<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0//EN" "http://www.w3.org/TR/REC-html40/strict.dtd">  <html>   <head>  <title>Le Meurtre d'Hellequin</title>  <meta name="description" content="Une nouvelle de fantasy crite par David Madore et Laurent Penet" lang="fr">  <meta name="keywords" content="Madore, Penet, literature, fantasy, short story" lang="en">  <meta http-equiv="Content-Language" content="fr">  <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css">  <style type="text/css">  h1.main {   color: red;   border: solid;   font-weight: bold;   font-variant: small-caps;   font-size: 160%;   font-family: sans-serif;   text-align: center }  h2.section {   font-weight: bold }  p.centered {   text-align: center }  p.verse {   text-align: left ! important }  span.dream {   font-style: italic ! important }  div.htmlpref {   background: turquoise }  </style>  </head>   <body>  <h1 class="main">Le Meurtre d'Hellequin</h1>  <div class="htmlpref">  <h2> propos de cette dition</h2>  <h3>Contenu</h3>  <p> Ce qui suit est le texte complet de la nouvelle <cite>Le Meurtre d'Hellequin</cite>, crite entre 1991 et 1994 (dates incertaines) par <a href="mailto:david.madore@ens.fr">David Madore</a> et <a href="mailto:lpenet@ifremer.fr">Laurent Penet</a>.  Il n'a subi que des modifications de nature ditoriale (dans la conversion du format Sprint au format HTML) par rapport  la version finale.  <h3>Note technique</h3>  <p> Ce document est au format HTML et utilise des stylesheets au format CSS afin de dfinir la prsentation.  Vous pouvez le lire avec tout navigateur, mais il est recommand d'en utiliser un qui supporte les stylesheets.  Netscape Communicator 4 et Internet Explorer 5 devraient convenir.  Si votre navigateur ne comprend pas les stylesheets (comme c'est le cas de Lynx) ou bien les comprend mais ignore les indications de marges (commme c'est le cas d'Amaya), le texte sera le mme mais le formatage de certains passages ne sera pas bon (ce qui ne devrait pas gner considrablement la lecture).  <p> Vous pouvez galement lire le source HTML directement.  Il est cens tre clair et lisible, et il vous permettra de savoir prcisment quelle signification est attribue  chaque changement de police.  <h3>Copyright</h3>  <p> Copyright  1991&ndash;1999 David A. Madore et Laurent Penet.  <p> La copie et la diffusion de cet ouvrage est permise suivant les termes suivants:  <ul>  <li>La reproduction et la publication, par tous moyens et  toutes fins, y compris commerciales, d'exemplaires non modifis de ce document est autorise, pourvu que la prsente notice soit intacte et qu'une rfrence  l'adresse de l'exemplaire original soit fournie, c'est--dire <a href="http://www.eleves.ens.fr:8080/home/madore/lit/hellequin.html">http://www.eleves.ens.fr:8080/home/madore/lit/hellequin.html</a>.</li>  <li>La reproduction et la publication d'exemplaires modifis est autorise suivant les mmes conditions, pourvu que les changements effectus soient clairement marqus comme tels et que le texte original soit indiqu.</li>  <li>Le code de la proprit intellectuelle, dans son article L122-5, autorise les courtes citations  caractre critique ou d'information, sous rserve que soient clairement indiqus le nom de l'auteur et la source.  Sous cette mme condition (en interprtant la source comme l'adresse de l'exemplaire original, donn ci-dessus), l'auteur autorise les citations de toutes longueurs, dans tous contextes et  toutes fins.</li>  </ul>  <h3>Table des matires</h3>  <ul> <li><a href="#sec_1">Aux noctuelles...</a></li> <li><a href="#sec_2">tre parti</a></li> <li><a href="#sec_3">La grande fuite</a></li> <li><a href="#sec_4">Pour ne pas mourir, un voyage...</a></li> <li><a href="#sec_5">Par ce qui suit, vous n'tes</a></li> <li><a href="#sec_6">Aprs que les cieux eurent huch la terre</a></li> <li><a href="#sec_7">Les terres sur l'ther</a></li> <li><a href="#sec_8">Vivre</a></li> <li><a href="#sec_9">Un voyage dans la pnombre</a></li> <li><a href="#sec_10">Questions au milieu des airs</a></li> <li><a href="#sec_11">Destines lointaines et pierres proches</a></li> <li><a href="#sec_12">Tous seuls, trs nombreux</a></li> <li><a href="#sec_13">L'ombre du futur</a></li> <li><a href="#sec_14">Avec beaucoup</a></li> <li><a href="#sec_15">Silence hurlant de l'immensit</a></li> <li><a href="#sec_16">L'appel des profondeurs</a></li> <li><a href="#sec_17">Le cri de l'outre-tombe</a></li> <li><a href="#sec_18">Un voyageur mystrieux</a></li> <li><a href="#sec_19">Hros et Roi</a></li> <li><a href="#sec_20">Victoire</a></li> <li><a href="#sec_21">Terme</a></li> <li><a href="#sec_22">Destination: inconnue</a></li> <li><a href="#sec_23">Reinigkeit</a></li> <li><a href="#sec_24">Le Lion et l'Agneau</a></li> </ul>  <p> Les parties crites par Laurent Penet vont du dbut jusqu'au <a href="#split">quinconce d'astrisques</a>, et le reste est crit par David Madore.  </div>  <h2 class="section"><a name="sec_1">Aux noctuelles...</a></h2>  <p> Lentement, le pays avait gliss dans la nuit, noire et froide, coiffe d'toiles, et la vie s'tait tue. Oneir, blotti contre l'arbre, sur un lit de fougres, s'agita.  <p> <span class="dream">Il marche vers le palais. Le long btiment de grs montre des centaines de fentres qui possdent chacune un archivolte damasquin de smalt, et qui luisent de feux bleus trompeurs. Il arrive  la porte, aux battants d'bne, parcourue d'une frise de diablotins entremls, mais elle ne s'ouvre pas, malgr de longues tentatives. Le temps passe, il est aspir  l'intrieur. Triste vision  prsent: des gravats et des tessons de verre, de cramique jonchent le sol, les murs sont rays, une statue dcapite le regarde sinistrement de ses yeux inexistants.</span>  <p> <span class="dream">Panique. Il veut sortir, la porte est bloque.</span>  <p> <span class="dream">Alors, il est le palais, il sent par ses murs, il sent le froid intrieur sous le calme apparent, il se sent lourd et perdu...</span>  <p> Une fois de plus, Le Rve lui tait apparu, une fois de plus, il s'tait veill en sursaut, angoiss. Alors, dans les ombres douces, Oneir alluma la chandelle. Une multitude de papillons noirs s'chappaient de la flamme vacillante et se dissipaient dans les tnbres; mais personne ne les contemplait: Oneir avait de nouveau sombr dans le sommeil.   <h2 class="section"><a name="sec_2">tre parti</a></h2>  <p> Le robinier faux acacia bourdonnait, charg des abeilles matinales. Oneir s'veilla. Il contemplait l'arbre, qui enneigeait le sol de ses fleurs fatigues. C'est alors qu'il se souvint de la veille. Des gardes royaux taient venu  la ferme et, pris d'une soudaine panique face  ces brutes qui molestaient les paysans, il s'tait enfui par la fentre. Il avait couru jusqu' la nuit, quand il s'arrta, et s'aperut que, sans y prendre garde, il avait mme emport son sac... Un chien hurla rageusement. Les fougres bruissaient, frmirent. Des hommes taient l, et avec des chiens. Oneir se leva et courut encore; on le poursuivait. Tel le sanglier ou le renard qu'on traque, il fuyait dans la fort, toujours plus profonde, aux fourrs toujours plus denses, plus pineux. Un filet stoppa sa course, un chasseur, mont sur un cheval noir, survint.  <p> Oneir! lana le cavalier, et plus bas: mais que fais tu ici? Les vlites du roi te recherchent...  <p> Et toi, Orphil le louvetier, quel drle de gibier tu prends aujourd'hui! murmura le captif. Que me conseilles tu?  <p> Prends donc ce poignard et file... Va voir Barbe d'or, il t'aidera mieux que moi...  <p> Oneir, libr, partit par un sentier.   <h2 class="section"><a name="sec_3">La grande fuite</a></h2>  <p> Le chemin tait coup et recoup par d'autres et en maint endroit. La vgtation arbustive s'accrochait  lui, l'agrippait comme pour le retenir. La journe avanait, il arrivait  la demeure de Barbe d'or, le pont de la route aux vignes. Oneir arriva par le torrent. Barbe d'or, de ses yeux roux et humides perdus sous une masse de cheveux noirs, juste au dessus d'une barbe blonde et broussailleuse, dvisagea le nouveau venu qui avait fait fuir les libellules. Il commena:  <p> Quel est donc le motif de cette visite?  <p> C'tait un rite de mise en relation, car il savait chaque chose en tout lieu... Oneir rpondit:  <p> Je n'apporte pas d'or, mais mes ennuis...  <p> Je ne veux pas d'or, et puisque tu es dans l'embarras, je vais te dvoiler la vrit, si tu es prt  l'entendre toutefois.  <p> Oneir hsita, puis s'assit prs des roseaux.  <p> Nul ne sait d'o tu viens, et qui sont tes parents. Chacun, au village, se questionne... Plusieurs fois, on est venu me voir, mais cela ne concerne que toi.  <p> Tu sais cent fois que les seigneurs du pays, les <i>hadus</i>, possdent des pouvoirs fabuleux que les fes du Grand Lac leur ont offert. On les appelle aussi les sorciers. Tu n'ignores pas non plus, car on te l'a cont aux veilles, que la fillette d'Hellequin, le prince sorcier au pouvoir, a disparu depuis dix-sept annes... <em>TU ES ANTALLIRIS, la fille du prince!</em> Tu n'es qu'un rve, elle est en toi!  <p> Oneir demeura stupfait. Barbe d'or, le visage grave, restait silencieux. Oneir vivait! Il ne pouvait pas, il ne voulait pas tre Antalliris. Il s'enfuit...   <h2 class="section"><a name="sec_4">Pour ne pas mourir, un voyage...</a></h2>  <p> La charrette l'avait transport loin,  travers les champs d'ors et d'argents, mrissant au soleil. La bourgade de Palenchne l'avait accueilli au soir, il avait trouv place  l'auberge.  <p> Les habitants de la principaut sont toujours de bonne humeur, aussi fut il engag dans la discussion, pendant le repas. Un botaniste avait dbut par:  <p> Les roses ont les couleurs du crpuscule.  <p> Remarque qui avait soulev des objections...  <p> La rose pique, la rose ne sert  rien!  <p> Auquel on avait rpondu:  <p> J'aime les roses pour leurs odeurs au soir tombant. Elles sont pourtant si frles... Si elles n'existaient pas, le monde serait moins beau!  <p> Il faut bien admettre que les roses sont un signe important et attendu au village. Et que ferions nous sans la liqueur de rose si rpute? Nous serions obligs de nous remettre  tailler des pieux pour la chasse au loup...  <p> Mais la rose hautaine nous nargue par sa beaut, par sa fiert!  <p> Essaie donc, maintenant, de venir  bout de tous ces plants enflamms... La rose est l'avenir!  <p> La soupe avait refroidi. Oneir la termina et monta se coucher.   <h2 class="section"><a name="sec_5">Par ce qui suit, vous n'tes</a></h2>  <p> Pour la premire fois, quelqu'un partait pour le nord-est, la rgion la plus dsole, la rgion la plus calme et la plus silencieuse. Oneir avanait, les oiseaux s'taient tus, le vent arrt et il tait  prsent plong dans la solitude la plus complte.  <p> Les arbres mme ne rpondaient plus, ils restaient immobiles, figs. Le pays mort.  <p> Les cailloux, les graviers qui glissaient sur son passage ne faisaient aucun bruit. Le soleil arrachait la terre de sa torpeur, sa chaleur brlait le sol, le fendillait, et les frondaisons se pliaient, meurtries.  <p> L'azur qu'il respirait tait trop chaud, la route s'enfuyait sans jamais finir, chaque pas rsonnait en lui, comme un coup au c&oelig;ur auquel il n'aurait pas succomb. Et le jour avait dclin, mais dans la souffrance il n'y avait pris garde. Le ciel qui avait t le souffle du brasier devint la fracheur de l'eau, alors qu'il se parait des couleurs de la flamme.  <p> Les pierres du chemin s'irisrent et les herbes jaunies sur les murs parpills frissonnrent.  <p> La nuit, charge d'ombres grises, rgna un temps court et le soleil reparut. Oneir marcha tant que la rose resta entre les gramines, puis il attendit le crpuscule sous un olivier  la feuille de cendre. Le troisime jour sur cette contre lui avait rserv de dsagrables surprises, sa progression tait retarde par un vent safran. Autour de lui clataient des champignons lycoperdons de la taille d'un rat...  <p> Lorsque la tempte cessa, il eut l'envie d'entendre  nouveau le chant doux des oiseaux, le murmure d'un ruisseau ou mme un cerf bramer. Mais ses dsirs, perdus entre l'angoisse et l'attente, s'vanouirent dans la brise.   <h2 class="section"><a name="sec_6">Aprs que les cieux eurent huch la terre</a></h2>  <p> Les jours coulaient, il marchait  prsent dans de vertes campagnes. Les brumes du matin avaient cess d'oindre les herbes ou les feuilles, de couronner les collines. Il avait pass les pinaies, travers la houssaie noire pour suivre enfin le cour sinueux d'un petit ruisseau. Les nues grondrent, houssinrent les valles d'clairs. Il plut.  <p> Oneir s'arrta sous un bosquet. Ses intentions taient d'y rester, attendre la nuit  l'abri, mais il entendit, entre deux coups de tonnerre, des aboiements furieux. Comme ils se rapprochaient, il fut pris de la mme panique qui l'avait pouss  fuir devant les gardes du prince. Il se sauva, sous la pluie, forte et dsagrable. Ses vtements taient lourds, les herbes le fouettaient.  <p> Tomba le soleil, perle de cornaline, au loin, en un foyer pourpre. la pluie cessa. La nuit peupla la colline, il dormit peu. Les trois grands cdres qui l'avaient hberg l'veillrent en grinant.  <p> Guid par la Providence  travers les prs aux alouettes, puis dans les taillis, il stoppa au devant un puits creus dans la terre; un puits sans eau.  <p> Par cette trange ouverture, il aperut un homme vtu de vieux habits marron, des cheveux sales et le teint incarnadin, mais propre.  <p> Eh bien voyageur, n'as tu jamais vu d'ermite? Je suis Va Sans Rien... Je vis dans ce trou, descend donc, il me reste quelques racines!  <p> J'ai aussi du pain, partageons!  <p> Oneir raconta ses msaventures.  <p> Je sais ce qu'est la Mort, termina Va Sans Rien, la Mort, ce n'est pas le retour au nant, la mort, c'est un envol. Si tu ne t'es pas dtach de toutes tes richesses, elles t'alourdiront, et tu tomberas aux enfers pour y souffrir ternellement, ce sera la fuite sans fin, pour garder ton or des autres, qui te poursuivront, ou toi mme les poursuivras pour le reprendre, et tu glisseras, tu souffriras! Mais si tu es assez lger pour t'envoler, alors tu accderas aux forts sans frontires de l'den, et au savoir!  <p> Mourir, pour celui qui vit, est un calvaire; vivre, pour celui qui meurt, est un calvaire: tu mourras et tu vivras! Les tres se perdent, la nuit revient pour tout recommencer, offrir un matin neuf...  <p> Pour parler ainsi, tu as du beaucoup voyager...  <p> Je parcours les contres les plus dangereuses, et pourtant, je reste ici. L'esprit est le plus grand voyageur, il va au del de tout, c'est lui qui procure la puissance aux mages. Pour partir, il suffit de crer. Qui pense cre; Crer, c'est concevoir parfait ce qui ne l'est pas; mais ne pas Crer  nouveau, c'est trouver parfait ce qui ne l'est pas, c'est penser faux et rduire le monde. Ceux qui regardent ce monde et surprennent ces paroles doivent comprendre!  <p> Dois-je me rendre?  <p> Pas du tout, chacun a beaucoup  apprendre avant de rejoindre les autres... Je vais partir avec toi, nous irons faire un tour sur les astrodes du septentrion, peut tre pourrons nous faire des dcouvertes?   <h2 class="section"><a name="sec_7">Les terres sur l'ther</a></h2>  <p> Depuis sa rencontre avec Svindir Va Sans Rien, Oneir trouva le monde plus vaste et plus beau. Au del des apparences, couleurs et formes unies, l'essence mme des choses imposait son existence...  <p> Le Nord des terres habites regorgeait de richesses, hlas fourmillait aussi de piges et de btes. Mais ceux qui y vivaient ne craignaient pas le danger, car ils vivaient sous les nues. Des astrodes millnaires ports par de puissants vents couraient autour du monde, mais du Nord seulement, ces mmes vents permettaient d'y accder.  <p> D'o Svindir puisait ses pouvoirs? Qui pouvait le savoir? Oneir le suivait calmement.Ils montrent sur le dos d'un pgase qui les mena aux mondes volants.  <p> Le sol scintillait, les pas crissaient et la brise emportait une fine poudre blanche. Lorsqu'ils y gotrent, ils admirent qu'il s'agissait de sel. L'astrode tait sans vie. Ils plongrent alors dans les brumes. la plaque saline commena  fondre, ils peinaient  retourner sur leurs pas. L'eau brisait des coques solides qui chuintrent et livrrent des btes horrible. Il fut temps de partir.  <p class="centered"> <a name="split">* * *</a> <br>* * * * <br>* * *  <p> Alors qu'ils sillonnaient le ciel  la recherche d'un autre monde ou se poser, que les rocs de tailles varies, entrans par le vent en un ballet vertigineux, manquaient de peu de les frapper de front et qu'ils ne russissaient  les viter que par ce qui semblait  Oneir n'tre qu'une chance miraculeuse, celui-ci interrogeait son compagnon:  <p> Toutes les astrodes sont-elles semblables  celle que nous venons de quitter?  <p> La varit de ces astres flottants n'a d'gale que celle des Vrits. Pour certains, il n'y a qu'un Vrai, Immobile et ternel. Mais si un vnement te parat tre d au pur hasard, tu peux tre sr que tu n'as pas vu la Cause premire... Ah, voici un monde que j'aimerais que tu visses.  <p> Leur monture n'avait aucunement besoin d'tre guide; elle se dirigea elle-mme vers le globe tincelant o Svindir voulait s'arrter; elle posa le pied sur le sol avec une lgret incomparable.  <p> Oneir resta berlu du foisonnement de vie qui se dveloppait sur l'astre. Grouillaient partout les cratures les plus tranges qu'il et jamais vu, qui ne ressemblaient  rien de ce qui habitait sur le sol ferme. Les couleurs clataient en une euphonie lumineuse resplendissante et enchanteresse. La Cration manifestait une si immense varit et complexit qu'Oneir se sentit pntr d'un amour infini pour tous ces animaux qui le regardaient de leurs yeux interrogateurs, pour ces petites boulles de fourrure bleu ple, ces disques volant  toute allure, ces tranges vers  un &oelig;il... Toutes ces cratures semblaient sorties d'un rve; lorsque ce dernier mot tomba dans la pense d'Oneir, il frissonna.  <p> Mais dj le soir tombait. Ils durent rentrer.   <h2 class="section"><a name="sec_8">Vivre</a></h2>  <p> Svindir teignint la lanterne. Les papillons de nuit que la flamme avait attirs l se dispersrent en silence.  <p> Svindir?  <p> Oui, Oneir?  <p> Je ne suis qu'un rve?  <p> Qui de nous ne l'est pas?  <p> Mais j'ai peur...  <p> De quoi?  <p> Je ne sais pas. Du nant... de moi-mme...  <p> Il n'y a rien d'autre dont on puisse avoir peur. Nous sommes tous ainsi. Mais la vraie bravoure, c'est de vaincre sa peur, pas de ne pas la connatre.  <p> Sais-tu toujours tout?  <p> Pas plus que toi. Mais dors maintenant.  <p> Oneir ferma les yeux. Il repensa au palais,  toutes ses aventures, mais elles lui semblaient si distantes dans le silence de cette nuit, qui n'tait troubl que par la lointaine plainte d'une hulotte.  <p> Il s'endormit, sans inquitude.   <h2 class="section"><a name="sec_9">Un voyage dans la pnombre</a></h2>  <p> Son compagnon le rveilla en sursaut:  <p> Les soldats arrivent! Il faut partir.  <p> En un instant, ils ramassrent leurs quelques possessions et se mirent en route.  <p> J'ai effac toutes les traces de notre passage. Ils ne nous trouveront pas.  <p> Mais Oneir tait fatigu, et enclin  se plaindre:  <p> Courir, courir, toujours courir. Je n'ai pas dormi convenablement depuis quatre jours au moins. Je suis puis. Pourquoi ne peut-on pas les laisser me prendre. Que me feront-ils, ces gardes?  <p> Va Sans Rien laissa maugrer son ami, puis dit:  <p> Allons, viens. Tu n'es pas encore prt  affronter ton destin. Mais ne t'impatiente pas, le temps viendra.  <p> Ils taient  pieds, les hommes d'armes  cheval, mais la complicit de la fort leur assurait l'avantage. Svindir connaissait tous les layons et les cachettes du bois.  <p> Le soleil levant revtait l'horizon oriental de robes enflammes. Petit  petit, les ombres du bois laissaient entre elles filtrer des rais de lumires, et les oiseaux commenaient  clbrer la naissance du jour.  <p> Les deux amis parvinrent  l'ore de la fort.  <p> Nous sommes  dcouvert. Si nous ne nous enfuyons pas au plus vite, ils vont nous rattraper.  <p> Il saisit une herbe et, la plaant savamment entre ses mains, mit un sifflement inaudible  Oneir. Bien vite la superbe silhouette de Pgase se dtacha sur le ciel mauve.  <p> Monte, Oneir!  <p> Ils furent sur son dos juste au moment o les soudards les retrouvaient.  <p> L! Rattrapez-les!  <p> Ils dcolrent sous une nue de flches visant  abattre l'animal, et furent bien vite hors de porte.   <h2 class="section"><a name="sec_10">Questions au milieu des airs</a></h2>  <p> Le fils de Mduse glissait sans peine dans l'ther. Enfin bien rveill, Oneir s'enhardissait  regarder au nadir. Une couche de vide de plusieurs milliers de pieds les sparait du sol, dans laquelle flottaient quelques nimbus ouats et volaient silencieusement des formations d'oiseaux migrateurs revenant du sud. Le soleil s'tait lev et les travaux avaient commenc dans les villages avoisinants. Progressivement le monde s'veillait.  <p> Les soldats, malgr l'excellence de leurs destriers, n'avaient pas pu sortir vainqueurs de cette course ingale.  <p> Svindir?  <p> Oui?  <p> O nous mnes-tu?  <p> Demande au cheval. Nous nous laissons driver, ports par les vents.  <p> Cependant,  mesure qu'ils avanaient, les grandes montagnes du nord se rapprochaient.  <p> Qu'y a-t-il dans ces monts?  <p> Ce que tu y apporteras.  <p> Qui es-tu vraiment, Svindir? Je ne sais rien sur toi. O es-tu n? D'o viens-tu? O vas-tu? Qui sont tes parents?  <p> Cela fait beaucoup de questions. Mais je croyais t'avoir dit tre un ermite qui a beaucoup voyag. Cela n'explique pas tout? O suis-je n? Dans ton esprit, le moment o tu m'as rencontr. D'o viens-je? O vais-je? Partout o Dieu conduit mes pas. Qui sont mes parents? L'Univers et la Vie. Ou bien de pauvres mendiants. Cela n'a pas grande importance, n'est-ce pas?  <p> Tu as appris seulement en voyageant?  <p> Oui, mais seulement ne convient pas. Tout ce qu'on apprend est un voyage. Un voyage dans les hauteurs de la connaissance, ou dans les profondeurs de soi-mme. Simplement, il faut apprendre  bien regarder ce qu'on voit,  bien voir ce qu'on regarde,  bien couter ce qu'on entend, et  bien entendre ce qu'on coute. Il est possible d'aller de l'autre ct du monde et de ne rien voir, mais aussi de dcouvrir l'Univers en traversant la rue.  <p> Enfin Pgase les dposa prs de la ville d'Arkanein, la dernire des contres du sud.   <h2 class="section"><a name="sec_11">Destines lointaines et pierres proches</a></h2>  <p> N'est-ce pas imprudent d'aller l? On me recherche.  <p> Le seul danger, ce sont les gardes des portes. Arkanein est si grande qu'une fois que nous serons  l'intrieur, il sera  peu prs impossible de nous trouver.  <p> Et pour les gardes des portes?  <p> Pour entrer, pas de problmes, ils ne savent encore rien. Pour sortir, quand les gardes auront t prvenus de notre arrive, je pense pouvoir bnficier de certaines complicits...  <p> Nous devons vraiment entrer l?  <p> Tout ce que nous faisons dans cette vie est ncessaire.  <p> Pourquoi?  <p>  quelle phrase se rapporte ton pourquoi?  <p> Dans quel but allons nous dans Arkanein?  <p> Il nous faut du matriel pour traverser les montagnes.  <p> Et pourquoi allons-nous traverser les montagnes?  <p> Pour passer de l'autre ct.  <p> Pgase ne peut pas nous y emmener?  <p> Pgase n'est pas notre esclave!  <p> Qu'y a-t-il de l'autre ct des montagnes?  <p> Des hommes qui dsignent ce ct-ci par l'autre ct頻. Mais notre but l-bas est le chteau d'Hellequin.  <p> QUOI? Qu'ois-je? Mais c'est de la folie! Autant nous rendre tout de suite aux gardes! Que comptes-tu faire l-bas?  <p> Mais que veux-tu que j'y fasse? D'abord, quand tu arriveras au chteau, je ne serai plus avec toi. Ensuite, qu'y a-t-il d'intressant dans le chteau d'Hellequin? Hellequin bien entendu! Je vois  ton air que tu es dans l'incomprhension la plus totale. Tout ce que je vais te dire pour l'instant est: tu vas rentrer dans le palais par... disons... la porte de derrire, grce  l'aide d'une amie, et tu vas voir Hellequin. Il a des choses intressantes  te dire. Tu connais le palais, je crois. Ou, du moins, le palais tel qu'il tait, avant que les hommes du Roi-Sorcier ne massacrassent ses habitants.  <p> Mais...  <p> Comment je sais tout cela? Ce que tu ne m'as pas confi, je l'ai appris par tes paroles lorsque tu dors.  <p> Oneir hsita un moment, dchir entre plusieurs motions trs fortes. Finalement, ce fut le rire qui l'emporta.  <p> Svindir, dit-il alors, je ne sais par quel miracle nous nous sommes rencontrs, mais sans toi que serais-je devenu?  <p> Cette remarque plongea curieusement Svindir dans un abme de perplexit.   <h2 class="section"><a name="sec_12">Tous seuls, trs nombreux</a></h2>  <p> Comme Svindir l'avait prdit, ils n'eurent aucune difficult pour entrer dans la ville.  <p> Arkanein tait peut-tre un joyau d'architecture dans ses quartiers riches, mais les ruelles sales et dlabres dans lesquelles les deux hommes progressaient taient une vision pitoyable. Ici, un mendiant aveugle tendait piteusement sa main  la gnrosit des passants, sans grand succs cependant; l, une commre versait une certaine quantit d'un liquide mal dfini sur la tte d'un pauvre hre qui n'avait pas entendu les cris de gare  l'eau annonant sa venue. De temps en temps, un chevalier ou un garde passait  cheval, et renversait parfois les produits que les marchands talaient en devanture pour attirer la clientle. Mais Svindir ne s'arrtait devant aucun de ces spectacles. Il avanait rsolument dans les rues tortueuses, n'hsitant jamais  aucun croisement. Oneir avait du mal  le suivre.  <p>  la campagne, avait dit Svindir quelques jours plus tt,  la compagne, les habitants sont peu nombreux, mais les villages forment une relle communaut vivante. Dans une ville, les habitants sont plus nombreux, mais tous sont seuls. Le village est l'unit solidaire de la multitude, la ville, la multitude de l'unit solitaire. Oneir voyait  prsent la justesse de cette parole.  <p> Enfin, parvenu devant l'auberge la croix d'Eserst, Svindir fit halte et rentra, s'tant assur que son compagnon le voyait bien.  l'intrieur, il parcourut la grande salle des yeux et vit qui il cherchait: il s'approcha d'une jeune et mince femme, aux yeux et cheveux noirs, vtue lgrement, une dague  la ceinture, assise seule  une table, les yeux rivs sur celle d' ct, et s'assit  ct d'elle.  <p> Svindir! s'cria-t-elle visiblement surprise. Toi ici? Je pensais ne jamais te revoir, Va Sans Rien; je me demandais d'ailleurs si tu tais encore en vie. Quelle raison t'amne donc  Arkanein?  <p> Oui, c'est bien moi. Je te prsente Oneir. Oneir, voici Akiria... Puis, baissant la voix: Une voleuse d'une agilit prodigieuse. Je suis sr qu'elle piait notre voisin de table en qute d'une occasion de s'enrichir. Et bien je suis venu te proposer une qute <em>et</em> une occasion de t'enrichir, Akiria. Il s'agit d'aider Oneir  pntrer dans un chteau; et en supplment de nous faire quitter la ville sans se faire voir des gardes.  <p> a va chercher dans les combien? demanda la voleuse, d'une voix intresse.  <p> Svindir essaya de prendre le ton le plus neutre possible.  <p> Oh, environ cinq cent millions de pices d'or, j'imagine...  <p> Oneir et Akiria le regardrent avec une expression d'incrdulit peu cache.  <p> ...sans compter la Couronne du Royaume.   <h2 class="section"><a name="sec_13">L'ombre du futur</a></h2>  <p> Akiria, sans dire un mot, leur fit signe de sortir et les conduisit dans la pice minuscule qu'elle habitait.  <p> Je ne sais pas si vous tes fous ou si c'est une farce stupide.  <p> Ni l'un ni l'autre. Notre plan est simple: tu aides Oneir  pntrer dans le chteau, il rencontre Hellequin. Quelque chose se passe, qui ne te concerne pas. Disons pour simplifier qu'Hellequin est mis en-dehors du chemin, et tu deviens reine. Les possessions rattaches  la Couronne doivent totaliser au minimum un demi milliard de pices d'or, vu tous les pillages auxquels Hellequin s'est livr depuis des temps immmoriaux. Sans compter la fortune d'tat, les rserves, l'encaisse or des banques d'tat, plus les joyaux, les lgendaires Joyaux de la Couronne, et les proprits foncires et autres.  <p> Oneir serait capable d'liminer Hellequin?  <p> C'est la seule personne de ce monde qui le puisse. Il le faut.  <p> Comment?  <p> Disons... Disons qu'il est dot d'un pouvoir phnomnal.  <p> Et ce pouvoir phnomnal ne lui permet pas de pntrer le chteau sans mon aide?  <p> Si, mais il ne se rendra compte de son pouvoir et ne pourra l'utiliser que ds qu'il aura vu Hellequin.  <p> Et si je me fais prendre?  <p> Si Oneir russit  rencontrer le roi, il n'y aura pas de problme. Sinon...  <p> Et toi?  <p> Je ne serai pas l. Ne me pose pas de questions  ce sujet.  <p> Oneir regarda son ami. La confusion naissait en lui; tous les sentiments se mlangeaient, il ne comprenait plus rien. Il repensa au palais,  Antalliris. Pouvait-il vraiment tre la fille d'Hellequin? Perdu dans ces penses profondes, il entendit une voix lointaine dire:  <p> Je suis peut-tre folle, mais je marche. Va pour l'aventure.   <h2 class="section"><a name="sec_14">Avec beaucoup</a></h2>  <p> Allez acheter tout ce qui vous plaira, avait dit Svindir, je vous retrouverai ici quand six heures seront sonnes.  <p> Trs amusant, pensait maintenant Oneir, les bras pleins de choses dont l'utilit laissait quelque peu  dsirer, mais comment allons-nous payer? Dirons-nous que nous allons tuer Hellequin, et reviendrons les bras pleins d'or et de joyaux pour rembourser nos achats?  <p> Il nous faudra aussi une corde... et trois gourdes... rajoutait Akiria, et Oneir prenait, et prenait encore. Il y avait de tout dans cette boutique. Svindir avait bien fait de leur recommander d'y aller.  <p> Le marchand les regardait avec des yeux incrdules. Ces clients, pensait-il, devaient tre milliardaires.  <p> Pendant une bonne partie de la matine, ils continurent ainsi, Akiria portant quand Oneir avait eu les bras bien trop chargs.  <p> Maintenant, marchand, peux-tu nous montrer tes curies: nous avons besoin de quatre chevaux.  <p> Ils choisirent quatre talons, trois noirs et un alezan.  <p> Enfin, ils prsentrent tous leurs articles au marchand effar, qui commena  compter.  <p> Les chevaux sont  trente pices d'or chacun. Plus deux cent quatre-vingt-huit livres, douze sols quatre deniers pour les autres articles, cela fait: mille six cent huit livres, douze sols quatre deniers. Je vous fais le tout  soixante-dix ducats. Tope l?  <p> Qu'avait dit Svindir? pensa Akiria. Dans mon nom est la rponse. Oui, c'tait a. Si vous devez payer, souvenez-vous, dans mon nom est la rponse. Je n'aime pas les nigmes. Qu'en pense Oneir?  <p> Oneir, fit-elle  haute voix, tu comprends ce qu'a voulu dire Svindir?  <p> Peut-tre Oneir allait-il rpondre. En tout cas, le marchand, entendant le nom de Svindir, s'exclama:  <p> Svindir! Mais alors vous ne me devez rien! Pour celui qui m'a sauv la vie. Je pensais justement qu'il tait grand temps de m'acquitter de cette dette...  <p> Il continua ainsi pendant quelques minutes, puis laissa Oneir et Akiria sortir, les chevaux chargs de tous les biens plus de quelques cadeaux que le marchand avait insist pour leur faire.  <p> C'est alors qu'Oneir se rappela que le nom de Svindir tait Va Sans Rien... Effectivement,  son retour, le regard de ce dernier montra trs clairement que les autres n'avaient pas compris ce qu'il avait voulu dire par sa phrase nigmatique.   <h2 class="section"><a name="sec_15">Silence hurlant de l'immensit</a></h2>  <p> Akiria avait mille et une complicits dans Arkanein. En particulier celle des toits. Grce  eux, les murailles furent vite franchies tandis que d'autres amis sortaient les chevaux, et on se trouva au pied des montagnes. Les hautes formations granitiques s'lanaient gracieusement vers les cieux, monts noirs massifs, incontournables, immanquablement prsents, menaants peut-tre, abritant on ne savait quel dragon ou mauvais gnie, on ne savait quelle divinit, mais peut-tre aussi recelant en leur c&oelig;ur une herbe miraculeuse, ou une fontaine magique. Oneir, Svindir et Akiria restrent quelque temps  contempler la chane de ces montagnes. De tous cts, le passage paraissait impraticable, les rares chemins convenant  peine  des chamois.  <p> Svindir prit une roche au sol qu'il soupesa.  <p> Du basalte, dit-il. La rgion est volcanique d'origine. Le sous-sol est, je le pense, trs riche.  <p> Du basalte! pensa Oneir. Il ne manquait plus que cela. Nous ne pourrons jamais franchir ces pics. Nous roulerons sur la pierre ponce, nous trbucherons sur les bombes, les chevaux n'y arriveront jamais. Nous aurions d prendre des mulets. Quelle preuve! Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi suis-je ici?  <p> Svindir s'aperut de l'hsitation de son ami, lui mit la main sur l'paule sans mot dire.  <p> Bon, et bien... en avant! dit alors Akiria.  <p> Le premier col, sur lequel les aventuriers s'engagrent par une piste drobe et qu'ils atteignirent en quelques heures, leur permit d'avoir une vue d'ensemble des montagnes. Ce qui n'allgea pas les c&oelig;urs. Le rcif se prolongeait sur des lieues et des lieues, ininterrompu sauf par une rare valle glacire aux pentes escarpes, ou un lac de montagne, ou une crevasse gigantesque, ou un plateau volcanique... Loin  l'horizon, un &oelig;il attentif, peut-tre celui de Svindir, certainement le regard d'aigle d'Akiria, peut-tre mme la vue d'Oneir qui en tout cas prouvait un sentiment confus, pouvait entr'apercevoir, roc parmi les rocs, forteresse de la Terre, chevauchement de remparts inexpugnables et inflexibles, le trop lointain but, le Chteau des Tnbres, le palais du Roi-Sorcier, la rsidence d'Hellequin, dont les tours s'levaient toujours plus haut, faisant au dpart concurrence avec les pitons rocheux d'alentours, puis, changeant de but, s'lanant vers les brouillards, les nues, les thers, les astres enfin, dans un orgueil dmesur de grandeur. Cette forteresse marquait la limite des montagnes: derrire s'tendaient des plaines assez fertiles, sillonnes par les mandres de myriades de rivires.  <p> Dominant de trs haut le paysage, un aigle glatit puis,  grands coups de ses ailes majestueuses, s'loigna vers le nord.  tord ou  raison, Oneir fut persuad qu'il avait senti trs nettement l'&oelig;il inquisiteur de l'oiseau fouiller ses penses, et que maintenant il volait vers la sombre citadelle. videmment, il tait vain de souhaiter l'atteindre avant lui. Mais Svindir ne semblait pas le moindre au monde proccup par le rapace.   <h2 class="section"><a name="sec_16">L'appel des profondeurs</a></h2>  <p> Depuis trois jours dj les trois amis suivaient pniblement les sentiers escarps des montagnes; depuis trois jours Oneir se sentait toujours plus sombrer dans la mlancolie. Partout la masse des montagnes l'entourant semblait se presser de plus en plus vers lui pour l'touffer. Ce soir, il aurait d monter la garde, mais la main noire du sommeil le prit de force et le fit sombrer dans les profondeurs insondables de Morphe.  <p> <span class="dream">Antalliris!</span>  <p> <span class="dream">Un vieux couple le dvisage incrdule. L'homme porte une longue barbe et ses yeux gris semblent avoir vu tant de choses qu'il n'est plus possible d'en tirer un sourire; ses cheveux noir geai supportent une couronne, un fin cercle d'or orn d'une gemme bleue d'un clat insoutenable; il regarde Oneir d'un air semblant triste et gai  la fois. La femme a gard une grande beaut malgr son ge; ses longs cheveux d'or jouent avec le vent; une larme de cristal coule lentement sur sa joue rose. Derrire eux, le palais en ruines, dmoli par le fer et la flamme; un des pavillons brle encore.</span>  <p> <span class="dream">Antalliris! Tu es vivante! C'est merveilleux! s'exclame encore le vieux roi.</span>  <p> <span class="dream">Antalliris! Ma fille! dit de mme la reine.</span>  <p> <span class="dream">Mais voil que les deux vieillards se font plus et plus transparents et finissent par s'vanouir totalement. Le palais se reconstruit et se barde de remparts, de tours et de donjons. La pierre devient noire. Derrire chaque meurtrire, derrire chaque crneau, il y a un archer, bandant son arme, prt  tirer.</span>  <p> <span class="dream">Le pont-levis s'ouvre et treize chevaliers en armure noire en sortent, se prcipitent vers Oneir, pendant qu'une voix surgit de la plus haute tour, une voix trs grave, mais trs belle, une voix enchanteresse, une voix semblant sortir du chteau tout entier, une voix qui dit:</span>  <p> <span class="dream">Antalliris! Tu es ma fille! Rejoins-moi! Sois mon hritire, Antalliris!</span>  <p> <span class="dream">Et voil qu'Oneir n'a plus pouvoir sur son esprit ni sur ses muscles. Il ne peut plus qu'une chose: aller vers les chevaliers qui galopent vers lui, se diriger vers le palais prt  l'avaler, qui ouvre pour cela sa gueule bante... Les chevaliers noirs ne sont plus qu' dix mtres,  cinq,  deux... Mais voil qu'une autre voix, toute diffrente, se fait de plus en plus audible:</span>  <p> Oneir! Oneir! rveille-toi!  <p> Svindir secouait Oneir qui lentement mergeait de son sommeil mortifre. Akiria lui lana sur le visage quelques gouttes d'eau et lui fit boire une gorge d'une liqueur trs forte.  <p> Tu reviens de loin! dit-elle.  <p> Que... Que s'est-il pass? demanda Oneir, qui reprenait conscience de la ralit.  <p> Tu t'tais endormi pendant ton tour de garde, rpondit Svindir. Akiria a t rveille par un bruit de sabots dans la nuit. Elle a vu un cavalier s'enfuir. Il y a encore des traces de sabots. Nous avons entendu l'essentiel de ton rve. Quel mal nous avons eu  te rveiller!  <p> La mmoire du rve revint brusquement  Oneir. Il regarda autour de lui. Il n'y avait certainement plus de chteau en vue. Akiria et Svindir s'affairaient autour de lui. L'aube enflamme commenait de poindre, clipsant les restes du feu mourant.   <h2 class="section"><a name="sec_17">Le cri de l'outre-tombe</a></h2>  <p> Les aventuriers s'taient accroupis en formant un triangle.  <p> Il est, je crois, temps d'abaisser les cartes, dit Svindir. Ce que je vais vous dire ne sera pas facile  entendre, surtout pour Oneir, et j'aurai tent, du plus qu'il m'tait possible, de retarder l'arrive de ce moment. Voici ce que j'ai pu rassembler comme lments sur Oneir d'aprs mes voyages, d'aprs ses rves, et d'aprs quelques instincts qui me sont venus d'ailleurs.  <p> Il y a bien vingt-deux annes, alors que Tirien et Analya rgnaient ici, ils mirent au monde un enfant, une fille, dont les oracles dirent qu'elle devait s'appeler Antalliris. Et grands furent les signes  sa naissance.  <p> Mais l'anne suivante, pour une raison qui reste encore inconnue, le sorcier Hellequin concentra tout son pouvoir sur la domination du royaume. Certes ce n'tait pas la premire fois que le sorcier dcidait de piller une rgion, mais qu'il le ft avec tant d'ardeur fut une surprise pour tous. L'arme du roi tint une semaine. En dix jours le palais royal tait en flammes, et le couple partit en exil; hlas, ils n'avaient pas pu emmener avec eux Antalliris, et celle-ci resta entre les mains d'Hellequin. Celui-ci la traita avec douceur et voulut la faire passer pour sa fille; mais on dit qu'elle ne se laissa pas faire et fugua  l'ge de cinq ans. Depuis, on est sans nouvelles d'elle.  <p> Mais nous savons maintenant, sans l'ombre d'un doute.  <p> Sur l'Arbre du Temps est grav le pome suivant:  <p class="verse"> Quand tous les sangs auront saign, <br>Quand tous les ruisseaux seront secs, <br>Quand cet arbre sera dtruit, <br>Quand un sorcier sera le roi, <br>Lors viendra l'enfant du destin, <br>L'enfant porteur du signe noir, <br>L'enfant aim par sa victime, <br>L'enfant du rve et de la nuit, <br>Sa compagne sera voleuse, <br>Et l'inceste sera puni, <br>Et les morts se relveront, <br>Tnbres seront dissipes, <br>L'ancien ami sera veng. <br>L'enfant seul peut vaincre et venger, <br>Semblant perdu, seul et chtif, <br>Tout l'espoir du monde est en lui.  <p> Hellequin a fait abattre l'arbre pour viter qu'il inspire des ides de rvoltes.  <p> J'ai moi-mme connu Hellequin, il tait autrefois mon meilleur ami. Mais il a choisi une voie diffrente de la mienne, lorsqu'il s'est rendu compte de la formidable puissance magique qu'il avait acquise. En tout cas, je sais qu'il est le frre du roi Tirien,  qui il n'a jamais pardonn d'tre n avant lui.  <p> Mais ce n'est pas pour cela qu'il a envahi le royaume. Non, la raison est bien plus noire. Il aime Antalliris. Il l'aime et la hait tout  la fois. Il sait qu'elle le conduira  sa perte, mais il est crit qu'elle doit le dtrner, et il espre pouvoir en faire sa descendante lgitime afin de remplir  sa faon les oracles, car aprs tout l'hritier marque le sceau du destin du roi.  <p> Traumatise par les actes incestueux de son oncle, la fillette s'enfuit, et nul ne devait plus la retrouver. Cependant, elle s'incarna dans celui qui devait la venger. C'est--dire Oneir, bien sr. Maintenant, Hellequin sait qui nous sommes et est dcid  retrouver le fugitif cote que cote.  <p> Et pour vrifier que les prophties ont dit vrai, Oneir, montre-nous ta cuisse gauche.  <p> Oneir, machinalement, dcouvrit sa jambe, et bondit d'effroi en voyant sur celle-ci un glyphe qu'il n'avait jamais peru: il y avait l, finement cisel en noir sur la peau, deux pes croises surmontes d'une couronne.  <p> Mais comment pourrais-je, moi qui ne suis rien qu'un rve, vaincre ce sorcier qui a dompt un pays en une semaine?  <p> Je ne sais pas, Oneir, rpondit Svindir, mais je sais seulement que tu le pourras. Et tu le dois.  <p> Oneir tourna la tte vers la sombre forteresse maintenant clairement visible, et tout espoir l'abandonna. Il se sentait tranger  ce corps qui n'tait plus le sien depuis qu'il y avait vu cette marque inconnue. Il ne se trouvait pas l'toffe d'un aventurier. Ce qui fallait pour vaincre Hellequin tait une immense arme d'hommes bards de fer, mene par un gnral intrpide, viril, un vritable hros. Ou bien douze mages revtus de robes aux couleurs mystiques, dtenteurs de toute la science arcane, devant lesquels mme la puissance extrme d'Hellequin serait vaincue. Ou encore un petit groupe htroclite, un guerrier, un mage, une voleuse, un groupe pouss par le dsir de revanche, qui ne reculerait devant rien. Ou  la limite le meneur charismatique d'une rvolte paysanne. Mais Oneir n'tait rien de tout cela. Quand bien mme il serait vrai qu'il ft Antalliris, ce qu'il se refusait toujours  admettre, comment en viendrait-il  bout de son oncle si terrible? Il se sentait perdu, seul et chtif.  <p> Perdu, seul et chtif? Les mots du pome! Il repensa  Tirien et Analya, et l'espoir lui revint.   <h2 class="section"><a name="sec_18">Un voyageur mystrieux</a></h2>  <p> Oh! cria-t-on. Oh!  <p> Akiria et Svindir se retournrent. Un vieillard seul, mont sur un ne, vint  la rencontre des trois voyageurs.  <p> Trois voyageurs dans ces parties dsertiques, voil qui est fort rare. Que faites-vous par ici?  <p> Nous allons ports au gr des vents. rpondit Svindir.  <p> Vous permettrez sans doute, demanda l'autre, que je fasse un peu de route en votre compagnie, au moins jusqu' la Croise des Chemins.  <p> Vous tes libres de vos pas comme nous des ntres. C'est--dire, pas du tout.  <p> Sur ce, ils se mirent en route.  <p> Je devine que vous allez au chteau royal.  <p> Si vos yeux sont assez sages et clairvoyants pour percevoir les destines humaines, rpliqua Va Sans Rien, ils doivent tre aussi perants que ceux des vautours qui guettent en permanence notre mort.  <p> Oneir frissonna en voyant les deux hommes parler entre eux. Il lui sembla qu'il tait le spectateur impuissant d'un duel sans merci.  <p> Pourquoi ne serait-il pas donn aux mortels d'entrevoir le futur? Il le leur est, aprs tout, si souvent rvl. Comme sur un arbre...  <p> Le futur, il l'apprendront de toute manire quand ils y arriveront. Mais jusqu' ce que le devenir devienne pass, il reste dans la connaissance des seuls dieux. Ceux qui luttent contre les invitables checs que le destin leur impose, qui combattent les prophties, sont des imbciles.  <p> Si vous vous en tenez  cette philosophie, votre vie doit tre bien monotone, tant dj toute trace. Vous n'avez donc qu' vous laisser lentement porter vers la mort?  <p> La mort est de toute manire notre destination finale  tous. Est-ce bien raisonnable de vouloir viter l'invitable?  <p> Le propre de l'homme est de lutter.  <p> Le propre de l'homme est de penser.  <p>  quoi cela vous servira-t-il de penser si toutes vos connaissances sont balayes avec votre fin?  <p>  quoi cela vous servira-t-il de lutter si votre but est d'ores et dj inaccessible? Je ne pense pas pour moi mais pour ceux qui viendront  ma suite. Vous luttez seul parmi une multitude qui font comme vous.  <p>  quoi vous sert-il de transmettre le fruit de vos penses  vos suivants?  <p>  quoi vous sert-il de vivre?  <p> Je vous le demande.  <p>  vivre,  faire vivre, et  laisser vivre.  <p> Comme c'est noble!  <p> Si vous vous refusez  voir s autres hommes vos frres, vous vous dsignez vous-mme comme un animal.  <p> Croyez-vous que ceux que vous aimez vous rendent votre amour fraternel?  <p> Je sais que non. Mais au moins je ne serai pas  blmer.  <p> Vous tes fou!  <p> Et vous, non. Tout compte fait, je prfre la folie  la lucidit.  <p> Dj, le croisement tait atteint. Le voyageur partit vers l'ouest tandis que Svindir et ses amis continurent vers le nord.   <h2 class="section"><a name="sec_19">Hros et Roi</a></h2>  <p> Encore un campement. Oneir avait cess de les compter. Il ne suivait plus Svindir que par le miracle de confiance qu'il avait en cet homme. Akiria, elle, devait soit tre habitue  ce genre d'expditions, soit savoir trs bien cacher ses sentiments. Svindir, lui, semblait de plus en plus perdu dans ses penses, surtout depuis la rencontre du voyageur mystrieux.  <p> Les provisions touchaient  leur fin. Ceci inquitait Oneir qui ne voyait pas comment la nature pourrait pourvoir  son apptit dans une rgion aussi hostile que celle qu'ils parcouraient,  mi-chemin entre les neiges ternelles et les hauts cratres recouverts de cendres. Tout de mme, les lichens ne suffiraient pas! Mais Svindir restait immuable lorsqu'on lui prsentait le problme: il avait parcouru bien pire. Peut-tre, pensait Oneir, mais je ne suis pas un ermite. Ni un hros, se rptait-il. Ni un hros.  <p> Un bruit de sabots dans l'obscurit. Oneir n'y prta au dbut aucune attention. Le bruit se prcisait, mais les tnbres taient trop noires pour que le veilleur pt l'entendre avec prcision. Le cheval hennit. Oneir sursauta et se retourna. Deux points rouges le fixaient avec attention dans le noir. Il eut l'impression que ce regard ardent fouillait les moindres recoins de son esprit. Il voulut crier, mais sa bouche resta close. L'apparition s'approcha; se dtachait lors nettement un homme drap de noir, contour obscur sur les tnbres. Il mit un rire sardonique et s'enfuit  grands galops.  <p> Alors Oneir put hurler toute son angoisse, qui se rpercuta sur les montagnes d'alentour dont l'cho lui rendit longuement son appel. Svindir et Akiria taient rveills, mais il n'y avait dj plus rien  faire.  <p> Le lendemain, il pleuvait et tout espoir de retrouver les traces dans la boue cendre tait vain. Svindir ramassa un petit mdaillon d'or, l'ouvrit, y vit l'image de deux vieillards, le ferma et le remit  Oneir en disant:  <p> Si Votre Majest me le permet, je crois qu'Hellequin a voulu nous avertir de la mort de vos feus parents le roi Tirien et la reine Analya, en leur vingt-deuxime anne d'exil. Votre Majest, vous tes dsormais roi.  <p> Et il se mit  genoux.  <p> Oneir, sans trop comprendre pourquoi, se mit  pleurer.   <h2 class="section"><a name="sec_20">Victoire</a></h2>  <p> Le lendemain, alors que les voyageurs longeaient un profond canyon, Akiria annona qu'elle entendait le bruit de nombreux cavaliers qui approchaient dans le ravin. Effectivement,  peine furent-ils cachs que les bruits devinrent vidents  tous. L'arme d'Hellequin les doublait, allant en direction du chteau.  <p> Alors qu'il attendait depuis quelques minutes, Oneir fut soudain saisi de la plus grande curiosit relativement  ces troupes. Il sortit sa tte de la corniche est vit...  <p> Des hommes jusqu' l'infini. Il n'y avait cesse de ces combattants revtus des armes du sorcier: un vautour perch sur une croix noire. Juste  ce moment, les treize chevaliers de son rve passaient. Oneir, mystrieusement attir, se dcouvrit compltement, regardant fascin. Un chevalier fit halte, et cria mot aux autres. Rapidement, un arc fut band, une flche fut tire. Alors, Svindir bondit, se jeta sur le projectile qui se ficha dans son c&oelig;ur, et chuta dans l'abme en criant:  <p> Triomphe, Oneir!  <p> Tous regardaient, les adversaires galement interloqus les uns que les autres. Une minute passa avant que l'on comprt ce qui s'tait pass. C'est sous une grle de coups qu'Oneir retourna  l'abri, en hurlant le nom de son dfunt ami.  <p> Akiria regarda Oneir comme si elle tentait de comprendre l'incomprhensible.  <p> Une voix vint de l'arme.  <p> Oneir! Nous savons que vous tes l! Hellequin vous appelle auprs de lui! Il veut faire de vous son hritier! Sortez, et vous aurez la vie sauve! Le Prince vous en donne sa parole!  <p> La rponse d'Oneir surprit tous ceux qui l'entendirent, lui en premier.  <p> Vous parlez au souverain lgitime d'nayor: je suis la fille de feu le roi Tirien et la reine Analya. Je n'ai nul besoin d'un sorcier pour me proclamer son successeur. Si vous versez mon sang, il retombera sur votre tte. Retournez dire  votre Hellequin que je me dirige vers son palais. Mais quand j'y arriverai, je ne serai plus la frle fillette qui l'a fui: je serai le roi qui reprend possession de mon royaume, et de mon palais.  <p> En revanche, il ne fut pas rellement tonn de voir l'arme partir, sans l'ombre d'une riposte.   <h2 class="section"><a name="sec_21">Terme</a></h2>  <p> Oneir voulut descendre rechercher le corps de son ami qui tait rest empal sur une corniche, mais Akiria s'y opposa fermement, car ils n'avaient pas de temps  perdre et car Svindir lui-mme s'y serait selon elle oppos.  <p> Ce n'est qu'aprs quelques jours qu'ils se redirent compte  quel point Va Sans Rien leur avait t utile et combien son absence leur tait cruellement douloureuse. Akiria avait, certes, une certaine connaissance des montagnes pour y avoir fait de la contrebande, mais elle n'tait pas habitue  une situation aussi difficile. La nourriture devenait toujours plus rare; Oneir mme regrettait de s'tre jur de ne pas abattre le cheval de Svindir. Heureusement, la chance leur souriait. Un jour ils dcouvrirent un buisson pineux portant des baies qu'Akiria reconnut immdiatement comme comestibles. Un autre, c'est un soldat de l'arme d'Hellequin qu'ils firent prisonnier et auquel ils purent voler armes et provisions.  <p> Enfin, aprs un voyage qui tenait rellement du miracle, ils constatrent avec stupeur qu'ils taient arrivs au but: le palais d'Hellequin n'tait plus qu' une vingtaine de mtres en contrebas. Par chance (ou par la volont de Svindir?) ils avaient emprunt un chemin pratiquement abandonn, qui s'arrtaient d'ailleurs o ils taient, et non la route principale, qui y tait parallle, dans le ravin, et par laquelle tait passe l'arme. Le plateau sur lequel ils se tenait donnait vue sur le mur sud-ouest de l'enceinte, lequel tait peu gard car immdiatement derrire se trouvaient les dortoirs des gardes. En ce soir, les gardes taient tous ailleurs, et Oneir et Akiria pouvaient observer sans tre vus.  <p> Allez, ma vieille, se disait Akiria. Il ne s'agit pas de laisser tomber maintenant. Souviens-toi: cinq cents millions de pices d'or au bas mot. Courage!  <p> Courage. Ils en auraient bien besoin.  <p> Le chteau tout entier tait fait dans une pierre noir bne. Un premier mur relativement bas, et un foss sec, entouraient le tout, en formant un hexagone. En haut du mur, des pieux acrs, peut-tre empoisonns. Dans le mur sud tait la seule ouverture visible, un pont-levis conduisant  la route principale. Les murs sud-est et nord-est donnaient sur une falaise qui marquait la fin des montagnes de ce ct. Du ct du mur nord, la pente tait un peu plus faible. Au sud-ouest, le mur jouxtait un flanc de montagne, sur une corniche duquel taient Oneir et Akiria. Le mur nord-ouest enfin laissait un espace plan assez vaste avant une autre pente montagneuse.  <p>  l'intrieur de l'enceinte fortifie rgnait le plus grand dsordre architectural. Divers btiments, la plupart construits  la hte, juraient horriblement entre eux sur une cour compose essentiellement de dtritus de toutes sortes.  <p>  l'ouest, paralllement au mur sud-ouest se trouvait les dortoirs. Immdiatement  ct, entre eux et le pont-levis, une construction carre, de toute vidence l'arsenal. En face, du ct est, on voyait un grand entrept, puis, derrire (au point le plus  l'est du chteau), une trs large tour ronde, manifestement la tour de prison, car les fentres taient munies de barreaux plus forts qu' l'ordinaire. Accole au mur nord-est, une plus petite tour carre, une tour de guet qui donnait sur les plaines. Tout au nord, lgrement  l'est, un cimetire, et  l'ouest une tendue d'eau. Enfin, au centre et lgrement au nord, le chteau d'origine paraissait minuscule; il tait en forme de rectangle avec une tour  chaque coin; des douves avait t rajoutes ultrieurement, et le pont-levis sur la partie sud avait t largi et consolid. Au centre de ce chteau, le Donjon o habitait trs certainement Hellequin.  <p> Pour passer le premier mur, pas de problme. chuchota Akiria.  <p> Pas de problmes?  <p> Non. Il nous suffira d'utiliser un grappin. Les soldats du dortoir dormiront profondment cette nuit, et nous ne les rveillerons certainement pas. Les rares gardes seront amasss vers le pont-levis et la tour de guet. Il n'y a pas de fentres sur le mur sud-ouest du dortoir. videmment, ensuite...  <p> Ensuite?  <p> Nous improviserons!   <h2 class="section"><a name="sec_22">Destination: inconnue</a></h2>  <p> Ainsi fut dit.  <p> Ainsi fut fait. Deux heures aprs le coucher du soleil, alors qu'Oneir n'y voyait pour ainsi dire rien du tout, le grappin fut lanc. Le bruit qui annona qu'il tait accroch fut presque imperceptible. Akiria accrocha l'autre extrmit de la corde  un rocher voisin, testa la solidit du passage, et commena  suivre la corde. Oneir suivait, bien peu rassur. Heureusement qu'il ne pouvait pas voir le sol sous lui!  <p> Aprs qu'ils taient parvenus au mur, Akiria, qui se tenait adroitement debout entre les pieux, retira le grappin, et, dans un geste qu'Oneir eut peine  croire, fit revenir la corde. Puis elle fixa l'attache pour la descente du mur.  <p> Enfin, aprs effectivement moins d'encombres qu'Oneir ne l'avait imagin, ils furent en bas. Ils passrent entre les dortoirs et l'arsenal; il n'y avait pas de fentres de ce ct sur aucun des btiments. Akiria repra rapidement les gardes: il y en avait deux aux cts du pont-levis, et quelques uns probablement en haut de la tour de guet, mais ceux-ci scrutaient l'extrieur. Elle dcida donc qu'ils tenteraient de rentrer dans le palais par la faade ouest.  <p> Lorsqu'ils parvinrent  celle-ci, Akiria aperut qu'une fentre tait ouverte.  <p> Kilma est avec nous! chuchota-t-elle. Nous entrerons par l.  <p> Encore une fois, Oneir fut merveill de voir que sa compagne russit  lancer le grappin et  l'accrocher au rebord de la fentre, sans faire le moindre bruit qu'il pert. L'escalade de la paroi verticale du palais, fut plus difficile, mais tout de mme ralisable. Enfin, ils dbouchrent sur une salle basse,  peine claire par quatre gigantesques cierges rouges aux deux extrmits,  peu prs remplie d'tranges botes de bois noires, assez longues, chacune pose sur un pidestal de pierre.  <p> Oneir murmura d'une voix tremblante et terrorise:  <p> La chambre des morts!  <p> Enfin, ils admirent qu'il s'agissait de cercueils. Chacun portait un nom. Et leur effroi fut bien grand en voyant sur l'un d'entre eux, vide,  ct de ceux de Tirien et d'Analya (vides eux-aussi), le nom Akiria. Et encore  ct, Svindir Va Sans Rien, et celui-l contenait le corps de celui qui avait t leur compagnon. Oneir prit un poinon, s'ouvrit une veinule, raya de son sang le nom de son amie et crit  la place:  <p> Hellequin.   <h2 class="section"><a name="sec_23">Reinigkeit</a></h2>  <p> Puis vint la course dans les couloirs. Le chteau tait dsert. Ils s'amusaient presque. Enfin, aprs un ddale dans lequel Oneir menait avec une assurance parfaite, ils parvinrent  la cour dans laquelle tait le donjon. Le pont-levis en tait abaiss, la herse releve. Une lumire brillait  la fentre la plus haute.  <p> On nous attend! s'inquita Akiria.  <p> Et nous le cherchons. rpliqua Oneir.  <p> Akiria commenait  trouver que son compagnon tait certes beaucoup plus hroque qu'il prtendait l'tre ou vouloir l'tre.  <p> Ils rentrrent.  <p> L'essentiel du donjon tait l'immense escalier de pierre nue qui montait en spirale sans commencement ni fin. Aprs mille quatre-vingt-douze marches, qu'Akiria compta, ils parvinrent  une petite porte de bois. Oneir chuchota:  <p> Je vais rentrer. Reste ici, et ne bouge pas; ne te montre pas, <em>quoiqu'il arrive</em>!  <p> Et, sans attendre une rponse, il ouvrit brutalement la porte. Un petit homme, assis derrire un grand bureau encombr de papiers, de livres et d'appareils d'alchimie, crivait,  la lueur d'innombrables chandelles dans toute la pice.  <p> Hellequin! appela Oneir.  <p> Hellequin se retourna lentement. Oneir reconnut, avec un immense tonnement, le voyageur qu'ils avaient rencontr sur le chemin.  <p> Antalliris! Ma petite fille! Tu es revenue! Viens dans mes bras!  <p> Le sorcier pleurait de joie. Le visage bon et paisible de celui qui retrouvait sa nice. Une seconde, Oneir sentit son c&oelig;ur fondre, et il alla presque se jeter dans les bras de...  <p> Non! hurla-t-il intrieurement.  <p> Je ne suis plus Antalliris, dit-il  haute voix. Elle est morte. Quel dommage: peut-tre vous aurait-elle pardonn... Je suis Oneir le vengeur, je suis l'enfant du destin. Je suis Nmsis, Hellequin. Ton rgne noir touche  sa fin. Le phnix renat de ses cendres. Tu as tu Tirien et Analya; tu as tu ton frre, tu as tu ton ancien ami, Svindir Va Sans Rien. Mais je reprends ce qui m'est d: la couronne d'nayor. La prophtie s'accomplit enfin. Je te dclare tratre au royaume, et te condamne  mort.  <p> Hellequin dit d'une voix douce et lgrement tonne:  <p> Mais je n'ai pas tu Tirien ni Analya!  <p> Si. Tu les a tu aussi srement que si tu eusses toi-mme enfonc un poignard dans leur c&oelig;ur, en les privant de leur fille.  <p> Antalliris!  <p> Non! Pas Antalliris! Il n'y a plus, il n'y aura jamais plus d'Antalliris! Tu l'as tue. Je suis son fantme venu me venger et te faire payer, pour venger l'inceste. Regarde!  <p> Oneir dcouvrit sa cuisse pour laisser voir le signe fatidique.  <p> Mais Hellequin s'tait dj plong dans une profonde mditation. Il tenait ses deux mains recourbes  quelques pouces l'une de l'autre, et une lueur blme commenait de se former entre elles. Enfin, une boule de feu tincelante fut prte, et Hellequin la lana sur Oneir. Mais elle le traversa comme s'il n'et pas exist, et vint disparatre sur le pilier central de l'escalier.  <p> Oneir annona d'une voix calme et imperturbable:  <p> Antalliris savait que tu possdais de trs puissants pouvoirs; mais tu ne peux rien contre moi, qui ne suis qu'Illusion; en revanche, toutes les forces de la magie sont de mon ct. Mais maintenant, le temps est venu pour toi de prir.  <p> Hellequin s'tait assis et attendait, regardant son bourreau d'un &oelig;il vide. Oneir entonna:  <p class="verse"> lments d'ternit, du Soleil et de la Lune, <br>Fragments d'Astres et de Dieux, Rois du Ciel et de la Terre, <br>Et Puissances infinies de Magie et d'Illusion, <br>Venez rpondre  l'appel que je lance  l'Univers, <br>Remplissez les Prophties, Accomplissez le Destin, <br>Mettez un terme aux tnbres, au long rgne de la Nuit, <br>Rtablissez sur le trne celui qui devait rgner, <br>Envoyez par l'Achron celui qui a pris sa place, <br>Vengez-moi et punissez le meurtre de son ami!  <p> Et  ce moment, Hellequin avait absolument disparu.  <p> Akiria rejoignit Oneir juste alors qu'apparaissaient les spectres de Tirien, d'Analya et de Svindir.  <p> Tu as accompli ta destine Oneir. Tu m'as veng. Le jour peut enfin revenir sur nayor.  <p> Alors que Svindir prononait ces paroles, apparut  l'orient un clat de lumire.  <p> Tirien s'approcha d'Oneir, et, sans dire un mot, plaa une couronne sur sa tte, tandis qu'Analya runissait les mains d'Oneir et d'Akiria. Alors le premier rayon du soleil matinal frappa le joyau de la couronne. La pice fut transforme. Les murs sales et dlabrs devinrent porphyre et cristal. Le couple royal fut revtu de vtements tincelants.  <p> Ils s'avancrent au balcon. Les fortifications d'Hellequin avaient disparu. Les soldats portaient  prsent la couronne or sur font azur. La population, trangement avertie, s'tait regroupe.   <h2 class="section"><a name="sec_24">Le Lion et l'Agneau</a></h2>  <p> Habitants d'nayor!  <p> Il y a vingt-deux ans aujourd'hui, un homme a pris le pouvoir et vous a contraint  la servitude, pour l'amour d'une fillette, moi-mme. Cet homme aujourd'hui est mort.  <p> Je suis venu enterrer Hellequin, et non pour le maudire. Puisse-t-il trouver paix l o il est. Je lui pardonne. Les temps de son rgne sont rvolus: il n'est pas ncessaire de rveiller les douleurs passes.  <p> Leurs majests la reine Analya et le roi Tirien sont aujourd'hui mortes. Je suis leur fille. Acceptez-vous, peuple d'nayor, de me prendre pour roi, et Akiria d'Arkanein comme ma femme et votre reine?  <p> L'accord de la foule fut assourdissant.  <p> Un demi milliard de pices d'or, et la couronne du royaume. Je te l'avais promis. murmura Svindir  l'oreille d'Akiria.  <p> Lorsqu'Oneir se retourna, il vit deux hommes qu'il ne connaissait pas.  <p> Qui tes-vous?  <p> Je suis, rpondit l'un, Laurent. Et voici David.  <p> Mais qui tes-vous?  <p> Nous sommes, dit Laurent, les vritables coupables.  <p> Dans des milliers d'anne, ajouta David, ce royaume s'appellera non plus nayor, mais d'Upsilon. D'ici l, faites de beaux rves. Et gardez la couronne: elle servira plus tard.  un elfe.  <p> Sur ce, ils disparurent.  <hr>   <address> <a href="mailto:david.madore@ens.fr">David Madore</a> </address>  </body> </html> 
