me rtorquer: "Je suis une conteuse. Mon mtier, </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>c'est</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> le rve."</P> <P>COLLINE<br>Et je sais ce que toi, tu me rpondras: "Je suis conteuse. Mon mtier, c'est ce qui est </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>vrai</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3>."</P> <P>LAC<br>Les rves font partie de ce qui est vrai...</P> <P>COLLINE<br>La vrit a souvent la saveur des rves...</P> <P>LAC<br>Tu es entre dans mon histoire. Tu as fait certains de mes personnages. Je t'en remercie&nbsp;- mme si tu les as fait bizarrement.</P> <P>COLLINE<br>Evidemment, chez nous, ce n'est pas comme cela que la Princesse Li rencontre le Matre.</P> <P>LAC<br>Je sais...</P> <P>COLLINE<br>Cela prend une toute autre direction. Ce serait mieux, d'ailleurs, de prendre cette direction, pour le public d'ici.</P> <P>LAC<br>Ah bon?</P> <P>COLLINE<br>Oui, c'est tout de mme plus joli, plus civilis...</P> <P>LAC<br>Plus joli... (Singeant Colline:) En fuyant le palais de son pre, les joues traverses par des larmes d'argent (c'tait une Princesse, tout de mme!) aprs des semaines de marche dans des dserts de sel o la lumire du soleil venait danser! la Princesse Li arrive  une ville qui brillait  des lieues  la ronde: les maisons taient faite d'meraudes, et les routes taient recouvertes d'or et d'argent, et les ponts taient sculpts dans le saphir...</P> <P>COLLINE<br>Dans cette ville, se tient un tournoi d'arts martiaux. Des lves se succdent, se combattent et se tuent... Un vieil homme s'approche de la Princesse Li. Il lui apprend qu'un Matre cherche un lve.<BR> (Li:) Ce Matre, il pratique quel art martial?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Le clbre et grandement mystrieux art martial parmi les art martiaux, j'ai nomm: le Masque du Dragon!</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Le Masque du Dragon? Je n'en ai jamais entendu parler!</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Celui qui porte le Masque du Dragon est invincible...</P> <P>COLLINE<br>(Li:) </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>Porter</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> le Masque du Dragon?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Mon bon ami, cet art martial se dcompose en masques: le masque de la Gazelle, o l'on apprend  viter les coups en bifurquant au dernier moment&nbsp;; le masque du Tigre, o l'on apprend  rester immobile, jusqu'au moment adquat, et alors seulement, frapper le plus rapidement possible!&nbsp;; le masque de l'Ours, o l'on se bat contre plusieurs ennemis, comme s'ils taient un seul&nbsp;; et enfin, on finit par le masque ultime, celui qui fait de vous un Matre: le Masque du Dragon!</P> <P>COLLINE<br>(Li:) O est-il, ce Matre, qui enseigne le Masque du Dragon?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Il est ici, devant toi. C'est lui que tu regardes. C'est lui qui te parle.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Quoi? Mais vous tes un vieillard!</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Essaye de le frapper, ce vieillard chenu!</P> <P>COLLINE<br>Li hsitait un peu&nbsp;- pourquoi frapperait-elle un vieil homme rabougris, presque sans cheveux, presque sans dents?... Mais le vieil homme insistait. Alors, pour lui faire plaisir, Li voulut lui donner une chiquenaude du bout des doigts. Mais le bout de ses doigts ne touchrent pas le Matre. Elle entendit l'air siffler tout autour d'elle. Elle sentit ses pieds quitter le sol. Et elle se retrouva par terre, avec des douleurs au bras gauche et  la hanche. Au dessus d'elle, le vieil homme souriait:</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Mme un vieillard peut porter le Masque du Dragon. Mme une femme pourrait le porter&nbsp;- videmment, c'est interdit.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Pourquoi?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Parce qu'videmment, les femmes n'existent pas! Elles ne sont que le lien entre un pre et un fils. A quoi bon enseigner quelque chose  quelqu'un qui n'existe pas?...</P> <P>COLLINE<br>Tu es entre dans ma version de l'histoire. Je te remercie&nbsp;- tu as fait certaines petites erreurs, c'est normal, mais sinon, tu restes la meilleure conteuse que j'ai jamais rencontr.</P> <P>LAC<br>Je ne crois pas  ta faon de raconter. Mais quand je rencontre un excellent conteur, je sais le reconnatre: tu es une excellente conteuse... Tu te rappelles, la premire fois qu'on s'est vues?</P> <P>COLLINE<br>J'avais sept ans. Et toi?</P> <P>LAC<br>Neuf, ou dix, ou onze, je ne sais plus. Nous autres, nous ne retenons pas la date o nous sommes ns...</P> <P>COLLINE<br>J'avais peur de toi. On m'avait dit que j'allais affronter une conteuse des mille lacs. On m'avait dit que tu tait dj clbre, que chaque mot que tu prononais t'amenais cent spectateurs en plus.</P> <P>LAC<br>Je te regardais tout le temps. Tu tais si belle, si bien habille. Tu avais un collier de perles noires. Tu portais une robe de soie et la lumire des flambeaux la faisait briller... Moi, j'avais juste une bure de gros coton. Je me sentais pauvre.</P> <P>COLLINE<br>C'tait quoi, l'histoire que nous avons du raconter, au tournoi?</P> <P>LAC<br>Le Masque du Dragon.</P> <P>COLLINE<br>Dj?...</P> <P>LAC<br>Dj.</P> <P>COLLINE<br>Pourquoi cette histoire-l?</P> <P>LAC<br>Parce que nous sommes des femmes. Parce que c'est l'histoire d'une femme qui apprend  se battre. Parce que la guerre nous frappe plus durement que les hommes. Eux, ils croient  la haine,  la vengeance. Quand on tue leur enfant, ils tuent l'enfant de l'ennemi. Nous pas. Quand on tue notre enfant, on veut que plus aucun enfant soit tu. Nous ne faisons pas la guerre. Nous la subissons.</P> <P>COLLINE<br>J'ai vu des choses terribles. J'ai vu des mres tuer leur propres enfants, pour que l'ennemi ne les torture pas. J'ai vu des femmes prendre les armes et massacrer. J'ai vu des tres humains devenir des rapaces et des serpents. J'ai vu les morts couvrir le sol. J'ai vu des rivires de sang... C'est vrai: c'est pitoyable, une histoire... Quand j'tais enfant et que j'apprenais l'art de raconter, je croyais que les histoires taient la chose la plus importante du monde. Je croyais qu'une histoire, l'histoire adquate, pourrait dtruire le monde. Je croyais qu'une autre histoire pourrait la sauver.</P> <P>LAC<br>Pour moi, les histoires, c'est un luxe. Comme l'alcool. La musique. Le beurre.</P> <P>COLLINE<br>Les gens ont besoin d'histoires, comme ils ont besoin de pain ou de sommeil!</P> <P>LAC<br>Nous ne sommes vraiment pas indispensables...</P> <P>COLLINE<br>Quelqu'un qui ne rve pas devient fou! Quelqu'un qui n'coute pas des histoires, ne sait pas raconter sa </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>propre</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> histoire. Il ne sait plus dire: je suis n  tel endroit, mes parents taient telle et tel personnes, il m'est arriv tels vnements. Celui qui n'coute pas des histoires vit comme un animal!</P> <P>LAC<br>Pour ton peuple, c'est facile d'avoir des conteuses: vous tes riches, vous avez le temps... Mais chez nous, un conteur, c'est un sacrifice... Pour beaucoup de gens, un sacrifice inutile... Dans l'cole, les professeurs nous frappaient avec leur bton et ils rptaient: vous tes un luxe! vous devez gagner!... La premire fois qu'on s'est vue dans un tournoi, qui a gagn? Toi ou moi?</P> <P>COLLINE<br>Toi, je crois. Je ne suis pas sre. Nous avons particip  beaucoup de tournois&nbsp;; nous avons, toutes les deux, gagn et perdu, plusieurs fois. Nous nous dtestions.</P> <P>LAC<br>Je te dtestais et je t'admirais.</P> <P>COLLINE<br>J'avais peur de toi...</P> <P>LAC<br>Et maintenant?</P> <P>COLLINE<br>Maintenant, je te connais... Ces tournois, ce n'tait peut-tre qu'une prparation pour, maintenant, nous permettre de raconter le Masque du Dragon  deux.</P> <P>LAC<br>Nous tions ennemies! Nous racontions nos histoires pour terrasser l'autre!</P> <P>COLLINE<br>C'tait des combats, mais les combats ne sont pas des guerres. Pour combattre, il ne faut pas har l'adversaire. Au contraire. Un combat, c'est aussi un change.</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Un combat, c'est aussi un change.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Un change?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Il ne faut pas dtester l'adversaire pour le combattre. Moi, par exemple: je t'aime bien. Tu me racontes des belles histoires, pour m'endormir, le soir. Mais je vais te combattre.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Pourquoi?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Pour que tu apprennes.<BR> Et le Matre frappa Li sur l'paule. L'impact fit un bruit sourd.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Mais vous me fates mal!</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Ca doit faire mal! Sinon, tu n'apprendras jamais.<BR> Et il continua  frapper. Le soleil se couchait. La lune apparaissait au milieu des toiles. Le Matre frappait toujours. Li tentait de lui chapper. Elle n'y parvenait pas. Son corps se couvrait de bleus.<BR> (Le Matre:) Tu esquives mal! Portes le masque de la gazelle!</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Quoi?</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Portes le masque de la gazelle! Un fauve court pour dvorer une gazelle. Normalement, la gazelle n'a aucune chance de lui chapper. Mais au moment o le fauve va la rattraper, elle change brusquement de direction. Le fauve, lui, va si vite, qu'il continue tout droit.<BR> Mais Li n'arrivait pas  esquiver. La nuit tombait. Le ciel tait bleu. Le Matre s'arrta de frapper.<BR> (Le Matre:) Ca ne sert  rien. Tu n'as pas assez peur de moi, et je n'ose pas te frapper assez fort. Tu dois avoir peur de mourir, pour apprendre le Masque de la Gazelle. Une gazelle sait que si elle n'esquive pas, le fauve va la manger...</P> <P>COLLINE<br>C'est a le problme de cette histoire: elle est rptitive. Le Masque de la Gazelle, puis le Masque du Tigre, puis le Masque de l'Ours, puis, enfin, le Masque du Dragon... Ils ne vont pas aimer, a, ici.</P> <P>LAC<br>Chez nous, c'tait justement a qu'ils aimaient!</P> <P>COLLINE<br>Chez nous, ils avaient le temps! Ici, ils marchent vite, ils mangent vite, ils parlent en glissant sur les consonnes!</P> <P>LAC<br>Et si on "oubliait" un ou deux masques?</P> <P>COLLINE<br>Nous ne pouvons pas faire cela!</P> <P>LAC<br>Pourquoi pas?</P> <P>COLLINE<br>Parce qu'il y a quatre masques! Il y a toujours eu quatre masques!</P> <P>LAC<br>Non.</P> <P>COLLINE<br>Non?</P> <P>LAC<br>Avant, il y en avait bien cinq.</P> <P>COLLINE<br>Comment, cinq?</P> <P>LAC<br>Dans certaines vieilles versions, il y avait aussi le Masque du Miroir. A la toute fin. Juste avant le Masque du Dragon.</P> <P>COLLINE<br>Tu es sre?</P> <P>LAC<br>Tu n'en as jamais entendu parler? Chez nous, c'tait connu.</P> <P>COLLINE<br>C'tait quoi le Masque du Miroir?</P> <P>LAC<br>Je me rappelle que vaguement... Je crois qu'il fallait copier chaque geste de l'adversaire, jusqu' pouvoir anticiper ses gestes... Mais quatre masques, on s'est vite rendu compte, c'tait bien assez.</P> <P>COLLINE<br>Comment peux-tu dire a, "c'tait bien assez"? Tu parles des histoires sans le moindre respect!</P> <P>LAC<br>Ce ne sont que des histoires!</P> <P>COLLINE<br>Nous, si jamais nous manquions de respect envers une histoire, notre matre-conteur nous battait jusqu'au sang!</P> <P>LAC<br>Oh, nous, de toutes faon, notre matre-conteur  nous, il nous battait tellement souvent, sans vraiment de raison, que nous, on ne sentait plus vraiment les coups... Mais c'tait un trs bon matre-conteur. Quand on faisait une erreur, je me rappelle, il pleurait, comme un enfant... Et a nous faisait bien plus mal que les coups.</P> <P>COLLINE<br>Notre matre-conteur tait un grand homme, trs maigre. Il restait toujours calme, ses gestes taient lents et prcis. Un soir, aprs un tournois, j'ai vu qu'il tait furieux, sa face tait toute rouge, ses mains tremblaient. Il m'a dit: "Je n'ai plus rien  t'enseigner." J'ai compris que j'tais devenue une meilleure conteuse que lui et qu'il ne parvenait pas  l'accepter...</P> <P>LAC<br>Notre matre-conteur tait un homme petit et gros. Il vacillait: il avait tellement bu d'alcool dans sa vie qu'il lui tait devenu impossible de dessoler... Un soir, aprs un tournois, je l'ai vu sourire. C'tait la premire que je le voyais sourire. Il s'est agenouill devant moi et il m'a dit: "Maintenant, c'est toi le matre et moi l'lve."</P> <P>COLLINE<br>Li avait appris le Masque de la Gazelle. Elle marchait derrire le Matre, dans une fort o, la nuit, les fruits sur les arbres prenaient feu et clairaient, comme en plein jour. Le Matre posa sa main sur l'paule de Li:</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Regarde!</P> <P>COLLINE<br>Dans une clairire, Li voyait un cheval blanc qui broutait. Puis elle s'aperut que ce n'tait pas un cheval: sur son front, il y avait une corne torsade. Non, ce n'tait pas un cheval, c'tait une licorne!... Le Matre murmura:</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Te rappelles-tu le Masque du Tigre?</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Oui. Rester immobile. Attendre le moment adquat. Et alors seulement, le plus rapidement possible, le plus violemment possible, attaquer l'adversaire!</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Vas-y. Attaque cette licorne.</P> <P>COLLINE<br>(Li:) Mais elle pourrait m'embrocher!</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Oui. Mais pas si tu portes le Masque de la Gazelle: la licorne t'attaquera, sans jamais te toucher&nbsp;; aprs un temps, tu sentiras: c'est le moment!... tu mettras le Masque du Tigre!... tu attaqueras!</P> <P>COLLINE<br>Li avait peur, mais elle tait une Princesse et elle savait tenir son rang. Elle oublia sa peur. Elle entra dans la clairire... La licorne relve la tte. Elle regarde Li. Ses yeux sont turquoises. Une vapeur rouge comme le sang s'chappe de ses nasaux...<BR> Il y a un autre problme.</P> <P>LAC<br>Quoi encore?</P> <P>COLLINE<br>Dans cette histoire, "le Masque du Dragon"... "Le Masque du Dragon", c'est le titre, mais c'est aussi le nom d'un art martial, et c'est aussi un des stades de cet art martial. Les gens, ici, ils vont confondre.</P> <P>LAC<br>Tu ne fais pas confiance  ton histoire. Toute histoire a ses dfauts, si on l'observe et on l'analyse trop longtemps. Mais nous avons racont le Masque du Dragon des milliers de fois! Nous savons que les gens coutent!</P> <P>COLLINE<br>Pas ici! Ca sera la premire fois, ici!</P> <P>LAC<br>C'est toujours la premire fois! Il y a toujours un danger!</P> <P>COLLINE<br>Ici, le danger est trop grand. Ils nous mprisent dj, parce que nous sommes rfugies. Pourquoi risquer l'humiliation?</P> <P>LAC<br>Qu'est-ce que tu as fait contre la guerre?</P> <P>COLLINE<br>Tu utilises mes phrases!</P> <P>LAC<br>Maintenant c'est toi qui faiblit! C'est toi qui doute!</P> <P>COLLINE<br>Comment ne pas douter? Ils ne comprennent pas notre langue! Ils ne comprennent pas nos gestes et les expressions sur nos visages!</P> <P>LAC<br>Nous sommes faites de chair et de sang. Nous dormons. Nous mangeons. Nous pleurons. Nous ne sommes pas si diffrentes d'eux!</P> <P>COLLINE<br>Ils nous parquent dans des immeubles dlabrs! Ils nous font attendre pendant des mois! Ils nous hassent!</P> <P>LAC<br>Ils ne le savent pas, mais ils ont besoin de nous. Ils ont besoin de nos histoires. Eux aussi, ils pourraient connatre la guerre.<BR> C'tait un jour comme les autres. Les gens buvaient le th sur les places des villages. Les femmes lavaient leur linge, sur le bord des rivires. Les enfants couraient... Jamais je n'aurais pu croire que la guerre allait commencer le lendemain matin.<BR> Ici, ils sont paisibles, c'est la paix, mais, un jour, la guerre peut dtruire leurs vies. Ils ne s'en doutent mme pas. Les femmes peuvent perdre leur enfants. Elles ne s'en doutent mme pas. Les garons qui tudient dans les coles, peuvent devenir des tueurs assoiffs de sangs. Ils ne s'en doutent mme pas... Nous devons combattre la guerre. Mme avec un caillou. Mme si c'est naf et ridicule. Mme si nous nous dcourageons. C'est normal de se dcourager...<BR> Dans notre version  nous, nous, des lacs, ce n'est en affrontant une licorne que Li apprit le Masque du Tigre. C'est en se battant contre un proxnte, dans un bordel!...<BR> Li tait entre dans la chambre, avec la prostitue. Elle avait essay d'viter cette situation, mais le Matre avec insist:<BR> (Le Matre:) Je te payerais moi-mme! Mais enfin? Qu'as-tu dans ton pantalon, jeune homme? Des haricots?<BR> Li n'avait pas su comment refuser sans rvler qu'elle tait une femme. Maintenant, elle est face  cette jeune fille menue qui lui fait des rires factices en se dshabillant. Li sent la nause monter en elle: quelques semaines plus tt, c'tait elle qui poussait ces petits rires en se dshabillant pour des hommes qui la dgotaient... La jeune fille s'approche. Li voit ses rides, sous le maquillage. Que peut-elle faire? Elle reste fige sur place... La jeune fille s'approche encore, bientt elle va essayer de dshabiller Li, elle va se rendre compte que Li est une femme...<BR> UN CRI!<BR> Li sorti en courant de la pice. Dans la cours intrieure, le Matre se battait contre un jeune homme. Le jeune homme portait des bagues rouilles  chacun de ses doigts: c'tait le proxnte de l'tablissement. Il tenait un petit poignard. Il tentait de toucher le Matre&nbsp;; le Matre esquivait calmement, sans avoir l'air de s'inquiter.<BR> Le proxnte se retourna vers Li:</P> <P>COLLINE<br>(Proxnte:) Ne vous mlez pas de cela, voyageur. Ce vieux fou a presque trangl une de mes employes. Je veux lui apprendre les sens multiples du mot "douleur".</P> <P>LAC<br>(Li:) C'est mon Matre. Je vais devoir le dfendre.<BR> Et le Matre dit, avec un petit sourire:</P> <P>COLLINE<br>(Matre:) Rappelle toi: le Masque du Tigre...</P> <P>LAC<br>Le proxnte pointait maintenant son poignard vers Li. Mais il hsitait. Son regard tait tourn vers le Matre. Li sut que c'tait le moment, le moment adquat, le moment qui ne reviendrait plus jamais. Elle sauta sur le proxnte. D'un coup de poing sur sa tempe, elle le tua...</P> <P>COLLINE<br>... Soudain, la taverne se transforma en caverne sombre et les visages des autres voyageurs et des hteliers, qui, quelques secondes auparavant mangeaient, servaient, parlaient, ces visages maintenant s'allongrent et se couvrirent de poils!</P> <P>LAC<br>(Li:) Que se passe-t-il?</P> <P>COLLINE<br>(Matre:) Nous sommes tomb dans un pige! Ce sont des hommes-renards! Ils veulent nous manger!</P> <P>LAC<br>(Li:) Des hommes-renards? Je croyais que c'tait une lgende!</P> <P>COLLINE<br>(Matre:) Moi aussi. Mais maintenant qu'ils nous entourent, il s'agt de les combattre.<BR> Les hommes-renards s'approchent, en montrant leurs crocs et leurs griffes, en poussant des grondements rauques, comme ceux d'un fauve!...</P> <P>LAC<br>(Li:) Ils sont plus de vingt! Nous ne sommes que deux!</P> <P>COLLINE<br>(Matre:) Oublie qu'ils sont plusieurs. Devant toi, il n'y a qu'</FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>un</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> ennemi. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>Un</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> seul. Mais il a beaucoup de bras et beaucoup de jambes. Occupe-toi de chaque bras, de chaque jambe, au moment o il t'attaque. Porte le Masque de l'Ours!...<BR> Soudain, au mme instant, les hommes-renards se jettent sur Li et son Matre!... Mais, ils portent le Masque de l'Ours!... </P> <P>LAC<br>Plus tard, aprs des heures de marches dans une fort, ils s'arrtent dans une clairire pour se reposer. Li demande au Matre:<BR> (Li:) Quand je vous ai rencontr pour la premire fois, pendant le combat contre les trois bandits, vous faisiez semblant d'tre sol?</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) J'avais bu une bouteille d'alcool de riz. J'tais compltement ivre.</P> <P>LAC<br>(Li:) Mais comment avez-vous pu vous battre?</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) J'ai port le masque du Dragon. Le stade ultime de cet art martial. Quand tu portes le masque du Dragon, tu deviens tous les animaux, tous les hommes, tu deviens le monde. Mais en mme temps, tu trouves tout cela en toi-mme.</P> <P>LAC<br>(Li:) Je ne comprend pas.</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) A l'ouest est pratiqu un art. Ce n'est pas un art martial, mais un divertissement. Des gens se runissent dans un lieu, et,  plusieurs, ils racontent une histoire, pour d'autres gens.</P> <P>LAC<br>(Li:) Pourquoi  plusieurs? Un seul conteur ne suffit-il pas?</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) Chacun devient un des personnages de l'histoire. Mais en mme temps, il reste lui-mme.</P> <P>LAC<br>(Li:) Je ne comprend toujours pas.</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) C'est que tu n'es pas prt  porter le masque du Dragon...</P> <P>LAC<br>O est-ce que tu parts?</P> <P>COLLINE<br>Je m'en vais.</P> <P>LAC<br>Tu abandonnes?</P> <P>COLLINE<br>Nous n'y arriverons pas. Moi aussi j'ai vu un de leur spectacles! Je suis entre dans un de leur cinmas, et j'ai vu un de leurs films, avec des visages immenses, hauts de trois mtres! Aprs un spectacle pareil, leurs sens sont mousss! Comment pourraient-ils couter une histoire?... Simplement, tout simplement, couter une histoire?...</P> <P>LAC<br>Et tes rves?</P> <P>COLLINE<br>Quoi, mes rves?</P> <P>LAC<br>Tu disais que tes rves te portaient! Te guidaient! Te donnaient la force et le courage!</P> <P>COLLINE<br>Mes rves, je vais les garder pour moi!...</P> <P>LAC<br>Nous allions travailler ensemble, pour la premire fois, aprs tant d'annes!</P> <P>COLLINE<br>Toutes ces annes nous nous sommes dtestes! Et maintenant, nos peuples sont en guerre! Mon frre a peut-tre tu ton frre!</P> <P>LAC<br>C'est la guerre que nous dtestons.</P> <P>COLLINE<br>Pour moi, </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>tu</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> es la guerre!</P> <P>LAC<br>Et qu'est-ce que tu as fait contre la guerre?</P> <P>COLLINE<br>Une histoire n'a jamais chang le monde. De toute faon, nous ne racontons pas la mme histoire.</P> <P>LAC<br>Mais si, c'est la mme histoire... Deux versions diffrentes... De la mme histoire...</P> <P>COLLINE<br>Tu sais bien que non. Tu sais bien: ce n'est pas le squelette d'une histoire qui est important. C'est sa chair!</P> <P>LAC<br>Nos deux versions finissent de la mme faon.</P> <P>COLLINE<br>Mme pas! Chez vous, le Matre dcouvre que Li est une femme parce qu'elle refuse de faire des dessins dans la neige en pissant! C'est enfantin! C'est compltement idiot!</P> <P>LAC<br>Oui, oui, mais aprs? Aprs, le matre comprend que Li est une femme. Il est furieux. Il lui dit:</P> <P>COLLINE<br>(Le Matre:) Je vais t'enseigner le masque du dragon</P> <P>LAC<br>(Li:) Vous allez me tuer?</P> <P>COLLINE<br>Sans un mot, le matre la frappe sur les genoux. Li tombe au sol. Et le matre dit:</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Porter le masque du dragon, c'est devenir tous les animaux, tous les hommes, c'est devenir le monde.</P> <P>COLLINE<br>Li tente de s'chapper en rampant. Le matre lui assne un coup  l'paule, la frappe sur les reins.</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Quand je porte le masque du dragon, je deviens le chien qui aboie, le furet qui mord, le rapace qui fond sur sa proie.</P> <P>COLLINE<br>Li est en sang. Elle tente de parer. Elle n'y arrive pas.</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Quand je porte le masque du dragon, je deviens le paysan qui laboure, le solard qui vacille, le Roi qui ordonne.</P> <P>COLLINE<br>Maintenant Li attend que le matre l'achve. Mais il s'accroupit  ct d'elle et lui caresse la tte comme un enfant:</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Quand je porte le masque du dragon, je puise d'abord en moi-mme. Je suis le monde tout entier, mais je reste d'abord moi-mme. Je prends ce que j'ai. Si je suis sol, j'utilise mon ivresse. Si je suis aveugle, j'utilise ma pnombre. Fou, ma folie. Estropi, mon dsquilibre. Bless, ma douleur. Et si par malheur je devenais une femme, j'utiliserai mon ventre de femme, mes entrailles de femme, mon fiel, ma pourriture.</P> <P>COLLINE<br>Le matre se releva.</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Je suis du. Tu n'as pas compris le masque du dragon. Je vais te tuer, femelle.</P> <P>COLLINE<br>Il abat sa lame... Mais Li l'vite, se relve. Elle marche en clopinant. Elle regarde le matre avec haine. Elle abat son sabre et elle hurle!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis la femme qui pleure! Je suis la femme qui enfante! La femme que l'on frappe!</P> <P>COLLINE<br>Et chacun de ses coups atteint le Matre!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis la femme que l'on viole, que l'on gorge, qui mendie!</P> <P>COLLINE<br>Et chacun de ses coups atteint le Matre!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis la femme vieille et dlaisse. Je suis la femme enfant que l'on mprise.</P> <P>COLLINE<br>Et chacun de ses coups atteint le Matre!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis la servante, la princesse, la prostitue! La matrone, la vendeuse, l'esclave!</P> <P>COLLINE<br>Et chacun de ses coups atteint le Matre!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis l'avorteuse! L'avorte!</P> <P>COLLINE<br>Et chacun de ses coups atteint le Matre!</P> <P>LAC<br>(Li:) Je suis la femme qui se dbat! Qui combat! Qui frappe! QUI TUE!</P> <P>COLLINE<br>Et un coups mortel atteint le matre  la nuque.</P> <P>LAC<br>(Le Matre:) Voil. Tu connais  prsent le masque du dragon. Je n'ai plus rien  t'enseigner. C'est trange, tout de mme, de dcouvrir que mon destin tait d'apprendre le masque du Dragon  une femme, moi qui ai toujours dtest les femmes.</P> <P>COLLINE<br>Le matre ferma les yeux. Le matre mourut...</P> <P>LAC<br>Non. Une histoire, cela ne sert  rien...</P> <P>COLLINE<br>Une histoire, ce ne sont que des mots...</P> <P>LAC<br>Une histoire n'a jamais rien chang...</P> <P>COLLINE<br>Ici, nous sommes trangres et dmunies...</P> <P>LAC<br>Eux ils ont tout, ici...</P> <P>COLLINE<br>Ils ont la tlvision, l'antenne parabolique, des ordinateurs avec des abonnements internets...</P> <P>LAC<br>Qui sommes-nous pour oser leur raconter une histoire?...</P> <P>COLLINE<br>C'est toujours comme a. On se dit: si on arrtait tout? Si, plutt qu'un spectacle, si on ne faisait rien? Si on rentrait chez nous, ou bien on allait manger quelque chose, dans un restaurant, en racontant des btises. Tout. N'importe quoi. Plutt qu'arriver sur la scne, et raconter une histoire...</P> <P>LAC<br>Mais c'est dj trop tard.</P> <P>COLLINE<br>Oui. Les voil. Ils sont assis devant nous.</P> <P>LAC<br>La lumire s'est teinte sur eux! On ne pourra pas voir leur visages!</P> <P>COLLINE<br>On les entendra. On les sentira... Alors? Qu'est-ce qu'on fait?</P> <P>LAC<br>Notre mtier...</P> <P>COLLINE<br>D'accord...</P> <P>LAC<br>(Accent tranger) Madame, mssieurs...</P> <P>COLLINE<br>Nous raconter...</P> <P>LAC<br>Nous!</P> <P>COLLINE<br>... histoire:</P> <P>LAC<br>Masque Dragon!</P> <P>COLLINE<br>Oui. Masque Dragon.</P> <P>LAC<br>Li dhzasha doub. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Li tait une Princesse)</P> </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>COLLINE<br>Li ddjn doub. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Li tait une prostitue.)</P> </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>LAC<br>Tandas ham tado na. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Nos histoires sont deux.) </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3>Rad tandas nam, Li djeden. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Dans mon histoire, Li est une prostitue.)</I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> Liva rad tandas- nmourah, Li dezasha doub. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Mais dans l'histoire </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3> </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>madame, Li est une Princesse.)</P> </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>COLLINE<br>Am key standa nidam, liva od rondj nshtagof. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Nous avons une histoire, mais deux faons de la raconte.)</P> </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>LAC<br>Mounziara or rammi ab mah guimb. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Nous voulons raconter nos histoires ensemble.)</P> </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>COLLINE<br>Ab mah. </FONT><I><FONT FACE="Palatino,Book Antiqua" SIZE=3>(Ensemble.)</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  </I></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3><P>Petit  petit, NOIR.</P> </FONT><B><FONT FACE="Courier New" SIZE=6><P ALIGN="CENTER"><br>FIN </P> </B></FONT><FONT FACE="Courier New" SIZE=3></FONT></BODY> </HTML> 
