<HTML> <HEAD> <TITLE>Mme de Stal, Corinne ou l'Italie (1807): les mots et le style</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="e6e8fa">  <h2><i>Langue</i>(<i>s</i>)</h2>  <P>Avec ce vocable nous touchons donc &agrave; l'un des principaux objets de r&eacute;flexion de l'ouvrage. Les 25 occurrences au singulier et 10 au pluriel d&eacute;finissent un spectre d'emploi original, qui contraste vivement avec ce que nous avons pu relever pr&eacute;c&eacute;demment des autres termes &eacute;tudi&eacute;s. En effet, l'appropriation de l'objet par les sujets de discours se r&eacute;v&egrave;le ici fortement pr&eacute;gnante. La d&eacute;termination du substantif fait intervenir au singulier une quantit&eacute; significative d'adjectifs possessifs [3.1, 3.3, 7.1, 7.3 (2 occ.), 10.6, 14.3 (2 occ.), 19.2] qui soulignent ce rapport particulier. L'article d&eacute;fini, pour sa part [2.3, 3.2, 3.3, 6.4, 7.2, 8.4, 9.1 (2 occ.), 10.6, 14.3 (2 occ.), 15.8], recouvre les deux nombres et induit &agrave; chaque fois une caract&eacute;risation compl&eacute;mentaire, comme on le verra ci-dessous, qui r&eacute;duit l'extensit&eacute; de l'objet &agrave; une repr&eacute;sentation sp&eacute;cifique. L'article ind&eacute;fini [3.1, 3.3, 7.2, 19.6], m&ecirc;me regroup&eacute; avec l'adjectif ind&eacute;fini [3.3, 10.5], s'av&egrave;re d'emploi beaucoup plus restreint: il est difficile de laisser cet objet dans un &eacute;tat prolong&eacute; d'ind&eacute;termination. L'adjectif d&eacute;monstratif est l&agrave; pour pointer sur lui et le d&eacute;signer en relation avec un contexte qui caract&eacute;rise le terme [2.3, 16.4, 19.6], car chaque "<EM>langue</EM>" en propose une repr&eacute;sentation distincte, ce que rappelle l'emploi des adjectifs num&eacute;raux cardinaux [3.1, 7.1]. De la langue, entit&eacute; massive, aux langues, entit&eacute;s diversifi&eacute;es, la transition s'effectue par les formes de caract&eacute;risation de l'objet.</P>  <P>Sous cet aspect, on notera que "<EM>langue</EM><EM></EM>" a la particularit&eacute; de ne pouvoir se passer de caract&eacute;risation. Lorsqu'aucune proc&eacute;dure d'&eacute;pith&eacute;tisation apparente ou d'expansion n'est employ&eacute;e, la d&eacute;termination possessive produit d&eacute;j&agrave; cet effet de restriction. L'adjectif &eacute;pith&egrave;te explicite, quant &agrave; lui, fait appara&icirc;tre une r&eacute;partition assez nette entre une caract&eacute;risation politico-g&eacute;ographique: "<EM>italienne</EM>" [2.3, 9.1], "<EM>anglaise</EM>" [8.4], et une caract&eacute;risation plus &eacute;valuative de qualit&eacute;s: "<EM>enchanteresse</EM>" [3.3], "<EM>belle</EM>" [7.3], "<EM>flexible</EM>" [15.8], "<EM>forte et serr&eacute;e</EM>" [16.4], "<EM>ch&eacute;rie</EM>" [19.6]. Envisag&eacute;e dans son rapport &agrave; l'individu, la langue donne &agrave; lire par sa caract&eacute;risation une opposition entre "<EM>naturelle</EM>" [3.1], "<EM>maternelle</EM>" [7.3, 14.3], d'une part, et "<EM>&eacute;trang&egrave;re</EM>(s)" [3.2, 6.4, 7.1], "<EM>diff&eacute;rentes</EM>" [3.1], d'autre part. Un cas particulier est repr&eacute;sent&eacute; par des &eacute;pith&egrave;tes d&eacute;tach&eacute;es, adverbialement modalis&eacute;es et coordonn&eacute;es: "<EM>si</EM> <EM>pompeuse et si sonore</EM>" [2.3]. De cet ensemble de faits, il est possible d'induire la force du rapport &eacute;pilinguistique unissant dans <EM>Corinne</EM> le sujet de l'&eacute;nonciation  -- narrateur ou personnage --  &agrave; ce que Littr&eacute; d&eacute;finit comme "<EM>l'ensemble des r&egrave;gles qui r&eacute;gissent un idiome, et cet idiome lui-m&ecirc;me consid&eacute;r&eacute; par rapport &agrave; sa correction</EM>". L'expansion relative est relativement plus rare, en raison du contenu puissamment affirm&eacute; par ailleurs de l'objet: "<EM>dans laquelle</EM>" [7.2], "<EM>dont</EM>" [10.6], "<EM>qui</EM>" [2.3, 3.1, 3.3, 9.1, 16.4] en sont les introducteurs. La caract&eacute;risation introduite sp&eacute;cifie g&eacute;n&eacute;ralement une modalit&eacute; du rapport de l'individu &agrave; la langue: conna&icirc;tre, comprendre, ne pas comprendre, etc. Les constructions adnominales sont encore plus rares: "<EM>des vers</EM>" [7.2], "<EM>de l'Europe</EM>" [16.1], "<EM>du nord</EM>" [2.3], qui font osciller l'objet entre nature et localisation.</P>  <P>Les fonctions syntaxiques d&eacute;volues &agrave; "<EM>langue</EM><EM></EM>" permettent de mieux saisir le contenu puissanciel de ce terme. Sujet, il r&eacute;git le verbe <EM>&ecirc;tre</EM> soit au conditionnel [7.1], soit &agrave; l'indicatif pr&eacute;sent [7.2]; ou les verbes et locutions <EM>se pr&ecirc;ter</EM> [9.1], <EM>faire mal</EM> [19.6]. Mais, bien plus souvent, ce substantif rev&ecirc;t des fonctions de compl&eacute;ment:</P>  <P>   a) soit sous la forme d'objet direct, r&eacute;gi par: "<EM>faire</EM> <EM>entendre</EM>" [2.1, 14.3, 19.6], "<EM>faire valoir</EM>" [7.3], "<EM>parler</EM>" [3.1, 6.4, 10.6, 14.3, 15.8, 16.4], "<EM>prononcer</EM>" [19.2], "<EM>savoir</EM>" [7.1 (2 occ.)], lesquels soulignent le rapport &eacute;troit de la langue objet &agrave; la perception qu'en ont alternativement les sujets du langage par l'audition et l'&eacute;locution, d'o&ugrave; na&icirc;t la valeur singuli&egrave;re de chacune.</P>  <P>   b) soit en tant que circonstant [2.3, 3.2, 3.3, 7.3, 10.5] sp&eacute;cifiant la nature de l'objet "<EM>langue</EM><EM></EM>" en relation avec les conditions de d&eacute;termination ant&eacute;rieurement pr&eacute;cis&eacute;es.</P>  <P>"<EM>Langue</EM><EM></EM>" est donc soumis par la syntaxe &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; d'&ecirc;tre un terme initiateur de relations axiologiques. La valeur de l'objet est relative soit aux caract&eacute;risations que portent sur lui les utilisateurs, soit aux circonstances dans lesquelles celui-ci est employ&eacute;.</P>  <P>Les cooccurrences lexicales font d'ailleurs appara&icirc;tre quelques r&eacute;gularit&eacute;s notoires; en particulier l'association fr&eacute;quente du terme avec des vocables du champ s&eacute;mantique de l'&eacute;motivit&eacute;: "<EM>touchant et sensible</EM>" [2.3], "<EM>sentiments</EM>" [3.1, 7.1], "<EM>&eacute;motion</EM>" [3.3], "<EM>imagination</EM>" [7.3], "<EM>gaiet&eacute;</EM>" [9.1], "<EM>innocence</EM>", "<EM>malice</EM>", "<EM>touchante fraternit&eacute;</EM>" [10.5], "<EM>plaisir</EM>" [14.3], "<EM>douleur</EM>" [2.3], etc., qui renforcent le caract&egrave;re fortement transactionnel de l'objet.</P> <P>Ce dernier s'inscrit alors dans une perspective qui rappelle le mod&egrave;le ternaire de repr&eacute;sentation du langage &eacute;labor&eacute; par Humboldt: truchement d'une compr&eacute;hension intellective (<EM>Verst&auml;ndnis</EM>), mode d'expression et d'affinement d'une exp&eacute;rience sensorielle (<EM>Empfindung</EM>), et enfin structuration (<EM>Gestalt</EM>) de la pens&eacute;e dont les langues, dans leurs diversit&eacute;s, rendent compte. Et notamment par leurs mots.</P>  [<A HREF="index.html#table">Table</A>] &#150; [<A HREF="mot.htm">Suite</A>] </body> </html> 
