<html>  	<head> 		<meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=iso-8859-1"> 		<title>ABC&eacute;daire - Les Amateurs de Remy de Gourmont</title> 		<meta name="description" content="Abc&eacute;daire de Remy de Gourmont ." name="keywords"> 		<meta name="keywords" content="a&eacute;roplane, alcool, architecte, archives, arm&eacute;e, art, astrologie, baiser, bibliophilie, bonheur, bovarysme, bruit, caf&eacute;s, carte postale, cin&eacute;ma, critique, abc&eacute;daire, remy de gourmont, gourmont"> 		<link href="esprit.css" rel="styleSheet" type="text/css"> 	</head>  	<body> 		<center> 			<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="5" width="700"> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="aeroplanes"></a><span class="lettrine">A</span>&eacute;roplanes</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe"><b><a name="398"></a>A&eacute;roplanes </b>&#151; L'enthousiasme des feuilles est illimit&eacute;. A chaque &eacute;tape, il semble que la France ait gagn&eacute; la bataille d'Austerlitz. Le mot a &eacute;t&eacute; dit, et bien d'autres, aussi inattendus. Je ne les ai pas not&eacute;s, parce que je n'ai pas grand go&ucirc;t pour ce genre de cueillettes, et puis il y en avait trop. Pour qui ne participe que peu &agrave; ces sortes de f&ecirc;tes, cela semble singulier, mais les psychologies diff&egrave;rent et il faut admettre et chercher &agrave; comprendre honn&ecirc;tement celles qui nous sont le plus lointaines.</p> 						<p class="paragraphe">On a dit que le d&eacute;part des aviateurs pour ce qu'on appela le Circuit de l'Est avait attir&eacute;, &agrave; cinq heures du matin, cinq cent mille personnes. C'est difficile &agrave; croire, mais il est certain qu'une partie de la population manifesta du d&eacute;lire et que, sur le parcours, ces concours de peuple se renouvel&egrave;rent, plus ou moins nombreux. De quoi est fait cet enthousiasme ? Il y a d'abord la curiosit&eacute; ; on veut voir comment c'est fait, comment &ccedil;a se met en route, comment &ccedil;a vole ; ensuite la vanit&eacute;&nbsp;: pouvoir dire qu'on &eacute;tait l&agrave;, qu'on a examin&eacute; la chose en connaisseur, encore qu'on n'y connaisse rien, que d'ailleurs les sports vous passionnent, mais sans ajouter&nbsp;: surtout celui-l&agrave;, parce qu'il est le dernier venu, parce qu'il est &agrave; la mode. Il y a encore un autre &eacute;l&eacute;ment, le plus sinc&egrave;re, le plus na&iuml;f et le meilleur&nbsp;: la confiance dans l'avenir illimit&eacute; de la nouvelle d&eacute;couverte, la certitude que cela va, d&eacute;finitivement cette fois, changer la face du monde. &quot;Les rails des vieux chemins de fer, disait un de ceux-l&agrave;, c'est encore bon &agrave; quelque chose, cela aide &agrave; rep&eacute;rer sa route &quot;</p> 						<p class="paragraphe">L'id&eacute;al moderne s'est port&eacute; sur les moyens de transport. Lors de la grande fi&egrave;vre des automobiles, on parlait d&eacute;j&agrave; des chemins de fer avec un d&eacute;dain ironique. Maintenant qu'il semble que les automobiles aient toujours exist&eacute;, c'est l'aviation qui est le recours des gens &agrave; id&eacute;al. Ils ont leur plan, ils ont leur r&ecirc;ve&nbsp;: c'est demain que leur vie sera, gr&acirc;ce &agrave; l'a&eacute;roplane, d&eacute;finitivement enchanteresse. Parmi les vingt mille voyageurs qui pi&eacute;tinaient l'autre soir &agrave; la gare Saint-Lazare, combien y en a-t-il qui n'ont pas dit&nbsp;: &quot;Ah&nbsp;! quand nous aurons les a&eacute;roplanes&nbsp;!&quot;</p> 						<p class="paragraphe">Or, la destin&eacute;e de ces engins semble d&egrave;s maintenant &agrave; peu pr&egrave;s fix&eacute;e : ils pourront &ecirc;tre utilis&eacute;s, dans certaines condition, comme &eacute;claireurs, par les arm&eacute;es. S'ils ne servaient qu'&agrave; cela, ils ne serviraient &agrave; rien du tout, car toutes les arm&eacute;es en seraient bient&ocirc;t pourvues : on se tuerait r&eacute;ciproquement un peu plus vite, mais on se d&eacute;roberait &eacute;galement avec plus de facilit&eacute;, et c'est tout.</p> 						<p class="paragraphe">On n'en admirera pas moins, je pense, la merveilleuse hardiesse de ces hommes a&eacute;riens qui ont donn&eacute; tout &agrave; coup bien plus que l'on n'attendait d'eux. Ils ont atteint &agrave; l'art. Laissons l'utilit&eacute;. Quelquefois cela grandit et quelquefois cela rapetisse. Un vieux r&ecirc;ve na&iuml;f est r&eacute;alis&eacute;&nbsp;: il y a des hommes qui volent comme les oiseaux et, comme les oiseaux, quand il fait beau temps.</p> 						<p class="paragraphe">Mais comme on se rend compte, puisque la majorit&eacute; des hommes a besoin d'un id&eacute;al ext&eacute;rieur &agrave; soi-m&ecirc;me, que les religions d&eacute;clinantes d&eacute;tenaient le meilleur de tous&nbsp;! Elles seules pouvaient tout promettre et ne jamais rien r&eacute;aliser, sans que l'on songe&acirc;t &agrave; se plaindre de leurs mensonges&nbsp;! Quelle merveilleuse invention que l'au-del&agrave;&nbsp;! Ah&nbsp;! l'homme ne fait pas de progr&egrave;s dans l'illusion. Il veut maintenant toucher du doigt ses chim&egrave;res, et il les touche et les flatte. Elles lui appartenaient peut-&ecirc;tre davantage, quand elles &eacute;taient loin de sa main. (398e <i>&eacute;pilogue</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top" align="center"><a href="aeroplane.jpg" target="_blank"><img height="104" width="167" src="aeroplanev.jpg" border="0" align="top"></a></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="alcool"></a><span class="lettrine">A</span>lcool</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe"><b><a name="40"></a>L'Alcool </b>&#151;<b><font face="Symbol"> </font></b>La science se plaint des ravages de l'alcoolisme, <font face="Symbol"><b>&frac34;</b></font> mais qui inventa l'alcool, &quot;industrialisa&quot; l'alcool, sinon la science elle-m&ecirc;me ? Et pourquoi vient-elle renier son &#339;uvre et ses cons&eacute;quences in&eacute;vitables ? Stupide Science qui dit &agrave; l'homme : voici un verre de joie, ne le bois pas, cela te ferait mal au c&#339;ur ! N'&eacute;coute pas, peuple, les remords de la Science, bois, saoule-toi, an&eacute;antis dans l'oubli la moiti&eacute; de tes heures de labeur ; trempe ta soupe &agrave; l'eau-de-vie, &#151; en attendant qu'on te vole ce plaisir-l&agrave;, comme on t'a vol&eacute; tous les autres, peuple triste, peuple sans espoir, chair &agrave; mitraille, &agrave; fi&egrave;vre, &agrave; gr&egrave;ve et &agrave; famine. Ah ! sale peuple, quand l'eau-de-vie vaudra un louis la bouteille, tu ne te saouleras plus et tu pourras te regarder vivre, et on rognera de ton salaire la part de l'ivresse et on la mettra &agrave; la caisse d'&eacute;pargne &#151; pour la Patrie. (40e <i>&eacute;pilogue</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top" align="center"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="architectes"></a><span class="lettrine">A</span>rchitectes</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe"><a name="422"></a><b>Architectes </b>&#151;<b> </b>J'avoue que l'affaire Ch&eacute;danne m'avait d'abord fort r&eacute;joui. Non que j'en veuille particuli&egrave;rement &agrave; cet honorable hors concours, d&eacute;cor&eacute; de plusieurs ordres, mais les architectes me sont tous horrifiques. Pendant que l'on en tient un, me disais-je, on va, j'esp&egrave;re, lui faire subir quelques supplices choisis, analogues &agrave; ceux qu'ils nous infligent sans rel&acirc;che, et je regrettais mentalement l'abolition de la torture. Je n'avais qu'un regret, c'est<b> </b>que celui sur lequel on avait mis la main ne f&ucirc;t pas celui qui a perp&eacute;tr&eacute; les<b> </b>clochetons infamants de la &quot;Samaritaine&quot;. Je ne pouvais proposer s&eacute;rieusement qu'on le<b> </b>pendit au pendentif de l'une de ses pagodes biscornues. &quot;Nous y<i> </i>avons pens&eacute;, m'aurait-on dit, mais ce n'est pas lui le coupable. &#151; Qu'importe&nbsp;! Il est de la corporation&nbsp;!&quot; Mais je me fusse heurt&eacute; &agrave; toutes sortes de difficult&eacute;s administratives et judiciaires. Ce sera, souhaitons-le fermement, pour une autre fois. Avec quel bonheur les<b> </b>Parisiens ne verraient-ils pas gigoter &agrave; l'immonde potence l'&ecirc;tre sans go&ucirc;t, sans piti&eacute; qui a d&eacute;shonor&eacute; les<b> </b>bords de la Seine&nbsp;! Allez voir cette ordure, si vous l'ignorez encore et, si vous n'avez pas les nerfs trop sensibles, gagnez les environs de l'Institut et de la Monnaie, sur le quai Conti, d'o&ugrave; l'on voit bien &quot;ce petit morceau d'architecture fantastique dans le go&ucirc;t esquimau, rickapoo, ou hottentot&quot;, comme dit Edgar Poe ; et vous ne pourrez que murmurer (oh&nbsp;! tout bas) les mots m&eacute;morables de Mallarm&eacute; qui semblent inspir&eacute;s par les architectes modernes : &quot;Les cochons&nbsp;! les cochons&nbsp;! les cochons&nbsp;!&quot; (422<sup>e </sup><i>&eacute;pilogue</i>)</p> 						<p class="paragraphe">&quot;<a href="../de_rg/oeuvres/textes_epilogues4.htm#434" target="_blank">Architecture&quot; (434e &eacute;pilogue)</a></p> 						<p class="paragraphe"><a href="../de_rg/oeuvres/textes_dissociations.htm#architectes">Architectes</a></p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="archives"></a><span class="lettrine">A</span>rchives</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="laffairedesarchives"></a>L'AFFAIRE DES ARCHIVES</center> 						<p class="paragraphe">Les Archives Nationales sont un ancien h&ocirc;tel tr&egrave;s beau et tr&egrave;s ancien o&ugrave; l'on entasse toutes les paperasses administratives dont les minist&egrave;res n'ont plus besoin. Qui en a besoin ? Personne. Mais on pense aux futurs historiens et l'on classe et l'on fic&egrave;le et l'on &eacute;tiqu&egrave;te. Pourtant, apr&egrave;s avoir admis tout, on r&eacute;fl&eacute;chit. Est-ce que ce tas sera vraiment utile, m&ecirc;me &agrave; un historien de petits papiers ? Il y a une limite &agrave; la curiosit&eacute; et il y en a une &agrave; la patience, il y en a une &agrave; la place surtout. Alors, on liquide une s&eacute;rie, puis une autre et l'on se sent meilleur.</p> 						<p class="paragraphe">Voil&agrave; enfin quelques &eacute;tag&egrave;res libres pour ce qui peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme de vrais documents. A la suite d'une de ces liquidations, on a beaucoup cri&eacute; contre le directeur des Archives, M. Langlois. &quot;Comment ! vous faites mettre au pilon les sources m&ecirc;mes de l'histoire de France !&quot; &#151; &quot;J'en serais bien surpris, pourrait r&eacute;pondre M. Langlois. Je me d&eacute;barrasse de ce qui emp&ecirc;cherait nos neveux de voir l'histoire d'aujourd'hui. Ne confondez pas les broussailles avec les jeunes arbres.&quot; Et puis, quand m&ecirc;me il y aurait un peu d'arbitraire dans les choix que fait le directeur des Archives, il aurait encore raison. Ne sait-on pas avec quelle rapidit&eacute; s'entassent et montent les vieux dossiers de la Cour des Comptes ? A peine inaugur&eacute;, l'h&ocirc;tel qu'on lui a construit menace d'&ecirc;tre insuffisant. Le papier g&acirc;ch&eacute; est un ennemi redoutable. Il s'avance, il inonde, il noie. Qu'on &eacute;tablisse des r&egrave;glesde d&eacute;blaiement, mais que l'on d&eacute;blaie. Ne pensez pas seulement aux Archives d'aujourd'hui, pensez &agrave; celles de demain, &agrave; celles d'apr&egrave;s demain. Voyez, en un autre domaine, mais tout proche, celui du livre, o&ugrave; nous m&egrave;ne la manie de tout conserver ! Mesurez l'inondation dans cent ans, c'est-&agrave;-dire doublez la Biblioth&egrave;que nationale ; dans deux si&egrave;cles, doublez encore, et ainsi de suite. Un jour viendra o&ugrave; le calife Omar sera consid&eacute;r&eacute; comme undes bienfaiteurs de l'humanit&eacute;. (<i>Nouvelles Dissociations</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="armee"></a>A</span>rm&eacute;e</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lage"></a>L'AGE</center> 						<p class="paragraphe">L'habit militaire met ceux qui le portent &agrave; l'abri des atteintes de l'&acirc;ge. Une fois entr&eacute; dans ces &eacute;toffes de diverses couleurs, g&eacute;n&eacute;ralement rouges pour le pantalon et noires pour le dolman, l'homme participe du fer, du bronze, du marbre, du zinc et du caoutchouc. A quarante ans, il fait la culbute comme un &eacute;colier ou comme un &eacute;l&egrave;ve du Coll&egrave;ge d'athl&egrave;tes. A quarante-cinq ans, il entre dans l'adolescence, passe ses derniers examens et se pr&eacute;pare &agrave; la vie s&eacute;rieuse. A cinquante ans, il est propre au mariage et &agrave; la procr&eacute;ation. Vient l'&acirc;ge m&ucirc;r, qui le m&egrave;ne jusqu'&agrave; soixante-dix ans et au del&agrave;, parfois jusqu'&agrave; l'&acirc;ge de Mathusalem. &laquo; Il est tout jeune, disait un g&eacute;n&eacute;ral d'un de ses coll&egrave;gues, tout jeune. Songez qu'il n'a que cinquante-quatre ans ! &raquo; Cette appr&eacute;ciation serait folle si elle s'appliquait &agrave; un civil, mais l'uniforme pr&eacute;serve et conserve, en m&ecirc;me temps que, je ne sais par quelle force inhibitrice, il s'oppose au d&eacute;veloppement des grandes forces martiales du commandement et de l'organisation : un militaire n'est plus apte au r&ocirc;le de Cond&eacute;, de Napol&eacute;on, de Desaix, de Marceau qu'&agrave; un &acirc;ge qui, pour les humains ordinaires, se dirait &quot;tr&egrave;s avanc&eacute;&quot;, et c'est sans doute pour cela qu'il n'y a plus de grands g&eacute;n&eacute;raux. Ils sont tous morts avant d'avoir atteint l'&acirc;ge du g&eacute;nie militaire. Des hommes de bien se sont &eacute;mus de cette situation singuli&egrave;re, qu'ils ont &eacute;tudi&eacute;e sans r&eacute;sultat appr&eacute;ciable sous le nom de &laquo; rajeunissement des cadres &raquo;. Mon incomp&eacute;tence me commande de m'arr&ecirc;ter l&agrave;. Je me suis born&eacute; &agrave; rassembler quelques vues nouvelles qui pourraient, il me semble, servir de point de d&eacute;part &agrave; une science nouvelle : la biologie militaire. Plus modestement, on pourrait tenter un essai sur l'influence du drap d'uniforme, des galons et plumets sur l'&eacute;volution organique de l'homme. On voit le genre. (<i>Dissociations</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="art"></a>A</span>rt</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							REPONSE&nbsp;A&nbsp;UNE&nbsp;ENQUETE (1899) 							<p><a name="surlindependancedelart"></a>Sur l'ind&eacute;pendance de l'art</p> 						</center> 						<p class="paragraphe">Il y a dans le livre de Tolsto&iuml; une d&eacute;finition &#151; ou une explication &#151; de l'art qui n'est pas mauvaise; on peut dire en la prenant pour point de d&eacute;part : L'art est l'expression de la Beaut&eacute;. &#151; L'Art est de la beaut&eacute; exprim&eacute;e par une &#339;uvre humaine. &#151; Une &#339;uvre d'art est une &#339;uvre o&ugrave; l'homme a traduit, au moyen de formes sensibles ou intellectuelles, l'id&eacute;e ou la sensation du beau.</p> 						<p class="paragraphe">On peut dire encore plusieurs choses, toutes parfaitement inutiles, quoique justes et vraies; mais on ne peut pas dire :</p> 						<p class="paragraphe">&quot;L'art constitue un moyen de communion entre les hommes s'unissant par les m&ecirc;mes sentiments,&quot; car cette d&eacute;finition s'appliquerait indiff&eacute;remment &agrave; la religion, &agrave; la morale, au patriotisme, &agrave; la science, &agrave; toutes les activit&eacute;s qui ont une valeur sociale.</p> 						<p class="paragraphe">L'art a un but particulier et tout &agrave; fait &eacute;go&iuml;ste : il est son but &agrave; lui-m&ecirc;me. Il ne se charge volontiers d'aucune mission, ni religieuse, ni sociale, ni morale. Il est le jeu supr&ecirc;me de l'humanit&eacute;; il est le signe de l'homme ; il est la marque du d&eacute;sint&eacute;ressement intellectuel. Il affirme le divin ; il tend &agrave; sortir des contingences ; il se veut libre, il se veut inutile, il se veut absurde, c'est-&agrave;-dire en d&eacute;saccord avec les forces m&ecirc;mes de la nature qui tiennent l'homme dans une &eacute;troite servitude.</p> 						<p class="paragraphe">Si l'on donne &agrave; l'art un but de moralit&eacute;, il cesse d'&ecirc;tre, puisqu'il cesse d'&ecirc;tre inutile. II est impossible qu'une &#339;uvre soit voulue en m&ecirc;me temps d'art et de moralit&eacute;; l'antinomie est absolue.</p> 						<p class="paragraphe">Cependant la tendance des hommes est de faire servir &agrave; leurs besoins m&ecirc;me l'inutile. C'est ainsi que l'on attribue &agrave; telles &#339;uvres d'art pur une signification seconde, surajout&eacute;e arbitrairement et tellement factice qu'on peut l'&ocirc;ter, la remettre, la changer &#151; comme ces robes des idoles espagnoles  &#151; sans que l'&#339;uvre ait rien perdu de son caract&egrave;re d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; : elle y gagne parfois un nouveau sourire d'ironie et de piti&eacute;.</p> 						<p class="paragraphe">Il arrive aussi que tel grand &eacute;crivain, comme Tolsto&iuml;, croyant faire &agrave; la fois de l'art et de la morale, a fait de l'art pur, malgr&eacute; son d&eacute;sir et malgr&eacute; sa volont&eacute;. Cela est rare et les hommes de g&eacute;nie eux-m&ecirc;mes sont punis, le plus souvent, et r&eacute;duits &agrave; la m&eacute;diocrit&eacute;, quand ils ont voulu se servir de l'art, au lieu de le servir. Je ne demande pas que, dans le d&eacute;sarroi futur, on respecte ce refuge supr&ecirc;me. Si tous les sanctuaires doivent &ecirc;tre d&eacute;truits, celui-l&agrave; ne sera pas &eacute;pargn&eacute; et il est tr&egrave;s probable que les prochaines civilisations, enti&egrave;rement utilitaires, mat&eacute;rialistes, scientifiques et morales, se soucieront peu de jouer &agrave; faire des tableaux, des po&egrave;mes ou des d&ocirc;mes. Si elles admettent encore une sorte d'art, cela sera de l'art &quot;social&quot;, &#151; pour que l'art soit ni&eacute; sous son propre nom.</p> 						<p class="paragraphe">Ainsi Tolsto&iuml;, dont les paroles m'&eacute;pouvantent, aura raison dans l'avenir, - &agrave; moins que l'avenir &eacute;chappe aux constructeurs de soci&eacute;t&eacute;s, &agrave; moins qu'il ne ressemble, tout bonnement, et au pr&eacute;sent et au pass&eacute;. (<i>Le Chemin de velours</i>)</p> 						<p class="paragraphe"></p> 						<p class="paracadregourmont"><a href="../de_rg/oeuvres/textes_promenadeslitteraires7.htm#lesensartistique" target="_blank">Le sens artistique du public contemporain ?</a></p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="astrologie"></a>A</span>strologie</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lastrologie"></a>L'ASTROLOGIE</center> 						<p class="paragraphe">Ce qui maintient un certain cr&eacute;dit &agrave; l'astrologie, dont un proc&egrave;s r&eacute;cent rappelait l'existence, c'est l'antiquit&eacute; de son origine, les mages, la Chald&eacute;e, son r&ocirc;le dans l'histoire de France, la c&eacute;l&eacute;brit&eacute; de quelques-uns de ses adeptes et m&ecirc;me de ses ma&icirc;tres, car enfin K&eacute;pler ne fut pas seulement un des fondateurs de l'astronomie, il tirait des horoscopes et y gagnait sa vie. Pour chim&eacute;rique qu'elle soit, c'est une science distingu&eacute;e, propre et qui entre en conciliabule avec les sept plan&egrave;tes, en quoi elle est bien sup&eacute;rieure &agrave; la rhabdomancie, la chiromancie, la g&eacute;omancie, voire au marc de caf&eacute;. Il y a donc encore des astrologues. J'en ai connu quelques-uns, parmi lesquels M. Ely Star, pr&eacute;sentement en cause. M. Ely Star avait le d&eacute;faut, ou l'agr&eacute;ment, d'escamoter fort adroitement les pi&egrave;ces de cent sous. Il les rendait d'ailleurs apr&egrave;s les avoir aval&eacute;es fort prestement. Cela lui valait des murmures flatteurs parmi la soci&eacute;t&eacute;. C'&eacute;tait, quand je le vis, un astrologue bon enfant et qui vous d&eacute;voilait volontiers les arcanes. Un autre, M. L. D. B., &eacute;tait plus gourm&eacute;, presque taciturne. Il ne parlait qu'apr&egrave;s d&icirc;ner et pourvu qu'il e&ucirc;t trouv&eacute; un louis sous sa serviette. C'&eacute;tait un astrologue cher. Il ne vous d&eacute;voilait pas votre horoscope &agrave; moins de cent francs. Cela contrariait Huysmans qui, dou&eacute; de toutes les cr&eacute;dulit&eacute;s, lui aurait volontiers demand&eacute;, sur le tard, le secret de sa destin&eacute;e. Les astrologues ont toujours des fid&egrave;les. Le syst&egrave;me plan&eacute;taire est plus productif pour eux que pour les astronomes. Ils le vendent d'ailleurs sous toutes les formes et surtout sous la forme talismanique. Comme &agrave; chaque plan&egrave;te correspond une pierre pr&eacute;cieuse particuli&egrave;re, le talisman a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; dans la bijouterie. On ne doute pas de la valeur d'un talisman qui a pris la forme d'une bague orn&eacute;e, un diamant de beaucoup de carats. L'astrologue est beaucoup plus malin que l'on ne croit. (<i>Dissociations</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="baiser"></a>B</span>aiser</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lebaiser"></a>LE BAISER</center> 						<p class="paragraphe">Rien ne m'amuse comme de lire dans une revue b&ecirc;tement scientifique (car il y a une qualit&eacute; de science qui augmente la b&ecirc;tise humaine) une diatribe contre le baiser. Tous les paradoxes sont d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s. Il y a des gens qui vous enseignent tranquillement que le baiser est un exercice anti-hygi&eacute;nique. Je le croirais assez volontiers, mais cela m'est, et quasi &agrave; tout le monde, je suppose, parfaitement &eacute;gal. A vrai dire, tout est anti-hygi&eacute;nique, tout est malpropre, et la vie elle-m&ecirc;me, mais il y a des choses qui sont malproprement agr&eacute;ables et d'autres malproprement d&eacute;sagr&eacute;ables. Pour vivre selon les pr&eacute;ceptes de la science des imb&eacute;ciles, il faudrait &eacute;viter les unes comme les autres. Vraiment, il vaut mieux s'en tenir &agrave; la vieille notion de la propret&eacute; vulgaire, celle qui se confond avec la d&eacute;cence, et pour le reste se livrer bravement &agrave; ses instincts. C'est ce que fait l'humanit&eacute; civilis&eacute;e et c'est ce qu'elle fera toujours, en se moquant des p&eacute;dagogues scientifiques, qui ont &agrave; peu pr&egrave;s la mentalit&eacute; d'un m&eacute;decin de Moli&egrave;re. Les amants se baisent sur les l&egrave;vres et le professeur d'hygi&egrave;ne surgit : &quot;Malheureux, que faites-vous ? Vous ignorez donc que la salive contient tels et tels microbes et quelquefois d'autres plus dangereux encore ? Regardez-vous, mais ne vous touchez pas, surtout avec les l&egrave;vres. La science le d&eacute;fend.&quot; Je ne crois pas que le jour vienne jamais o&ugrave; les amants se d&eacute;tourneront de leur plaisir, effray&eacute;s et ob&eacute;issants. Pourtant les hommes sont si b&ecirc;tes et ils sont si peureux ! Non, pas &agrave; ce point-l&agrave;. Les amants r&eacute;pondront toujours : &quot;Notre amour est plus fort que la peur. Notre d&eacute;sir est plus fort que la vie.&quot; Et ainsi la sensibilit&eacute;, qui a cr&eacute;&eacute; la civilisation, la sauvera de la tyrannie du scientisme dogmatique. (<i>Dissociations</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top"> 						<div align="center"> 							<a href="baiser01.jpg" target="_blank"><img height="115" width="104" src="baiser01v.jpg" border="0" align="top"></a> 							<p><i>Un c&#339;ur virginal</i>, illustr&eacute; par Sim&eacute;on.</p> 						</div> 					</td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="bibliophilie"></a><span class="lettrine">B</span>ibliophilie</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lamedubibliophile"></a>L'AME&nbsp;DU&nbsp;BIBLIOPHILE</center> 						<p class="paragraphe">Il n'est pas toujours facile de p&eacute;n&eacute;trer dans l'&acirc;me d'un bibliophile, de d&eacute;m&ecirc;ler les raisons pour lesquelles il convoite un livre, en d&eacute;daigne un autre. Le bibliophile est un &ecirc;tre fort subtil et beaucoup moins fol que le public ne le croit. Fini, le temps o&ugrave; on pouvait encore se le repr&eacute;senter sous les traits dessin&eacute;s par La Bruy&egrave;re, enferm&eacute; dans sa tannerie et couvant d'un &#339;il jaloux des livres magnifiquement reli&eacute;s et qu'il n'ouvrait jamais. Fini de se le figurer comme un maniaque n'ayant d'autre motif &agrave; pr&eacute;f&eacute;rer une &eacute;dition que la faute d'impression qui la d&eacute;pare. Le bibliophile contemporain doit &ecirc;tre un homme de go&ucirc;t, avoir des lettres et savoir se d&eacute;cider autant pour des motifs litt&eacute;raires que pour des motifs mat&eacute;riels ou de pure curiosit&eacute;. Il doit suivre la mode, n&eacute;cessairement, mais avec prudence et ne pas craindre de d&eacute;daigner ce qu'elle pr&ocirc;ne sans raisons valables, de rechercher ce qu'elle n&eacute;glige. Il doit avoir, ce qui a trop manqu&eacute; &agrave; beaucoup de ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs, l'esprit critique, ne pas moins se conna&icirc;tre en litt&eacute;rature qu'en papiers et en parfaits tirages. Son affaire est de conserver intacts des livres dont le texte offre une valeur certaine, de les conserver avec toute la fra&icirc;che apparence qu'ils eurent &agrave; leur apparition. C'est de l&agrave; que vient l'extr&ecirc;me importance qu'ils attachent &agrave; leur couverture et vraiment il faudrait &ecirc;tre un barbare pour se moquer d'un tel souci, car la couverture est une peau et jamais &eacute;corch&eacute; ne fut tr&egrave;s s&eacute;duisant. C'est gr&acirc;ce aux bibliophiles que l'on saura un jour comment &eacute;taient faits nos livres et quelle &eacute;tait leur beaut&eacute; ext&eacute;rieure, car seuls ils exigent des papiers durables et seuls ils savent les v&ecirc;tir avec soin. Tous les &eacute;crivains doivent aimer les bibliophiles. (<i>Petits crayons</i> &amp; <i>Le Chat de mis&egrave;re</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="bonheur"></a>B</span>onheur</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lebonheur"></a>LE BONHEUR</center> 						<center> 							 						</center> 						<p class="paragraphe">Deux milliardaires, Am&eacute;ricains n&eacute;cessairement, interrog&eacute;s par un journal sur leur pr&eacute;sent &eacute;tat d'&acirc;me, ont r&eacute;pondu qu'ils &eacute;taient heureux, aussi heureux qu'il est possible de l'&ecirc;tre en ce monde. Cela va confirmer le populaire dans sa traditionnelle croyance que, malgr&eacute; l'adage &eacute;galement traditionnel, c'est l'argent qui fait le bonheur et qu'on ne saurait en poss&eacute;der trop, et qu'il faut tout sacrifier &agrave; sa possession, exactement comme un chr&eacute;tien devrait sacrifier tout &agrave; la conqu&ecirc;te de la bienheureuse vie &eacute;ternelle. Il est bien certain que je ne saurai jamais par exp&eacute;rience si un, deux, trois ou six milliards entra&icirc;nent fatalement avec soi le bonheur, mais, en d&eacute;pit de l'aveu touchant de ces messieurs, j'en doute. Je crois fermement qu'il peut tr&egrave;s bien arriver qu'un homme tr&egrave;s riche, encore jeune et d'une sant&eacute; ordinaire, &eacute;prouve un profond d&eacute;go&ucirc;t de la vie. Il y en a d'ailleurs des exemples, comme il y a des exemples encore plus nombreux, &eacute;tant plus faciles &agrave; r&eacute;aliser, de bonheurs parfaits fond&eacute;s sur une m&eacute;diocrit&eacute; horatienne. C'est donc le vieux proverbe qui aurait raison, s'il n'est pas plus juste de dire que le bonheur est un &eacute;tat de hasard, qu'on le gagne comme on gagne le gros lot &agrave; la loterie, qu'on n'en conna&icirc;t pas les conditions, ni la recette, et que d'ailleurs c'est peut-&ecirc;tre un &eacute;tat inconscient, donc qui &eacute;chappe &agrave; notre jugement. Oui, &ecirc;tre heureux, autrement que de fa&ccedil;on tr&egrave;s passag&egrave;re, aigu&euml; et fugitive c'est l&agrave; un &eacute;tat qui ne peut entrer dans la conscience ni m&ecirc;me se concevoir ext&eacute;rieurement. C'est probablement un &eacute;tat chim&eacute;rique. Aussi les religieux modernes, qui s'en servent comme d'un app&acirc;t, ont-ils plac&eacute; le bonheur dans une vie future o&ugrave; il est inv&eacute;rifiable. Les religions anciennes, qui n'&eacute;taient qu'une m&eacute;thode pour &eacute;viter le plus grand malheur, &agrave; savoir la col&egrave;re des dieux, n'avaient pas cette astuce et elles furent vaincues. Le bonheur est entr&eacute; dans l'imagination des hommes. Est-ce un bienfait ? (<i>Dissociations</i>)</p> 						<p class="paragraphe">Ni l'amiti&eacute;, ni l'amour ne sont des biens ext&eacute;rieurs &agrave; l'homme ; ils sont en lui. Pour &ecirc;tre aim&eacute;, il faut aimer d'abord. Celui-l&agrave; seul ne rencontre ni l'amiti&eacute;, ni l'amour, qui n'est capable ni d'amiti&eacute; ni d'amour. Le pessimiste ne serait-il d&eacute;cid&eacute;ment qu'un enfant qui boude dans son coin ? Allons, surmontez votre amour-propre, avancez-vous, faites un beau sourire. Pourquoi voulez-vous qu'on ne vous r&eacute;ponde pas ? Le sourire appelle le sourire. Pour &ecirc;tre heureux, il faut faire d'abord les gestes du bonheur. (&quot;Un homme qui pense&quot;, <i>Promenades litt&eacute;raires</i>, 1904.)</p> 						<p class="paragraphe"></p> 						<p class="paragraphe"><a href="../de_rg/oeuvres/textes_petitscrayons.htm#philosophie" target="_blank">Philosophie</a></p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top" align="center"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="bovarysme"></a>B</span>ovarysme</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe">[...] Les deux forces qui m&egrave;nent les hommes sont le d&eacute;sir de vivre et le d&eacute;sir de savoir, le sentiment et la curiosit&eacute;, l'amour et la science. Le drame de la vie, c'est le conflit entre ces deux forces, c'est la lutte que nous menons tant&ocirc;t contre l'une, tant&ocirc;t contre l'autre. Quand elle se laisse dominer par l'instinct vital, l'humanit&eacute; peut vivre une intense vie mat&eacute;rielle, mais elle la vit stupidement ; si elle ob&eacute;it aveugl&eacute;ment &agrave; l'instinct de connaissance, elle peut monter tr&egrave;s haut dans les r&eacute;gions intellectuelles, mais aux d&eacute;pens des n&eacute;cessit&eacute;s pratiques. La sup&eacute;riorit&eacute; dans les hommes, ainsi que dans les nations, s'obtient quand les deux forces se font &eacute;quilibre, quand la floraison intellectuelle est le r&eacute;sultat logique d'une forte vitalit&eacute; mat&eacute;rielle.</p> 						<p class="paragraphe">Cet &eacute;quilibre est extr&ecirc;mement rare et quand il se produit, ce n'est que pour un instant. Individus et peuples se laissent inconsciemment dominer par l'une de ces forces et se trouvent, selon le cas, ou maintenus dans un &eacute;tat voisin de l'animalit&eacute;, ou exalt&eacute;s sans mesure intellectuellement.</p> 						<p class="paragraphe">Des deux &eacute;tats absolus, le moins naturel &agrave; l'homme est assur&eacute;ment l'&eacute;tat intellectuel. Une certaine dose d'intelligence provoque dans l'animal humain une ivresse singuli&egrave;re ; il se met &agrave; se concevoir autre qu'il n'est r&eacute;ellement, il se croit appel&eacute; &agrave; mener une vie enti&egrave;rement diff&eacute;rente de celle qui lui est assign&eacute;e par la destin&eacute;e. M. Jules de Gaultier appelle cette maladie des civilis&eacute;s le <i>bovarysme</i>, d'apr&egrave;s l'h&eacute;ro&iuml;ne de Flaubert, Madame Bovary, qui en fut atteinte &agrave; un degr&eacute; aigu. Petite bourgeoise campagnarde destin&eacute;e &agrave; une vie honn&ecirc;te et calme, sans passions, sans aventures, elle s'imagine un jour, sous l'influence des id&eacute;es romantiques, que le bonheur, c'est le r&ecirc;ve exalt&eacute;, l'amour fougueux, l'irr&eacute;gularit&eacute;, et elle meurt victime de son illusion. Presque tous les personnages de Flaubert, le Fr&eacute;d&eacute;ric de <i>l'Education sentimentale</i> aussi bien que les bonshommes de <i>Bouvard et P&eacute;cuchet</i>, sont atteints du m&ecirc;me mal ; mais ils gu&eacute;rissent, reconnaissent leur erreur, finissent par revenir &agrave; la vie normale. C'&eacute;tait donc Emma Bovary qu'il fallait prendre comme type de cette aberration particuli&egrave;re ; le mot <i>bovarysme</i> est, d'ailleurs, des plus heureux et il est tr&egrave;s probable qu'il restera et entrera dans la langue, o&ugrave; il comblera une lacune.</p> 						<p class="paragraphe">Tous les jours des m&eacute;decins d&eacute;couvrent des maladies nouvelles ; cela veut dire, non pas que ces maladies soient r&eacute;ellement nouvelles, mais bien qu'on ne les avait pas encore diff&eacute;renci&eacute;es d'avec les autres maladies connues. Le <i>bovarysme</i> est dans le m&ecirc;me cas ; il a toujours exist&eacute;, mais on le confondait avec diverses autres maladies de notre esprit, l'amour-propre, la vanit&eacute;, la suffisance, l'ambition, l'inqui&eacute;tude, l'inconstance. Il y a un peu de tout cela dans le bovarysme, mais son essence est tr&egrave;s diff&eacute;rente et tr&egrave;s particuli&egrave;re, puisqu'il suppose que le personnage qui en est atteint se d&eacute;veloppe dans un sens absolument oppos&eacute; &agrave; sa personnalit&eacute; r&eacute;elle.</p> 						<p class="paragraphe">Il n'est presque personne qui ne soit plus au moins atteint de bovarysme, qui fasse exactement le m&eacute;tier pour lequel il a les meilleures aptitudes. Le monde, sans cela, serait moins plein de fausses vocations, de faux talents, de fausses passions. Mais cette maladie, du moins, est un principe de mouvement ; pouss&eacute;s par leur illusion, beaucoup de gens se remuent dans la vie, qui, enti&egrave;rement sains, demeureraient immobiles dans leur coin. Il arrive m&ecirc;me que le bovarysme r&eacute;ussit et qu'un homme, qui veut tr&egrave;s fermement exercer un m&eacute;tier pour lequel il n'&eacute;tait pas fait, arrive &agrave; y devenir ma&icirc;tre. C'est un bovarysme de ce genre que M. Jules de Gaultier a cru d&eacute;couvrir dans les Goncourt. En se basant sur les aveux m&ecirc;me de leur <i>Journal</i>, il les montre n'acqu&eacute;rant le style que par un labeur terrible, par des s&eacute;ances de travail qui les couchaient &eacute;puis&eacute;s comme des man&#339;uvres qui ont abus&eacute; de leur force. Evidemment, s'ils &eacute;taient dou&eacute;s d'une des qualit&eacute;s indispensables &agrave; l'&eacute;crivain, la facult&eacute; de voir, d'observer la vie, ils ne poss&eacute;daient qu'&agrave; un degr&eacute; bien moindre l'autre don indispensable, le style spontan&eacute;. &quot;A mon sentiment, &eacute;crit Edmond de Goncourt, mon fr&egrave;re est mort du travail et surtout de l'&eacute;laboration de la forme, de la ciselure de la phrase.&quot; Si c'est vrai, c'est effroyable. D'autres pages du m&ecirc;me <i>Journal</i> nous montrent les deux fr&egrave;res, dans une sorte de folie du style, &quot;chercher l'insomnie pour avoir la bonne fortune des fi&egrave;vres de la nuit&quot; ou bien &quot;tendre &agrave; les rompre, sur une concentration unique, toutes les cordes de leur cerveau&quot;. Je pense que l'on reconna&icirc;t le travail normal, l&eacute;gitime, &agrave; ceci : qu'il est ex&eacute;cut&eacute; joyeusement et sans fatigue. L'apparition de la fatigue est le signe que la mesure est comble.</p> 						<p class="paragraphe">Le bovarysme peut donc, quand l'homme est dou&eacute; d'une forte volont&eacute;, avoir les effets de l'activit&eacute; naturelle. Quand cela se produit, il est bien difficile de se rendre compte si la vocation &eacute;tait v&eacute;ritable ou factice. En somme on ne sait jamais bien ce qu'un homme aurait d&ucirc; faire, pour remplir sa destin&eacute;e ; pour se concevoir autre que ce que l'on est r&eacute;ellement, il faudrait &ecirc;tre quelque chose de fixe, et l'homme vit en perp&eacute;tuel changement. Ces r&eacute;flexions que M. Jules de Gaultier n'a pas manqu&eacute; de faire l'ont conduit &agrave; consid&eacute;rer le bovarysme au moins dans son principe, comme l'une des causes de l'id&eacute;e d'&eacute;volution et l'un des moteurs de l'&eacute;volution elle-m&ecirc;me.</p> 						<p class="paragraphe">M. Jules de Gaultier, avec une probit&eacute; logique excessive, a fait contre son propre syst&egrave;me philosophique des objections qu'il est possible de ne pas admettre, et dont le principal r&eacute;sultat sera, d'ailleurs, d'augmenter l'admiration de ses lecteurs pour la lucidit&eacute; de sa pens&eacute;e et l'ing&eacute;niosit&eacute; hardie de son esprit philosophique. (&quot;Un nouveau philosophe. Jules de Gaultier&quot;, <i>Promenades litt&eacute;raires</i>, 1904)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top" align="center"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="bruit"></a><span class="lettrine">B</span>ruit</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							<a name="lephonographe"></a>LE&nbsp;PHONOGRAPHE</center> 						<p class="paragraphe">Le paysage est vraiment tr&egrave;s agr&eacute;able au pied de cette colline de Saint-Adrien, dent&eacute;e de ses quatre tours de pierre blanche, o&ugrave; s'enfonce le profil de la petite chapelle creus&eacute;e dans le roc. La Seine coule entre deux rives de feuillages et de roseaux que le vent couche comme de grands &eacute;pis. Le ciel est tout pommel&eacute; d'un orage proche. Il ne passe personne sur la route et, sur le fleuve, on n'aper&ccedil;oit que la barque du passeur. Je suis assis dans un grand verger de pommiers o&ugrave; sont sem&eacute;es des tables et des chaises pour les promeneurs du dimanche. Aujourd'hui, c'est le grand silence, qui est comme soulign&eacute; par le tonnerre des trains qui franchissent les deux ponts de fer d'Oissel, et j'&eacute;cris &agrave; une personne lointaine qui a go&ucirc;t&eacute; le charme de ce paysage et qui pense peut-&ecirc;tre, &agrave; cette heure, au plaisir que j'y prends. Tout est doux. Une femme cueille des pommes vertes. Au loin, derri&egrave;re les &icirc;les, un remorqueur tra&icirc;ne une file lente de p&eacute;niches. Et, tout &agrave; coup, d'une auberge voisine, un phonographe graillonne et vomit un refrain de caf&eacute;-concert, simule la voix &eacute;br&eacute;ch&eacute;e d'un pitre. Alors, le paysage fuit, l'air s'alourdit, comme empuanti par cet air canaille, la m&eacute;lancolie et le r&ecirc;ve disparaissent, on est transport&eacute; devant les planches o&ugrave; s'agitent les ineptes fantoches. H&eacute;las ! on entend jusqu'aux applaudissements d'une foule ivre d'ineptie ! On prot&egrave;ge les paysages contre les affiches, qui, du moins, sont muettes. Qui les prot&eacute;gera contre le bruit, le bruit stupide et salissant ? Mais voici le petit bateau blanc. Nous partons, cependant qu'un vieux p&ecirc;cheur explique &agrave; un citadin la diff&eacute;rence qu'il y a entre un canot et une yole. (<i>Le Chat de mis&egrave;re</i>)</p> 						<p><a href="../de_rg/oeuvres/textes_petitscrayons.htm#lebruit" target="_blank">Le bruit</a></p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="cafes"></a><span class="lettrine"><b>C</b></span><b>af&eacute;s</b></h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe"><b>Autres po&egrave;tes, autres bustes</b>. <font face="Symbol"><b>&frac34;</b></font> La place leur devient mesur&eacute;e. J'entendais donc dire l'autre jour qu'on pourrait orner de leur effigie les lieux m&ecirc;mes qu'ils orn&egrave;rent le plus souvent de leur pr&eacute;sence. L'on verrait ainsi Mor&eacute;as, sur un pi&eacute;douche, au caf&eacute; Vachette ; la Closerie des Lilas serait, d'un commun accord, r&eacute;serv&eacute;e &agrave; Paul Fort. Qui sait, si Verlaine avait eu son buste et sa gaine au Fran&ccedil;ois I<sup>er</sup>, cela aurait peut-&ecirc;tre pr&eacute;serv&eacute; ce caf&eacute; de la destruction ? Je ne vois nulle irr&eacute;v&eacute;rence dans cette id&eacute;e. Ne voit-on point aux foyers et promenoirs des th&eacute;&acirc;tres les images en marbre des auteurs c&eacute;l&egrave;bres de la maison o&ugrave; retentit leur parole ? Et les caf&eacute;s de la Rive Gauche ne furent-ils pas et ne sont-ils pas les portiques modernes ? Je le jurerais : <i>l'Art Po&eacute;tique </i>de Verlaine a &eacute;t&eacute; &eacute;crit au caf&eacute;. C'est au caf&eacute; que Mor&eacute;as, qui je le crois composait de m&eacute;moire, lan&ccedil;ait ses vers nouveaux et plus d'une ballade fran&ccedil;aise est n&eacute;e &agrave; la Closerie. Il est peut-&ecirc;tre sorti des caf&eacute;s et des brasseries plus d'&#339;uvres m&eacute;morables que des biblioth&egrave;ques, ces vastes tombeaux. Je connais un homme de science qui va y &eacute;crire ses articles de biologie et je sais qu'un philosophe y a con&ccedil;u et en partie r&eacute;dig&eacute; des &eacute;tudes importantes. C'est que le caf&eacute; offre au r&ecirc;veur et au m&eacute;ditatif la solitude mod&eacute;r&eacute;ment bruyante qui nous convient le mieux. Et puis le caf&eacute; est un endroit o&ugrave; on se sent libre, souvent plus libre que chez soi. On s'y r&eacute;fugie &eacute;galement contre l'isolement et contre la promiscuit&eacute; du m&eacute;nage. Le caf&eacute; est aussi le lieu id&eacute;al pour les disputeurs, les discoureurs, les teneurs de cercle, les pr&ecirc;cheurs d'esth&eacute;tique. L'&acirc;me des jeunes gens y<i> </i>est plus docile, s'y plie mieux &agrave; la<b> </b>bonne parole. Toutes les r&eacute;volutions litt&eacute;raires ou politiques sont n&eacute;es au caf&eacute;. (432<sup>e </sup><i>&eacute;pilogue</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="cartespostales"></a><span class="lettrine">C</span>artes postales</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe">Il y a une chose qui m'amuse toujours en voyage, c'est le r&ocirc;le de la carte postale illustr&eacute;e. On dirait vraiment que la plupart des gens ne se d&eacute;placent que pour avoir le plaisir d'envoyer &agrave; leurs amis la photographie des sites ou des monuments rencontr&eacute;s sur leur chemin. Je me souviendrai toujours de cette famille faisant irruption &agrave; la terrasse d'un h&ocirc;tel d'o&ugrave; l'on avait sur la mer et les rochers une vue des plus pittoresques. Ils arriv&egrave;rent, jet&egrave;rent un coup d'&#339;il au paysage, s'assirent r&eacute;solument en lui tournant le dos et se mirent &agrave; signer et &agrave; timbrer &agrave; l'envers des cartes postales. Puis leur besogne maniaque achev&eacute;e, ils disparurent par les rues de la petite ville. On s'est beaucoup moqu&eacute; des Anglaises qui admirent les tableaux des mus&eacute;es dans les descriptions de leur Baedeker ou de leur Murray, on peut bien rire un peu des Fran&ccedil;aises qui ne regardent les paysages que sur les cartes postales. A quoi bon voyager, alors ? Il serait beaucoup plus simple de se rendre dans une bonne maison de photographie et de choisir l&agrave; les images dont on voudrait faire croire qu'on en a contempl&eacute; la r&eacute;alit&eacute;. D'autant plus qu'il existe &agrave; Paris des agences qui peuvent faire parvenir &agrave; leur adresse, d'un point quelconque du globe, les lettres et les cartes qu'on leur remet. Je signale aux amateurs ce moyen de voyager &eacute;conomique et reposant. Voulez-vous faire croire &agrave; vos amis et m&ecirc;me &agrave; vos simples connaissances que vous &ecirc;tes en train de vous extasier sur les chutes du Niagara ? Rien de plus simple, et pas besoin de prendre le paquebot. Votre &eacute;criture fera le voyage pour vous et vous en retirerez beaucoup plus de consid&eacute;ration que si vous aviez &eacute;t&eacute; exp&eacute;dier vous-m&ecirc;me la preuve de vos excursions au Puy-de-D&ocirc;me ou &agrave; Roscoff. Je connais une de ces agences. Souffrez que je ne vous en d&eacute;c&egrave;le pas l'adresse. Croyez plut&ocirc;t que j'ai beaucoup d'imagination. Cela me flattera. (<i>Petits Crayons</i>)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" align="center"><img height="273" width="167" src="cartepostale.jpg"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><a name="cinema"></a><span class="lettrine">C</span>in&eacute;ma</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<p class="paragraphe"><a name="368"></a><b>Cin&eacute;matographe.</b> - Le cin&eacute;matographe menace-t-il le th&eacute;&acirc;tre, du moins la sorte de th&eacute;&acirc;tre qui est surtout un spectacle, qui s'adresse d'abord &agrave; l'&#339;il ? C'est assez probable. La photographie cin&eacute;matique aura le sort tr&egrave;s brillant de la photographie statique. L'une a presque annihil&eacute; la gravure ; l'autre prendra presque partout la place du spectacle fourni directement par des mouvements humains. C'est que le cin&eacute;matographe ne donne pas seulement une reproduction tr&egrave;s suffisante et tr&egrave;s peu co&ucirc;teuse de tel spectacle organis&eacute;, il produit, et cette fois en des conditions encore meilleures, les grands spectacles de plein air, soit naturels, paysages, soit artificiels, telle une chasse &agrave; l'hippopotame, pos&eacute;e certainement, mais pos&eacute;e sur les bords m&ecirc;mes du Haut Nil par les indig&egrave;nes et les b&ecirc;tes &eacute;voluant dans leur propre milieu. Le meilleur th&eacute;&acirc;tre &agrave; machine d&eacute;penserait des centaines de mille francs pour ne donner de cette chasse qu'une caricature. Le cin&eacute;matographe rend &agrave; merveille les paysages. Il me montrait hier les Montagnes Rocheuses, les chutes du Zamb&egrave;ze : le vent courbait les sapins ; l'eau bondissait. On voit la vie remuer. Au Zamb&egrave;ze, sous l'effort d'un remous, un petit arbuste, pouss&eacute; au bord de l'ab&icirc;me, s'agitait constamment, et ce tremblotis, venu de si loin se montrer &agrave; moi, me donnait je ne sais quelle &eacute;motion. Je m'int&eacute;ressais &agrave; sa lutte ; quand on nous redonnera une nouvelle vue de cette prodigieuse mer d'&eacute;cume, je chercherai cet arbuste courageux qui r&eacute;siste &agrave; la puissance du fleuve : peut-&ecirc;tre aura-t-il vaincu, peut-&ecirc;tre sera-t-il vaincu, peut-&ecirc;tre sera-t-il devenu un arbre.</p> 						<p class="paragraphe">J'aime le cin&eacute;matographe. Il satisfait ma curiosit&eacute;. Par lui, je fais le tour du monde, et je m'arr&ecirc;te &agrave; mon gr&eacute;, &agrave; Tokio, &agrave; Singapour. Je suis les itin&eacute;raires les plus fous. Je vais &agrave; New-York, qui n'est pas beau, par Suez, qui ne l'est gu&egrave;re plus, et je parcours dans la m&ecirc;me heure les for&ecirc;ts du Canada et les montagnes d'Ecosse ; je remonte le Nil jusqu'&agrave; Kartoum et, l'instant d'apr&egrave;s, du pont d'un transatlantique, je contemple l'&eacute;tendue morne de l'Oc&eacute;an.</p> 						<p class="paragraphe">Cette partie des spectacles cin&eacute;matographiques est-elle la plus go&ucirc;t&eacute;e ? Je n'en sais rien, mais je ne le crois pas. Le go&ucirc;t moyen du public va surtout, il me semble, aux sc&egrave;nes fantaisistes, comiques ou dramatiques, mim&eacute;es devant l'appareil. Ce sont des f&eacute;eries, des ballets, des transformations, des apparitions, des changements soudains obtenus par des trucs de m&eacute;tier dont je ne p&eacute;n&egrave;tre pas le secret : il y a l&agrave; un &eacute;l&eacute;ment qui appartient en propre au cin&eacute;matographe. La f&eacute;erie &agrave; personnages vivants a beaucoup moins de souplesse, la transformation y manque de ces nuances que l'on peut obtenir par une sorte de fusion des images, par un chatoiement tout particulier des couleurs. Les couleurs, le cin&eacute;matographe les rend parfaitement et comme il les donne par transparence, il les rend avec un &eacute;clat qu'elles n'ont pas toujours dans les spectacles ordinaires. Il y a cependant un grave d&eacute;faut et qui demande &agrave; &ecirc;tre corrig&eacute; : les chairs apparaissent uniform&eacute;ment d'un blanc blafard fort d&eacute;sagr&eacute;able. Il faut arriver &agrave; donner aux figures, aux &eacute;paules et aux mains leur coloris naturel : apr&egrave;s cela, on sera tr&egrave;s voisin de la perfection.</p> 						<p class="paragraphe">Les sc&egrave;nes de la vie priv&eacute;e telles qu'arrang&eacute;es pour le cin&eacute;matographe, comiques ou tragiques, passionnent le public. Leur principal m&eacute;rite est la clart&eacute;. Elles sont toujours simples, d'une intrigue &eacute;l&eacute;mentaire. Ce qui les sauve d'une enti&egrave;re banalit&eacute;, c'est le cadre o&ugrave; elles &eacute;voluent ; c'est aussi le rapide changement de d&eacute;cor. Un conte mim&eacute; qui dure dix minutes se d&eacute;roule en vingt milieux diff&eacute;rents. S'il s'agit d'une poursuite, et il s'agit souvent de cela, des paysages vari&eacute;s se d&eacute;roulent. J'ai vu une sc&egrave;ne de ce genre nous montrer tout un petit coin de l'Espagne. La rapidit&eacute; des mouvements augmente l'impression de vie. Elle est quelquefois tr&egrave;s intense, et l'on oublie la vulgarit&eacute; de l'histoire pour s'amuser aux d&eacute;tails. C'&eacute;tait bien curieux d'entendre, &agrave; Rouen, le bon public des samedis applaudir aux gestes des personnages chim&eacute;riques, leur prodiguer des conseils de prudence, honnir le malfaiteur. Pour un peu ils auraient jet&eacute; des morceaux de sucre aux bons chiens fid&egrave;les, qui jouent fr&eacute;quemment un r&ocirc;le sympathique dans ces jeux innocents. Telle est la puissance de l'illusion qu'une photographie projet&eacute;e sur un &eacute;cran peut, tout aussi bien que la r&eacute;alit&eacute;, &eacute;mouvoir nos passions.</p> 						<p class="paragraphe">Le cin&eacute;matographe a une morale. Elle est morale avec intensit&eacute;. La maison Path&eacute;, qui fournit beaucoup de ces pellicules, ne plaisante pas avec les bons principes. Avec elle, on est certain que la vertu sera toujours r&eacute;compens&eacute;e, le crime puni, les amants r&eacute;unis et d&ucirc;ment mari&eacute;s, les hommes infid&egrave;les battus soigneusement par l'&eacute;pouse outrag&eacute;e. Le cin&eacute;matographe est populaire et familial. Il a une tendance &agrave; se vouloir &eacute;ducateur. Cela lui passera, ou, du moins, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ces sc&egrave;nes trop adonn&eacute;es &agrave; la moralit&eacute; courante, on nous en offrira sans doute d'un peu plus &eacute;lev&eacute;es. Bien des contes de M&eacute;rim&eacute;e, de Maupassant feraient des spectacles mim&eacute;s d'une belle intensit&eacute;. Plusieurs drames de Shakespeare fourniraient encore des sc&egrave;nes fort captivantes. On conseille sans remords ces transpositions, car elles ne toucheraient pas &agrave; l'oeuvre m&ecirc;me ; elles respecteraient le verbe.</p> 						<p class="paragraphe">Le verbe, c'est ce que le th&eacute;&acirc;tre respecte le moins. Aussi est-ce un des charmes du cin&eacute;matographe que l'on n'y parle point. L'oreille n'est pas froiss&eacute;e. Les personnages gardent pour eux les sottises qui leur sont coutumi&egrave;res. C'est un grand soulagement. Le th&eacute;&acirc;tre muet est la distraction id&eacute;ale, le meilleur repos : des images passent emport&eacute;es par une l&eacute;g&egrave;re musique. On n'a m&ecirc;me plus la peine de r&ecirc;ver.</p> 						<p class="paragraphe">Mais le public ne va pas au cin&eacute;matographe pour r&ecirc;ver, il y va pour s'amuser, et s'y amuse, puisque les grands th&eacute;&acirc;tres ont trouv&eacute; utile de lui ouvrir leurs portes. Le Ch&acirc;telet, les Vari&eacute;t&eacute;s, le Gymnase donnent des s&eacute;ances de cin&eacute;matographe, et on fait queue aux petites salles du boulevard dont c'est la sp&eacute;cialit&eacute;. Le prix est partout sensiblement le m&ecirc;me. Pour deux francs, on a un fauteuil d'orchestre et pour un franc, c'est encore une place que les th&eacute;&acirc;tres font payer d'ordinaire cinq ou six fois plus. Ainsi, le cin&eacute;matographe a r&eacute;solu le probl&egrave;me du th&eacute;&acirc;tre &agrave; bon march&eacute; ; c'est un avantage que le public a vivement appr&eacute;ci&eacute;, surtout cette partie du public qui ne va au spectacle que pour passer le temps et &agrave; laquelle le spectacle m&ecirc;me est assez indiff&eacute;rent, pourvu qu'il offre un certain pittoresque. Il y a de ce c&ocirc;t&eacute; un grand avenir pour le cin&eacute;matographe, et plus d'un petit th&eacute;&acirc;tre sera forc&eacute;, m&ecirc;me l'hiver, de c&eacute;der &agrave; la mode et de remplacer les acteurs par des ombres. Un spectacle cin&eacute;matographique est mont&eacute; une fois pour toutes et il pourrait fonctionner jour et nuit pendant un si&egrave;cle. C'est une grande lanterne magique qui ne demande qu'un &eacute;cran, une source &eacute;lectrique et un op&eacute;rateur. Avec cela, aux Vari&eacute;t&eacute;s on d&eacute;roule une belle pantomime qui se diff&eacute;rencie fort peu du spectacle anim&eacute; dont elle est l'image vivante. Les acteurs jouent une fois, et c'est pour des ann&eacute;es ; leurs gestes sont fix&eacute;s, et ils pourraient p&eacute;rir tous dans une catastrophe que le spectacle n'en continuerait pas moins toujours identique &agrave; lui-m&ecirc;me.</p> 						<p class="paragraphe">Consid&eacute;r&eacute; du point de vue scientifique, le cin&eacute;matographe est une des plus curieuses et m&ecirc;me une des plus belles inventions de notre temps. Quelques am&eacute;liorations en feront un instrument parfait et v&eacute;ritablement magique. Je ne doute pas qu'un jour il ne nous donne les paysages avec toutes leurs couleurs, les nuances du ciel et des for&ecirc;ts (1). Alors nous conna&icirc;trons vraiment la vaste terre jusque dans ses coins les plus inaccessibles et les m&#339;urs diverses des hommes viendront s'agiter devant nous comme une troupe de danseuses dociles. Profitons-en. Bien sot ou bien incurieux qui d&eacute;daignerait ces spectacles. Ils sont pour l'intelligence un agrandissement singulier et quelquefois soudain. Le cin&eacute;matographe, l'an pass&eacute;, me renseigna, mieux que les r&eacute;cits confus des voyageurs, sur le Maroc. Je vis d&eacute;filer l'arm&eacute;e, l'artillerie du sultan et je compris la b&ecirc;tise des politiciens qui prenaient au s&eacute;rieux la puissance de ce fantoche. C'&eacute;tait la le&ccedil;on des yeux. Il n'y a que celle-l&agrave; qui compte.</p> 						<p class="paragraphe">(1) Le premier pas est fait avec les photographies en couleur de MM. Lumi&egrave;re. Projet&eacute;es sur l'&eacute;cran, c'est la nature m&ecirc;me avec peut-&ecirc;tre un peu trop d'&eacute;clat.</p> 						<div align="right"> 							<p>(368e <i>&eacute;pilogue</i>)</p> 						</div> 						<center> 							<p><a name="cinema2"></a>CIN&Eacute;MA</p> 						</center> 						<p class="paragraphe">Le hasard m'a men&eacute; hier dans un cin&eacute;ma. Je m'&eacute;tais pourtant bien promis de ne pas m'y laisser reprendre. En peu d'ann&eacute;es, ce spectacle est devenu d'une telle platitude, d'une telle b&ecirc;tise, qu'on se sent vraiment humili&eacute; de faire partie, m&ecirc;me pour un temps tr&egrave;s court, du troupeau qui s'y d&eacute;lecte. Il y a certains films fabriqu&eacute;s en Italie, o&ugrave; se d&eacute;roule, dans l'anecdote la plus inane, la sentimentalit&eacute; la plus basse, qui semblent con&ccedil;us pour r&eacute;cr&eacute;er un peuple d'ac&eacute;phales. On me dit que nous sommes mal tomb&eacute;s, que c'est une s&eacute;rie choisie pour les enfants, qu'ordinairement il y a certains tableaux attachants ou curieux. J'en doute. Le cin&eacute;ma, de plus en plus, est envahi par la mauvaise pantomime, le quiproquo facile, le truc vulgaire. Quelle d&eacute;ch&eacute;ance ! Les premiers spectacles cin&eacute;matographiques m'avaient plu et m&ecirc;me enchant&eacute;, mais alors l'&eacute;l&eacute;ment th&eacute;&acirc;tre y faisait encore presque d&eacute;faut. On donnait des vues de la nature, des grandes industries, des m&#339;urs lointaines. Maintenant, c'est l'anecdote, une anecdote de morale en action, imagin&eacute;e par des imb&eacute;ciles et traduite par des acteurs sans talent ou d'un talent tout m&eacute;canique. Parmi toutes ces histoires turpides, on avait gliss&eacute; tout de m&ecirc;me la vue d'un paysage de Normandie, mais les feuilles des arbres remuaient tellement vite que c'en &eacute;tait absurde. De plus, cela se d&eacute;roulait sur des airs de quadrille grivois, car il est convenu pour le peuple que la Normandie est un pays o&ugrave; on tr&eacute;pigne en buvant du cidre qui mousse. Ce qui est parfaitement idiot, car la danse y est quasi inconnue. &Eacute;videmment, je suis de mauvaise humeur et le cin&eacute;ma n'est peut-&ecirc;tre pas tomb&eacute; partout aussi bas que je viens de le voir. Pourtant, je le crois sur une mauvaise pente.(<i>La Fin de l'art</i>)<br> 						</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" align="center"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<h1><span class="lettrine"><a name="critique"></a>C</span>ritique</h1> 					</td> 					<td width="250"></td> 				</tr> 				<tr> 					<td width="450"> 						<center> 							CRITIQUE</center> 						<p class="paragraphe">M. Bruneti&egrave;re vient de publier dans un grand journal de province, <i>l'Ouest-Eclair</i>, fort r&eacute;pandu par toute la Bretagne, une suite d'articles tr&egrave;s int&eacute;ressants sur Renan. Mais int&eacute;ressants bien moins par le jugement qu'ils portent sur Renan que par celui qu'ils nous inclinent &agrave; porter sur M. Bruneti&egrave;re. Comme je l'ai d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; plusieurs fois, contre l'opinion commune, la critique est peut-&ecirc;tre le plus subjectif de tous les genres litt&eacute;raires ; c'est une confession perp&eacute;tuelle ; en croyant analyser les &#339;uvres d'autrui, c'est soi-m&ecirc;me que l'on d&eacute;voile et que l'on expose au public. Cette n&eacute;cessit&eacute; explique fort bien pourquoi la critique est en g&eacute;n&eacute;ral si m&eacute;diocre et pourquoi elle r&eacute;ussit si rarement &agrave; retenir notre attention, m&ecirc;me quand elle traite des questions qui nous passionnent le plus. Pour &ecirc;tre un bon critique, en effet, il faut avoir une forte personnalit&eacute; ; il faut s'imposer, et compter pour cela, non sur le choix des sujets, mais sur la valeur de son propre esprit. Le sujet importe peu en art, du moins il n'est jamais qu'une des parties de l'art ; le sujet n'importe pas davantage en critique : il n'est jamais qu'un pr&eacute;texte. M. Bruneti&egrave;re aurait pu tenir, &agrave; propos du plus humble graphomane, la plus grande partie du discours qu'il a intitul&eacute; <i>Autour de la Statue</i>. [...] (&laquo; Renan et l'id&eacute;e scientifique &raquo;, <i>Promenades litt&eacute;raires</i>, 1904)</p> 						<p class="paragraphe">Les hommes ou les &#339;uvres, on les juge rarement d'apr&egrave;s leur valeur propre, celle qui est ind&eacute;pendante du milieu, du moment ; on les juge, et cela convient bien &agrave; nos paresses, d'apr&egrave;s l'accueil qu'ils re&ccedil;oivent du public. Peu de critiques sont assez raisonnables, ou assez forts, pour oser, au moment o&ugrave; ils lisent un livre, en ignorer l'auteur. La couverture, la plupart du temps, dicte le prologue de leur opinion ; ils pensent moins &agrave; sentir librement qu'&agrave; disserter selon le go&ucirc;t du jour, et plut&ocirc;t &agrave; ce qu'on dira d'eux qu'&agrave; ce qu'ils diront de leurs lectures. Ils ont peur de ne pas &ecirc;tre suivis, et que l'autorit&eacute; qu'ils ne tiennent que du peuple, le peuple la leur retire. Aussi que de soins et que de ruses pour ne pas arriver le premier ! Que de d&eacute;tours pour ne boire &agrave; la source qu'apr&egrave;s le passage de la caravane !</p> 						<p class="paragraphe">Depuis dix ans, et plus, presque pas un critique de profession n'a port&eacute; le premier sur un &eacute;crivain nouveau un jugement d&eacute;cisif : de si heureuses et m&ecirc;me glorieuses aventures ne sont &eacute;chues qu'&agrave; des romanciers, &agrave; des po&egrave;tes, &agrave; des &laquo; contemplateurs &raquo;, &agrave; M. Mirbeau, &agrave; M. Copp&eacute;e, &agrave; M. de Vog&uuml;&eacute;. C'est que le critique de m&eacute;tier, malgr&eacute; tout le talent qu'il peut avoir, est domin&eacute; par deux vertus <font face="Symbol"><b>&frac34;</b></font> ou deux d&eacute;fauts, si l'on veut : <font face="Symbol"><b>&frac34;</b></font> la prudence et le scepticisme. Si une &#339;uvre nouvelle est originale, elle lui para&icirc;t extravagante ; il fait le compte des r&egrave;gles qui sont m&eacute;connues, des usages qui sont bless&eacute;s, et &agrave; mesure que les infractions s'accumulent son plaisir diminue. Il finit par se persuader que les &#339;uvres vraiment sup&eacute;rieures ont toujours respect&eacute; la tradition des id&eacute;es et la tradition de la forme, et il rejette parmi les productions bizarres le livre qui l'avait charm&eacute; tout d'abord. Le scepticisme professionnel a les m&ecirc;mes effets, mais plus accentu&eacute;s. Le critique sceptique, toujours en d&eacute;fiance m&ecirc;me contre sa propre sensibilit&eacute;, est men&eacute; par la peur d'&ecirc;tre dupe ; il adopte volontiers le ton de l'ironie ou m&ecirc;me celui du badinage. Il craint l'enthousiasme comme une maladie et se tire de toutes les difficult&eacute;s au moyen d'un sourire et parfois d'une grimace.</p> 						<p class="paragraphe">Cette attitude, plus ou moins accentu&eacute;e, est tellement inh&eacute;rente &agrave; la profession de critique, qu'on la rencontre jusque chez Sainte-Beuve, ce ma&icirc;tre et ce mod&egrave;le de tous les juges litt&eacute;raires. Il fut parfois d'une prudence excessive et, chose extraordinaire dans un esprit aussi s&ucirc;r, d'un scepticisme de mauvais go&ucirc;t. Les articles sur Balzac et sur Flaubert sont l&agrave; pour prouver qu'il est bon qu'&agrave; c&ocirc;t&eacute; du critique de profession, trop respectueux de la tradition, surgisse de temps en temps le critique occasionnel qui dit franchement ce qu'il sent et ce qu'il pense, sans autre souci que de se plaire &agrave; lui-m&ecirc;me et de d&eacute;charger sa sensibilit&eacute;, comme on d&eacute;charge une pile &eacute;lectrique. (&laquo; Octave Mirbeau &raquo;, <i>Promenades litt&eacute;raires</i>, 1904)</p> 						<div align="right"> 							<p><a href="javascript:history.back();"><img height="49" width="97" src="../img/retour.gif" border="0"></a></div> 					</td> 					<td width="250" valign="top" align="center"></td> 				</tr> 			</table> 		</center> 	</body>  </html> 
