<html> <head><title>         Caroline de Lichtfield, Volume Two, An e-text of the 1815 edition of the novel by Isabelle de Montolieu, prepared by Ellen Moody </title></head> <body bgcolor=#C6EFF7>                                             <center><h3><em>Caroline de Lichtfield</em></h3></center>              <hr>                                           <center><h2>IIe CAHIER DE LINDORF</h2></center>  <hr>  <table width=480> <tr><td width=60><br> <td width=420>                                                   <center>De Risberg</center>  <p>[La jeune comtesse Matilde, Volume II, pp. 31 - 40]  <p>"Ds que le comte fut assez bien remis pour soutenir le voyage, nous partmes ensemble pour Berlin.  <p>Je pris possession de ma compagnie, que je trouvai dans le meilleur tat possible; et lui se livra dans son cabinet  des tudes profondes et suivies, qui, jointes au peu d'exercice qu'il prenoit, altrrent sa sant.  Il maigrit beaucoup; et son application continuelle lui donna cette courbure dans la taille qui vous aura sans doute frappe. Mais il n'avoit plus la moindre prtention  la figure; et l'tude toit devenue chez lui une vritable passion.  <p>Il se livroit entirement  la politique.  Par un travail assidu, il se mit en tat, en deux ou trois annes, d'entreprendre [32] les ngociations les plus difficiles, et de remplir avec le plus grand succs le poste brillant qu'il occupe encore aujourd'hui.  <p>Ds notre arrive  Berlin, il m'avoit prsent chez sa tante, madame la baronne de Zastrow, celle chez qui la jeune comtesse Matilde demeuroit depuis sa naissance.  Veuve depuis quelques annes et n'ayant pas d'enfans, elle regardoit cette nice comme sa fille et son unique hritire.  Le comte chrissoit aussi sa petitte soeur, pour laquelle il avoit les soins du pre le plus tendre.  Il m'en parloit souvent  Ronebourg, et ne me cachoit point qu'il verroit avec plaisir que je m'attachasse  elle, et qu'un lien de plus vnt cimenter notre amiti.  Je trouvai Matilde  charmante; mais elle avoit  peine treize ans.  Ce n'toit encore qu'une fort aimable enfant, avec qui je jouois avec plaisir, mais qui ne m'inspiroit pas ce que m'avoit inspir Louise. Cependant, comme mon coeur toit alors parfaitement [33] libre, et que la maison de la barrone de Zastrow toit fort agrable, j'y allois rgulirement tous les jours, et j'y tois reu comme l'intime ami du comte.  <p>Matilde, surtout, m'accabloit d'amitis; elle m'appeloit son frre; elle me disoit en riant qu'elle ne voyoit presque plus le sien depuis qu'il toit si devenu si laid et si savant, et que c'toit  moi  le remplacer.  Je me prtois  ce badinage; je la nommois aussi ma soeur, ma chre petite soeur, et je me conduisois avec elle comme si elle l'et t.  <p>Quoiqu'elle ft trs-jolie et qu'elle se formt tous les jours, elle ne m'inspiroit point encore d'autres sentimens que celui d'une amiti vraiment fraternelle.  Son genre de beaut, sduisant peut-tre pour tout autre, n'toit prcisment pas celui que je prfrois.  Ce n'toient ni les traits rguliers et frappans de Louise, ni cette physionomie enchanteresse , ce regard cleste qui va [34] chercher le sentiment jusqu'au fond de l'me, cette bouche si nave, ce son de voix si touchant . . . Ah, Caroline!  un mot de plus, et ce cahier ne vous parviendroit jamais.  Laissez-moi m'occuper du comte, ne voir que lui, ne penser qu' lui, me pntrer de cette sublime ide, oublier tout le reste . . . O en tois-je? . . . Je vous parlois, je crois, de la jeune comtesse Matilde.  Vous ne devez pas l'avoir vue; elle toit  Dresde lorsque vous tiez  Berlin; et mme elle y est encore, madame de Zastrow y ayant fix son domicile . . . Elle ne ressemble point  son frre, tel du moins qu'il toit avant mon malheur.  Matilde n'est pas grande.  Le caractre de sa physionomie est la gat et la vivacit.  Tout est proportionn chez elle  sa petite taille:  c'est un petit nez retrouss, de petits yeux bleus, fins et rapprochs, une petite bouche de rose toujours prte  rire, un petit minois chiffonn, la plus jolie petite main, et le plus joli petit pied possible; [35] enfin toutes les grces de l'enfance.  Sa petite figure ronde et mutine excitoit le plaisir et la joie, mais jamais un tendre sentiment.  Elle paroissoit elle-mme incapable d'en ressentir, en sorte qu'on badinoit avec elle sans y voir aucun danger ni pour elle ni pour soi-mme . . .  <p>Cependant, insensiblement elle perdit beaucoup de cette gat foltre qui la caractrisoit. Elle rioit encore; mais le plus souvent c'toit un rire forc, bientt suivi d'un soupir.  Elle cessa peu  peu de me donner le nom de frre, et de m'en accorder les privilges.  Quand je voulois l'embrasser, elle reculoit en rougissant; et quand je l'appelois ma chre petite soeur, elle me rpondoit par un grave <em>monsieur</em>, qu'elle sembloit mme avoir de la peine  prononcer.  <p>Le comte s'aperut plutt que moi de ce changement.  Ou je suis bien tromp, me disoit-il quelquefois, ou le coeur de notre jeune tourdie commence  tre bien d'accord avec mon [36] projet. Et le vtre, mon cher Lindorf, o en est-il?  Pourrai-je bientt vous appeler mon frre?  <p>J'tois trop vrai pour cacher au comte que je n'en tois encore qu' la tranquille amiti; mais certainement, lui disois-je, mon coeur puis n'est plus capable d'aimer autrement . . . (Ah, Caroline, combien je m'abusois!)  et puisque la charmante Matilde ne le ranime pas, c'est fini pour la vie.  Dans quelle erreur vous tes!  me rpondit-il:   vingt-trois ans vous vous croyez blas sur l'amour; et vous ne le connoissez pas encore!  Votre passion pour Louise toit plutt une effervescence des sens qu'un vritable sentiment.  Son excs mme en toit la preuve, et je n'en veux pas d'autre que l'enlvement que vous mditiez.  Mon ami, quand un amant prfre son propre bonheur, son propre intrt  celui de l'objet aim, croyez que son coeur est foiblement touch.  Je souhaite que ce soit ma soeur qui vous fasse sentir la diffrence [37] de ce que vous avez prouv, au vritable amour.  Elle est assez jeune pour attendre cette heureuse poque; peut-tre mme est-ce sa grande jeunesse  qui la retarde.  Vous ne voyez encore qu'une enfant; mais cette enfant commence  devenir sensible.  Il n'y a de l qu'un pas  l'intrt plus vif qu'elle va vous inspirer.  <p>J'embrassai le comte en l'assurant que dj j'aimois assez Matilde pour m'occuper avec plaisir du temps o je l'aimerois davantage, et o je pourrois donner le nom de frre au meilleur des amis.  Mais que j'avois encore de torts  effacer,  faire oublier!  Que sa charmante soeur mritoit un coeur tout  elle, qui pt sentir tout le prix du sien!  <p>Peu de temps aprs cette conversation, il fut nomm  l'ambassade de Russie.  Nos adieux furent tendres et m'affectrent beaucoup.  Depuis mon crime (car je ne puis donner un autre nom  ce malheur), je ne fixois jamais [38] le comte sans un renouvellement de douleur et de remords.  Cette physionomie si belle, cette dmarche si noble, ce regard qui exprimoit tant de choses, me revenoient sans cesse  l'esprit.  Pour lui, il ne paroissoit rien regretter, et lorsqu'un me voyoit attacher en soupirant mes regards sur ses cicatrices, qulequefois mme me prosterner  ses pieds par un mouvement involontaire:  Bon jeune homme, me disoit-il en me relevant, et me serrant dans ses bras, un ami tel que tu le seras toujours pour moi, un coeur comme le tien mrite bien d'tre achet par la perte d'un oeil.  Peut-tre si j'avois une matresse, serois-je moins philosophe; mais, tel que je suis, je ne dsespre point de trouver une femme assez raisonnable pour m'aimer.  C'est l'amour qui fut la cause de mon malheur, c'est  lui  le rparer! . . . Ah!  sans doute il le rparera.  Le ciel est juste, il t'a donn Caroline, et je serai seul malheureux.  <p>[39] Avant de me sparer du comte, je le suppliai de me donner son portrait tel qu'il toit lorsqu'il vint  Ronebourg.  Je savois que ce portrait existoit; je voulois l'avoir pour me retracer plus fortement encore, et ma faute, et sa gnrosit.  Il me le refusa absolument. Non, mon cher ami, me dit-il, vous n'aurez mon portrait ni d'une manire ni d'une autre.  Oubliez et ma figure passe, et ma figure actuelle, comme je les oublie moi-mme; ne pensez qu' mon coeur: il vous est attach pour la vie, et sera toujours de mme.  Je n'insistai pas, parce que je le vis dcid, et qu'il me restoit une ressource.  <p>La jeune comtesse Matilde possdoit un portrait de son frre en mdaillon; mais depuis son accident elle ne le portoit plus du tout, et lui-mme, je crois,l'avoit oubli.  Elle me l'avoit montr une fois; je l'avois trouv parfait.  J'obtins d'elle, sans beaucoup de peine et sous le sceau du secret, de [40] m'en laisser prendre une copie:  c'est celle que je joins ici, Caroline, et que je vous prie d'accepter.  Vous tes la seule personne au monde  qui j'en puisse faire le sacrifice; mais je sais que vous en sentirez le prix.  Regardez-le souvent, et pensez en le regardant que la belle me qui animoit ces beaux traits existe encore, et plus pure et plus belle.  Oui, le changement mme de ses traits lui donne un nouveau lustre, et ce n'est pas pour votre poux que ces cicatrices doivent vous donner de l'horreur . . . Mais, Caroline, si vous en prouvez pour son malheureux assassin, pensez  ses remords,  son repentir,  tout ce qu'il doit souffrir en vous faisant un tel aveu, en vous conjurant d'en aimer un autre, en s'loignant de vous pour toujours.  Une telle expiation doit suffire pour effacer mon crime, et m'obtenir un gnreux  <a href="http://www.JimandEllen.org/montolieu/caroline.2.21.html">pardon</a>.  </table>   <hr>   <a href="../ellen/emhome.htm">Home</a><br> Contact <a href="mailto:emoody@osf1.gmu.edu">Ellen Moody.</a><br> Pagemaster:  <a href="mailto:pagemaster@jimandellen.org">Jim Moody.</a><br> Page Last Updated 9 January 2003 </body></html> 
