<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Chemclub+">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.5 [en] (Win95; I) [Netscape]">    <title>Adrien-Emmanuel Rouquette: La Nouvelle Atala</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#AD2D2D" vlink="#000EE0" alink="#FF0000">  <center><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/louisiane.html"><img SRC="louis-titre2.gif" BORDER=0 height=61 width=620></a></center>  <center><table BORDER=0 WIDTH="85%" > <tr> <td> <center><!-- Row 1 Column 1 --></center> </td>  <td> <center><font size=+3>La Nouvelle Atala&nbsp;</font> <p><font size=+2>par Adrien-Emmanuel Rouquette</font> <p><a href="#chap7">Chapitre 7</a> - <a href="#chap8">Chapitre 8</a> <p> <hr width="100%"> <p><a NAME="chap3"></a><font size=+1>CHAPITRE VII</font></center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Parmi des droits incontestables et imprescriptibles de lhomme, il faut mettre en premi&egrave;re ligne le droit d&eacute;migrer; le droit de changer de patrie, lorsque lhonneur le commande, ou quune grande infortune en fait un devoir et une n&eacute;cessit&eacute;.&nbsp; La patrie de lap&ocirc;tre est partout o&ugrave; il y a des &acirc;mes &agrave; sauver.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cest encore un des droits incontestables de lhomme, de se d&eacute;tacher dune soci&eacute;t&eacute; quelconque, o&ugrave; il ne trouve plus que des sujets daffliction, de d&eacute;go&ucirc;t et de honte.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est aussi des circonstances o&ugrave; il peut et doit s&eacute;loigner de sa famille et de ses amis.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lexil est souvent le seul refuge et la seule sauve-garde du malheur et de la dignit&eacute;, du g&eacute;nie et de la saintet&eacute;.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Atala ne sest pas d&eacute;tach&eacute;e de la soci&eacute;t&eacute;, elle na pas fui la famille; mais elle en a &eacute;t&eacute; d&eacute;tach&eacute;e par un &eacute;v&eacute;nement providentiel, quelle a toujours regard&eacute; comme un bonheur, et qui la plac&eacute;e en dehors des froides convenances, des humiliantes contraintes, et des fastidieux d&eacute;tails dune &eacute;tiquette exigeante, qui rapetisse les grands et qui grandit les petits.&nbsp; Dans le monde, on donne la plus s&eacute;rieuse attention aux choses les plus insignifiantes, et aux choses les plus importantes on accorde &agrave; peine une attention distraite.&nbsp; On y est ensorcel&eacute; par le prestige de la bagatelle.&nbsp; Dans le monde, se taire, cest presque toujours une impolitesse; et, le plus souvent, parler, cest une impertinence.&nbsp; On y est condamn&eacute; &agrave; entendre r&eacute;p&eacute;ter mille fois les m&ecirc;mes bons mots, qui ont le triste avantage d&ecirc;tre beaucoup plus m&eacute;chants quils ne sont spirituels.&nbsp; Moins on a de cur, plus on a desprit.&nbsp; Avoir et faire de lesprit, cest manquer de bon sens; cest manquer surtout du sens int&eacute;rieur et mystique des choses &eacute;lev&eacute;es; cest manquer de charit&eacute;.&nbsp; Faire de lesprit, cest fausser les relations des choses.&nbsp; Lesprit nest rien; les d&eacute;mons ont beaucoup desprit.&nbsp; Cest lamour qui est tout.&nbsp; Il y a un esprit qui est aussi fin que charitable, cest celui des saints.&nbsp; St-Fran&ccedil;ois de Sales avait cet esprit.&nbsp; Dans le monde, il faut faire de lesprit; il faut rire et faire rire, samuser et amuser les autres.&nbsp; Il faut y supporter la superbe outrecuidance, limpertinente fatuit&eacute; et l&eacute;tourdissant bavardage de ces essaims parfum&eacute;s dimberbes papillons, qui voltigent autour de leurs vaines idoles, dans les salons lambriss&eacute;s des vulgaires parvenus dune aristocratie dargent et de serre-chaude.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quaurait fait Atala, dans cette ti&egrave;de et fade atmosph&egrave;re du bas-empire des m&eacute;diocrit&eacute;s envieuses et intol&eacute;rantes qui y r&egrave;glent la mode et y gouvernent lopinion, avec une imperturbable suffisance?&nbsp; Aurait-elle pu respirer dans cette &eacute;nervante atmosph&egrave;re de luxe extravagant, daff&egrave;terie &eacute;tudi&eacute;e et dindignes futilit&eacute;s, qui d&eacute;naturent le cur et suffoquent la pens&eacute;e?&nbsp; Quaurait-elle fait dans le monde?Dans le monde, on se prive du n&eacute;cessaire; et cela, pour acheter les plus folles superfluit&eacute;s du caprice.&nbsp; Lartifice y prend tous les masques de la s&eacute;duction.&nbsp; Le monde, avec ses modes ind&eacute;centes et ridicules, ses bals d&eacute;lirants, ses cyniques et sacril&egrave;ges th&eacute;&acirc;tres, avec ses danses impures et ses hideuses mascarades,le monde est le vestibule du s&eacute;jour de l&eacute;ternel d&eacute;sespoir!. . . .&nbsp; Malheur au monde!&nbsp; Cest le d&eacute;mon qui lui inspire sa froide malice, sa noire m&eacute;chancet&eacute; et ses impitoyables vengeances!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre sa sortie du Couvent et l&eacute;poque o&ugrave; elle se perdit dans les bois, Atala passa plusieurs ann&eacute;es dans la maison paternelle; elle y &eacute;prouvait une g&ecirc;ne, un malaise, une inqui&eacute;tude ind&eacute;finissable, un vague besoin de quelque chose dinconnu, apr&egrave;s lequel son &acirc;me soupirait sans cesse.&nbsp; Pourquoi regardait-elle si souvent du c&ocirc;t&eacute; de la for&ecirc;t?&nbsp; Pourquoi allait-elle, r&ecirc;veuse, sasseoir au bord du fleuve qui passait devant lhabitation de son p&egrave;re?&nbsp; Pourquoi suivait-elle le vol des oiseaux, en disant avec tristesse:&nbsp; &laquo; Oh! si javais des ailes! &raquo;&nbsp; Pourquoi enviait-elle le sort de lIndienne, lorsquelle avait tout ce quelle pouvait d&eacute;sirer?&nbsp; Ah! ne me demandez pas, pourquoi?&nbsp; Le cur humain est un myst&egrave;re; il a des &eacute;lans qui atteignent les hauteurs de linfini; et on ne satisfait pas ce cur avec ce qui germe de la poussi&egrave;re et doit retourner &agrave; la poussi&egrave;re?&nbsp; Plus l&acirc;me dAtala se rapprochait du Centre Eternel de son amour, plus le mouvement qui ly pr&eacute;cipitait, plus lattraction qui la sollicitait devenait puissante et irr&eacute;sistible:&nbsp; Elle y gravitait de tout le poids de cet amour, toujours croissant, et toujours plus violemment attir&eacute; par son Objet Divin.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais il est temps de parler dun personnage, qui, ne se plaisant plus dans la soci&eacute;t&eacute; des civilis&eacute;s de lEurope, &eacute;tait venu demander aux Sauvages de lAm&eacute;rique de le recevoir parmi eux.&nbsp; Au lieu de chercher &agrave; civiliser les Sauvages, il avait cru plus sage et plus facile de se faire Sauvage.&nbsp; Apr&egrave;s s&ecirc;tre fait Sauvage, il avait conserv&eacute; assez du civilis&eacute; pour &ecirc;tre distingu&eacute; du Sauvage, et assez pris du Sauvage pour n&ecirc;tre plus regard&eacute; comme civilis&eacute;:&nbsp; Cest &eacute;tait le trait-dunion des deux extr&ecirc;mes.&nbsp; Il appartenait &agrave; une des grandes familles de la noblesse bretonne; il aurait pu pr&eacute;tendre aux plus hautes charges; il en avait rempli de tr&egrave;s-importantes; il renon&ccedil;a &agrave; tout, et aima mieux descendre jusqu&agrave; se faire Sauvage:&nbsp; Selon lui, c&eacute;tait monter.&nbsp; A ce demi-sauvage, &agrave; ce demi-civilis&eacute;, &agrave; ce nouveau Daniel Boone, ses fr&egrave;res du d&eacute;sert avaient donn&eacute; le nom de Hopoyouksa, lHomme-Sage:&nbsp; C&eacute;tait, en effet, un grand sage; c&eacute;tait un vrai philosophe; c&eacute;tait Chateaubriand ne retournant plus en Europe pour se mettre &agrave; la suite dune royaut&eacute; qui tombait, et r&eacute;sister &agrave; un empire qui s&eacute;levait; c&eacute;tait un h&eacute;ro&iuml;que transfuge de lAncien-Monde, et un sublime r&eacute;fugi&eacute; dans le Monde-Nouveau.&nbsp; Il venait demander aux d&eacute;serts incultes ce que les soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute;es ne pouvaient plus lui donner.&nbsp; Les grandes infortunes recherchent la solitude.&nbsp; LExil est une solitude propice &agrave; la dignit&eacute; du malheur.&nbsp; La patrie est l&agrave; o&ugrave; la v&eacute;rit&eacute; est reconnue, la vertu honor&eacute;e, la Religion mise au-dessus de tout.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hopoyouksa &eacute;tait lami dIssab&eacute;.&nbsp; Lun ne quittait pas lautre.&nbsp; Ils chassaient ensemble, allumaient le m&ecirc;me feu, dormaient sous le m&ecirc;me arbre, et la maladie de lun entra&icirc;nait presque toujours la maladie de lautre.&nbsp; Les populeuses cit&eacute;s de la civilisation nont jamais vu une amiti&eacute; plus sinc&egrave;re, une union plus fraternelle, un plus chevaleresque &eacute;change de d&eacute;licates courtoisies:&nbsp; C&eacute;tait lesprit de la grande noblesse transport&eacute; dans le d&eacute;sert pour y faire revivre les traditions dhonneur et inspirer lh&eacute;ro&iuml;sme des anciens jours.&nbsp; Lextr&ecirc;me aristocratie de la civilisation s&eacute;tait rencontr&eacute;e avec lextr&ecirc;me aristocratie de la nature.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce noble exil&eacute; de la Bretagne ne pouvait entendre parler de lignoble d&eacute;mocratie, de la prosa&iuml;que bourgeoisie marchande, et de cette vulgaire aristocratie qui sappuie sur largent.&nbsp; Dans son imposante indignation, il se promenait en tout sens, frappant du talon le sol retentissant, les bras crois&eacute;s sur la poitrine, comme Napol&eacute;on &agrave; la veille dune grande bataille.&nbsp; Parfois, cette indignation &eacute;clatait aussi terrible que la foudre qui d&eacute;chire le nuage.&nbsp; Il aurait volontiers appel&eacute; un second d&eacute;luge, pour laver les souillures pl&eacute;b&eacute;iennes, et nettoyer les &eacute;tables des Augias de la d&eacute;magogie.&nbsp; Il aimait Dieu dun amour assez intense, pour avoir la haine de lerreur et du mal; la haine qui n&eacute;pargne pas, mais qui foudroie et terrasse le vice audacieux et limpi&eacute;t&eacute; r&eacute;volutionnaire:&nbsp; &laquo; Lorsque jai vu, disait-il, le noble abandonner son grand domaine seigneurial de la campagne pour lenceinte &eacute;troite des villes bourgeoises; lorsque je lai vu abandonner l&eacute;p&eacute;e, la charrue et le fusil, pour la plume mercenaire du litt&eacute;rateur, pour les tortueuses chicanes du barreau, la pol&eacute;mique furieuse de la tribune, et lagressive audace du journalisme; lorsque je lai vu abandonner le sacerdoce et la haute magistrature pour embrasser des professions &eacute;quivoques et compromettantes:&nbsp; Ah! jai abandonn&eacute; la noblesse qui d&eacute;rogeait de tant de mani&egrave;res, et je suis venu demander aux d&eacute;serts dAm&eacute;rique de cacher ma honte et de sauver ma dignit&eacute;!&nbsp; Je nai pu supporter le spectacle du tr&ocirc;ne des grands rois usurp&eacute; par Louis-Philippe, la bourgeoisie et la marchandise! &raquo;&nbsp; Dautres fois, et avec encore plus dindignation, il s&eacute;criait:&nbsp; &laquo; Quoi! vous pr&eacute;tendez, &ocirc; hypocrites d&eacute;clamateurs, &ocirc; sophistes utilitaires, &ocirc; niveleurs impitoyables, &ocirc; hommes de la vile prose et du froid calcul, &eacute;conomistes de la mati&egrave;re, vous pr&eacute;tendez que la th&eacute;orie ne domine pas la pratique; la pens&eacute;e, laction; lId&eacute;al, le r&eacute;el; lAbsolu, le relatif; Dieu, toute la cr&eacute;ation et toutes les soci&eacute;t&eacute;s; vous appelez r&ecirc;veurs et id&eacute;ologues ceux qui disent que lordre sup&eacute;rieur doit gouverner lordre inf&eacute;rieur; la t&ecirc;te, les bras et les pieds; lunit&eacute;, le nombre;ceux qui disent quil y a, dans toute soci&eacute;t&eacute;, une classe privil&eacute;gi&eacute;e; une classe intelligente, honorable, form&eacute;e par l&eacute;ducation, et qui doit gouverner la multitude le peuple, les masses ignorantes et marchandes, ouvri&egrave;res et mat&eacute;rielles:&nbsp; Et cependant, tous les astres tournent autour du soleil, leur centre commun; il ny a quun seul Pape dans lEglise; un seul g&eacute;n&eacute;ral en chef dans larm&eacute;e; un seul capitaine sur le navire; partout et toujours, le nombre tumultueux est soumis &agrave; lunit&eacute; tranquille, qui concentre les volont&eacute;s et les forces diverses en elle seule, afin dagir avec une vigueur souveraine et une souveraine majest&eacute;; &agrave; la force centrifuge et d&eacute;sordonn&eacute;e, il faut opposer la force centralisante, lunit&eacute; de volont&eacute; et daction.&nbsp; Ah! que F&eacute;n&eacute;lon,ce cygne en qui il y avait de laigle,disait vrai, lorsquil disait:&nbsp; &laquo; Quelle folie de mettre son bonheur &agrave; gouverner les autres hommes, dont le gouvernement donne tant de peine, si on veut les gouverner avec raison, et suivant la justice!. . . .&nbsp; Mais pourquoi prendre plaisir &agrave; les gouverner malgr&eacute; eux?&nbsp; Heureux celui qui nest pas oblig&eacute; de commander!&nbsp; Heureux, qui n&eacute;tant point lesclave dautrui, na point la folle ambition de faire dautrui son esclave! &raquo;&nbsp; Et quil avait raison aussi, le savant &eacute;v&ecirc;que dAvranches, lorsquil disait:&nbsp; &laquo; Pour les conqu&ecirc;tes et le gouvernement des Etats, en bonne politique, la brutalit&eacute; est n&eacute;cessaire. &raquo;&nbsp; Ce nest pas par la douceur, ce nest pas par la bont&eacute;, ce nest pas par lamour que len obtient quelque chose des hommes; non!&nbsp; Cest par la crainte quinspire la force; lautorit&eacute; sans la force, et sans la force qui est aussi prompte quirr&eacute;sistible, nest quun r&ecirc;ve dutopiste.&nbsp; On ne fait valoir la raison, on ne fait r&eacute;gner la justice, on ne maintient lordre que par la force!. . . .&nbsp; La force du droit est dans le droit de la force.&nbsp; La raison du glaive et du sabre, cest la folie ingouvernable des hommes.&nbsp; R&eacute;gner, gouverner, cest diviser, classifier, ordonner, tout rapporter et soumettre &agrave; lunit&eacute;, qui se rapporte elle-m&ecirc;me et se soumet &agrave; Dieu.&nbsp; La r&eacute;volution appelle, n&eacute;cessite, et justifie la dictature!&nbsp; Si les rois ne sentendent pas pour &eacute;touffer la r&eacute;volution appelle, n&eacute;cessite, et justifie la dictature!&nbsp; Si les rois ne sentendent pas pour &eacute;touffer la r&eacute;volution, nous aurons bient&ocirc;t linvasion des barbares, le despotisme militaire, et la boue, et le sang, et lanarchie, et le chaos; nous aurons le d&eacute;sordre t&eacute;n&eacute;breux et lhorrible confusion de lenfer!&nbsp; Les foudres du Vatican ne suffisent pas pour faire taire et terrasser lEsprit du mal, le monstre impie; il faut encore la voix supr&ecirc;me et les fulminantes brutalit&eacute;s du canon:&nbsp; Il faut linvincible Hercule du Pouvoir pour assommer de sa massue les b&ecirc;tes f&eacute;roces du Voltairianisme, et nettoyer les &eacute;curies infectes des bandes noires de laveugle et sauvage r&eacute;volution!&nbsp; Il faut le boulet rouge pour crever la trombe qui obscurcit le ciel et menace la terre.&nbsp; Ah! si je faisais partie du Conseil des rois, la soci&eacute;t&eacute; serait bient&ocirc;t purg&eacute;e de cette monstrueuse engeance qui lui rouge les entrailles!. . . .&nbsp; &laquo; Etre ou ne pas &ecirc;tre, &raquo; gouverner ou &ecirc;tre gouvern&eacute;, voil&agrave; la question!&nbsp; Question de vie ou de mort!&nbsp; Vaincre ou &ecirc;tre vaincu, r&eacute;gner ou mourir, voil&agrave; lalternative!&nbsp; Si le pouvoir nuse pas de la force contre les r&eacute;volt&eacute;s abuseront de la force contre le pouvoir!&nbsp; Il ny a que la force de lunit&eacute; qui puisse contenir dans lordre les turbulentes majorit&eacute;s! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sanimant de plus en plus, et de plus en plus indign&eacute;, il disait avec autant de tristesse que d&eacute;tonnement:&nbsp; &laquo; On ma bl&acirc;m&eacute; de quitter la France; on aurait voulu my retenir:&nbsp; Comment se soumettre &agrave; un gouvernement qui saffranchit de Dieu, et &agrave; une soci&eacute;t&eacute; qui contredit la nature?&nbsp; Devais-je rester au milieu delle, pour faire naufrage avec elle?&nbsp; Devais-je demeurer sur le navire qui allait sombrer?&nbsp; Nest-il pas permis &agrave; celui qui voit le danger,lorsquil est sans rem&egrave;de,de chercher un moyen de salut?&nbsp; Rester sur le navire qui va p&eacute;rir, ce nest pas montrer du courage; cest partager laveugle obstination de l&eacute;quipage insens&eacute;.&nbsp; Quand un &eacute;difice vermoulu saffaisse et s&eacute;croule, loiseau prend son vol :&nbsp; Fuyons comme loiseau, pour n&ecirc;tre pas ensevelis sous un amas de d&eacute;bris et de poussi&egrave;re!&nbsp; Faut-il se croiser les bras, et contempler lincendie, qui avance et gronde; le torrent, qui d&eacute;borde et menace de tout ravager; la mar&eacute;e, qui monte avec ses flots mugissants?&nbsp; Faut-il rester, pour &ecirc;tre la victime insens&eacute;e dune mort inutile et inglorieuse?&nbsp; Non! non!&nbsp; Tout homme a le droit dabandonner une soci&eacute;t&eacute;, qui tombe en dissolution; un cadavre, qui exhale la peste; une sentine dinfection contagieuse!&nbsp; Il faut mettre entre soi et cette soci&eacute;t&eacute;, qui tombe en dissolution; un cadavre, qui exhale la peste; une sentine dinfection contagieuse!&nbsp; Il faut mettre entre soi et cette soci&eacute;t&eacute; gangren&eacute;e un cordon sanitaire; entre soi et ce cadavre, et cette sentine, la distance que commande lhygi&egrave;ne:&nbsp; Oui, fuyons assez loin de cette pourriture sociale, pour que rien delle ne nous arrive et contamine!&nbsp; Dieu fit les d&eacute;serts pour nous servir dasiles, quand tous les autres asiles ont &eacute;t&eacute; d&eacute;truits ou ferm&eacute;s:&nbsp; Allons l&agrave; o&ugrave; se trouve Dieu!&nbsp; A quoi sert de donner &agrave; ceux que lon quitte lexplication de sa r&eacute;solution, quand cette r&eacute;solution est une inspiration.&nbsp; On ne discute point les grandes r&eacute;solutions. . . .&nbsp; Il vaut mieux ne pas chercher &agrave; d&eacute;finir lind&eacute;finissable.&nbsp; Ce qui sexplique clairement nest gu&egrave;re profond.&nbsp; Linexplicable touche au myst&egrave;re et &agrave; linfini!. . . .&nbsp; O ombrages des grands arbres s&eacute;culaires, sombres profondeurs des for&ecirc;ts primitives, berceaux de lianes, sanctuaire de l&acirc;me, solitude, silence, tranquillit&eacute;, &ocirc; vierge nature, que tu as de charmes pour celui qui sest s&eacute;par&eacute; de cette pr&eacute;tendue civilisation, qui nest au fond quune barbarie raffin&eacute;e, quun sauvage paganisme!&nbsp; O vierge nature, que tu compenses magnifiquement tout ce quil a laiss&eacute; derri&egrave;re lui; tout ce que les autres ach&egrave;tent au prix de la simplicit&eacute;, d lhonneur et de la dignit&eacute;!&nbsp; Que tu le d&eacute;dommages de toutes les pertes quil a pu faire pour te poss&eacute;der, et senivrer de ta beaut&eacute;!O nature! tu mas donn&eacute; une cabane; et cette cabane est plus quun ch&acirc;teau, plus quun palais!&nbsp; Tu mas donn&eacute; la libert&eacute;; et la libert&eacute; est le supr&ecirc;me objet de toutes les aspirations, qui tourmentent et bouleversent tant d&acirc;mes opprim&eacute;es!&nbsp; Tu mas donn&eacute; Dieu; et, avec Dieu, tout le reste par surcro&icirc;t!&nbsp; Poss&eacute;der Dieu seul, cest tout poss&eacute;der, dans la joie la plus pure et la paix la plus profonde! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br> <br> <center> <p><a NAME="chap8"></a><b>CHAPITRE VIII</b></center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un jour, o&ugrave; la nature respirait &agrave; peine; o&ugrave; tout &eacute;tait si calme et immobile, que le silence enchant&eacute; dormait dans les bras de lextatique solitude, un peu avant le coucher du soleil, Rosalie s&eacute;loigna de sa cabane, en effeuillant, le long de la route, une branche de sumac, marquant ainsi la trace de ses pas:&nbsp; Elle semblait pressentir quelque danger.&nbsp; Apr&egrave;s un quart dheure de marche, elle sarr&ecirc;ta sous un grand magnolia, et sassit sur une de ses racines qui sortait de terre.&nbsp; Elle remarqua autour delle, que les feuilles de cet arbre, dun tissu ferme et serr&eacute;, s&eacute;taient repli&eacute;es en s&eacute;chant, de mani&egrave;re &agrave; former des vases naturels capables de recueillir et de conserver leau de la pluie, pendant des semaines.&nbsp; Les oiseaux, les l&eacute;zards et une foule dinsectes venaient se d&eacute;salt&eacute;rer dans ces petits bassins pr&eacute;par&eacute;s par la Providence.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rosalie &eacute;tait triste et pensive.&nbsp; Elle comprenait toute l&eacute;tendue de lengagement quelle venait de prendre.&nbsp; Il lui faudra d&eacute;sormais pr&eacute;parer les repas dIssab&eacute;, tenir toujours pr&ecirc;ts ses accoutrements de chasse, pr&eacute;voir et pr&eacute;venir tous ses besoins.&nbsp; Adieu la douce libert&eacute;, qui lui permettait daller et venir, de veiller et de dormir, au gr&eacute; de sa fantaisie, aussi enfantine que changeante et irr&eacute;guli&egrave;re!&nbsp; Adieu les promenades solitaires, les r&ecirc;veries silencieuses et les plaintives modulations de la vague m&eacute;lancolie.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans cette veine de tristesse, qui ressemblait &agrave; du regret, il s&eacute;chappait de son &acirc;me une m&eacute;lodie gracieuse et suave, tendre et myst&eacute;rieuse, douce et voil&eacute;e comme la nuit tranquille.&nbsp; Elle modulait avec &eacute;lan et pr&eacute;cision; les notes dolentes ruisselaient de son gosier, toutes chaudes de larmes, et tombaient, goutte &agrave; goutte, comme une ros&eacute;e de lumi&egrave;re perl&eacute;e, et elles scintillaient comme la chaste clart&eacute; des &eacute;toiles sereines, sous le voile transparent des ombres fugitives que chasse la brise g&eacute;missante.&nbsp; Il y avait, r&eacute;unies et fondues ensemble dans cette voix virginale, la voix &eacute;l&eacute;giaque du rossignol et la voix lyrique du moqueur.&nbsp; La nuit &eacute;toil&eacute;e l&eacute;coutait, dans une muette ivresse, et un extatique enchantement!&nbsp; Et le moqueur se taisait, pour admirer sa rivale victorieuse, en silluminant des sonores &eacute;clats de sa m&eacute;lodie improvis&eacute;e.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce nest pas la musique savante et correcte qui nous touche et ravit le plus; mais cest lexpression naturelle, cest laccent de l&acirc;me, cest lexplosion des passions les plus intimes:&nbsp; Toute l&acirc;me passionn&eacute;e de Rosalie &eacute;tait transmise et vibrait dans sa voix &eacute;mue.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De tous les animaux, le serpent est celui, qui, par l&eacute;lasticit&eacute; vibratile de son organisation, est le plus sensible &agrave; la musique.&nbsp; Il recherche plut&ocirc;t quil ne fuit lhomme.&nbsp; Il est plut&ocirc;t domestique que sauvage.&nbsp; Il sapprivoise facilement, et vit dans les maisons.&nbsp; Il a toujours exist&eacute; des psylles qui pouvaient manier impun&eacute;ment les serpents et en faire ce quils voulaient.&nbsp; Le serpent a jou&eacute; un grand r&ocirc;le dans le drame de lhumanit&eacute; naissante.&nbsp; Cest sa forme que prit le d&eacute;mon, pour tenter et faire succomber la premi&egrave;re femme.&nbsp; Il tente encore, de nos jours, et s&eacute;duit une grande partie de la famille humaine; il en obtient un culte immonde, et des autels souill&eacute;s de larmes et de sang.&nbsp; Il est, aujourdhui comme autrefois, le m&ecirc;me impressionnable et myst&eacute;rieux amateur de musique:&nbsp; Un instrument qui joue, une voix qui chante, la moindre note m&eacute;lodieuse le fait sortir de sa retraite, lattire et le magn&eacute;tise; il avance, comme port&eacute; par les ondulations des vagues de lharmonie:&nbsp; Cest ainsi que le moqueur lattire par sa voix magique, pour en &ecirc;tre bient&ocirc;t la victime et la proie:&nbsp; Il &eacute;touffe dans ses replis glac&eacute;s lharmonie du chantre merveilleux.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, quel instrument, quelle voix est comparable &agrave; la voix humaine, traduisant les &eacute;motions intimes de l&acirc;me, dans cette langue myst&eacute;rieuse de linfini; cette langue, qui commence l&agrave; o&ugrave; sarr&ecirc;te la parole; cette langue qui exprime lineffable par toutes les nuances id&eacute;ales les plus d&eacute;licates du coloris des sons.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rosalie continuait toujours de moduler son chapelet de notes m&eacute;lodiques, dans le silence de la solitude et le repos du silence:&nbsp; Elle modulait en un demi-ton, avec une si vive expression, un tel accent et une voix si &eacute;mue, quelle e&ucirc;t attendri des rochers et adouci la f&eacute;rocit&eacute; du tigre!. . . .&nbsp; La musique est un radieux &eacute;cho du ciel sur la terre, de l&eacute;ternit&eacute; dans le temps, pour ravir l&acirc;me dans les splendeurs de lId&eacute;al, en dissipant les t&eacute;n&egrave;bres de la mati&egrave;re, et arrachant les voiles du myst&egrave;re et de linfini!&nbsp; La musique, cest le soul&egrave;vement de l&acirc;me jusqu&agrave; la hauteur des c&eacute;lestes visions et des divines volupt&eacute;s!&nbsp; Le po&egrave;te et le musicien sont les deux plus sublimes initiateurs du sanctuaire des Beaux-Arts:&nbsp; Le Dante si&egrave;ge et domine &agrave; c&ocirc;t&eacute; de Palestrina et de Pergol&egrave;se.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; R&eacute;veill&eacute; de son sommeil profond, et attir&eacute; par la voix de la grande enchanteresse de ces bois, un serpent sort de son repaire obscur; il avance avec lenteur, approche cauteleusement; il ne suit pas la ligne droite; il louvoie et d&eacute;vie en tra&ccedil;ant des courbes capricieuses et fuyantes.&nbsp; Pourquoi se presserait-il?&nbsp; Il est s&ucirc;r de sa victime?&nbsp; Ses yeux brillent comme l&eacute;tincelle du diamant et la flamme du rubis.&nbsp; Il nest pas en col&egrave;re; il nest pas impatient; ses allures sont celles dun vainqueur.&nbsp; Il sarr&ecirc;te, sallonge, s&eacute;l&egrave;ve en spirale, se dresse et balance avec gr&acirc;ce.&nbsp; Il glisse sur les flots de verdure, en les effleurant &agrave; peine.&nbsp; Son cou se courbe comme celui du cygne.&nbsp; Toutes les nuances du noir, du brun et du jaune sharmonisent en mosa&iuml;que &agrave; bordures blanches sur le fond cendr&eacute; de sa peau moir&eacute;e et chatoyante; selon les reflets de la lumi&egrave;re ou de lombre, ces nuances sont tant&ocirc;t miroitantes.&nbsp; A le voir se rouler et se d&eacute;rouler, on dirait un collier vivant qui se ment de lui-m&ecirc;me, en se confondant avec les fleurs diapr&eacute;es:&nbsp; Le spectateur &eacute;merveill&eacute; se dit, en ladmirant:&nbsp; &laquo; Non seulement le serpent est le plus fin des animaux, mais il est aussi le plus beau!&nbsp; Semblable &agrave; un ressort anim&eacute;, sans ailes, sans pieds et sans nageoires, il glisse sur la terre, s&eacute;lance dans lair ou fend les flots, avec la promptitude et la vitesse de l&eacute;clair qui sillonne le ciel. &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce jour-l&agrave;, le temps &eacute;tait orageux, lourd et chaud; latmosph&egrave;re, charg&eacute;e d&eacute;lectricit&eacute;; et le soleil brillait &agrave; travers les nuages:&nbsp; Cest le temps o&ugrave; le serpent est le plus dangereux.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rosalie, qui chantait toujours, dans sa r&ecirc;veuse m&eacute;lancolie, et regardait vaguement de c&ocirc;t&eacute; et dautre, aper&ccedil;oit au loin lanimal tortueux qui savance vers elle; ses mouvements gracieux captivent ses regards; elle les suit avec attention; ses yeux rencontrent enfin les yeux du reptile ondoyant; elle est encore plus attentive et se sent plus fortement captiv&eacute;e; un voile s&eacute;tend sur sa vue troubl&eacute;e; un charme la p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e; elle est comme encha&icirc;n&eacute;e; elle veut crier, elle ne le peut; elle fait un effort pour senfuir, cest en vain:&nbsp; Elle est transform&eacute;e en statue muette et immobile.Et le serpent avance toujours, sans d&eacute;tacher ses yeux des yeux de sa victime convoit&eacute;e.&nbsp; Ses mouvements deviennent plus rapides; ses regards brillent dun feu plus subtil; sa gueule enflamm&eacute;e est b&eacute;ante davidit&eacute;; il tressaille, il s&eacute;lance, il est &agrave; ses pieds!. . . .&nbsp; Oh! pauvre femme!. . . .&nbsp; Et il dresse sa t&ecirc;te, et il monte le long du corps, il lentoure de plusieurs replis; et il aspire le souffle de Rosalie! . . . .&nbsp; Il ne veut pas mordre sa victime inoffensive; il ne veut que la fasciner, lenivrer, lendormir; il ne veut que la faire d&eacute;faillir dans un paisible &eacute;vanouissement; il ne veut que la tenir dans une douce langueur, sous le charme vainqueur de sa puissance magn&eacute;tique.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Issab&eacute;, qui avait &eacute;t&eacute; &agrave; la cabane de sa fianc&eacute;e, et ne ly avait pas trouv&eacute;e, suit la trace marqu&eacute;e par les feuilles de sumac, et arrive au pied du grand magnolia. . . .&nbsp; Quel spectacle frappe ses regards &eacute;pouvant&eacute;s!. . . .&nbsp; H&eacute;las! que Lossima avait raison, lorsquelle sest &eacute;cri&eacute;e:&nbsp; &laquo; Oh! mon pauvre fr&egrave;re! oh ma pauvre Rosalie! &raquo;&nbsp; Elle &eacute;tait, en ce moment, dou&eacute;e de la seconde vue; elle avait la clairvoyance du cur.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A peine Issab&eacute; avait-il vu, en frissonnant, le serpent qui enla&ccedil;ait sa fianc&eacute;e de ses plis amoureux, quen levant les yeux il aper&ccedil;oit, allong&eacute;e et tapie sur un rameau du magnolia, une panth&egrave;re tremblante:&nbsp; Saisie deffroi, p&eacute;trifi&eacute;e de terreur &agrave; laspect du serpent &agrave; sonnettes, une sueur froide ruisselle des membres de cet animal si sauvage et f&eacute;roce:&nbsp; Ladroit chasseur repose le canon de sa carabine sur la branche inf&eacute;rieure dun arbrisseau, et lajustant dun il s&ucirc;r, appuie doucement le doigt sur la g&acirc;chette; la balle siffle; la panth&egrave;re bondit en lair o&ugrave; elle expire, et tombe lourdement sur le sol ensanglant&eacute;!. . . .&nbsp; Le serpent fait un mouvement pour s&eacute;lancer sur la panth&egrave;re expir&eacute;e; mais il ne peut se d&eacute;cider &agrave; quitter un instant sa victime enchanteresse:&nbsp; Il semble plut&ocirc;t charm&eacute; par elle, quelle nest charm&eacute;e par lui:&nbsp; Est-ce la vertu secr&egrave;te de la virginale chastet&eacute; de cette fille de la nuit, qui paralyse ainsi les mouvements du reptile immonde?. . . .&nbsp; Sans ce redoutable serpent &agrave; sonnettes, qui lui-m&ecirc;me mena&ccedil;ait sa vie, la panth&egrave;re f&eacute;roce eut d&eacute;vor&eacute; la pauvre Rosalie.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nayant plus rien &agrave; craindre du f&eacute;roce carnivore, Issab&eacute;, sapprochant de Rosalie, saisit de la main droite le cou du serpent inattentif, et de la main gauche il eut d&eacute;roule les replis qui serraient la taille svelte de sa fianc&eacute;e comme une vivante ceinture:&nbsp; Il le tient fortement par le cou et par le milieu du corps, pour lemp&ecirc;cher de sentortiller autour de son bras, et de sy appuyer, afin davoir la force de se d&eacute;gager du double &eacute;tau o&ugrave; il est pris.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout &agrave; coup, une brise s&eacute;l&egrave;ve et apporte sur ses ailes je ne sais quels parfums subtils, quelles essences aromatiques, qui agissent sur Rosalie comme un puissant contre-poison:&nbsp; Elle les respire; ses yeux souvrent; elle peut parler; elle peut se mouvoir; elle est enti&egrave;rement revenue &agrave; elle-m&ecirc;me.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Je tai sauv&eacute; la vie, &ocirc; Rosalie! dit alors le fr&egrave;re de Lossima; mais qui me sauvera de la mort? &raquo;&nbsp; &laquo; Cest moi, &raquo; r&eacute;pond Rosalie.&nbsp; &laquo; Napproche pas,recule,et tombe &agrave; genoux,et prie pour nous, &raquo; r&eacute;plique le jeune guerrier. &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et elle tombe &agrave; genoux,et elle prie ainsi:&nbsp; &laquo; O Marie!&nbsp; M&egrave;re de mon Dieu, M&egrave;re-Vierge, Reine puissante, vous pouvez tout; mes larmes vous disent assez ce que je demande:&nbsp; Interc&eacute;dez pour nous apr&egrave;s notre Fils, qui ne peut rien vous refuser! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En se relevant, elle dit &agrave; Issab&eacute;, qui tenait toujours le serpent:&nbsp;&nbsp; &laquo; O noble enfant des for&ecirc;ts, brave guerrier, habile chasseur, h&eacute;ro&iuml;que fianc&eacute;, Issab&eacute;, Issab&eacute;! tu nes pas chr&eacute;tien! &raquo;&nbsp; &laquo; Rosalie, r&eacute;pondit lenfant des for&ecirc;ts, il y a longtemps que je d&eacute;sire de l&ecirc;tre; lexemple dAtala et de ma sur, ton exemple, &ocirc; chaste fille de la nuit, tout me faisait comprendre que votre Dieu est le vrai Dieu:&nbsp; Oui, je voudrais conna&icirc;tre, aimer, adorer et servir le m&ecirc;me Dieu que toi! &raquo;&nbsp; &laquo; Ah! noble enfant du d&eacute;sert, malgr&eacute; mon amour pour toi, je sentais une froide barri&egrave;re entre nous; cette barri&egrave;re de glace va tomber; h&acirc;tons-nous; le danger est imminent; le temps presse; lheure approche; nous sommes sur le seuil de l&eacute;ternit&eacute;,. . . .&nbsp; Ecoute et r&eacute;ponds:&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Issab&eacute;! crois-tu quil y a un seul Dieu, et trois Personnes en ce seul Dieu,le P&egrave;re, le Fils et le Saint-Esprit? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je crois!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Crois-tu que la seconde Personne, que le Verbe &eacute;ternel sest fait chair; quil a &eacute;t&eacute; con&ccedil;u par lop&eacute;ration du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie Immacul&eacute;e; quil a souffert et est mort sur la Croix, pour nous racheter et nous d&eacute;livrer? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je crois!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Crois-tu quil y a un enfer, o&ugrave; le crime est puni &eacute;ternellement; un purgatoire, o&ugrave; les &acirc;mes sont purifi&eacute;es dans les flammes; un paradis, o&ugrave; la vertu est r&eacute;compens&eacute;e par la possession de Dieu et la vision b&eacute;atifique? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je crois!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Crois-tu tout ce que croit et enseigne la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, je crois!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Que demandes-tu &agrave; lEglise? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La foi!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Que te procure la foi? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La vie &eacute;ternelle!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Veux-tu &ecirc;tre baptis&eacute;? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je le veux!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Quel nom veux-tu prendre? &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&eacute;on!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Prosterne-toi et courbe la t&ecirc;te! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rosalie prit alors dune main une feuille de magnolia remplie de leau de la pluie, et, de lautre, &eacute;cartant les cheveux du noble guerrier de la Tribu de lAigle, en versant leau sur sa t&ecirc;te, elle articula distinctement, elle pronon&ccedil;a &agrave; haute voix les paroles suivants:&nbsp; &laquo; Voulant faire ce qua fait J&eacute;sus-Christ, et ce que fait le pr&ecirc;tre, lorsquil accomplit cet acte solennel, L&eacute;on, je te baptiste au Nom du P&egrave;re, et du Fils et du Saint-Esprit.&nbsp; Ainsi soit-il. &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vaillant guerrier, tenant toujours le serpent, demeura prostern&eacute;, et la t&ecirc;te courb&eacute;e.&nbsp; Rosalie, &eacute;mue dune joie profonde, lui dit alors:&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Issab&eacute;! tu tes courb&eacute;, esclave du d&eacute;mon; L&eacute;on! rel&egrave;ve-toi, enfant de Dieu! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dieu soit lou&eacute;!&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; O Rosalie! lui dit alors le guerrier n&eacute;ophyte, sauve-toi!&nbsp; Je sens mes bras sengourdir; mes doigts nont plus de force; ils vont bient&ocirc;t souvrir et rendre la libert&eacute; au monstre irrit&eacute;. . . .&nbsp; Sauve-toi! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Non, s&eacute;cria sa fianc&eacute;e, non, je ne me sauverai pas; je reste aupr&egrave;s de toi; nous mourrons ensemble:&nbsp; Et l&eacute;ternit&eacute; ratifiera lalliance conclue dans le temps! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le monstre se d&eacute;battait, dans sa col&egrave;re et son impuissance; il exhalait des &eacute;manations putrides, une odeur naus&eacute;euse, un fluide immonde:&nbsp; Latmosph&egrave;re environnante en &eacute;tait empoisonn&eacute;e.&nbsp; Issab&eacute; sentait quil allait bient&ocirc;t d&eacute;faillir; mais, soudain, son ami, le noble chevalier breton, arrive, et tranche la t&ecirc;te du hideux crotale avec son couteau de chasse:&nbsp; Le sang du reptile convulsif se m&ecirc;la au sang de la b&ecirc;te fauve immobile.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Issab&eacute;, en &eacute;corchant la panth&egrave;re, se disait avec joie:&nbsp; &laquo; Quel cadeau de noces, que cette peau de panth&egrave;re! &raquo;&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une lune apr&egrave;s le dramatique ondoiement de lh&eacute;ro&iuml;que fils de laurore par la courageuse fille de la nuit, le P&egrave;re Emmanuel, v&eacute;n&eacute;rable missionnaire parmi les Indiens du Sud, b&eacute;nit leur mariage avec la plus grande solennit&eacute;.&nbsp; Il vint &agrave; ce mariage des repr&eacute;sentants de toutes les tribus voisines et &eacute;loign&eacute;es.&nbsp; Il y vint des Ch&eacute;rokis, des Criks, des Seminoles, des Alibamons, des Apaches et des Apalaches; il y vint des Chicassas, des Tonicas, des Sh&eacute;timashas, des Attakapas, des Op&eacute;loussas, des Tchoupitoulas et des Haklopissas; il y vingt des Alatamahas, des Tapouchas, des Houmas et des Biloxis; et il en vint dautres, et dautres encore; et ils ne cessaient de venir; et ils arrivaient toujours en nombre innombrable:&nbsp; Ainsi arrivent les multitudes de ramiers en la saison des glands.&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il y eut des chants, des danses, des jeux, des repas de viandes dours, de bison et de chevreuil.&nbsp; Et il y eut une grande all&eacute;gresse.&nbsp; Et cet &eacute;v&eacute;nement fit &eacute;poque dans les annales du d&eacute;sert.&nbsp; <p> <hr WIDTH="100%"> <p><b><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/atala/Atala5.html">Aller aux chapitres 9 &amp; 10</a></b> <p><b><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/atala/index.html">Retour &agrave; la page d'accueil de La Nouvelle Atala</a></b> <p><b><a href="http://www.centenary.edu/departme/french/louisiane.html">Retour &agrave; la biblioth&egrave;que Tintamarre</a></b></td> </tr> </table></center>  </body> </html> 
