<html>  	<head> 		<meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=x-mac-roman"> 		<meta name="generator" content="Adobe GoLive 4"> 		<title>8.5 Le cas Hervey de Saint-Denys  </title> 	</head>  	<body bgcolor="white" text="black" link="red" vlink="#ff00ff" alink="blue"> 		<center> 			<font size="5"> 			<table border="5" cellpadding="3" cellspacing="0" width="100%"> 				<tr> 					<td align="center" valign="top" bgcolor="red" nowrap><b><font color="yellow" size="6">8.5 Le cas Hervey de Saint-Denys </font></b><font color="yellow" size="6"><br> 						</font></td> 				</tr> 			</table> 			</font></center> 		<p><font size="5"><br> 		&quot;Les r&ecirc;ves ne sont-ils pas la tierce partie de notre existence ? Pour ceux qui cherchent, le ph&eacute;nom&egrave;ne du r&ecirc;ve n'est-il pas &eacute;troitement li&eacute; &agrave; ce grand myst&egrave;re de la dualit&eacute; psycho-corporelle qu'on ne se lassera jamais de sonder ? Parmi ceux qui se sentent vivre, enfin, en est-il un qui ne garde, au moins vaguement, le souvenir de quelque vision enchanteresse, ayant laiss&eacute; dans sa m&eacute;moire une douce et ineffa&ccedil;able impression ?&quot;<br> 		<br> 		</font></p> 		<h2><font size="5">8.5 Le cas Hervey de Saint-Denys : pour une lecture de son ouvrage Les r&ecirc;ves et les moyens de les diriger.</font></h2> 		<p><font size="5">Certains individus sont plus curieux que d'autres. Certains individus sont curieux et passionn&eacute;s. D'autres encore sont curieux, passionn&eacute;s, innovateurs - parfois m&ecirc;me tr&egrave;s en avance sur leur &eacute;poque - et, parmi eux, certains ont un v&eacute;ritable talent pour rendre compte de leurs exp&eacute;riences et de leurs d&eacute;couvertes afin de nous les faire partager. De tels individus sont passionnants, rares et pr&eacute;cieux et ils ont souvent beaucoup &agrave; nous apprendre : Hervey de Saint-Denys &eacute;tait de ceux-l&agrave;. Quelle &eacute;tait sa passion ? L'exploration des r&ecirc;ves et de la possibilit&eacute; des les diriger et de les rendre conscients...Que nous a t-il laiss&eacute; ? Un livre, intitul&eacute; Les r&ecirc;ves et les moyens des les diriger sur lequel nous allons nous pencher. Mais d'abord, et avant toutes choses, pr&eacute;sentons quelques&eacute;l&eacute;ments biographiques... Marie Jean L&eacute;on Le Coq tel &eacute;tait son nom pour l'&eacute;tat civil. Baron d'Hervey, marquis de Saint-Denys tels &eacute;taient ses titres. Venu dans une famille plut&ocirc;t riche, en 1822, il avait pour r&eacute;sidence le ch&acirc;teau de Br&eacute;au (non loin de Paris). On l'a dit, il se passionna pour le r&ecirc;ve, et ce d&egrave;s l'adolescence. Si on peut en juger par les &eacute;l&eacute;ments biographiques mis &agrave; jour r&eacute;cemment par une &eacute;quipe de chercheurs (de l'association ONIROS ), c'&eacute;tait un personnage original, plein de po&eacute;sie et de saveur. Il mourut en 1892, professeur de langues orientales au Coll&egrave;ge de France. En 1867, il publie le livre qui deviendra beaucoup plus tard un classique et qui le rendra c&eacute;l&egrave;bre : <i>Les r&ecirc;ves et les moyens de les diriger</i>. Pour l'anecdote, signalons que Freud essaya de se procurer un exemplaire de ce livre et n'y parvint pas malgr&eacute; tous ses efforts. Signalons &eacute;galement que Andr&eacute; Breton, p&egrave;re du mouvement surr&eacute;aliste, appr&eacute;cia grandement cet ouvrage du marquis r&ecirc;veur et fit l'&eacute;loge de ce dernier.<br> 		Allan Hobson , un c&eacute;l&egrave;bre sp&eacute;cialiste contemporain de l'&eacute;tude scientifique du sommeil et des r&ecirc;ves a dit de lui qu'il &eacute;tait &quot;le plus grand des auto-exp&eacute;rimentateurs de l'histoire de la recherche sur le sommeil et les r&ecirc;ves&quot; et que &quot;ses consignes pour l'&eacute;tude des r&ecirc;ves sont tout aussi valable aujourd'hui qu'au jour o&ugrave; elles furent &eacute;crites.&quot;<br> 		Nous allons voir, en effet, que de nombreuses observations faites par Hervey de Saint-Denys peuvent nous &ecirc;tre utile pour mieux comprendre le ph&eacute;nom&egrave;ne de la cr&eacute;ation du r&ecirc;ve. Le th&egrave;me central de son ouvrage est le r&ecirc;ve lucide, mais, r&eacute;p&eacute;tons-le, il n'utilise pas le terme dont la cr&eacute;ation est post&eacute;rieure &agrave; son ouvrage de plusieurs d&eacute;cennies.. Dans un r&ecirc;ve lucide, exp&eacute;rience extraordinaire s'il en est, nous sommes conscient que les &eacute;v&eacute;nements auxquels nous nous trouvons m&ecirc;l&eacute;s sont le produit de notre esprit. Ce que va nous montrer Hervey de Saint-Denis &agrave; travers son t&eacute;moignage, c'est que bien que la plupart des individus fassent rarement spontan&eacute;ment ce genre de r&ecirc;ve, il est toutefois possible d'apprendre &agrave; les induire et - aussi incroyable que cela puisse para&icirc;tre - &agrave; en influencer le d&eacute;roulement d'une mani&egrave;re plus ou moins importante et dans des proportions qui varient d'un r&ecirc;ve &agrave; l'autre et d'un r&ecirc;veur &agrave; un autre, le tout en restant parfaitement endormis.<br> 		Il est tr&egrave;s int&eacute;ressant de constater le cheminement qui a conduit Hervey de Saint-Denys &agrave; l'exploration consciente de ses r&ecirc;ves.<br> 		Adolescent studieux dans ses &eacute;tudes, il devient tout aussi studieux dans l'int&eacute;r&ecirc;t qu'il porte &agrave; ses r&ecirc;ves.<br> 		Il raconte :<br> 		<br> 		&quot; Elev&eacute; dans ma famille, o&ugrave; je fis mes &eacute;tudes sans condisciples, je travaillais seul, loin de toute distraction comme de toute surveillance, ayant &agrave; produire mes compositions &agrave; heure fixe, libre de couper d'ailleurs mes heures de classe suivant mes inspirations ou mon bon plaisir. Ainsi livr&eacute; &agrave; moi-m&ecirc;me, il m'arrivait fr&eacute;quemment d'achever ma t&acirc;che avant que le moment f&ucirc;t venu de la produire. L'instinctive paresse de toute jeune gar&ccedil;on m'emp&ecirc;chait, on le pense bien, d'en faire tout haut la remarque; le moindre passe-temps me semblait pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; quelque surcro&icirc;t d'occupation forc&eacute;e qu'on n'e&ucirc;t point manqu&eacute; de m'assigner. J'employais donc ces instants de loisir d'une mani&egrave;re ou d'une autre. Tant&ocirc;t je crayonnais, tant&ocirc;t je coloriais ce que j'avais crayonn&eacute;. L'id&eacute;e me vint un jour (j'&eacute;tais alors dans ma quatorzi&egrave;me ann&eacute;e) de prendre pour sujet de mes croquis les souvenirs d'un r&ecirc;ve singulier qui m'avait vivement impressionn&eacute;. Le r&eacute;sultat m'&eacute;tant paru divertissant, j'eus bient&ocirc;t un album sp&eacute;cial, o&ugrave; la repr&eacute;sentation de chaque sc&egrave;ne et de chaque figure fut accompagn&eacute;e d'une glose explicative, relatant soigneusement les circonstances qui avaient amen&eacute; ou suivi l'apparition. &quot;<br> 		<br> 		Cette citation fait appara&icirc;tre le caract&egrave;re patient et m&eacute;ticuleux d'Hervey de Saint-Denys, et c'est sans aucun doute, sur un plan pratique, des qualit&eacute;s qu'il nous faut d&eacute;velopper et que l'on d&eacute;veloppe en tenant un journal des r&ecirc;ves qui nous permet d'apprivoiser le r&ecirc;ve et d'&eacute;tablir le contact de mani&egrave;re plus fine et plus pr&eacute;cise avec lui.<br> 		Il poursuit :<br> 		<br> 		&quot; Stimul&eacute; par le d&eacute;sir d'enrichir cet album, je m'accoutumais &agrave; retenir de plus en plus facilement les fantasques &eacute;l&eacute;ments de mes narrations illustr&eacute;es. A mesure que j'avan&ccedil;ais dans le journal quotidien de mes nuits, les lacunes y devenaient plus rares; la trame des incidents se montrait plus suivie, quelque bizarre qu'elle f&ucirc;t d'ailleurs. L'exp&eacute;rience m'avait prouv&eacute; maintes fois qu'il y avait eu simplement de ma part un d&eacute;faut de m&eacute;moire l&agrave; o&ugrave; j'avais cru constater d'abord une interruption r&eacute;elle dans le d&eacute;roulement des tableaux qui avaient occup&eacute; mon esprit, et j'arrivais insensiblement &agrave; cette conviction, qu'il ne saurait exister un sommeil sans r&ecirc;ves, non plus qu'un &eacute;tat de veille sans pens&eacute;es. Je voyais en m&ecirc;me temps se d&eacute;velopper chez moi, sous l'influence de l'habitude, une facult&eacute; &agrave; laquelle j'ai d&ucirc; la plus grande partie des observations consign&eacute;es plus loin, celle d'avoir souvent conscience en dormant de ma situation v&eacute;ritable, de conserver alors, en songe, le sentiment de mes pr&eacute;occupations de la veille, et de garder par suite assez d'empire sur mes id&eacute;es pour en pr&eacute;cipiter au besoin le cours dans telle ou telle direction qu'il me convenait de leur imprimer.&quot;<br> 		<br> 		On comprend, en le lisant, que le soin tout particulier qu'il prenait &agrave; noter ses r&ecirc;ves dans les moindres d&eacute;tails a permit &agrave; cet esprit curieux et perspicace de d&eacute;velopper la facult&eacute; de rester conscient dans ses r&ecirc;ves. Il &eacute;voque certains &eacute;l&eacute;ments qui ont jalonn&eacute; sa d&eacute;couverte du r&ecirc;ve lucide.<br> 		Ainsi, il &eacute;crit plus loin :<br> 		<br> 		&quot; ...Il m'arriva donc une nuit de r&ecirc;ver que j'&eacute;crivais mes songes et que j'en relatais de tr&egrave;s singuliers. Mon regret fut extr&ecirc;me au r&eacute;veil de n'avoir pas eu conscience en dormant de cette situation exceptionnelle. Quelle belle occasion perdue ! me disais-je; que de d&eacute;tails int&eacute;ressants j'aurais pu recueillir...Ce nouveau mode d'observation prit peu &agrave; peu une extension tr&egrave;s grande...Le premier r&ecirc;ve ou j'eus, en dormant, ce sentiment de ma situation r&eacute;elle se place &agrave; la deux cent septi&egrave;me nuit de mon journal; le second &agrave; deux cent quatorzi&egrave;me. Six mois plus tard, le m&ecirc;me fait se reproduit deux fois sur cinq nuits, en moyenne. Au bout d'un an, trois fois sur quatre. Apr&egrave;s quinze mois, enfin, sa manifestation est presque quotidienne, et, depuis cette &eacute;poque d&eacute;j&agrave; si &eacute;loign&eacute;e, je peux attester qu'il ne m'arrive gu&egrave;re de m'abandonner aux illusions d'un songe sans retrouver, du moins par intervalles, le sentiment de la r&eacute;alit&eacute;.&quot;<br> 		<br> 		On peut remarquer au passage la belle le&ccedil;on de pers&eacute;v&eacute;rance que cet aventurier des r&eacute;alit&eacute;s int&eacute;rieures nous donne. A tous ceux qui aurait le d&eacute;sir de faire une d&eacute;marche de d&eacute;couverte et d'exploration du r&ecirc;ve lucide, la le&ccedil;on est pr&eacute;cieuse. Car beaucoup d'entre nous peuvent renier l'existence de certaines possibilit&eacute;s du r&ecirc;ve lucide apr&egrave;s avoir tent&eacute; d'en faire l'exp&eacute;rience sans succ&egrave;s : le seul probl&egrave;me est que l'on s'est arr&ecirc;t&eacute; trop t&ocirc;t, que l'on a succomb&eacute; aux sir&egrave;nes du d&eacute;couragement. Remarquons &eacute;galement, qu'il ne parle aucunement de techniques particuli&egrave;res pour faire l'exp&eacute;rience du r&ecirc;ve. Son d&eacute;sir et sa ferme r&eacute;solution de comprendre et de conna&icirc;tre concentre son attention sur son but (rester conscient dans ses r&ecirc;ves) et c'est, en fait, tout ce qui est n&eacute;cessaire. Les techniques ne sont que des moyens particuliers d'unifier son attention; de se concentrer. Ce &agrave; quoi invite la plupart des techniques d'induction du r&ecirc;ve lucide, c'est &agrave; travailler notre facult&eacute; de concentration.<br> 		Examinons maintenant quelques observations faites par Hervey de Saint-Denis dans ses escapades nocturnes dans le monde du r&ecirc;ve conscient. Tout d'abord, deux r&ecirc;ves dans lesquels il s'interroge sur la possibilit&eacute; qu'aurait l'esprit de voyager en r&ecirc;ve dans des lieux tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;s de l'endroit o&ugrave; notre corps est endormi.<br> 		Le premier est en rapport avec sa th&eacute;orie des clich&eacute;-souvenirs &agrave; savoir la gigantesque banque d'images qui sert de mati&egrave;re premi&egrave;re &agrave; la fabrication de la plupart de nos r&ecirc;ves suivant un processus d'association qui n'est g&eacute;n&eacute;ralement pas conscient.<br> 		Il relate :<br> 		<br> 		&quot;J'&eacute;tais entr&eacute; d&eacute;sormais dans une p&eacute;riode o&ugrave; je ne r&ecirc;vais gu&egrave;re sans en avoir parfaitement la conscience. Je fis un songe tr&egrave;s clair, tr&egrave;s suivi, tr&egrave;s pr&eacute;cis, pendant lequel je me figurais &ecirc;tre &agrave; Bruxelles (o&ugrave; je n'&eacute;tais jamais all&eacute;). Je me promenais tranquillement, parcourant une rue des plus vivantes, bord&eacute;e de nombreuses boutiques dont les enseignes bigarr&eacute;es allongeaient leurs grands bras au-dessus des passants. &quot;Voici qui est bien singulier, me disais-je, il n'est vraiment pas pr&eacute;sumable que mon imagination invente absolument tant de d&eacute;tails. Supposer comme les Orientaux que l'esprit voyage tout seul, tandis que le corps sommeille, ne me semble pas davantage une hypoth&egrave;se &agrave; laquelle on puisse s'arr&ecirc;ter. Et cependant je n'ai jamais visit&eacute; Bruxelles, et cependant voil&agrave; bien en perspective cette fameuse &eacute;glise de Sainte-Gudule que je connais pour en avoir vu des gravures. Cette rue, je n'ai nullement le sentiment de l'avoir jamais parcourue, dans quelque ville que ce soit. Si ma m&eacute;moire peut garder,&agrave; l'insu m&ecirc;me de mon esprit, des impressions si minutieuses, le fait m&eacute;rite d'&ecirc;tre constat&eacute;; il y aura l&agrave; tr&egrave;s certainement le sujet d'une v&eacute;rification curieuse. L'essentiel est d'op&eacute;rer sur des donn&eacute;es bien positives, et par cons&eacute;quent de bien observer&quot;. Aussit&ocirc;t je me mis &agrave; examiner l'une des boutiques avec une attention extr&ecirc;me, de telle sorte que, si je venais un jour &agrave; la reconna&icirc;tre, le moindre doute ne p&ucirc;t me rester. Ce fut cette d'un bonnetier, devant laquelle je me figurais &ecirc;tre, qui devint le point de mire des yeux de mon esprit ouverts sur ce monde imaginaire. J'y remarquai d'abord, pour enseigne, deux bras crois&eacute;s, l'un rouge et l'autre blanc, faisant saillie sur la rue, et surmont&eacute;s en guise de couronne d'un &eacute;norme bonnet de coton ray&eacute;. Je lus plusieurs fois le nom du marchand afin de le bien retenir; je remarquai le num&eacute;ro de la maison, ainsi que la forme ogivale d'une petite porte, orn&eacute;e &agrave; son sommet d'un chiffre enlac&eacute;. Puis je secouait le sommeil par ce violent effort de volont&eacute; qu'on peut toujours faire quand on a le sentiment d'&ecirc;tre endormi, et, sans laisser le temps de s'effacer &agrave; ces impressions si vives, je me h&acirc;tai d'en consigner et d'en dessiner tous les d&eacute;tails avec un grand soin. Quelques mois plus tard, je devais avoir l'occasion de visiter Bruxelles, et je n'&eacute;pargnerais aucune peine pour &eacute;claircir un fait qui, de prime abord, sans que je m'en pusse d&eacute;fendre, m'inspirait les plus fantastiques suppositions. J'attendis l'&eacute;poque o&ugrave; ma famille devait se rendre en Belgique avec une indicible impatience. Elle arriva. Je courus &agrave; l'&eacute;glise de Sainte-Gudule, qui me parut une vieille connaissance; mais, quand je cherchai la rue des enseignes multiformes et de la boutique r&ecirc;v&eacute;e, je ne vis rien, absolument rein qui s'en rapproch&acirc;t. En vain je parcourus m&eacute;thodiquement tous les quartiers marchands de cette ville coquette; il fallut reconna&icirc;tre l'inutilit&eacute; de mes recherches et me r&eacute;signer &agrave; y renoncer. A dire vrai, j'aurais &eacute;t&eacute; plus effray&eacute; qu'enchant&eacute; d'une r&eacute;ussite inesp&eacute;r&eacute;e, qui m'e&ucirc;t jet&eacute; n&eacute;cessairement dans les r&eacute;gions de la fantaisie et du merveilleux. Je savais d&eacute;sormais que je n'avais &agrave; faire qu'&agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne psychologique probablement explicable; et, sans pr&eacute;voir s'il me serait jamais donn&eacute; d'en saisir l'explication pr&eacute;cise, je reprenais avec plus de calme l'analyse consciencieuse des ph&eacute;nom&egrave;nes accessibles &agrave; l'investigation humaine. Plusieurs ann&eacute;es s'&eacute;coul&egrave;rent. J'avais presque oubli&eacute; cet &eacute;pisode de mes pr&eacute;occupations d'adolescent, lorsque je fus appel&eacute; &agrave; parcourir diverses parties de l'Allemagne, o&ugrave; j'&eacute;tais all&eacute; d&eacute;j&agrave; durant mes plus jeunes ans. Je me trouvais donc &agrave; Francfort, fumant tranquillement une cigarette apr&egrave;s mon d&eacute;jeuner, marchant devant moi sans m'&ecirc;tre trac&eacute; aucun itin&eacute;raire. J'entrai dans la rue Judengasse, et tout un ensemble d'ind&eacute;finissables r&eacute;miniscences commen&ccedil;a vaguement &agrave; s'emparer de mon esprit. Je m'effor&ccedil;ais de d&eacute;couvrir la cause de cette impression singuli&egrave;re; tout &agrave; coup je me rappelai le but de mes inutiles promenades travers Bruxelles. Sainte-Gudule assur&eacute;ment ne se montrait plus en perspective; mais c'&eacute;tait bien les m&ecirc;mes enseignes capricieuses, le m&ecirc;me public, le m&ecirc;me mouvement qui m'avaient jadis si vivement frapp&eacute; pendant mon sommeil. Une maison, je l'ai dit, avait &eacute;t&eacute; surtout de ma part l'objet d'un examen minutieux. Son aspect et son num&eacute;ro s'&eacute;taient fortement grav&eacute;s dans ma m&eacute;moire. Je courus donc &agrave; sa recherche, non sans une &eacute;motion v&eacute;ritable. Allais-je rencontrer une d&eacute;ception nouvelle, ou bien au contraire saisir le dernier mot de l'un des probl&egrave;mes les plus int&eacute;ressants que je me fusse pos&eacute; ? Qu'on juge de mon &eacute;tonnement, et tout &agrave; la fois de ma joie, quand je me vis en face d'une maison si exactement pareille &agrave; celle de mon ancien r&ecirc;ve, qu'il me semblait presque avoir fait un retour de six ans en arri&egrave;re et ne m'&ecirc;tre point encore &eacute;veill&eacute;. A Paris...J'avais la satisfaction de voir confirm&eacute;e l'opinion que depuis si longtemps je m'&eacute;tais faite, et de la formation des clich&eacute;s-souvenirs, &agrave; l'insu m&ecirc;me de celui qui les recueille, et de la nettet&eacute; des images que ces clich&eacute;s peuvent reproduire, en songe, devant les yeux de notre esprit. Evidemment, j'avais parcouru d&eacute;j&agrave; cette rue la premi&egrave;re fois que j'&eacute;tais all&eacute; &agrave; Francfort, c'est-&agrave;-dire trois ou quatre ans avant l'&eacute;poque de mon r&ecirc;ve, et, sans que je m'en doutasse, sans que je puisse expliquer de quelles dispositions particuli&egrave;re cela d&eacute;pend&icirc;t, tous lesobjet expos&eacute;s &agrave; ma vue se photographi&egrave;rent instantan&eacute;ment dans ma m&eacute;moire avec une admirable pr&eacute;cision&quot;.<br> 		<br> 		Dans un autre r&ecirc;ve cependant, l'impression d'avoir voyag&eacute; en dehors de son corps ne lui procurait aucun &eacute;l&eacute;ment qui aurait &eacute;t&eacute; susceptibles de lui fournir mati&egrave;re &agrave; des v&eacute;rifications.<br> 		<br> 		&quot;Cette nuit, j'ai r&ecirc;v&eacute; que mon &acirc;me &eacute;tait sortie de mon corps, et que je parcourais d'immenses espaces avec la rapidit&eacute; de la pens&eacute;e. Je me transportais d'abord au milieu d'une peuplade sauvage. J'assistais &agrave; un combat f&eacute;roce, sans courir aucun danger puisque j'&eacute;tais &agrave; la fois invisible et invuln&eacute;rable Je dirigeais de temps en temps mes regards vers moi-m&ecirc;me, c'est &agrave; dire vers la place o&ugrave; mon corps e&ucirc;t &eacute;t&eacute; si j'en avais eu un, et je m'assurais bien que je n'en avais plus. L'id&eacute;e me vint de visiter la Lune, et je m'y trouvai tout aussit&ocirc;t. Je vis alors un sol volcanique, des crat&egrave;res &eacute;teints et d'autres particularit&eacute;s, reproduction &eacute;vidente de lectures que j'ai faites ou de gravures que j'ai vues, singuli&egrave;rement amplifi&eacute;es et vivifi&eacute;es toutefois par mon imagination. Je sentais bien que je r&ecirc;vais, mais je n'&eacute;tais point convaincu que ce r&ecirc;ve f&ucirc;t absolument faux. L'admirable pr&eacute;cision que tout ce que je contemplais m'inspirait la pens&eacute;e que peut-&ecirc;tre mon &acirc;me avait momentan&eacute;ment quitt&eacute; sa prison terrestre, ce qui ne serait pas plus merveilleux que tant d'autres myst&egrave;res de la cr&eacute;ation. Quelques opinions d'anciens auteurs sur ce sujet me revinrent en m&eacute;moire, et ensuite ce passage de Cic&eacute;ron : &quot;Si quelqu'un &eacute;tait mont&eacute; au ciel et que l&agrave; il ait vu de tout pr&egrave;s le Soleil, la Lune et les astres, cela ne lui serait cependant point agr&eacute;able s'il n'avait personne qui le racont&acirc;t&quot;. Je souhaitai imm&eacute;diatement de revenir sur la terre; je me retrouvais dans ma chambre. J'eus un moment l'&eacute;trange illusion de regarder mon corps endormi, avant d'en reprendre possession. Bient&ocirc;t je me crus lev&eacute;, la plume &agrave; la main, notant minutieusement tout ce que j'avais vu. je m'&eacute;veillais enfin, et mille d&eacute;tails tout &agrave; l'heure tr&egrave;s nets s'effac&egrave;rent presque instantan&eacute;ment de ma m&eacute;moire.&quot;<br> 		<br> 		On voit ici qu'il &eacute;voque un r&ecirc;ve d'une qualit&eacute; inhabituelle, dans lequel il n'est pas absolument convaincu de se trouver dans un lieu qui ne serait qu'une production de son imagination. Notons qu'il fait l'exp&eacute;rience, &agrave; la fin de ce r&ecirc;ve, d'un faux-r&eacute;veil, c'est &agrave; dire qu'il croit s'&ecirc;tre r&eacute;veill&eacute; alors qu'il est encore en train de dormir et de r&ecirc;ver.<br> 		Parmi les nombreuses exp&eacute;riences et observations int&eacute;ressantes que fit Hervey de Saint-Denys dans sa longue vie de r&ecirc;veur, on ne peut pas s'emp&ecirc;cher de citer celles qu'il fit concernant l'incorporation des stimulations sensorielles dans le cours des r&ecirc;ves. Concernant l'incorporation des sons de l'environnement du r&ecirc;veur dans le r&ecirc;ve il raconte :<br> 		<br> 		&quot; Un intime ami, avec lequel j'ai fait un assez long voyage et qui s'int&eacute;ressait &agrave; mes recherches, soutenait en homme convaincu que jamais il n'avait de r&ecirc;ve dans son premier sommeil. Plusieurs fois, je l'avais &eacute;veill&eacute; peu de temps apr&egrave;s qu'il s'&eacute;tait endormi et toujours il m'avait assur&eacute; de tr&egrave;s bonne foi qu'il ne pouvait se souvenir d'aucun songe. Un soir qu'il dormait depuis une demi-heure environ, je m'approche de son lit, je prononce &agrave; mi-voix quelques commandements militaires : &quot;Portez arme ! appr&ecirc;tez arme ! etc.&quot;, et je l'&eacute;veille doucement.<br> 		 Eh ! bien, lui dis-je, cette fois encore n'as-tu rien r&ecirc;v&eacute; ?<br> 		- Rien, absolument rien, que je sache.<br> 		- Cherche bien dans ta t&ecirc;te.<br> 		- J'y cherche bien, et je n'y trouve qu'une p&eacute;riode d'an&eacute;antissement tr&egrave;s complet.<br> 		- Es-tu bien s&ucirc;r, demandai-je alors, que tu n'as vu ni soldat... &quot;<br> 		A ce mot de soldat, il m'interrompt comme frapp&eacute; d'une r&eacute;miniscence subite. &quot;C'est vrai ! c'est vrai ! me dit-il, oui, je m'en souviens maintenant; j'ai r&ecirc;v&eacute; que j'assistais &agrave; une revue. Mais comment as-tu devin&eacute; cela ?&quot;<br> 		<br> 		Dans un autre registre, celui de l'odorat, et dans lequel il est lui m&ecirc;me l'exp&eacute;rimentateur, il raconte:<br> 		<br> 		&quot;...J'&eacute;tais &agrave; la veille de me rendre en Vivarais pour y passer une quinzaine de jours &agrave; la campagne, dans la famille d'un de mes amis. J'achetai, avant de partir, chez un parfumeur bien assorti un flacon d'une essence qu'il me vendit comme &eacute;tant sinon l'une des plus agr&eacute;ables, du moins l'une de celles dont le parfum &eacute;tait le mieux d&eacute;termin&eacute;. J'eus bien soin de ne pas d&eacute;boucher ce flacon avant d'&ecirc;tre arriv&eacute; dans le lieu o&ugrave; je devais s&eacute;journer quelques semaines; mais, tout le temps de ce s&eacute;jour, je fis constamment usage de son contenu dont mon mouchoir de poche ne cessa d'&ecirc;tre impr&eacute;gn&eacute;, et cela malgr&eacute; les r&eacute;clamations et les plaisanteries que cette recherche ne manquait pas de susciter autour d moi. Le jour du d&eacute;part seulement, le flacon fut herm&eacute;tiquement referm&eacute;; il resta plusieurs mois ensuite au fond d'une armoire, et enfin je le remis &agrave; un domestique qui entrait habituellement de tr&egrave;s bonne heure dans ma chambre, en lui recommandant de r&eacute;pandre sur mon oreiller quelques gouttes du liquide odorif&eacute;rant, un matin qu'il me verrait bien endormi. Je le laissais libre d'ailleurs de prendre son temps tout &agrave; son aise, de peur que l'attente seule de cette exp&eacute;rience ne p&ucirc;t influencer mes r&ecirc;ves en pr&eacute;occupant mon esprit. Huit ou dix jours se passent [on voit encore ici &agrave; l'oeuvre la qualit&eacute; de pers&eacute;v&eacute;rance d'Hervey de Saint-Denys]; mes r&ecirc;ves, &eacute;crits chaque matin, ne trahissent aucune r&eacute;miniscence particuli&egrave;re du Vivarais.(Mon flacon, il est vrai, n'a pas encore &eacute;t&eacute; touch&eacute;). Une nuit arrive enfin o&ugrave; je me crois retourn&eacute; dans le pays que j'avais habit&eacute; l'ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente. Des montagnes parsem&eacute;es de grands ch&acirc;taigniers se dressaient devant moi; une roche de basalte m'apparaissait si nettement d&eacute;coup&eacute;e que j'aurais pu la dessiner dans ses moindres d&eacute;tails...Or je pus reconna&icirc;tre, en m'&eacute;veillant, &agrave; l'odeur qui s'en exhalait encore, que mon oreiller avait &eacute;t&eacute;, ce matin-l&agrave; m&ecirc;me, humect&eacute; durant mon sommeil avec le parfum appropri&eacute; &agrave; l'exp&eacute;rience qui venait de r&eacute;ussir. Ce premier succ&egrave;s m'inspirait, on le comprend, le d&eacute;sir d'aller plus loin dans la m&ecirc;me route. J'emploie d'abord divers autres parfums qui deviennent &agrave; leur tour, pour divers ordres d'id&eacute;es, autant d'instruments de rappel non moins efficaces. Un de mes amis, qui suit de son c&ocirc;t&eacute; mes exp&eacute;riences, m'atteste les m&ecirc;mes r&eacute;sultats acquis. A de tr&egrave;s rares exceptions pr&egrave;s, la r&eacute;ussite est constante. Je m'aper&ccedil;ois seulement que l'impressionnabilit&eacute; s'&eacute;mousse par un trop fr&eacute;quent usage...Je laissai quelque temps reposer mes odeurs, et puis l'id&eacute;e me vint d'exp&eacute;rimenter encore si le m&eacute;lange de deux d'entre elles am&egrave;nerait le m&eacute;lange de deux souvenirs. Quelques gouttes de celle qui me rappelait le Vivarais furent, d'apr&egrave;s mes instructions et pendant mon sommeil, r&eacute;pandues sur mon oreiller. On y versa en m&ecirc;me temps quelques gouttes d'une autre essence, dont j'avais fait souvent impr&eacute;gner mon mouchoir &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; je travaillais dans l'atelier du peinture de M.D...Cet essai, trois fois r&eacute;p&eacute;t&eacute;, donna les r&eacute;sultats que voici : la premi&egrave;re fois, je r&ecirc;vais que j'&eacute;tais dans un pays de montagnes, suivant des yeux le travail d'un artiste qui jetait sur la toile un point de vue des plus pittoresques. Evidemment, il y avait mariage entre les r&eacute;miniscences du Vivarais, d'une part, et, de l'autre, des id&eacute;es de peinture et de compositions artistiques se rattachant &agrave; l'atelier...Quant &agrave; la troisi&egrave;me exp&eacute;rience faite, on jugera par le r&eacute;cit de mon r&ecirc;ve qu'elle ne pouvait me laisser aucun doute sur l'efficacit&eacute; des moyens de rappel psychiques que j'avais employ&eacute;s. Je me crois dans la salle &agrave; manger de l'habitation vivaraise, d&icirc;nant avec la famille de mon h&ocirc;te r&eacute;unie &agrave; la mienne. Tout &agrave; coup, la porte s'ouvre, et l'on annonce M.D..., le peintre qui fut mon ma&icirc;tre. Il arrive en compagnie d'une jeune fille absolument nue, que je reconnais pour l'un des plus beaux mod&egrave;les que nous ayons eus jadis &agrave; l'atelier. M.D...raconte que la voiture dans laquelle ils voyageaient de concert a vers&eacute;, qu'ils viennent demander l'hospitalit&eacute;, etc.; et le r&ecirc;ve se complique d'incidents divers, inutiles &agrave; relater ici o&ugrave; nous n'avons &agrave; constater que le rappel simultan&eacute; de ces deux ordres de souvenirs, ceux du Vivarais et ceux de mon ancien atelier de peinture, devenus solidaires de deux sensations de mon odorat &quot;.<br> 		<br> 		Nombreuses sont encore les observations et les exp&eacute;riences &eacute;tonnantes auxquelles se livra avec beaucoup d'application Hervey de Saint-Denys. Pour finir le survol de son ouvrage, nous aimerions citer deux &eacute;l&eacute;ments pr&eacute;sents dans le chapitre de conclusion. Le premier concerne la question que certains pourraient se poser de savoir pourquoi cultiver l'aptitude &agrave; rester conscientdans ses r&ecirc;ves. A ce sujet il &eacute;crit :<br> 		<br> 		&quot; ...A supposer... que l'exp&eacute;rience confirme pleinement tout ce qui vient d'&ecirc;tre avanc&eacute;, que chacun soit ma&icirc;tre de r&eacute;gler ses r&ecirc;ves et de soumettre pendant la nuit son imagination &agrave; sa volont&eacute;, quelles seront les cons&eacute;quences de cette d&eacute;couverte, et quelle en sera l'utilit&eacute; ? Il me serait permis de r&eacute;pondre &agrave; cela que chacun trouvant utile ce qui l'int&eacute;resse, le seul r&eacute;sultat de pouvoir r&ecirc;ver &agrave; ce que bon lui semble sera jug&eacute; de soi-m&ecirc;me fort utile par quiconque y prendra plaisir. Mais je n'entends pas, je n'ai jamais entendu r&eacute;duire aux proportions d'un simple amusement une m&eacute;thode applicable aux progr&egrave;s de la science, autant qu'aux inspirations de la fantaisie. Je rappellerai donc ici que j'ai insist&eacute; plus d'une fois, en m'adressant aux m&eacute;decins et aux psychologues, sur la part d'int&eacute;r&ecirc;t que cette m&eacute;thode doit leur offrir &quot;.<br> 		<br> 		La conclusion finale d'Hervey de Saint-Denys est quelque peu &eacute;trange dans la mesure o&ugrave; elle rompt quelque peu avec le ton g&eacute;n&eacute;ral - presque scientifique - auquel il nous avait accoutum&eacute; tout au long de son ouvrage.<br> 		Il &eacute;crit :<br> 		<br> 		&quot;Je pr&eacute;f&egrave;re de beaucoup le vieil axiome qui nous dit: La vie est un songe. A ceux pour qui c'est un songe p&eacute;nible, elle laisse du moins l'heureuse pens&eacute;e de se r&eacute;veiller dans la mort&quot;.<br> 		<br> 		Par l'interm&eacute;diaire des quelques passages que nous avons choisi de citer, nous pouvons voir &agrave; l'oeuvre la vivacit&eacute; d'un esprit explorant consciemment sa conscience r&ecirc;vante. Certaines des exp&eacute;riences et des observations que cet auteur nous relate sont d'une valeur pratique certaine pour d'autres explorateurs qui voudrait lui embo&icirc;ter le pas. Cependant on doit &eacute;galement constater que l'assiduit&eacute; avec laquelle il a pratiqu&eacute; le r&ecirc;ve lucide, ne l'a pas amen&eacute;, semble t-il, &agrave; une exp&eacute;rience de la pure conscience ( exp&eacute;rience qui est au coeur du propos de cette th&egrave;se). Il ne fait pas &eacute;tat d'une mutation de la conscience de soi qui serait lib&eacute;ratrice et qui serait la reconnaissance consciente de l'essence de ce que nous sommes par elle-m&ecirc;me (on peut imaginer qu'il ait v&eacute;cu une telle reconnaissance mais qu'il ait choisi, par pudeur ou par prudence, de la taire). Ceci nous am&egrave;ne &agrave; dire tout de suite que l'exp&eacute;rience et la pratique du r&ecirc;ve lucide n'est que l'antichambre de la reconnaissance consciente de ce que nous sommes. De m&ecirc;me que le penseur et le pens&eacute; peuvent se r&eacute;sorber dans l'arri&egrave;re-plan qui les g&eacute;n&egrave;re, de m&ecirc;me le r&ecirc;veur et le r&ecirc;v&eacute; peuvent se r&eacute;sorber &agrave; la source des deux. Cette r&eacute;sorption peut se produire de mani&egrave;re privil&eacute;gi&eacute;e dans l'&eacute;tat de r&ecirc;ve lucide. Avec le t&eacute;moignage d'Hervey de Saint-Denys (et d'autres explorateurs plus proches de nous), on sait que le r&ecirc;ve lucide peut faire l'objet d'un apprentissage et d'une exploration. Cependant, dans cet &eacute;tat de conscience tr&egrave;s particulier et fascinant &agrave; plus d'un titre, si on n'oeuvre pas &agrave; trouver de mani&egrave;re vivante la r&eacute;ponse &agrave; la question &quot;QUI r&ecirc;ve ?&quot; en faisant, par exemple, consciemment refluer son attention vers la source de son attention, on passe &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la possibilit&eacute; la plus sublime que nous offre le r&ecirc;ve lucide : l'&eacute;veil &agrave; la pure conscience de nous-m&ecirc;mes dans laquelle se r&eacute;sorbe toutes les contradictions, toutes les dualit&eacute;s, tous les conditionnements.<br> 		En d'autres termes, il y a une dimension qui est absente, &agrave; notre avis, dans l'oeuvre d'Hervey de Saint-Denys, et c'est celle de l'&eacute;veil &agrave; la pure conscience de soi qui peut &ecirc;tre amen&eacute; par la pratique du r&ecirc;ve lucide. Mais avant de revenir plus en d&eacute;tail sur le lien qui existe entre le r&ecirc;ve lucide et l'&eacute;closion d'une ips&eacute;it&eacute; pure lib&eacute;ratrice, il nous faut examiner, ne serait-ce que bri&egrave;vement, les d&eacute;veloppements contemporains les plus r&eacute;cents sur le r&ecirc;ve lucide; ceux amen&eacute;s par l'&eacute;tude scientifique du sommeil et des r&ecirc;ves.<br> 		<br> 		<a href="theseaq.html">Revenir au sommaire</a></font> 	</body>  </html> 
