  <!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN" "http://www.w3.org/TR/REC-html40/loose.dtd">  <HTML>  <HEAD> <TITLE>Julie ou la nouvelle H&eacute;lo&iuml;se. Partie I</TITLE>  <LINK REL=StyleSheet HREF="julie.css" TYPE="text/css" MEDIA=screen> <!-- #include "juliejava.html" --> <SCRIPT LANGUAGE="JavaScript" TYPE="text/javascript"> <!-- HTML comment to hide JavaScript from browsers that can't read it function check_frameset() { if (top.frames.length == 0) { var myFrameset;  myFrameset = '<frameset cols="230,*" border=1 frameborder="yes">'; myFrameset += '<frameset rows="*,120" border=1 frameborder="yes">'; myFrameset += '<frame name="side" SRC="julie.side.html" marginheight=5 marginwidth=5>'; myFrameset += '<frame name="navi" SRC="julie.navi.html" marginheight=5 marginwidth=20 scrolling="no">'; myFrameset += '<\/frameset>'; myFrameset += '<frameset rows="*,120" border=1 frameborder="yes">'; myFrameset += '<frame name="text" SRC="' + document.URL + '" marginheight=5 marginwidth=5>'; myFrameset += '<frame name="note" SRC="julie.note.html" marginheight=5 marginwidth=5>'; myFrameset += '<\/frameset>'; myFrameset += '<\/frameset>'; myFrameset += '<noframes>'; myFrameset += 'You need a frames capable browser to view this page'; myFrameset += '<\/noframes>';  document.open(); document.write(myFrameset); document.close; }  return true; } // --> end HTML comment </SCRIPT> <!-- end include -->  </HEAD>  <BODY BGCOLOR="#FCF6D6" ONLOAD="check_frameset()">  <!-- #include "jjrhead.html" --> <!-- end include -->  <!-- #include "juliehead1.html" --> <TABLE BGCOLOR="#CC9966" BORDER="0" WIDTH="95%" CELLPADDING="5" CELLSPACING="0"> <tr valign="middle"> <td width="50" align="left">&nbsp; <a href="1042.html"> <IMG SRC="hand-left.gif" WIDTH="32" HEIGHT="16" HSPACE="0" VSPACE="0" BORDER="0" ALIGN="middle" ALT="Pr&eacute;c&eacute;dent"></A> </td> <td align="center"><FONT SIZE="4" FACE="Comic Sans MS">Rousseau, Julie ou la nouvelle H&eacute;lo&iuml;se, 1761. Partie I</FONT></td> <td width="50" align="right" > <a href="1044.html"> <IMG SRC="hand-right.gif" WIDTH="32" HEIGHT="16" HSPACE="0" VSPACE="0" BORDER="0" ALIGN="middle" ALT="Suivant"></A> &nbsp;</td> </tr> </table> <P>&nbsp;</P> <!-- end include -->  <DIV CLASS=Text>  <P CLASS=Lettre><A NAME="lettre38"></A>LETTRE XXXVIII.</P>  <P CLASS=DeA>&Agrave; JULIE.</P>  <P CLASS=Text>Non, Julie, il ne m&#8217;est pas possible de ne te voir chaque jour que comme je t&#8217;ai vue la veille&#160;: il faut que mon amour s&#8217;augmente et croisse incessamment avec tes charmes, et tu m&#8217;es une source in&eacute;puisable de sentiments nouveaux que je n&#8217;aurais pas m&ecirc;me imagin&eacute;s. Quelle soir&eacute;e inconcevable&#160;! Que de d&eacute;lices inconnues tu fis &eacute;prouver &agrave; mon c&#339;ur&#160;! &Ocirc; tristesse enchanteresse&#160;! &Ocirc; langueur d&#8217;une &acirc;me attendrie&#160;! Combien vous surpassez les turbulents plaisirs, et la gaiet&eacute; fol&acirc;tre, et la joie emport&eacute;e, et tous les transports qu&#8217;une ardeur sans mesure offre aux d&eacute;sirs effr&eacute;n&eacute;s des amants&#160;! Paisible et pure jouissance qui n&#8217;a rien d&#8217;&eacute;gal dans la volupt&eacute; des sens, jamais, jamais ton p&eacute;n&eacute;trant souvenir ne s&#8217;effacera de mon c&#339;ur. Dieux&#160;! Quel ravissant spectacle ou plut&ocirc;t quelle extase, de voir deux beaut&eacute;s si touchantes s&#8217;embrasser tendrement, le visage de l&#8217;une se pencher sur le sein de l&#8217;autre, leurs douces larmes se confondre, et baigner ce sein charmant comme la ros&eacute;e du Ciel humecte un lis fra&icirc;chement &eacute;clos&#160;! J&#8217;&eacute;tais jaloux d&#8217;une amiti&eacute; si tendre&#160;; je lui trouvais je ne sais quoi de plus int&eacute;ressant qu&#8217;&agrave; l&#8217;amour m&ecirc;me, et je me voulais une sorte de mal de ne pouvoir t&#8217;offrir des consolations aussi ch&egrave;res, sans les troubler par l&#8217;agitation de mes transports. Non, rien, rien sur la terre n&#8217;est capable d&#8217;exciter un si voluptueux attendrissement que vos mutuelles caresses, et le spectacle de deux amants e&ucirc;t offert &agrave; mes yeux une sensation moins d&eacute;licieuse.</P>  <P CLASS=Text>Ah, qu&#8217;en ce moment j&#8217;eusse &eacute;t&eacute; amoureux de cette aimable Cousine, si Julie n&#8217;e&ucirc;t pas exist&eacute;. Mais non, c&#8217;&eacute;tait Julie elle-m&ecirc;me qui r&eacute;pandait son charme invincible tout ce qui l&#8217;environnait. Ta robe, ton ajustement, tes gants, ton &eacute;ventail, ton ouvrage&#160;; tout ce qui <SPAN CLASS=PageNo><A NAME="p116"></A>[p.&nbsp;116]</SPAN> frappait autour de toi mes regards enchantait mon c&#339;ur, et toi seule faisais tout l&#8217;enchantement. Arr&ecirc;te, &ocirc; ma douce amie&#160;! &agrave; force d&#8217;augmenter mon ivresse tu m&#8217;&ocirc;terais le plaisir de la sentir. Ce que tu me fais &eacute;prouver approche d&#8217;un vrai d&eacute;lire, et je crains d&#8217;en perdre enfin la raison. Laisse moi du moins conna&icirc;tre un &eacute;garement qui fait mon bonheur&#160;; laisse-moi go&ucirc;ter ce nouvel enthousiasme, plus sublime, plus vif que toutes les id&eacute;es que j&#8217;avais de l&#8217;amour. Quoi tu peux te croire avilie&#160;! Quoi la passion t&#8217;&ocirc;te-t-elle aussi le sens&#160;? Moi, je te trouve trop parfaite pour une mortelle. Je t&#8217;imaginerais d&#8217;une esp&egrave;ce plus pure, si ce feu d&eacute;vorant qui p&eacute;n&egrave;tre ma substance ne m&#8217;unissait &agrave; la tienne et ne me faisait sentir qu&#8217;elles sont la m&ecirc;me. Non, personne au monde ne te conna&icirc;t&#160;; tu ne te connais pas toi-m&ecirc;me&#160;; mon c&#339;ur seul te conna&icirc;t, te sent, et sait te mettre &agrave; ta place. Ma Julie&#160;! Ah, quels hommages te seraient ravis, si tu n&#8217;&eacute;tais qu&#8217;ador&eacute;e&#160;! Ah&#160;! Si tu n&#8217;&eacute;tais qu&#8217;un fange, combien tu perdrais de ton prix&#160;!</P>  <P CLASS=Text>Dis-moi comment il se peut qu&#8217;une passion telle que la mienne puisse augmenter&#160;? Je l&#8217;ignore, mais je l&#8217;&eacute;prouve. Quoique tu me sois pr&eacute;sente dans tous les temps, il y a quelques jours surtout que ton image plus belle que jamais me poursuit et me tourmente avec une activit&eacute; &agrave; laquelle ni lieu ni temps ne me d&eacute;robe, et je crois que tu me laissas avec elle dans ce chalet que tu quittas en finissant ta derni&egrave;re lettre. Depuis qu&#8217;il est question de ce rendez-vous champ&ecirc;tre, je suis trois fois sorti de la ville&#160;; chaque fois mes pieds m&#8217;ont port&eacute; des m&ecirc;mes c&ocirc;t&eacute;s, et chaque fois la perspective d&#8217;un s&eacute;jour si d&eacute;sir&eacute; m&#8217;a paru plus agr&eacute;able.</P>  <P CLASS=Verse><I>Non vide il mondo si leggiadri rami,</I><BR> <I>Non mosse&#8217;l vento mai si verdi frondi</I><A CLASS=EdNoteCall TARGET="note" NAME="fnB77" HREF="#fn77">[77]</A>.</P>  <P CLASS=Text>Je trouve la campagne plus riante, la verdure plus fra&icirc;che et plus vive, l&#8217;air plus pur, le ciel plus serein&#160;; le chant des oiseaux semble avoir plus de tendresse et de volupt&eacute;&#160;; le murmure des eaux inspire une langueur plus amoureuse&#160;; la vigne en fleurs exhale au loin de plus doux parfums&#160;; un charme secret embellit tous les objets ou fascine mes sens, on dirait que la terre se pare pour former &agrave; ton heureux amant un lit nuptial digne de la beaut&eacute; qu&#8217;il adore et du feu qui le consume. &Ocirc; Julie&#160;! &ocirc; ch&egrave;re et <SPAN CLASS=PageNo><A NAME="p117"></A>[p.&nbsp;117]</SPAN> pr&eacute;cieuse moiti&eacute; de mon &acirc;me, h&acirc;tons-nous d&#8217;ajouter &agrave; ces ornements du printemps la pr&eacute;sence de deux amants fid&egrave;les&#160;: portons le sentiment du plaisir dans des lieux qui n&#8217;en offrent qu&#8217;une vaine image&#160;; allons animer toute la nature, elle est morte sans les feux de l&#8217;amour. Quoi&#160;! Trois jours d&#8217;attente&#160;? Trois jours encore&#160;? Ivre d&#8217;amour, affam&eacute; de transports, j&#8217;attends ce moment tardif avec une douloureuse impatience. Ah&#160;! qu&#8217;on serait heureux si le Ciel &ocirc;tait de la vie tous les ennuyeux intervalles qui s&eacute;parent de pareils instants&#160;!</P>  </DIV>  <DIV CLASS=AuthorNotes> </DIV>  <DIV CLASS=Notes>  <P CLASS=Note><A CLASS=Note TARGET=text NAME="fn77" HREF="#fnB77">[77]</A> Petrarque, sestina&#160;: <I>A la dolce ombra de le belle frondi</I>.</P>  </DIV>  <!-- #include "juliefoot.html" -->  <!-- end include -->  <!-- #include "jjrfoot.html" -->  <!-- end include -->  </BODY>  </HTML>  
