<HTML>  <HEAD>    <TITLE>ATHENA: HUGO, Les Voix int&eacute;rieures; Pierre Perroud</TITLE>    <META NAME="author" CONTENT="Pierre Perroud">    <META NAME="description" CONTENT="Victor Hugo, Les Voix int&eacute;rieures - Victor Hugo, Les Voix intrieures">    <META NAME="keywords" CONTENT="athena, franais, france, french, hugo, literature, littrature, olympio, perroud, posie, po&eacute;sie, poetry, romanticism, romantisme, voix"> </HEAD>  <BODY BGCOLOR="#FFFFFF">  <P>  <CENTER><B><FONT SIZE=7>VICTOR HUGO</FONT></B></CENTER><BR> <CENTER>(1802 - 1885)</CENTER>  <P>  <CENTER><IMG SRC="dela_dv.gif" WIDTH=221 HEIGHT=160 ALT="Delacroix"><BR> Eug&egrave;ne Delacroix, <I>Dante et <A HREF="#Virgile"> Virgile </A>aux Enfers</I>, (1822)<BR> Mus&eacute;e du <A HREF="http://mistral.culture.fr/louvre/" TARGET="_top">Louvre</A>, Paris .<BR> </CENTER>  <P>  <CENTER><B><FONT SIZE=7>LES VOIX INTERIEURES</FONT></B></CENTER> <BR> <CENTER>(1837)</CENTER>  <P>  <CENTER> <IMG SRC="rainbow.gif" WIDTH=95% HEIGHT=3 ALT="rainbow"> </CENTER>  <P>  <A NAME="Table"></A> <CENTER><B>Table des mati&egrave;res</B></CENTER><BR>  <P>  <BLOCKQUOTE>  <UL> <LI><A HREF="#D&eacute;dicace"> D&eacute;dicace</A><BR>  <P>  <LI><A HREF="#Pr&eacute;face"> Pr&eacute;face (24 juin 1837)</A><BR>  <P>  <LI><A HREF="#I">I <I>Ce si&egrave;cle est grand et fort. Un noble instinct le m&egrave;ne</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#II">II Sunt lacrymae rerum</A>  <P>  <LI><A HREF="#III">III <I>Quelle est la fin de tout ? la vie, ou bien la tombe?</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#IV">IV A l'Arc de triomphe</A>  <P>  <LI><A HREF="#V">V Dieu est toujours l&agrave; </A>  <P>  <LI><A HREF="#VI">VI <I>Oh! vivons! disent-ils dans leur enivrement</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#VII">VII A Virgile</A>  <P>  <LI><A HREF="#VIII">VIII <I>Venez que je vous parle, &ocirc; jeune enchanteresse!</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#IX">IX Pendant que la fen&ecirc;tre &eacute;tait ouverte</A>  <P>  <LI><A HREF="#X">X A Albert D&uuml;rer</A>  <P>  <LI><A HREF="#XI">XI <I>Puisqu'ici-bas toute &acirc;me</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XII">XII A Ol. </A>  <P>  <LI><A HREF="#XIII">XIII <I>Jeune homme, ce m&eacute;chant fait une l&acirc;che guerre</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XIV">XIV Avril- A Louis B. </A>  <P>  <LI><A HREF="#XV">XV La vache</A>  <P>  <LI><A HREF="#XVI">XVI Pass&eacute; </A>  <P>  <LI><A HREF="#XVII">XVII Soir&eacute;e en mer</A>  <P>  <LI><A HREF="#XVIII">XVIII <I>Dans Virgile parfois, dieu tout pr&egrave;s d'&ecirc;tre un ange<!-- athena e-text --> </I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XIX">XIX A un riche</A>  <P>  <LI><A HREF="#XX">XX <I>Regardez: les enfants se sont assis en rond</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XXI">XXI <I>Dans ce jardin antique ou les grandes all&eacute;es</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XXII">XXII A des oiseaux envol&eacute;s</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXIII">XXIII <I>A quoi je songe ? - H&eacute;las ! loin du toit ou vous &ecirc;tes</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XXIV">XXIV Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXV">XXV Tentanda via est</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXVI">XXVI <I>Jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XXVII">XXVII Apr&egrave;s une lecture de Dante</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXVIII">XXVIII Pensar, dudar</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXIX">XXIX A Eug&egrave;ne vicomte H. </A>  <P>  <LI><A HREF="#XXX">XXX A Olympio</A>  <P>  <LI><A HREF="#XXXI">XXXI <I>La tombe dit &agrave; la rose</I></A>  <P>  <LI><A HREF="#XXXII">XXXII <I>O muse, contiens-toi ! muse aux hymnes d'airain</I></A>  <P>  </UL>  </BLOCKQUOTE>  <P>  <CENTER> <IMG SRC="rainbow.gif" WIDTH=50% HEIGHT=3 ALT="rainbow"> </CENTER>  <P>  <A NAME="D&eacute;dicace"></A>   <CENTER><B><FONT SIZE=5>VICTOR HUGO<BR> </FONT></B></CENTER>  <P>  <CENTER><B><FONT SIZE=5>LES VOIX INTERIEURES<BR> <BR> </FONT></B></CENTER>  <P>  <FONT SIZE=4>  <BLOCKQUOTE>  A <BR> JOSEPH-LEOPOLD-SIGISBERT, <BR> COMTE HUGO, <BR> LIEUTENANT GENERAL DES ARMEES DU ROI <BR> NE EN 1774. <BR> VOLONTAIRE EN 1791. <BR> COLONEL EN 1803. <BR> GENERAL DE BRIGADE EN 1809. <BR> GOUVERNEUR DE PROVINCE EN 1810. <BR> LIEUTENANT GENERAL EN 1825. <BR> MORT EN 1828. <BR> NON INSCRIT SUR L'ARC DE L'ETOILE.<BR>  <P>  SON FILS RESPECTUEUX, <BR> V. H.<BR>  <P>  <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>   <P>  <CENTER> <IMG SRC="rainbow.gif" WIDTH=50% HEIGHT=3 ALT="rainbow"> </CENTER>  <P>  <A NAME="Pr&eacute;face"></A>   &#160; &#160; &#160;<strong>L</strong>a Porcia de Shakespeare parle quelque part de cette<I> musique que tout homme &agrave; en soi</I>. - Malheur, dit-elle, &agrave; qui ne l'entend pas! - Cette musique, la nature aussi l'a en elle. Si le livre qu'on va lire est quelque chose, il est l'&eacute;cho, bien confus et bien affaibli sans doute, mais fid&egrave;le, l'auteur le croit, de ce chant qui r&eacute;pond en nous au chant que nous entendons hors de nous.  <P>  &#160; &#160; &#160;Au reste, cet &eacute;cho intime et secret &eacute;tant, aux yeux de l'auteur, la po&eacute;sie m&ecirc;me, ce volume, avec quelques nuances nouvelles peut-&ecirc;tre et les d&eacute;veloppements que le temps a amen&eacute;s, ne fait que continuer ceux qui l'ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;. Ce qu'il contient, les autre le contenaient; &agrave; cette diff&eacute;rence pr&egrave;s que dans l<I>es Orientales</I>, par exemple, la fleur serait plus &eacute;panouie, dans <I>les Voix int&eacute;rieures</I>, la goutte de ros&eacute;e ou de pluie serait plus cach&eacute;e. La po&eacute;sie, en supposant que ce soit ici le lieu de prononcer un si grand mot, la po&eacute;sie est comme Dieu: une et in&eacute;puisable.  <P>  &#160; &#160; &#160;Si l'homme a sa voix, si la nature a la sienne, les &eacute;v&eacute;nement ont aussi la leur. L'auteur a toujours pens&eacute; que la mission du po&egrave;te &eacute;tait de fondre dans un m&ecirc;me groupe de chants cette triple parole qui renferme un triple enseignement, car la premi&egrave;re s'adresse plus particuli&egrave;rement au coeur, la seconde &agrave; l'&acirc;me, la troisi&egrave;me &agrave; l'esprit. <I>Tres radios</I>.  <P>  &#160; &#160; &#160;Et puis, dans l'&eacute;poque o&ugrave; nous vivons, tout l'homme ne se retrouve-t-il pas l&agrave;? N'est-il pas enti&egrave;rement compris sous ce triple aspect de notre vie: Le foyer, le champ, la rue? Le foyer, qui est notre coeur m&ecirc;me; le champ, o&ugrave; la nature nous parle; la rue, ou temp&ecirc;te, &agrave; travers les coups de fouet des partis, cet embarras de charrettes qu'on appelle les &eacute;v&eacute;nements politiques.  <P>  &#160; &#160; &#160;Et, disons-le en passant, dans cette m&ecirc;l&eacute;e d'hommes, de doctrines et d'int&eacute;r&ecirc;ts qui se ruent si violemment tous les jours sur chacune des oeuvres qu'il est donn&eacute; &agrave; ce si&egrave;cle de faire, le po&egrave;te a une fonction s&eacute;rieuse. Sans parler m&ecirc;me ici de son influence civilisatrice, c'est &agrave; lui qu'il appartient d'&eacute;lever, lorsqu'ils le m&eacute;ritent, les &eacute;v&eacute;nements politiques &agrave; la dignit&eacute; d'&eacute;v&eacute;nements historiques. Il faut, pour cela, qu'il jette sur ses contemporains ce tranquille regard que l'histoire jette sur le pass&eacute;; il faut que, sans se laisser tromper aux illusions d'optique, aux mirages menteurs, aux voisinages momentan&eacute;s, il mette d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent tout en perspective, diminuant ceci, grandissant cela. Il faut qu'il ne trempe dans aucune voie de fait. Il faut qu'il sache se maintenir, au-dessus du tumulte, in&eacute;branlable, aust&egrave;re et bienveillant; indulgent quelquefois, chose difficile, impartial toujours, chose plus difficile encore; qu'il ait dans le coeur cette sympathique intelligence des r&eacute;volutions qui implique le d&eacute;dain de l'&eacute;meute, ce grave respect du peuple qui s'allie au m&eacute;pris de la foule; que son esprit ne conc&egrave;de rien aux petites col&egrave;res ni petites vanit&eacute;s; que son &eacute;loge comme son bl&acirc;me prenne souvent &agrave; rebours, tant&ocirc;t l'esprit de cour, tant&ocirc;t l'esprit de faction. Il faut qu'il puisse saluer le drapeau tricolore sans insulter les fleur de lys; il faut qu'il puisse dans le m&ecirc;me livre, presque &agrave; la m&ecirc;me page, fl&eacute;trir &quot;l'homme qui a vendu une femme&quot; et louer un noble jeune prince pour une bonne action bien faite, glorifier la haute id&eacute;e sculpt&eacute;e sur l'arc de l'Etoile et consoler la triste pens&eacute;e enferm&eacute;e dans la tombe de Charles X. Il faut qu'il soit attentif &agrave; tout, sinc&egrave;re en tout, d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; sur tout, et que, nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit ailleurs, il ne d&eacute;pende de rien, pas m&ecirc;me de ses propres ressentiments, pas m&ecirc;me de ses griefs personnels; sachant &ecirc;tre, dans l'occasion, tout &agrave; la fois irrit&eacute; comme homme et calme comme po&egrave;te. Il faut enfin que, dans ces temps livr&eacute;s &agrave; la lutte furieuse des opinions, au milieu des attractions violentes que sa raison devra subir sans d&eacute;vier, il ait sans cesse pr&eacute;sent &agrave; l'esprit ce but s&eacute;v&egrave;re: &ecirc;tre de tous les partis par leur c&ocirc;t&eacute; g&eacute;n&eacute;reux, n'&ecirc;tre d'aucun par leur c&ocirc;t&eacute; mauvais.  <P>  &#160; &#160; &#160;La puissance du po&egrave;te est faite d'ind&eacute;pendance.  <P>  &#160; &#160; &#160;L'auteur, on le voit, ne se dissimule aucune des conditions rigoureuses de la mission qu'il s'est impos&eacute;e, en attendant qu'un meilleur vienne. Le r&eacute;sultat de l'art ainsi compris, c'est l'adoucissement des esprits et des moeurs, c'est la civilisation m&ecirc;me. Ce r&eacute;sultat, quoique l'auteur de ce livre soit bien peu de chose pour une fonction si haute, il continuera d'y tendre par toutes les voie ouvertes &agrave; sa pens&eacute;e, par le th&eacute;&acirc;tre comme par le livre, par le roman comme par le drame, par l'histoire comme par la po&eacute;sie. Il t&acirc;che, il essaie, il entreprend. Voil&agrave; tout. Bien des sympathies, nobles et intelligentes, l'appuient. S'il r&eacute;ussit, c'est &agrave; elles et non &agrave; lui que sera d&ucirc; le succ&egrave;s.  <P>  &#160; &#160; &#160;Quant &agrave; la d&eacute;dicace plac&eacute;e en t&ecirc;te de ce volume, l'auteur, surtout apr&egrave;s les ligne qui pr&eacute;c&egrave;dent, pense n'avoir pas besoin de dire combien est calme et religieux le sentiment qui l'a dict&eacute;e. On le comprendra, en pr&eacute;sence de ces deux monuments, le troph&eacute;e de l'Etoile, le tombeau de son p&egrave;re, l'un national, l'autre domestique, tous deux sacr&eacute;s, il ne pouvait y avoir place dans son &acirc;me que pour une pens&eacute;e grave, paisible et sereine. Il signale une omission, et, en attendant qu'elle soit r&eacute;par&eacute;e o&ugrave; elle doit l'&ecirc;tre, il la r&eacute;pare ici autant qu'il est en lui. Il donne &agrave; son p&egrave;re cette pauvre feuille de papier, tout ce qu'il a, en regrettant de n'avoir pas de granit. Il agit comme tout autre agirait dans la m&ecirc;me situation. C'est donc tout simplement un devoir qu'il accomplit, rien de plus, rien de moins, et qu'il accomplit comme s'accomplissent les devoirs, sans bruit, sans col&egrave;re, sans &eacute;tonnement. Personne ne s'&eacute;tonnera non plus de le voir faire ce qu'il fait. Apr&egrave;s tout, la France peut bien, sans trop de souci, laisser tomber une feuille de son &eacute;paisse et glorieuse couronne; cette feuille, un fils doit la ramasser. Une nation est grande, une famille petite; ce qui n'est rien pour l'une est tout pour l'autre. La France a le droit d'oublier, la famille a le droit de se souvenir.  <P>  &#160; &#160; &#160;24 juin 1837. Paris.<BR>  <P>  <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR>  </BLOCKQUOTE>  <P>  <CENTER> <IMG SRC="rainbow.gif" WIDTH=50% HEIGHT=3 ALT="rainbow"> </CENTER>  <P>    <P>  <A NAME="I"></A> <CENTER><B>I<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Ce si&egrave;cle est grand et fort. Un noble instinct le m&egrave;ne.</CENTER>  <CENTER>Partout on voit marcher l'Id&eacute;e en mission;</CENTER>  <CENTER>Et le bruit du travail, plein de parole humaine,</CENTER>  <CENTER>Se m&ecirc;le au bruit divin de la cr&eacute;ation.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Partout, dans les cit&eacute;s et dans les solitudes,</CENTER>  <CENTER>L'homme est fid&egrave;le au lait dont nous le nourrissions;</CENTER>  <CENTER>Et dans l'informe bloc des sombres multitudes</CENTER>  <CENTER>La pens&eacute;e en r&ecirc;vant sculpte des nations. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'&eacute;chafaud vieilli croule, et la Gr&egrave;ve se lave.</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;meute se rendort. De meilleurs jours sont pr&ecirc;ts.</CENTER>  <CENTER>Le peuple a sa col&egrave;re et le volcan sa lave</CENTER>  <CENTER>Qui d&eacute;vaste d'abord et qui f&eacute;conde apr&egrave;s. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Des po&egrave;tes puissants, t&ecirc;te par Dieu touch&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Nous jettent les rayons de leurs fronts inspir&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>L'art a de frais vallon o&ugrave; les &acirc;mes pench&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Boivent la po&eacute;sie &agrave; des ruisseaux sacr&eacute;s. </CENTER><BR>  <P>   <CENTER>Pierre &agrave; pierre, en songeant aux vieilles moeurs &eacute;teintes,</CENTER>  <CENTER>Sous la soci&eacute;t&eacute; qui chancelle &agrave; tous vents,</CENTER>  <CENTER>Le penseur reconstruit ces deux colonnes saintes,</CENTER>  <CENTER>Le respect des vieillards et l'amour des enfants.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le devoir, fils du droit, sous nos toits domestiques</CENTER>  <CENTER>Habite comme un h&ocirc;te auguste et s&eacute;rieux.</CENTER>  <CENTER>Les mendiants group&eacute;s dans l'ombre des portiques</CENTER>  <CENTER>Ont moins de haine au coeur et moins de flamme aux yeux. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'aust&egrave;re v&eacute;rit&eacute; n'a plus de portes closes.</CENTER>  <CENTER>Tout verbe est d&eacute;chiffr&eacute;. Notre esprit &eacute;perdu,</CENTER>  <CENTER>Chaque jour, en lisant dans le livre des choses,</CENTER>  <CENTER>D&eacute;couvre &agrave; l'univers un sens inattendu. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O po&egrave;tes! le fer et la vapeur ardente</CENTER>  <CENTER>Effacent de la terre, &agrave; l'heure o&ugrave; vous r&ecirc;vez,</CENTER>  <CENTER>L'antique pesanteur, &agrave; tout objet pendante,</CENTER>  <CENTER>Qui sous les lourds essieux broyait les durs pav&eacute;s. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'homme se fait servir par l'aveugle mati&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Il pense, il cherche, il cr&eacute;e! A son souffle vivant</CENTER>  <CENTER>Les germes dispers&eacute;s dans la nature enti&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Tremblent comme frissonne une for&ecirc;t au vent!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oui, tout va, tout s'accro&icirc;t. Les heures fugitives</CENTER>  <CENTER>Laissent toutes leur trace. Un grand si&egrave;cle a surgi.</CENTER>  <CENTER>Et, contemplant de loin de lumineuses rives,</CENTER>  <CENTER>L'homme voit son destin comme un fleuve &eacute;largi. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais parmi ces progr&egrave;s dont notre &acirc;ge se vante,</CENTER>  <CENTER>Dans tout ce grand &eacute;clat d'un si&egrave;cle &eacute;blouissant,</CENTER>  <CENTER>Une chose, &ocirc; J&eacute;sus, en secret m'&eacute;pouvante,</CENTER>  <CENTER>C'est l'&eacute;cho de ta voix qui va s'affaiblissant. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>15 avril 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="II"></A> <CENTER><B>II<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Sunt Lacrymae Rerum<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>I</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il est mort. Rien de plus. Nul groupe populaire,</CENTER>  <CENTER>Urne d'o&ugrave; se r&eacute;pand l'amour et la col&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>N'a jet&eacute; sur son nom piti&eacute;, gloire ou respect.</CENTER>  <CENTER>Aucun signe n'a lui. Rien n'a chang&eacute; l'aspect</CENTER>  <CENTER>De ce si&egrave;cle orageux, mer de r&eacute;cifs bord&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le fait, ce flot sombre, &eacute;cume sur l'id&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Nul temple n'a g&eacute;mi dans nos villes. Nul glas</CENTER>  <CENTER>N'a pass&eacute; sur nos fronts criant: H&eacute;las! h&eacute;las!</CENTER>  <CENTER>La presse aux mille voix, cette louve hargneuse,</CENTER>  <CENTER>A peine a retourn&eacute; sa t&ecirc;te d&eacute;daigneuse;</CENTER>  <CENTER>Nous ne l'avons pas vue, irrit&eacute;e et grondant,</CENTER>  <CENTER>Donner &agrave; cette pourpre un dernier coup de dent.</CENTER>  <CENTER>Et chacun vers son but, la mar&eacute;e &agrave; la gr&egrave;ve,</CENTER>  <CENTER>La foule vers l'argent, la penseur vers son r&ecirc;ve,</CENTER>  <CENTER>Tout a continu&eacute; de marcher, de courir,</CENTER>  <CENTER>Et rien n'a dit au monde: Un roi vient de mourir!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>II</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sombres canons rang&eacute;s devant les Invalides,</CENTER>  <CENTER>Comme des sphinx au pied des grandes pyramides,</CENTER>  <CENTER>Dragons d'airain, hideux, verts, &eacute;normes, b&eacute;ants,</CENTER>  <CENTER>Gardiens de ce palais, b&acirc;ti pour des g&eacute;ants,</CENTER>  <CENTER>Qui dresse et fait au loin reliure &agrave; la lumi&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Un casque monstrueux sur sa t&ecirc;te de pierre!</CENTER>  <CENTER>A ce bruit qui jadis vous e&ucirc;t fait rugir tous,</CENTER>  <CENTER>- Le roi de France est mort! - d'o&ugrave; vient qu'aucun de vous,</CENTER>  <CENTER>Comme un lion captif qui secouerait sa cha&icirc;ne,</CENTER>  <CENTER>Aucun n'a tressailli sur sa base de ch&ecirc;ne,</CENTER>  <CENTER>Et n'a, se r&eacute;veillant par un subit effort,</CENTER>  <CENTER>Dit &agrave; son noir voisin: - Le roi de France est mort! -</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; vient qu'il s'est ferm&eacute; sans vos salves fun&egrave;bres,</CENTER>  <CENTER>Ce cercueil qu'on clouait l&agrave;-bas dans les t&eacute;n&egrave;bres?</CENTER>  <CENTER>Et que rien n'est sorti de vos mornes aff&ucirc;ts,</CENTER>  <CENTER>Pas m&ecirc;me, &ocirc; canons sourds, ce murmure confus</CENTER>  <CENTER>Qu'au vague battement de ses ailes livides</CENTER>  <CENTER>le vent des nuits arrache &agrave; des armures vides?</CENTER>  <CENTER>C'est que, prostitu&eacute;s dans nos troubles civils,</CENTER>  <CENTER>Vous &ecirc;tes comme nous fiers, sonores et vils!</CENTER>  <CENTER>C'est que, rouill&eacute;s, vieillis, riv&eacute;s &agrave; votre place,</CENTER>  <CENTER>Toujours agenouill&eacute;s devant tout ce qui passe,</CENTER>  <CENTER>Retir&eacute;s des combats, et dans ce coin obscur </CENTER>  <CENTER>Par des soldats boiteux gard&eacute;s sous un vieux mur,</CENTER>  <CENTER>Vains foudres de parade oubli&eacute;s de l'arm&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Autour de tout vainqueur faisant de la fum&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>R&eacute;serv&eacute;s pour la pompe et la solennit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Vous avez pris racine en cette l&acirc;chet&eacute;!</CENTER>  <CENTER>Soyez fl&eacute;tris! canons que la guerre repousse,</CENTER>  <CENTER>Dont la voix sans terreur dans les f&ecirc;tes s'&eacute;mousse,</CENTER>  <CENTER>Vous qui glorifiez de votre cri profond </CENTER>  <CENTER>ceux qui viennent, toujours, jamais ceux qui s'en vont!</CENTER>  <CENTER>Vous qui, depuis trente ans, noirs courtisans de bronze,</CENTER>  <CENTER>Avez, comme Henri Quatre adorant Louis Onze,</CENTER>  <CENTER>Toujours tout applaudi, toujours tout salu&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Vous taisant seulement quand le peuple a hu&eacute;!</CENTER>  <CENTER>L&acirc;ches, vous pr&eacute;f&eacute;rez ceux que le sort pr&eacute;f&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Dans le moule br&ucirc;lant le fondeur pour vous faire</CENTER>  <CENTER>Mit l'&eacute;tain et le cuivre et l'oubli du vaincu;</CENTER>  <CENTER>Car qui meurt exil&eacute; pour vous n'a pas v&eacute;cu,</CENTER>  <CENTER>Car vos poumons de fer, o&ugrave; gronde une &acirc;pre haleine,</CENTER>  <CENTER>Sont muets pour Goritz, comme pour Sainte-H&eacute;l&egrave;ne!</CENTER>  <CENTER>Soyez fl&eacute;tris!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais non. C'est &agrave; nous, insens&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Que le m&eacute;pris revient. Vous nous ob&eacute;issez.</CENTER>  <CENTER>Vous &ecirc;tes prisonniers et vous &ecirc;tes esclaves.</CENTER>  <CENTER>La guerre qui vous fit de ses bouillantes laves</CENTER>  <CENTER>Vous fit pour la bataille, et nous vous avons pris</CENTER>  <CENTER>Pour vous &eacute;clabousser des fanges de Paris,</CENTER>  <CENTER>Pour vous sceller au seuil d'un palais centenaire,</CENTER>  <CENTER>Et pour vous mettre au ventre un &eacute;clair sans tonnerre!</CENTER>  <CENTER>C'est nous qu'il faut fl&eacute;trir, nous qui, d&eacute;shonor&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Donnons notre &acirc;me abjecte &agrave; ces bronzes sacr&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>Nous passons dans l'opprobre! h&eacute;las! ils y demeurent.</CENTER>  <CENTER>Mornes captifs! le jour o&ugrave; des rois proscrits meurent,</CENTER>  <CENTER>Vous ne pouvez, jetant votre fum&eacute;e &agrave; flots,</CENTER>  <CENTER>Prolonger sur Paris vos &eacute;clatants sanglots,</CENTER>  <CENTER>Et, pareils &agrave; des chiens li&eacute;s &agrave; des murailles,</CENTER>  <CENTER>D'un hurlement plaintif suivre leurs fun&eacute;railles!</CENTER>  <CENTER>Muets, et vos longs cous baiss&eacute;s vers les pav&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Vous restez l&agrave; pensifs, et, tristes, vous r&ecirc;vez</CENTER>  <CENTER>Aux hommes, froids esprits, coeurs bas, &acirc;mes douteuses,</CENTER>  <CENTER>Qui font faire &agrave; l'airain tant de choses honteuses! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>III</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vous vous taisez. - Mais moi, moi dont parfois le chant</CENTER>  <CENTER>Se refuse &agrave; l'aurore et jamais au couchant,</CENTER>  <CENTER>Moi que jadis &agrave; Reims Charle admit comme un h&ocirc;te,</CENTER>  <CENTER>Moi qui plaignis ses maux, moi qui bl&acirc;mai sa faute,</CENTER>  <CENTER>Je ne me tairai pas. Je descendrai, courb&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Jusqu'au caveau profond, o&ugrave; dort ce roi tomb&eacute;;</CENTER>  <CENTER>Je suspendrai ma lampe &agrave; cette vo&ucirc;te noire;</CENTER>  <CENTER>Et sans cesse, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de sa triste m&eacute;moire,</CENTER>  <CENTER>Mon esprit, dans ces temps d'oubli contagieux,</CENTER>  <CENTER>Fera veiller dans l'ombre un vers religieux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et que m'importe &agrave; moi qui, d&eacute;ployant mon aile,</CENTER>  <CENTER>Touche parfois d'en bas &agrave; la lyre &eacute;ternelle,</CENTER>  <CENTER>A moi qui n'ai d'amour que pour l'onde et les champs,</CENTER>  <CENTER>Et pour tout ce qui souffre, except&eacute; les m&eacute;chants,</CENTER>  <CENTER>A moi qui prends souci, quand la nef s'aventure,</CENTER>  <CENTER>De tous les matelots risqu&eacute;s dans la m&acirc;ture,</CENTER>  <CENTER>Et dont la piti&eacute; grave h&eacute;site quelquefois</CENTER>  <CENTER>De la sueur du peuple &agrave; la sueur des rois,</CENTER>  <CENTER>Que m'importe apr&egrave;s tout que depuis six ann&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Ce roi f&ucirc;t retranch&eacute; des t&ecirc;tes couronn&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Froide ruine au bord de nos flots &eacute;cumants,</CENTER>  <CENTER>Vain fant&ocirc;me pench&eacute; sur les &eacute;v&eacute;nements!</CENTER>  <CENTER>Qu'il ne change&acirc;t de rien ni le poids ni le nombre,</CENTER>  <CENTER>Que, ras&eacute; d&egrave;s longtemps, son front plonge&acirc;t dans l'ombre,</CENTER>  <CENTER>Et que d&eacute;j&agrave;, vieillard sans tr&ocirc;ne et sans pavois,</CENTER>  <CENTER>Il e&ucirc;t subi l'exil, premi&egrave;re mort des rois!</CENTER>  <CENTER>Je le dirai, sans peur que la haine renaisse,</CENTER>  <CENTER>Son av&egrave;nement pur eut pour soeur ma jeunesse;</CENTER>  <CENTER>Saint R&eacute;mi nous re&ccedil;ut sous son mur triomphant</CENTER>  <CENTER>Tous deux le m&ecirc;me jour, lui vieux, moi presque enfant;</CENTER>  <CENTER>Et moi je ne veux pas, harpe qu'il a connue,</CENTER>  <CENTER>Qu'on mette mon roi mort dans une bi&egrave;re nue!</CENTER>  <CENTER>Tandis qu'au loin la foule emplit l'air de ses cris,</CENTER>  <CENTER>L'auguste pi&eacute;t&eacute;, servante des proscrits,</CENTER>  <CENTER>Qui les ensevelit dans sa plus blanche toile,</CENTER>  <CENTER>N'aura pas, dans la nuit que son regard &eacute;toile,</CENTER>  <CENTER>Demand&eacute; vainement &agrave; ma pens&eacute;e en deuil</CENTER>  <CENTER>Un lambeau de velours pour couvrir ce cercueil!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>IV</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! que Versailles &eacute;tait superbe</CENTER>  <CENTER>Dans ces jours purs de tout affront</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; les prosp&eacute;rit&eacute;s en gerbe</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;panouissaient sur son front!</CENTER>  <CENTER>L&agrave;, tout faste &eacute;tait sans mesure;</CENTER>  <CENTER>L&agrave;, tout arbre avait sa parure;</CENTER>  <CENTER>L&agrave;, tout homme avait sa dorure;</CENTER>  <CENTER>Tout du ma&icirc;tre suivait la loi.</CENTER>  <CENTER>Comme au m&ecirc;me but vont cent routes,</CENTER>  <CENTER>L&agrave; les grandeurs abondaient toutes;</CENTER>  <CENTER>L'olympe ne pendait aux vo&ucirc;tes</CENTER>  <CENTER>Que pour compl&eacute;ter le grand roi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vers le temps o&ugrave; naissaient nos p&egrave;res</CENTER>  <CENTER>Versailles rayonnait encor.</CENTER>  <CENTER>Les lions ont de grands repaires;</CENTER>  <CENTER>Les princes ont des palais d'or.</CENTER>  <CENTER>Chaque fois que, foule asservie,</CENTER>  <CENTER>Le peuple au coeur rong&eacute; d'envie</CENTER>  <CENTER>Contemplait du fond de sa vie</CENTER>  <CENTER>Ce fier ch&acirc;teau si radieux,</CENTER>  <CENTER>Rentrant dans sa nuit plus livide,</CENTER>  <CENTER>Il emportait dans son oeil vide</CENTER>  <CENTER>Un &eacute;blouissement splendide</CENTER>  <CENTER>De rois, de femmes et de dieux!</CENTER>  <CENTER>Alors riaient dans l'esp&eacute;rance</CENTER>  <CENTER>Trois enfants sous ces nobles toits,</CENTER>  <CENTER>Les deux Louis, a&icirc;n&eacute;s de France,</CENTER>  <CENTER>Le beau Charles, comte d'Artois.</CENTER>  <CENTER>Tous trois n&eacute;s sous les dais de soie,</CENTER>  <CENTER>Fr&ecirc;les enfants, mais pleins de joie</CENTER>  <CENTER>Comme ceux qu'un chaud soleil noie</CENTER>  <CENTER>De rayons purs sous le ciel bleu.</CENTER>  <CENTER>Oh! d'un beau sort quelle semence!</CENTER>  <CENTER>Pr&egrave;s d'eux le roi d'o&ugrave; tout commence,</CENTER>  <CENTER>Au-dessous d'eux le peuple immense,</CENTER>  <CENTER>Au-dessus la bont&eacute; de Dieu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>V</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qui leur e&ucirc;t dit alors l'aust&egrave;re destin&eacute;e?</CENTER>  <CENTER>Qui leur e&ucirc;t dit qu'un jour cette France, inclin&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Sous leurs fronts de fleurons charg&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Ne se souviendrait d'eux ni de leur morne histoire,</CENTER>  <CENTER>Pas plus que l'oc&eacute;an sans fond et sans m&eacute;moire</CENTER>  <CENTER>Ne se souvient des naufrag&eacute;s!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que, cha&icirc;nes, lys, dauphins, un jour les Tuileries</CENTER>  <CENTER>Verraient l'illustre amas des vieilles armoires</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;crouler de leur plafond nu,</CENTER>  <CENTER>Et qu'en ces temps lointains que le myst&egrave;re couvre,</CENTER>  <CENTER>Un Corse, encore &agrave; na&icirc;tre, au noir fronton du Louvre</CENTER>  <CENTER>Sculpterait un aigle inconnu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que leur royal Saint-Cloud se meublait pour un autre,</CENTER>  <CENTER>Et qu'en ces fiers jardins du rigide Len&ocirc;tre,</CENTER>  <CENTER>Amour de leurs yeux &eacute;blouis,</CENTER>  <CENTER>Beaux parcs o&ugrave; dans les jeux croissait leur jeune force,</CENTER>  <CENTER>Les chevaux de Crim&eacute;e un jour mordraient l'&eacute;corce</CENTER>  <CENTER>Des vieux arbres du grand Louis!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VI</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dans ces temps radieux, dans cette aube enchant&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Dieu! comme avec terreur leur m&egrave;re &eacute;pouvant&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Les e&ucirc;t contre son coeur press&eacute;s, p&acirc;le et sans voix,</CENTER>  <CENTER>Si quelque vision, troublant ces jours de f&ecirc;tes,</CENTER>  <CENTER>E&ucirc;t jet&eacute; tout &agrave; coup sur ces fragiles t&ecirc;tes</CENTER>  <CENTER>Ce cri terrible: - Enfants! vous serez rois tous trois! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et la voix proph&eacute;tique aurait pu dire encore:</CENTER>  <CENTER>&quot; - Enfants, que votre aurore est une triste aurore!</CENTER>  <CENTER>Que les sceptres pour vous sont d'odieux pr&eacute;sents!</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; vient donc que le Dieu qui punit Babylone</CENTER>  <CENTER>Vous fait &agrave; pareille heure &eacute;clore au pied du tr&ocirc;ne?</CENTER>  <CENTER>Et qu'avez-vous donc fait, &ocirc; pauvres innocents? </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Beaux enfants qu'on berce et qu'on flatte,</CENTER>  <CENTER>Tout surpris, vous si purs, si doux,</CENTER>  <CENTER>Que des vieux en robe &eacute;carlate</CENTER>  <CENTER>Viennent vous parler &agrave; genoux!</CENTER>  <CENTER>Quand les s&eacute;v&egrave;res Malesherbes</CENTER>  <CENTER>Ont relev&eacute; leurs fronts superbes,</CENTER>  <CENTER>Vous courez jouer dans les herbes,</CENTER>  <CENTER>Sans savoir que tout doit finir,</CENTER>  <CENTER>Et que votre race qui sombre</CENTER>  <CENTER>Porte &agrave; ses deux bouts couverts d'ombre</CENTER>  <CENTER>Ravaillac dans le pass&eacute; sombre,</CENTER>  <CENTER>Robespierre dans l'avenir!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dans ce Louvre o&ugrave; de vieux murs gardent</CENTER>  <CENTER>Les portraits des rois hasardeux,</CENTER>  <CENTER>Allez voir comme vous regardent</CENTER>  <CENTER>Charles premier et Jacques deux!</CENTER>  <CENTER>Sur vous un nuage s'&eacute;tale.</CENTER>  <CENTER>Sol &eacute;tranger, terre natale,</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;meute, la guerre fatale,</CENTER>  <CENTER>D&eacute;voreront vos jours maudits.</CENTER>  <CENTER>De vous trois, enfants sur qui p&egrave;se</CENTER>  <CENTER>L'antique masure fran&ccedil;aise,</CENTER>  <CENTER>Le premier sera Louis seize,</CENTER>  <CENTER>Le dernier sera Charles dix!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que l'a&icirc;n&eacute;, peu cr&eacute;dule &agrave; la vie, &agrave; la gloire,</CENTER>  <CENTER>Au peuple ivre d'amour, sache d'une nuit noire</CENTER>  <CENTER>D'avance emplir son coeur de courage pourvu;</CENTER>  <CENTER>Qu'il r&ecirc;ve un ciel de pluie, un tombereau qui roule,</CENTER>  <CENTER>Et l&agrave;-bas, tout au fond, au-dessus de la foule,</CENTER>  <CENTER>Quelque &eacute;trange &eacute;chafaud dans la brume entrevu! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Fr&egrave;res par la naissance et par le malheur fr&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>Les deux autres fuiront, battus des vents contraires.</CENTER>  <CENTER>Le r&egrave;gne de Louis, roi de quelques bannis,</CENTER>  <CENTER>Commence dans l'exil, celui de Charle y tombe.</CENTER>  <CENTER>L'un n'aura pas de sacre et l'autre pas de tombe.</CENTER>  <CENTER>A l'un Reims doit manquer, &agrave; l'autre Saint-Denisl!&quot; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VII</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quel r&ecirc;ve horrible! - C'est l'histoire.</CENTER>  <CENTER>De nos p&egrave;res couch&eacute;s dans les tombeaux profonds</CENTER>  <CENTER>Ce qu'aucun n'aurait voulu croire,</CENTER>  <CENTER>Nous l'avons vu, nous qui vivons!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tous ces maux, et d'autres encore,</CENTER>  <CENTER>Sont tomb&eacute;s sur ces fronts de la main du Seigneur.</CENTER>  <CENTER>Maintenant croyez &agrave; l'aurore!</CENTER>  <CENTER>Maintenant croyez au bonheur!</CENTER><BR>  <P>    <CENTER>Croyez au ciel pur et sans rides!</CENTER>  <CENTER>Saluez l'avenir qui vous flatte si bien!</CENTER>  <CENTER>L'avenir, fant&ocirc;me aux mains vides,</CENTER>  <CENTER>Qui promet tout et qui n'a rien!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O rois! &ocirc; familles tronqu&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>Brusques &eacute;croulements des vieilles majest&eacute;s!</CENTER>  <CENTER>O calamit&eacute;s embusqu&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Au tournant des prosp&eacute;rit&eacute;s!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tout colosse a des pieds de sable.</CENTER>  <CENTER>Votre ab&icirc;me est, Seigneur, un ab&icirc;me infini.</CENTER>  <CENTER>Louis quinze fut le coupable,</CENTER>  <CENTER>Louis seize fut le puni!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La peine se trompe et d&eacute;vie.</CENTER>  <CENTER>Celui qui fit le mal, c'est la loi du Tr&egrave;s-Haut,</CENTER>  <CENTER>A le tr&ocirc;ne et la longue vie,</CENTER>  <CENTER>Et l'innocent a l'&eacute;chafaud.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les fautes que l'a&iuml;eul peut faire</CENTER>  <CENTER>Te poursuivront, &ocirc; fils! en vain tu t'en d&eacute;fends.</CENTER>  <CENTER>Quand il a neig&eacute; sous le p&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>L'avalanche est pour les enfants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>R&eacute;volutions! mer profonde!</CENTER>  <CENTER>Que de choses, h&eacute;las! pleines d'enseignement,</CENTER>  <CENTER>Dans les t&eacute;n&egrave;bres de votre onde</CENTER>  <CENTER>On voit flotter confus&eacute;ment!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VIII</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Charles Dix! - Oh! le Dieu qui retire et qui donne</CENTER>  <CENTER>Forgea pour cette t&ecirc;te une lourde couronne!</CENTER>  <CENTER>L'empire &eacute;tait penchant et les temps &eacute;taient durs.</CENTER>  <CENTER>Une ombre quand il vint couvrait encor nos murs,</CENTER>  <CENTER>L'ombre de l'empereur, figure colossale.</CENTER>  <CENTER>Peuple, arm&eacute;e, et la France, et l'Europe vassale,</CENTER>  <CENTER>Par cette vaste main depuis quinze ans p&eacute;tris,</CENTER>  <CENTER>Demandaient un grand r&egrave;gne, et, pour remplir Paris</CENTER>  <CENTER>Ainsi qu'apr&egrave;s C&eacute;sar Auguste remplit Rome,</CENTER>  <CENTER>Apr&egrave;s Napol&eacute;on il fallait plus qu'un homme.</CENTER>  <CENTER>Charles ne fut qu'un homme. A ce fa&icirc;te il eut peur.</CENTER>  <CENTER>Le gouffre attire. Pris d'un vertige trompeur,</CENTER>  <CENTER>Dans l'ab&icirc;me, fermant les yeux &agrave; la lumi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Il se pr&eacute;cipita la t&ecirc;te la premi&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Silence &agrave; son tombeau! car tout vient de finir.</CENTER>  <CENTER>A peine il aura teint d'un vague souvenir</CENTER>  <CENTER>Le peuple &agrave; l'eau pareil, qui passe, clair ou sombre,</CENTER>  <CENTER>Pr&egrave;s de tout sans en prendre autre chose que l'ombre! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je n'aurai pas pour lui de reproches amers.</CENTER>  <CENTER>Je ne suis pas l'oiseau qui crie au bord des mers</CENTER>  <CENTER>Et qui, voyant tomber la foudre des nu&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Jette aux marins perdus ses sinistres hu&eacute;es.</CENTER>  <CENTER>Des passions de tous isol&eacute; bien souvent,</CENTER>  <CENTER>Je n'ai jamais cherch&eacute; les baisers que nous vend</CENTER>  <CENTER>Et l'hymne dont nous berce avec sa voix flatteuse</CENTER>  <CENTER>La popularit&eacute;, cette grande menteuse.</CENTER>  <CENTER>Aussi n'attendez pas que j'ach&egrave;te aujourd'hui</CENTER>  <CENTER>Des louanges pour moi par des affronts pour lui.</CENTER>  <CENTER>Qu'un autre, aux rois d&eacute;chus donnant un nom s&eacute;v&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Fasse un vil pilori de leur fatal calvaire;</CENTER>  <CENTER>Moi je n'affligerai pas plus, &ocirc; Charles dix,</CENTER>  <CENTER>Ton cercueil maintenant que ton exil jadis!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>IX</CENTER><BR>  <CENTER>Repose, fils de France, en ta tombe exil&eacute;e!</CENTER>  <CENTER>Dormez, sire! - Il convient que cette ombre voil&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Que ce vieux pasteur mort sans peuple et sans troupeaux,</CENTER>  <CENTER>Roi presque s&eacute;culaire, ait au moins le repos,</CENTER>  <CENTER>Qu'il ait au moins la paix o&ugrave; la mort nous convie,</CENTER>  <CENTER>Puisqu'il eut le travail d'une si dure vie!</CENTER>  <CENTER>Peuple! soyons cl&eacute;ments! soyons forts! oublions!</CENTER>  <CENTER>Jamais l'odeur des morts n'attire les lions.</CENTER>  <CENTER>La haine d'un grand peuple est une haine grande</CENTER>  <CENTER>Qui veut que le pardon au s&eacute;pulcre descende</CENTER>  <CENTER>Et n'a pour ennemis que ceux qui sont debout.</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! quel poids encor pourrions-nous apr&egrave;s tout</CENTER>  <CENTER>Jeter sur ce vieillard cass&eacute; par la mis&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Qui dort sous le fardeau de la terre &eacute;trang&egrave;re! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Roi, puissant, vous l'avez bris&eacute;; c'est un grand pas.</CENTER>  <CENTER>Il faut l'&eacute;pargner mort. Et moi, je ne crois pas</CENTER>  <CENTER>Qu'il soit digne du peuple en qui Dieu se refl&egrave;te</CENTER>  <CENTER>De joindre au bras qui tue une main qui soufflette.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>X</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nous, pasteurs des esprits, qui, du bord du chemin</CENTER>  <CENTER>Regardons tous les pas que fait le genre humain,</CENTER>  <CENTER>Po&egrave;tes, par nos chants, penseurs, par nos id&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>H&acirc;tons vers la raison les &acirc;mes attard&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>H&acirc;tons l'&egrave;re o&ugrave; viendront s'unir d'un noeud loyal</CENTER>  <CENTER>Le travail populaire et le labeur royal;</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; col&egrave;re et puissance auront fait leur divorce;</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; tous ceux qui sont forts auront peur de leur force,</CENTER>  <CENTER>Et d'un saint tremblement fr&eacute;miront &agrave; la fois,</CENTER>  <CENTER>Rois, devant leurs devoirs, peuples, devant leurs droits!</CENTER>  <CENTER>Aidons tous ces grands faits que le Seigneur envoie</CENTER>  <CENTER>Pour ouvrir une route ou pour clore une voie,</CENTER>  <CENTER>Les r&eacute;volutions dont la surface bout,</CENTER>  <CENTER>Les changements soudains qui font vaciller tout,</CENTER>  <CENTER>A d&eacute;gager du fond des nuages de l'&acirc;me,</CENTER>  <CENTER>A poser au-dessus des lois comme une flamme</CENTER>  <CENTER>Ce sentiment profond en nous tous repli&eacute;</CENTER>  <CENTER>Que l'homme appelle doute et la femme piti&eacute;!</CENTER>  <CENTER>Expliquons au profit de la sainte cl&eacute;mence</CENTER>  <CENTER>Ces hauts &eacute;v&eacute;nements o&ugrave; l'&eacute;tat recommence,</CENTER>  <CENTER>Et qui font, quand l'oeil va des vaincus aux vainqueurs,</CENTER>  <CENTER>Trembler la certitude humaine au fond des coeurs!</CENTER>  <CENTER>Faisons venir bient&ocirc;t l'heure o&ugrave; l'on pourra dire</CENTER>  <CENTER>Que sur le froid s&eacute;pulcre on ne doit rien &eacute;crire</CENTER>  <CENTER>Hors des mots de pardon, d'esp&eacute;rance et de paix;</CENTER>  <CENTER>Et que, l'empereur mort comme les vieux Capets,</CENTER>  <CENTER>On a tort d'exiler, lorsque rien ne bouillonne,</CENTER>  <CENTER>Eux de leur Saint-Denis et lui de sa colonne.</CENTER>  <CENTER>A quoi sert, Dieu cl&eacute;ment, cette vaine action?</CENTER>  <CENTER>Et comment se fait-il que la Proscription</CENTER>  <CENTER>Ne brise pas ses dents au marbre de la tombe?</CENTER>  <CENTER>N'est-ce donc pas assez que, cygne, aigle ou colombe,</CENTER>  <CENTER>D&egrave;s qu'un vent de malheur lui jette un nid de rois,</CENTER>  <CENTER>Sortant de ce bois noir qu'on appelle les lois,</CENTER>  <CENTER>Cette hy&egrave;ne, acharn&eacute;e aux grandes races mortes,</CENTER>  <CENTER>Vienne, l&agrave;, sous nos murs, les ronger &agrave; nos portes!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Un jour, - mais nous serons couch&eacute;s sous le gazon</CENTER>  <CENTER>Quand cette aube de Dieu blanchira l'horizon! -</CENTER>  <CENTER>- Un jour on comprendra, m&ecirc;me en changeant de r&egrave;gne,</CENTER>  <CENTER>Qu'aucune loi ne peut, sans que l'&eacute;quit&eacute; saigne,</CENTER>  <CENTER>Faire expier &agrave; tous ce qu'a commis un seul,</CENTER>  <CENTER>Et faire boire au fils ce qu'a vers&eacute; l'a&iuml;eul.</CENTER>  <CENTER>On fera ce que nul aujourd'hui ne peut faire.</CENTER>  <CENTER>Quand un aiglon royal tombera de sa sph&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>On ne l'abattra pas sur l'aigle foudroy&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Et, tout en gardant bien le droit qu'il a pay&eacute;</CENTER>  <CENTER>De mettre le pouvoir sur un front comme un signe</CENTER>  <CENTER>Et de donner le tr&ocirc;ne et le Louvre au plus digne,</CENTER>  <CENTER>Un grand peuple pourra, sans &ecirc;tre &eacute;pouvant&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Voir un enfant de plus jouer dans la cit&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Car tous les coeurs diront: C'est une juste aum&ocirc;ne</CENTER>  <CENTER>De laisser la patrie &agrave; qui n'a plus le tr&ocirc;ne!</CENTER>  <CENTER>Alors, jetant enfin l'ancre dans un port s&ucirc;r,</CENTER>  <CENTER>Ayant les biens germ&eacute;s sur nos maux, et l'azur</CENTER>  <CENTER>Du ciel nouveau dont Dieu nous donne la temp&ecirc;te,</CENTER>  <CENTER>Proscription! nos fils broieront du pied ta t&ecirc;te!</CENTER>  <CENTER>D&eacute;mon qui tiens du tigre et qui tiens du serpent!</CENTER>  <CENTER>Dans les prosp&eacute;rit&eacute;s invisible et rampant,</CENTER>  <CENTER>Qui, l&acirc;che et patient, &eacute;piant en silence</CENTER>  <CENTER>Ce que dans son palais le roi dit, r&ecirc;ve, ou pense,</CENTER>  <CENTER>Horrible, en attendant l'heure d'&ecirc;tre l&acirc;ch&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Vis, monstre t&eacute;n&eacute;breux, sous le tr&ocirc;ne cach&eacute;!</CENTER>  <CENTER>O po&eacute;sie! au ciel ton vol se r&eacute;fugie</CENTER>  <CENTER>Quand les partis hurlants luttent &agrave; pleine orgie,</CENTER>  <CENTER>Quand la n&eacute;cessit&eacute; sous son code &eacute;touffant</CENTER>  <CENTER>Brise le fort, le faible, h&eacute;las! l'innocent m&ecirc;me,</CENTER>  <CENTER>Et sourde et sans piti&eacute; prom&egrave;ne l'anath&egrave;me</CENTER>  <CENTER>Du front blanc du vieillard au front pur de l'enfant! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu fuis alors &agrave; tire-d'aile</CENTER>  <CENTER>Vers le ciel &eacute;ternel et pur,</CENTER>  <CENTER>Vers la 1umi&egrave;re &agrave; tous fid&egrave;le,</CENTER>  <CENTER>Vers l'innocence, vers l'azur!</CENTER>  <CENTER>Afin que ta puret&eacute; fi&egrave;re</CENTER>  <CENTER>N'ait pas la fange et la poussi&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Des vils chemins par nous fray&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Et que, nuages et temp&ecirc;tes,</CENTER>  <CENTER>Tout ce qui passe sur nos t&ecirc;tes</CENTER>  <CENTER>Ne puisse passer qu'&agrave; tes pieds!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu sais qu'&eacute;toile sans orbite,</CENTER>  <CENTER>L'homme erre au gr&eacute; de tous les vents;</CENTER>  <CENTER>Tu sais que l'injustice habite</CENTER>  <CENTER>Dans la demeure des vivants;</CENTER>  <CENTER>Et que nos coeurs sont des ar&egrave;nes</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; les passions souveraines,</CENTER>  <CENTER>Groupe horrible en vain combattu,</CENTER>  <CENTER>Lionnes, louves affam&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Tigresses de taches sem&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>D&eacute;vorent la chaste vertu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tout ce qui souffre est plein de haine.</CENTER>  <CENTER>Tout ce qui vit tra&icirc;ne un remords.</CENTER>  <CENTER>Les morts seuls ont rompu leur cha&icirc;ne.</CENTER>  <CENTER>Tout est m&eacute;chant, hormis les morts!</CENTER>  <CENTER>Aussi, voyant partout la vie</CENTER>  <CENTER>Palpiter de rage et d'envie,</CENTER>  <CENTER>Et que parmi nous rien n'est beau,</CENTER>  <CENTER>Si parfois, oiseau solitaire,</CENTER>  <CENTER>Tu redescends sur cette terre,</CENTER>  <CENTER>Tu te poses sur un tombeau!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>15 mai 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="III"></A> <CENTER><B>III<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Quelle est la fin de tout? la vie, ou bien la tombe?</CENTER>  <CENTER>Est-ce l'onde o&ugrave; l'on flotte? est-ce l'onde o&ugrave; l'on tombe?</CENTER>  <CENTER>De tant de pas crois&eacute;s quel est le but lointain?</CENTER>  <CENTER>Le berceau contient-il l'homme ou bien le destin?</CENTER>  <CENTER>Sommes-nous ici-bas, dans nos maux, dans nos joies,</CENTER>  <CENTER>Des rois pr&eacute;destin&eacute;s ou de fatales proies? </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O seigneur, dites-nous, dites-nous, &ocirc; Dieu fort,</CENTER>  <CENTER>Si vous n'avez cr&eacute;&eacute; l'homme que pour le sort?</CENTER>  <CENTER>Si d&eacute;j&agrave; le calvaire est cach&eacute; dans la cr&egrave;che</CENTER>  <CENTER>Et si les nids soyeux, dor&eacute;s par l'aube fra&icirc;che,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; la plume naissante &eacute;cl&ocirc;t parmi des fleurs,</CENTER>  <CENTER>Sont faits pour les oiseaux ou pour les oiseleurs?</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>24 mars 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="IV"></A> <CENTER><B>IV<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A l'Arc de Triomphe<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>I</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toi dont la courbe au loin, par le couchant dor&eacute;e</CENTER>  <CENTER>S'emplit d'azur c&eacute;leste, arche d&eacute;mesur&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Toi qui l&egrave;ves si haut ton front large et serein</CENTER>  <CENTER>Fait pour changer sous lui la campagne en ab&icirc;me,</CENTER>  <CENTER>Et pour servir de base &agrave; quelque aigle sublime</CENTER>  <CENTER>Qui viendra s'y poser et qui sera d'airain!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O vaste entassement cisel&eacute; par l'histoire!</CENTER>  <CENTER>Monceau de pierre assis sur un monceau de gloire!</CENTER>  <CENTER>Edifice inou&iuml;!</CENTER>  <CENTER>Toi que l'homme par qui notre si&egrave;cle commence,</CENTER>  <CENTER>De loin, dans les rayons de l'avenir immense,</CENTER>  <CENTER>Voyait, tout &eacute;bloui!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Non, tu n'es pas fini quoique tu sois superbe!</CENTER>  <CENTER>Non; puisque aucun passant, dans l'ombre assis sur l'herbe,</CENTER>  <CENTER>Ne fixe un oeil r&ecirc;veur &agrave; ton mur triomphant,</CENTER>  <CENTER>Tandis que triviale, errante et vagabonde,</CENTER>  <CENTER>Entre tes quatre pieds toute la ville abonde</CENTER>  <CENTER>Comme une fourmili&egrave;re aux pieds d'un &eacute;l&eacute;phant! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>A ta beaut&eacute; royale il manque quelque chose.</CENTER>  <CENTER>Les si&egrave;cles vont venir pour ton apoth&eacute;ose</CENTER>  <CENTER>Qui te l'apporteront.</CENTER>  <CENTER>Il manque sur ta t&ecirc;te un sombre amas d'ann&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Qui pendent p&ecirc;le-m&ecirc;le et toutes ruin&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Aux br&egrave;ches de ton front!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il te manque la ride et l'antiquit&eacute; fi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Le pass&eacute;, pyramide o&ugrave; tout si&egrave;cle a sa pierre,</CENTER>  <CENTER>Les chapiteaux bris&eacute;s, l'herbe sur les vieux f&ucirc;ts;</CENTER>  <CENTER>Il manque sous ta vo&ucirc;te o&ugrave; notre orgueil s'&eacute;lance</CENTER>  <CENTER>Ce bruit myst&eacute;rieux qui se m&ecirc;le au silence,</CENTER>  <CENTER>Le sourd chuchotement des souvenirs confus!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La vieillesse couronne et la ruine ach&egrave;ve.</CENTER>  <CENTER>Il faut &agrave; l'&eacute;difice un pass&eacute; dont on r&ecirc;ve,</CENTER>  <CENTER>Deuil, triomphe ou remords.</CENTER>  <CENTER>Nous voulons, en foulant son enceinte pav&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Sentir dans la poussi&egrave;re &agrave; nos pieds soulev&eacute;e</CENTER>  <CENTER>De la cendre des morts!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il faut que le fronton s'effeuille comme un arbre.</CENTER>  <CENTER>I1 faut que le lichen, cette rouille du marbre,</CENTER>  <CENTER>De sa l&egrave;pre dor&eacute;e au loin couvre le mur;</CENTER>  <CENTER>Et que la v&eacute;tust&eacute;, par qui tout art s'efface,</CENTER>  <CENTER>Prenne chaque sculpture et la ronge &agrave; la face,</CENTER>  <CENTER>Comme un avide oiseau qui d&eacute;vore un fruit m&ucirc;r. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il faut qu'un vieux dallage ondule sous les portes,</CENTER>  <CENTER>Que le lierre vivant grimpe aux acanthes mortes,</CENTER>  <CENTER>Que l'eau dorme aux foss&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Que la cariatide, en sa lente r&eacute;volte,</CENTER>  <CENTER>Se refuse, enfin lasse, &agrave; porter l'archivolte,</CENTER>  <CENTER>Et dise: C'est assez!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ce n'est pas, ce n'est pas entre des pierres neuves</CENTER>  <CENTER>Que la bise et la nuit pleurent comme des veuves.</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! d'un beau palais le d&eacute;bris est plus beau.</CENTER>  <CENTER>Pour que la lune &eacute;mousse &agrave; travers la nuit sombre</CENTER>  <CENTER>L'ombre par le rayon et le rayon par l'ombre,</CENTER>  <CENTER>Il lui faut la ruine &agrave; d&eacute;faut du tombeau! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Voulez-vous qu'une tour, voulez-vous qu'une &eacute;glise</CENTER>  <CENTER>Soient de ces monuments dont l'&acirc;me id&eacute;alise</CENTER>  <CENTER>La forme et la hauteur, </CENTER>  <CENTER>Attendez que de mousse elles soient rev&ecirc;tues,</CENTER>  <CENTER>Et laissez travailler &agrave; toutes les statues</CENTER>  <CENTER>Le temps, ce grand sculpteur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il faut que le vieillard, charg&eacute; de jours sans nombre,</CENTER>  <CENTER>Menant son jeune fils sous l'arche pleine d'ombre,</CENTER>  <CENTER>Nomme Napol&eacute;on comme on nomme Cyrus,</CENTER>  <CENTER>Et dise en la montrant de ses mains d&eacute;charn&eacute;es:</CENTER>  <CENTER>&quot;Vois cette porte &eacute;norme! elle a trois mille ann&eacute;es.</CENTER>  <CENTER>C'est par l&agrave; qu'ont pass&eacute; des hommes disparus!&quot; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>II</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! Paris est la cit&eacute; m&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Paris est le lieu solennel</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le tourbillon &eacute;ph&eacute;m&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Tourne sur un centre &eacute;ternel!</CENTER>  <CENTER>Paris! feu sombre ou pure &eacute;toile!</CENTER>  <CENTER>Morne Isis couverte d'un voile!</CENTER>  <CENTER>Araign&eacute;e &agrave; l'immense toile</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; se prennent les nations!</CENTER>  <CENTER>Fontaine d'urnes obs&eacute;d&eacute;e!</CENTER>  <CENTER>Mamelle sans cesse inond&eacute;e</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; pour se nourrir de l'id&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Viennent les g&eacute;n&eacute;rations!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand Paris se met &agrave; l'ouvrage</CENTER>  <CENTER>Dans sa forge aux mille clameurs,</CENTER>  <CENTER>A tout peuple, heureux, brave ou sage,</CENTER>  <CENTER>Il prend ses lois, ses dieux, ses moeurs.</CENTER>  <CENTER>Dans sa fournaise, p&ecirc;le-m&ecirc;le,</CENTER>  <CENTER>Il fond, transforme et renouvelle</CENTER>  <CENTER>Cette science universelle</CENTER>  <CENTER>Qu'il emprunte &agrave; tous les humains;</CENTER>  <CENTER>Puis il rejette aux peuples bl&ecirc;mes</CENTER>  <CENTER>Leurs sceptres et leurs diad&egrave;mes,</CENTER>  <CENTER>Leurs pr&eacute;jug&eacute;s et leurs syst&egrave;mes,</CENTER>  <CENTER>Tout tordus par ses fortes mains!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Paris, qui garde, sans y croire,</CENTER>  <CENTER>Les faisceaux et les encensoirs,</CENTER>  <CENTER>Tous les matins dresse une gloire,</CENTER>  <CENTER>Eteint un soleil tous les soirs;</CENTER>  <CENTER>Avec l'id&eacute;e, avec le glaive,</CENTER>  <CENTER>Avec la chose, avec le r&ecirc;ve,</CENTER>  <CENTER>Il refait, recloue et rel&egrave;ve</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;chelle de la terre aux cieux;</CENTER>  <CENTER>Fr&egrave;re des Memphis et des Romes,</CENTER>  <CENTER>Il b&acirc;tit au si&egrave;cle o&ugrave; nous sommes</CENTER>  <CENTER>Une Babel pour tous les hommes,</CENTER>  <CENTER>Un Panth&eacute;on pour tous les dieux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ville qu'un orage enveloppe!</CENTER>  <CENTER>C'est elle, h&eacute;las! qui, nuit et jour,</CENTER>  <CENTER>R&eacute;veille le g&eacute;ant Europe</CENTER>  <CENTER>Avec sa cloche et son tambour!</CENTER>  <CENTER>Sans cesse, qu'il veille ou qu'il dorme,</CENTER>  <CENTER>Il entend la cit&eacute; difforme</CENTER>  <CENTER>Bourdonner sur sa t&ecirc;te &eacute;norme</CENTER>  <CENTER>Comme un essaim dans la for&ecirc;t.</CENTER>  <CENTER>Toujours Paris s'&eacute;crie et gronde.</CENTER>  <CENTER>Nul ne sait, question profonde!</CENTER>  <CENTER>Ce que perdrait le bruit du monde</CENTER>  <CENTER>Le jour o&ugrave; Paris se tairait!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>III</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il se taira pourtant! - Apr&egrave;s bien des aurores,</CENTER>  <CENTER>Bien des mois, bien des ans, bien des si&egrave;cles couch&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Quand cette rive o&ugrave; l'eau se brise aux ponts sonores</CENTER>  <CENTER>Sera rendue aux joncs murmurants et pench&eacute;s;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand la Seine fuira de pierres obstru&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Usant quelque vieux d&ocirc;me &eacute;croul&eacute; dans ses eaux,</CENTER>  <CENTER>Attentive au doux vent qui porte &agrave; la nu&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Le frisson du feuillage et le chant des oiseaux;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Lorsqu'elle coulera, la nuit, blanche dans l'ombre,</CENTER>  <CENTER>Heureuse, en endormant son flot longtemps troubl&eacute;,</CENTER>  <CENTER>De pouvoir &eacute;couter enfin ces voix sans nombre</CENTER>  <CENTER>Qui passent vaguement sous le ciel &eacute;toil&eacute;; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand de cette cit&eacute;, folle et rude ouvri&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Qui, h&acirc;tant les destins &agrave; ses murs r&eacute;serv&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Sous son propre marteau s'en allant en poussi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Met son bronze en monnaie et son marbre en pav&eacute;s; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand, des toits des clochers, des ruches tortueuses,</CENTER>  <CENTER>Des porches, des frontons, des d&ocirc;mes pleins d'orgueil</CENTER>  <CENTER>Qui faisaient cette ville, aux voix tumultueuses,</CENTER>  <CENTER>Touffue, inextricable et fourmillante &agrave; l'oeil, </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il ne restera plus dans l'immense campagne,</CENTER>  <CENTER>Pour toute pyramide et pour tout panth&eacute;on,</CENTER>  <CENTER>Que deux tours de granit faites par Charlemagne,</CENTER>  <CENTER>Et qu'un pilier d'airain fait par Napol&eacute;on;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toi, tu compl&eacute;teras le triangle sublime!</CENTER>  <CENTER>L'airain sera la gloire et le granit la foi;</CENTER>  <CENTER>Toi, tu seras la porte ouverte sur la cime</CENTER>  <CENTER>Qui dit: il faut monter pour venir jusqu'&agrave; moi! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu salueras l&agrave;-bas cette &eacute;glise si vieille,</CENTER>  <CENTER>Cette colonne alti&egrave;re au nom toujours accru,</CENTER>  <CENTER>Debout peut-&ecirc;tre encore, ou tomb&eacute;e, et pareille</CENTER>  <CENTER>Au clairon monstrueux d'un Titan disparu.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et sur ces deux d&eacute;bris que les destins rassemblent,</CENTER>  <CENTER>Pour toi l'aube fera resplendir &agrave; la fois </CENTER>  <CENTER>Deux signes triomphants qui de loin se ressemblent.</CENTER>  <CENTER>De pr&egrave;s l'un est un glaive et l'autre est une croix! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sur vous trois poseront mille ans de notre France.</CENTER>  <CENTER>La colonne est le chant d'un r&egrave;gne &agrave; peine ouvert,</CENTER>  <CENTER>C'est toi qui finiras l'hymne qu'elle commence.</CENTER>  <CENTER>Elle dit: Austerlitz! tu diras: Champaubert!</CENTER><BR>  <P>    <CENTER>IV</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Arche! alors tu seras &eacute;ternelle et compl&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>Quand tout ce que la Seine en son onde refl&egrave;te</CENTER>  <CENTER>Aura fui pour jamais,</CENTER>  <CENTER>Quand de cette cit&eacute; qui fut &eacute;gale &agrave; Rome</CENTER>  <CENTER>Il ne restera plus qu'un ange, un aigle, un homme,</CENTER>  <CENTER>Debout sur trois sommets!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est alors que le roi, le sage, le po&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>Tous ceux dont le pass&eacute; presse l'&acirc;me inqui&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>T'admireront vivante aupr&egrave;s de Paris mort;</CENTER>  <CENTER>Et, pour mieux voir ta face o&ugrave; flotte un sombre r&ecirc;ve,</CENTER>  <CENTER>L&egrave;veront &agrave; demi ton lierre, ainsi qu'on l&egrave;ve</CENTER>  <CENTER>Un voile sur le front d'une a&iuml;eule qui dort!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sur ton mur qui pour eux n'aura rien de vulgaire,</CENTER>  <CENTER>Ils chercheront nos moeurs, nos h&eacute;ros, notre guerre,</CENTER>  <CENTER>Tous pensifs &agrave; tes pieds;</CENTER>  <CENTER>Ils croiront vous voir, le long de ta frise anim&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Revivre le grand peuple avec la grande arm&eacute;e!</CENTER>  <CENTER>-&quot;Oh! diront-ils, voyez!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, c'est le r&eacute;giment, ce serpent des batailles,</CENTER>  <CENTER>Tra&icirc;nant sur mille pieds ses luisantes &eacute;cailles,</CENTER>  <CENTER>Qui tant&ocirc;t, furieux, se roule au pied des tours,</CENTER>  <CENTER>Tant&ocirc;t, d'un mouvement formidable et tranquille,</CENTER>  <CENTER>Troue un rempart de pierre et traverse une ville</CENTER>  <CENTER>Avec son front sonore o&ugrave; battent vingt tambours! </CENTER><BR>  <P>    <CENTER>L&agrave;-haut, c'est l'empereur avec ses capitaines,</CENTER>  <CENTER>Qui songe s'il ira vers ces terres lointaines</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; se tourne son char,</CENTER>  <CENTER>Et s'il doit pr&eacute;f&eacute;rer pour vaincre ou se d&eacute;fendre</CENTER>  <CENTER>La courbe d'Annibal ou l'ange d'Alexandre</CENTER>  <CENTER>Au carr&eacute; de C&eacute;sar.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, c'est l'artillerie aux cent gueules de fonte,</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; la fum&eacute;e &agrave; flots monte, tombe et remonte,</CENTER>  <CENTER>Qui broie une cit&eacute;, d&eacute;truit les garnisons,</CENTER>  <CENTER>Ruine par la br&egrave;che incessamment accrue</CENTER>  <CENTER>Tours, d&ocirc;mes, ponts, clochers, et, comme une charrue,</CENTER>  <CENTER>Creuse une horrible rue &agrave; travers les maisons!&quot; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et tous les souvenirs qu'&agrave; ton front taciturne</CENTER>  <CENTER>Chaque si&egrave;cle en passant versera de son urne</CENTER>  <CENTER>Leur reviendront au coeur.</CENTER>  <CENTER>Ils feront de ton mur jaillir ta vieille histoire,</CENTER>  <CENTER>Et diront, en posant un panache de gloire</CENTER>  <CENTER>Sur ton cimier vainqueur:</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>-&quot;Oh! que tout &eacute;tait grand dans cette &eacute;poque antique!</CENTER>  <CENTER>Si les ans n'avaient pas d&eacute;vast&eacute; ce portique,</CENTER>  <CENTER>Nous en retrouverions encor les lambeaux!</CENTER>  <CENTER>Mais le temps, grand semeur de la ronce et du lierre,</CENTER>  <CENTER>Touche les monuments d'une main famili&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Et d&eacute;chire le livre aux endroits les plus beaux!&quot; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>V</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Non, le temps n'&ocirc;te rien aux choses.</CENTER>  <CENTER>Plus d'un portique &agrave; tort vant&eacute;</CENTER>  <CENTER>Dans ses lentes m&eacute;tamorphoses</CENTER>  <CENTER>Arrive enfin &agrave; la beaut&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Sur les monuments qu'on r&eacute;v&egrave;re </CENTER>  <CENTER>Le temps jette un charme s&eacute;v&egrave;re</CENTER>  <CENTER>De leur fa&ccedil;ade &agrave; leur chevet.</CENTER>  <CENTER>Jamais, quoiqu'il brise et qu'il rouille,</CENTER>  <CENTER>La robe dont il les d&eacute;pouille</CENTER>  <CENTER>Ne vaut celle qu'il leur rev&ecirc;t.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est le temps qui creuse une ride</CENTER>  <CENTER>Dans un claveau trop indigent;</CENTER>  <CENTER>Qui sur l'ange d'un marbre aride</CENTER>  <CENTER>Passe son pouce intelligent;</CENTER>  <CENTER>C'est lui qui, pour corriger l'oeuvre,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;le une vivante couleuvre</CENTER>  <CENTER>Aux noeuds d'une hydre de granit.</CENTER>  <CENTER>Je cois voir rire un toit gothique</CENTER>  <CENTER>Quand le temps dans la frise antique</CENTER>  <CENTER>Ote une pierre et met un nid!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Aussi, quand vous venez, c'est lui qui vous accueille;</CENTER>  <CENTER>Lui qui verse l'odeur du vague ch&egrave;vrefeuille</CENTER>  <CENTER>Sur ce pav&eacute; souill&eacute; peut-&ecirc;tre d'ossements;</CENTER>  <CENTER>Lui qui remplit d'oiseaux les sculptures farouches, <BR> Met la vie en leurs flancs, et de leurs mornes bouches</CENTER>  <CENTER>Fait sortir mille cris charmants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Si quelque V&eacute;nus toute nue</CENTER>  <CENTER>G&eacute;mit, pauvre marbre d&eacute;sert, </CENTER>  <CENTER>C'est lui, dans la verte avenue,</CENTER>  <CENTER>Qui la caresse et qui la sert.</CENTER>  <CENTER>A l'abri d'un porche h&eacute;raldique</CENTER>  <CENTER>Sous un beau feuillage pudique<BR> Il la cache jusqu'au nombril;</CENTER>  <CENTER>Et sous son pied blanc et superbe </CENTER>  <CENTER>Etend les mille fleurs de l'herbe,</CENTER>  <CENTER>Cette mosa&iuml;que d'avril!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La m&eacute;moire des morts demeure</CENTER>  <CENTER>Dans les monuments ruin&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>L&agrave;, douce et cl&eacute;mente, &agrave; toute heure,</CENTER>  <CENTER>Elle parle aux fronts inclin&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>Elle est l&agrave;, dans l'&acirc;me affaiss&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Filtrant de pens&eacute;e en pens&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Comme une nymphe au front dormant</CENTER>  <CENTER>Qui, seule sous l'obscure vo&ucirc;te</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; son eau suinte goutte &agrave; goutte,</CENTER>  <CENTER>Penche son vase tristement!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VI</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais, h&eacute;las! h&eacute;las! dit l'histoire,</CENTER>  <CENTER>Bien souvent le pass&eacute; couvre plus d'un secret</CENTER>  <CENTER>Dont sur un mur vieilli la tache repara&icirc;t!</CENTER>  <CENTER>Toute ancienne muraille est noire!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Souvent, par le d&eacute;sert et par l'ombre absorb&eacute;,</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;difice d&eacute;chu ressemble au roi tomb&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Plus de gloire o&ugrave; n'est plus la foule!</CENTER>  <CENTER>Rome est humili&eacute;e et Venise est en deuil.</CENTER>  <CENTER>La ruine de tout commence par l'orgueil;</CENTER>  <CENTER>C'est le premier fronton qui croule!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ath&egrave;ne est triste, et cache au front du Parth&eacute;non</CENTER>  <CENTER>Les traces de l'Anglais et celles du canon,</CENTER>  <CENTER>Et, pleurant ses tours mutil&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;ve &agrave; l'artiste grec qui versa de sa main</CENTER>  <CENTER>Quelque chose de beau comme un sourire humain </CENTER>  <CENTER>Sur le profil des propyl&eacute;es!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Th&egrave;be a des temples morts o&ugrave; rampe en serpentant</CENTER>  <CENTER>La vip&egrave;re au front plat, au regard &eacute;clatant,</CENTER>  <CENTER>Autour de la colonne torse;</CENTER>  <CENTER>Et, seul, quelque grand aigle habite en souverain </CENTER>  <CENTER>Les piliers de Rhams&egrave;s d'o&ugrave; les lames d'airain</CENTER>  <CENTER>S'en vont comme une vieille &eacute;corce!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dans les d&eacute;bris de Gur, pleins du cri des hiboux,</CENTER>  <CENTER>Le tigre en marchant ploie et casse les bambous,</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; s'envole le vautour chauve,</CENTER>  <CENTER>Et la lionne au pied d'un mur myst&eacute;rieux </CENTER>  <CENTER>Met le groupe inquiet des lionceaux sans yeux</CENTER>  <CENTER>Qui fouillent sous son ventre fauve.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La morne Palenqu&egrave; g&icirc;t dans les marais verts.</CENTER>  <CENTER>A peine entre ses blocs d'herbe haute couverts</CENTER>  <CENTER>Entend-on le l&eacute;zard qui bouge.</CENTER>  <CENTER>Ses murs sont obstru&eacute;s d'arbres au fruit vermeil</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; volent, tout moir&eacute;s par l'ombre et le soleil,</CENTER>  <CENTER>De beaux oiseaux de cuivre rouge!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Muette en la douleur, Jumi&egrave;ges gravement </CENTER>  <CENTER>Etouffe un triste &eacute;cho sous son portail normand,</CENTER>  <CENTER>Et laisse chanter sur ses tombes</CENTER>  <CENTER>Tous ces nids dans ses tours abrit&eacute;s et couv&eacute;s</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; le souffle du soir fait sur les noirs pav&eacute;s</CENTER>  <CENTER>Neiger des plumes de colombes!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Comme une m&egrave;re sombre, et qui, dans sa fiert&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Cache sous son manteau son enfant soufflet&eacute;,</CENTER>  <CENTER>L'Egypte au bord du Nil assise</CENTER>  <CENTER>Dans sa robe de sable enfonce envelopp&eacute;s </CENTER>  <CENTER>Ses colosses camards &agrave; la face frapp&eacute;s</CENTER>  <CENTER>Par le pied brutal de Cambyse.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est que toujours les ans contiennent quelque affront.</CENTER>  <CENTER>Toute ruine, h&eacute;las! pleure et penche le front! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VII</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais toi! rien s'atteindra ta majest&eacute; pudique,</CENTER>  <CENTER>Porte sainte! jamais ton marbre v&eacute;ridique</CENTER>  <CENTER>Ne sera profan&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Ton cintre virginal sera pur sous la nue;</CENTER>  <CENTER>Et les peuples &agrave; na&icirc;tre accourront t&ecirc;te nue</CENTER>  <CENTER>Vers ton front couronn&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toujours le p&acirc;tre, au loin accroupi dans les seigles,</CENTER>  <CENTER>Verra sur ton sommeil planer un cercle d'aigles.</CENTER>  <CENTER>Les ch&ecirc;nes &agrave; tes blocs noueront leur large tronc.</CENTER>  <CENTER>La gloire sur ta cime allumera son phare.</CENTER>  <CENTER>Ce n'est qu'en te chantant une haute fanfare</CENTER>  <CENTER>Que sous ton arc altier le si&egrave;cles passeront!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Jamais rien qui ressemble &agrave; quelque ancienne honte</CENTER>  <CENTER>N'osera sur ton mur o&ugrave; le flot des ans monte</CENTER>  <CENTER>R&eacute;pandre sa noirceur.</CENTER>  <CENTER>Tu pourras, dans ces champs o&ugrave; vous resterez seules,</CENTER>  <CENTER>Contempler fi&egrave;rement les deux tours tes a&iuml;eules,</CENTER>  <CENTER>Ne m&ecirc;le &agrave; tes lauriers son feuillage hideux! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tandis que ces cit&eacute;s, dans leurs cendres enfouies,</CENTER>  <CENTER>Furent pleines jadis d'actions inou&iuml;es,</CENTER>  <CENTER>Ivres de sang vers&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Si bien que le seigneur a dit &agrave; la nature:</CENTER>  <CENTER>Refais-toi des palais dans cette architecture</CENTER>  <CENTER>Dont l'homme a mal us&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Aussi tout est fini. Le chacal les visite;</CENTER>  <CENTER>Les murs vont d&eacute;croissant sous l'herbe parasite;</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;tang s'installe et dort sous le d&ocirc;me bris&eacute;;</CENTER>  <CENTER>Sur les N&eacute;rons sculpt&eacute;s marche la b&ecirc;te fauve;</CENTER>  <CENTER>L'antre se creuse o&ugrave; fut l'incestueuse alc&ocirc;ve.</CENTER>  <CENTER>Le tigre peut venir o&ugrave; le crime a pass&eacute;! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>VIII</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! dans ces jours lointains o&ugrave; l'on n'ose descendre,</CENTER>  <CENTER>Quand trois mille ans auront pass&eacute; sur notre cendre</CENTER>  <CENTER>A nous qui maintenant vivons, pensons, allons,</CENTER>  <CENTER>Quand nos fosses auront fait place &agrave; des sillons, </CENTER>  <CENTER>Si, vers le soir, un homme assis sur la colline</CENTER>  <CENTER>S'oublie &agrave; contempler cette Seine orpheline,</CENTER>  <CENTER>O Dieu! de quel aspect triste et silencieux</CENTER>  <CENTER>Les lieux o&ugrave; fut Paris &eacute;tonneront ses yeux!</CENTER>  <CENTER>Si c'est l'heure o&ugrave; d&eacute;j&agrave; des vapeurs sont tomb&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Sur le couchant rougi de l'or des scarab&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Si la touffe de l'arbre est noire sur le ciel,</CENTER>  <CENTER>Dans ce demi-jour p&acirc;le o&ugrave; plus rien n'est r&eacute;el,</CENTER>  <CENTER>Ombre o&ugrave; la fleure s'endort, o&ugrave; s'&eacute;veille l'&eacute;toile,</CENTER>  <CENTER>De quel oeil il verra, comme &agrave; travers un voile,</CENTER>  <CENTER>Comme un songe aux contours grandissant et noy&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>La plaine immense et brune appara&icirc;tre &agrave; ses pieds,</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;largir lentement dans le vague nocturne,</CENTER>  <CENTER>Et comme une eau qui s'enfle et monte aux dors de l'urne,</CENTER>  <CENTER>Absorbant par degr&eacute;s for&ecirc;t, coteau, gazon,</CENTER>  <CENTER>Quand la nuit sera noire, emplir tout l'horizon!</CENTER>  <CENTER>Oh! dans cette heure sombre o&ugrave; l'on croit voir les choses</CENTER>  <CENTER>Fuir, sous une autre forme &eacute;trangement &eacute;close,</CENTER>  <CENTER>Quelle extase de voir dormir, quant rien ne luit,</CENTER>  <CENTER>Ces champs dont chaque pierre a contenu du bruit!</CENTER>  <CENTER>Comme il tendra l'oreille aux rumeurs ind&eacute;cises!</CENTER>  <CENTER>Comme il ira r&ecirc;vant des figures assises</CENTER>  <CENTER>Dans le buisson pench&eacute;, dans l'arbre aux bord des eaux,</CENTER>  <CENTER>Dans le vieux pan de mur que l&egrave;chent les roseaux!</CENTER>  <CENTER>Qu'il cherchera de vie en ce tombeau supr&ecirc;me!</CENTER>  <CENTER>Et comme il se fera, s'&eacute;blouissant lui-m&ecirc;me,</CENTER>  <CENTER>A travers la nuit trouble et les rameaux touffus,</CENTER>  <CENTER>Des visions de chars et de passants confus!</CENTER>  <CENTER>- Mais non, tout sera mort. Plus rien dans cette plaine</CENTER>  <CENTER>Qu'un peuple &eacute;vanoui dont elle est encor pleine;</CENTER>  <CENTER>Que l'oeil &eacute;teint de l'homme et l'oeil vivant de dieu;</CENTER>  <CENTER>Un arc, une colonne, et, l&agrave;-bas, au milieu</CENTER>  <CENTER>De ce fleuve argent&eacute; dont on entend l'&eacute;cume,</CENTER>  <CENTER>Une &eacute;glise &eacute;chou&eacute;e &agrave; demi dans la brume!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O spectacle! - ainsi meurt ce que les peuples fonts!</CENTER>  <CENTER>Qu'un tel pass&eacute; pour l'&acirc;me est un gouffre profond!</CENTER>  <CENTER>Pour ce passant pieux quel poids de notre histoire!</CENTER>  <CENTER>Surtout si tout &agrave; coup r&eacute;veillant sa m&eacute;moire,</CENTER>  <CENTER>L'ann&eacute;e a ce soir-l&agrave; ramen&eacute; dans son cours</CENTER>  <CENTER>Une des grandes nuits, veilles de nos grands jours,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'empereur, r&ecirc;vant un lendemain de gloire,</CENTER>  <CENTER>Dormait en attendant l'aube d'une victoire!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Lorsqu'enfin, fatigu&eacute; de songes, vers minuit,</CENTER>  <CENTER>Las d'&eacute;couter au seuil de ce monde d&eacute;truit,</CENTER>  <CENTER>Apr&egrave;s s'&ecirc;tre accoud&eacute; longtemps, oubliant,</CENTER>  <CENTER>Au bord de ce n&eacute;ant immense o&ugrave; rien ne pleure,</CENTER>  <CENTER>Il aura lentement regagn&eacute; son chemin;</CENTER>  <CENTER>Quant ce grand d&eacute;sert, pur de tout pas humain,</CENTER>  <CENTER>Rien ne troublera plus cette pudeur que Rome</CENTER>  <CENTER>Ou Paris ruin&eacute; doit avoir devant l'homme;</CENTER>  <CENTER>Lorsque la solitude, enfin libre et sans bruit,</CENTER>  <CENTER>Pourra continuer ce qu'elle fait la nuit,</CENTER>  <CENTER>Si quelque &ecirc;tre anim&eacute; veille encor dans la plaine</CENTER>  <CENTER>Peut-&ecirc;tre verra-t-il, comme sous une haleine</CENTER>  <CENTER>Soudain un p&acirc;le &eacute;clair de ta t&ecirc;te jaillir,</CENTER>  <CENTER>Et la colonne au loin r&eacute;pondre et tressaillir!</CENTER>  <CENTER>Et ses soldats de cuivre et tes soldats de pierre</CENTER>  <CENTER>Ouvrir subitement leur pesante paupi&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Et tous s'entre-heurter, r&eacute;veil miraculeux!</CENTER>  <CENTER>Tels que d'anciens guerriers d'un &acirc;ge fabuleux</CENTER>  <CENTER>Qu'un noir magicien, loin des temps o&ugrave; nous sommes,</CENTER>  <CENTER>Jadis aurait fait marbre et qu'il referait homme!</CENTER>  <CENTER>Alors l'aigle d'airain &agrave; ton fa&icirc;te endormi,</CENTER>  <CENTER>Superbe, et tout &agrave; coup se dressant &agrave; demi,</CENTER>  <CENTER>Sur ces h&eacute;ros baign&eacute;s du feu de ses prunelles</CENTER>  <CENTER>Secouera largement ses ailes &eacute;ternelles!</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; viendra ce r&eacute;veil? d'o&ugrave; viendront ces clart&eacute;s?</CENTER>  <CENTER>Et ce vent qui, soufflant sur ces guerriers sculpt&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Les fera remuer sur ta face hautaine</CENTER>  <CENTER>Comme tremble un feuillage autour du tronc de ch&ecirc;ne?</CENTER>  <CENTER>Qu'importe? Dieu le sait. Le myst&egrave;re est dans tout.</CENTER>  <CENTER>L'un &agrave; l'autre &agrave; voix basse ils se diront: Debout!</CENTER>  <CENTER>Ceux de quatre-vingt-seize et de mil huit cent onze,</CENTER>  <CENTER>Ceux que conduit au ciel la spirale de bronze,</CENTER>  <CENTER>Ceux que scelle &agrave; la terre un socle de granit,</CENTER>  <CENTER>Tous, poussant au combat le cheval qui hennit,</CENTER>  <CENTER>Le drapeau qui se gonfle et le canon qui roule,</CENTER>  <CENTER>A l'immense m&ecirc;l&eacute;e ils se rueront en foule!</CENTER>  <CENTER>Alors on entendra sur ton mur les clairons,</CENTER>  <CENTER>Les bombes, les tambours, le choc des escadrons,</CENTER>  <CENTER>Les cris, et le bruit sourd des plaines &eacute;branl&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Sortir confus&eacute;ment des pierres cisel&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Et du pied au sommet du pilier souverain</CENTER>  <CENTER>Cent batailles rugir avec des voix d'airain.</CENTER>  <CENTER>Tout &agrave; coup, &eacute;crasant l'ennemi qui s'effare,</CENTER>  <CENTER>La victoire aux cent voix sonnera sa fanfare.</CENTER>  <CENTER>De la colonne &agrave; toi les cris se r&eacute;pondront.</CENTER>  <CENTER>Et puis tout se taira sur votre double front;</CENTER>  <CENTER>Une rumeur de f&ecirc;te emplira la vall&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Et Notre-Dame au loin, aux t&eacute;n&egrave;bres m&ecirc;l&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Illuminant sa croix ainsi qu'un labarum,</CENTER>  <CENTER>Vous chantera dans l'ombre un vague Te Deum!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Monument! voil&agrave; donc la r&ecirc;verie immense</CENTER>  <CENTER>Qu'&agrave; ton ombre d&eacute;j&agrave; le po&egrave;te commence!</CENTER>  <CENTER>Pi&eacute;destal qu'e&ucirc;t aim&eacute; B&eacute;l&eacute;nus ou Mithra!</CENTER>  <CENTER>Arche aujourd'hui guerri&egrave;re, un jour religieuse!</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;ve en pierre &eacute;bauch&eacute;! porte prodigieuse</CENTER>  <CENTER>D'un palais de g&eacute;ants qu'on se figurera!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand d'un lierre poudreux je couvre tes sculptures,</CENTER>  <CENTER>Lorsque je vois, au fond des &eacute;poques futures,</CENTER>  <CENTER>La liste des h&eacute;ros sur ton mur constell&eacute;</CENTER>  <CENTER>Reluire et rayonner, malgr&eacute; les destin&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>A travers les rameaux des profondes ann&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Comme &agrave; travers un bois brille un ciel &eacute;toil&eacute;; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand ma pens&eacute;e ainsi, vieillissant ton attique,</CENTER>  <CENTER>Te fait de l'avenir un pass&eacute; magnifique,</CENTER>  <CENTER>Alors sous ta grandeur je me courbe effray&eacute;,</CENTER>  <CENTER>J'admire, et, fils pieux, passant que l'art anime,</CENTER>  <CENTER>Je ne regrette rien devant ton mur sublime</CENTER>  <CENTER>Que Phidias absent et mon p&egrave;re oubli&eacute;!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>2 f&eacute;vrier 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="V"></A> <CENTER><B>V<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Dieu est toujours l&agrave;<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>I</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand l'&eacute;t&eacute; vient, le pauvre adore!</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, c'est la saison de feu,</CENTER>  <CENTER>C'est l'air ti&egrave;de et la fra&icirc;che aurore;</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, c'est le regard de Dieu.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, la nuit bleue et profonde</CENTER>  <CENTER>S'accouple au jour limpide et claire;</CENTER>  <CENTER>Le soir est d'or, la plaine est blonde;</CENTER>  <CENTER>On entend des chansons dans l'air.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, la nature &eacute;veill&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Partout se r&eacute;pand en tous sens,</CENTER>  <CENTER>Sur l'arbre en &eacute;paisse feuill&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Sur l'homme en bienfaits caressants.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tout ombrage alors semble dire:</CENTER>  <CENTER>Voyageur, viens te reposer!</CENTER>  <CENTER>Elle met dans l'aube un sourire,</CENTER>  <CENTER>Elle met dans l'onde un baiser.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle cache et recouvre d'ombre,</CENTER>  <CENTER>Loin du monde sourd et moqueur,</CENTER>  <CENTER>Une lyre dans le bois sombre,</CENTER>  <CENTER>Une oreille dans notre coeur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle donne vie et pens&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Aux pauvres de l'hiver sauv&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Du soleil &agrave; pleine crois&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Et le ciel pur qui dit: Vivez!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sur les chaumi&egrave;res d&eacute;daign&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Par les ma&icirc;tres et les valets,</CENTER>  <CENTER>Joyeuse, elle jette &agrave; poign&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Les fleurs qu'elle vend aux palais.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Son luxe aux pauvres seuils s'&eacute;tale.</CENTER>  <CENTER>Ni les parfums ni les rayons</CENTER>  <CENTER>N'ont peur, dans leur candeur royale,</CENTER>  <CENTER>De se salir &agrave; des haillons.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sur un toit o&ugrave; l'herbe frissonne</CENTER>  <CENTER>Le jasmin veut bien se poser.</CENTER>  <CENTER>Le lys ne m&eacute;prise personne,</CENTER>  <CENTER>Lui qui pourrait tout m&eacute;priser!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Alors la masure o&ugrave; la mousse</CENTER>  <CENTER>Sur l'humble chaume a d&eacute;bord&eacute;</CENTER>  <CENTER>Montre avec une fiert&eacute; douce</CENTER>  <CENTER>Son vieux mur de roses brod&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'aube alors de clart&eacute;s baign&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Entrant dans le r&eacute;duit profond,</CENTER>  <CENTER>Dore la toile d'araign&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Entre les poutres du plafond.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Alors l'&acirc;me du pauvre est pleine.</CENTER>  <CENTER>Humble, il b&eacute;nit ce Dieu lointain</CENTER>  <CENTER>Dont il sent la c&eacute;leste haleine</CENTER>  <CENTER>Dans tous les souffles du matin!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'air le r&eacute;chauffe et le p&eacute;n&egrave;tre.</CENTER>  <CENTER>Il f&ecirc;te le printemps vainqueur.</CENTER>  <CENTER>Un oiseau chante &agrave; sa fen&ecirc;tre,</CENTER>  <CENTER>La ga&icirc;t&eacute; chante dans son coeur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Alors, si l'orphelin s'&eacute;veille,</CENTER>  <CENTER>Sans toit, sans m&egrave;re et priant Dieu,</CENTER>  <CENTER>Une voix lui dit &agrave; l'oreille:</CENTER>  <CENTER>&quot;Eh bien! viens sous mon d&ocirc;me bleu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le Louvre est &eacute;gal aux chaumi&egrave;res</CENTER>  <CENTER>Sous ma coupole de saphirs.</CENTER>  <CENTER>Viens sous mon ciel plein de lumi&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>Viens sous mon ciel plein de z&eacute;phirs!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'ai connu ton p&egrave;re et ta m&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Dans leurs bons et leurs mauvais jours.</CENTER>  <CENTER>Pour eux la vie &eacute;tait am&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Mais moi je fut douce toujours.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est moi qui sur leur s&eacute;pulture</CENTER>  <CENTER>Ai mis l'herbe qui la d&eacute;fend.</CENTER>  <CENTER>Viens, je suis la grande nature!</CENTER>  <CENTER>Je suis l'a&iuml;eule, et toi l'enfant.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Viens, j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,</CENTER>  <CENTER>J'en remplirai tes petits bras,</CENTER>  <CENTER>Je te dirai de douces choses,</CENTER>  <CENTER>Et peut-&ecirc;tre tu souriras!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car je voudrais te voir sourire,</CENTER>  <CENTER>Pauvre enfant si triste et si beau!</CENTER>  <CENTER>Et puis tout bas j'irais le dire</CENTER>  <CENTER>A ta m&egrave;re dans son tombeau!&quot;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et l'enfant &agrave; cette voix tendre,</CENTER>  <CENTER>De la vie oubliant le poids,</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;ve et se h&acirc;te de descendre</CENTER>  <CENTER>Le long des coteaux dans les bois.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave; du plaisir tout a la forme;</CENTER>  <CENTER>L'arbre a des fruits, l'herbe a des fleurs;</CENTER>  <CENTER>Il entend dans le ch&ecirc;ne &eacute;norme</CENTER>  <CENTER>Rire les oiseaux querelleurs.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dans l'onde, il mire son visage;</CENTER>  <CENTER>Tout lui parle; adieu son ennui!</CENTER>  <CENTER>Le buisson l'arr&ecirc;te au passage,</CENTER>  <CENTER>Et le caillou joue avec lui.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le soir, point d'h&ocirc;tesse cruelle</CENTER>  <CENTER>Qui l'accueille d'un front hagard.</CENTER>  <CENTER>Il trouve l'&eacute;toile si belle</CENTER>  <CENTER>Qu'il s'endort &agrave; son doux regard!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>- Oh! qu'en dormant rien ne t'oppresse!</CENTER>  <CENTER>Dieu sera l&agrave; pour ton r&eacute;veil!-</CENTER>  <CENTER>La lune vient qui le caresse</CENTER>  <CENTER>Plus doucement que le soleil.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car elle a de plus molles tr&ecirc;ves</CENTER>  <CENTER>Pour nos travaux et nos douleurs.</CENTER>  <CENTER>Elle fait &eacute;clore nos r&ecirc;ves,</CENTER>  <CENTER>Lui ne fait na&icirc;tre que les fleurs!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! quand la fauvette d&eacute;robe</CENTER>  <CENTER>Son nid sous les rameaux penchants,</CENTER>  <CENTER>Lorsqu'au soleil s&eacute;chant sa robe</CENTER>  <CENTER>Mai tout mouill&eacute; rit dans les champs</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'ai souvent pens&eacute; dans mes veilles</CENTER>  <CENTER>Que la nature au front sacr&eacute;</CENTER>  <CENTER>D&eacute;diait tout bas ses merveilles</CENTER>  <CENTER>A ceux qui l'hiver ont pleur&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour tous et pour le m&eacute;chant m&ecirc;me</CENTER>  <CENTER>Elle est bonne, Dieu le permet,</CENTER>  <CENTER>Dieu le veut, mais surtout elle aime</CENTER>  <CENTER>Le pauvre que J&eacute;sus aimait!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toujours sereine et pacifique,</CENTER>  <CENTER>Elle offre &agrave; l'auguste indigent</CENTER>  <CENTER>Des dons de reine magnifique,</CENTER>  <CENTER>Des soins d'esclave intelligent!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>A-t-il faim? au fruit de la branche</CENTER>  <CENTER>Elle dit: - Tombe, &ocirc; fruit vermeil!</CENTER>  <CENTER>A-t-il soif? - Que l'onde s'&eacute;panche!</CENTER>  <CENTER>A-t-il froid? - L&egrave;ve-toi, soleil!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>II</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais h&eacute;las! juillet fait sa gerbe;</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, lentement effac&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Tombe feuille &agrave; feuille dans l'herbe</CENTER>  <CENTER>Et jour &agrave; jour dans le pass&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puis octobre perd sa dorure;</CENTER>  <CENTER>Et les bois dans les lointains bleus</CENTER>  <CENTER>Couvrent de leur rousse fourrure</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;paule des coteaux frileux.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'hiver des nuages sans nombre</CENTER>  <CENTER>Sort, et chasse l'&eacute;t&eacute; du ciel,</CENTER>  <CENTER>Pareil au temps, ce faucheur sombre</CENTER>  <CENTER>Qui suit le semeur &eacute;ternel!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le pauvre alors s'effraie te prie.</CENTER>  <CENTER>L'hiver, h&eacute;las! c'est Dieu qui dort;</CENTER>  <CENTER>C'est la faim livide et maigrie</CENTER>  <CENTER>Qui tremble aupr&egrave;s du foyer mort!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il croit voir une main de marbre</CENTER>  <CENTER>Qui, mutilant le jour obscur,</CENTER>  <CENTER>Retire tous les fruits de l'arbre</CENTER>  <CENTER>Et tout les rayons d'azur.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il pleure, la nature est morte!</CENTER>  <CENTER>O rude hiver! &ocirc; dure loi!</CENTER>  <CENTER>Soudain un ange ouvre sa porte</CENTER>  <CENTER>Et dit en souriant: C'est moi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Cet ange qui donne et tremble,</CENTER>  <CENTER>C'est l'aum&ocirc;ne aux yeux de douceur,</CENTER>  <CENTER>Au front cr&eacute;dule, et qui ressemble</CENTER>  <CENTER>A la foi dont elle est la soeur! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je suis la Charit&eacute;, l'amie</CENTER>  <CENTER>Qui se r&eacute;veille avant le jour,</CENTER>  <CENTER>Quand la nature est rendormie,</CENTER>  <CENTER>Et que dieu m'a dit: A ton tour!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;Je viens visiter ta chaumi&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Veuve de l'&eacute;t&eacute; si charmant!</CENTER>  <CENTER>Je suis fille de la pri&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>J'ai des mains qu'on ouvre ais&eacute;ment.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;J'accours, car la saison est dure,</CENTER>  <CENTER>j'accours, car l'indigent a froid&quot;</CENTER>  <CENTER>J'accours, car la ti&egrave;de verdure</CENTER>  <CENTER>Ne fait plus d'ombre sur le toit!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;je prie, et jamais je n'ordonne.</CENTER>  <CENTER>Ch&egrave;re &agrave; tout homme quel qu'il soit,</CENTER>  <CENTER>Je laisse la joie &agrave; qui donne</CENTER>  <CENTER>Et je l'apporte &agrave; qui re&ccedil;oit.&quot;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O figure auguste et modeste,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le Seigneur m&ecirc;la pour nous</CENTER>  <CENTER>Ce que l'ange a de plus c&eacute;leste,</CENTER>  <CENTER>Ce que la femme a de plus doux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Au lit du vieillard solitaire</CENTER>  <CENTER>Elle penche un front gracieux,</CENTER>  <CENTER>et rien n'est plus beau sur la terre</CENTER>  <CENTER>Et rien n'est plus grand sous les cieux,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Lorsque, r&eacute;chauffant leurs poitrines</CENTER>  <CENTER>Entre ses genoux triomphants,</CENTER>  <CENTER>Elle tient dans ses mains divines</CENTER>  <CENTER>Les pieds nus des petits enfants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle va dans chaque masure,</CENTER>  <CENTER>Laissant au pauvre r&eacute;joui</CENTER>  <CENTER>Le vin, le pain frais, l'huile pure,</CENTER>  <CENTER>Et le courage &eacute;panoui!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et le feu! le beau feu fol&acirc;tre,</CENTER>  <CENTER>A la pourpre ardente pareil,</CENTER>  <CENTER>Qui fait qu'amen&eacute; devant l'&acirc;tre</CENTER>  <CENTER>L'aveugle croit rire au soleil!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puis elle cherche au coin des bornes,</CENTER>  <CENTER>Transis par la froide vapeur,</CENTER>  <CENTER>Ces enfants qu'on voit nus et mornes</CENTER>  <CENTER>Et se mourant avec stupeur.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! voil&agrave; surtout ceux qu'elle aime!</CENTER>  <CENTER>Faibles fronts dans l'ombre engloutis!</CENTER>  <CENTER>Par&eacute;s d'un triple diad&egrave;me,</CENTER>  <CENTER>Innocents, pauvres et petits!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ils sont meilleurs que nous ne sommes!</CENTER>  <CENTER>Elle leur donne en m&ecirc;me temps,</CENTER>  <CENTER>Avec le pain qu'il faut aux hommes,</CENTER>  <CENTER>Le baiser qu'il faut aux enfants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tandis que leur faim secourue</CENTER>  <CENTER>Mange ce pain de pleurs noy&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Elle &eacute;tend sur eux dans la rue</CENTER>  <CENTER>Son bras de passants coudoy&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et si, le front dans la lumi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Un riche passe en ce moment,</CENTER>  <CENTER>Par le bord de sa robe alti&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Elle le tire doucement!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puis pour eux elle prie encore</CENTER>  <CENTER>La grande foule au coeur &eacute;troit,</CENTER>  <CENTER>La foule qui, d&egrave;s qu'on l'implore,</CENTER>  <CENTER>S'en va comme l'eau qui d&eacute;cro&icirc;t!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;- Oh! malheureux celui qui chante</CENTER>  <CENTER>Un chant joyeux, peut-&ecirc;tre impur,</CENTER>  <CENTER>Pendant que la bise m&eacute;chante</CENTER>  <CENTER>Mord un pauvre enfant sous son mur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! la chose triste et fatale,</CENTER>  <CENTER>Lorsque chez le riche hautain</CENTER>  <CENTER>Un grand feu tremble dans la salle,</CENTER>  <CENTER>Refl&eacute;t&eacute; par un grand festin,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>De voir, quand l'orgie enrou&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Dans la pourpre s'&eacute;gaie et rit,</CENTER>  <CENTER>A peine une toile trou&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Sur les membres de J&eacute;sus-Christ!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! donnez-moi pour que je donne!</CENTER>  <CENTER>J'ai des oiseaux nus dans mon nid.</CENTER>  <CENTER>Donnez, m&eacute;chants, Dieu vous pardonne!</CENTER>  <CENTER>Donnez, &ocirc; bons, Dieu vous b&eacute;nit!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Heureux ceux que mon z&egrave;le enflamme!</CENTER>  <CENTER>Qui donne au pauvres pr&ecirc;te &agrave; Dieu.</CENTER>  <CENTER>Le bien qu'on fait parfume l'&acirc;me;</CENTER>  <CENTER>On s'en souvient toujours un peu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le soir, au seuil de sa demeure,</CENTER>  <CENTER>Heureux celui qui sait encor</CENTER>  <CENTER>Ramasser un enfant qui pleure,</CENTER>  <CENTER>Comme un avare un sequin d'or!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le vrai tr&eacute;sor rempli de charmes,</CENTER>  <CENTER>C'est un groupe pour vous priant</CENTER>  <CENTER>D'enfants qu'on a trouv&eacute;s en larmes</CENTER>  <CENTER>Et qu'on a laiss&eacute;s souriant!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les biens que je donne &agrave; qui m'aime,</CENTER>  <CENTER>Jamais Dieu ne les retira.</CENTER>  <CENTER>L'or que sur le pauvre je s&egrave;me</CENTER>  <CENTER>Pour le riche au ciel germera!&quot;<BR> </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>III</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! que l'&eacute;t&eacute; brille ou s'&eacute;teigne,</CENTER>  <CENTER>Pauvres, ne d&eacute;sesp&eacute;rez pas!</CENTER>  <CENTER>Le Dieu qui souffrit et qui r&egrave;gne</CENTER>  <CENTER>A mis ses pieds o&ugrave; sont vos pas!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour vous couvrir il se d&eacute;pouille;</CENTER>  <CENTER>Bon m&ecirc;me pour l'homme fatal</CENTER>  <CENTER>Qui, comme l'airain dans la rouille,</CENTER>  <CENTER>Va s'endurcissant dans le mal!</CENTER>  <CENTER>Tendre, m&ecirc;me durant l'absinthe,</CENTER>  <CENTER>Pour l'impie au regard obscur</CENTER>  <CENTER>Qui l'insulte sans plus de crainte</CENTER>  <CENTER>Qu'un passant qui raie un vieux mur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ils ont beau tra&icirc;ner sur les claies</CENTER>  <CENTER>Ce Dieu mort dans leur abandon;</CENTER>  <CENTER>Ils ne font couler de ses plaies</CENTER>  <CENTER>Qu'un intarissable pardon.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il n'est pas l'aigle altier qui vole,</CENTER>  <CENTER>Ni le grand lion ravisseur;</CENTER>  <CENTER>Il compose son aur&eacute;ole</CENTER>  <CENTER>D'une lumineuse douceur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand sur nous une cha&icirc;ne tombe,</CENTER>  <CENTER>Il la brise anneau par anneau.</CENTER>  <CENTER>Pour l'esprit il se fait colombe,</CENTER>  <CENTER>Pour le coeur il se fait agneau!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vous pour qui la vie est mauvaise,</CENTER>  <CENTER>Esp&eacute;rez! il veille sur vous!</CENTER>  <CENTER>Il sait bien ce que cela p&egrave;se,</CENTER>  <CENTER>Lui qui tomba sur ses genoux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il est le Dieu de l'&eacute;vangile;</CENTER>  <CENTER>Il tient votre coeur dans sa main,</CENTER>  <CENTER>Et c'est une chose fragile</CENTER>  <CENTER>Qu'il ne veut pas briser, enfin!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Lorsqu'il est temps que l'&eacute;t&eacute; meure</CENTER>  <CENTER>Sous l'hiver sombre et solennel,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;me &agrave; travers le ciel qui pleure</CENTER>  <CENTER>On voit son sourire &eacute;ternel!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car sur les familles souffrantes,</CENTER>  <CENTER>L'hiver, l'&eacute;t&eacute;, la nuit, le jour,</CENTER>  <CENTER>Avec des urnes diff&eacute;rentes</CENTER>  <CENTER>Dieu verse &agrave; grands flots son amour!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et dans ses bont&eacute;s &eacute;ternelles</CENTER>  <CENTER>Il penche sur l'humanit&eacute;</CENTER>  <CENTER>Ces m&egrave;res au triples mamelles,</CENTER>  <CENTER>La nature et la charit&eacute;.</CENTER><BR>  <CENTER><A HREF="#Table">  <FONT SIZE=2>(Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </FONT></A>  </CENTER><BR>  <P>    <P>  <A NAME="VI"></A> <CENTER><B>VI<BR> </B><!-- athena e-text --> </CENTER>  <P>  <CENTER>Oh! vivons! disent-ils dans leur enivrement.</CENTER>  <CENTER>Voyez la longue table et le festin charmant</CENTER>  <CENTER>Qui rayonne dans nos demeures!</CENTER>  <CENTER>Nous semons tous nos biens n'importe en quels sillons.</CENTER>  <CENTER>Riches, nous d&eacute;pensons, nous perdons, nous pillons</CENTER>  <CENTER>Nos onces d'or; jeunes, nos heures</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Jette ta vielle Bible, &ocirc; jeune homme pieux!</CENTER>  <CENTER>Quitte &eacute;glise et coll&egrave;ge, et viens chez nous! - Joyeux,</CENTER>  <CENTER>Entour&eacute;s de cent domestiques,</CENTER>  <CENTER>Buvant, chantant, riant, nous n'insultons pas Dieu,</CENTER>  <CENTER>Et nous lui permettons de montrer son ciel bleu</CENTER>  <CENTER>Par le cintre de nos portiques!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>De quoi te servira ton labeur ennuyeux?</CENTER>  <CENTER>Sais-tu ce que diront les belles aux doux yeux</CENTER>  <CENTER>Dont le sourire vaut un tr&ocirc;ne?</CENTER>  <CENTER>- O jeune homme inutile! - Et puis elles riront.</CENTER>  <CENTER>- Oh! que de peine il prend pour donner &agrave; son front</CENTER>  <CENTER>La couleur de son livre jaune!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nous, &eacute;blouis de feux, de concerts, de seins nus,</CENTER>  <CENTER>Nous vivons! - Nous avons des bonheurs inconnus</CENTER>  <CENTER>A la foule avare et grossi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Quand dans l'orchestre, o&ugrave; rien ne grandit qu'en tremblant,</CENTER>  <CENTER>La fanfare, tant&ocirc;t montant, tant&ocirc;t croulant,</CENTER>  <CENTER>S'enfle en onde ou vole en poussi&egrave;re!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'homme &agrave; tout ce qu'il fait dans tous les temps m&ecirc;la</CENTER>  <CENTER>La musique et les chants. - Amis c'est pour cela</CENTER>  <CENTER>Que la Guerre qui nous enivre,</CENTER>  <CENTER>Noble d&eacute;esse &agrave; qui tout enfants nous songions,</CENTER>  <CENTER>Fait chanter en avant des sombres l&eacute;gions</CENTER>  <CENTER>Les clairons aux bouches de cuivre!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O rois, pour vous la guerre et pour nous le plaisir!</CENTER>  <CENTER>Vous vivez par l'orgueil et nous par le d&eacute;sir.</CENTER>  <CENTER>Nous avons tous notre part d'&acirc;mes.</CENTER>  <CENTER>Nous avons, les uns craints et les autres aim&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Vous les empires, nous les boudoirs parfum&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Vous les homme, et nous les femmes.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pr&ecirc;tres, mages, docteurs, savants, nous font piti&eacute;!</CENTER>  <CENTER>Pauvres songeurs qui vont expliquant &agrave; moiti&eacute;</CENTER>  <CENTER>L'ombre dont l'Eternel se voile,</CENTER>  <CENTER>Tant&ocirc;t lisant un livre et hu&eacute;s des valets,</CENTER>  <CENTER>Tant&ocirc;t assis la nuit sur le toit des palais,</CENTER>  <CENTER>Epelant d'&eacute;toile en &eacute;toile!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Fous qui cherchent un centre au globe obscur du ciel!</CENTER>  <CENTER>Nous, rions! - Il n'est rien ici-bas de r&eacute;el</CENTER>  <CENTER>Que ce que tient la main e l'homme.</CENTER>  <CENTER>Donnons leur saint bonheur pour les plaisirs maudits,</CENTER>  <CENTER>Pour une Eve au front pur leur vague paradis,</CENTER>  <CENTER>Et leur sph&egrave;re pour une pomme!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qu'est-ce que la science &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l'amour?</CENTER>  <CENTER>L'hiver donne la neige et le soleil le jour.</CENTER>  <CENTER>Aimons! chantons! tr&ecirc;ve aux paroles!</CENTER>  <CENTER>Pr&eacute;f&eacute;rons, puisque enfin, nos coeurs flambent encor,</CENTER>  <CENTER>Aux discours larmoyants le choc des coupes d'or,</CENTER>  <CENTER>Aux vieux sages les belles folles!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nature, nous buvons aux flots que tu r&eacute;pands!</CENTER>  <CENTER>Toujours nous nos h&acirc;tons de jouir aux d&eacute;pens</CENTER>  <CENTER>Du penseur prudent qui diff&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Nous ne songeons, prenant les biens sans les choisir,</CENTER>  <CENTER>Qu'&agrave; dissoudre ici-bas toute chose en plaisir.</CENTER>  <CENTER>Quant &agrave; Dieu, nous le laissons faire!&quot;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le sage cependant, qui songe &agrave; leur destin,</CENTER>  <CENTER>Ramasse tristement les miettes du festin,</CENTER>  <CENTER>Tandis que l'un l'autre ils s'enchantent;</CENTER>  <CENTER>Puis il donne ce pain aux pauvres oubli&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Aux mendiants r&ecirc;veurs, en leur disant: - Priez,</CENTER>  <CENTER>Priez pour ces hommes qui chantent!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>4 mars 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="VII"></A> <CENTER><B>VII<BR> </B></CENTER> <A NAME="Virgile"></A> <CENTER><B>A Virgile<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>O Virgile! &ocirc; po&egrave;te! &ocirc; mon ma&icirc;tre divin!</CENTER>  <CENTER>Viens, quittons cette ville au cri sinistre et vain,</CENTER>  <CENTER>Qui, g&eacute;ante, et jamais ne fermant la paupi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Presse un flot &eacute;cumant entre ses flancs de pierre,</CENTER>  <CENTER>Lut&egrave;ce, si petite au temps de tes C&eacute;sars,</CENTER>  <CENTER>Et qui jette aujourd'hui, cit&eacute; pleine de chars,</CENTER>  <CENTER>Sous le nom &eacute;clatant dont le monde la nomme,</CENTER>  <CENTER>Plus de clart&eacute; qu'Ath&egrave;ne et plus de bruit que Rome.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour toi qui dans les bois fais, comme l'eau des cieux,</CENTER>  <CENTER>Tomber de feuille en feuille un vers myst&eacute;rieux,</CENTER>  <CENTER>Pour toi dont la pens&eacute;e emplit ma r&ecirc;verie,</CENTER>  <CENTER>J'ai trouv&eacute; dans une ombre o&ugrave; rit l'herbe fleurie,</CENTER>  <CENTER>Entre Buc et Meudon, dans un profond oubli,</CENTER>  <CENTER>- Et quand je dis Meudon, suppose Tivoli! -</CENTER>  <CENTER>J'ai trouv&eacute;, mon po&egrave;te, une chaste vall&eacute;e</CENTER>  <CENTER>A des coteaux charmants nonchalamment m&ecirc;l&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Retraite favorable &agrave; des amants cach&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Faite de flots dormants et de rameaux pench&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; midi baigne en vain de ses rayons sans nombre</CENTER>  <CENTER>La grotte et la for&ecirc;t, frais asiles de l'ombre! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour toi je l'ai cherch&eacute;e, un matin, fier, joyeux,</CENTER>  <CENTER>Avec l'amour au coeur et l'aube dans les yeux;</CENTER>  <CENTER>Pour toi je l'ai cherch&eacute;e, accompagn&eacute; de celle</CENTER>  <CENTER>Qui sait tous les secrets que mon &acirc;me rec&egrave;le,</CENTER>  <CENTER>Et qui, seule avec moi sous les bois chevelus,</CENTER>  <CENTER>Serait ma Lycoris si j'&eacute;tais ton Gallus.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car elle a dans le coeur cette fleur large et pure,</CENTER>  <CENTER>L'amour myst&eacute;rieux de l'antique nature!</CENTER>  <CENTER>Elle aime comme nous, ma&icirc;tre, ces douces voix,</CENTER>  <CENTER>Ce bruit de nids joyeux qui sort des sombres bois,</CENTER>  <CENTER>Et, le soir, tout au fond de la vall&eacute;e &eacute;troite,</CENTER>  <CENTER>Les coteaux renvers&eacute;s dans le lac qui miroite,</CENTER>  <CENTER>Et, quand le couchant morne a perdu sa rougeur,</CENTER>  <CENTER>Les marais irrit&eacute;s des pas du voyageur,</CENTER>  <CENTER>Et l'humble chaume, et l'antre obstru&eacute; d'herbe verte,</CENTER>  <CENTER>Et qui semble une bouche avec terreur ouverte,</CENTER>  <CENTER>Les eaux, les pr&eacute;s, les monts, les refuges charmants,</CENTER>  <CENTER>Et les grands horizons pleins de rayonnements!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ma&icirc;tre! puisque voici la saison des pervenches,</CENTER>  <CENTER>Si tu veux, chaque nuit, en &eacute;cartant les branches,</CENTER>  <CENTER>Sans &eacute;veiller d'&eacute;chos &agrave; nos pas hasardeux,</CENTER>  <CENTER>Nous irons tous les trois, c'est-&agrave;-dire tous deux,</CENTER>  <CENTER>Dans ce vallon sauvage, et de la solitude,</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;veurs, nous surprendrons la secr&egrave;te attitude.</CENTER>  <CENTER>Dans la brune clairi&egrave;re o&ugrave; l'arbre au tronc noueux</CENTER>  <CENTER>Prend le soir un profil humain et monstrueux,</CENTER>  <CENTER>Nous laisserons fumer, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d'un cytise,</CENTER>  <CENTER>Quelque feu qui s'&eacute;teint sans p&acirc;tre qui l'attise,</CENTER>  <CENTER>Et, l'oreille tendue &agrave; leurs vagues chansons,</CENTER>  <CENTER>Dans l'ombre, au clair de lune, &agrave; travers les buissons,</CENTER>  <CENTER>Avides, nous pourrons voir &agrave; la d&eacute;rob&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Les satyres dansants qu'imite Alph&eacute;sib&eacute;e. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>23 mars 18...<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="VIII"></A> <CENTER><B>VIII<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Venez que je vous parle, &ocirc; jeune enchanteresse!</CENTER>  <CENTER>Dante vous e&ucirc;t faite ange et Virgile d&eacute;esse.</CENTER>  <CENTER>Vous avez le front haut, le pied vif et charmant,</CENTER>  <CENTER>Une bouche qu'entrouvre un bel air d'enjouement,</CENTER>  <CENTER>Et vous pourriez porter, fi&egrave;re entre les plus fi&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>La cuirasse d'azur des antiques guerri&egrave;res.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tout essaim de beaut&eacute;s, gyn&eacute;c&eacute;e ou s&eacute;rail,</CENTER>  <CENTER>Madame, admirerait vos l&egrave;vres de corail.</CENTER>  <CENTER>Cellini sourirait &agrave; votre gr&acirc;ce pure,</CENTER>  <CENTER>Et, dans un vase grec sculptant votre figure,</CENTER>  <CENTER>Il vous ferait sortir d'un beau calice d'or,</CENTER>  <CENTER>D'un lys qui devient femme en restant lys encor,</CENTER>  <CENTER>Ou d'un de ces lotus qui lui doivent la vie,</CENTER>  <CENTER>Etranges fleurs de l'art que la nature envie!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Venez que je vous parle, &ocirc; belle aux yeux divins,</CENTER>  <CENTER>Pour la premi&egrave;re fois quand pr&egrave;s de vous je vins,</CENTER>  <CENTER>Ce fut un jour dor&eacute;. Ce souvenir, madame,</CENTER>  <CENTER>A-t-il comme en mon coeur son rayon dans votre &acirc;me?</CENTER>  <CENTER>Vous souriez. Mettez votre main dans ma main,</CENTER>  <CENTER>Venez. Le printemps rit, l'ombre est sur le chemin,</CENTER>  <CENTER>L'air est ti&egrave;de, et l&agrave;-bas, dans les for&ecirc;ts prochaines,</CENTER>  <CENTER>La mousse &eacute;paisse et verte abonde au pied des ch&ecirc;nes. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>21 avril 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="IX"></A> <CENTER><B>IX<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Pendant que la fen&ecirc;tre &eacute;tait ouverte<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Po&egrave;te, ta fen&ecirc;tre &eacute;tait ouverte au vent,</CENTER>  <CENTER>Quand celle &agrave; qui tout bas ton coeur parle souvent</CENTER>  <CENTER>Sur ton fauteuil posait sa t&ecirc;te:</CENTER>  <CENTER>-&quot;Oh! disait-elle, ami, ne vous y fiez pas!</CENTER>  <CENTER>Parce que maintenant, attach&eacute;e &agrave; vos pas,</CENTER>  <CENTER>Ma vie &agrave; votre ombre s'arr&ecirc;te;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Parce que mon regard est fix&eacute; sur vos yeux;</CENTER>  <CENTER>Parce que je n'ai plus de sourire joyeux</CENTER>  <CENTER>Que pour votre grave sourire;</CENTER>  <CENTER>Parce que, de l'amour me faisant un linceul,</CENTER>  <CENTER>Je vous offre mon coeur comme un livre o&ugrave; vous seul</CENTER>  <CENTER>Avez encor le droit d'&eacute;crire;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il n'est pas dit qu'enfin je n'aurai pas un jour</CENTER>  <CENTER>La curiosit&eacute; de troubler votre amour</CENTER>  <CENTER>Et d'alarmer votre oeil s&eacute;v&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Et l'inquiet caprice et le d&eacute;sir moqueur</CENTER>  <CENTER>De renverser soudain la paix de votre coeur</CENTER>  <CENTER>Comme un enfant renverse un verre!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Hommes, vous voulez tous qu'une femme ait longtemps</CENTER>  <CENTER>Des fiert&eacute;s, des hauteurs, puis vous &ecirc;tes contents,</CENTER>  <CENTER>Dans votre orgueil que rien ne brise,</CENTER>  <CENTER>Quand, aux feux de l'amour qui rayonne sur nous,</CENTER>  <CENTER>Pareille &agrave; ces fruits verts que le soleil fait doux,</CENTER>  <CENTER>La hautaine devient soumise!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Aimez-moi d'&ecirc;tre ainsi! - Ces hommes, &ocirc; mon roi,</CENTER>  <CENTER>Que vous voyez passer si froids autour de moi,</CENTER>  <CENTER>Empress&eacute;s pr&egrave;s des autres femmes,</CENTER>  <CENTER>Je n'y veux pas songer, car le repos vous pla&icirc;t;</CENTER>  <CENTER>Mais mon oeil endormi ferait, s'il le voulait,</CENTER>  <CENTER>De tous ces fronts jaillir des flammes!&quot;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle parlait, charmante et fi&egrave;re et tendre encor,</CENTER>  <CENTER>Laissant sur le dossier de velours &agrave; clous d'or</CENTER>  <CENTER>D&eacute;border sa manche tra&icirc;nante;</CENTER>  <CENTER>Et toi tu croyais voir &agrave; ce beau front si doux</CENTER>  <CENTER>Sourire ton vieux livre ouvert sur tes genoux,</CENTER>  <CENTER>Ton Iliade rayonnante!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Beau livre que souvent vous lisez tous les deux!</CENTER>  <CENTER>Elle aime comme toi ces combats hasardeux</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; la guerre agite ses ailes.</CENTER>  <CENTER>Femme, elle ne hait pas, en t'y voyant r&ecirc;ver,</CENTER>  <CENTER>Le po&egrave;te qui chante H&eacute;l&egrave;ne, et fait lever</CENTER>  <CENTER>Les plus vieux devant les plus belles.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle vient l&agrave;, du haut de ses jeunes amours,</CENTER>  <CENTER>Regarder quelquefois dans le flot des vieux jours</CENTER>  <CENTER>Quelle ombre y fait cette chim&egrave;re;</CENTER>  <CENTER>Car, ainsi que d'un mont tombe de vivent eaux,</CENTER>  <CENTER>Le pass&eacute; murmurant sort et coule &agrave; ruisseaux</CENTER>  <CENTER>De ton flanc, &ocirc; g&eacute;ant Hom&egrave;re!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>26 f&eacute;vrier 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="X"></A> <CENTER><B>X<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A Albert D&uuml;rer<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Dans les vieilles for&ecirc;ts o&ugrave; la s&egrave;ve &agrave; grands flots</CENTER>  <CENTER>Court du f&ucirc;t noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux,</CENTER>  <CENTER>Bien des fois, n'est ce pas? &agrave; travers la clairi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>P&acirc;le, effar&eacute;, n'osant regarder en arri&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Tu t'es h&acirc;t&eacute;, tremblant et d'un pas convulsif,</CENTER>  <CENTER>O mon ma&icirc;tre Albert Dure, &ocirc; vieux peintre pensif!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On devine, devant tes tableaux qu'on v&eacute;n&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>que dans les noirs taillis ton oeil visionnaire</CENTER>  <CENTER>Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,</CENTER>  <CENTER>Le faune aux doigts palm&eacute;s, le sylvain aux yeux verts,</CENTER>  <CENTER>Pan, qui rev&ecirc;t de fleurs l'antre o&ugrave; tu te recueilles,</CENTER>  <CENTER>Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Une for&ecirc;t pour toi, c'est un monde hideux.</CENTER>  <CENTER>Le songe et le r&eacute;el s'y m&ecirc;lent tous les deux.</CENTER>  <CENTER>L&agrave; se penchent r&ecirc;veurs les vieux pins, les grands ormes</CENTER>  <CENTER>Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,</CENTER>  <CENTER>Et dans ce groupe sombre agit&eacute; par le vent</CENTER>  <CENTER>Rien n'est tout &agrave; fait mort ni tout &agrave; fait vivant.</CENTER>  <CENTER>Le cresson boit; l'eau court; les fr&ecirc;nes sur les pentes,</CENTER>  <CENTER>Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes,</CENTER>  <CENTER>Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs;</CENTER>  <CENTER>Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs:</CENTER>  <CENTER>Et, sur vous qui passez et l'avez r&eacute;veill&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Mainte chim&egrave;re &eacute;trange &agrave; la gorge &eacute;caill&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>D'un arbre entre ses doigts serrant les larges noeuds,</CENTER>  <CENTER>Du fond d'un antre obscur fixe un oeil lumineux.</CENTER>  <CENTER>O v&eacute;g&eacute;tation! esprit! mati&egrave;re! force!</CENTER>  <CENTER>Couverte de peau rude ou de vivante &eacute;corce!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Aux bois, ainsi que toi, je n'ai jamais err&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Ma&icirc;tre, sans qu'en mon coeur l'horreur ait p&eacute;n&eacute;tr&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Sans voir tressaillir l'herbe, et, par le vent berc&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Pendre &agrave; tous les rameaux de confuses pens&eacute;es.</CENTER>  <CENTER>Dieu seul, ce grand t&eacute;moin des faits myst&eacute;rieux,</CENTER>  <CENTER>Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux,</CENTER>  <CENTER>J'ai senti, moi qu'&eacute;chauffe une secr&egrave;te flamme,</CENTER>  <CENTER>Comme moi palpiter et vivre avec une &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Et rire, et se parler dans l'ombre &agrave; demi-voix,</CENTER>  <CENTER>Les ch&ecirc;nes monstrueux qui remplissent les bois. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>20 avril 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XI"></A> <CENTER><B>XI<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Puisqu'ici-bas toute &acirc;me</CENTER>  <CENTER>Donne &agrave; quelqu'un</CENTER>  <CENTER>Sa musique, sa flamme,</CENTER>  <CENTER>Ou son parfum;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisqu'ici toute chose</CENTER>  <CENTER>Donne toujours</CENTER>  <CENTER>Son &eacute;pine ou sa rose</CENTER>  <CENTER>A ses amours;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisqu'avril donne aux ch&ecirc;nes</CENTER>  <CENTER>Un bruit charmant;</CENTER>  <CENTER>Que la nuit donne aux peines</CENTER>  <CENTER>L'oubli dormant;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisque l'air &agrave; la branche</CENTER>  <CENTER>Donne l'oiseau;</CENTER>  <CENTER>Que l'aube &agrave; la pervenche</CENTER>  <CENTER>Donne un peu d'eau;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisque, lorsqu'elle arrive</CENTER>  <CENTER>S'y reposer,</CENTER>  <CENTER>L'onde am&egrave;re &agrave; la rive </CENTER>  <CENTER>Donne un baiser;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je te donne &agrave; cette heure,</CENTER>  <CENTER>Pench&eacute; sur toi,</CENTER>  <CENTER>La chose la meilleure </CENTER>  <CENTER>Que j'ai en moi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Re&ccedil;ois donc ma pens&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Triste d'ailleurs,</CENTER>  <CENTER>Qui, comme une ros&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>T'arrive en pleurs!<BR> </CENTER>  <CENTER>Re&ccedil;ois mes voeux sans nombre,</CENTER>  <CENTER>O mes amours!</CENTER>  <CENTER>Re&ccedil;ois la flamme ou l'ombre</CENTER>  <CENTER>De tout mes jours!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mes transports pleins d'ivresses,</CENTER>  <CENTER>Pur de soup&ccedil;ons,</CENTER>  <CENTER>Et toutes les caresses </CENTER>  <CENTER>De mes chansons!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mon esprit qui sans voile</CENTER>  <CENTER>Vogue au hasard,</CENTER>  <CENTER>Et qui n'a pour &eacute;toile</CENTER>  <CENTER>Que ton regard!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ma muse, que les heures</CENTER>  <CENTER>Bercent r&ecirc;vant,</CENTER>  <CENTER>Qui, pleurant quand tu pleures,</CENTER>  <CENTER>Pleure souvent!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Re&ccedil;ois, mon bien c&eacute;leste,</CENTER>  <CENTER>O ma beaut&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Mon coeur, dont rien ne reste,</CENTER>  <CENTER>L'amour &ocirc;t&eacute;!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>19 mai 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XII"></A> <CENTER><B>XII<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A Ol.<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>O po&egrave;te! je vais dans ton &acirc;me bless&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Remuer jusqu'au fond ta profonde pens&eacute;e.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu ne l'avais pas vue encore, ce fut un soir,</CENTER>  <CENTER>A l'heure ou dans le ciel les astres se font voir,</CENTER>  <CENTER>Qu'elle apparut soudain &agrave; tes yeux, fra&icirc;che et belle,</CENTER>  <CENTER>Dans un lieu radieux qui rayonnait moins qu'elle.</CENTER>  <CENTER>Ses cheveux p&eacute;tillaient de mille diamants;</CENTER>  <CENTER>Un orchestre tremblait &agrave; tous ses mouvements</CENTER>  <CENTER>Tandis qu'elle enivrait la foule haletante,</CENTER>  <CENTER>Blanche avec des yeux noirs, jeune, grande, &eacute;clatante.</CENTER>  <CENTER>Tout en elle &eacute;tait feu qui brille, ardeur qui rit.</CENTER>  <CENTER>La parole parfois tombait de son esprit</CENTER>  <CENTER>Comme un &eacute;pi dor&eacute; du sac de la glaneuse,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; sortait de sa bouche en vapeur lumineuse.</CENTER>  <CENTER>Chacun se r&eacute;criait, admirant tour &agrave; tour</CENTER>  <CENTER>Son front plein de pens&eacute;es &eacute;close avant l'amour,</CENTER>  <CENTER>Son sourire entrouvert comme une vive aurore,</CENTER>  <CENTER>Et son ardente &eacute;paule, et, plus ardente encore,</CENTER>  <CENTER>Comme les soupiraux d'un centre &eacute;tincelant,</CENTER>  <CENTER>Ses yeux ou l'on voyait luire son coeur br&ucirc;lant.</CENTER>  <CENTER>Elle allait et passait comme un oiseau de flamme,</CENTER>  <CENTER>Mettant sans le savoir le feu dans plus d'une &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Et dans les yeux fix&eacute;s sur tous ses pas charmants</CENTER>  <CENTER>Jetant de toute part des &eacute;blouissements!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toi, tu la contemplais n'osant approcher d'elle,</CENTER>  <CENTER>Car le baril de poudre a peur de l'&eacute;tincelle.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>26 mai 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XIII"></A> <CENTER><B>XIII<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Jeune homme, ce m&eacute;chant fait une l&acirc;che guerre.</CENTER>  <CENTER>Ton indignation ne l'&eacute;pouvante gu&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Crois-moi donc, laisse en paix, jeune homme au noble</CENTER>  <CENTER>Ce Zo&iuml;le &agrave; l'oeil faux, ce malheureux moqueur. Coeur,</CENTER>  <CENTER>Ton m&eacute;pris? mais c'est l'air qui respire. Ta haine?</CENTER>  <CENTER>La haine est son odeur, sa sueur, son haleine:</CENTER>  <CENTER>Il sait qu'il peut souiller sans peur les noms fameux,</CENTER>  <CENTER>Et que pour qu'on le touche il est trop venimeux.</CENTER>  <CENTER>Il ne craint rien; pareil au champignon difforme</CENTER>  <CENTER>Pouss&eacute; dans une nuit au pied d'un ch&ecirc;ne &eacute;norme,</CENTER>  <CENTER>Qui laisse les chevreaux autour de lui paissant</CENTER>  <CENTER>Essayer leur dent folle &agrave; l'arbuste innocent;</CENTER>  <CENTER>Sachant qu'il porte en lui des vengeances trop s&ucirc;res,</CENTER>  <CENTER>Tout gonfl&eacute; de poison il attend les morsures.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>18 mai 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XIV"></A> <CENTER><B>XIV<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Avril - A Louis B.<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Louis, voici le temps de respirer les roses,</CENTER>  <CENTER>Et d'ouvrir bruyamment les vitres longtemps closes;</CENTER>  <CENTER>Le temps d'admirer en r&ecirc;vant</CENTER>  <CENTER>Tout ce que la nature a de beaut&eacute;s divines</CENTER>  <CENTER>Qui flottent sur les monts, les bois et les ravines,</CENTER>  <CENTER>Avec l'onde, l'ombre et le vent.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Louis voici le temps de reposer son &acirc;me</CENTER>  <CENTER>Dans ce calme sourire empreint de vague flamme</CENTER>  <CENTER>Qui rayonne au front du ciel pur;</CENTER>  <CENTER>De dilater son coeur ainsi qu'une eau qui fume,</CENTER>  <CENTER>Et d'en faire envoler la nu&eacute;e et la brume</CENTER>  <CENTER>A travers le limpide azur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O Dieu! que les amants sous les vertes feuill&eacute;es</CENTER>  <CENTER>S'en aillent, par l'hiver pauvres ailes mouill&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>Qu'ils errent joyeux et vainqueurs!</CENTER>  <CENTER>Que le rossignol chante, oiseau dont la voix tendre</CENTER>  <CENTER>Contient de l'harmonie assez pour en r&eacute;pandre </CENTER>  <CENTER>Sur tout l'amour qui sort des coeurs!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que, bl&eacute; qui monte, enfant qui joue, eau qui murmure,</CENTER>  <CENTER>Fleur rose o&ugrave; le semeur r&ecirc;ve une p&ecirc;che m&ucirc;re,</CENTER>  <CENTER>Que tout semble rire ou prier!</CENTER>  <CENTER>Que le chevreau gourmand, furtif et plein de gr&acirc;ces,</CENTER>  <CENTER>De quelques arbre inclin&eacute; mordant les feuilles basses,</CENTER>  <CENTER>Fasse accourir le chevrier!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qu'on songe aux deuils pass&eacute;s en se disant: qu'&eacute;tait-ce?</CENTER>  <CENTER>Que rien sous le soleil ne garde de tristesse!</CENTER>  <CENTER>Qu'un nid chante sur les vieux troncs!</CENTER>  <CENTER>Nous, tandis que de joie au loin tout vibre et tremble,</CENTER>  <CENTER>Allons dans la for&ecirc;t, et l&agrave;, marchant ensemble,</CENTER>  <CENTER>Si vous voulez, nous songerons,<BR> </CENTER>  <CENTER>Nous songerons tous deux &agrave; cette belle fille </CENTER>  <CENTER>Qui dort l&agrave; bas sous l'herbe o&ugrave; le bouton d'or brille,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'oiseau cherche un grain de mil,</CENTER>  <CENTER>Et qui voulait avoir, et qui, triste chim&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;tait fait cet hiver promettre par sa m&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Une robe verte en avril.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>Avril 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XV"></A> <CENTER><B>XV<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>La Vache<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Devant la blanche ferme o&ugrave; parfois vers midi</CENTER>  <CENTER>Un vieillard vient s'asseoir sur le seuil atti&eacute;di,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; cent poules ga&icirc;ment m&ecirc;lent leurs cr&ecirc;tes rouge,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave;, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ecoutant les chansons du gardien du r&eacute;veil,</CENTER>  <CENTER>Du beau coq verniss&eacute; qui reluit au soleil,</CENTER>  <CENTER>Une vache &eacute;tait l&agrave; tout &agrave; l'heure arr&ecirc;t&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Superbe, &eacute;norme, rousse et de blanc tachet&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Douce comme une biche avec ses jeunes faons,</CENTER>  <CENTER>Elle avait sous le ventre un beau groupe d'enfants,</CENTER>  <CENTER>D'enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles</CENTER>  <CENTER>Frais, et plus charbonn&eacute;s que de vieilles murailles,</CENTER>  <CENTER>Qui, bruyants, tous ensemble, &agrave; grands cris appelant</CENTER>  <CENTER>D'autres qui, tout petits, se h&acirc;taient en tremblant,</CENTER>  <CENTER>D&eacute;robant sans piti&eacute; quelque laiti&egrave;re absente,</CENTER>  <CENTER>Sous leur bouche joyeuse et peut-&ecirc;tre blessante</CENTER>  <CENTER>Et sous leurs doigts pressant le lait par mille trous,</CENTER>  <CENTER>Tiraient le pis f&eacute;cond de la m&egrave;re au poil roux.</CENTER>  <CENTER>Elle, bonne et puissante et de son tr&eacute;sor pleine,</CENTER>  <CENTER>Sous leurs mains par moments faisant fr&eacute;mir &agrave; peine</CENTER>  <CENTER>Son beau flanc plus ombr&eacute; qu'un flanc de l&eacute;opard,</CENTER>  <CENTER>Distraite, regardait vaguement quelque part.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ainsi, Nature! abri de toute cr&eacute;ature!</CENTER>  <CENTER>O m&egrave;re universelle! indulgente Nature!</CENTER>  <CENTER>Ainsi, tous &agrave; la fois, mystiques et charnels,</CENTER>  <CENTER>Cherchant l'ombre et le lait sous tes flancs &eacute;ternels,</CENTER>  <CENTER>Nous sommes l&agrave;, savants, po&egrave;tes, p&ecirc;le-m&ecirc;le,</CENTER>  <CENTER>Pendus de toutes parts &agrave; ta forte mamelle!</CENTER>  <CENTER>Et tandis qu'affam&eacute;s, avec des cris vainqueurs,</CENTER>  <CENTER>A tes sources sans fin d&eacute;salt&eacute;rant nos coeurs,</CENTER>  <CENTER>Pour en faire plus tard notre sang et notre &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Nous aspirons &agrave; flots ta lumi&egrave;re et ta flamme,</CENTER>  <CENTER>Les feuillages, le sommets, les pr&eacute;s verts, le ciel bleu,</CENTER>  <CENTER>Toi, sans te d&eacute;ranger, tu r&ecirc;ves &agrave; ton Dieu! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER><A HREF="#Table"> <FONT SIZE=2> (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </FONT></A>  </CENTER><BR>  <P>  <A NAME="XVI"></A> <CENTER><B>XVI<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Pass&eacute;<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>C'&eacute;tait un grand ch&acirc;teau du temps de Louis treize.</CENTER>  <CENTER>Le couchant rougissait ce palais oubli&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Chaque fen&ecirc;tre au loin, transform&eacute;e en fournaise,</CENTER>  <CENTER>Avait perdu sa forme et n'&eacute;tait plus que braise.</CENTER>  <CENTER>Le toit disparaissait dans les rayons noy&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sous nos yeux s'&eacute;tendait, gloire antique abattue,</CENTER>  <CENTER>Un de ces parcs dont l'herbe inonde le chemin,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; dans un coin, de lierre &agrave; demi rev&ecirc;tue,</CENTER>  <CENTER>Sur un pi&eacute;destal gris, l'hiver, morne statue,</CENTER>  <CENTER>Se chauffe avec un feu de marbre sous sa main.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O deuil! Le grand bassin, lac solitaire.</CENTER>  <CENTER>Un Neptune verd&acirc;tre y moisissait dans l'eau.</CENTER>  <CENTER>Les roseaux cachaient l'onde et l'eau rongeait la terre.</CENTER>  <CENTER>Et les arbres m&ecirc;laient leur vieux branchage aust&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; tombaient autrefois des rimes pour Boileau. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On voyait par moments errer dans la futaie</CENTER>  <CENTER>De beaux cerfs qui semblaient regretter les chasseur;</CENTER>  <CENTER>Et, pauvres marbres blancs qu'un vieux tronc d'arbre &eacute;taie</CENTER>  <CENTER>Seules, sous la charmille, h&eacute;las! chang&eacute; en haie,</CENTER>  <CENTER>Soupirer Gabrielle et V&eacute;nus, ces deux soeurs!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les manteaux relev&eacute;s par la longue rapi&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! ne passaient plus dans ce jardin sans voix;</CENTER>  <CENTER>Les tritons avaient l'air de fermer la paupi&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses m&acirc;choires de pierre,</CENTER>  <CENTER>Un vieux antre ennuy&eacute; b&acirc;illait au fond du bois.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et je vous dis alors:- Ce ch&acirc;teau dans son ombre</CENTER>  <CENTER>A contenu l'amour, frais comme en votre coeur,</CENTER>  <CENTER>Et la gloire, et le rire, et les f&ecirc;tes sans nombre,</CENTER>  <CENTER>Et toute cette joie aujourd'hui le rend sombre,</CENTER>  <CENTER>Comme un vaste noircit rouill&eacute; par sa liqueur. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dans cet antre, o&ugrave; la mousse a recouvert la dalle,</CENTER>  <CENTER>Venait, les yeux baiss&eacute;s et le sein palpitant,</CENTER>  <CENTER>Ou la belle Caussade ou la jeune Candale,</CENTER>  <CENTER>Qui, d'un royal amant conqu&ecirc;te f&eacute;odale,</CENTER>  <CENTER>En entrant disait Sire, et Louis en sortant.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Alors comme aujourd'hui, pour Candale ou Caussade,</CENTER>  <CENTER>La nu&eacute;e au ciel bleu m&ecirc;lait son blond duvet,</CENTER>  <CENTER>Un doux rayon dorait le toit grave et maussade,</CENTER>  <CENTER>Les vitres flamboyaient sur toute la fa&ccedil;ade,</CENTER>  <CENTER>Le soleil souriait, la nature r&ecirc;vait!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Alors comme aujourd'hui, deux coeurs unis, deux &acirc;mes,</CENTER>  <CENTER>Erraient sous ce feuillage o&ugrave; tant d'amour a lui;</CENTER>  <CENTER>Il nommait sa duchesse un ange entre les femmes,</CENTER>  <CENTER>Et l'oeil plein de rayons et l'oeil rempli de flammes</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;blouissaient l'un l'autre, alors comme aujourd'hui! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Au loin dans le bois vague on entendait des rires.</CENTER>  <CENTER>C'&eacute;taient d'autres amants, dans leur bonheur plong&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>Par moments un silence arr&ecirc;tait leurs d&eacute;lires.</CENTER>  <CENTER>Tendre il lui demandait: D'o&ugrave; vient que tu soupires?</CENTER>  <CENTER>Douce, elle r&eacute;pondait: D'o&ugrave; vient que vous songez?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tous deux, l'ange et le roi, les mains entrelac&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Ils marchaient, fiers, joyeux, foulant le vert gazon,</CENTER>  <CENTER>Ils m&ecirc;laient leurs regards, leur souffle, leurs pens&eacute;es..-</CENTER>  <CENTER>O temps &eacute;vanouis! &ocirc; splendeurs &eacute;clips&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>O soleils descendus derri&egrave;re l'horizon!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>1 er avril 1835<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XVII"></A> <CENTER><B>XVII<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Soir&eacute;e en mer<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Pr&egrave;s du p&ecirc;cheur qui ruisselle,</CENTER>  <CENTER>Quand tous deux, au jour baissant,</CENTER>  <CENTER>Nous errons dans la nacelle,</CENTER>  <CENTER>Laissant chanter l'homme fr&ecirc;le</CENTER>  <CENTER>Et g&eacute;mir le flot puissant;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sous l'abri que font les voiles </CENTER>  <CENTER>Lorsque nous nous asseyons,</CENTER>  <CENTER>Dans cette ombre o&ugrave; tu te voiles</CENTER>  <CENTER>Quand ton regard aux &eacute;toiles </CENTER>  <CENTER>Semble cueillir des rayons;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand tous deux nous croyons lire</CENTER>  <CENTER>Ce que la nature &eacute;crit,</CENTER>  <CENTER>R&eacute;ponds, &ocirc; toi que j'admire,</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; vient que mon coeur soupire?</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; vient que ton front sourit?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dis, d'o&ugrave; vient qu'&agrave; chaque lame</CENTER>  <CENTER>Comme une coupe de fiel,</CENTER>  <CENTER>La pens&eacute;e emplit mon &acirc;me?</CENTER>  <CENTER>C'est que moi je vois la rame</CENTER>  <CENTER>Tandis que tu vois le ciel!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est que je vois les flots sombres,</CENTER>  <CENTER>Toi, les astres enchant&eacute;s!</CENTER>  <CENTER>C'est que, perdu dans leurs nombres,</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! je compte les ombres</CENTER>  <CENTER>Quand tu comptes les clart&eacute;s!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Chacun, c'est la loi supr&ecirc;me,</CENTER>  <CENTER>Rame, h&eacute;las! jusqu'&agrave; la fin.</CENTER>  <CENTER>Pas d'homme, &ocirc; fatal probl&egrave;me!</CENTER>  <CENTER>Qui ne laboure ou ne s&egrave;me</CENTER>  <CENTER>Sur quelque chose de vain!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'homme est sur un flot qui gronde.</CENTER>  <CENTER>L'ouragan tord son manteau.</CENTER>  <CENTER>Il rame en la nuit profonde,</CENTER>  <CENTER>Et l'espoir s'en va dans l'onde</CENTER>  <CENTER>Par les fentes du bateau.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sa voile que le vent troue</CENTER>  <CENTER>Se d&eacute;chire &agrave; tout moment,</CENTER>  <CENTER>De sa route l'eau se joue,</CENTER>  <CENTER>Les obstacles sur sa proue</CENTER>  <CENTER>Ecument incessamment!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>H&eacute;las! h&eacute;las! tout travaille</CENTER>  <CENTER>Sous tes yeux, &ocirc; J&eacute;hova!</CENTER>  <CENTER>De quelque c&ocirc;t&eacute; qu'on aille,</CENTER>  <CENTER>Partout un flot qui tressaille,</CENTER>  <CENTER>Partout un homme qui va!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O&ugrave; vas-tu? - Vers la nuit noire.</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; vas-tu? - Vers le grand jour.</CENTER>  <CENTER>Toi!- Je cherche s'il faut croire.</CENTER>  <CENTER>Et toi?- Je vais &agrave; la gloire.</CENTER>  <CENTER>Et toi?- Je vais &agrave; l'amour.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vous allez tous &agrave; la tombe!</CENTER>  <CENTER>Vous allez &agrave; l'inconnu!</CENTER>  <CENTER>Aigle, vautour, ou colombe,</CENTER>  <CENTER>Vous allez o&ugrave; tout retombe </CENTER>  <CENTER>Et d'o&ugrave; rien n'est revenu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vous allez o&ugrave; vont encore</CENTER>  <CENTER>Ceux qui font le plus de bruit!</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; va la fleur qu'avril dore!</CENTER>  <CENTER>Vous allez o&ugrave; va l'aurore!</CENTER>  <CENTER>Vous allez o&ugrave; va la nuit!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>A quoi bon toutes ces peines?</CENTER>  <CENTER>Pourquoi tant de soins jaloux?</CENTER>  <CENTER>Buvez l'onde des fontaines,</CENTER>  <CENTER>Secouez le gland des ch&ecirc;nes,</CENTER>  <CENTER>Aimez, et rendormez- vous!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Lorsque ainsi que des abeilles </CENTER>  <CENTER>On a travaill&eacute; toujours;</CENTER>  <CENTER>Qu'on a r&ecirc;v&eacute; des merveilles;</CENTER>  <CENTER>Lorsqu'on a sur bien des veilles</CENTER>  <CENTER>Amoncel&eacute; bien des jours;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sur votre plus belle rose,</CENTER>  <CENTER>Sur votre lys le plus beau,</CENTER>  <CENTER>Savez-vous ce qui se pose?</CENTER>  <CENTER>C'est l'oubli pour toute chose, </CENTER>  <CENTER>Pour tout homme le tombeau!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car le Seigneur nous retire</CENTER>  <CENTER>Les fruits &agrave; peine cueillis.</CENTER>  <CENTER>Il dit: Echoue! au navire.</CENTER>  <CENTER>Il dit &agrave; la flamme: Expire!</CENTER>  <CENTER>Il dit &agrave; la fleur: P&acirc;lis!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il dit au guerrier qui fonde:</CENTER>  <CENTER>- Je garde le dernier mot.</CENTER>  <CENTER>Monte, monte, &ocirc; roi du monde!</CENTER>  <CENTER>La chute la plus profonde</CENTER>  <CENTER>Pend au sommet le plus haut. -</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il a dit &agrave; la mortelle:</CENTER>  <CENTER>- Vite! &eacute;blouis ton amant.</CENTER>  <CENTER>Avant de mourir sois belle.</CENTER>  <CENTER>Sois un instant &eacute;tincelle, </CENTER>  <CENTER>Puis cendre &eacute;ternellement! -</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Cet ordre auquel tu t'opposes</CENTER>  <CENTER>T'enveloppe et l'engloutit.</CENTER>  <CENTER>Mortel, plains-toi, si tu l'oses,</CENTER>  <CENTER>Au Dieu qui fit ces deux choses, </CENTER>  <CENTER>Le ciel grand, l'homme petit!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Chacun, qu'il doute ou qu'il nie,</CENTER>  <CENTER>Lutte en frayant son chemin;</CENTER>  <CENTER>Et l'&eacute;ternelle harmonie</CENTER>  <CENTER>P&egrave;se comme une ironie</CENTER>  <CENTER>Sur tout ce tumulte humain!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tous ces faux biens qu'on envie</CENTER>  <CENTER>Passent comme un soir de mai.</CENTER>  <CENTER>Vers l'ombre, h&eacute;las! tout d&eacute;vie.</CENTER>  <CENTER>Que reste-t-il de la vie,</CENTER>  <CENTER>Except&eacute; d'avoir aim&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ainsi je courbe ma t&ecirc;te</CENTER>  <CENTER>Quand tu redresses ton front.</CENTER>  <CENTER>Ainsi, sur l'onde inqui&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>J'&eacute;coute, sombre po&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>Ce que les flots me diront.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ainsi, pour qu'on me r&eacute;ponde,</CENTER>  <CENTER>J'interroge avec effroi;</CENTER>  <CENTER>Et dans ce gouffre o&ugrave; je sonde</CENTER>  <CENTER>La fange se m&ecirc;le &agrave; l'onde...</CENTER>  <CENTER>Oh! ne fais pas comme moi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que sur la vague troubl&eacute;e</CENTER>  <CENTER>J'abaisse un sourcil hagard;</CENTER>  <CENTER>Mais toi, belle &acirc;me voil&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Vers l'esp&eacute;rance &eacute;toil&eacute;e</CENTER>  <CENTER>L&egrave;ve un tranquille regard!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu fais bien. Vois les cieux luire.</CENTER>  <CENTER>Vois les astres s'y mirer.</CENTER>  <CENTER>Un instinct l&agrave;-haut t'attire.</CENTER>  <CENTER>Tu regardes Dieu sourire;</CENTER>  <CENTER>Moi, je vois l'homme pleurer!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>9 novembre 1836. Minuit et demi<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XVIII"></A> <CENTER><B>XVIII<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Dans Virgile parfois, dieu tout pr&egrave;s d'&ecirc;tre un ange,</CENTER>  <CENTER>Le vers porte &agrave; sa cime une lueur &eacute;trange.</CENTER>  <CENTER>C'est que, r&ecirc;vant d&eacute;j&agrave; ce qu'&agrave; pr&eacute;sent on sait,</CENTER>  <CENTER>Il chantait presque &agrave; l'heure o&ugrave; j&eacute;sus vagissait.</CENTER>  <CENTER>C'est qu'&agrave; son issu m&ecirc;me il est une des &acirc;mes</CENTER>  <CENTER>Que l'orient lointain teignait de vagues flammes.</CENTER>  <CENTER>C'est qu'il est un des coeur que, d&eacute;j&agrave; sous les cieux,</CENTER>  <CENTER>Dorait le jour naissant du Christ Myst&eacute;rieux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dieu voulait qu'avant tout, rayon du fils de l'homme,</CENTER>  <CENTER>L'aube de Bethl&eacute;em blanchit le front de <I>Rome</I>. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>Nuit du 21 au 22 mars 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A> <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XIX"></A> <CENTER><B>XIX<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A un riche<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Jeune homme! je te plains; et cependant j'admire</CENTER>  <CENTER>Ton grand parc enchant&eacute; qui semble nous sourire,</CENTER>  <CENTER>Qui fait, vu de ton seuil, le tour de l'horizon,</CENTER>  <CENTER>Grave ou joyeux suivant le jour et la saison, </CENTER>  <CENTER>Coup&eacute; d'herbe et d'eau vive, et remplissant huit lieues</CENTER>  <CENTER>De ses vagues massifs et de ses ombres bleues.</CENTER>  <CENTER>J'admire ton domaine, et pourtant je te plains!</CENTER>  <CENTER>Car dans ces bois touffus de tant de grandeur pleins,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le printemps &eacute;panche un faste sans mesure,</CENTER>  <CENTER>Quelle plus mis&eacute;rable et plus pauvre masure</CENTER>  <CENTER>Qu'un homme us&eacute;, fl&eacute;tri, mort pour l'illusion,</CENTER>  <CENTER>Riche et sans volupt&eacute;, jeune et sans passion, </CENTER>  <CENTER>Dont le coeur d&eacute;labr&eacute;, dans ses recoins livides,</CENTER>  <CENTER>N'a plus qu'un triste amas d'anciennes coupes vides, </CENTER>  <CENTER>Vases bris&eacute;s qui n'ont rien gard&eacute; que l'ennui,</CENTER>  <CENTER>Et d'o&ugrave; l'amour, la joie et la candeur ont fui! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oui, tu me fais piti&eacute;, toi qui crois faire envie!</CENTER>  <CENTER>Ce splendide s&eacute;jour sur ton coeur, sur ta vie,</CENTER>  <CENTER>Jette une ombre ironique, et rit en &eacute;crasant</CENTER>  <CENTER>Ton front terne et ch&eacute;tif d'un cadre &eacute;blouissant. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dis-moi, crois-tu, vraiment poss&eacute;der ce royaume</CENTER>  <CENTER>D'ombre et de fleurs, o&ugrave; l'arbre arrondi comme un d&ocirc;me,</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;tang, lame d'argent que le couchant fait d'or,</CENTER>  <CENTER>L'all&eacute;e entrant au bois comme un noir corridor,</CENTER>  <CENTER>Et l&agrave;, sur la for&ecirc;t, ce mont qu'une tour garde,</CENTER>  <CENTER>Font un groupe si beau pour l'&acirc;me qui regarde!</CENTER>  <CENTER>Lieu sacr&eacute; pour qui sait dans l'immense univers,</CENTER>  <CENTER>Dans les pr&eacute;s, dans les eaux et dans les vallons verts,</CENTER>  <CENTER>Retrouver les profils de la face &eacute;ternelle</CENTER>  <CENTER>Dont le visage humain n'est qu'une ombre charnelle!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que fais-tu donc ici? Jamais on ne te voit,</CENTER>  <CENTER>Quand le matin blanchit l'angle ardois&eacute; du toit,</CENTER>  <CENTER>sortir, songer, cueillir la fleur, coupe iris&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Que la plante &agrave; l'oiseau tend pleine de ros&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Et parfois t'arr&ecirc;ter, laissant pendre &agrave; ta main</CENTER>  <CENTER>Un livre interrompu, debout sur le chemin,</CENTER>  <CENTER>Quand le bruit du vent coupe en strophes incertaines</CENTER>  <CENTER>Cette longue chanson qui coule des fontaines.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Jamais tu n'as suivi de sommets en sommets</CENTER>  <CENTER>La ligne des coteaux qui fait r&ecirc;ve; jamais </CENTER>  <CENTER>Tu n'as joui de voir, sur l'eau qui refl&egrave;te,</CENTER>  <CENTER>Quelque saule noueux tordu comme un athl&egrave;te.</CENTER>  <CENTER>Jamais, s&eacute;v&egrave;re esprit au myst&egrave;re attach&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Tu n'as questionn&eacute; le vieux orme pench&eacute;</CENTER>  <CENTER>Qui regarde &agrave; ses pieds toute la pleine vivre</CENTER>  <CENTER>Comme un sage qui r&ecirc;ve attentif &agrave; son livre. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'&eacute;t&eacute;, lorsque le jour est par midi frapp&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Lorsque la lassitude a tout envelopp&eacute;,</CENTER>  <CENTER>A l'heure o&ugrave; l'andalouse et l'oiseau font la sieste,</CENTER>  <CENTER>Jamais le faon peureux, tapi dans l'antre agreste,</CENTER>  <CENTER>Ne te vois, &agrave; pas lents, loin de l'homme importun,</CENTER>  <CENTER>Grave, et comme ayant peur de r&eacute;veiller quelqu'un,</CENTER>  <CENTER>Errer dans les for&ecirc;ts t&eacute;n&eacute;breuses et douces</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le silence dort sur le velours des mousses. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que te fais tout cela? Les nuages des cieux,</CENTER>  <CENTER>La verdure et l'azur sont l'ennui de tes yeux.</CENTER>  <CENTER>Tu n'est pas de ces fous qui vont, et qui s'en vantent,</CENTER>  <CENTER>Tendant partout l'oreille aux voix qui partout chantent,</CENTER>  <CENTER>Rendant au Seigneur d'avoir fait le printemps,</CENTER>  <CENTER>Qui ramasse un nid, ou contemple longtemps</CENTER>  <CENTER>Quelque noir champignon, monstre &eacute;trange de l'herbe.</CENTER>  <CENTER>Toi, comme un sac d'argent, tu vois passer la gerbe.</CENTER>  <CENTER>Ta futaie, en avril, sous ses bras plus nombreux</CENTER>  <CENTER>A l'air de r&eacute;clamer bien des pas amoureux,</CENTER>  <CENTER>Bien des coeurs soupirants, bien des t&ecirc;tes pensives; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toi qui jouis aussi sous ses branches massives,</CENTER>  <CENTER>Tu songes, calculant le taillis qui s'accro&icirc;t,</CENTER>  <CENTER>Que Paris, ce vieillard qui, l'hiver, a si froid,</CENTER>  <CENTER>Attend, sous ses vieux quais perc&eacute;s de rampes neuves,</CENTER>  <CENTER>Ces longs serpents de bois qui descendent les fleuves!</CENTER>  <CENTER>Ton regard voit, tandis que ton oeil flotte au loin,</CENTER>  <CENTER>Les bl&eacute;s d'or en farine et la prairie en foin;</CENTER>  <CENTER>Pour toi le laboureur est un rustre qu'on paie;</CENTER>  <CENTER>Pour toi toute fum&eacute;e ondulant, noire ou gaie,</CENTER>  <CENTER>Sur le clair paysage, est un foyer impur</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'on cuit quelque viande &agrave; l'angle d'un vieux mur.</CENTER>  <CENTER>Quand le soir tend le ciel de ses moires ardentes</CENTER>  <CENTER>Au dos d'un fort cheval assis, jambes pendantes,</CENTER>  <CENTER>Quand les bouviers h&acirc;l&eacute;s, de leur bras vigoureux</CENTER>  <CENTER>Pique tes boeufs g&eacute;ants qui par le chemin creux</CENTER>  <CENTER>Se h&acirc;tent p&ecirc;le-m&ecirc;le et s'en vont &agrave; la cr&egrave;che,</CENTER>  <CENTER>Toi, devant ce tableau tu r&ecirc;ves &agrave; la br&egrave;che</CENTER>  <CENTER>Qu'il faudra r&eacute;parer, en vendant tes silos,</CENTER>  <CENTER>Dans ta rente qui tremble aux pas de don Carlos!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Au cr&eacute;puscule, apr&egrave;s un long jour monotone,</CENTER>  <CENTER>Tu t'enferme chez toi. Les ti&egrave;des nuits d'automne</CENTER>  <CENTER>Versent leur chaste haleine aux coteaux velout&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>Tu n'en sais rien. D'ailleurs, qu'importe! A tes c&ocirc;t&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Belles, leur bruns cheveux appliqu&eacute;s sur les tempes,</CENTER>  <CENTER>Fronts roses empourpr&eacute;s par le reflet des lampes,</CENTER>  <CENTER>Des femmes aux yeux purs sont assises, formant</CENTER>  <CENTER>Un cercle frais qui borde et cause doucement;</CENTER>  <CENTER>Toutes, dans leurs discours o&ugrave; rien n'ose appara&icirc;tre,</CENTER>  <CENTER>Cachant leurs voeux, leur &acirc;mes et leur coeur que peut-&ecirc;tre</CENTER>  <CENTER>Embaume un vague amour, fleur qu'on ne cueille pas,</CENTER>  <CENTER>Parfum qu'on sentirait en se baissant tout bas.</CENTER>  <CENTER>Tu n'en sais rien. Tu fais, parmi ces &eacute;l&eacute;gies,</CENTER>  <CENTER>Tomber ton froid sourire, o&ugrave;, sous quatre bougies,</CENTER>  <CENTER>D'autres hommes et toi, dans un coin attabl&eacute;s</CENTER>  <CENTER>Autour d'un tapis vert, bruyants, vous querellez</CENTER>  <CENTER>Les caprices du whist, du brelan ou de l'hombre.</CENTER>  <CENTER>La fen&ecirc;tre est pourtant pleine de lune et d'ombre! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O risible insens&eacute;! vraiment, je te le dis,</CENTER>  <CENTER>Cette terre, ces pr&eacute;s, ces vallons arrondis,</CENTER>  <CENTER>Nids de feuilles et d'herbe o&ugrave; jasent les villages,</CENTER>  <CENTER>Ces bl&eacute;s o&ugrave; les moineaux ont leurs joyeux pillages,</CENTER>  <CENTER>Ces champs qui, l'hiver m&ecirc;me, ont d'aust&egrave;res appas,</CENTER>  <CENTER>Ne t'appartiennent point: tu ne les comprends pas.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Vois-tu, tous les passants, les enfants, les po&egrave;tes,</CENTER>  <CENTER>Sur qui ton bois r&eacute;pand ses ombres inqui&egrave;tes,</CENTER>  <CENTER>Le pauvre jeune peintre &eacute;pris de ciel et d'air,</CENTER>  <CENTER>L'amant plein d'un seul nom, le sage au coeur amer,</CENTER>  <CENTER>Qui viennent rafra&icirc;chir dans cette solitude,</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! l'un son amour et l'autre son &eacute;tude,</CENTER>  <CENTER>Tous ceux qui, savourant la beaut&eacute; de ce lieu,</CENTER>  <CENTER>Aiment, en quittant l'homme, &agrave; s'approcher de Dieu,</CENTER>  <CENTER>Et qui, laissant ici le bruit vague et morose</CENTER>  <CENTER>Des troubles de leur &acirc;me, y prennent quelque chose</CENTER>  <CENTER>De l'immense repos de la cr&eacute;ation,</CENTER>  <CENTER>Tous ces hommes, sans or et sans ambition,</CENTER>  <CENTER>Et dont le pied poudreux ou tout mouill&eacute; par l'herbe</CENTER>  <CENTER>Te fait rire emport&eacute; par ton landau superbe,</CENTER>  <CENTER>Sont dans ce parc touffu, que tu crois sous ta loi,</CENTER>  <CENTER>Plus riches, plus chez eux, plus les ma&icirc;tres que toi,</CENTER>  <CENTER>Quoique de leur for&ecirc;t que ta main grille et mure</CENTER>  <CENTER>Tu puisses couper l'ombre et vendre le murmure!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour eux rien n'est st&eacute;rile en ces asiles frais.</CENTER>  <CENTER>Pour qui les sait cueillir tout a des dons secrets.</CENTER>  <CENTER>De partout sort un flot de sagesse abondante.</CENTER>  <CENTER>L'esprit qu'a d&eacute;sert&eacute; la passion grondante,</CENTER>  <CENTER>M&eacute;dite &agrave; l'arbre mort, aux d&eacute;bris du vieux pont.</CENTER>  <CENTER>Tout objet dont le bois se compose r&eacute;pond</CENTER>  <CENTER>A quelque objet pareil dans la for&ecirc;t de l'&acirc;me.</CENTER>  <CENTER>Un feu de p&acirc;tre &eacute;teint parle &agrave; l'amour en flamme.</CENTER>  <CENTER>Tout donne des conseils au penseur, jeune ou vieux.</CENTER>  <CENTER>On se pique aux chardons ainsi qu'aux envieux;</CENTER>  <CENTER>La feuille invite &agrave; cro&icirc;tre; et l'onde, en coulant vite,</CENTER>  <CENTER>Avertit qu'on se h&acirc;te et que l'heure nous quitte.</CENTER>  <CENTER>Pour eux rien n'est muet, rien n'est froid, rien n'est mort.</CENTER>  <CENTER>Un peu de plume en sang leur &eacute;veille un remord;</CENTER>  <CENTER>Les sources sont des pleurs; la fleur qui boit aux fleuves,</CENTER>  <CENTER>Leur dit: Souvenez-vous, &ocirc; pauvres &acirc;mes veuves! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour eux l'antre profond cache un songe &eacute;toil&eacute;;</CENTER>  <CENTER>Et la nuit, sous l'azur d'un beau ciel constell&eacute;,</CENTER>  <CENTER>L'arbre sur ses rameaux, comme &agrave; travers ses branches,</CENTER>  <CENTER>Leur montre l'astre d'or et les colombes blanches,</CENTER>  <CENTER>Choses douces aux coeurs par le malheur ploy&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Car l'oiseau dit: Aimez! et l'&eacute;toile: Croyez!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Voil&agrave; ce que chez toi verse aux &acirc;mes souffrantes</CENTER>  <CENTER>La chaste obscurit&eacute; des branches murmurantes!</CENTER>  <CENTER>Mais toi, qu'en fais tu? dis. - Tous les ans, en flots d'or,</CENTER>  <CENTER>Ce murmure, cette ombre, ineffable tr&eacute;sor,</CENTER>  <CENTER>Ces bruits de vent qui joue et d'arbre qui tressaille,</CENTER>  <CENTER>Vont s'enfouir au fond de ton coffre qui b&acirc;ille;</CENTER>  <CENTER>Et tu changes ces bois o&ugrave; l'amour s'enivra,</CENTER>  <CENTER>Toute cette nature, en loge &agrave; l'op&eacute;ra!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Encor si la musique arrivait &agrave; ton &acirc;me!</CENTER>  <CENTER>Mais entre l'art et toi l'or met son mur inf&acirc;me.</CENTER>  <CENTER>L'esprit qui comprend l'art comprend le reste aussi.</CENTER>  <CENTER>Tu vas donc dormir l&agrave;! sans te douter qu'ainsi</CENTER>  <CENTER>Que tous ces verts tr&eacute;sors que d&eacute;vore ta bourse,</CENTER>  <CENTER>Gluck est une for&ecirc;t et Mozart une source.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu dors; et quand parfois la mode, en souriant,</CENTER>  <CENTER>Te dit: Admire, riche! alors, joyeux, criant,</CENTER>  <CENTER>Tu surgis, demandant comment l'auteur se nomme,</CENTER>  <CENTER>Pourvu que toutefois la muse soit un homme!</CENTER>  <CENTER>Car tu te roidiras dans ton &eacute;trange orgueil</CENTER>  <CENTER>Si l'on t'apporte, un soir, quelque musique en deuil,</CENTER>  <CENTER>Urne que la pens&eacute;e a chauff&eacute;e &agrave; sa flamme,</CENTER>  <CENTER>Beau vase o&ugrave; s'est vers&eacute; tout le coeur d'une femme.</CENTER><BR>  <P>   <CENTER>O seigneur malvenu de ce superbe lieu!</CENTER>  <CENTER>Caillou vil incrust&eacute; dans ces rubis en feu!</CENTER>  <CENTER>Ma&icirc;tre pour qui ces champs sont pleins de sourdes haines!</CENTER>  <CENTER>Gui parasite enfl&eacute; de la s&egrave;ve des ch&ecirc;nes!</CENTER>  <CENTER>Pauvre riche! - Vis donc, puisque cela pour toi</CENTER>  <CENTER>C'est vivre. Vis sans coeur, sans pens&eacute;e et sans foi.</CENTER>  <CENTER>Vis pour l'or, chose vile, et l'orgueil, chose vaine.</CENTER>  <CENTER>V&eacute;g&egrave;te, toi qui n'as que du sang dans la veine,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toi qui ne sens pas Dieu fr&eacute;mir dans le roseau,</CENTER>  <CENTER>Regarder dans l'aurore et chanter dans l'oiseau!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Car, - et bien que tu sois celui qui rit aux belles</CENTER>  <CENTER>Et, le soir, se r&eacute;crie aux romances nouvelles, -</CENTER>  <CENTER>Dans les coteaux penchants o&ugrave; fument les hameaux,</CENTER>  <CENTER>Pr&egrave;s des lacs, pr&egrave;s des fleurs, sous les larges rameaux,</CENTER>  <CENTER>Dans tes propres jardins, tu vas aussi stupide,</CENTER>  <CENTER>Aussi peu clairvoyant dans ton instinct cupide,</CENTER>  <CENTER>Aussi sourd &agrave; la vie &agrave; l'harmonie, aux voix,</CENTER>  <CENTER>Qu'un loup sauvage errant au milieu des grands bois!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>22 mai 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XX"></A> <CENTER><B>XX<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Regardez: les enfants se sont assis en rond.</CENTER>  <CENTER>Leur m&egrave;re est &agrave; cot&eacute;, leur m&egrave;re au jeune front</CENTER>  <CENTER>Qu'on prend pour une soeur a&icirc;n&eacute;e;</CENTER>  <CENTER>Inqui&egrave;te, au milieu de leurs jeux ing&eacute;nus,</CENTER>  <CENTER>De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus</CENTER>  <CENTER>Dans l'urne de la destin&eacute;e. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pr&egrave;s d'elle na&icirc;t leur rire et finissent leurs pleurs,</CENTER>  <CENTER>Et son coeur est si pur et si pareil aux leurs.</CENTER>  <CENTER>Et sa lumi&egrave;re est si choisie,</CENTER>  <CENTER>Qu'en passant &agrave; travers les rayons de ses jours,</CENTER>  <CENTER>La vie aux mille soins, laborieux et lourds,</CENTER>  <CENTER>Se transfigure en po&eacute;sie! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Toujours elle les suit, veillant et regardant,</CENTER>  <CENTER>Soit que janvier rassemble au coin de l'&acirc;tre ardent</CENTER>  <CENTER>Leur joie aux plaisirs occup&eacute;e;</CENTER>  <CENTER>Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau,</CENTER>  <CENTER>Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; tombe une ombre d&eacute;coup&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Parfois, lorsque, passant pr&egrave;s d'eux, un indigent</CENTER>  <CENTER>Contemple avec envie un beau hochet d'argent</CENTER>  <CENTER>Que sa faim d&eacute;vorante admire,</CENTER>  <CENTER>La m&egrave;re est l&agrave;; pour faire, au nom du Dieu vivant,</CENTER>  <CENTER>Du hochet une aum&ocirc;ne, un ange de l'enfant,</CENTER>  <CENTER>Il ne lui faut qu'un doux sourire! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et moi qui, m&egrave;re, enfants, les vois tous sous mes yeux,</CENTER>  <CENTER>Tandis qu'aupr&egrave;s de moi les petits sont joyeux</CENTER>  <CENTER>Comme des oiseaux sur les gr&egrave;ves,</CENTER>  <CENTER>Mon coeur gronde et bouillonne, et je sens lentement,</CENTER>  <CENTER>Couvercle soulev&eacute; par un flot &eacute;cumant,</CENTER>  <CENTER>S'entr'ouvrir mon front plein de r&ecirc;ves.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>12 juin 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXI"></A> <CENTER><B>XXI<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Dans ce jardin antique o&ugrave; les grandes all&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Passent sous les tilleuls si chastes, si voil&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Que toute fleur qui s'ouvre y semble un encensoir,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave;, marquant tous ses pas de l'aube jusqu'au soir,</CENTER>  <CENTER>L'heure met tour &agrave; tour dans les vases de marbre</CENTER>  <CENTER>Les rayons du soleil et les ombres de l'arbre,</CENTER>  <CENTER>Anges, vous le savez, oh! comme avec amour,</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;veur, je regardais dans la clart&eacute; du jour</CENTER>  <CENTER>Jouer l'oiseau qui vole et la branche qui plie,</CENTER>  <CENTER>Et de quels doux pensers mon &acirc;me &eacute;tait remplie,</CENTER>  <CENTER>Tandis que l'humble enfant dont je baise le front,</CENTER>  <CENTER>Avec son pas joyeux pressant mon pas moins prompt,</CENTER>  <CENTER>Marchait en m'entra&icirc;nant vers la grotte o&ugrave; le lierre</CENTER>  <CENTER>Met une barbe verte au vieux fleuve de pierre!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>20 f&eacute;vrier 1837 <BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXII"></A> <CENTER><B>XXII<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A des oiseaux envol&eacute;s <BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Enfants! - Oh! revenez! tout &agrave; l'heure, imprudent,</CENTER>  <CENTER>je vous ai de ma chambre exil&eacute;s en grondant,</CENTER>  <CENTER>Rauque et tout h&eacute;riss&eacute; de paroles morose.</CENTER>  <CENTER>Et qu'aviez-vous donc fait, bandits aux l&egrave;vres roses?</CENTER>  <CENTER>Quel crime? Quel exploit? Quel forfait insens&eacute;?</CENTER>  <CENTER>Quel vase du japon en mille &eacute;clats bris&eacute;?</CENTER>  <CENTER>Quel vieux portrait crev&eacute;? Quel beau missel gothique</CENTER>  <CENTER>Enrichi par vos mains d'un dessin fantastique?</CENTER>  <CENTER>Non, rien de tout cela. Vous aviez seulement,</CENTER>  <CENTER>Ce matin, rest&eacute;s seuls dans ma chambre un moment,</CENTER>  <CENTER>Pris, parmi ces papiers que mon esprit colore,</CENTER>  <CENTER>Quelques vers, groupe informe, embryons pr&egrave;s d'&eacute;clore,</CENTER>  <CENTER>Puis vous les aviez mis, prompts &agrave; vous accorder,</CENTER>  <CENTER>Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder</CENTER>  <CENTER>Dans une cendre noire errer de nocturnes nacelles, </CENTER>  <CENTER>Ou comme, de fen&ecirc;tre en fen&ecirc;tre, on peut voir</CENTER>  <CENTER>Des lumi&egrave;res courir dans les maisons le soir.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Voil&agrave; tout. Vous jouiez et vous croyiez bien faire. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Belle perte, en effet! beau sujet de col&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Une strophe, mal n&eacute;e au doux bruit de vos jeux,</CENTER>  <CENTER>Qui remuait les mots d'un vol trop orageux!</CENTER>  <CENTER>Une ode qui chargeait d'une rime gonfl&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Sa stance paresseuse en marchant essouffl&eacute;e!</CENTER>  <CENTER>De lourds alexandrins l'un sur l'autre enjambant</CENTER>  <CENTER>Comme des &eacute;coliers qui sortent de leur banc!</CENTER>  <CENTER>Un autre e&ucirc;t dit: - Merci! Vous &ocirc;tez une proie</CENTER>  <CENTER>Au feuilleton m&eacute;chant qui bondissait de joie </CENTER>  <CENTER>Et d'avance poussait des rires infernaux</CENTER>  <CENTER>Dans l'antre qu'il se creuse au bas des grands journaux</CENTER>  <CENTER>Moi, je vous ai grond&eacute;s. Tort grave et ridicule!</CENTER>  <CENTER>Nains charmants que n'e&ucirc;t pas voulu f&acirc;cher Hercule,</CENTER>  <CENTER>Moi, je vous ai fait peur. J'ai, r&ecirc;veur triste et dur, </CENTER>  <CENTER>Recul&eacute; brusquement ma chaise jusqu'au mur, </CENTER>  <CENTER>Et, vous jetant ces noms dont l'envieux vous nomme,</CENTER>  <CENTER>J'ai dit: - Allez-vous-en! laissez-moi seul! - Pauvre homme!</CENTER>  <CENTER>Seul! le beau r&eacute;sultat! le beau triomphe! seul! </CENTER>  <CENTER>Comme on oublie un mort roul&eacute; dans son linceul,</CENTER>  <CENTER>Vous m'avez laiss&eacute; l&agrave;, l'oeil fix&eacute; sur ma porte,</CENTER>  <CENTER>Hautain, grave et puni. - Mais vous, que vous importe!</CENTER>  <CENTER>Vous avez retrouv&eacute; dehors la libert&eacute;, </CENTER>  <CENTER>Le grand air, le beau parc, le gazon souhait&eacute;, </CENTER>  <CENTER>L'eau courante o&ugrave; l'on jette une herbe &agrave; l'aventure, </CENTER>  <CENTER>Le ciel bleu, le printemps, la sereine nature,</CENTER>  <CENTER>Ce livre des oiseaux et des boh&eacute;miens,</CENTER>  <CENTER>Ce po&egrave;me de Dieu qui vaut mieux que les miens,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'enfant peut cueillir la fleur, strophe vivante,</CENTER>  <CENTER>Sans qu'une grosse voix tout &agrave; coup l'&eacute;pouvante! </CENTER>  <CENTER>Moi, je suis rest&eacute; seul, toute joie ayant fui,</CENTER>  <CENTER>Seul avec ce p&eacute;dant qu'on appelle l'ennui.</CENTER>  <CENTER>Car, depuis le matin assis dans l'antichambre, </CENTER>  <CENTER>Ce docteur, n&eacute; dans Londre, un dimanche, en d&eacute;cembre,</CENTER>  <CENTER>Qui ne vous aime pas, &ocirc; mes pauvres petits,</CENTER>  <CENTER>Attendait pour entrer que vous fussiez sortis.</CENTER>  <CENTER>Dans l'angle o&ugrave; vous jouiez il est l&agrave; qui soupire,</CENTER>  <CENTER>Et je le vois b&acirc;iller, moi qui vous voyais rire! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que faire? lire un livre? oh non! - Dicter des vers?</CENTER>  <CENTER>A quoi bon? - Emaux bleus ou blancs, c&eacute;ladons verts,</CENTER>  <CENTER>Sph&egrave;re qui fait tourner tout le ciel sur son axe,</CENTER>  <CENTER>Les beaux insectes peints sur mes tasses de Saxe,</CENTER>  <CENTER>Tout m'ennuie, et je pense &agrave; vous. En v&eacute;rit&eacute;, </CENTER>  <CENTER>Vous partis, j'ai perdu le soleil, la ga&icirc;t&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Le bruit joyeux qui fait qu'on r&ecirc;ve, le d&eacute;lire</CENTER>  <CENTER>De voir le tout petit s'aider du doigt pour lire,</CENTER>  <CENTER>Les fronts pleins de candeur qui disent toujours oui, </CENTER>  <CENTER>L'&eacute;clat de rire franc, sinc&egrave;re, &eacute;panoui, </CENTER>  <CENTER>Qui met subitement des perles sur les l&egrave;vres,</CENTER>  <CENTER>Les beaux grands yeux na&iuml;fs admirant mon vieux S&egrave;vres,</CENTER>  <CENTER>La curiosit&eacute; qui cherche &agrave; tour savoir, </CENTER>  <CENTER>Et les coudes qu'on pousse en disant: Viens donc voir! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! certes, les esprits, les sylphes et les f&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Que le vent dans ma chambre apporte par bouff&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Les gnomes accroupis l&agrave;-haut, pr&egrave;s du plafond,</CENTER>  <CENTER>Dans les angles obscurs que mes vieux livres font,</CENTER>  <CENTER>Les lutins familiers, nains &agrave; la longue &eacute;chine,</CENTER>  <CENTER>Qui parlent dans les coins &agrave; mes vases de Chine.</CENTER>  <CENTER>Tout l'invisible essaim de ces d&eacute;mons joyeux</CENTER>  <CENTER>A d&ucirc; rire aux &eacute;clats, quand l&agrave;, devant leurs yeux,</CENTER>  <CENTER>Ils vous ont vus saisir dans la bo&icirc;te aux &eacute;bauches</CENTER>  <CENTER>Ces hexam&egrave;tres nus, boiteux, difformes, gauches,</CENTER>  <CENTER>Les tra&icirc;ner au grand jour, pauvres hiboux f&acirc;ch&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Et puis, battant des mains, autour du feu pench&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>De tout ces corps hideux soudain tirant une &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Avec ces vers si laids faire une belle flamme!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Espi&egrave;gles radieux que j'ai fait envoler,</CENTER>  <CENTER>Oh! revenez ici chanter, danser, parler,</CENTER>  <CENTER>Tant&ocirc;t, groupe fol&acirc;tre, ouvrir un gros volume,</CENTER>  <CENTER>Tant&ocirc;t courir, pousser mon bras qui tient ma plume,</CENTER>  <CENTER>Et faire dans le vers que je viens retoucher</CENTER>  <CENTER>Saillir soudain un angle aigu comme un clocher</CENTER>  <CENTER>Qui perce tout &agrave; coup un horizon de plaines.</CENTER>  <CENTER>Mon &acirc;me se r&eacute;chauffe &agrave; vos douces haleines.</CENTER>  <CENTER>Revenez pr&egrave;s de moi, souriant de plaisir,</CENTER>  <CENTER>Bruire et gazouiller, et sans peur obscurcir</CENTER>  <CENTER>Le vieux livre o&ugrave; je lis de vos ombres pench&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Folles t&ecirc;tes d'enfants! ga&icirc;t&eacute;s effarouch&eacute;es! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'en conviens, j'avais tort, et vous aviez raison.</CENTER>  <CENTER>Mais qui n'a quelquefois grond&eacute; hors de saison?</CENTER>  <CENTER>Il faut &ecirc;tre indulgent. Nous avons nos mis&egrave;res.</CENTER>  <CENTER>Les petits pour les grands ont tort d'&ecirc;tre s&eacute;v&egrave;res.</CENTER>  <CENTER>Enfants! chaque matin, votre &acirc;me avec amour</CENTER>  <CENTER>S'ouvre &agrave; la joie ainsi que la fen&ecirc;tre au jour.</CENTER>  <CENTER>Beau miracle, vraiment, que l'enfant, gai sans cesse,</CENTER>  <CENTER>Ayant tout le bonheur, ait toute la sagesse!</CENTER>  <CENTER>Le destin vous caresse en vos commencements.</CENTER>  <CENTER>Vous n'avez qu'&agrave; jouer et vous &ecirc;tes charmants. </CENTER>  <CENTER>Mais nous, nous qui pensons, nous qui vivons, nous somme</CENTER>  <CENTER>Hargneux, tristes, mauvais, &ocirc; mes chers petits hommes! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On a ses jours d'humeur, de d&eacute;raison, d'ennui.</CENTER>  <CENTER>Il pleuvait ce matin. Il fait froid aujourd'hui.</CENTER>  <CENTER>Un nuage mal fait dans le ciel tout &agrave; l'heure</CENTER>  <CENTER>A pass&eacute;. Que nous veut cette cloche qui pleure?</CENTER>  <CENTER>Puis on a dans le coeur quelque remords. Voil&agrave;</CENTER>  <CENTER>Ce qui nous rend m&eacute;chants. Vous saurez tout cela,</CENTER>  <CENTER>Quand l'&acirc;ge &agrave; votre tour ternira vos visages,</CENTER>  <CENTER>Quand vous serez plus grands, c'est-&agrave;-dire moins sages.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'ai donc eu tort. C'est dit. Mais c'est assez punir,</CENTER>  <CENTER>Mais il faut pardonner, mais il faut revenir.</CENTER>  <CENTER>voyons, faisons la paix, je vous prie &agrave; mains jointes.</CENTER>  <CENTER>Tenez, crayons, papiers, mon vieux compas sans pointes,</CENTER>  <CENTER>Mes laques et mes gr&egrave;s, qu'une vitre d&eacute;fend,</CENTER>  <CENTER>Tous ces hochets de l'homme envi&eacute;s par l'enfant,</CENTER>  <CENTER>Mes gros chinois ventrus faits comme des concombres,</CENTER>  <CENTER>Mon vieux tableau trouv&eacute; sous d'antiques d&eacute;combres,</CENTER>  <CENTER>Je vous livrerai tout, vous toucherez &agrave; tout!</CENTER>  <CENTER>Vous pourrez sur ma table &ecirc;tre assis ou debout,</CENTER>  <CENTER>Et chanter, et tra&icirc;ner, sans que je me r&eacute;crie,</CENTER>  <CENTER>Mon grand fauteuil de ch&ecirc;ne et de tapisserie,</CENTER>  <CENTER>Et sur mon banc sculpt&eacute; jeter tous &agrave; la fois</CENTER>  <CENTER>Vos jouets anguleux qui d&eacute;chirent le bois!</CENTER>  <CENTER>Je vous laisserai m&ecirc;me, et ga&icirc;ment, et sans crainte,</CENTER>  <CENTER>O prodige! en vos mains tenir ma bible peinte,</CENTER>  <CENTER>Que vous n'avez touch&eacute;e encor qu'avec terreur,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'on voit Dieu le p&egrave;re en habit d'empereur! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et puis, br&ucirc;lez les vers dont ma table est sem&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Si vous tenez &agrave; voir ce qu'ils font de fum&eacute;e!</CENTER>  <CENTER>Br&ucirc;lez ou d&eacute;chirez! - Je serais moins cl&eacute;ment</CENTER>  <CENTER>Si c'&eacute;tait chez M&eacute;ry, le po&egrave;te charmant,</CENTER>  <CENTER>Que Marseille la grecque, heureuse et noble ville,</CENTER>  <CENTER>Blonde fille d'Hom&egrave;re, a fait fils de Virgile.</CENTER>  <CENTER>Je vous dirais: - &quot;Enfants, ne touchez que des yeux</CENTER>  <CENTER>A ces vers qui demain s'envoleront aux cieux.</CENTER>  <CENTER>Ces papiers, c'est le nid, retraite caress&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; du po&egrave;te ail&eacute; rampe encor la pens&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Oh! n'en approchez pas! car les vers nouveau-n&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Au manuscrit natal encore emprisonn&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Souffrent entre vos mains innocemment cruelles.</CENTER>  <CENTER>Vous leur blessez le pied, vous leur froissez les ailes;</CENTER>  <CENTER>Et, sans vous en douter, vous leur faites ces maux</CENTER>  <CENTER>Que les petits enfants font aux petits oiseaux.&quot; -</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais qu'importe les miens! - Toute ma po&eacute;sie,</CENTER>  <CENTER>C'est vous, et mon esprit suit votre fantaisie.</CENTER>  <CENTER>Vous &ecirc;tes les reflets et les rayonnements</CENTER>  <CENTER>Dont j'&eacute;claire mon vers si sombre par moments.</CENTER>  <CENTER>Enfants, vous dont la vie est faite d'esp&eacute;rance,</CENTER>  <CENTER>Enfants, vous dont la joie est faite d'ignorance,</CENTER>  <CENTER>Vous n'avez pas souffert et vous ne savez pas,</CENTER>  <CENTER>Quand la pens&eacute;e en nous a march&eacute; pas &agrave; pas,</CENTER>  <CENTER>Sur le po&egrave;te morne et fatigu&eacute; d'&eacute;crire</CENTER>  <CENTER>Quelle douce chaleur r&eacute;pand votre sourire!</CENTER>  <CENTER>Combien il a besoin, quand sa t&ecirc;te se rompt,</CENTER>  <CENTER>De la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; qui luit sur votre front;</CENTER>  <CENTER>Et quel enchantement l'enivre et le fascine,</CENTER>  <CENTER>Quand le charmant hasard de quelque cour voisine,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; vous vous &eacute;battez sous un arbre penchant,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;le vos joyeux cris &agrave; son douloureux chant! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Revenez donc, h&eacute;las! revenez dans mon ombre,</CENTER>  <CENTER>Si vous ne voulez pas que je sois triste et sombre,</CENTER>  <CENTER>Pareil, dans l'abandon o&ugrave; vous m'avez laiss&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Au p&ecirc;cheur d'Etretat, d'un long hiver lass&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Qui m&eacute;dite appuy&eacute; sur son coude, et s'ennuie</CENTER>  <CENTER>De voir &agrave; sa fen&ecirc;tre un ciel ray&eacute; de pluie.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>23 avril 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXIII"></A> <CENTER><B>XXIII<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>A quoi je songe? - H&eacute;las! loin du toit o&ugrave; vous &ecirc;tes,</CENTER>  <CENTER>Enfants, je songe &agrave; vous! &agrave; vous, mes jeunes t&ecirc;tes,</CENTER>  <CENTER>Espoir de mon &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; penchant et m&ucirc;r,</CENTER>  <CENTER>Rameaux dont, tous les ans, l'ombre cro&icirc;t sur mon mur,</CENTER>  <CENTER>Douces &acirc;mes &agrave; peine au jour &eacute;panouies,</CENTER>  <CENTER>Des rayons de votre aube encor tout &eacute;blouies!</CENTER>  <CENTER>Je songe aux deux petits qui pleurent en riant,</CENTER>  <CENTER>Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant,</CENTER>  <CENTER>Comme deux jeunes fleures qui se heurtent entre elles,</CENTER>  <CENTER>Leurs jeux charmants m&ecirc;l&eacute;s de charmantes querelles!</CENTER>  <CENTER>Et puis, p&egrave;re inquiet, je r&ecirc;ve aux deux a&icirc;n&eacute;s</CENTER>  <CENTER>Qui s'avancent d&eacute;j&agrave; de plus de flot baign&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Laissant pencher parfois leur t&ecirc;te encor na&iuml;ve,</CENTER>  <CENTER>L'un d&eacute;j&agrave; curieux, l'autre d&eacute;j&agrave; pensive!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Seul et triste au milieu des chants des matelots,</CENTER>  <CENTER>Le soir, sous la falaise, &agrave; cette heure o&ugrave; les flots,</CENTER>  <CENTER>S'ouvrant et se fermant comme autant de narines,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;lent au vent des cieux mille haleines marines,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'on entend dans l'air d'ineffables &eacute;chos</CENTER>  <CENTER>Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux,</CENTER>  <CENTER>Ainsi je songe! - &agrave; vous, enfants, maisons, famille,</CENTER>  <CENTER>A la table qui rit, au foyer qui p&eacute;tille,</CENTER>  <CENTER>A tous les soins pieux que r&eacute;pandent sur vous</CENTER>  <CENTER>Votre m&egrave;re si tendre et votre a&iuml;eul si doux!</CENTER>  <CENTER>Et tandis qu'&agrave; mes pieds s'&eacute;tend, couvert de voiles,</CENTER>  <CENTER>Le limpide oc&eacute;an, ce miroir des &eacute;toiles,</CENTER>  <CENTER>Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux</CENTER>  <CENTER>De l'infini des mers &agrave; l'infini des cieux,</CENTER>  <CENTER>Moi, r&ecirc;vant &agrave; vous seuls, je contemple et je sonde</CENTER>  <CENTER>L'amour que j'ai pour vous dans mon &acirc;me profonde,</CENTER>  <CENTER>Amour doux et puissant qui toujours m'est rest&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Et cette grande mer est petite &agrave; c&ocirc;t&eacute;! </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>15 juillet 1837. - F&eacute;camp. - Ecrit au bord de la mer.<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXIV"></A> <CENTER><B>XXIV<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Quels sont ces bruits sourds?</CENTER>  <CENTER>Ecoutez vers l'onde</CENTER>  <CENTER>Cette voix profonde</CENTER>  <CENTER>Qui pleure toujours</CENTER>  <CENTER>Et qui toujours gronde,</CENTER>  <CENTER>Quoiqu'un son plus clair</CENTER>  <CENTER>Parfois l'interrompe... -</CENTER>  <CENTER>Le vent de la mer</CENTER>  <CENTER>Souffle dans sa trompe.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Comme il pleut ce soir!</CENTER>  <CENTER>N'est-ce pas, mon h&ocirc;te?</CENTER>  <CENTER>L&agrave;-bas, &agrave; la c&ocirc;te,</CENTER>  <CENTER>Le ciel est bien noir,</CENTER>  <CENTER>La mer est bien haute!</CENTER>  <CENTER>On dirait l'hiver;</CENTER>  <CENTER>Parfois on s'y trompe... -</CENTER>  <CENTER>Le vent de la mer </CENTER>  <CENTER>Souffle dans sa trompe.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! marins perdus!</CENTER>  <CENTER>Au loin, dans cette ombre</CENTER>  <CENTER>Sur la nef qui sombre,</CENTER>  <CENTER>Que de bras tendus</CENTER>  <CENTER>Vers la terre sombre!</CENTER>  <CENTER>Pas d'ancre de fer </CENTER>  <CENTER>Que le flot ne rompe. -</CENTER>  <CENTER>Le vent de la mer </CENTER>  <CENTER>Souffle dans sa trompe.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nochers imprudents!</CENTER>  <CENTER>Le vent dans la voile</CENTER>  <CENTER>D&eacute;chire la toile </CENTER>  <CENTER>Comme avec les dents!</CENTER>  <CENTER>L&agrave;-haut pas d'&eacute;toile!</CENTER>  <CENTER>L'un lutte avec l'air,</CENTER>  <CENTER>L'autre est &agrave; la pompe. -</CENTER>  <CENTER>Le vent de la mer</CENTER>  <CENTER>Souffle dans sa trompe.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est toi, c'est ton feu</CENTER>  <CENTER>Que le nocher r&ecirc;ve,</CENTER>  <CENTER>Quand le flot s'&eacute;l&egrave;ve,</CENTER>  <CENTER>Chandelier que Dieu</CENTER>  <CENTER>Pose sur la gr&egrave;ve,</CENTER>  <CENTER>Phare au rouge &eacute;clair</CENTER>  <CENTER>Que la brume estompe!</CENTER>  <CENTER>Le vent de la mer</CENTER>  <CENTER>Souffle dans sa trompe </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>17 juillet 1836<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXV"></A> <CENTER><B>XXV<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Tentanda via est<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Ne vous effrayez pas, douce m&egrave;re inqui&egrave;te</CENTER>  <CENTER>Dont la bont&eacute; partout dans la maison s'&eacute;miette,</CENTER>  <CENTER>De le voir si petit, si grave et si pensif.</CENTER>  <CENTER>Comme un pauvre oiseau blanc qui, seul sur un r&eacute;cif,</CENTER>  <CENTER>Voit l'oc&eacute;an vers lui monter du fond de l'ombre,</CENTER>  <CENTER>Il regarde d&eacute;j&agrave; la vie immense et sombre.</CENTER>  <CENTER>Il r&ecirc;ve de le voir s'avancer pas &agrave; pas.</CENTER>  <CENTER>O m&egrave;re au coeur divin, ne vous effrayez pas,</CENTER>  <CENTER>Vous en qui, - tant votre &acirc;me est un charmant m&eacute;lange! -</CENTER>  <CENTER>L'ange voit un enfant et l'enfant voit un ange.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Allons, m&egrave;re, sans trouble et d'un air triomphant</CENTER>  <CENTER>Baisez-moi le grand front de ce petit enfant.</CENTER>  <CENTER>Ce n'est pas un savant, ce n'est pas un prodige,</CENTER>  <CENTER>C'est un songeur; tant mieux. Soyez fi&egrave;re, vous dis-je!</CENTER>  <CENTER>La m&eacute;ditation du g&eacute;nie est la soeur,</CENTER>  <CENTER>M&egrave;re, et l'enfant songeur fait un homme penseur,</CENTER>  <CENTER>Et la pens&eacute;e est tout, et la pens&eacute;e ardente</CENTER>  <CENTER>Donne &agrave; Milton le ciel, donne l'enfer &agrave; Dante!</CENTER>  <CENTER>Un jour il sera grand. L'avenir glorieux</CENTER>  <CENTER>Attend, n'en doutez pas, l'enfant myst&eacute;rieux</CENTER>  <CENTER>Qui veut savoir comment chaque chose se nomme,</CENTER>  <CENTER>Et questionne tout, un mur autant qu'un homme.</CENTER>  <CENTER>Qui sait si, ramassant &agrave; terre sans effort</CENTER>  <CENTER>Le ciseau colossal de Michel-Ange mort,</CENTER>  <CENTER>Il ne doit pas, livrant au granit des batailles,</CENTER>  <CENTER>Faire au marbre &eacute;tonn&eacute; de superbes entailles?</CENTER>  <CENTER>Ou, comme Bonaparte ou bien Fran&ccedil;ois premier,</CENTER>  <CENTER>Prendre, joueur d'&eacute;checs, l'Europe pour damier?</CENTER>  <CENTER>Qui sait s'il n'ira point, voguant &agrave; toute voile,</CENTER>  <CENTER>Ajoutant &agrave; son oeil, que l'ombre humaine voile,</CENTER>  <CENTER>L'oeil du long t&eacute;lescope au regard effrayant,</CENTER>  <CENTER>Ou l'oeil de la pens&eacute;e encor plus clairvoyant,</CENTER>  <CENTER>Saisir, dans l'azur vaste ou dans la mer profonde,</CENTER>  <CENTER>Un astre comme Herschell, comme Colomb un monde?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qui sait? Laissez grandir ce petit s&eacute;rieux.</CENTER>  <CENTER>Il ne voit m&ecirc;me pas nos regards curieux.</CENTER>  <CENTER>Peut-&ecirc;tre que d&eacute;j&agrave; ce pauvre enfant fragile</CENTER>  <CENTER>R&ecirc;ve, comme r&ecirc;vait l'enfant qui fut Virgile,</CENTER>  <CENTER>Au combat que poursuit le po&egrave;te &eacute;clatant;</CENTER>  <CENTER>Et qu'il veut, aussi lui, tenter, vaincre, et sortant</CENTER>  <CENTER>Par un chemin nouveau de la sph&egrave;re o&ugrave; nous sommes,</CENTER>  <CENTER>Voltiger, nom ail&eacute;, sur les bouches des hommes. </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>9 juin 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXVI"></A> <CENTER><B>XXVI<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; la femme coquette et belle aime &agrave; se voir,</CENTER>  <CENTER>Et, gaie ou r&ecirc;veuse, se penche;</CENTER>  <CENTER>Puis, comme la vertu, quand il a votre coeur,</CENTER>  <CENTER>Il en chasse le mal et le vice moqueur,</CENTER>  <CENTER>Et vous fait l'&acirc;me pure et blanche;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puis on descend un peu, le pied vous glisse... - Alors</CENTER>  <CENTER>C'est un ab&icirc;me! en vain la main s'attache aux bords,</CENTER>  <CENTER>On s'en va dans l'eau qui tournoie! -</CENTER>  <CENTER>L'amour est charmant, pur, et mortel. N'y crois pas!</CENTER>  <CENTER>Tel l'enfant, par un fleuve attir&eacute; pas &agrave; pas,</CENTER>  <CENTER>S'y mire, s'y lave et s'y noie.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>25 f&eacute;vrier 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXVII"></A> <CENTER><B>XXVII<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Apr&egrave;s une Lecture de Dante<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Quand le po&egrave;te peint l'enfer, il peint sa vie:</CENTER>  <CENTER>Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie;</CENTER>  <CENTER>For&ecirc;t myst&eacute;rieuse o&ugrave; ses pas effray&eacute;s</CENTER>  <CENTER>S'&eacute;garent &agrave; t&acirc;tons hors des chemins fray&eacute;s;</CENTER>  <CENTER>Noir voyage obstru&eacute; de rencontres difformes;</CENTER>  <CENTER>Spirale aux bords douteux, aux profondeurs &eacute;normes,</CENTER>  <CENTER>Dont les cercles hideux vont toujours plus avant </CENTER>  <CENTER>Dans une ombre o&ugrave; se meut l'enfer vague et vivant!</CENTER>  <CENTER>Cette rampe se perd dans la bruime ind&eacute;cise;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Au bas de chaque marche une plainte est assise, </CENTER>  <CENTER>Et l'on y voit passer avec un faible bruit</CENTER>  <CENTER>Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.</CENTER>  <CENTER>L&agrave; sont les visions, les r&ecirc;ves, les chim&egrave;res;</CENTER>  <CENTER>Les yeux que la douleur change en sources am&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>L'amour, couple enlac&eacute;, triste, et toujours br&ucirc;lant,</CENTER>  <CENTER>Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc;</CENTER>  <CENTER>Dans un coin la vengeance et la faim, soeurs impies,</CENTER>  <CENTER>Sur un cr&acirc;ne rong&eacute; c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te accroupies;</CENTER>  <CENTER>Puis la p&acirc;le mis&egrave;re au sourire appauvri;</CENTER>  <CENTER>L'ambition, l'orgueil, de soi-m&ecirc;me nourri,</CENTER>  <CENTER>Et la luxure immonde, et l'avarice inf&acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l'&acirc;me!</CENTER>  <CENTER>Plus loin, la l&acirc;chet&eacute;, la peur, la trahison</CENTER>  <CENTER>Offrant des clefs &agrave; vendre et go&ucirc;tant du poison;</CENTER>  <CENTER>Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre,</CENTER>  <CENTER>Le masque grima&ccedil;ant de la Haine qui souffre!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oui, c'est bien l&agrave; la vie, &ocirc; po&egrave;te inspir&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Et son chemin brumeux d'obstacles encombr&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Mais, pour que rien n'y manque, en cette route &eacute;troite</CENTER>  <CENTER>Vous nous montrez toujours debout &agrave; votre droite</CENTER>  <CENTER>Le g&eacute;nie au front calme, aux yeux pleins de rayons,</CENTER>  <CENTER>Le Virgile serein qui dit: Continuons!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>6 ao&ucirc;t 1836<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXVIII"></A> <CENTER><B>XXVIII<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>Pensar, Dudar<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>A Mlle Louise B.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je vous l'ai d&eacute;j&agrave; dit, notre incurable plaie,</CENTER>  <CENTER>Notre nuage noir qu'aucun vent ne balaie,</CENTER>  <CENTER>Notre plus lourd fardeau, notre pire douleur,</CENTER>  <CENTER>Ce qui met sur nos fronts la ride et la p&acirc;leur,</CENTER>  <CENTER>Ce qui fait flamboyer l'enfer sur nos murailles,</CENTER>  <CENTER>C'est l'&acirc;pre anxi&eacute;t&eacute; qui nous tient aux entrailles,</CENTER>  <CENTER>C'est la fatale angoisse et le trouble profond</CENTER>  <CENTER>Qui fait que notre coeur en ab&icirc;mes se fond,</CENTER>  <CENTER>Quand un matin le sort, qui nous a dans sa serre,</CENTER>  <CENTER>Nous mettant face &agrave; face avec notre mis&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Nous jette brusquement, lui notre ma&icirc;tre &agrave; tous,</CENTER>  <CENTER>Cette question sombre:- Ame, que croyez-vous?</CENTER>  <CENTER>C'est l'h&eacute;sitation redoutable et profonde</CENTER>  <CENTER>Qui prend, devant ce sphinx qu'on appelle le monde,</CENTER>  <CENTER>Notre esprit effray&eacute; plus encor qu'&eacute;bloui,</CENTER>  <CENTER>Qui n'ose dire non et ne peut dire oui!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>C'est l&agrave; l'infirmit&eacute; de toute notre race.</CENTER>  <CENTER>De quoi l'homme est-il s&ucirc;r? qui demeure? qui passe?</CENTER>  <CENTER>Quel est le chim&eacute;rique et quel est le r&eacute;el?</CENTER>  <CENTER>Quand l'explication viendra-t-elle du ciel?</CENTER>  <CENTER>D'o&ugrave; vient qu'en nos sentiers que le sophisme encombre</CENTER>  <CENTER>Nous tr&eacute;buchons toujours? d'o&ugrave; vient qu'esprits faits d'ombre,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nous tremblons tous, la nuit, &agrave; l'heure o&ugrave; lentement</CENTER>  <CENTER>La brume monte au coeur ainsi qu'au firmament?</CENTER>  <CENTER>Que l'aube m&ecirc;me est sombre et cache un grand probl&egrave;me?</CENTER>  <CENTER>Et que plus d'un penseur, &ocirc; mis&egrave;re supr&ecirc;me!</CENTER>  <CENTER>Jusque dans les enfants trouvant de noirs &eacute;cueils,</CENTER>  <CENTER>Doute aupr&egrave;s des berceaux comme aupr&egrave;s des cercueils?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Voyez: cet homme est juste, il est bon; c'est un sage.</CENTER>  <CENTER>Nul fiel int&eacute;rieur ne verdit son visage;</CENTER>  <CENTER>Si par quelques endroits son coeur est d&eacute;j&agrave; mort,</CENTER>  <CENTER>Parmi tous ses regrets il n'a pas un remord;</CENTER>  <CENTER>Les ennemis qu'il a, s'il faut qu'il s'en souvienne,</CENTER>  <CENTER>Lui viennent de leur haine et non pas de la sienne;</CENTER>  <CENTER>C'est un sage - du temps d'Aur&egrave;le ou d'Adrien.</CENTER>  <CENTER>Il est pauvre, et s'y pla&icirc;t. Il ne tombe plus rien</CENTER>  <CENTER>De sa t&ecirc;te vieillie aux rumeurs apais&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Rien que des cheveux blancs et de douces pens&eacute;es.</CENTER>  <CENTER>Tous les hommes pour lui d'un seul flanc sont sortis,</CENTER>  <CENTER>Et, fr&egrave;re aux malheureux, il est p&egrave;re aux petits.</CENTER>  <CENTER>Sa vie est simple, et fuit la ville qui bourdonne.</CENTER>  <CENTER>Les champs o&ugrave; tout gu&eacute;rit, les champs o&ugrave; tout pardonne,</CENTER>  <CENTER>Les villageois dansant au bruit des tambourins,</CENTER>  <CENTER>Quelque ancien livre grec o&ugrave; revivent sereins</CENTER>  <CENTER>Les vieux h&eacute;ros d'Ath&egrave;ne et de Lac&eacute;d&eacute;mone,</CENTER>  <CENTER>Les enfants rencontr&eacute;s &agrave; qui l'on fait l'aum&ocirc;ne,</CENTER>  <CENTER>Le chien &agrave; qui l'on parle et dont l'oeil vous comprend,</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;tude d'un insecte en des mousses errant,</CENTER>  <CENTER>Le soir, quelque humble vieille au logis ramen&eacute;e:</CENTER>  <CENTER>Voil&agrave; de quels rayons est faite sa journ&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Chaque jour, car pour lui chaque jour passe ainsi,</CENTER>  <CENTER>Quand le soleil descend, il redescend aussi;</CENTER>  <CENTER>Il regagne, abord&eacute; des passants qui l'accueillent,</CENTER>  <CENTER>Son toit sur qui, l'hiver, de grands ch&ecirc;nes s'effeuillent.</CENTER>  <CENTER>Si sa table, o&ugrave; jamais rien ne peut abonder,</CENTER>  <CENTER>N'a qu'un maigre repas, il sourit, sans gronder</CENTER>  <CENTER>La servante au front gris, qui sous les ans chancelle,</CENTER>  <CENTER>A qui manque aujourd'hui la force et non le z&egrave;le;</CENTER>  <CENTER>Puis il rentre &agrave; sa chambre o&ugrave; le sommeil l'attend.</CENTER>  <CENTER>Et l&agrave;, seul, que fait-il? lui, ce juste content?</CENTER>  <CENTER>Lui, ce coeur sans d&eacute;sirs, sans fautes et sans peines?</CENTER>  <CENTER>Il pense, il r&ecirc;ve, il doute... - O t&eacute;n&egrave;bres humaines!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sombre loi! tout est donc brumeux et vacillant!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! surtout dans ces jours o&ugrave; tout s'en va croulant,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le malheur saisit notre &acirc;me qui d&eacute;vie,</CENTER>  <CENTER>Et souffle affreusement sur notre folle vie,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le sort envieux nous tient, o&ugrave; l'on a plus</CENTER>  <CENTER>Que le caprice obscur du flux et du reflux,</CENTER>  <CENTER>Qu'un livre d&eacute;chir&eacute;, qu'une nuit t&eacute;n&eacute;breuse,</CENTER>  <CENTER>Qu'une pens&eacute;e en proie au gouffre qui se creuse,</CENTER>  <CENTER>Qu'un coeur d&eacute;sempar&eacute; de ses illusions,</CENTER>  <CENTER>Fr&ecirc;le esquif d&eacute;m&acirc;t&eacute;, sur qui les passions,</CENTER>  <CENTER>Matelots furieux, qu'en vain l'esprit &eacute;coute,</CENTER>  <CENTER>Tr&eacute;pignent, se battant pour le choix de la route;</CENTER>  <CENTER>Quand on ne songe plus, triste et mourant effort,</CENTER>  <CENTER>Qu'&agrave; chercher un salut, une boussole, un port,</CENTER>  <CENTER>Une ancre o&ugrave; l'on s'attache, un phare o&ugrave; l'on s'adresse,</CENTER>  <CENTER>Oh! comme avec terreur, pilotes en d&eacute;tresse,</CENTER>  <CENTER>Nous nous apercevons qu'il nous manque la foi,</CENTER>  <CENTER>La foi, ce pur flambeau qui rassure l'effroi,</CENTER>  <CENTER>Ce mot d'espoir &eacute;crit sur la derni&egrave;re page,</CENTER>  <CENTER>Cette chaloupe o&ugrave; peut se sauver l'&eacute;quipage! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Comment donc se fait-il, &ocirc; pauvres insens&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>Que nous soyons si fiers? - Dites, vous qui pensez,</CENTER>  <CENTER>Vous que le sort expose, &acirc;me toujours sereine,</CENTER>  <CENTER>Si modeste &agrave; la gloire et si douce &agrave; la haine,</CENTER>  <CENTER>Vous dont l'esprit, toujours &eacute;gal et toujours pur,</CENTER>  <CENTER>Dans la calme raison, cet immuable azur,</CENTER>  <CENTER>Bien haut, bien loin de nous, brille, grave et candide,</CENTER>  <CENTER>Comme une &eacute;toile fixe au fond du ciel splendide,</CENTER>  <CENTER>Soleil que n'atteint pas, tant il est abrit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Ce roulis de l'ab&icirc;me et de l'immensit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; flottent, dispers&eacute;s par les vents qui s'&eacute;panchent,</CENTER>  <CENTER>Tant d'astres fatigu&eacute;s et de mondes qui penchent!</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! que vous devez m&eacute;diter &agrave; c&ocirc;t&eacute;</CENTER>  <CENTER>De l'arrogance unie &agrave; notre c&eacute;cit&eacute;!</CENTER>  <CENTER>Que vous devez sourire en voyant notre gloire!</CENTER>  <CENTER>Et, comme un feu brillant jette une vapeur noire,</CENTER>  <CENTER>Que notre fol orgueil au n&eacute;ant appuy&eacute;</CENTER>  <CENTER>Vous doit jeter dans l'&acirc;me une &eacute;trange piti&eacute;! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>H&eacute;las! ayez piti&eacute;, mais une piti&eacute; tendre;</CENTER>  <CENTER>Car nous &eacute;coutons tout sans pouvoir rien entendre! </CENTER><BR>  <P>   <CENTER>Cette absence de foi, cette incr&eacute;dulit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Ignorance ou savoir, sagesse ou vanit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Est-ce, de quelque nom que notre orgueil la nomme,</CENTER>  <CENTER>Le vice de ce si&egrave;cle ou le malheur de l'homme?</CENTER>  <CENTER>Est-ce un mal passager? est-ce un mal &eacute;ternel?</CENTER>  <CENTER>Dieu peut-&ecirc;tre a fait l'homme ainsi pour que le ciel,</CENTER>  <CENTER>Plein d'ombres pour nos yeux, soit toujours notre &eacute;tude?</CENTER>  <CENTER>Dieu n'a scell&eacute; dans l'homme aucune certitude.</CENTER>  <CENTER>Penser, ce n'est pas croire. A peine par moment</CENTER>  <CENTER>Entend-on une voix dire confus&eacute;ment:</CENTER>  <CENTER>-&quot;Ne vous y fiez pas, votre oeuvre est p&eacute;rissable!</CENTER>  <CENTER>Tout ce que b&acirc;tit l'homme est b&acirc;ti sur le sable;</CENTER>  <CENTER>Ce qu'il fait t&ocirc;t ou tard par l'herbe est recouvert;</CENTER>  <CENTER>Ce qu'il dresse est dress&eacute; pour le vent du d&eacute;sert.</CENTER>  <CENTER>Tous ces asiles vains o&ugrave; vous mettez votre &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Gloire qui n'est que pourpre, amour qui n'est que flamme,</CENTER>  <CENTER>L'alti&egrave;re ambition aux manteaux &eacute;toil&eacute;s</CENTER>  <CENTER>Qui livre &agrave; tous les vents ses pavillons gonfl&eacute;s,</CENTER>  <CENTER>La richesse toujours assise sur sa gerbe,</CENTER>  <CENTER>La science de loin si haute et si superbe,</CENTER>  <CENTER>Le pouvoir sous le dais, le plaisir sous les fleurs,</CENTER>  <CENTER>Tentes que tout cela! l'&eacute;difice est ailleurs.</CENTER>  <CENTER>Passez outre! cherchez plus loin les biens sans nombre.</CENTER>  <CENTER>Une tente, &ocirc; mortels, ne contient que de l'ombre.&quot; </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On entend cette voix et l'on r&ecirc;ve longtemps.</CENTER>  <CENTER>Et l'on croit voir le ciel, moins obscur par instants,</CENTER>  <CENTER>Comme &agrave; travers la brume on distingue des rives,</CENTER>  <CENTER>Presque entr'ouvert, s'emplir de vagues perspectives! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Que croire? Oh! j'ai souvent, d'un oeil peut-&ecirc;tre expert,</CENTER>  <CENTER>Fouill&eacute; ce noir probl&egrave;me o&ugrave; la sonde se perd!</CENTER>  <CENTER>Ces vastes questions dont l'aspect toujours change,</CENTER>  <CENTER>Comme la mer tant&ocirc;t cristal et tant&ocirc;t fange,</CENTER>  <CENTER>J'en ai tout remu&eacute;! la surface et le fond!</CENTER>  <CENTER>J'ai plong&eacute; dans ce gouffre et l'ai trouv&eacute; profond!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je vous atteste, &ocirc; vents du soir et de l'aurore,</CENTER>  <CENTER>Etoiles de la nuit, je vous atteste encore,</CENTER>  <CENTER>Par l'aust&egrave;re pens&eacute;e &agrave; toute heure asservi, </CENTER>  <CENTER>Que de fois j'ai tent&eacute;, que de fois j'ai gravi,</CENTER>  <CENTER>Seul, cherchant dans l'espace un point qui me r&eacute;ponde,</CENTER>  <CENTER>Ces hauts lieux d'o&ugrave; l'on voit la figure du monde!</CENTER>  <CENTER>Le glacier sur l'ab&icirc;me ou le cap sur les mers!</CENTER>  <CENTER>Que de fois j'ai song&eacute; sur les sommets d&eacute;serts,</CENTER>  <CENTER>Tandis que fleuves, champs, for&ecirc;ts, cit&eacute;, ruines</CENTER>  <CENTER>Que tous les monts fumaient comme des encensoirs,</CENTER>  <CENTER>Et qu'au loin l'oc&eacute;an, r&eacute;pandant ses flots noirs,</CENTER>  <CENTER>Sculptant des fiers &eacute;cueils la haute architecture,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;lait son bruit sauvage &agrave; l'immense nature! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et je disais aux flots: Flots qui grondez toujours!</CENTER>  <CENTER>Je disais aux donjons, croulant avec leurs tours:</CENTER>  <CENTER>Tours o&ugrave; vit le pass&eacute;! donjons que les ann&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Mordent incessamment de leurs dents acharn&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>Je disais &agrave; la nuit: Nuit pleine de soleils!</CENTER>  <CENTER>Je disais aux torrents, aux fleurs, aux fruits vermeils,</CENTER>  <CENTER>A ces formes sans nom que la mort d&eacute;compose,</CENTER>  <CENTER>Aux monts, aux champs, aux bois: Savez-vous quelque chose? </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Bien des fois, &agrave; cette heure o&ugrave; le soir et le vent</CENTER>  <CENTER>Font que le voyageur s'achemine en r&ecirc;vant,</CENTER>  <CENTER>Je me suis dit en moi:- cette grande nature, </CENTER>  <CENTER>Cette cr&eacute;ation qui sert la cr&eacute;ature,</CENTER>  <CENTER>Sait tout! Tout serait clair pour qui la comprendrait!-</CENTER>  <CENTER>Comme un muet qui sait le mot d'un grand secret</CENTER>  <CENTER>Et dont la l&egrave;vre &eacute;cume &agrave; ce mot qu'il d&eacute;chire,</CENTER>  <CENTER>Il semble par moment qu'elle voudrait tout dire.</CENTER>  <CENTER>Mais Dieu le lui d&eacute;fend! En vain vous &eacute;coutez.</CENTER>  <CENTER>Aucun verbe en ces bruits l'un par l'autre heurt&eacute;s!</CENTER>  <CENTER>Cette chanson qui sort des campagnes fertiles,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;l&eacute;e &agrave; la rumeur qui d&eacute;borde des villes,</CENTER>  <CENTER>Les tonnerres grondants, les vents plaintifs et sourds,</CENTER>  <CENTER>La vague de la mer, gueule ouverte toujours,</CENTER>  <CENTER>Qui vient, hurle, et s'en va, puis sans fin recommence,</CENTER>  <CENTER>Toutes ces voix ne sont qu'un b&eacute;gaiement immense! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'homme seul peut parler et l'homme ignore, h&eacute;las!</CENTER>  <CENTER>Inexplicable arr&ecirc;t! quoi qu'il r&ecirc;ve ici-bas,</CENTER>  <CENTER>Tout se voile &agrave; ses yeux sous un nuage aust&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>Et l'&acirc;me du mourant s'en va dans le myst&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Aussi repousser Rome et rejeter Sion,</CENTER>  <CENTER>Rire, et conclure tout par la n&eacute;gation,</CENTER>  <CENTER>Comme c'est plus ais&eacute;, c'est ce que font les hommes.</CENTER>  <CENTER>Le peu que nous croyons tient au peu que nous sommes. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisque Dieu l'a voulu, c'est qu'ainsi tout est mieux!</CENTER>  <CENTER>Plus de clart&eacute; peut-&ecirc;tre aveuglerait nos yeux.</CENTER>  <CENTER>Souvent la branche casse o&ugrave; trop de fruit abonde.</CENTER>  <CENTER>Que deviendrons-nous si, sans mesurer l'onde,</CENTER>  <CENTER>Le Dieu vivant, du haut de son &eacute;ternit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Sur l'humaine raison versait la v&eacute;rit&eacute;?</CENTER>  <CENTER>Le vase est trop petit pour la contenir toute.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Il suffit que chaque &acirc;me en recueille une goutte,</CENTER>  <CENTER>M&ecirc;me &agrave; l'erreur m&ecirc;l&eacute;e! H&eacute;las! tout homme en soi</CENTER>  <CENTER>Porte un obscur repli qui refuse la foi.</CENTER>  <CENTER>Dieu! la mort! mots sans fond qui cachent un ab&icirc;me!</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;pouvante saisit le coeur le plus sublime</CENTER>  <CENTER>D&egrave;s qu'il s'est hasard&eacute; sur de si grandes eaux.</CENTER>  <CENTER>On ne les franchit pas tout d'un vol. Peu d'oiseaux</CENTER>  <CENTER>Traversent l'oc&eacute;an sans reposer leur aile.</CENTER>  <CENTER>Il n'est pas de croyant si pur et si fid&egrave;le</CENTER>  <CENTER>Qui ne tremble et n'h&eacute;site &agrave; de certains moments.</CENTER>  <CENTER>Quelle &acirc;me est sans faiblesse et sans accablements?</CENTER>  <CENTER>Enfants! r&eacute;signons-nous et suivons notre route.</CENTER>  <CENTER>Tout corps tra&icirc;ne son ombre, et tout esprit son doute.</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>8 septembre 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXIX"></A> <CENTER><B>XXIX<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A Eug&egrave;ne Vicomte H.<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Puisqu'il plut au Seigneur de te briser, po&egrave;te;</CENTER>  <CENTER>Puisqu'il plut au Seigneur de comprimer ta t&ecirc;te</CENTER>  <CENTER>De son doigt souverain,</CENTER>  <CENTER>D'en faire une urne sainte &agrave; contenir l'extase,</CENTER>  <CENTER>D'y mettre le g&eacute;nie, et de sceller ce vase</CENTER>  <CENTER>Avec un sceau d'airain;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisque le Seigneur Dieu t'accorda, noir myst&egrave;re!</CENTER>  <CENTER>Un puits pour ne point boire, une voix pour te taire,</CENTER>  <CENTER>Et souffla sur ton front,</CENTER>  <CENTER>Et, comme une nacelle errante et d'eau remplie,</CENTER>  <CENTER>Fit rouler ton esprit &agrave; travers la folie,</CENTER>  <CENTER>Cet oc&eacute;an sans fond;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puisqu'il voulut ta chute, et que la mort glac&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Seule, te f&icirc;t revivre en rouvrant ta pens&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Pour un autre horizon; <!-- athena e-text --> </CENTER>  <CENTER>Puisque Dieu, t'enfermant dans la cage charnelle,</CENTER>  <CENTER>Pauvre aigle, te donna l'aile et non la prunelle,</CENTER>  <CENTER>L'&acirc;me et non la raison;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu pars du moins, mon fr&egrave;re, avec ta robe blanche!</CENTER>  <CENTER>Tu retournes &agrave; Dieu comme l'eau qui s'&eacute;panche</CENTER>  <CENTER>Par son poids naturel!</CENTER>  <CENTER>Tu retournes &agrave; Dieu, t&ecirc;te de candeur pleine,</CENTER>  <CENTER>Comme y va la lumi&egrave;re, et comme y va l'haleine</CENTER>  <CENTER>Qui des fleurs monte au ciel!</CENTER><BR>  <P>   <CENTER>Tu n'as rien dit de mal, tu n'as rien fait d'&eacute;trange.</CENTER>  <CENTER>Comme une vierge meurt, comme s'envole un ange,</CENTER>  <CENTER>Jeune homme, tu t'en vas!</CENTER>  <CENTER>Rien n'a souill&eacute; ta main ni ton coeur; dans ce monde</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; chacun court, se h&acirc;te, se forge, et crie, et gronde,</CENTER>  <CENTER>A peine tu r&ecirc;vas!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Comme le diamant, quant le feu le vient prendre,</CENTER>  <CENTER>Dispara&icirc;t tout entier, et sans laisser de cendre,</CENTER>  <CENTER>Au regard &eacute;bloui,</CENTER>  <CENTER>Comme un rayon s'enfuit sans rien jeter de sombre,</CENTER>  <CENTER>Sur la terre apr&egrave;s toi tu n'as pas laiss&eacute; d'ombre,</CENTER>  <CENTER>Esprit &eacute;vanoui!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Doux et blond compagnon de toute mon enfance,</CENTER>  <CENTER>Oh! dis-moi, maintenant, fr&egrave;re marqu&eacute; d'avance</CENTER>  <CENTER>Pour un morne avenir,</CENTER>  <CENTER>Maintenant que la mort a rallum&eacute; ta flamme,</CENTER>  <CENTER>Maintenant que la mort a r&eacute;veill&eacute; ton &acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Tu dois te souvenir!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu dois te souvenir de nos jeunes ann&eacute;es!</CENTER>  <CENTER>Quand les flots transparents de nos deux destin&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Se c&ocirc;toyaient encor,</CENTER>  <CENTER>Lorsque Napol&eacute;on flamboyait comme un phare,</CENTER>  <CENTER>Et qu'enfants nous pr&ecirc;tions l'oreille &agrave; sa fanfare</CENTER>  <CENTER>Comme un meute au cor!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu dois te souvenir des vertes Feuillantines,</CENTER>  <CENTER>Et de la grande all&eacute;e o&ugrave; nos voix enfantines,</CENTER>  <CENTER>Nos purs gazouillements,</CENTER>  <CENTER>Ont laiss&eacute; dans les coins des murs, dans les fontaines,</CENTER>  <CENTER>Dans le nid des oiseaux et dans le creux des ch&ecirc;nes,</CENTER>  <CENTER>Tant d'&eacute;chos si charmants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O temps! jours radieux! aube trop t&ocirc;t ravie!</CENTER>  <CENTER>Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie</CENTER>  <CENTER>Tout au commencement?</CENTER>  <CENTER>Nous naissions! on e&ucirc;t dit que le vieux monast&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Pour nous voir rayonner ouvrait avec myst&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Son doux regard dormant.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>T'en souviens-tu, mon fr&egrave;re? apr&egrave;s l'heure d'&eacute;tude,</CENTER>  <CENTER>Oh! comme nous courions dans cette solitude!</CENTER>  <CENTER>Sous les arbres blottis,</CENTER>  <CENTER>Nous avions, en chassant quelque insecte qui saute,</CENTER>  <CENTER>L'herbe jusqu'aux genoux, car l'herbe &eacute;tait bien haute,</CENTER>  <CENTER>Nos genoux bien petits.</CENTER><BR>  <P>    <CENTER>Vives t&ecirc;tes d'enfants par la course effar&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Nous poursuivons dans l'air cent ailes bigarr&eacute;es;</CENTER>  <CENTER>Le soir nous &eacute;tions las,</CENTER>  <CENTER>Nous revenions, jouant avec tout ce qui joue,</CENTER>  <CENTER>Frais, joyeux, et tous deux bais&eacute;s &agrave; pleine joue</CENTER>  <CENTER>Par notre m&egrave;re, h&eacute;las!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle grondait: - Voyez! comme ils sont faits! ces hommes!</CENTER>  <CENTER>Les monstres! ils auront cueilli toutes nos pommes!</CENTER>  <CENTER>Pourtant nous les aimons.</CENTER>  <CENTER>Madame, les gar&ccedil;ons sont les soucis des m&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>Car ils ont la fureur de courir dans les pierres</CENTER>  <CENTER>Comme font les d&eacute;mons! -</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Puis un m&ecirc;me sommeil, nous ber&ccedil;ant comme un h&ocirc;te,</CENTER>  <CENTER>Tous deux au m&ecirc;me lit nous couchait c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te;</CENTER>  <CENTER>Puis un m&ecirc;me r&eacute;veil.</CENTER>  <CENTER>Puis, tremp&eacute; dans un lait sorti chaud de l'&eacute;table,</CENTER>  <CENTER>Le m&ecirc;me pain faisait rire &agrave; la m&ecirc;me table</CENTER>  <CENTER>Notre app&eacute;tit vermeil!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et nous recommencions nos jeux, cueillant par gerbe</CENTER>  <CENTER>Les fleurs, tous les bouquets qui r&eacute;jouissent l'herbe,</CENTER>  <CENTER>Le lys &agrave; Dieu pareil,</CENTER>  <CENTER>Surtout ces fleurs de flamme et d'or qu'on voit, si belles,</CENTER>  <CENTER>Luire &agrave; terre en avril comme des &eacute;tincelles</CENTER>  <CENTER>Qui tombent du soleil!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On nous voyait tous deux, ga&icirc;t&eacute; de la famille,</CENTER>  <CENTER>Le front &eacute;panoui, courir sous la charmille,</CENTER>  <CENTER>L'oeil de joie enflamm&eacute;... -</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! h&eacute;las! quel deuil pour ma t&ecirc;te orpheline!</CENTER>  <CENTER>Tu vas donc d&eacute;sormais dormir sur la colline,</CENTER>  <CENTER>Mon pauvre bien-aim&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu vas dormir l&agrave;-haut sur la colline verte,</CENTER>  <CENTER>Qui, livr&eacute;e &agrave; l'hiver, &agrave; tous les vents ouverte,</CENTER>  <CENTER>A le ciel pour plafond;</CENTER>  <CENTER>Tu vas dormir, poussi&egrave;re, au fond d'un lit d'argile;</CENTER>  <CENTER>Et moi je resterai parmi ceux de la ville</CENTER>  <CENTER>Qui parlent et qui vont!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et moi je vais rester, souffrir, agir et vivre;</CENTER>  <CENTER>Voir mon nom se grossir dans les bouches de cuivre</CENTER>  <CENTER>De la c&eacute;l&eacute;brit&eacute;;</CENTER>  <CENTER>Et cacher, comme &agrave; Sparte, en riant quand on entre,</CENTER>  <CENTER>Le renard envieux qui me ronge le ventre,</CENTER>  <CENTER>Sous ma robe abrit&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Je vais reprendre, h&eacute;las! mon oeuvre commenc&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Rendre ma barque fr&ecirc;le &agrave; l'onde courrouc&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Lutter contre le sort;</CENTER>  <CENTER>Enviant souvent ceux qui dorment sans murmure,</CENTER>  <CENTER>Comme un doux nid couv&eacute; pour la saison future,</CENTER>  <CENTER>Sous l'aile de la mort!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'ai d'aust&egrave;res plaisirs. Comme un pr&ecirc;tre &agrave; l'&eacute;glise,</CENTER>  <CENTER>Je r&ecirc;ve &agrave; l'art qui charme, &agrave; l'art qui civilise,</CENTER>  <CENTER>Qui change l'homme un peu,</CENTER>  <CENTER>Et qui, comme un semeur qui jette au loin sa graine,</CENTER>  <CENTER>En semant la nature &agrave; travers l'&acirc;me humaine,</CENTER>  <CENTER>Y fera germer Dieu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quand le peuple au th&eacute;&acirc;tre &eacute;coute ma pens&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>J'y cours, et l&agrave;, courb&eacute; vers la foule press&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;tudiant de pr&egrave;s,</CENTER>  <CENTER>Sur mon drame touffu dont le branchage plie,</CENTER>  <CENTER>J'entends tomber ses pleurs comme la large pluie</CENTER>  <CENTER>Aux feuilles des for&ecirc;ts!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais quel labeur aussi! que de flots! quelle &eacute;cume!</CENTER>  <CENTER>Surtout lorsque l'envie, au coeur plein d'amertume,</CENTER>  <CENTER>Au regard vide et mort,</CENTER>  <CENTER>Fait, pour les vils besoins de ses luttes vulgaires,</CENTER>  <CENTER>D'une bouche d'ami qui souriait nagu&egrave;res</CENTER>  <CENTER>Une bouche qui mord!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quel vie! et quel si&egrave;cle alentour! - Vertu, gloire,</CENTER>  <CENTER>Pouvoir, g&eacute;nie et foi, tout ce qu'il faudrait croire,</CENTER>  <CENTER>Tout ce que nous valons,</CENTER>  <CENTER>Le peu qui nous restait de nos splendeurs d&eacute;crues,</CENTER>  <CENTER>Est tra&icirc;n&eacute; sur la claie et suivi dans les rues</CENTER>  <CENTER>Par le rire en haillons!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Combien de calomnie et combien de bassesse!</CENTER>  <CENTER>Combien de pamphlets vils qui flagellent sans cesse</CENTER>  <CENTER>Quiconque vient du ciel,</CENTER>  <CENTER>Et qui font, la blessant de leur lance pay&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Boire &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, p&acirc;le et crucifi&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Leur &eacute;ponge de fiel!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Combien d'acharnements sur toutes les victimes!</CENTER>  <CENTER>Que de rh&eacute;teurs, pench&eacute;s sur le bord des ab&icirc;mes,</CENTER>  <CENTER>Riant, &ocirc; cruaut&eacute;!</CENTER>  <CENTER>De voir l'affreux poison qui de leurs doigts d&eacute;coule,</CENTER>  <CENTER>Goutte &agrave; goutte, ou par flots, quand leurs mains sur la foule</CENTER>  <CENTER>Tordent l'impi&eacute;t&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'homme, vers le plaisir se ruant par cent voies,</CENTER>  <CENTER>Ne songent qu'&agrave; bien vivre et qu'&agrave; chercher des proies;</CENTER>  <CENTER>L'argent est ador&eacute;;</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! nos passions ont des serres inf&acirc;mes</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; pend, triste lambeau, tout ce qu'avaient nos &acirc;mes</CENTER>  <CENTER>De chaste et de sacr&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>A quoi bon, cependant? &agrave; quoi bon tant de haine,</CENTER>  <CENTER>Et faire tant de mal, et prendre tant de peine,</CENTER>  <CENTER>Puisque la mort viendra!</CENTER>  <CENTER>Pour aller avec tous o&ugrave; tous doivent descendre!</CENTER>  <CENTER>Et pour n'&ecirc;tre apr&egrave;s tout qu'une ombre, un peu de cendre</CENTER>  <CENTER>Sur qui l'herbe cro&icirc;tra!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>A quoi bon s'&eacute;puiser en volupt&eacute;s diverses?</CENTER>  <CENTER>A quoi bon se b&acirc;tir des fortunes perverses</CENTER>  <CENTER>Avec les maux d'autrui?</CENTER>  <CENTER>Tout s'&eacute;croule; et, fruit vert qui pend &agrave; la ram&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Demain ne m&ucirc;rit pas pour la bouche affam&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Qui d&eacute;vore aujourd'hui!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ce que nous croyons &ecirc;tre avec ce que nous sommes,</CENTER>  <CENTER>Beaut&eacute;, richesse, honneurs, ce que r&ecirc;vent les hommes,</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! et ce qu'ils font,</CENTER>  <CENTER>P&ecirc;le-m&ecirc;le, &agrave; travers les champs ou les hu&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Comme s'est emport&eacute; par rapides nu&eacute;es</CENTER>  <CENTER>Dans un oubli profond!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et puis quelle &eacute;ternelle et lugubre fatigue</CENTER>  <CENTER>De voir le peuple enfl&eacute; monter jusqu'&agrave; sa digue,</CENTER>  <CENTER>Dans ces terribles jeux!</CENTER>  <CENTER>Sombre oc&eacute;an d'esprits dont l'eau n'est pas sond&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Et qui vient faire autour de toute grande id&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Un murmure orageux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Quel choc d'ambitions luttant le long des routes,</CENTER>  <CENTER>Toutes contre chacune et chacune avec toutes!</CENTER>  <CENTER>Quel tumulte ennemi!</CENTER>  <CENTER>Comme on raille d'un bas tout astre qui d&eacute;cline!... -</CENTER>  <CENTER>Oh! ne regrette rien sur la haute colline</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; tu t'es endormi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, tu reposes, toi! L&agrave;, meurt toute voix fausse.</CENTER>  <CENTER>Chaque jour, du Levant au Couchant, sur ta fosse</CENTER>  <CENTER>Promenant son flambeau,</CENTER>  <CENTER>L'impartial soleil, pareil &agrave; l'esp&eacute;rance,</CENTER>  <CENTER>Dore des deux c&ocirc;t&eacute;s sans choix ni pr&eacute;f&eacute;rence</CENTER>  <CENTER>La croix de ton tombeau!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, tu n'entends plus rien que l'herbe et la broussaille,</CENTER>  <CENTER>Le pas du fossoyeur dont la terre tressaille</CENTER>  <CENTER>La chute du fruit m&ucirc;r</CENTER>  <CENTER>Et, par moments, le chant, dispers&eacute; dans l'espace,</CENTER>  <CENTER>Du bouvier qui descend dans la plaine et qui passe</CENTER>  <CENTER>Derri&egrave;re le vieux mur!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>6 mars 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXX"></A> <CENTER><B>XXX<BR> </B></CENTER>  <CENTER><B>A Olympio<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>Un jour l'ami qui reste &agrave; ton coeur qu'on d&eacute;chire</CENTER>  <CENTER>Contemplait tes malheurs,</CENTER>  <CENTER>Et, tandis qu'il parlait, ton sublime sourire</CENTER>  <CENTER>Se m&ecirc;lait &agrave; ses pleurs:</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>I</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;Te voil&agrave; donc, &ocirc; toi dont la foule rampante</CENTER>  <CENTER>Admirait la vertu,</CENTER>  <CENTER>D&eacute;racin&eacute;, fl&eacute;tri, tomb&eacute; sur une pente</CENTER>  <CENTER>Comme un c&egrave;dre abattu!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Te voil&agrave; sous les pieds des envieux sans nombre</CENTER>  <CENTER>Et des passants rieurs</CENTER>  <CENTER>Toi dont le front superbe accoutumait &agrave; l'ombre</CENTER>  <CENTER>Les fronts inf&eacute;rieurs!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ta feuille est dans la poudre, et ta racine aust&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Est d&eacute;couverte aux yeux.</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! tu n'as plus rien d'abrit&eacute; dans la terre</CENTER>  <CENTER>Ni d'&eacute;clos dans les cieux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Jeune homme, on v&eacute;n&eacute;rait jadis ton oeil s&eacute;v&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>Ton front calme et tonnant;</CENTER>  <CENTER>Ton nom &eacute;tait de ceux qu'on craint et qu'on r&eacute;v&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>H&eacute;las! et maintenant</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les m&eacute;chants, accourus pour d&eacute;chirer ta vie,</CENTER>  <CENTER>L'ont prise entre leurs dents,</CENTER>  <CENTER>Et les hommes alors se sont avec envie</CENTER>  <CENTER>Pench&eacute;s pour voir dedans!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Avec des cris de joie ils ont compt&eacute; tes plaies</CENTER>  <CENTER>Et compt&eacute; tes douleurs,</CENTER>  <CENTER>Comme sur une pierre on compte des monnaies</CENTER>  <CENTER>Dans l'antre des voleurs.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ta chaste renomm&eacute;e, aux exemples utiles,</CENTER>  <CENTER>N'a plus rien qui reluit,</CENTER>  <CENTER>Sillonn&eacute;e en tous sens par les hideux reptiles</CENTER>  <CENTER>Qui viennent dans la nuit.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Eclair&eacute;e &agrave; la flamme, &agrave; toute heure visible,</CENTER>  <CENTER>De ton nom rayonnant,</CENTER>  <CENTER>Au bord du grand chemin, ta vie est une cible</CENTER>  <CENTER>Offerte &agrave; tout venant</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>O&ugrave; cent fl&egrave;ches, toujours sifflant dans la nuit noire,</CENTER>  <CENTER>S'enfoncent tour &agrave; tour,</CENTER>  <CENTER>Chacun cherchant ton coeur, l'un visant &agrave; ta gloire</CENTER>  <CENTER>Et l'autre &agrave; ton amour!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ta r&eacute;putation, dont souvent nous nous sommes</CENTER>  <CENTER>Ecri&eacute;s en r&ecirc;vant,</CENTER>  <CENTER>Se disperse et s'en va dans les discours des hommes,</CENTER>  <CENTER>Comme un feuillage au vent!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ton &acirc;me, qu'autrefois on prenait pour arbitre</CENTER>  <CENTER>Du droit et du devoir,</CENTER>  <CENTER>Est comme une taverne o&ugrave; chacun &agrave; la vitre</CENTER>  <CENTER>Vient regarder le soir,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Afin d'y voir &agrave; table une orgie aux chants gr&ecirc;les,</CENTER>  <CENTER>Au propos triste et vain,</CENTER>  <CENTER>Qui renverse &agrave; grand bruit les coeurs pleins de querelles</CENTER>  <CENTER>Et les brocs pleins de vin!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tes ennemis ont pris ta belle destin&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Et l'ont bris&eacute;e en fleur.</CENTER>  <CENTER>Ils ont fait de ta gloire aux carrefours tra&icirc;n&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Ta plus grande douleur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Leurs mains ont retourn&eacute; ta robe, dont le lustre</CENTER>  <CENTER>Irritait leur fureur;</CENTER>  <CENTER>Avec la m&ecirc;me pourpre ils t'ont fait vil d'illustre,</CENTER>  <CENTER>Et for&ccedil;at d'empereur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Nul ne te d&eacute;fend plus. On se fait une f&ecirc;te</CENTER>  <CENTER>De tes maux aggrav&eacute;s.</CENTER>  <CENTER>On ne parle de toi qu'en secouant la t&ecirc;te,</CENTER>  <CENTER>Et l'on dit: Vous savez!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>H&eacute;las! pour te ha&iuml;r tous les coeurs se rencontrent.</CENTER>  <CENTER>Tous t'ont abandonn&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Et tes amis pensifs sont comme ceux qui montrent</CENTER>  <CENTER>Un palais ruin&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>II</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais va, pour qui comprend ton &acirc;me haute et grave,</CENTER>  <CENTER>Tu n'en es que plus grand.</CENTER>  <CENTER>Ta vie a, maintenant que l'obstacle l'entrave,</CENTER>  <CENTER>La rumeur du torrent.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tous ceux qui de tes jours orageux et sublimes</CENTER>  <CENTER>S'approchent sans effroi</CENTER>  <CENTER>Reviennent en disant qu'ils ont vu des ab&icirc;mes</CENTER>  <CENTER>En se penchant sur toi!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Mais peut-&ecirc;tre, &agrave; travers l'eau de ce gouffre immense</CENTER>  <CENTER>Et de ce coeur profond,</CENTER>  <CENTER>On verrait cette perle appel&eacute;e innocence,</CENTER>  <CENTER>En regardant au fond!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>On s'arr&ecirc;te aux brouillards dont ton &acirc;me est voil&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Mais moi, juge et t&eacute;moin,</CENTER>  <CENTER>Je sais qu'on trouverait une vo&ucirc;te &eacute;toil&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Si l'on allait plus loin!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et qu'importe, apr&egrave;s tout, que le monde t'assi&egrave;ge</CENTER>  <CENTER>De ses discours mouvants,</CENTER>  <CENTER>Et que ton nom se m&ecirc;le &agrave; ces flocons de neige</CENTER>  <CENTER>Pouss&eacute;s &agrave; tous les vents!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>D'ailleurs que savent-ils? Nous devrions nous taire.</CENTER>  <CENTER>De quel droit jugeons-nous?</CENTER>  <CENTER>Nous qui ne voyons rien au ciel ou sur la terre</CENTER>  <CENTER>Sans nous mettre &agrave; genoux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La certitude - h&eacute;las! insens&eacute;s que nous sommes</CENTER>  <CENTER>De croire &agrave; l'oeil humain! -</CENTER>  <CENTER>Ne s&eacute;journe pas plus dans la raison des hommes</CENTER>  <CENTER>Que l'onde dans leur main.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Elle mouille un moment, puis s'&eacute;coule infid&egrave;le,</CENTER>  <CENTER>Sans que l'homme, &ocirc; douleur!</CENTER>  <CENTER>Puisse d&eacute;salt&eacute;rer &agrave; ce qui reste d'elle</CENTER>  <CENTER>Ses l&egrave;vres ou son coeur!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L'apparence de tout nous trompe et nous fascine.</CENTER>  <CENTER>Est-il jour? Est-il nuit?</CENTER>  <CENTER>Rien d'absolu. Tout fruit contient une racine,</CENTER>  <CENTER>Toute racine un fruit.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le m&ecirc;me objet qui rend votre visage sombre</CENTER>  <CENTER>Fait ma s&eacute;r&eacute;nit&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Toute chose ici-bas par une face est ombre</CENTER>  <CENTER>Et par l'autre clart&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Le lourd nuage, effroi des matelots livides</CENTER>  <CENTER>Sur le pont accroupis, </CENTER>  <CENTER>Pour le brun laboureur dont les champs sont arides</CENTER>  <CENTER>Est un sac plein d'&eacute;pis!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pour juger un destin il en faudrait conna&icirc;tre</CENTER>  <CENTER>Le fond myst&eacute;rieux; </CENTER>  <CENTER>Ce qui g&icirc;t dans la frange aura bient&ocirc;t peut-&ecirc;tre</CENTER>  <CENTER>Des ailes dans les cieux! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Cette &acirc;me se transforme, elle est tout pr&egrave;s d'&eacute;clore, </CENTER>  <CENTER>Elle rampe, elle attend, </CENTER>  <CENTER>Aujourd'hui larve informe, et demain d&egrave;s l'aurore</CENTER>  <CENTER>Papillon &eacute;clatant!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>III</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu souffres cependant! toi sur qui l'ironie</CENTER>  <CENTER>Epuise tous ses traits, </CENTER>  <CENTER>Et qui te sens poursuivre, et par la calomnie</CENTER>  <CENTER>Mordre aux endroits secrets!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu fuis, p&acirc;le et saignant, et, p&eacute;n&eacute;trant dans l'ombre</CENTER>  <CENTER>Par ton flanc d&eacute;chir&eacute;, </CENTER>  <CENTER>La tristesse en ton &acirc;me ainsi qu'en un puits sombre</CENTER>  <CENTER>Goutte &agrave; goutte a filtr&eacute;!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu fuis, lion bless&eacute;, dans une solitude, </CENTER>  <CENTER>R&ecirc;vant sur ton destin,</CENTER>  <CENTER>Et le soir te retrouve en la m&ecirc;me attitude</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; t'a vu le matin!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, pensif, cherchant l'ombre o&ugrave; ton &acirc;me repose,</CENTER>  <CENTER>L'ombre que nous aimons;</CENTER>  <CENTER>Ne songeant quelquefois, de l'aube &agrave; la nuit close,</CENTER>  <CENTER>Qu'&agrave; la forme des monts;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Attentif aux ruisseaux, aux mousses &eacute;toil&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>Aux champs silencieux,</CENTER>  <CENTER>A la virginit&eacute; des herbes non foul&eacute;es,</CENTER>  <CENTER>A la beaut&eacute; des cieux;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ou parfois contemplant, de quelque gr&egrave;ve aust&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>L'esquif en proie aux flots</CENTER>  <CENTER>Qui fuit, rompant les fils qui liaient &agrave; la terre</CENTER>  <CENTER>Les coeurs des matelots;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Contemplant le front vert et la noire narine</CENTER>  <CENTER>De l'autre t&eacute;n&eacute;breux</CENTER>  <CENTER>Et l'arbre qui, rong&eacute; par la brise marine,</CENTER>  <CENTER>Tord ses bras douloureux,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et l'immense oc&eacute;an o&ugrave; la voile s'incline,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; le soleil descend,</CENTER>  <CENTER>L'oc&eacute;an qui respire ainsi qu'une poitrine,</CENTER>  <CENTER>S'enflant et s'abaissant;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Du haut de la falaise aux rumeurs infinies,</CENTER>  <CENTER>Du fond des bois touffus,</CENTER>  <CENTER>Tu m&ecirc;les ton esprit aux grandes harmonies</CENTER>  <CENTER>Plaines de sens confus,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qui, tenant ici-bas toute chose embrass&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Vont de l'aigle au serpent,</CENTER>  <CENTER>Que toute voix grossit, et que sur la pens&eacute;e</CENTER>  <CENTER>La nature r&eacute;pand!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>IV</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Console-toi, po&egrave;te! - Un jour, bient&ocirc;t peut-&ecirc;tre,</CENTER>  <CENTER>Les coeurs te reviendront,</CENTER>  <CENTER>Et pour tous les regards on verra repara&icirc;tre</CENTER>  <CENTER>Les flammes de ton front.</CENTER><BR>  <P>    <CENTER>Tous les c&ocirc;t&eacute; ternis par ta gloire outrag&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Nettoy&eacute;s un matin, </CENTER>  <CENTER>Seront comme une dalle avec soin &eacute;pong&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Apr&egrave;s un grand festin.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>En vain tes ennemis auront arm&eacute; le monde </CENTER>  <CENTER>De leur rire moqueur,</CENTER>  <CENTER>Et sur les grands chemins r&eacute;pandu comme l'onde</CENTER>  <CENTER>Les secrets de ton coeur.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>En vain ils jetteront leur rage humili&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Sur ton nom ravag&eacute;.</CENTER>  <CENTER>Comme un chien qui rem&acirc;che une chair oubli&eacute;e</CENTER>  <CENTER>Sur l'os d&eacute;j&agrave; rong&eacute;.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ils ne pr&eacute;vaudront pas, ces hommes qui t'entourent</CENTER>  <CENTER>De leurs obscurs r&eacute;seaux</CENTER>  <CENTER>Ils passeront ainsi que ces lueurs qui courent</CENTER>  <CENTER>A travers les roseaux.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ils auront bien toujours pour toi toute la haine</CENTER>  <CENTER>Des d&eacute;mons pour le Dieu;</CENTER>  <CENTER>Mais un souffle &eacute;teindra leur bouche impure pleine</CENTER>  <CENTER>De parole de feu.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Ils s'&eacute;vanouiront, et la foule et ravie</CENTER>  <CENTER>Verra, d'un oeil pieux,</CENTER>  <CENTER>Sortir de ce tas d'ombre amass&eacute; par l'envie</CENTER>  <CENTER>Ton front majestueux!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>En attendant, regarde en piti&eacute; cette foule</CENTER>  <CENTER>Qui m&eacute;conna&icirc;t tes chants,</CENTER>  <CENTER>Et qui de toutes parts se r&eacute;pand et s'&eacute;coule</CENTER>  <CENTER>Dans les mauvais penchant.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Laisse en ce noir chaos qu'aucun rayon n'&eacute;claire</CENTER>  <CENTER>Ramper les ignorants;</CENTER>  <CENTER>L'orgueilleux dont la voix grossit dans la col&egrave;re</CENTER>  <CENTER>Comme l'eau des torrents;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La beaut&eacute; sans amour dont les pats nous entra&icirc;ne,</CENTER>  <CENTER>Femme aux yeux exerc&eacute;s </CENTER>  <CENTER>Dont la robe flottante est un pi&egrave;ge ou se prennent</CENTER>  <CENTER>Les pieds insens&eacute;s;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les rh&eacute;teurs qui de bruit emplissent leur parole</CENTER>  <CENTER>Quand nous les &eacute;coutons;</CENTER>  <CENTER>Et ces hommes sans foi, sans culte, sans boussole,</CENTER>  <CENTER>Qui vivent &agrave; t&acirc;tons;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et les flatteurs courb&eacute;s, aux douceurs famili&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>Aux fronts bas et rampants;</CENTER>  <CENTER>Et les ambitieux qui sont comme des lierres </CENTER>  <CENTER>L'un sur l'autre grimpants!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Non, tu ne portes pas, ami, la m&ecirc;me cha&icirc;ne</CENTER>  <CENTER>Que ces hommes d'un jour.</CENTER>  <CENTER>Ils sont vils, et toi grand. Leur joug est fait de haine,</CENTER>  <CENTER>Le tien est fait d'amour!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Tu n'as rien de commun avec le monde infime</CENTER>  <CENTER>Au souffle empoisonneur;</CENTER>  <CENTER>Car c'est pour tous les yeux un spectacle sublime</CENTER>  <CENTER>Quand la main du Seigneur</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Loin du sentier banal o&ugrave; la foule se rue</CENTER>  <CENTER>Sur quelque illusion,</CENTER>  <CENTER>Laboure le g&eacute;nie avec cette charrue</CENTER>  <CENTER>Qu'on nomme passion!&quot;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Et quand il eut fini, toi que la haine abreuve,</CENTER>  <CENTER>Tu lui dis d'une voix attendrie un instant,</CENTER>  <CENTER>Voix pareille &agrave; la sienne et plus haute pourtant,</CENTER>  <CENTER>Comme la grande mer qui parlerait au fleuve;</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>&quot;Ne me console point et ne t'afflige pas.</CENTER>  <CENTER>Je suis calme et paisible.</CENTER>  <CENTER>Je ne regarde point le monde d'ici-bas,</CENTER>  <CENTER>Mais le monde invisible.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les hommes sont meilleurs, ami, que tu ne crois.</CENTER>  <CENTER>Mais le sort est s&eacute;v&egrave;re.</CENTER>  <CENTER>C'est lui qui teint de vin ou de lie &agrave; son choix</CENTER>  <CENTER>Le pur cristal du verre.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Moi, je r&ecirc;ve! &eacute;coutant le cypr&egrave;s soupirer</CENTER>  <CENTER>Autour des croix d'&eacute;b&egrave;ne,</CENTER>  <CENTER>Et murmurer le fleuve et la cloche pleurer</CENTER>  <CENTER>Dans un coin de la plaine,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Recueillant le cri sourd de l'oiseau qui s'enfuit,</CENTER>  <CENTER>Du char tra&icirc;nant la gerbe</CENTER>  <CENTER>Et la plainte qui sort des roseaux, et le bruit</CENTER>  <CENTER>Que fait la touffe d'herbe,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pr&ecirc;tant l'oreille aux flots qui ne peuvent dormir,</CENTER>  <CENTER>A l'air dans la nu&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>J'erre sur les hauts lieux d'ou l'on entend g&eacute;mir</CENTER>  <CENTER>Toute chose cr&eacute;e!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, je vois, comme un vase allum&eacute; sur l'autel,</CENTER>  <CENTER>Le toit lointain qui fume;</CENTER>  <CENTER>Et le soir je compare aux purs flambeaux du ciel</CENTER>  <CENTER>Tout flambeau qui s'allume.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave; j'abandonne aux vents mon esprit s&eacute;rieux,</CENTER>  <CENTER>Comme l'oiseau sa plume;</CENTER>  <CENTER>L&agrave;, je songe au malheur de l'homme, et j'entends mieux</CENTER>  <CENTER>Le bruit de cette enclume,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>L&agrave;, je contemple, &eacute;mu, tout ce qui s'offre aux yeux,</CENTER>  <CENTER>Onde, terre, verdure;</CENTER>  <CENTER>Et je vois l'homme au loin, mage myst&eacute;rieux,</CENTER>  <CENTER>Traverser la nature!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Pourquoi me plaindre, ami? Tout homme &agrave; tout</CENTER>  <CENTER>Souffre des maux sans nombre. [moment</CENTER>  <CENTER>Moi, sur qui vient la nuit, j'ai gard&eacute; seulement</CENTER>  <CENTER>Dans mon horizon sombre,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Comme un rayon du soir au front d'un mont obscur,</CENTER>  <CENTER>L'amour, divine flamme,</CENTER>  <CENTER>L'amour, qui dore encor ce que j'ai de plus pur</CENTER>  <CENTER>Et de plus haut dans l'&acirc;me!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Sans doute en mon avril, ne sachant rien &agrave; fond,</CENTER>  <CENTER>Jeune, cr&eacute;dule, aust&egrave;re,</CENTER>  <CENTER>J'ai fait des songes d'or comme tous ceux qui font </CENTER>  <CENTER>Des songes sur la terre!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>J'ai vu la vie en fleur sur mon front s'&eacute;lever</CENTER>  <CENTER>Pleine de douces choses.</CENTER>  <CENTER>Mais quoi! me crois-tu assez fou pour r&ecirc;ver</CENTER>  <CENTER>L'&eacute;ternit&eacute; des roses?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Les chim&egrave;res, qu'enfant mes mains croyaient toucher,</CENTER>  <CENTER>Maintenant sont absentes;</CENTER>  <CENTER>Et je dis au bonheur ce que dit le nocher</CENTER>  <CENTER>Aux rives d&eacute;croissantes.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Qu'importe! je m'abrite en un calme profond,</CENTER>  <CENTER>Plaignant surtout les femmes;</CENTER>  <CENTER>Et je vis l'oeil fix&eacute; sur le ciel o&ugrave; s'en vont</CENTER>  <CENTER>Les ailes et les &acirc;mes.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Dieu nous donne &agrave; chacun notre part du destin,</CENTER>  <CENTER>Au fort, au faible, au l&acirc;che,</CENTER>  <CENTER>Comme un ma&icirc;tre soigneux lev&eacute; d&egrave;s le matin</CENTER>  <CENTER>Divise &agrave; tous leur t&acirc;che.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Soyons grands. Le grand coeur &agrave; Dieu m&ecirc;me est pareil.</CENTER>  <CENTER>Laissons, doux ou funestes,</CENTER>  <CENTER>Se croiser sur nos pieds la foudre et le soleil,</CENTER>  <CENTER>Ces deux clart&eacute;s c&eacute;lestes.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Laissons gronder en bas cet orage irrit&eacute;</CENTER>  <CENTER>Qui toujours nous assi&egrave;ge;</CENTER>  <CENTER>Et gardons au-dessus notre tranquillit&eacute;,</CENTER>  <CENTER>Comme le mont sa neige.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Va, nul mortel ne brise avec la passion,</CENTER>  <CENTER>Vainement obstin&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Cette &acirc;pre loi que l'un nomme Expiation</CENTER>  <CENTER>Et l'autre Destin&eacute;e.</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>H&eacute;las! de quelque nom que, broy&eacute; sous l'essieu,</CENTER>  <CENTER>L'orgueil humain la nomme,</CENTER>  <CENTER>Roue immense et fatale, elle tourne sur Dieu,</CENTER>  <CENTER>Elle roule sur l'homme!&quot;</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>15 octobre 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXXI"></A> <CENTER><B>XXXI<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>La tombe dit &agrave; la rose:</CENTER>  <CENTER>- Des pleurs dont l'aube t'arrose</CENTER>  <CENTER>Que fais-tu, fleur des amours?</CENTER>  <CENTER>La rose dit &agrave; la tombe:</CENTER>  <CENTER>- Que fais-tu de ce qui tombe</CENTER>  <CENTER>Dans ton gouffre ouvert toujours?</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>La rose dit: - Tombeau sombre,</CENTER>  <CENTER>De ces pleurs je fais dans l'ombre</CENTER>  <CENTER>Un parfum d'ambre et de miel.</CENTER>  <CENTER>La tombe dit: - Fleur plaintive,</CENTER>  <CENTER>De chaque &acirc;me qui m'arrive </CENTER>  <CENTER>Je fais un ange du ciel!</CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>3 juin 1837<BR> <A HREF="#Table">  (Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </A>  <BR> </FONT></CENTER>  <P>  <A NAME="XXXII"></A> <CENTER><B>XXXII<BR> </B></CENTER>  <P>  <CENTER>O Muse, contiens-toi! muse aux hymnes d'airain!</CENTER>  <CENTER>Muse de loi juste et du droit souverain!</CENTER>  <CENTER>Toi dont la bouche abonde en mots tremp&eacute;s de flamme,</CENTER>  <CENTER>Etincelles de feu qui sortent de ton &acirc;me,</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Oh! ne dis rien encore et laisse-les aller!</CENTER>  <CENTER>Attends que l'heure vienne o&ugrave; tu puisses parler.</CENTER>  <CENTER>Endure le spectacle en vierge r&eacute;sign&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>Qu'&agrave; peine un mouvement de ta l&egrave;vre indign&eacute;e.</CENTER>  <CENTER>R&eacute;v&egrave;le ton courroux au fond du coeur grondant.</CENTER>  <CENTER>Dans ce si&egrave;cle o&ugrave; chacun, noyant ou f&eacute;condant,</CENTER>  <CENTER>Se r&eacute;pand au hasard comme l'eau d'un orage,</CENTER>  <CENTER>O&ugrave; l'on ne voit partout qu'impuissance et que rage,</CENTER>  <CENTER>Qu'inutiles fardeaux qu'on s'obstine &agrave; rouler,</CENTER>  <CENTER>Que Samsons &eacute;cras&eacute;s sous ce qu'il font crouler,</CENTER>  <CENTER>Le plus fort est celui qui tient sa force en bride.</CENTER>  <CENTER>L'oc&eacute;an quelquefois montre &agrave; peine une ride.</CENTER>  <CENTER>Jusqu'au jour d'&eacute;clater, plus proche qu'on ne croit,</CENTER>  <CENTER>Ne te d&eacute;pense pas. Qui se contient s'accro&icirc;t. </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Aie au milieu de tous l'attitude &eacute;lev&eacute;e</CENTER>  <CENTER>D'une lente d&eacute;esse &agrave; punir r&eacute;serv&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Qui, recueillant sa force ainsi qu'un saint tr&eacute;sor,</CENTER>  <CENTER>Pourrait depuis longtemps et ne veut pas encor!</CENTER><BR>  <P>  <CENTER>Va cependant! - contemple et le ciel et le monde.</CENTER>  <CENTER>Et que tous ceux qui font quelque travail immonde,</CENTER>  <CENTER>Que ces trafiquants vils &eacute;pris d'un sac d'argent,</CENTER>  <CENTER>Que ces menteurs publics, au langage changeant, </CENTER>  <CENTER>Pleins de m&eacute;chancet&eacute; dans leur &acirc;me hypocrite </CENTER>  <CENTER>Et dor&eacute;s au dehors de quelque faux m&eacute;rite,</CENTER>  <CENTER>Toux ceux, grands et petits, que marque un sceau fatal,</CENTER>  <CENTER>Que l'envieux b&acirc;tard accroupi dans le mal,</CENTER>  <CENTER>Que ce tribun valet, plus l&acirc;che qu'une femme,</CENTER>  <CENTER>Qui dans les carrefours vend sa parole inf&acirc;me,</CENTER>  <CENTER>Toujours pr&ecirc;t pour l'or &agrave; souffleter la loi,</CENTER>  <CENTER>Forgeant l'&eacute;meute au peuple ou la censure au roi,</CENTER>  <CENTER>Que l'ami faux par qui la haine s'ensemence,</CENTER>  <CENTER>Et ceux qui nuit et jour occupent leur d&eacute;mence</CENTER>  <CENTER>D'une orgie effront&eacute;e au tumulte hideux,</CENTER>  <CENTER>Te regardent passer tranquille au milieu d'eux,</CENTER>  <CENTER>Saluant gravement les fronts que tu r&eacute;v&egrave;res,</CENTER>  <CENTER>Muette, et l'oeil pourtant plein de choses s&eacute;v&egrave;res!</CENTER>  <CENTER>Fouille ces coeurs profonds de ton regard ardent.</CENTER>  <CENTER>Et que, lorsque le peuple ira se demandant:</CENTER>  <CENTER>- Sur qui donc va tomber, dans la foule &eacute;perdue,</CENTER>  <CENTER>Cette foudre en &eacute;clairs dans ses yeux suspendue? - </CENTER>  <CENTER>Chacun d'eux, contemplant son oeuvre avec effroi,</CENTER>  <CENTER>Se dise en frissonnant: C'est peut-&ecirc;tre sur moi! </CENTER><BR>  <P>  <CENTER>En attendant, demeure impassible et sereine.</CENTER>  <CENTER>Qu'aucun pan de ta robe en leur fange ne tra&icirc;ne;</CENTER>  <CENTER>Et que tous ces pervers tremblent d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent</CENTER>  <CENTER>De voir aupr&egrave;s de toi, formidable, et posant </CENTER>  <CENTER>Son ongle de lion sur ta lyre &eacute;toil&eacute;e,</CENTER>  <CENTER>Ta col&egrave;re superbe &agrave; tes pieds musel&eacute;e! </CENTER><BR>  <CENTER><FONT SIZE=2>6 septembre 1836.</FONT></CENTER> <CENTER><A HREF="#Table">  <font size=2>(Retour &agrave; la table des mati&egrave;res) </font></A> </CENTER>  </FONT>  <P>  <CENTER> <IMG SRC="rainbow.gif" WIDTH=95% HEIGHT=3 ALT="rainbow"> </CENTER>  <P>  <DL> <DD>This e-text has been typed and corrected thanks to the help of: <DD>Ce texte a &eacute;t&eacute; (patiemment!) dactylographi&eacute; et r&eacute;vis&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l'aide de: <DD>Selim Arsever, Caroline Bise, Maria-Dolores Castro, Marie-H&eacute;l&egrave;ne Coppey, Silvia Cortijo, S&eacute;bastien Cuanoud, Fr&eacute;d&eacute;ric Darque, Torsten Demuth, Rocco Gambino, Pierre Gianni, Christian Greiner, Sentha Laurent, Sandrine Moo, Raul Jauregui Salinas, Terry Sullivan, Tamer Mohamed-Nour.<BR> </DL>  <P>  <CENTER> <IMG SRC="../gif/rainbow.gif" WIDTH="95%" HEIGHT=3 ALT="Rainbow"> </CENTER>  <CENTER> <FONT SIZE=2> [<A HREF="http://un2sg4.unige.ch/athena/html/athome.html"> ATHENA at un2sg4</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/athena/html/athome.html"> ATHENA at hypo</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="http://www.ge-dip.etat-ge.ch/athena/html/athome.html"> ATHENA at cptic</A>] <BR> [<A HREF="../html/athome.html">Home</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="../html/authors.html">Books</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="../html/francaut.html">Litt&eacute;rature fran&ccedil;aise</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="../html/swissaut.html">Swiss authors</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="../html/arts.html">Arts and Sciences</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; <BR> [<A HREF="../html/science.html">Science texts and software</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="http://un2sg4.unige.ch/athena/mineral/mineral.html">Mineral databases</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="../html/tools.html">Tools and shareware</A>] &nbsp;&nbsp;&nbsp; [<A HREF="http://un2sg4.unige.ch/athena/search.html">Search</A>] </FONT> </CENTER>  <CENTER> <IMG SRC="../gif/rainbow.gif" WIDTH="95%" HEIGHT=3 ALT="Rainbow"> </CENTER>  <CENTER> Send comments to <A HREF="mailto:Pierre.Perroud@terre.unige.ch">Pierre.Perroud@terre.unige.ch</A> </CENTER>  <CENTER> Copyright &copy; 1996, 1998 ATHENA - Pierre Perroud. 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