<HTML> <HEAD> <TITLE>KALON 7</TITLE> </HEAD> <BODY BACKGROUND="k07fond.jpg" BGPROPERTIES=FIXED BGCOLOR="#ffffff" TEXT="#000000" LINK="#0000b0" VLINK="#0505b0" ALINK="#ff0000"> <CENTER> <TABLE BORDER="0"Width=100%> <TR> <TD><A HREF="mailto:aspexpl@noos.fr?subject=Kalon"><IMG SRC="ecraut.gif" Height=64 Width=64 border=0></A></TD> <TD><CENTER><A HREF="kalonbrw.htm"><IMG SRC="avkalon.gif" Height=64 Width=256 border=0></A></CENTER></TD> <TD><A HREF="sous.htm"><IMG SRC="pageaut.gif" ALIGN="Right" Height=64 Width=64 border=0></A></TD> </TR> </TABLE> <BR><BR><BR> <FONT SIZE="3" FACE="Verdana"><FONT COLOR=#0000ff><B>A</B></FONT>sp <FONT COLOR=#0000ff><B>E</B></FONT>xplorer prsente</FONT></CENTER><BR><BR> <TABLE BORDER=0> <TR> <TD WIDTH="40%" ALIGN="center"><FONT SIZE="5" FACE="Verdana, Arial">KALON VII<FONT SIZE="3"></FONT> </FONT></TD> <TD WIDTH="60%">  <FONT SIZE="1" FACE="Verdana"> <DIV align="justify">Non sans soulagement, voici que nos hros quittent les rudes terres mridionales pour les ruelles si vivantes de la grande mtropole, Sembaris. Ils gotent un temps un repos bien mrit, mais le got de l'aventure est si fort ancr dans leur coeur qu'ils s'en vont bientt reprendre leurs turpitudes, non sans avoir auparavant renforc leurs rangs d'un nouveau compagnon.</DIV> </FONT> </TD> </TR> </TABLE> <BR><BR><CENTER> <FONT FACE="Verdana"> la fabuleuse<BR> <P> PAGE DE GARDe<BR> <P> de<BR> <FONT SIZE="7"> <U><FONT FACE="Desdemona,Comic Sans MS">KALON ET LES MYSTERES DE SEMBARIS</FONT></U> </FONT><BR><BR> ou<BR><BR> <FONT SIZE="+1">La vengeance du conjurateur<BR></FONT></CENTER><BR><BR> <FONT FACE="Arial Black" SIZE=2><DIV ALIGN="justify">  <B><U><FONT SIZE="+1">I ) O est prsente la puissante et merveilleuse cit de Sembaris, perle de la Kaltienne, lieu de mille mystres tourdissants, et prsentement rsidence de nos hros, lesquels font preuve d'initiative pour dvelopper l'emploi dans la rgion.<BR></FONT></U></B> <P> Au cours des histoires que je vous ai racontes, vous avez pu vous rendre compte que l'rudition n'tait point - hlas - chose courante dans le monde de Kalon. Prenons l'exemple de la gographie, il n'est pas rare de trouver dans les campagnes des paysans ignorant mme de quel royaume ils sont les sujets, la plupart des citadins sont incapables de citer plus de deux pays trangers, et notre ami Kalon lui-mme, quoiqu'ayant pas mal bourlingu dans son jeune temps, ignorait jusqu' l'existence du puissant Empire de Pthath avant de faire la connaissance de Sook et Melgo, tous deux originaires de cette contre. Cependant il existait un nom, un nom magique qui dans toutes les contres d'occident faisait se retourner les ttes, s'clairer les pupilles, battre les coeurs des jeunes gens de tous les peuples, depuis les tribus masques de Blov jusqu'aux Themtis des jungles de Belen, des Mandrites des monts Dyko jusqu'aux guerriers invertis des cits bardites. Et en toutes les langues on prononait ce nom avec ferveur et excitation.<BR> Sembaris.<BR> Pardon, je la refais :<BR> <CENTER><FONT SIZE="7" COLOR="Blue" FACE="Comic Sans MS"><I>Sembaris.</I></FONT></CENTER><BR> Ce n'tait pas la plus grande ville du monde connu, Thebin lui avait ravi ce titre, ce n'tait certainement pas la plus belle, peut-tre tait-ce la plus vieille, sans doute tait-ce la plus mythique. Et pourtant nul prophte ne s'y tait fait clouer, ni ne s'y tait livr  l'quitation arienne, et le dernier illumin qui avait tent d'en faire un lieu de plerinage avait connu un trpas lent et douloureux dans l'arne. Jamais au cours des millnaires Sembaris n'avait t une ville sainte, et de l'avis gnral, jamais elle ne le serait. Ce en quoi l'avis gnral se trompait, mais l n'est point le propos de cette histoire. Non, la renomme de Sembaris tait d'une toute autre origine. C'tait le centre du monde occidental. Gographiquement d'abord, elle tait btie sur l'le enchanteresse de Khrn, en plein centre de la mer Kaltienne. Les vaisseaux marchands de toutes les nations connues, et de quelques autres plus mystrieuses, venaient librement y changer des marchandises de toutes natures et en repartaient sans entrave. Tout convergeait  Sembaris, les biens, les trsors, les ides, et bien sr les hommes. Et beaucoup de ces hommes taient des bons  rien, des trane-savates avides de gloire, des tueurs de monstres, des pilleurs de tombes, des chercheurs de trsors, des rats des souterrains, des explorateurs de ruines, des profanateurs de sanctuaires, des rdeurs nocturnes, des gentilshommes de fortune, des pourfendeurs de dragons, des vendeurs de mres, des trafiquants louches, des voyageurs maudits, des vtrans couverts de cicatrices, des buveurs paillards, des porteurs d'pes magiques, des violeurs de nonnes, des dtrousseurs de cadavres, des chasseurs de spectres, des arpenteurs de contres dsertiques...<BR> En un mot, des aventuriers.<BR> L'honorable profession d'aventurier obissait  des rgles fort strictes et anciennes, il convenait pour tous les "libres compagnons" de s'inscrire  la Confrrie du Basilic, situe dans un grand et fort vnrable dans la partie sud de la ville, et de verser une obole d'une "nave", la pice d'or locale, tous les mois, pour avoir accs  toutes sortes de services, notamment la vaste bibliothque spcialise qui passait la plus complte du monde dans le domaine de la description des monstres et des piges, ainsi que des lgendes hroques et des trsors perdus et toutes ces choses qui intressent au plus haut point tout aventurier prvoyant. Il y avait surtout la Taverne de l'Anguille Creve, un des meilleurs dbits de boissons que l'on puisse trouver. La grande salle, de forme biscornue, au sol jonch de piliers, de marches bancales et de plans inclins, tait surplombe par deux tages de larges balcons en bois, le tout pouvant accueillir sans problme un millier de convives simultanment. Elle comptait pas moins de deux scnes de thtre, cinq comptoirs, huit jeux de flchettes, et les soirs d'affluence, on pouvait y voir exercer pas moins d'une quinzaine de mnestrels officiellement chargs de relayer dans les moindres recoins la musique de l'orchestre, mais qui en fait jouaient chacun sa mlodie, emplissant l'tablissement d'une joyeuse cacophonie. La dcoration s'tait accumule sur les murs au cours des sicles, comme la mousse sur le chne, et chaque poutre, candlabre ou balustrade s'ornait de restes naturaliss de mille et mille cratures fabuleuses et mythiques que l'on trouve dans les rgions recules ou les mines abandonnes, avec en dessous de petites plaques de cuivre indiquant qu'il s'agissait d'un oeil de rat gant, d'une patte de licorne, d'une main de liche, d'une corne de minotaure, ou de toute autre relique improbable, pour la plupart offertes par des compagnons incapables de payer leur cot mensuel ou leur ardoise  la taverne. Dans les tages se trouvaient aussi de grandes quantits de chambres, pour toutes les fortunes, auxquelles taient rattaches toutes sortes de services tarifs, si vous voyez ce que je veux dire. La grande salle s'ouvrait aussi sur une multitude de salons privs,  l'abri des oreilles indiscrtes, dont les portes taient rputes dans toutes les guildes de voleurs pour possder la plus complte collection de serrures tarabiscotes du monde occidental<A HREF="#renvois"><SUP>(1)</SUP></A>.<BR> Ce soir l, l'un de ces salons tait le centre d'une vive animation. Une longue file d'individus htroclites se pressait pour entrer dans la pice exigu o, assis cte  cte derrire une table, trnaient trois autres personnes.<BR> Au centre tait un colosse  la mine farouche, ses bras cercls de fer croiss sur sa poitrine puissante protge d'une cotte de maille vnrablement use, sa longue chevelure noire et raide tombant dans son dos sur son bouclier et sur le fourreau de son pe, appele l'Ecarteleuse. Ses yeux sombres posaient sur chaque arrivant le regard lourd et peu amne des barbares du nord lointain.<BR> A sa gauche, pench sur un parchemin et une plume  la main, se trouvait un homme auquel on eut t bien en peine de trouver un signe particulier, si ce n'est qu'il avait le crne entirement ras et qu'il portait une curieuse robe de crmonie, d'une toffe plus fine que la soie la plus lgre, noire et jaune, sans motifs particuliers. Son teint basan et son air mystrieux le faisait passer pour quelque dangereux prtre d'une secte indtermine.<BR> Le troisime personnage ressemblait assez  une fille trs jeune, trs maigre et trs rousse,  la chevelure hrisse, ne faisant gure d'effort vestimentaire ou cosmtique pour paratre fminine. Son petit regard enfonc semblait vous contempler l'me par-del le corps mortel, mais c'est surtout parce qu'elle tait fort myope.<BR> En face, fier personnage en armure blanche immacule, portant sous le bras droit son heaume au cimier reprsentant un cygne blanc, sur le gauche un cu  ses armes,  la tour de gueules et aux deux mrelles d'azur sur fond d'hermine, s'tait avanc devant eux. Son visage carr et juvnile encadr de boucles blondes comme les bls affichait plus que l'enthousiasme de la jeunesse : de l'exaltation.<BR> - Nom, prnom et qualit, demanda l'homme au crne ras.<BR> - En vrit, je suis le protecteur des faibles et des opprims, le serviteur de la foi, le dfenseur du bon droit, le vengeur des petites gens, Sainte Persgule arme mon bras de force et gonfle ma poitrine de courage, je suis connu dans tout le Shegann comme le preux Chevalier Vertu, le paladin de Castel Robin. Et si je consens  entrer dans votre compagnie, je veillerais  ne point trop vous bastonner,  vous donner juste rcompense de vos services et ensemble nous pourrons pourfendre l'injustice et l'iniquit dans la pit, la pauvret et la chastet.<BR> Melgo jeta un regard en coin  ses camarades, se retint d'clater de rire, puis lcha :<BR> - On vous crira.<BR> Voici deux mois que nos amis avaient chou  Sembaris, mais dj l'inaction leur pesait et ils s'taient mis d'accord pour accepter la prochaine proposition d'aventure qui leur serait faite. Cependant, ayant remarqu que la plupart des compagnies d'aventuriers comptaient en leurs rangs plthores de membres, ils s'taient dit que le renfort d'un nouveau joyeux compagnon serait une bonne chose. A donc ils avaient, comme le veut la coutume ancestrale, accompli le rituel de recherche de compagnons d'armes, qui se dcomposait en trois points : requrir les services d'un crieur public, graisser la patte  tous les aubergistes de la place et, finalement, apposer sur les murs de la ville l'affiche suivante :<BR> <P> <CENTER><FONT FACE="Times New Roman" SIZE="+1"><I>L'illustre et fort bonne</I><BR> <FONT SIZE="+2"><B>COMPAGNIE DU VAL FLEURI</B></FONT><BR> recrute un nouveau membre<BR> <U>ce merilbon, 3me  jour aprs l'Ineffable Enfouissement</U><BR> ( partir du coucher du soleil)<BR>  l'<B>Anguille Creve</B>.<BR> <P> TOUTES LES CANDIDATURES SERONT CONSIDEREES<BR> Engagez-vous, vous verrez du pays, vous aurez prime, pcule, retraite.<BR> </FONT></CENTER><P> En fait la chose n'tait pas absolument indispensable, pour la bonne et simple raison qu' Sembaris, tous les aventuriers finissaient bien par passer  la Confrrie du Basilic et qu'il suffisait d'y pingler un carton sur un panneau d'affichage rserv  cet usage, dans le hall, pour obtenir le mme effet  moindre cot. mais telle tait la coutume, et comme l'avait fait remarquer Melgo, "faisons  Sembaris comme les Sembarites". Kalon, Sook et Melgo jouissaient d'une certaine rputation depuis la campagne du midi, qui s'tait conclue par une fracassante dfaite des nations Klistiennes, mais o nos amis s'taient illustrs au cours d'une mmorable chasse au dragon et d'un assaut hroque qui avait cot sa tte au Pancrate de Pthath, voici pourquoi ils avaient autant de candidats.<BR> Le suivant dans la queue tait indubitablement une suivante, une grande blonde dcolore aux jambes interminables gaines dans un fourreau de soie bleue, un large dcollet, et sa figure blanche comme la craie ne s'ornait que des lacs bleus de ses yeux, des virgules noires de ses sourcils et du coquillage purpurin de ses lvres veloutes. Elle n'aurait pas t plus claire si le mot "courtisane" avait t tatou sur son front. Elle laissa passer le paladin devant elle en lui lanant un regard lourd de sous-entendus, puis s'avana d'une dmarche tudie<A HREF="#renvois"><SUP>(2)</SUP></A> jusqu' la table au-dessus duquel elle se pencha en posant ses mains dlicates sur le bois imbib de centaines de crus d'hydromel, faisant ressortir ses bountch d'artiste faon.<BR> - Nhngh? Demanda Melgo.<BR> Sook dut prendre le relais.<BR> - Nom, prnom et qualit?<BR> Elle murmura :<BR> - Selyisha, je suis la princesse d'une contre lointaine et j'ai t enleve par d'ignobles trafiquants pour servir de jouet aux lubriques seigneurs de Valthaar, puis je fus vendue ...<BR> - Et quel genre de services proposez-vous? Demanda Melgo, qui avait ou mille fois ce genre de choses.<BR> - J'ai appris,  mon corps dfendant vous le noterez,  manier le fouet ainsi que les poisons les plus subtils. Bien sr, je suis matresse dans l'art de dtourner l'attention d'un homme. Je puis aussi tre de joyeuse compagnie, je sais la musique, et j'adore m'occuper des enfants, comme ce jeune garon.<BR> Elle bouriffa affectueusement la chevelure de Sook, dont le regard aurait pu congeler un lmentaire de feu.<BR> - Suivant! Grommela-t-elle sans desserrer les dents.<BR> C'tait un homme de haute stature, cachant sa maigreur sous un costume chamarr dgoulinant de rubans, portant une rapire  la garde aussi spectaculaire que peu pratique, son visage tait presque aussi maquill que celui de la courtisane, probablement pour cacher qu'il n'tait pas de premire jeunesse. Il tonitrua d'une voix fort bien place, quoique sonnant faux, en agitant les bras de manire  occuper un volume maximal :<BR> - Quo, on se me faire attendre, mo, Auguste Villeroy de Grandcoeur, qui fus Karlak le rebelle devant les princes de Malachie, quel indigne traitement!<BR> Il se drapa dans sa cape rapice.<BR> - Nom, prnom et qualit, monsieur, lui demanda Melgo.<BR> - Auguste Villeroy de Grandcoeur, monsieur. Je suis Comdien<A HREF="#renvois"><SUP>(3)</SUP></A> monsieur.<BR> - Et quelles qualifications avez-vous pour ce poste, vous avez dj tu des monstres?<BR> - Certes, monsieur, j'ai jou cinquante soirs d'affile "La Chanson de Ghorkan le Banni" au Roman de Segmilla, et j'interprtais aussi le rle de Falourzan, le flau des vers, en divers ports de la mer Kaltienne.<BR> - Mais, vous n'avez jamais VRAIMENT tu de monstre?<BR> L'homme eut l'air dcontenanc, puis regardant autour de lui, voyant les mines des autres candidats et ralisant en quel endroit il se trouvait, il eut un doute.<BR> - Vous... vous n'tes pas une compagnie thtrale?<BR> - Non. SuivantNomPrnomQualit.<BR> - C'est quoi, khemdien? S'enquit Kalon.<BR> - Tu vois les tantouzes peinturlures qui crient des neries incomprhensibles sur les marchs? C'est a des comdiens, expliqua la sorcire sombre. Une varit de mendiants.<BR> - Ah. Idiots. Y beuglent comme des putois, y vendent rien, et pourtant les gens payent. Jamais compris.<BR> Sook allait se lancer dans une explication image des subtilits de l'art dramatique quand le suivant s'avana.<BR> - Vingt dieux, c't'affaire, je soyons Bralic. Bralic eu'l destructeur.<BR> C'tait un homme jeune, trs maigre, contrefait, fort sale et aux dents pourries, revtu de hardes crottes. Son arme tait une fourche tordue dont on avait htivement grav le manche au couteau de ce qui pouvait passer, aux yeux d'ignorants, pour des runes mystiques. Melgo, avec une conscience remarquable, reprit.<BR> - Dj tu des monstres?<BR> - Oui-d, not'matre, j'avions souvent vu l'pre saigner l'cochon, et une fois, j'avions fait battue pour les goupils, j'en avions presque estourbi un.<BR> - Parfait, on vous crira.<BR> - C'est que, j'savions point lire...<BR> - Ca fera pas grande diffrence. Suivant!<BR> Le suivant tait un personnage norme, d'ge dj avanc, que nos amis avaient dj remarqu plusieurs fois  l'Anguille Creve. Son jabot et sa barbe semblaient se fondre en une seule et mme masse dont la cohrence tait assure par le reliquat graisseux de plusieurs hectolitres de breuvages divers. On l'appelait Balgraff le vantard et de mmoire d'homme, on ne l'avait jamais vu  jeun. Il tenta trois fois de suite de franchir la porte, sans succs. Melgo poussa un soupir de lassitude.<BR> - H'uivant.<BR> Ainsi durant cette mmorable soire dfila devant nos hros consterns le plus pitoyable chantillon d'humanit que l'on vit jamais faire la queue. Du spadassin sans scrupules jaugeant la Compagnie au prix qu'un boucher indlicat donnerait pour leur viande, jusqu'au moine guerrier au regard fou press d'en dcoudre avec les infidles, en passant par le jeune romantique brlant d'occire, contre toute probabilit, dragons et sorciers  la pointe de ce qu'il considrait comme une pe, ils ne rencontrrent rien qui puisse passer pour un compagnon auquel ils pourraient en confiance remettre leur scurit.<BR> Bien aprs minuit, bredouilles et las, ils allrent se coucher.<BR> <P> <B><U><FONT SIZE="+1">II ) O apparat une frle jeune fille en dtresse.<BR></FONT></U></B> <P> En plus il pleuvait.<BR> Ils avaient fait l'acquisition d'une petite maison dans un quartier bourgeois et paisible pas trop loign du port, mais  deux lieues de la Confrrie, ce qui fait qu'ils n'taient pas rendus. Bref ils taient d'assez mauvaise humeur. La ville tait maussade ce soir l, catins, coupe-jarrets et trafiquants de tout poil avaient prfr rentrer chez eux tant le chaland se faisait rare, pour tout dire inexistant, et les bruits de la nuit taient ceux des gouttires dversant leur contenu dans la rue, et des chiens errants. Mais un peu avant qu'ils n'arrivent  la place du Cirque, ils aperurent  la pauvre lueur d'une lanterne une minuscule silhouette s'engouffrer  toute vitesse dans une troite venelle, suivie par cinq hommes eux aussi fort vloces. Nos amis, attirs par la perspective d'un spectacle intressant, pressrent le pas pour arriver  hauteur de la ruelle et lurent la plaque maille et bicentenaire indiquant "Impasse (et cour) des Glaviots". Depuis l'obscurit manaient maintenant des plaintes et des suppliques, provenant d'une gorge fminine. Des haltements et des jurons salaces lui rpondirent. Kalon, dont les veines battaient du sang de mille gnrations de barbares sauveurs de jeunes filles en dtresse, porta la main  son Ecarteleuse et fit,  l'adresse de ses amis :<BR> - Ils vont la violer, il faut y aller.<BR> - Oh, je pense qu'ils se dbrouilleront trs bien sans nous, ils ont l'air de savoir s'y prendre, rpliqua Melgo, qui tait fatigu.<BR> - Et pis moi, j'ai pas ce qu'il faut, observa Sook, qui tait de sexe fminin<A HREF="#renvois"><SUP>(4)</SUP></A>.<BR> - Pour la sauver, prcisa l'Hborien.<BR> C'est  ce moment de la discussion qu'il reut de plein fouet quelque chose de gros, lourd, mou et malodorant dans la tte. C'tait apparemment l'un des malandrins, qui venait d'opter pour la condition de dfunt. Un de ses collgues fut projet dans l'axe de l'impasse et traversa toute la "rue Sifflante"  pleine vitesse et  basse altitude avant de s'craser contre le mur d'un changeur d'or avec un bruit dgotant qui indiquait sans conteste qu'il appartenait dsormais  l'embranchement des invertbrs. Autre mtamorphose chez la troisime arsouille, dont la tessiture passa de tnor  haute-contre en moins d'une seconde suite  l'ablation de ses organes copulatoires. Les deux autres prirent, eux aussi, de faon bruyante.<BR> Puis il y eut un moment de silence.<BR> - Je sais pas qui a fait a, fit Sook en examinant un des cadavres, mais si on pouvait l'avoir dans notre quipe, a serait sympa.<BR> Les autres opinrent du chef et s'engouffrrent dans la venelle. Ils n'y trouvrent qu'une maigre fille d'une quinzaine d'annes, portant les lambeaux d'une tunique rapice, prostre contre un tonneau d'eau de pluie et levant son regard bleu affol sur les trois personnages qui venaient  elle. Elle poussait de temps en temps un petit gmissement terrifi, et ne prtait pas d'attention aux corps hideusement dforms jonchant le sol autour d'elle. Melgo se pencha sur la pauvrette, un sourire misricordieux sur ses lvres, et lui parla de sa voix la plus douce, un instrument de qualit professionnelle qu'il n'utilisait gnralement que pour soustraire quelques fonds  des marchands crdules.<BR> - Comment t'appelles-tu petite fille?<BR> Elle resta coite, mais s'apaisa un peu.<BR> - Tu as vu qui a fait a? O est-il parti?<BR> Sans mot dire, elle se jeta dans les bras de Melgo et se cramponna  lui. Par rflexe, il caressa affectueusement sa chevelure sale et mouille, noire avec une mche blanche.<BR> - Viens, on va discuter de tout a au chaud.<BR> Et ils repartirent vers le nord, le voleur rconfortant la jeune souillon. Ils dpassrent le Cirque, gigantesque silhouette noire et silencieuse, traversrent le pont de Markath, le seul franchissant le fleuve Blenis, exceptionnellement dsert, et peu aprs, obliqurent vers l'ouest dans le ddale de ruelles jusqu' leur demeure, haute et troite, qu'ils avaient choisie pour sa discrtion et pour son accs facile au rseau des gouts. Elle eut un mouvement de recul avant d'entrer, mais le sourire de Melgo fit encore une fois des merveilles. Sook entra la premire et, d'un curieux mouvement des doigts, donna cong au gardien invisible, serviteur magique des plans d'ombres qu'elle avait invoque pour assurer la scurit du logis. Ils montrent  l'tage et s'installrent dans le salon, o Kalon fit un grand feu, au dessus duquel il plaa le chaudron contenant la soupe. Au regard de la jeune fille, ils comprirent qu'elle tait affame. L'Hborien dposa devant la gamine une miche de pain blanc, une cuiller, et dans la dpression circulaire creuse  mme la table de chne, place en face d'elle, il dversa trois bonnes louches de soupe chaude. Comme elle interrogeait ses htes du regard, il fallut l'inviter du geste pour qu'elle se dcide. Elle n'avait pas d manger  sa faim depuis longtemps car elle dvora des quantits de nourriture suprieures  ce que son estomac semblait pouvoir contenir, tout en jetant aux aventuriers des regards par en dessous, et au bout d'un bon moment, elle finit par tre repue. Melgo prit alors une mine svre pour l'interroger.<BR> - Et maintenant, comment t'appelles-tu, jeune fille?<BR> Elle leva ses grands yeux tristes et, aprs un instant, rpondit d'une voix douce :<BR> - Chloripadare. Chlo.<BR> - Alors Chlo, raconte-moi ce qui s'est pass dans cette ruelle.<BR> Elle piqua du nez sur ses cuisses, et raconta avec un accent charmant.<BR> - Mon matre m'avait envoye acheter chez l'aubergiste une bouteille de vin, mais avant que j'arrive, ces hommes m'ont attrape. J'ai pu leur chapper mais dans ma fuite, j'ai perdu l'argent de mon matre. Ils se sont arrts un instant pour le ramasser, mais ils m'ont rattrape dans cette impasse. Alors ils se sont rapprochs de moi, un d'eux m'a touche.<BR> Silence.<BR> - Et aprs?<BR> - Ils sont morts.<BR> - D'accord, mais qui les a tus? Tu l'as vu?<BR> Elle clata inexplicablement en larmes en serrant les poings.<BR> - Je suis un monstre, sanglota-t-elle avec obstination.<BR> - Maisnonmaisnonmaisnon, tu n'es pas un monstre. Alors, qui les a occis de si efficace faon?<BR> - Moi, murmura-t-elle.<BR> Silence derechef.<BR> - Tu... oui bien sr. Et comment as-tu fait?<BR> - C'est une longue histoire.<BR> - Vas-y, on t'coute. Eh Sooky, c'est ici que a se passe!<BR> - Humm, fit la sorcire en mergeant du demi-sommeil dans lequel la fatigue l'avait fait plonger.<BR> - Et bien voil. Je suis ne  Telisradam.<BR> Elle s'arrta, comme si ce nom devait imposer le respect.<BR> - Et c'est o, a? Demanda Melgo.<BR> - Par del la mer et le dsert, fit tristement Chlo. C'est fort loin, j'en ai peur. Ma cit tait en guerre avec sa voisine, la puissante Meorn-Daruz, la cit-sous-le-nuage, et c'est durant une embuscade que je fus capture par les Possds, ceux de Meorn-Daruz. Je suppose que vous n'avez jamais entendu parler de cette cit?<BR> Melgo et Kalon se consultrent du regard, Sook consulta la table en posant son oreille dessus et en fermant les yeux. Ils n'avaient jamais entendu parler d'une ville portant ce nom. Chlo continua.<BR> - J'tais encore enfant lorsque je fus mene en esclavage dans la cit, au service d'un riche patricien, o je ne vcus en fait pas si mal. Il convient que vous sachiez une chose  propos de Meorn-Daruz si vous dsirez comprendre le sort qui fut le mien, cette ville et ses environs sont maudits depuis la nuit des temps. Les habitants subissent tous, ds qu'ils y passent suffisamment de temps, un terrible changement, le Passage, qui profane les corps de faon si dfinitive que mme les plus puissants sorciers ne peuvent ni l'empcher, ni rparer ce qui est fait.<BR> Sook se rveilla un instant quand elle entendit prononcer le mot "sorcier", la qute de puissance mystique avait toujours t sa principale motivation.<BR> - En fonction de la transformation qu'ils subissent, les habitants de Meorn-Daruz se placent sous la protection d'un dieu tutlaire, pour moi ce fut Veddex, le dieu-scarabe, mais comme j'tais esclave, je n'ai pas fait partie de la caste des guerriers, comme les autres scarabes.<BR> - Mais, demanda Sook, quel changement as-tu subi? Je ne remarque rien.<BR> - Ma Marque est discrte car je puis reprendre forme humaine  volont, d'autres n'ont pas eu ma chance, et ne peuvent dissimuler leurs ailes, ou leur couleur, ou tout ce qui peut faire leur malheur.<BR> Elle tait en larmes, Melgo dcida de changer de conversation.<BR> - Et comment es-tu arrive  Sembaris? Ton matre est-il ici?<BR> - Non, il tait marchand, il avait un fils, au service duquel je fus attache. Quand celui-ci prit la tte d'une caravane, je dus l'accompagner  travers les savanes de l'est. Mais nous fmes attaqus par des esclavagistes de Bendouk, qui massacrrent une bonne partie de la caravane. Je fus revendue bien plus au nord, dans le pays de Pthath,  un noble qui dut cependant s'exiler peu aprs. Je traversais donc la mer en sa compagnie et je parvins  Sembaris, o faute de moyens il dut me vendre  un nomm Sangoun, un malamorteux aussi riche qu'avare. Si je rentre sans son argent et avec mon vtement dchir, il va me tuer, c'est certain.<BR> Kalon fit biller le col de la pauvre tunique, regarda le dos de la malheureuse, et y vit ce qu'il cherchait. L'Hborien n'tait pas exactement ce qu'on pouvait appeler un humaniste, mais ayant durant sa jeunesse port les fers dans les mines d'opale de Thendara, il entretenait sur le sujet de l'esclavage des ides assez personnelles. Il tait notamment partisan de brler les yeux des marchands d'esclaves et de leur faire manger les gnitoires de leurs clients. Il fit d'une voix sinistre :<BR> - Demain, j'irai voir ton matre.<BR> - Pour te racheter  lui, intervint prcipitamment Melgo, peut dsireux que son compagnon ne fasse une btise.<BR> - Roonzzzz, poursuivit Sook.<BR> Chlo eut un regard empli de reconnaissance et se jeta aux pieds du colosse:<BR> - Je vous servirai bien, vous verrez, je serai votre servante dvoue.<BR> - On verra a demain, pour l'instant, allons nous coucher.<BR> <P> Le sommeil de Kalon fut bref et agit, si bien qu'il eut un rve. Et dans ce rve il vit un dsert de sable blanc, clatant, sous un ciel rougeoyant, implacable. C'tait le royaume de la mort, des vents et du soleil, implacable, sans eau ni vgtation. Et entre les deux lunes de ce monde hostiles apparut le beau visage d'une femme qui s'adressait  lui d'une voix fantomatique qui n'tait pas exactement synchronise avec ses lvres :<BR> - Parle moi de ton monde natal, Usul...<BR> - Kalon.<BR> - Quoi Kalon?<BR> - Kalon je suis. Pas Usul.<BR> - Vous n'tes pas monsieur Dib, rsidant  Arrakeen?<BR> - Ben non.<BR> Il y eut des bruits affols, comme si on cherchait dans une pile de parchemins, et des voix  demi touffes laissant chapper des mots comme " bordel " ou " pignouf ". Puis au bout d'un long moment, la voix reprit, un peu gne.<BR> - Vous allez rire, on avait un rve prmonitoire pour vous, mais on l'a paum, on n'arrive plus  mettre la main dessus. On vous rappelle la nuit prochaine, sans faute. Encore dsol monsieur... euh... Kalon.<BR> - Pas de mal.<BR> Et le barbare reprit innocemment le cours normal de son cycle de sommeil.<BR> <P> Le cit gouttait de partout et, telle un chien sortant de la rivire, empestait la chose humide et malpropre sous les feux oranges du soleil matinal. Dans la petite salle d'eau situe au sous-sol de la petite maison, une sorcire sombre mal rveille donnait un bain  la jeune esclave, et c'tait pas du luxe.<BR> - Et ben, c'tait pas du luxe, bougonna Sook en frottant vigoureusement Chlo.<BR> - Hlas, la vie servile est parfois salissante. Dis moi, sont-ils de bons matres?<BR> - Qui donc?<BR> - Eh bien le prtre et le gant.<BR> - Aucune ide - elle jeta un oeil aux zbrures sur le dos de la malheureuse - mais je suppose que a peut difficilement tre pire que... comment s'appelle-t-il dj, Argoun?<BR> - Sangoun. Quel triste personnage. Et ils te battent souvent?<BR> Sook faillit draper et tomber elle aussi dans le bassin.<BR> - Ils n'ont jamais essay, et ils ont t sages. Je ne suis pas leur esclave.<BR> - Ah? Excuse moi, je ne savais pas... Tu es une servante libre alors?<BR> - Non.<BR> Elle plongea sous l'eau la tte de la gamine pour lui dcrasser la chevelure, puis la ressortit. Elle tait de mauvaise humeur, d'une part parce qu'elle n'avait pas assez dormi, ensuite parce que cette jeune trangre monopolisait l'attention de ses compagnons, enfin elle n'aimait pas tre range dans la catgorie "domesticit". Mais le plus agaant, c'est qu' mesure que les couches de crasse successives partaient dans l'eau du bain, il apparaissait que Chlo tait plus que mignonne et disposait dj de certains argument qui avaient toujours fait cruellement dfaut  Sook. En tout cas sa capacit pulmonaire devait avoir des limites, car elle mergea dans une grande claboussure, ce qui permit  la sorcire de contempler, d'un regard noir et envieux, les globes fermes et lactifres de l'esclave.<BR> - Qu'est-ce qui t'a fait croire que j'tais une esclave?<BR> - Et bien tes vtements, et puis tu as le mme ge que moi...<BR> - Je pourrais tre ta mre, jeune fille, et je suis la plus ge des trois. Nous sommes une compagnie d'aventuriers, et je suis la sorcire du groupe.<BR> Chlo la dvisagea, bouche be et les yeux ronds, puis sourit.<BR> - Ah je comprends, tu plaisantes n'est-ce pas. Non?<BR> Cependant, Sook n'avait pas une mine  plaisanter.<BR> - Et puis mes vtements sont trs bien.<BR> Sook tait vtue d'une chemise grise trop grande<A HREF="#renvois"><SUP>(5)</SUP></A> qui pendait mollement sur ses paules, d'un pantalon bouffant marron retenu par une cordelette et de vilaines sandales  deux sous. Lorsqu'on l'interrogeait sur ses habitudes vestimentaires, elle rpondait gnralement qu'elle s'en foutait et que c'tait pas vos affaires, mais condescendait parfois  explique que les sorciers mdiocres, pour en imposer  la population et donner un certain lustre  leurs pitoyables conjurations, s'encombraient invariablement de lourdes robes de velours ornes de broderies  l'or ou  l'argent, de colifichets emplums, de machin-choses runiques et autres amulettes clinquantes, et qu'une ncromancienne de sa classe n'avait que faire de toutes ces fadaises. Ce n'tait pas faux, bien sr, mais ce n'tait pas non plus la vritable raison. Quand  ceux qui pensaient qu'elle s'habillait ainsi pour cacher ses formes inexistantes, ils faisaient eux aussi fausse route. La vraie raison, je la connais, mais je vous la dirais pas.<BR> Cependant, tandis que la sorcire lavait la chevelure noire et blanche  grande eau, elle aperut de part et d'autre de la tte des choses surprenantes.<BR> - Tu es une elfe?<BR> - Bien sr, Telisradam est une trs ancienne cit elfique, perche dans les arbres. C'est gnant?<BR> - Non.<BR> Sook n'avait jamais approch d'elfe d'aussi prs, mais en avait entendu parler, comme tout le monde. On sait que dans le continent Klisto vivaient de multiples races de cratures semi-humaines, telles que leprechauns, gnomes, nains, esprits des bois et autres pieds-poilus. Habituellement, les royaumes humains les ignoraient superbement, englobant indistinctement ces peuples dans les qualificatifs peu flatteurs de "demi-portions" ou "racaille". Seules les nations les plus volues les considraient assez pour engager  leur encontre des gnocides srieux. Cependant, les elfes faisaient exception  la rgle.<BR> Il s'agissait de cratures de taille lgrement infrieure  la moyenne humaine - Chlo devait donc passer pour une grande asperge aux yeux des siens - aux oreilles pointues,  l'esprance de vie lgendaire, connus pour le raffinement de leur civilisation hdoniste, leur amour de la nature, et surtout leur grande connaissance de la magie. Au cours de l'histoire humaine, les rares peuples humains qui s'taient lancs dans la perscution des elfes avaient connu des dconvenues assez spectaculaires, comme par exemple la disparition pure et simple de tous les habitants du royaume. De faon gnrale, on vitait de faire chier les elfes quand on en rencontrait. Ce qui de toute faon devenait de plus en plus rare.<BR> En effet depuis des millnaires, depuis bien avant la chute de l'Empire d'Or, la race ancienne des elfes reculait. Alors que jadis elle avait honor de son nombre la terre qui la nourrissait, on ne comptait maintenant plus que quelques cits disperses, si isoles qu'elles n'taient plus dans la mmoire des hommes que mythes  moiti oublis. D'aucuns pensaient que la magie, jadis prospre et courante, s'enfuyait du monde  mesure qu'il vieillissait, et que les elfes, cratures de magie, en subissaient les consquences. D'autres tenaient pour sr qu'ils se retiraient du monde, las de la folie des hommes, partant pour quelque retraite mystrieuse parmi les toiles.<BR> Cependant l'honntet me force  rvler la vritable raison de ce dclin, qui est leur malheureux penchant... comment dire... pour la pratique bardite, si vous voyez ce que je veux dire.<BR> Non?<BR> Disons qu'en bien des domaines, ils allaient  l'inverse de l'humanit.<BR> C'est pas plus clair?<BR> Bon, d'accord, les elfes sont pd comme des phoques.<BR> <P> Donc, Sook tait fort intresse par l'tude rapproche d'une jeune elfe qui lui apporterait, elle y comptait bien, quelques connaissances utiles pour la pratique de son art. Elle lui prta pour se vtir quelques extraits de sa garde-robe, qui tait assez rduite, puis elles sortirent en ville afin de lui trouver des vtements dcents. Chlo avait entendu parler d'une boutique de confection, dans le quartier, o se fournissait madame Sangoun, au grand dsespoir de son poux, et dont l'enseigne chamarre affichait en lettres rose bonbon "Matre Smaldo, Crateur". La boutique tait vaste et largement ouverte sur la rue par des vitrines dans lesquelles s'affichaient toutes sortes de fanfreluches bigarres et, de l'avis gnral, importables. Le dnomm Smaldo, individu entre deux ge au cheveu rare et au visage allong, s'approcha vivement lorsque les deux femmes entrrent dans son magasin. Ses manires informrent Sook qu'il partageait au moins un point commun avec la race elfique.<BR> - Bonjourquepuisjefairepourvous?<BR> - On veut une robe, fit Sook.<BR> - Certes, mais... vous savez, ma modeste choppe utilise les tissus les plus fins, les ouvrires les plus expertes, nous ne comptons ni la matire ni les heures, et nous avons en ville une rputation d'excellence...<BR> - Tant mieux pour vous, mais vendez-vous des robes?<BR> - En effet, en effet, je souhaitais simplement vous faire comprendre que nos produits ne sont peut-tre pas dans vos moyens...<BR> - Combien?<BR> - Je crois que notre modle le moins cher, la "corolle pourpre", est  dix-sept naves.<BR> - Effectivement, ce n'est pas le genre de somme que j'ai l'habitude de dbourser, rpondit Sook, dsireuse de rabattre son caquet  ce commerant. Dans les cinquante, vous avez quoi?<BR> - Buh? Cinquante naves? D'or?<BR> Augustement, la sorcire porta la main  un compartiment de sa sacoche, et en sortit une poigne de pices qu'elle lana avec ddain sur le tapis prcieux qui recouvrait le sol.<BR> - Faites vite, on n'a pas la journe.<BR> - Certes, certes (il claqua dans ses mains pour convier ses ouvrires). Puis-je me permettre de signaler au jeune garon que nous avons aussi des articles pour homme?<BR> Sook serra les mchoires et fit des efforts visibles pour ne pas gorger le marchand avec les dents. Un clair de magie pure fusa en sifflant le long de son bras jusqu' son poing serr, informant son interlocuteur que poursuivre la conversation sur ce terrain serait mal venu. Elle songea ensuite qu'au cours de sa vie, les sommes cumules de ses dpenses vestimentaires ne devaient pas atteindre la moiti du prix de cet unique vtement.<BR> <P> Cependant, Kalon et Melgo taient sortis pour racheter la libert de Chlo  son indigne matre. Sangoun tait connu dans le quartier et ils n'eurent aucune peine  trouver son atelier, un peu au nord du Cirque. Effectivement, les affaires n'allaient pas trop mal pour lui. Il avait la tte de l'emploi, vot, chauve, long cou, crne rond, yeux enfoncs, toujours vtu de sombre, son obsquiosit cachait mal l'clat cruel et cupide de son regard. Dans les profondeurs du vaste btiment mal clair s'chinaient autour d'impressionnantes maquettes de bois dgoulinantes d'or et de couleur une arme d'ouvriers aux mines abattues, sans doute taient-ils mal pays.<BR> Il convient  ce stade que j'expose brivement les coutumes des Khrniens en matire de funrailles. Lorsque meurt le dfunt<A HREF="#renvois"><SUP>(6)</SUP></A>, on l'enterre sans attendre dans un simple linge, dans un trou peu profond creus  mme la terre. Puis la famille commence  runir la somme ncessaire aux funrailles. Pendant ce temps, le malamorteux, une sorte d'organisateur de funrailles, construit les chars, les cercueils, ainsi que les statues  l'effigie des dieux, tout tant en bois dgoulinant de peinture et de dcorations diverses, et obissant  un code rigide selon la caste du client et son rang social. Puis, une fois que tout tait prt, on convoquait les prtres, et on dterrait rituellement le squelette (le cadavre ayant sjourn plusieurs mois dans la terre), que l'on plaait dans le cercueil (en forme d'animal, selon le mtier du sujet), on sacrifiait quelques dizaines de buffles, on faisait ripaille avec tout le village au cours d'un banquet gargantuesque, et enfin on brlait cercueils et statues divines dans un grand brasier. Du faste de la crmonie dpendait le prestige de la famille, de telle sorte qu'on ne regardait pas  la dpense. Assez souvent ils devaient s'endetter sur des annes, voire faire une crmonie groupe pour plusieurs morts. La plupart des trangers trouvaient ces coutumes pittoresques, Melgo quand  lui pensait que laisser ses enfants crever la faim pendant des annes pour faire un bel enterrement  leurs grands parents tait un usage crtin, criminel et pour tout dire bien digne de paysans attards. Melgo tait un citadin et avait toujours considr que ce qui vivait  l'extrieur d'une enceinte fortifie ne mritait pas le label humanit. Sangoun fondit sur eux comme un oiseau de proie, en massant ses mains noueuses.<BR> - Aaaaah, messeigneurs, c'est un bien grand malheur qui frappe votre maison, et croyez que ma compagnie compatit  votre douleur. Qui fut donc frapp par le funeste destin?<BR> Melgo, voleur de mtier et prtre d'occasion, avait donc deux raisons pour savoir reconnatre un hypocrite quand il en voyait un. Celui-l devait s'entraner srieusement.<BR> - Personne, messire Sangoun, personne. Nous venons vous entretenir d'une toute autre affaire.<BR> Le visage de l'homme se ferma comme une hutre recevant une goutte de citron.<BR> - Ah? Dans ce cas, veuillez passer dans mon bureau.<BR> Ils le suivirent dans une petite pice sans fentre ni dcoration, juste une large table bien range, un fauteuil de bois et un coffre massif.<BR> - Soyons brefs, que puis-je pour vous?<BR> - Vous avez je crois une esclave, une dnomme Chlo.<BR> - C'est possible, dit lentement le commerant, qui apparemment jaugeait ses interlocuteurs.<BR> - Nous vous la rachetons.<BR> Il resta coi une dizaine de secondes, impassible.<BR> - Cette petite souillon a quitt ma maison hier au soir, je ne sais pas o elle se trouve.<BR> - Chez nous. Combien en voulez-vous?<BR> Encore un peu de rflexion pour Sangoun.<BR> - J'y suis trs attach vous savez, c'est une enfant charmante...<BR> - Ben tiens. Voici vingt naves.<BR> Melgo posa sur la table la somme en question. Sur le march aux esclaves, un spcimen mle jeune, muscl et en bonne sant se ngociait une quinzaine de naves, grand maximum.<BR> - Je ne suis pas vendeur.<BR> C'tait plutt curieux. Mais Melgo avait encore un atout dans sa manche.<BR> - Voil comment je vois les choses : je vous offre un excellent prix pour quelque chose que je possde dj. Maintenant soit vous prenez ce que je vous donne, soit je laisse mon ami - il dsigna Kalon du menton - poursuivre avec vous cette ngociation. Il est plus expert que moi en certains aspects de l'art rhtorique.<BR> - Ah.<BR> - Voil.<BR> - Evidemment.<BR> Il empocha avidement le petit tas d'or pos devant lui, et chercha dans son coffre un petit parchemin sale qu'il tendit  Melgo. C'tait le titre de proprit.<BR> - J'espre qu'elle vous donnera pleinement satisfaction, monsieur?<BR> - Malig ibn Thebin, archiprtre de M'ranis. Le bonjour monsieur.<BR> - C'est cela, le bonjour.<BR> Et les compres s'en furent, se forant  ne pas se retourner tandis que dans leur dos pesait le lourd regard du fielleux Sangoun.<BR> <P> <B><U><FONT SIZE="+1">III ) O Sook et Melgo se dfoulent.<BR></FONT></U></B> <P> Les filles achetrent donc une jolie "robe de soie festonne de brocards dans des tons crus et bordeaux, garnie de revers ganss et de passementerie fantaisie mise en valeur par un manchon ajour gain de dentelles et de queues d'hermine, une ceinture de velours de Pourstif et de charmants escarpins assortis<A HREF="#renvois"><SUP>(7)</SUP></A>".<BR> - Ca te va bien, concda Sook, qui tait d'humeur elficide.<BR> - Merci, matresse, je me sens belle...<BR> Chlo avait le sens de la litote. Elle virevoltait en riant comme une enfant, ses longs cheveux noirs et blancs luisant dans les rayons du soleil de midi perant les nuages, la nimbant dans une aura irrelle. Les passants qui sur la place du Dragon se pressaient, taient bouche be et se tordaient le cou pour ne pas perdre une seconde d'un spectacle qui, pour beaucoup, serait le plus merveilleux qu'ils contempleraient jamais. La sorcire se souvint d'avoir lu, dans un ouvrage savant, que "les elfes procdent des beauts primordiales et divines dont ils sont les dernires reliques terrestres". Elle avait cru que l'auteur de ces lignes tait sous Lotus Noir lorsqu'il les avait crites, mais elle se rendait maintenant compte qu'il avait fait preuve d'une certaine retenue.<BR> Or donc, il advint qu'en virevoltant, l'elfe heurta un vieux sorcier aigri qui passait par l en coup de vent.<BR> Il tait facile de voir qu'il tait sorcier, il portait une robe noire, un chapeau pointu, une longue barbe blanche, et toutes les sortes de fanfreluches que j'ai dcrites plus haut et que j'ai la flemme de copier-coller. Il tait facile de voir qu'il tait aigri car il rabroua vertement la fille et, d'un geste de la main, l'expdia par terre. Aussitt, un cercle vide se forma dans la foule, centr sur les trois protagonistes.<BR> - Aeuh ! s'exclama l'elfette en s'talant.<BR> - Hors de ma vue, jeune sotte! Tonna le ncromant en levant son bourdon de faon menaante.<BR> - C'est toi qui touche  ma copine? Demanda Sook, peu amne.<BR> Le cercle des badauds s'largit.<BR> - Quoi, tu veux m'empcher de bastonner cette donzelle comme elle le mrite? Sais-tu que je suis Skombarg, conjurateur du troisime cercle, grand initi du Linceul Vermeil, membre du Conclave Slno-Astral, Btonnier du Barattage Rituel? Sais-tu que je puis te calciner sur place avant que tu ne comprennes ce qui t'arrive? Tu as de la chance de ne pas tre sorcire, sans quoi je t'eusse dfie en combat singulier.<BR> Le cercle avait pris des proportions tonnantes.<BR> - Je suis Sook d'Achs, et je connais quelques tours. Et je relve ton dfi, pauvre naze.<BR> Le cercle tait devenu carr et s'tait largi aux dimensions de la place, qui tait donc maintenant vide  l'exception d'un honorable membre de la Confrrie des Mendiants Sourds, qui s'tait assoupi. Les deux sorciers taient d'gale humeur et Chlo jugea prudent de se cacher derrire la fontaine en forme de dauphin qui ornait le centre de la place.<BR> La loi non crite, chez les sorciers des deux continents, tait la mme. Un dfi lanc devait tre relev, et il ne pouvait y avoir qu'un survivant. Au maximum. Sook tait plutt une individualiste, elle ne s'tait jamais vraiment faite  cette habitude qu'ont les sorciers  adhrer  des cercles et  des confrries, ni  passer des preuves difficiles et dangereuses pour se classer les uns par rapport aux autres. Elle considrait que ce genre de coutumes ne se ramenait somme toute qu' un vulgaire concours de bites, auquel elle ne se sentait pas tenue, ce qui tait, convenons-en, assez normal. Donc elle ne savait pas ce que pouvait valoir un conjurateur du troisime cercle sur le march actuel.<BR> - Tu dis t'appeler Sook?<BR> - Tel est mon nom.<BR> - J'ai entendu parler d'une ncromancienne de ce nom, aussi appele la Sorcire Sombre. Elle aurait remport, dans les pays nordiques, une demi-douzaine de duels contre de forts sorciers.<BR> - Huit.<BR> - C'est... non, a ne peut pas tre toi, c'tait il y a au moins une vingtaine d'anne. Ta mre peut-tre?<BR> - Devine...<BR> Pendant ce temps, elle avait rassembl le long de ses nerfs son fluide argent, et lorsqu'elle fut  son maximum, elle traa dans l'air, plus vite que les yeux ne pouvaient le voir, les trois dcagrammes d'un sortilge bien pratique, qu'elle avait en permanence sur elle. L'air sembla se fendre, une dtonation prodigieuse retentit, rebondit sur les pavs et les murs des immeubles voisins, et un clair aveuglant gicla droit dans la direction indique par la main ouverte de la sorcire. Hlas, elle tait aussi myope que sombre, et elle rata d'un cheveu sa cible, qui eut la bonne ide de sauter prestement de ct. L'tal d'un marchand de fruits et lgumes prit la dcharge et explosa dans une gerbe de pulpe. Skombarg eut alors le dsagrable sentiment que la Mort, en riant, inscrivait en lettres de sang le chiffre "neuf" au dessus de sa tte. Mais il n'tait pas homme  se laisser faire, et il rassembla tout son courage pour lancer son meilleur sortilge offensif. Dans la catgorie "donner vaut mieux que recevoir", la clbre Boule de Feu faisait office de classique incontournable. Une gicle de fluide lmentaire courut le long de ses bras tandis qu'il accomplissait les mouvements requis. Sook les reconnut tout de suite et piocha dans sa bibliothque mentale la riposte adquate. Son doigt dsigna le sol  ses pieds et il apparut autour d'elle un pentacle protecteur de faible diamtre, fait de flammes argentes. Elle prit alors dans son sac un parchemin qu'elle droula prestement, et elle lut les inscriptions traces, le pacte innommable pass avec un para-dmon de magma par un invocateur habile et dont l'achat lui avait cot les yeux de la tte. C'tait une langue ancienne, aux syllabes hideuses et dont la prononciation salissait la bouche. La voix de Sook prit de l'ampleur et des accents mtalliques des plus dsagrables, un vent surnaturel se leva et un cercle de lumire encadrant un rougeoiement sans fond apparut brusquement sur le sol, un Seuil Dimensionnel s'ouvrant sur les abysses du Demi-Plan Elmentaire de Feu, qui emplit l'atmosphre d'un air brlant, sec et soufr. Une main de cauchemar sortit alors hors du puits, semblant faite de feu et de pierre noire  moiti fondue.<BR> La main tenait un parchemin rouge sang. Elle le lana en l'air, il resta une demi-seconde en lvitation, puis le Seuil se referma dans un petit "plops" paresseux et le rouleau tomba par terre. Sook le lut :<BR> <P> <FONT FACE="Arial" size="+1">Demi-Plan Elmentaire de Feu<BR> Dpartement des recouvrements.<BR> Ref. : DPEF-DR 17524-12-445 CX<BR> <P> Madame, Monsieur,<BR> <P> Sauf erreur ou omission de notre part, il apparat que votre compte prsente un dbit de six coqs noirs, une jeune vierge et deux nourrissons non baptiss ( rgler un soir de pleine lune) depuis une priode de vingt-sept cycles circadiens. En raison de cette dette, nous sommes au regret de suspendre momentanment nos transferts dimensionnels. Nous vous saurions gr de bien vouloir vous mettre en rapport dans les dlais les plus brefs avec notre service Contentieux-Maldiction, merci d'avance.<BR> Veuillez agrer, Madame, Monsieur, l'expression de nos sentiments les meilleurs.<BR></FONT> <P> - Le btard, il m'a vendu un parcho en bois!<BR> Cependant, le sorcier en tait arriv au terme de son incantation. La boule de feu partit, d'abord petit point rougeoyant, puis acclrant et s'enflant en une sphre vrombissante de la taille d'un homme debout qui filait vers la Sorcire Sombre. Jamais depuis qu'elle s'tait faite charger par un dragon elle ne s'tait senti autant en danger de mort. Instinctivement, elle mit sa main devant elle pour se protger, et sans rflchir, elle dirigea vers son bras tendu tout le fluide ign qu'elle put mobiliser en elle. Alors la main s'entoura d'iridescences ardentes. Il convient de savoir que le feu ordinaire n'est que la manifestation ordinaire, vulgaire et bassement terrestre d'une ralit plus profonde, que les magiciens nomment Feu (notez la majuscule), et qui ordinairement ne peut exister que dans des plans d'existence particuliers. Mais ce qui entourait la main de Sook, c'tait bien du Feu. Le sortilge frappa la main ardente, la boule parut un instant se distordre, comme si elle tait molle, la sorcire s'arc-bouta de toutes ses forces et russit par un effort de volont insens  bloquer le projectile mortel, puis  le rejeter de ct. Skombarg, stupfait, tenta de reprendre le contrle mental de la boule et russit  inflchir son parcours, mais pas assez pour viter qu'elle ne s'crase contre un mur et explose, rduisant en cendres le malheureux mendiant qui ne daigna pas mme se rveiller pour assister  son trpas.<BR> Egalit.<BR> Sauf que Sook avait puis ses forces, tandis que Skombarg tait toujours en possession de toutes sortes de sortilges mortifres. Elle dcida de ruser.<BR> - Fais gaffe, ton chapeau est en feu.<BR> - Hein, quoi, o a? Fit le sorcier en enlevant prcipitamment son couvre-chef.<BR> Sook prit prestement dans son sac une courte flche en argent, composante d'un sort qu'elle n'avait pas les moyens de lancer, et se prcipita de toute la vitesse de ses jambes sur son adversaire qui tarda  la voir arriver, puis ne crut pas qu'une de ses consoeurs puisse s'abaisser  une attaque physique. Il tenta maladroitement de parer du bras, mais la sorcire avait pris avec Kalon et Melgo des cours de combat  la dague, o elle n'tait pas trop maladroite. La flche entra sous le menton du vil ncromant, remonta entre les os du crne et pera le cerveau par en dessous. Ainsi prit le sorcier Skombarg.<BR> - Et de neuf, commenta Sook en s'aidant du pied pour essayer d'extraire sa prcieuse flche du crne.<BR> Chlo sortit prudemment de derrire sa fontaine, roulant de grands yeux horrifis.<BR> - Mais, c'est horrible ce que tu lui as fait!<BR> - C'tait un duel  mort. Une affaire d'honneur. Mano a mano. Un contre un. Que le meilleur gagne. Et que l'autre crve. Il ne doit en rester qu'un. Tu piges? O il a planqu ses parchos ce gland?<BR> - Mais comment une aventurire peut-elle faire a? C'est trs flon ce que tu lui as fait!<BR> - Efficace serait un mot plus juste. J'ai l'impression que tu te fais une drle d'ide du mtier d'aventurier. Bon, vaut mieux qu'on s'arrache avant que les cognes se pointent. D'habitude ils ne sont jamais presss de se mler des affaires de sorcellerie, mais on ne sait jamais.<BR> Ainsi firent-elles.<BR> <P> Les sens exercs de l'Hborien taient toujours en alerte, c'tait le dur enseignement que lui avait inculqu la cruelle nature de son pays natal. Il est parat-il un sixime sens qui avertit le chasseur lorsque sur lui se pose l'oeil de la bte tapie, sans doute est-ce lui qui l'informa que quelqu'un, dans la foule, le prenait en chasse.<BR> - On nous suit, dit-il  son compagnon.<BR> - Un petit brun, jeune, avec une balafre et habill en goutier? Je l'avais remarqu, il nous suit depuis l'atelier. On sent qu'il a subi quelques leons de l'enseignement des voleurs, mais qu'il n'tait pas trs attentif, il fait des erreurs de dbutant. Vois-tu, les malandrins d'ici n'ont aucune conscience professionnelle, je l'avais dj remarqu. A Thebin, nous aimions le travail bien fait. Nous n'avions d'ailleurs pas le choix, un maladroit de ce genre aurait t sacrifi rituellement  Xyf, notre dieu, moins pour l'honorer que pour se dbarrasser d'un incapable qui aurait terni l'image de notre congrgation.<BR> - Il veut nous voler? Il est idiot!<BR> - Je ne pense pas, je l'ai aperu dans l'atelier de Sangoun. A mon avis, son matre l'a envoy dcouvrir o nous habitons. C'est pour a qu'il nous file ainsi.<BR> - On le sme?<BR> - Non, ce serait inutile. Dans une ville comme celle-l, il n'aurait de toute faon aucune difficult  retrouver un guerrier de ta taille et un prtre au crne ras, on ne passe pas inaperus. Par contre cette nuit, je me verrais bien faire un tour chez Sangoun, histoire de voir pourquoi il tient tant  cette fille. Je comprendrais peut-tre enfin cette histoire de Passage dont elle a parl, et comment elle a tu ces malheureux qui la poursuivaient. En attendant, j'ai soif, on s'en jette une au Pendu?<BR> Kalon ne se le fit pas dire deux fois, et ils terminrent la matine dans la taverne du "Singe Pendu", sise dans la rue Mortefeuille, non loin de la maison de nos amis. L'endroit appartenait comme son nom l'indiquait  la deuxime catgorie, celle des bouges. Celui-ci cependant tait plutt bien frquent, si on le compare  ceux du Faux-Port, et en journe, l'essentiel de la clientle tait constitu par des aventuriers de bonne compagnie, des tudiants de l'cole de pontonniers voisine, et quelques marchands et paysans de passage souhaitant s'encanailler quelque peu avant de retourner chez eux. Et le voleur suivait toujours, discret comme un bataillon de Lgion Etrangre en vire dans une bote de strip tease.<BR> Ils y restrent jusqu'au repas de midi, qu'ils prirent copieux et bien arros. A la sortie, un jeune crieur famlique fit piti  Kalon, qui lui acheta une feuille de papier malpropre et dont l'encre n'avait pas encore choisi entre l'tat liquide, solide ou glatineux, et appele avec un certain optimisme "journal". L'Hborien fit mine de lire. Il apprciait particulirement la lecture, surtout en public. Parce que a impressionnait son monde. Il y lut,  haute voix, pour son comparse :<BR> <P> <CENTER><FONT FACE="Courier New">N3823               L'INDEPANDANT KHORNIEN                8 sarcles<BR> <P> UN JOURNAL QUOTTIDIEN D'INFORMATION POPULAIRE<BR> o sont consignes les milles vnements surprenants<BR> insolittes, amusants, horrifique ou difiants qui surviennent<BR> inmanquablement dans notre belle ville de Sembaris,<BR> et surtout quand on est ailleurs, ce qui est rageant, convenez-an.<BR></CENTER> <P> <FONT SIZE="+3">U</FONT>N EVENEMENT HORRIBLE ET DRAMATIQUE a se matin eu lieu sur la place du Dragon, devant les fenettres de notre redaction Aux alantour de dix heures, alors que nos ouvriers mttaient la dernire main  la confection du prsant numro, une suxcession de fracas effroyable retentit sur la place. Aprs que le calme se fut revenu, et n'coutant que son courge, notre journaliste, Hgsippe Selmangion, sortit de sous la presse ou il avait lu d'omicile, et vint se pencher  la fenettre pour constater  sa grande stupfaction que sur le pav gisait le cadavre sans vit de l'honorable sorcier Skombarg, dit "Bile Noire", bien connut de nos lecteur. La mort lui avait t cause par un poignardage qui lui tait pass dessous le col, et transperc toute la tte de bas en haut. L'affaire a en utre caus la dfunctation de monsieur Gergos "La Panse", clbre mandiant qui officier dans le quartier de puits de nombreuses annees, et qui sera fort regrett. L'arme du crime avait disparue, ainsi que le criminel. Il n'y eut pas de tmoints, mais ceux qui n'taient pas la nous ont dit qu'il avait eu lieut un duel de sorciers, et que l'autre conbattant tait de petite taille, et roux. La milice arrivat sur les lieus aussitot que tout danger fut cart pour elle, et conclus  un suicide par pendaison, o  une mosure de gupe. Mais quand donc est-ce que le gouvernement il fera-t-il qu'elque chose contre ces maigciens qui nous tuent, y compris nos femmes et nos enfants? Et nos vieux?<BR></FONT> <P> De rage, Kalon froissa le journal qu'il jeta par terre, avant que Melgo ne le ramasse pour le lire  son tour. Le barbare tait un homme carr et aimait qu'on respectt les rgles de la grammaire et de l'orthographe. Rien ne l'nervait plus qu'un auteur qui ne se relit pas qu'un auteur qui ne se relit pas.<BR> <P> Cette nuit l, Melgo et Kalon sortirent en tapinois. Le guerrier portait un manteau noir sous lequel il tait vtu d'une armure de cuir bouilli, il y dissimulait aussi son pe. Devant lui marchait le voleur, emmitoufl dans un manteau tout semblable, qui dissimulait sa robe magique, une rapire, une gauchre et une petite lanterne de cuivre. Les nuits de Sembaris taient connues pour n'tre point de tout repos, la milice terminait prudemment son service ds le coucher du soleil, les honntes citoyens vitaient de quitter leur logis sans une srieuse force de frappe, et l'apparition des premires toiles signalait que l'heure des voleurs et des assassins avait sonn. Tout une cit, secrte et invisible le jour, reprenait vie tandis qu'en haute altitude un nuage fin et nerveux signait d'argent la tenture noire des cieux.<BR> - Merde, j'ai march dedans! Chiotte de nuit!<BR> - C'est l.<BR> - Je sais. Bon, alors je vais entrer seul avec la lanterne, sous le couvert de ma robe magique. Toi tu restes dehors, s'il y a un ppin, on ne sait jamais, j'imite le cri de la chouette et toi, tu fais diversion.<BR> - Comment?<BR> - Ben, je sais pas moi, en hurlant comme un possd, en dfonant la porte, en mettant le feu, sois cratif que diable. D'habitude tu sais te faire remarquer.<BR> - OK.<BR> L'hborien sortit son pe btarde  dnomination variable et se glissa dans une impasse, en face de l'atelier du malamorteux, entre une poubelle et une gouttire, invisible comme seul peut l'tre un barbare rompu  toute les ruses cyngtiques. Cependant, Melgo enleva son manteau noir et rabattit sur son crne chauve la capuche de sa robe. Il parut se brouiller, puis disparatre, le don de la desse M'ranis faisait sans doute de lui le meilleur voleur d'occident. Il escalada sans peine l'enceinte, les gants de cuir rche et rigide qu'il portait lui donnaient une meilleure prise et le protgeaient contre les tessons de poterie fixs en quinconce au sommet du mur. Un bruit de pitinement lger et frntique sembla traverser la cour  toute vitesse, une respiration haletante s'approcha, le voleur tira sa gauchre sans rflchir et la lana dans les tnbres, le chien de garde de Sangoun s'effondra, raide mort, avant d'avoir pu aboyer. Melgo sauta  l'intrieur et resta accroupi un instant, attentif au moindre bruit, puis trs lentement se rapprocha du cadavre pour en extraire la dague. Une fois son affaire faite, il contourna la cour avant d'arriver devant le btiment principal. Un malamorteux a dans son choppe quantits de matires prcieuses, et Sangoun ne semblait pas tre homme  faire excessivement confiance  ses gens, Melgo avait donc tabl sur le fait que les employs logeaient  l'extrieur de la proprit. Il s'attaqua  la serrure, un modle  deux cls et aiguillon empoisonn, assez vicieux sans doute pour dcourager un voleur Sembarite, et  coup sr un intressant sujet d'examen pour un initi du troisime quadrant de la Guilde de Thebin, mais pas de quoi impressionner notre ami, qui tait un cambrioleur accompli. Il se dganta, sortit ses petits crochets d'acier fin savamment rangs dans une trousse de cuir de faon  ce qu'ils ne puissent en aucune manire s'entrechoquer et entama les procdures de crochetage, ce qui lui prit cinq bonnes minutes. Puis, gorg de satisfaction, il rangea son matriel et ouvrit la porte avec une lenteur infinie. L'intrieur tait plong dans les tnbres et le silence, mais Melgo avait reconnu l'endroit l'aprs-midi mme, et aurait sans doute pu y danser sans se cogner nulle part, cela faisait partie de son mtier et il se flattait  juste titre de le connatre. Il referma derrire lui et, sans hsiter, se dirigea  pas de loup vers la porte donnant sur le bureau, et colla l'oreille contre le bois sec,  l'afft d'un ronflement.<BR> Mais  l'instant o sa tte entra en contact avec l'huis, une magie se rveilla, une rune s'alluma une fraction de seconde, en tincelles jaunes, sur le bois, et le voleur se sut perdu. Une douleur crucifiante l'emplit d'un coup, et il partit  la renverse tandis que le long de ses nerfs, comme un poison, se rpandait le fluide du sortilge. Mais il ne pouvait crier tandis que la souffrance le rongeait, car telle tait la maldiction de la porte: elle paralysait quiconque la touchait sans avoir auparavant accompli les gestes idoines. Il y eut un bruit de cavalcade provenant du fond de l'atelier, et bientt la lumires inonda la pice. Sangoun descendit d'un escalier en chemise de nuit, un lourd bton  la main, et balaya de son regard de rapace charognard le capharnam. Deux jeunes hommes lui ressemblant beaucoup, ses fils sans doute, lui embotrent le pas, arms l'un d'un couteau, l'autre d'une grande planche. Melgo comprit alors qu'il tait toujours invisible.<BR> - Pre, es-tu sr que c'tait le signal?<BR> - Je ne peux pas me tromper l-dessus. Tiens, vois comme la rune fume encore sur la porte! Le sort s'est dclench, j'en suis certain.<BR> - Mais o est le voleur? Ce btard de sorcier nous a vendu un sort pourri, voil tout!<BR> - Tais-toi, fils (la voix du commerant tremblait d'indignation et de crainte), s'il nous entendait...<BR> Ils jetrent un oeil rapide aux alentours de la porte, puis remontrent se coucher. <BR> - Srement un rat, voil tout.<BR> L'obscurit complice et apaisante enveloppa de nouveau Melgo qui, prostr, attendait que le feu veuille bien quitter son corps. Cela lui parut durer une ternit. Enfin il put bouger un doigt, une main, un bras tremblant. Il se remit debout en vacillant, se jurant de demander des explications  Sook une fois rentr. Le sort devait s'tre dcharg, mais il prfra remettre ses gant pour ouvrir la porte, qui n'tait mme pas verrouille. Il la repoussa derrire lui et sortit sa lanterne, s'approcha du coffre et le crocheta avec la plus extrme prudence. Un livre de comptes, de nombreux parchemins, un fatras de documents de toutes sortes, Melgo les sortit l'un aprs l'autre, les lisant en diagonale  toute vitesse. Rien que de trs banal. Il remit les documents exactement  l'endroit o il les avait trouvs et referma le coffre en le crochetant de nouveau, puis se mit  tapoter les murs de son index afin de trouver une cachette, une brique mobile, sans succs. Il fit de mme avec le plancher, mais aucune latte disjointe ne se fit connatre. Et pourtant, son bon sens lui criait qu'il devait bien y avoir, dans cette pice sans fentre et dfendue par un sortilge, quelque bien prcieux pour justifier une telle protection. Alors il se suspendit  la poutre du plafond et examina l'endroit o elle pntrait dans le mur. Juste au dessus, le pltre tait frais, lgrement plus humide qu'ailleurs. Seul un voleur aux sens dvelopps aurait pu dceler cette diffrence. Il s'installa  califourchon sur la poutre et commena  gratter le pltre, puis dgagea une petite plaque de bois qui obstruait une cache minuscule. Une grosse araigne prit la fuite. Melgo sortit une bourse bien remplie, ce qui lui procurait toujours une intense satisfaction. Derrire se trouvaient trois petits parchemins. A ce moment l...<BR> <P> Savez-vous qu'il y a beaucoup de souris  Sembaris? La chose est invitable dans une mtropole de cette taille, d'autant que toutes sortes d'pices et de denres y sont changes. Quoiqu'il en soit, et en vertu d'une loi de la nature, les souris ont attir en ville moult et moult prdateurs qui se repaissent d'elles. Il faut les comprendre, c'est pas facile non plus. Et l'un de ces prdateurs, un vieux hibou mle, pel et galeux, dcida ce soir l de hululer un bon coup, comme a, histoire de voir ce que a ferait. Pour le coup, il a pas t du<A HREF="#renvois"><SUP>(8)</SUP></A>.<BR> <P> - RAAAHHHHHH BERZERKKK! SANGOUN TETE DE FOUNE!<BR> Et donc Melgo, plutt constern, entendit  l'extrieur son collgue frapper le portail de son pe en braillant comme un soudard. Il empocha les parchemins, sauta par terre et sortit  toute allure de l'atelier  l'instant o la famille de Sangoun faisait de nouveau irruption dans la salle. Il traversa la cour, sauta par dessus le mur en s'corchant les mains aux tessons (il avait oubli de remettre ses gants) et se retrouva dans la rue. Il rejoignit, toujours invisible, son ami, qui tait occup  inviter le malamorteux  lui pratiquer une petite gterie, et lui tapa sur l'paule.<BR> - Cassos, Kal, on se retrouve  la piaule!<BR> - ...ET MES B... ah, euh, d'accord.<BR> Peu d'hommes en Occident auraient pu battre Kalon  la course, et encore moins auraient pu rattraper Melgo, invisible, s'enfuyant parmi les venelles d'une ville. De fait, ils ne furent pas rejoints.<BR> <P> Ils se retrouvrent chez eux et allrent se coucher sans tarder.<BR> Comme promis, Kalon eut un rve.<BR> C'tait sur un monde en tissus  carreaux. Une vache bleue passa avec un entonnoir sur la tte et en psalmodiant une prire  Bishturi, suivie par trois petits fromages presss et un renard gant mort. Le ciel devint bleu. Un arbre poussa et produisit des thires en fonte, qui s'crasrent par terre avec un bruit mou. Sook et Melgo jourent  saute-mouton. Un lphant nain tenta de renverser l'arbre  thires avec sa tte, mais se fit bouillanter et se transforma en canard laqu. Mille cent trente quatre porteurs de torche nus, en procession, tous ayant la tte de Sangoun et un oeil de verre, se mirent  piler des bouteilles avec leurs pieds en criant "Tikeli ki tikeli ki". Ils furent emports par un raz-de-mare de vin de palme qui sentait jaune, sauf deux, qui fusionnrent en un visage fminin unique, merveilleux, qui hurla "mais tu vas me parler de ton monde natal, espce d'Usul!", puis se transforma en homme barbu lanant "accrochez-vous  la bitte, moussaillon". Un oiseau coureur s'arrta un instant devant Kalon, mit un bref "bip bip" et disparut dans un nuage de fume. Un gros melon poussa, un squelette arriva et se le mit sur la tte avant d'entamer la conversation avec un chrubin ail, cependant que dfilait une horde barbare  vlo. Puis le ciel se vida comme un vier que l'on dbouche, les spectateurs applaudirent. Diverses scnes tout aussi dlirantes se succdrent tandis que la lumire et le son baissaient graduellement. Un panneau apparut, flottant dans les tnbres: "Veuillez nous excuser pour ces problmes techniques indpendants de notre volont. Nous vous remercions de faire confiance  la Compagnie Outreplanaise de Songes Prmonitoires." <BR> <P> <B><U><FONT SIZE="+1">IV ) O on dcouvre un nouvel ennemi.<BR></FONT></U></B> <P> Le lendemain, la maisonne s'veilla fort tt, sur le coup de dix heures, et aprs un frugal casse-crote, on se mit  dpouiller les rsultats de l'expdition de la veille. Melgo ne rsista pas au plaisir de commencer par la bourse, o il mesura l'quivalent de huit cent trente naves en monnaies diverses.<BR> - Je compte donc trois commanditaires  six parts et une apprentie  trois parts, ce qui nous donne vingt et une parts en tout. Selon l'usage des compagnies aventurires, je vais procder au partage.<BR> - De quoi est-il question? Demanda Chlo  Sook.<BR> - Melgo et Kalon se sont livrs cette nuit  une petite expdition chez Sangoun, ton ancien matre, et en ont ramen un peu de monnaie. Comme le veut la coutume, nous allons partager quitablement le butin selon les quotas usuels, soient une part pour un serviteur, un porteur ou tout membre non-combattant d'une expdition, trois parts pour un compagnon en apprentissage, et six parts pour un commanditaire.<BR> - Quel curieux usage!<BR> - Ca te fait donc cent dix huit naves (Melgo poussa vers Chlo la somme en question).<BR> - ...<BR> - Et maintenant, passons  ces parchemins. Celui-ci...<BR> - C'est pour moi a?<BR> - Et bien oui, tu n'esprais pas passer commanditaire avant qu'on ne connaisse tes capacits j'espre?<BR> - Mais, je croyais que vous vouliez de moi pour faire le mnage, la cuisine et toutes ces choses.<BR> Ils se regardrent, peins.<BR> - Vu comme tu as latt les types qui te suivaient, dans la ruelle, ce serait bien bte de gcher tes talents dans une carrire de domestique. D'ailleurs, on a dj une femme de mnage. Au fait, tant que j'y pense, voici ta libert.<BR> Melgo tendit  la jeune elfe le petit parchemin si chrement achet. Elle s'en empara en tremblant, le lut (ou fit mine de le lire) et le serra contre son coeur en pleurant. C'tait assez gnant.<BR> - Euh, bon, le premier parchemin. Alors apparemment c'est une reconnaissance de dettes d'un certain Margul, qui promet de livrer sa femme et sa fille  Sangoun s'il ne peut lui payer un certain sarcophage dans les temps. Je ne pense pas que cela nous concerne. Les gens d'ici sont vraiment des barbares, on devrait tous les dpecer. Le deuxime... oulala! Un coup de mille naves, un certain Merlik commande  Sangoun une jeune elfe sans parent. A mon avis, c'est pas pour avoir une partenaire de Quatre-Battes-Et-Deux-Noires. Pauvre fille, je ne voudrais pas tre  sa place.<BR> - Chlo est une elfe, signala Sook.<BR> Silence. Regards stupfaits. Chlo se tassa sur sa chaise en regardant ses genoux.<BR> - Ah. Voil pourquoi il ne voulait pas vendre  vingt. Tu connais ce Merlik?<BR> - Non.<BR> - Bon, en tout cas a ne nous concerne plus. Voyons un peu le dernier parchemin...<BR> - Je veux retrouver Merlik.<BR> Kalon avait dans la voix ce ton qui annonait les grands massacres. Sook concda :<BR> - Ca pourrait tre amusant.                        <BR> Ce n'tait pas son penchant naturel que de chercher les ennuis, mais  deux contre un, Melgo ne pouvait pas lutter. Il concda mornement:<BR> - Je pourrais toujours faire un saut  la guilde. Ils sont gnralement bien renseigns.<BR> - Et moi il faut que je passe au Clos-Aux-Mages, j'ai un compte  rgler avec avec le type qui m'a vendu un certain parcho, et puis des paperasses  remplir. Pendant ce temps, Kalon, tu pourrais aller inscrire Chlo  la Confrrie du Basilic, et en profiter pour tirer les vers du nez  quelques soudards.<BR> - Faut pas vous donner toute cette peine pour moi, fit timidement l'elfe.<BR> - Allons donc, on n'a rien d'autre  faire. Et puis si ce type a mille naves a donner pour t'avoir, imagine un peu ce qu'il peut y avoir chez lui.<BR> - Mais, c'est du vol!<BR> Melgo s'en mla.<BR> - C'est l'essentiel du mtier tu sais, ne fais pas cette tte outre. Au fait, tu pratiques quoi comme arme?<BR> - Ben... aucune, je sais pas me battre.<BR> - Mais, c'est bien toi qui a tu les types dans l'alle.<BR> - Oui, mais j'avais...<BR> - Bon, tu ne pourras jamais tenir une pe longue, il faudra que tu achtes un glaive ou une rapire. Il te faudra aussi une armure de cuir clout, et puis un petit bouclier.<BR> - Je ne pense pas avoir besoin d'une armure.<BR> - Je t'assure que c'est bien pratique, un mauvais coup est vite arriv...<BR> - Je n'ai pas besoin d'armure.<BR> Pour la premire fois, ils la voyaient faire preuve d'une certaine assurance, ils n'insistrent pas.<BR> - " gnagna ... mon coeur saigne ... gnagnagna ... des violons ... gnagna ... tendrement enlacs ". Bon, alors si a intresse quelqu'un, le troisime parcho est visiblement une lettre d'amour enflamme d'un certain Markalmok  une dnomme Verlugith. J'ai saut certains passages pour ne pas choquer notre jeune amie.<BR> - Markalmok, comme Markalmok le juge? Demanda Kalon.<BR> - Verlugith , comme Verlugith-le-vertueux, Grand-Prtre de Frasgolth-Le-Flau-Du-Pch? Complta Sook.<BR> Silence, sourire entendu.<BR> - Sacr Sangoun, je me demande combien cette lettre a pu lui rapporter. Bon, on y va?<BR> Et nos amis se sparrent.<BR> <P> Melgo accompagna Sook jusqu' l'entre du Faux-Port, o se trouvaient la guilde des voleurs et, plus loin, le Clos-Aux-Mage. Le Faux-Port tait typiquement ce que, dans d'autres univers, on aurait appel "une opration immobilire n'ayant pas atteint tous ses objectifs". Voici quinze sicles, le bon<A HREF="#renvois"><SUP>(9)</SUP></A> roi Belphir XIX, aussi dit "le Magnifique", ou "le Consquent", ou "l'Opulent", ou mme parfois "le Gros Poussah" par ses ennemis, sans cependant parvenir  rendre justice  son diamtre, avait dcid de prolonger les remparts de la ville en direction du nord-est, afin de rejoindre le Clos-Aux-Mages et de fermer totalement la baie de Sembaris dans l'enceinte de la ville. Le projet tait logique et cohrent, les caisses de l'tat moins vides qu' l'accoutume, on mena  bien des travaux impressionnants, btit des quais l o auparavant pullulaient les moustiques, creusa un enviable systme d'gouts, et on commena  btir les premires demeures. Cependant les sorciers du Clos taient moyennement chauds  l'ide d'un si bruyant voisinage, qui en outre distrayait les tudiants de leurs travaux. Donc, le Chancelier de l'poque lana, en plein conseil urbain, une terrible et impressionnante imprcation contre quiconque s'installerait dans les nouveaux quartiers, de telle sorte que les seuls  venir vivre dans cet endroit furent les plus pauvres, les mendiants, voleurs, criminels, ainsi que les mres maquerelles et leurs pupilles. Du reste ce dernier point n'arrangea gure l'assiduit des tudiants aux cours.<BR> Que dire? Crasseux? Putride? Dcadent? Vu la pauvret de la langue franaise, je me vois contraint d'inventer un adjectif. Disons que le quartier du Faux-Port tait vermigrouillescent. Dans ce quartier chouaient les paves de l'humanit, rejetes par la ville et ses lumires, corrompues par la misre ou les drogues, certains n'avaient pour toute ambition que la survie d'un jour, d'autres n'avaient mme pas cela, et attendaient que la pourriture ou la violence les emporte vers la trpas. On y trafiquait toutes sortes d'immondices, dont le commerce permettait de maintenir en survie une bonne partie des infortuns habitants, on se battait  mort pour une pomme, un quignon racis, l'humanit montrait en permanence sa face la plus noire. Au dessus de cet ocan de misreux vivait une petite caste de privilgis, voleurs et mendiants de leurs guildes, prostitues estimes, chefs de bandes et leurs gardes du corps, et quelques prtres cherchant, sans grand succs,  tirer parti de cette masse crasseuse. Le port tait, malgr son tat de dcrpitude, encore en fonction, et chaque nuit y accostaient quelques vaisseaux longs, noirs et silencieux qui repartaient pour la plupart avant le lever du jour. L'architecture tait  l'avenant, et du style baroque et enjou qui avait caractris les premires constructions, il ne restait rien, la boue et les excrments avaient recouvert les fresques et les statues colores d'une gangue infecte et difforme, le pav des rue n'avait pas vu le soleil depuis des sicles tant tait paisse la couche de crasse et de charognes qui le recouvrait, et que les pluies d'orage avaient depuis longtemps renonc  roder. Le Faux-Port avait le pouvoir d'anantir les meilleures volonts en quelques minutes, et de susciter la dsesprance et l'apathie dans les mes les mieux trempes.<BR> Ce n'tait pas la partie la plus touristique de la ville.<BR> La guilde des voleurs, principal pouvoir organis de l'endroit, n'occupait pas  proprement parler un btiment, mais en fait tout un quartier, matrialis par le fait qu'il tait un peu moins sale que le reste, mais aussi par un cordon discret autant qu'impermable de "gros-bras" chargs de dcourager les badauds ignorants de l'attribution des locaux. La guilde tait un endroit presque mythique pour les honntes citoyens, et  son sujet circulaient les rumeurs les plus folles, parlant de richesses prodigieuses, de sacrifices, de rites orgiaques, d'initiations sanglantes dans des cryptes sans fond, bref a fantasmait sec. La ralit tait bien sr nettement moins excitante, et la plupart des employs de la guilde taient de bons pres de famille rentrant chez eux  heures fixes et dont le travail ne gnrait pas plus d'adrnaline que la confection d'un bilan comptable moyen.<BR> Donc, Melgo entra dans le quartier de la guilde en faisant aux gorilles un geste secret de la main, et se rendit chez un vieux et sage voleur connu sous le nom de Vestracht, qui enseignait la cambriole aux bizuths et qui,  ses moments perdus, prodiguait ses conseils  qui le lui demandait. On disait qu'il connaissait les noms et habitudes de tous les personnages intressants sur le pourtour de la Kaltienne. Il toqua  une porte, aprs avoir essuy la petite surface de bois ncessaire  cet acte. Une voix chevrotante rpondit.<BR> - Quoi? Qui... qui qui vient?<BR> - Malig Ibn Thebin, Compagnon Voleur Itinrant et Escroc Patent, te demande audience et conseil, vnrable Vestracht.<BR> Aprs un silence, le verrou joua et la porte s'ouvrit dans un billement coeurant. Un minuscule personnage vot, portant une canne noueuse et une lourde chane de fer indiquant son rang, regardait le Pthaths avec un sourire trange. Dans l'ombre, une fille d'une quinzaine d'annes, brune avec une longue natte, prparait quelque infusion.<BR> - Au pauvre Vestracht vous voulez parler. Entrez, entrez,  l'aise mettez vous. Plus personne ne vient voir le vieux Vestracht, tout seul il est. Jadis nombreux les jeune voleurs venaient, nombreux et humbles. Aujourd'hui fini, aujourd'hui mauvais sont les jeunes. Mauvais. Et bien vieux je suis.<BR> - Mais non, vous n'tes pas vieux, juste un peu fatigu.<BR> - Si, vieux je suis. Vieux et malade.<BR> Il tait pitoyable, mais se reprit et menaa Melgo de sa canne.<BR> - Mais quand neuf cent ans comme moi tu auras, moins en forme tu seras!<BR> - Quand neuf cent ans comme toi j'aurais,  l'endroit les phrases j'aurais quand mme appris  prononcer. Arrte ton cirque, j'ai  parler affaires.<BR> Il tta sa bourse sous ses vtements, l'autre le regarda, un peu surpris, se redressa et prit une voix plus basse.<BR> - Ah, je vois. Et que puis-je pour toi, Melgo de Pthath?<BR> La fille posa deux tasses sur la table basse autour de laquelle s'assirent les deux voleurs.<BR> - Tu me connais? Ah, bien sr que tu me connais. Voil, je cherche pour diverses raisons un dnomm Merlik, dont j'ai des raisons de croire qu'il a du bien, pour l'instant, cependant j'ignore de qui il s'agit et quel lieu il habite. J'ai pens...<BR> - Tu as bien fait, mais des Merlik, il y en a plus d'un. N'as-tu pas d'autres renseignements?<BR> - Il cherche apparemment une elfe, pour des raisons que j'ignore, et il est prt  y mettre le prix.<BR> Vestracht s'assit.<BR> - Je crois que je connais l'homme dont tu parles.<BR> - Ah?<BR> - Bien sr, tout renseignement mrite salaire.<BR> - J'ai l cinquante naves d'or...<BR> - Au bruit, tu en as au moins deux fois plus, mais peu m'importe, je ne veux pas de ton aumne. Je prfrerais tre pay au pourcentage. Un dixime de ce que vous rapportera l'affaire,  toi et tes compagnons. C'est quitable il me semble.<BR> S'il prfrait un dixime  cent naves, c'est qu' coup sr Merlik possdait chez lui bien plus de mille. Intressant. Mais Melgo avait fait une erreur en s'adressant  Vestracht, il aurait d d'abord chercher ses renseignements auprs de quelqu'un de moins gourmand. Il tait trop tard, s'il partait maintenant, le vieux voleur pourrait en prendre ombrage et ne plus jamais lui accorder ses prcieux services. Et il ne pourrait plus lui rendre visite. Ce serait dommage.<BR> - Soit. Je m'engage  te verser le dixime du butin, si tu parviens  me dire qui il est et o il se trouve.<BR> - Qui il est, c'est simple. C'est un sorcier, un ncromant de la pire espce, on le reconnat facilement car il porte toujours un masque de cuir qui cache la moiti droite de son visage, et un grand manteau noir et rouge. Je crois aussi qu'il n'a pas de bras droit, il ne s'en sert jamais. Cet homme l est de la race des possds, des maudits, il est dangereux car la vie n'a pour lui aucun prix. Il cherche une jeune elfe depuis deux mois, tu sais comme c'est difficile  trouver, je pense qu'il projette de la sacrifier pour quelque dieu impie ou pour un sortilge quelconque. Mfie-toi de lui, jeune Melgo, mfie-toi.<BR> - Et o puis-je trouver ce sorcier?<BR> - Il habitait jusqu' il y a peu dans une auberge, non loin de chez toi, dans le quartier du port, mais voici deux mois, depuis qu'il cherche une elfe d'ailleurs, il a dsert sa chambre. Je ne sais o il vit aujourd'hui, mais je connais dans le quartier du Cirque un malamorteux de ses amis, qui doit...<BR> - Sangoun?<BR> - Ah, je vois que tu le connais toi aussi. Bien, je crois que je n'ai plus rien  t'apprendre.<BR> - Et, ne connatrais-tu pas par hasard un moyen de le vaincre?<BR> - Je ne suis pas sorcier, et je te le rpte, mfie-toi de lui. Grande est sa puissance.<BR> Tout en admirant les formes juvniles de la fille, Melgo, rveur, lcha:<BR> - Oh, quand mme, faut pas exagrer...<BR> - Ne sous-estime pas sa puissance. Et maintenant excuse-moi, j'ai du travail.<BR> Et Melgo sortit, perplexe.<BR> <P> A l'extrmit nord-est de Sembaris, adosse  la mer et dfendant la Grand-Passe, une muraille haute comme dix hommes, faite de blocs de pierre noire et rpeuse, entourait un parc immense qui jadis fut le jardin le plus admirable du bassin kaltien, mais qui depuis des sicles tait revenu  des conceptions plus primitives de la vie vgtale, du genre "plus je suis haut, plus j'ai de lumire, et en prime, j'crase tout ce qui pousse dessous". La faune tait  l'avenant. Des gnrations de spcimens de laboratoire, rescaps d'immondes expriences de tratologie ou simples victimes de sortilges perdus, avaient trouv des refuges approximatifs dans les improbables niches cologiques du parc, de telle sorte que s'aventurer hors du sentier de Pierres Rpulsives qui allait tout droit du gigantesque portail de fer jusqu'au perron de la Tour-Aux-Mages tait considr comme un suicide de masochiste. Il tait difficile de rater la Tour. Dire que son sommet touchait les nuages serait un peu exagr, quoique cela dpende des conditions mto, ses contreforts, dont elle n'avait assurment nul besoin pour tenir debout, lui donnaient une silhouette inquitante. C'est marrant comme certains btiments ont un sens que chacun peut comprendre quand on les regarde. Un caf vous dira "entrez, il fait chaud, on peut boire et discuter foot", une caserne vous criera "'han 'euuuuh 'han 'euuuuh Vhhh!", une gare vous notifiera que "suite  un mouvement social du personnel roulant, le bar corail du train 65635 en provenance de Bastia et  destination de Lunville sera ferm  partir de Perpignan". La Tour-Aux-Mages, quant  elle, signifiait clairement  qui voulait l'entendre "Allez grouiller plus loin, larves himmondes, je vous maudis".<BR> Sook, qui franchissait le seuil cyclopen orn de statues hideuses, n'tait cependant pas impressionne, certainement parceque l'essentiel du spectacle lui chappait. Au temps jadis, la Tour avait t le centre d'une activit immense, le sige du Conclave d'Occident, l'organisation de sorciers qui tendit durant plusieurs sicles sa main bienfaitrice sur les deux rives de la Kaltienne en un empire de paix et d'harmonie nomm Zhangzhan. Et puis quelques esprits chagrins, runis au sein de la "Compagnie de Serven", avaient lev d'assez vives protestations contre le Zhangzhan, usant de l'argument un peu facile que maintenir en servage des dizaines de millions d'individus pour le confort d'une petite oligarchie de magiciens n'tait pas trs gentil. Les chauffoures qui s'ensuivirent, que les livres d'histoire retiennent sous le nom de "Troisime Guerre Universelle", mirent  bas la puissance du Conclave. Cette vieille histoire est  l'origine de la mfiance qu'prouvent la plupart des peuples du monde connu vis  vis des forces mystiques et de ceux qui les manipulent. Et puis, peu  peu, les sorciers taient revenus dans leur tour, que personne d'autre n'avait os utiliser en leur absence. Mais bien sr, la modeste confrrie qui occupait aujourd'hui les locaux, mme si elle tait une des plus frquentes d'occident, n'avait aucune dimension commune avec l'ancien Conclave, et pour tout dire, la majeure partie du btiment tait inutilise, ou pour employer un mot plus juste, inexplore.<BR> Dans le hall vide, grand comme une nef de cathdrale, derrire un minuscule bureau, une employe  la mine malcommode se curait les ongles avec l'air de s'ennuyer ferme. Sook alla lui demander son chemin, puis se dirigea vers le bureau qu'on lui dsigna de mauvaise grce. La plupart des gratte-papiers qui travaillaient  l'administration du Clos taient d'anciens apprentis magiciens n'ayant pas russi dans leurs tudes, et qui se vengeaient en tourmentant les malheureux sorciers qui osaient venair les trouver pour leur demander un renseignement. Ce fonctionnaire-l avait le crne chauve et il posa sur la sorcire des yeux gourmands.<BR> - Je voudrais dclarer un duel.<BR> - Un duel? Vous tes sorcier?<BR> Sook essaya de se calmer.<BR> - Sorcire. L'usage veut que quand on se bat contre un sorcier, on revendique. Comment on fait?<BR> - C'est facile, allez au service repro et demandez un parchemin de dclaration sur l'honneur. C'est au septime, couloir bleu.<BR> Sook grimpa donc l'escalier monumental et, aprs avoir demand son chemin  des apprentis obligeants et compatissants, trouva le fameux service repro, un atelier plein de gros rouleaux de parchemins et de machines complexes, o trois employs dbords faisaient une partie de "trois chiens et vingt-et-un" autour d'une bouteille d'hydromel. En temps normal, ils eussent demand un bon de sortie pour le parchemin, mais l ils taient presss de reprendre leur jeu et, aprs une tracasserie de pure forme, cdrent le document. Sook redescendit les escaliers et revint au premier bureau. Le fonctionnaire chauve, un peu surpris de la voir revenir si tt, lui demanda donc de remplir les cases.<BR> - Ca veut dire quoi, "NREG"?<BR> - Numro de registre. C'est celui qui figure sur votre carte de registre.<BR> - ?<BR> - Vous n'avez pas de carte de registre (sourire gourmand)? Il vous en faut une, elle offre pas mal d'avantages. Allez au bureau d'valuation, au bout du couloir, deuxime porte avant le balcon.<BR> La deuxime porte donnait sur les toilettes, la bonne tait la troisime. Un vieux bonhomme, vtu de noir et portant un bret, toisa Sook d'un air dsapprobateur avant de demander:<BR> - Que puis-je faire pour vous?<BR> - Je voudrais une carte de registre.<BR> - Bien sr, vous avez votre diplme sur vous?<BR> - Ben... non.<BR> - Alors, pas de carte de registre.<BR> - Et comment on fait pour avoir un diplme?<BR> Il expliqua lentement, en articulant, comme s'il parlait  un dbile mental.<BR> - Il faut faire des tudes  l'universit. Avec un peu de chance et beaucoup de travail, d'ici cinq ans, on aura fait de vous un sorcier convenable, et vous aurez droit  un beau diplme.<BR> - Mais je suis dj sorcire!<BR> - C'est vous qui le dites. Si vous avez appris la sorcellerie ailleurs qu' l'universit de la Tour, ou dans un tablissement avec lequel nous avons une convention, il vous faut un certificat d'apitude, qui vous sera dlivr par un jury. Allez au dpartement examens, service formation continue. Onzime tage, couloir epsilon-thta, porte au jaguar.<BR> OK. Sook n'avait de toute faon rien de mieux  faire. Elle tait dans cet tat d'euphorie malsaine qui se trouve au-del de la colre et de la frustration, et attendait avec une certaine impatience la prochaine tuile qui lui tomberait sur la tte. Un vieux sorcier dsinvolte, assist de deux apprentis, comme l'indiquaient leurs costumes, occupaient une vaste salle encombre de tout un matriel bizarre et d'animaux empaills, donnant sur un large balcon. Les rires se turent lorsqu'elle entra.<BR> - Tu veux quoi?<BR> - Il me faut un certificat d'aptitude.<BR> - T'as frapp  la bonne porte, p'tit bouchon. - rire touff - Et dans quelle discipline?<BR> - Discipline?<BR> - Ncro, trato, invocation, enchantement... toutes ces choses. Tu fais quoi comme sorts?<BR> - Un peu de magie de bataille, et puis de la ncromancie, et puis...<BR> - Ah, mais, il faut choisir, p'tit bouchon, c'est ncro ou bataille.<BR> - Bon, alors Bataille.<BR> - Parfait, vas-y, on te regarde.<BR> - Vous regardez quoi?<BR> - Et bien, tu dois dmontrer que tu es sorcire. Lance un sortilge que tu connais, et on te donnera un certificat. Un petit sort suffira pour appartenir au cercle de fer.<BR> - Je le lance sur quoi, le sort?<BR> - Euh... ben allons sur le balcon, tu vois ce gros  rocher en dessous...<BR> - Plus ou moins, oui.<BR> C'tait un bloc de malachite de cinq mtres de large sur trois de haut, qui portait sur sa surface les cicatrices de multiples tests effectus sur lui.<BR> - Bon. Fais-le sauter, p'tite caille (rires touffs).<BR> Et elle se concentra, mlangeant les fluides mystique parmi les circonvolutions de ses organes internes, pour obtenir l'alchimie idale  ses desseins. Puis elle sortit de sa bourse sept pices d'or qui vinrent flotter devant son visage, dcrivant un heptagone parfait. Les pices tournoyrent de plus en plus vite, et sans desserrer les lvres, elle pronona la formule magique.<BR> <I>Esprits du feu, formez les orbes de l'ancienne alliance,</I><BR> (ses cheveux se hrissrent sur sa tte)<BR> <I>Esprits de la foudre, animez les orbes de l'ancienne alliance,<BR></I> (elle croisa les bras devant sa poitrine, les pices se murent en feu magique)<BR> <I>Esprits du vent, portez les orbes de l'ancienne alliance,<BR></I> (ses yeux, son corps, ses vtements mme, prirent durant une seconde une teinte rouge)<BR> <I>Par ma foi et par votre puissance, que meurent par milliers mes ennemis.<BR></I> Et la sorcire tendit son index en direction du malheureux minral, qui n'en menait pas large. Sept boules ardentes filrent selon des trajectoires tarabiscotes, et explosrent dans un fracas assourdissant, faisant voler des clats de roche gros comme des boulets de canon jusqu'au onzime tage. La secousse fit mme lgrement tressaillir la Tour sur ses fondations. Lorsque le vent eut emport au loin le gros de la poussire, un cratre de cinquante pas de diamtre occupait le centre d'un vaste espace de jungle lacre.<BR> - Ca suffit pour un certificat? Parce que je prfrerais garder mes meilleurs sortilges pour la traverse du Faux-Port. C'est un peu dangereux, il parat.<BR> Les trois sorciers se relevrent, hbts.<BR> - C'tait... les orbes de l'ancienne alliance, non?<BR> - Ouais.<BR> - Dans quel cercle votre excellence souhaite-t-elle tre inscrite?<BR> <P> Le fonctionnaire des cartes de registre s'trangla quand il lut le certificat, mais ne fit pas de commentaire, ni de difficult pour dlivrer le document. Sook, remplie d'une joie mauvaise, redescendit au rez-de-chausse et retrouva le fonctionnaire chauve, occup  ranger des piles de papiers.<BR> - Cent trente sept mille deux cent sept.<BR> - Eh?<BR> - C'est mon numro de registre.<BR> - Dsol, c'est midi. Revenez demain, je fais mi-temps ici.<BR> - Bien. Tu travailles de si mauvaise grce, employ grincheux et paresseux, que tu ne pourras plus sortir de ce bureau sans que toutes tes paroles ne deviennent jurons obscnes, et ceci tant que tu n'auras attir sur toi les louanges sincres de cent administrs satisfaits. Je te maudis, stupide mortel. Et maintenant, terminons ma dclaration, sans quoi je t'occis sans autre forme de procs.<BR> <P> Il ne se le fit pas dire deux fois. Aprs un frugal repas pris  la cantine de la Tour, pendant lequel toute l'assistance semblait la dvisager avec crainte car ce n'tait pas tous les jours qu'un initi du cercle d'or daignait partager leur pitance, elle se mit en qute de l'enchanteur qui lui avait vendu le parchemin d'invocation du para-dmon de magma, et qu'elle comptait bien nucler un peu, pour lui apprendre  vivre. Cependant, il n'y a pas plus bavard qu'un sorcier, et donc les informations circulent plus vite dans une confrrie de mages que dans une fibre optique. Il se trouvait que le sieur Piquebout, enchanteur parcheminier de son tat, avait jug qu'il tait grand temps pour lui de prendre sa retraite et de s'engager dans la premire arme venue qui lui promettrait de voir du pays, de prfrence lointain. En dsespoir de cause, elle retourna au registre. Et s'adressa  l'employ terroris.<BR> - Vous connaissez un dnomm Merlik?<BR> - Merlik, comme Merlik Face de Cuir, oui, c'est un sorcier. Vous voulez son dossier? Ce serait un honneur pour l'humble larve que je suis de...<BR> - C'est a, envoyez le dossier.<BR> Il fouilla dans un meuble antique et sortit assez rapidement une chemise assez mince, qu'il tendit  Sook comme un dompteur donne son steak  un tigre,  bout de bras. Il n'y avait pas grand chose, juste le double de son diplme, et quelques factures de matriel et de composants magiques, pas de quoi fouetter un chat.<BR> - O puis-je le trouver?<BR> - Il a disparu, votre grand... excellence. Voici deux mois qu'on ne l'a vu  la Tour.<BR> - Il avait un laboratoire ici?<BR> - Certes, certes, dans l'aile nord. Peut-tre son excellence me laissera-t-elle l'honneur rare de la conduire jusque l?<BR> - Ca ira, je trouverai mon chemin.<BR> - Votre magnificence emplit...<BR> Mais Sook tait dj sortie. Elle erra encore un bon moment dans les couloirs cyclopens du btiment avant qu'on lui indique sa destination. Le labo tait de forme pentagonale, avec par terre un grand pentacle de pierre blanche  moiti cach sous des tapis de prix et tout un bric--brac mystico-pacotillesque, braseros, guridons, crnes diversement dforms, cages et rcipients divers. Des choses empailles pendaient du plafond au bout de longues chanes, en quantits peu communes. Les volets taient clos et calfeutrs, et contre les murs s'adossaient des armoires scrupuleusement vides. Un vague relent magique stagnait encore dans la pice, malsain et puissant. Sook identifia quelques uns des ingrdients qu'elle vit sur le sol, et son coeur se serra. Elle lana avec apprhension un de ses sortilges mineurs, qui lui permettait de voir entre ses mains les courants magiques, leurs tenants et leurs aboutissants, et le rituel ne put que confirmer ses craintes. Malgr sa fatigue, elle fouilla dans sa besace et lana un sortilge de vol avant de sortir par la fentre, en direction de la Confrrie du Basilic.<BR> <P> Chlo, passablement excite, s'en allait au bras de Kalon vers les quartiers riches du sud, o se trouvaient la Confrrie, et ils devisaient gaiement - surtout elle - quand un individu maigre et de grande taille les hla depuis une venelle contige  la rue Sifflante.<BR> - Eh, vous, a vous dirait de gagner rapidement beaucoup d'argent?<BR> - Non, rpondit l'Hborien dont la bourse tait pleine, et qui n'avait jamais ressenti le besoin de thsauriser.<BR> L'homme tait ennuy.<BR> - Je puis vous dire la bonne aventure alors, si vous me suivez...<BR> - Non.<BR> Kalon, parfois, tait un peu but.<BR> - Je connais par ici une maison de plaisir o les filles font avec leurs...<BR> - Goujat!<BR> Et Chlo souffleta l'importun d'importance. En dsespoir de cause, l'inconnu essaya les grands moyens.<BR> - Hborien, tte de nain, ta mre suce des queues de babouin!<BR> La cible de ces insultes s'immobilisa, frappe de stupeur.<BR> - Grosse tarlouze? Hasarda l'individu.<BR> Kalon se retourna lentement, tira son immense pe qui avait l'air faite pour fendre les montagnes, et poussa un hurlement de rage comme peu d'hommes en ont entendu durant leur vie, et encore moins ont vcu assez longtemps pour en faire le rcit. L'inconnu ne se le fit pas dire deux fois et prit ses jambes  son cou, dans la ruelle, suivi de Kalon rouge de fureur et de Chlo qui tentait de suivre comme elle pouvait. Ils coururent dans un ddale sombre et troit, encombr d'immondices et de gosses crasseux. L'imprcateur, qui devait connatre le coin, s'enfona dans un vaste lavoir collectif, un bon mtre en dessous du niveau de la rue, courut jusqu'au bout, et referma derrire lui une grille de fer forg qui barrait sans doute l'accs  quelque cloaque. D'un bras d'honneur goguenard, il nargua Kalon qui, le talonnant, pataugeait maintenant dans l'eau claire. Le barbare hors de lui se jeta contre la grille dont il saisit  pleine main deux barreaux pour les carter, sous les quolibets de sa victime. Quolibets qui s'touffrent  mesure que les barreaux, malgr toute leur bonne volont, commencrent  s'arquer. Finalement l'un d'entre eux sauta et l'impudent se retrouva face  un Hborien dchan qui lui agrippa le cou d'une main et le souleva sans mnagement contre le mur. Alors, d'un doigt tremblant, l'impoli dsigna la sortie du lavoir.<BR> Il y avait l une douzaine d'arbaltriers, dont les gots vestimentaires trahissaient l'appartenance  la guilde des voleurs, qui pointaient leurs armes sur Kalon d'un air peu amne. Chlo tait entre les mains de deux brutes adipeuses dont l'une lui maintenait soigneusement la bouche close. Un homme de grande stature, entirement vtu de velours noir et d'argent, dont la moiti du visage s'ornait d'une barbe noire hirsute et l'autre tait cache par un masque de cuir, s'adressa au barbare entre deux rires nerveux.<BR> - Pauvre fou, lche cet homme qui m'a servi, ou je serais oblig d'abmer cette charmante crature, n'est-ce pas. Voil, c'est mieux, mais tu n'tais pas oblig de le lancer aussi fort. Tu vas rester bien sagement ici, n'est-ce pas, je ne voudrais pas rpandre ton sang inutilement.<BR> Alors, surgissant dans les rayons clatant du soleil matinal, blouissant dans son harnois d'argent, apparut derrire les voleurs une silhouette fire et droite, celle d'un dfenseur du bon droit, d'un redresseur de torts, d'une me pure et sainte, toute entire exalte par sa mission divine.<BR> - Par ma foi, mon intuition ne m'avait point trompe, filous, vous prpariez bien quelque vilnie! Vous voici  quinze contre un seul homme, et vous vous protgez de lui en menaant une jeune fille innocente, voil une fourberie peu commune et une lchet comme rarement j'eus le douteux privilge d'tre tmoin. Mais soyez sans crainte, frle enfant, et vous aussi mon imptueux ami, car voici preux Chevalier Vertu, le paladin de Castel Robin, le dfenseur de la justice, et je vais sans tarder infliger  ces tristes sires la bastonnade qu'ils mritent.<BR> - Mon hros! S'exclama Chlo, en pamoison devant le jeune belltre souriant.<BR> Cependant, Kalon avait profit de la diversion pour ramasser son pe, qu'il avait laiss choir par terre, et s'tait gliss hors du lavoir en tapinois, par un soupirail. Il revint par la ruelle sur le thtre des oprations, mais cette fois il n'tait plus accul. Il trancha la gorge d'un arbaltrier, puis d'un second avant que la troupe ennemie ne comprenne ce qui se passait, avec une certaine surprise, car oncques ne vit on dans l'histoire militaire deux hommes en encercler quinze (moins deux). Quelques carreaux volrent, mais la plupart frapprent les murs des maisons voisines car l'arbalte n'est pas vraiment l'arme idale dans de si maigres voies, l'un d'eux pera l'cu du chevalier et fut dvi par son plastron, un autre transpera l'un des voleurs qui agonisa de bruyante faon pendant que la bataille faisait rage. Les sicaires sortirent leurs dagues, mais ils n'avaient ni l'allonge ni l'armure de leurs adversaires, et commencrent  prir en nombre proccupant. <BR> - Repliez-vous, n'est-ce pas, dans la rue des Peintre! Lana l'homme au masque.<BR> La ruelle tait si troite qu'un seul guerrier pouvait se battre de front, ce qui tait pratique pour gagner du temps. Et tandis que devant lui mouraient ses hommes, le chef accomplit les gestes et pronona les paroles plus vieilles que l'humanit elle-mme, rveillant les forces anciennes d'une ncromancie pas pique des vers.<BR> L'effet fut peu spectaculaire, pas de sons tranges, pas d'odeur de soufre ni de phnomnes lumineux inexpliqus, rien d'autre que le bruit des corps mous s'affalant les uns sur les autres, tout ce qui vivait dans un rayon de vingt mtres autour du sorcier sombra sur le champ dans un sommeil sans rve.<BR> Il matrisa un tremblement, le calme tait revenu, la ruelle tait toujours dserte. Il se dirigea vers l'elfe, la prit dans ses bras, et tourna les talons. A ce moment quelque sixime sens propre aux conjurateurs dut le prvenir car il se retourna et vit alors avec stupeur que Kalon se relevait, gauchement, comme s'il ne savait plus trop comment on utilise ses bras et ses jambes. Un sourire affreux dformait le visage de l'Hborien, le sourire de la mort. Il tendit son pe en direction du sorcier, au mpris des lois de l'quilibre, et pronona ces paroles:<BR> - Puissant sorcier, je te laisse partir avec cette fille car telle est ma volont, et je prendrai ta vie tantt si telle est ma volont. Va, toi qui vas masqu, et prends peur, car c'est ta mort que tu viens de contempler.<BR> Rendu muet par la terreur, le ncromant s'en fut avec son butin. Ce n'est que lorsqu'il fut loin que Kalon sombra de nouveau dans l'inconscience. <BR>  <BR> <B><U><FONT SIZE="+1">V ) O nos amis se retrouvent au frais et  l'ombre, mais pas trop longtemps.<BR></FONT></U></B> <P> Il se rveilla sur la paille humide d'un cachot malodorant.<BR> - Tiens, Kalon s'est rveill.<BR> C'tait la voix de Melgo. Le barbare s'assit sans trop de difficult et constata que le rai de lumire qui passait entre deux barreaux clairait suffisamment pour qu'il puisse reconnatre ses compagnons de cellule, l'autre tant le chevalier bavard, encore endormi. La gele tait fort spacieuse et haute de plafond, la porte tait  trois mtres au dessus du sol, y menait un escalier raide.<BR> - O on est? S'enquit Kalon dont la rapidit d'esprit n'tait pas la qualit premire.<BR> - En taule, cette question. J'ai entendu dire que tu avais eu des problmes, alors je suis venu voir si tu allais bien, et les cognes m'ont serr. Salauds. Qu'est-ce qui s'est pass?<BR> - Un type a embarqu Chlo.<BR> - Ae, pauvre gosse, elle tait gentille. (Aprs un moment de rflexion) C'tait pas un sorcier au moins?<BR> - Si, avec un masque.<BR> - Qui lui cachait la moiti du visage?<BR> - Oui.<BR> - Merlik. La vache. Et ce drle l, qu'est-ce qu'il fait ici?<BR> - Il m'a aid.<BR> - Pas trs efficace on dirait.<BR> - Ben, y'avait un sorcier.<BR> Un bruit de bottes dans le couloir interrompit la sance d'explications. La porte s'ouvrit et deux miliciens baraqus poussrent dans le trou une petite silhouette nerve qu'ils reconnurent sans peine.<BR> - Vous regretterez d'avoir pos vos sales pattes sur moi, btards de vos races.<BR> - Salut Sook.<BR> - Tiens, vous tes l? O est Chlo?<BR> - Merlik l'a enleve. J'ai appris que c'tait un sorcier et...<BR> - Je sais, et j'ai mme appris pourquoi il cherchait une elfe.<BR> Elle s'approcha de ses amis pour que nul ne puisse entendre.<BR> - D'aprs ce que j'ai pu voir, ce type s'apprte  invoquer un T'Shara. C'est une crature monstrueuse, un dmon particulirement puissant et retors. Onze de ces bestioles peuplaient jadis la terre, mais bien avant que les hommes primitifs ne sortent de leurs cavernes, les elfes et les dragons s'unirent pour les combattre et, au prix d'immenses sacrifices, russirent  les vaincre. On dit que seules trois de ces btes ont survcu  la guerre, et qu'elles furent exiles par les elfes parmi les sphres tnbreuses, des mondes mystrieux et terribles qui sont des prisons dont nul ne peut s'chapper si on ne lui ouvre la porte. Et pour ouvrir la porte  un T'Shara, il faut bien sr le sang d'une elfe. A mon avis, il prpare son coup depuis des annes.<BR> - Et qu'est-ce qui se passe s'il amne son dmon en ville?<BR> - Il ravagera le monde sans que grand-chose puisse l'arrter. C'est costaud le T'Shara. Et c'est pas du matin.<BR> Silence pesant. Sook se mit dans la position du lotus et commena  mditer.<BR> - Tu fais quoi?<BR> - Je prpare mes sortilges pour sortir d'ici et combattre un T'Shara. Laissez-moi travailler en paix.<BR> - Tu comptes te colleter ce monstre? S'il est aussi puissant que a, il va te piler, c'est sr.<BR> - C'est sr, mais si on reste ici on se fera massacrer, et on ne pourra jamais fuir assez vite ni assez loin pour lui chapper. Alors tant qu' crever, autant que ce soit en se battant.<BR> - Bien parl, jeune fille, fit le paladin en se rveillant. Voil une attitude digne d'une hrone... mais, on est en prison?<BR> - Oh, tu crois?<BR> - Quel impudence, incarcrer un dfenseur de l'ordre et de la loi! Gelier! Hol gelier!<BR> Il beugla ainsi une bonne demi-heure, sans autre rsultat que d'nerver prodigieusement ses compagnons d'infortune. L'aprs-midi se passa ainsi, puis le soleil dclina lentement. Une certaine agitation semblait rgner dans les rues de la ville. L'astre du jour prenait dj des teintes oranges lorsqu'enfin la porte du cachot s'ouvrit, puis se referma sur un personnage de taille moyenne, d'ge moyen et d'apparence quelconque, bien que ses yeux brillent d'une rare lueur d'intelligence, qu'apparemment troublait un vnement ennuyeux.<BR> - Euh bonjour, messieurs. 'Dames. Euh, je suis... peu importe qui je suis au fait, je viens vous faire vader.<BR> - C'est gentil, persifla Melgo, mais les gardes seront peut-tre d'un autre avis.<BR> - Ca m'tonnerait, je reprsente... enfin, bref, pas de problme avec les gardes.<BR> - Ah. Bien. Et pourquoi une si brusque relaxe?<BR> - Je crois que vous cherchez un certain Merlik, sorcier de son tat? Un certain nombre de personnes... proches du pouvoir en place, si vous voyez, souhaiteraient que ce monsieur aille faire ses... enfin bref, si vous pouviez le convaincre de quitter la ville...<BR> - Et si nous le convainquions de quitter le monde des vivants, qu'en diriez-vous?<BR> - Ma foi... je ne pense pas que le destin de ce monsieur proccupe grand monde dans les sphres du pouvoir.<BR> - Gnial. Mais pourquoi ne pas engager des assassins, ou bien envoyer la garde?<BR> - Ca serait difficile, voyez-vous, car cet aprs-midi, il a lanc un sortilge sur le phare de la Petite passe, et maintenant, tout le quartier est envahi d'espces de ronces tenaces et buveuses de sang. On a envoy deux pelotons de milice dcouper tout a, mais ils sont tombs nez  nez avec des trolls ou quelque chose du mme genre, ils ont bataill vaillamment, mais furent vaincus par des ennemis toujours plus nombreux. Bref, il faut des aventuriers. Un petit groupe puissant, discret et efficace.<BR> - Vous avez essay la guilde des sorciers?<BR> - Ils nous ont envoys chier. On n'est pas en trs bons termes avec eux, vous voyez...<BR> - Et vous n'avez pas d'autres aventuriers que nous?<BR> - Ben, comme apparemment vous connaissez Merlik, et qu'en plus on vous a sous la main... et puis je crois que vous avez dj vaincu de graves prils... en tout cas, c'est a ou la prison.<BR> - Mouais. Eh, paladin, tu nous accompagnes?<BR> - Malgr tout le respect que je vous dois, messire prtre, nous n'avons pas gard les cochons ensemble. Et sachez que je ne me droberai point  mon devoir sacr. Il ne sera pas dit que le Chevalier Vertu aura manqu  l'appel du combat contre les forces des tnbres.<BR> - Keskidi?<BR> - Il vient, on dirait. Bon, Sook, tu t'amnes?<BR> - Minute, j'ai pas fini.<BR> - Mais s'il invoque sa crature, nous somme perdus...<BR> - Il lui faut attendre que la lune soit au znith pour cela, nous avons le temps.<BR> <P> Il fallut donc attendre que mademoiselle ait termin sa petite cuisine, sous le regard de l'inconnu particulirement nerveux et qui faisait les cent pas. Rarement avait-il vu des prisonniers si peu dsireux de quitter leur lieu de dtention. Quoiqu' la rflexion, les condamns  mort...<BR> Puis enfin elle fut prte. Ils reprirent leurs armes et affaires, sortirent sous le regard peu amne des miliciens qui voyaient leurs proies s'chapper, et se sparrent de leur librateur avant de prendre la direction du sud. Sembaris tait btie autour d'une baie dont l'issue, au nord, tait barre par une le appele Lprante. Il y avait donc deux chemins pour entrer dans le port, la Grand-Passe  l'est, qui passait sous la Tour-Aux-Mages, et la Petite Passe,  l'ouest. Les deux se garnissaient  leur entre d'un grand phare octogonal visible de fort loin, mais il faut cependant noter que le phare de la Petite Passe tait abandonn quasiment depuis sa construction, car il ne servait  rien. En effet, la navigation dans la Petite Passe est fort dangereuse, mme de jour, du fait de son troitesse et des forts courants qui l'animent, et la nuit, c'est un vrai jeu de couillon. Donc de toute ternit, tout marin sachant son affaire prenait  l'est sans se poser de question et laissait l'autre passage aux jeunes imbciles presss de se noyer. Comme l'endroit tait au bout d'une avance de terre et qu'il tait dsert, c'tait bien le lieu idal pour fomenter un mauvais coup. Et puis les sorciers avaient toujours t attirs par les tours, la chose tait bien connue. Tout en descendant la rue Sifflante, une des principales artres de Sembaris, ils croisrent une impressionnante foule de rfugis fuyant le quartier du phare, qui tait pourtant loin, emportant avec eux meubles, bibelots, bbs en pleurs, grand-mres en pleurs aussi, chariots bonds et autres richesses qui firent regretter  Melgo d'tre pris par le temps, sans quoi il eut sans doute profit de la confusion pour ramasser deux ou trois bricoles tombant des charrettes.<BR> Or donc en chemin, Sook se frappa le front.<BR> - Mais qu'est-ce qu'on est cons, on n'a qu' prendre la barque, elle est amarre dans le port!<BR> - La... la barque, mais oui, elle est rpare, je m'en suis assur la semaine dernire.<BR> - Vous draisonnez mes amis, pourquoi donc prendre la mer? Le phare est entour de hautes murailles!<BR> - C'est une barque volante. Avec elle, nous viterons les ronces et les monstres en planant par dessus.<BR> - Quoi? Vous escomptez que moi, le chevalier Vertu, je fuie le combat tel un couard? Manants que vous tes, je m'en vais vous montrer comment guerroie un paladin de Sainte Persgule!<BR> - Mais c'est plus pratique!<BR> - La vie d'un chevalier, madame, n'a point  tre pratique. Elle doit tre glorieuse et se terminer en juste tragdie et joute spectaculaire, par la malpeste. Je combattrai au sol, comme un brave, tenez-vous le pour dit!<BR> - Xnhgh!<BR> - Calme-toi, Sook, intervint Melgo. Je vais expliquer au chevalier notre point de vue.<BR> Il prit son inspiration ainsi que sa voix la plus persuasive.<BR> - Messire, je vous en conjure, ne fltrissez point votre flamberge en combattant cette vile engeance, cette racaille grouillante de gobelins et de rats qui nous attend l-bas! C'est l besogne de pitaille, de boucher et non de gens de qualit tels que vous, je vous l'assure.<BR> - Mais, il a parl de trolls...<BR> - Ah, gentil seigneur, vous connaissez ces croquants, toujours prts  exagrer. Croisent-ils un basilic qu'ils le nomment dragon, une erinye qu'ils l'appellent succube, et sans ambages disent gant tout insecte dpassant la taille de leur paume. Et puis, ne vaut-il mieux pas arriver sur le champ de bataille dans un vhicule volant, tel Zerbullon<A HREF="#renvois"><SUP>(10)</SUP></A> conduisant le char du soleil, plutt qu' pied comme des gueux?<BR> - Euh... ben...<BR> - Allez, en avant, on n'est pas rendus.<BR> <P> <B><U><FONT SIZE="+1">VI ) O l'on prend d'assaut la tour du fourbe ncromant.<BR></FONT></U></B> <P> Le quartier du port tait encore plus bruyant ce soir l que d'habitude, car de nombreuses familles taient sorties dans les rues afin d'avoir des nouvelles du curieux phnomne qui avait lieu au phare, et le cas chant pour avoir le temps de fuir. On discutait ferme sur les quais, chacun y allant de son commentaire, attribuant ple-mle le problme aux magiciens, aux aventuriers, aux nomades Cordites enleveurs d'enfants,  la milice corrompue,  l'augmentation de la recrudescence,  la conjonction de la Plante Jaune avec la contellation du Chat Volant A Deux Ttes,  l'incomptence des autorits, aux immigrs orientaux, mais le consensus se dgageait gnralement pour dnoncer avec virulence la licence des moeurs et la dcadence de la socit Sembarite, et pour regretter les temps anciens. Des rudits Pthaths s'taient amuss  compulser les archives de la Penta-Bibliothque de Thebin pour savoir exactement  quel moment la dcadence avait commenc. Il tait apparu, d'aprs tous les tmoignages recueillis, que l'humanit tait en dcadence ininterrompue depuis l'invention de l'criture, au moins. Le premier texte intelligible grav sur une plaque d'argile, nomm "Tablettes de B'Rund", indiquait d'ailleurs: "Nous, Glaglashed le Puissant, fils de Moulesh Pied Velu, souverain incontest des terres situes entre la rivire bleue et le petit-ru-caillant-qui-descend-de-la-montagne, et souverain contest du Bois-Aux-Esprit, proclamons que l'criture est invention effmine qui ne peut conduire qu' la dcadence de notre pays. Tel est notre avis. Que celui-l qui n'est pas d'accord, il vienne nous le dire en face, ou bien alors qu'il la ferme, en vrit." .<BR> Quoiqu'il en soit, la foule tait trop excite pour prter attention  un paladin snob en armure rutilante, un barbare taciturne du nord lointain, un prtre oriental au crne ras et une sorte de petit truc roux portant un grand bton vert. Ils embarqurent  bord du frle esquif, un canot dont la coque bizarrode et la voilure saugrenue avait valu  Melgo bien des commentaires condescendants de la part de vieux marins curieux, conu pour emporter  travers les airs une vingtaine de personnes. Ils mirent discrtement le cap vers le centre de la baie, puis lorsqu'ils furent hors de vue des badauds, le voleur poussa avec prcaution les barres mtalliques qui couraient le long de la coque en bois renforc. Sans bruit particulier, le plus naturellement du monde, la ligne de flottaison descendit, pouce par pouce, jusqu' la quille, puis au-dessous de la quille. Le vaisseau volait maintenant  quelques empans au dessus du plan d'eau o se mirait la Lune. Le voleur avait choisi au jug un endroit de la baie d'o, en suivant le vent dominant, ils arriveraient jusqu'au phare maudit. La direction du vent tait la seule possible, car les voiles de la barque ne servaient qu' l'orienter, et non  la diriger. Le seul moyen de changer de cap pour un vaisseau volant tait, il s'en tait aperu au cours de la traverse qui les avait mene  Sembaris, de monter ou de descendre en qute d'un courant arien allant dans le bon sens. Ca marchait du reste assez mal, puisque Sembaris n'tait pas,  l'origine, leur destination.<BR> Le phare prsentait une large base carre, un premier tage octogonal et un second circulaire, qui allait en s'trcissant jusqu' la lanterne teinte, sinistre, recouverte d'une armature de fer. Aprs plusieurs essais, Melgo parvint  accrocher un grappin  une balustrade et  tirer sur la corde pour amener l'embarcation vers le balcon donnant sur la base du deuxime tage. En dessous, dans la pnombre, l'entrelacs des vgtaux mortels bruissait de grognements et de pas feutrs. Tout en nouant la corde  un taquet, Melgo signala:<BR> - Prudence, mes amis,  partir d'ici, nous sommes en terrain ennemi. Nul doute que force piges subtils et trappes meurtrires nous attendent dans les...<BR> - Bon, t'attends quoi au juste?<BR> Le voleur sauta en bougonnant sur le balcon troit qui faisait tout le tour du btiment, et  pas de loup examina le mur. Une porte minuscule en bois fort lui apparut bientt, du ct le moins expos aux intempries. Presse d'en dcoudre et oubliant toute prudence, Sook le suivit, puis le Chevalier, et enfin Kalon. <BR> - Hum... a sent bon les frites, fit la sorcire.<BR> - Drle d'ide, les frites en pleine nuit, observa le barbare.<BR> - Ventrebleu, peu me chaut que notre ennemi soit amateur de patates ou de tourte  l'oignon, pour peu que je puisse l'embrocher promptement sur mon braquemart.<BR> - Frites?<BR> Melgo, absorb dans son examen des lieux, n'avait pas senti l'odeur. Les rouages de son esprit se dbloqurent soudain, et il se souvint d'une leon de son vieux matre. Venant du haut, un crissement de mtal rouill vint confirmer ses craintes.<BR> - Ecartez-vous, vite!<BR> Dans un mme lan, ils reculrent alors qu'une nue de gouttelettes brlantes dferlait sur la porte, suivies immdiatement par un dferlement d'huile bouillante. La chose tait trange, car en gnral, lorsqu'un chroniqueur militaire relate l'usage d'huile bouillante par les dfenseurs d'un rempart, c'est un euphmisme dsignant en fait une toute autre varit de matire, nettement moins chre et bien plus malodorante, et qui faisait les mmes dgts. Cependant, l, il s'agissait bien d'huile, preuve que Merlik ne manquait pas de fonds, ni de classe.<BR> - Pour la discrtion, c'est rat. Bon, on dfonce.<BR> - Sans vouloir vous commander, je prfrerais que vous trouviez une autre solution.<BR> Une petite voix timide avait parl. Mais il n'y avait personne alentour.<BR> - Je suis l, sur la porte. Regardez-bien.<BR> Il y avait effectivement, au milieu des lattes de bois, une chose curieuse, rose, qui s'agitait. Une bouche. Qui parlait.<BR> - Non parce que si vous touchez la porte, elle va exploser mchamment.<BR> - Une rune de garde? Demanda Sook, gure impressionne.<BR> - Ah, j'entends qu'il y a un rudit parmi vous. C'est cela mme, une rune de garde.<BR> - Et pourquoi devrions-nous te faire confiance, aprs tout. Tu peux trs bien avoir t place l par le mme magicien que nous sommes venus occire.<BR> - C'est son assistant, Polphus le Radis, qui m'a mis l afin de lui rappeler de ne pas emprunter la porte.<BR> - Et pourquoi veux-tu nous prvenir nous? C'est curieux a...<BR> - C'est que cette andouille m'a mis en plein milieu de la rune, alors si elle explose, vous comprenez, c'est mauvais pour moi. Trs mauvais.<BR> - Evidemment. Mais comment on fait pour entrer?<BR> - Ben, je crois qu'il y a une porte secrte derrire. Vous pouvez toujours chercher.<BR> - Ah. Bon. Merci.<BR> - A votre service.<BR> Tandis que Melgo commenait  explorer plus avant le mur en tapotant dessus de sa dague, Sook continua la conversation.<BR> - Ca doit pas tre marrant le mtier de bouche magique, non?<BR> - Ben, en fait, c'est vrai que c'est un peu ennuyeux. Mais bon, au moins j'ai le bruit de la mer et les conversations des mouettes et des pcheurs pour me tenir compagnie. Quand je pense  mes collgues qui vivent depuis des sicles au fond de souterrains humides et dserts, sans autre passage que celui des rats, je m'estime plutt privilgi.<BR> - Mais dis-moi, tu m'as parl d'un assistant...<BR> - Polphus, le sorcier le plus distrait qui soit. Bien sr, ce n'est qu'un apprenti, mais on sent que celui-l n'est pas trs... enfin si, il est dou, mais disons que c'est tout  fait le genre  oublier de s'habiller le matin, ou  faire des efforts pour se rappeler son nom quand on le lui demande.<BR> - Et Merlik, tu sais ce qu'il veut faire ici?<BR> - Non, mais vu la magie qu'il dgage en ce moment, si j'tais vous, je me dpcherais.<BR> A ce moment, Melgo, qui avait trouv l'huis habilement dissimul derrire une illusion de mur, siffla la sorcire pour qu'elle vienne. Avec d'infinies prcautions, il ouvrit, et claira de sa lanterne la grande salle circulaire sans ornement particulier. Au centre, un escalier en colimaon, troit, montait et descendait. Devant, une statue un peu plus grande que nature figurait un homme massif, solidement camp sur ses jambes musculeuses, croisant les bras sur son torse nu. Sur son front tait peint htivement au bitume une sorte de glyphe compliqu.<BR> - Merde, un golem.<BR> Mme le Chevalier, qu'on ne pourra certes pas taxer de couardise, eut un mouvement de recul. Un golem, c'tait toujours un client. Le magicien qui en crait un devait longuement rechercher les ingrdients aux quatre coins du monde connu, mais la rcompense tait  la hauteur des efforts fournis, un serviteur fidle, un dfenseur indfectible, un monstre capable de tenir tte  une petite arme. Sa force tait sans pareille, les pes se brisaient sur sa peau de pierre, et il mettait une obstination toute minrale  accomplir sa tche.<BR> - JE VOUS INTERDIS DE PASSER.<BR> - C'est ennuyeux, commenta Sook, car si on l'attaque, on n'est pas sortis de l'auberge.<BR> - JE VOUS INTERDIS DE PASSER.<BR> - Ouais, ouais, j'ai entendu.<BR> - Bon, t'as une ide?<BR> - JE VOUS INTERDIS DE PASSER.<BR> - Si ce connard arrtait de nous gonfler, je pourrais peut-tre rflchir.<BR> Sook avait des sorts offensifs, mais rien qui puisse  coup sr briser la rsistance inne des golems  la magie.<BR> - JE VOUS INTERDIS DE PASSER.<BR> - Dommage qu'il ne soit pas aussi accommodant que la porte, nota le Chevalier.<BR> - La porte n'a pas t accommodante, c'est juste que le sorcier qui a lanc le sort tait incomptent, et qu'il a mal formul ses instructions.<BR> - JE VOUS INTERDIS DE PASSER.<BR> - Eh, mais au fait...<BR> La sorcire parut alors prise de folie, puisqu'elle traversa la salle, frla le monstre, et monta  l'escalier.<BR> - Bon, vous venez?<BR> Ils la suivirent, interdits, et passrent craintivement  proximit de la statue anime qui continuait  signaler  qui voulait l'entendre qu'elle leur INTERDISAIT DE PASSER.<BR> - Pourquoi il ne nous a pas attaqus, demanda Kalon, moins soucieux que ses compagnons de ne pas paratre balourd.<BR> - C'tait pas ses instructions. Le sorcier qui l'a enchant lui a srement demand d'interdire le passage  quiconque, mais pas de l'empcher. Nuance. Gros nul, le sorcier.<BR> La salle du dessus tait elle aussi circulaire, mais plus petite. Quatre tranges vasques hautes comme un homme, faites de fer rouill, semblaient grouiller de vers noirs. Ds que les aventuriers furent dans la pice, les vasques parurent dborder et des filaments rpugnants coulrent jusqu' terre en se contorsionnant d'obscne faon.<BR> - Tiens, c'est pas le mme truc qu' Bantosoz? Vous savez, dans la grotte?<BR> - Si, rpondit Sook qui, avec la lassitude issue de l'habitude, prit dans son sac le petit paquet de papier gras contenant la poudre aveuglante. Elle le lana sur une des vasques, il s'y brisa en rpandant dans l'air son contenu qui, au contact de l'air, s'enflamma en produisant un clair aveuglant. Les filaments se rsorbrent immdiatement, et de l'tage suprieur vint un hurlement strident.<BR> - C'est beau l'exprience.<BR> Ils se prcipitrent vers le haut, et entrrent dans la lanterne. Sur le sol, au milieu d'un pentacle de craie, gisait un malheureux ple et longiligne, aux cheveux raides et longs, qui bavait et se convulsionnait en rlant.<BR> - Alors vous voyez, le sortilge des "rets des tnbres" est bien marrant, mais quand il est dissip, le lanceur de sort devient limite lgume en contrecoup. Ca lui apprendra  magifier correctement.<BR> - Dame sorcire, je ne vois point le dnomm Merlik, que nous devons pourfendre.<BR> - En bas srement. J'aurais bien aim demander quelques renseignements  ce drle, mais il a pas l'air dans son assiette.<BR> - Afflableuh, opina l'intress.<BR> Ils le laissrent  son triste sort, traversrent les deux salles du dessous, croisrent les vasques vides et le golem bavard sans leur accorder d'attention, puis descendirent dans les profondements<A HREF="#renvois"><SUP>(11)</SUP></A>, en qute du ncromant. Ils arrivrent dans une petite salle carre, dont le plafond de bois se hrissait de fines stalagtites et le sol tait creus de petits trous circulaires. Aprs un examen attentif, les stalagtites s'avrrent tre en fait des piques mtalliques. Sur chaque mur, deux glissires de bois avaient t amnages, auxquelles correspondaient autant de rouleaux fixs aux cts du plafond. Pour ceux qui n'auraient pas saisi la nature du danger, un squelette bien blanc et propre avait t accroch entre les piques du plafond. Sur le mur oppos  l'escalier, une petite porte de fer, sans serrure mais avec un bouton, semblait narguer les aventuriers, encadre par deux bas-reliefs curieux en forme de croix d'Ankh, celui de droite tant plus grand que celui de gauche. Sous chacun tait fixe une petite roue dente en cuivre munie d'une flche pouvant pointer sur les dix chiffres d'un cadrant. Melgo, seul, s'approcha de la porte, prt  bondir vers l'arrire au moindre bruit suspect. Dessus tait grav une posie. Il tait presque  distance suffisante pour lire quand derrire lui un bloc de pierre retomba lourdement, lui coupant la retraite et le coupant de ses amis. Il leva les yeux vers le haut mais, contrairement  ce que veut l'usage, le plafond resta immobile. Le crne du squelette lui lana un sourire moqueur.<BR> - 'Chier.<BR> Derrire le bloc de pierre, il entendait ses camarades crier et taper, mais il savait que ce pige tait trop bien conu pour que son auteur ait laiss un moyen d'ouvrir de l'extrieur. Il se dirigea donc vers la porte, le coeur battant, notant sur quelle dalle il avait march pour causer son malheur, puis lut l'inscription  haute voix, afin que ses amis l'entendent.<BR> <P> Deux amants enlacs sous la Lune complice<BR> Qui claire leurs bats de sa froide lueur<BR> L, parmi l'herbe humide s'aimant sans malice<BR> Tiennent moins  la vie qu' leur tendre bonheur.<BR> <P> - Quel pitoyable pome, commenta le Paladin de Sainte Persgule. La rime est pauvre, le vers boiteux, le thme convenu, le vocabulaire sans intrt...<BR> - C'est une nigme, expliqua Kalon.<BR> - J'ai deux cadrants chiffrs de zro  neuf, avec deux Ankhs, un gros et un petit, et une porte  ouvrir. Quelqu'un a une ide?<BR> - Vous voulez dire que le pome explique comment ouvrir?<BR> Sook, irrite, rpondit schement.<BR> - C'est vident, quel intrt sinon. Bon, alors a commence par le chiffre deux.<BR> - Trop facile  mon avis. Et puis il y a deux quadrants, c'est lequel qu'il faut tourner?<BR> - Moui.<BR> La sorcire crivit le quatrain sur un bout de parchemin libre et commena  compter les mots, les lettres,  faire des combinaisons, des permutations, sans grand rsultat. Melgo, grand spcialiste des nigmes, ne se souvint de rien de semblable, et le Chevalier, qui se piquait d'tre ami des belles lettres, ne fut pas d'une plus grande aide. Quand  Kalon, sur lequel personne ne comptait trop, il jeta un coup d'oeil par dessus l'paule de Sook et nota distraitement:<BR> - Deux qui la tiennent.<BR> - Le moment est mal choisi pour les grossirets.<BR> - C'est crit. L. Les premiers mots.<BR> - Gnial, merci. Et  quoi a nous...<BR> Crouk crouk, firent les rouages du cerveau de la sorcire. Et puis Chting.<BR> - Met le cadran du petit Ankh sur trois.<BR> - Hein? Pourquoi?<BR> - C'est quoi un petit Ankh?<BR> - Ben... Je vois pas...<BR> - Un Ankh-ule. Un petit Ankh. Deux qui la tiennent, trois qui l'Ankh-ule, c'est bien connu!<BR> - Mais attend, a peut pas tre a, c'est tellement grotesque!<BR> - Ca serait bien de l'humour de sorcier. Vas-y,  moins que tu n'aies une meilleure ide.<BR> Ils entendirent le voleur grommeler, puis un long silence, un dclic, et enfin le bloc de rocher se releva.<BR> - 'Jamais rien vu d'aussi stupide, fit Melgo, blanc comme un linge.<BR> <P> <B><U><FONT SIZE="+1">VII ) O je m'interroge sur ma manie curieuse de mettre sept chapitres  chaque histoire.<BR></FONT></U></B> <P> Du fond d'un couloir troit et humide provenait une sinistre mlope psalmodie par une voix grave, qu'on eut dite blesse. Des mots plus anciens que l'humanit, des phrases lourdes de menaces, des obscnits sans nom surgies des gouffres noirs du pass.<BR> - Ca va, c'est un sort de localisation, on a encore le temps.<BR> Au fond du couloir pendait une tenture de satin noire. Melgo l'entrouvrit doucement et jeta un oeil. C'tait une pice pentagonale haute de plafond, d'une quinzaine de pas de diamtre, bien conforme  ce que l'on est en droit d'attendre d'une salle d'invocation. Un immense pentagramme de flammes rouges occupait la majeure partie de sa surface, et tout un bric--brac d'objets htroclites avait t repouss  la hte dans les coins. Au centre, revtu d'une robe de crmonie rouge et noire, le sorcier au masque de cuir levait ses mains au ciel, dans la droite il tenait la dague du sacrifice. Devant lui, attache sur un autel de pierre trop petit, se dbattait vainement la petite Chlo, qui criait et pleurait  chaudes larmes.<BR> <P> - O toi Vasksashaan, dmon de connaissance, par le pacte ancien qui nous lie, et par ce que tu dois  ceux de ma ligne, je t'invoque afin que tu rpondes  ma question. Elle se tapit telle le serpent immonde dans cette ville-mme qui m'a donn asile, elle attend son heure car elle est la bte de l'apocalypse, la tentatrice, et moi qui ai cd  son funeste sort, moi qui porte en ma chair sa terrible morsure, je requiers ton assistance afin de l'radiquer de ce monde. Indique-moi le lieu o  prsent elle se terre afin que sur elle je lance la puissance du vnrable T'Shara, seule capable de la vaincre.<BR> Et trois pas devant le ncromant, dans l'air crpitant, apparurent trois yeux jaunes ples et tremblotants, plisss, semblant rire de quelque plaisanterie incomprhensible pour les mortels.<BR> - TU M'AS MANDE, INVOCATEUR, POUR QU'AVEC TOI JE PARTAGE MON SAVOIR. SOIT, J'Y CONSENS, SACHE QUE CELLE QUE TU CHERCHES ET REDOUTES A JUSTE TITRE, CELLE QUI MARCHE AVEC LA MORT, CELLE-LA EST A L'EST DE CE LIEU OU TU TE TIENS.<BR> - C'est vague, n'est-ce pas. Tu ne pourrais pas tre plus prcis, dmon?<BR> - A L'EST, A ENVIRON HUIT PAS, DERRIERE LE RIDEAU. BONNE SOIREE.<BR> Et il disparut dans un clat de rire, laissant pantois le sorcier. Il se retourna lentement vers le rideau noir, qui s'entrouvrit pour laisser le passage  Melgo et ses amis.<BR> - Rend-toi, ncromant, ou tu priras par ma main.<BR> Il fut sans raction une seconde, son visage resta de marbre car il ne pouvait exprimer toute l'horreur qu'il ressentait. Et puis il se retourna vivement et abattit la dague avec un cri rageur. Il n'esprait plus vivre, il ne souhaitait plus que la mort de celle qu'il hassait. Mais fut-ce une convulsion de l'elfe ou un tremblement de sa main, toujours est-il que le poignard blessa Chlo de faon superficielle, drapant sur sa cage thoracique et ouvrant sa peau sans cependant lui causer de dommage. Avant que les aventuriers ne puissent l'en empcher, il se reprit et frappa de nouveau. Cependant le sort s'acharnait sur le pauvre Merlik.<BR> La terreur fut plus forte que toutes ses inhibitions et dans les veines de Chlo coula le feu de la maldiction, le legs du nuage, le Passage faisait son oeuvre. En moins de temps qu'il n'en faut  un chat pour se retourner, sa peau prit une teinte grise, puis noire, gonfla jusqu' doubler le volume de l'elfe, ses liens et sa robe se dchirrent tandis que les lames et les pointes de son armure les lacraient et les transperaient, elle tait maintenant une crature  la beaut trange, aux formes luisantes, meurtrires, acres, qui s'articulaient  la perfection en une machine de guerre redoutable. La dague glissa et se brisa sur le blindage, Merlik recula vivement et se plaqua contre le mur tandis que Chlo se relevait, lentement.<BR> Y'a des jours, comme a...<BR> Kalon bondit puissamment et de son pe menaa la gorge du sorcier.<BR> - Parle. O est l'or.<BR> Cependant, aprs tre revenue  un tat plus normal, Chlo s'tait jete dans les bras du Paladin, estomaqu. Le sorcier, maintenant, tait en proie  la plus grande terreur, comme en attestait la couleur de sa robe. De son oeil unique il fixait Sook, qui s'approchait en jetant un regard distrait au matriel qui l'environnait.<BR> - Ne t'approche pas de moi, monstre lubrique, vermine de l'enfer, je prfre mourir que servir de jouet  tes dsirs lascifs et immondes.<BR> Elle se retourna pour voir si quelqu'un s'tait gliss derrire elle. Ce n'tait pas le cas.<BR> - Eh? C'est  moi que tu parles?<BR> - Je t'ai reconnue, Sook du Chaos, et mme si tu puis tromper tes malheureux compagnons...<BR> - On se connat?<BR> Elle s'approcha pour examiner la face de son interlocuteur, prit un air chiffonn quelques secondes, puis son visage s'claira.<BR> - Ah, mais oui, Merlik Zambouruk, je me souviens! Ah l l, c'tait le bon temps...<BR> Puis sur un ton interrogateur.<BR> - Au fait, je t'avais pas tu la dernire fois?<BR> - Tu m'as rat, vermine femelle, et je me suis jur de dbarrasser l'humanit de ta prsence, manation dmoniaque. Prenez garde, vous autres qui partagez son pain, vous ne savez pas tout d'elle! Avez-vous seulement jamais vu ses fes...<BR> - SILENCE!<BR> Ce n'tait pas un ordre ni une exclamation, mais un mot de commande dclenchant le sortilge du mme nom, un sortilge qui empcha tout son de se propager autour de Merlik, et donc le rendit inoffensif, car les sorciers ont besoin de leur langue pour se livrer  leur art.<BR> - Ah, j'aime bien les histoires qui se terminent sans trop d'effusion de sang. Dans notre camp. Saucissonnons donc ce vil sorcier, livrons-le  la milice qui en fera ce que de droit, et cherchons de quoi nous payer de nos efforts. C'est bien le diable si on ne trouve pas de quoi se payer une petite fte sympa aprs tout a.<BR> Mais au ton de sa voix, ses amis comprirent que le sorcier risquait fort d'avoir en route "un petit accident".<BR> - Hol, madame, j'aimerais avant savoir ce que vous avez bien pu lui faire pour vous attirer une telle inimiti de la part de celui-l.<BR> - C'est vrai, reprit Melgo, d'o il te connat?<BR> - Oh, c'est un type que j'ai rencontr dans ma jeunesse, on tait une bande d'tudiants... bref, aprs une soire bien arrose, on tait tous bien imbibs, moi la premire, et donc ce drle-l a honteusement profit de la situation.<BR> - Tu veux dire...<BR> - Tu as trs bien compris. Dans la nuit ils se sont enfuis, videmment je les ai retrouvs l'un aprs l'autre, et puis... ben, vous savez comment font les sorciers dans ces cas-l. Celui-l, je pensais bien l'avoir correctement termin, je me demande comment il a fait pour survivre.<BR> - M'ourrrrgf, gargouilla Merlik en roulant de grands yeux.<BR> - Oh, ma pauvre Sook, comme cela a du tre dur d'tre ainsi utilise et...<BR> - Laisse tomber les violons, c'est pas pour a que je les ai tus.<BR> - Et c'est pourquoi?<BR> - 'Pas tes affaires.<BR> Kalon interrompit la conversation.<BR> - Vous avez vu, il fait des signes.<BR> Melgo tenta de dchiffrer le message.<BR> - Ah oui. Qu'est-ce que tu racontes, tes yeux? Tu veux des lunettes? Voir? Regarder? D'accord, regarder. Tu nous montres tes fesses? Cul? Derrire? Derrire. OK. Rond? Cercle? Pentacle? Ah, nous, regarder derrire nous. Bon d'accord, et al...<BR> Tous cinq se retournrent de conserve, et blmirent assez gravement en observant le petit autel de pierre sur lequel avait coul le sang de Chlo. Et au travers de la tache carlate s'coulait un mince ruban d'obscurit liquide qui se rpandait au plafond, au mpris de toutes les lois de la gravit, en une flaque de hideur mordore venue du fond des ges. Sook rsuma ainsi la situation :<BR> - Ben les enfants, on est mal barrs.<BR> - Tous dessus avant qu'il ait le temps de se former compltement!<BR> Ce qui posait un petit problme logistique, puisque le plafond en question tait  dix mtres de hauteur. Melgo lana une dague, qui resta colle  la surface gazo-glatineuse du rpugnode avant de disparatre dans sa masse. Il n'y avait ni organe  viser, ni d'ailleurs de matire  proprement parler, rien qu'un amalgame de magie pure et de machin-chose extradimensionnel, avec une bonne dose de malvolence pour lier la sauce. Horrifis, les hros ne pouvaient mme plus bouger. Alors ils crurent discerner dans la masse un dbut d'organisation, des yeux ples et fluctuants, l'esquisse d'une gueule immense menant  quelque abysse d'outre-monde, et au dessous, des tentacules indistincts, entremls, qui commencrent  pendre du plafond selon un angle qui n'avait pas grand chose  voir avec la verticale, en direction de ses proies hypnotises.<BR> Kalon fut le premier  ragir, car la situation lui en rappelait une autre, il bondit vers l'autel et le frappa de son Ecarteleuse environne de flammes, de toutes ses forces, tant et si bien que le lourd fer brisa la pierre dlicate et sculpte. Cela interrompit le flot de fluide malfique, et la chose fut prise d'une convulsion douloureuse, mais il tait trop tard, trop de matire avait travers la porte, trop de ce monstre tait maintenant rpandue dans la crypte. Le Chevalier Vertu, faisant preuve de la bravoure dont il se targuait si frquemment, sauta  l'assaut des tentacules noirtres et les trancha de son pe par douzaines, cependant l'affreuse matire, soit se remettait  couler vers le monstre, soit se collait aux bras du Paladin, lui causant d'atroces souffrances. Car telle tait l'arme du monstre, il prenait par simple contact la force de ses victimes, comme les sangsues boivent le sang  travers la peau. Sook lui lana, sans trop de conviction, un clair qui zbra la pnombre de la pice, mais la chose sembla prise d'un frisson de plaisir tandis que de petites dcharges bleues la parcouraient. Et les yeux ples, dpourvus de toute motion, se tournrent de nouveau vers les aventuriers avec un air gourmand. Melgo, Kalon et le Paladin formaient maintenant une ligne de dfense, frappant dsesprment le flot toujours renouvel de tentacules tandis que Sook, renonant  son ide de boule de feu, improvisait l'invocation qu'elle estima tre leur dernier espoir.<BR> <P> <I><CENTER><FONT FACE="Times New Roman">Par Mushnin et par Varlaguith, Dieux des elfes anciens,<BR> Par Bornough et Salgorath, Pres des dragons,<BR> Par les anciens seigneurs de l'Empire d'Or,<BR> Moi, sorcire sombre, lie ton coeur  ce monde.<BR></FONT></CENTER></I> <P> Et s'il en avait eu un, le visage du monstre aurait exprim la stupeur, car en lui s'tait produite une transformation. Son centre vital, la source de sa puissance, sige de sa force et de sa conscience, tait maintenant entirement matriel et pulsait violemment. Il tait maintenant vulnrable.<BR> - Kalon, dtruis son coeur.<BR> Mais tandis que la sorcire expliquait au barbare la marche  suivre, le monstre dplaait son centre et le protgeait d'un entrelac de tentacules. Ces petites cratures taient plus dangereuses qu'il ne l'avait cru d'abord, il fallait en finir. La bte se dploya et poussa un hurlement mental avant de lancer son assaut. Alors Chlo se manifesta, et prit l'Ecarteleuse des mains de Kalon.<BR> - Jette-moi vers lui de toutes tes forces, moi seule pourrai survivre  l'interieur de ce monstre.<BR> - Non!<BR> - C'est la seule chance, fais vite.<BR> Kalon en convint, d'autant qu'il n'avait plus trop le temps de rflchir. Il prit l'elfe dans ses bras, se plaa rapidement sous la bte. Au mme moment, Sook lana sa boule de feu. L encore le monstre absorba goulment dans son tre la puissance du sortilge, et pendant l'instant o il frissonnait sensuellement, le barbare lana son fardeau vers le coeur palpitant. Alors de nouveau Chlo se blinda, et c'est sous sa forme terrible qu'elle pntra toute entire dans le monstre, l'pe flamboyante en premier, et qu'elle transpera la chose palpitante.<BR> Pouf!<BR> Il disparut immdiatement, comme s'il n'avait jamais exist, comme un cauchemar au matin. Et Chlo retomba avec un bruit sec sur les dalles.<BR> - Si on passe pas de niveau avec a, c'est  dsesprer.<BR> Melgo, essayait de se remettre debout, constata :<BR> - C'est pourtant vrai que c'est costaud, un T'Shara!<BR> - Par bonheur, c'en tait pas un, un rejeton immature tout au plus. Il ne devait pas y avoir assez de sang. Si a avait t un vrai T'Shara, on serait plus l pour en parler.<BR> - Waoh. <BR> L'elfe, ayant repris son apparence normale, alla se blottir dans les bras du chevalier en tremblant.<BR> - Oh, mon hros, comme j'ai eu peur.<BR> - Hors de ma vue, crature infecte!<BR> - Hein?!<BR> - Je t'ai bien vue, sous ta forme dmoniaque, monstre! Je ne resterai pas une seconde de plus avec des abominations comme vous autres, oubliez le Chevalier Vertu, et allez au diable, vous allez bien ensemble, vous tous, ce n'est pas un Paladin de Sainte Persgule que l'on verra en vos compagnies.<BR> Et il sortit augustement par l o il tait entr. Commentaire de Sook:<BR> - Et ben, a en fera plus pour les autres.<BR> - Maismaismais... c'est un connard ce mec!<BR> - Evidemment, c'est un connard, qu'est-ce que t'esprais d'un mec qui passe plus de temps  lustrer son armure qu' gagner sa vie? Il faut toujours se mfier des belles paroles et de ceux qui les profrent, jeune fille. Il en rsulte que tu peux te fier  nous, car si nous sommes des escrocs sans foi ni loi, des voleurs et occasionnellement des assassins, nous n'avons pas pour ambition de passer  tes yeux pour autre chose que ce que nous sommes. Alors, tu veux rester avec nous?<BR> <P> Et tout bien considr, aprs avoir pes le pour et le contre, et envisag les divers avenirs qui s'ouvraient  elle et qui pour la plupart avaient des relents de fouet et de tches mnagres, l'elfe Chloripadare, dite Chlo, fit son entre dans la Compagnie du Val Fleuri.<BR> Les deux heures suivantes furent consacres  l'exploration du phare, et le butin se monta  quelques huit cent naves en monnaies et joyaux, plus quatre mille quatre cent en mobilier prcieux, tableaux, sculptures et vtements qui furent vendus aux enchres par la suite, et une grande quantit de composants magiques et livres de sorts que Sook s'accapara sans vergogne, tant et si bien qu'aprs partage et paiement de Vestracht pour ses services, il resta plus de mille naves pour chacun, jolie somme en vrit, bien qu'assez peu en rapport avec les risques encourus.<BR> La famille Sangoun dmnagea promptement, les ouvriers mirent un peu le feu  l'atelier,  la grande joie des clients.<BR> Kalon eut un rve postmonitoire o il lanait un scarabe sur un tas de gele rose, mais il n'y comprit rien, tant et si bien que la Compagnie Outreplanaise le mit sur liste rouge.<BR> Et nos hros eurent droit  un article d'une page dans "l'indpendant Khrnien", c'est  dire la totalit du journal.<BR> Quand aux fesses de Sook, on y reviendra srement dans une autre histoire.<BR> <P> <P> Bon, ben ils vont reviendre dans:<BR> <P> <CENTER><FONT SIZE="7"><A HREF="kalon8.htm">KALON ET LE CENOTAPHE INACHEVE</A></FONT></CENTER><BR> <BR><BR> <A NAME="renvois"><HR></A> <BR><BR> 1 ) Les cls correspondantes ayant t perdues depuis longtemps, ces serrures ne servaient plus gure qu' l'ducation des cambrioleurs de passage. Souvent on y voyait quelque matre vieux et sage expliquer patiemment  un groupe de jeunes monte-en-l'air impressionns l'usage du crochet cruciforme n107 contre le Verrou Malachien Archaque  Triple Pne Rhombodal, ce qui attirait invariablement les commentaires d'autres vieux voleurs prsents dans la salle et dsireux de rabcher leurs souvenirs d'anciens combattants.<BR> 2 ) Trs longuement tudie  la guilde des courtisanes de Sembaris. Un endroit charmant dont je vous recommande chaudement la visite si vous passez par l, l'architecture est trs typique du IIIme sicle Kaltien, avec ses colonnades torsades o se fait sentir l'influence Khorvienne, et les plafonds peints par les plus clbres artistes de l'poque. Je les signale car d'ordinaire, les clients ne les remarquent pas, ce qui est navrant.<BR> 3 ) Prononcer "Khemdien"<BR> 4 ) Le fait ne sautait pas forcment aux yeux de prime abord, mais il tait rarement contest. En tout cas rarement par des gens dont la survie excdait la minute.<BR> 5 ) A vrai dire, le vtement tait bien coup, c'tait Sook qui ne lui allait pas.<BR> 6 ) Ce qui est dans l'ordre des choses, quand on y rflchit.<BR> 7 ) Je m'y connais autant en couture qu'en navigation  voile. Sook eut quand  elle dcrit " une robe rouge sombre avec des trucs et des machins et des neuneux chochotte".<BR> 8 ) A ce propos, savez-vous reconnatre un hibou d'une chouette? C'est pourtant simple, le hibou a deux bosses.<BR> 9 ) C'est aussi lui qui avait remplac l'ancien supplice de l'viscration  chaud, qui punissait traditionnellement la grivlerie, par une simple pendaison prcde, ventuellement, d'un petit passage sur la roue. Il fut sans doute le plus grand humaniste de son temps.<BR> 10 ) Dieu du soleil. Ah, vous aviez devin?<BR> 11 ) O sont les cls RA, en gnral. Pas compris? Tant pis.<BR>  <P> <P> </BODY> </HTML> 
