<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>LENFER DU DECOR</TITLE> </HEAD> <BODY> <B>  <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="left"><font color="#009999">(Voir Pr&eacute;sentation du film <a href="UnjoursansfinFF.htm">&quot;Un    jour sans fin &quot;</a> par Fran&ccedil;ois Favre)</font></P> <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER">LENFER DU DECOR</P> </B> <P ALIGN="CENTER">(Critique d<I>Un Jour sans fin</I>)</P> <P ALIGN="CENTER">par Emmanuel Legeard</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <I><P ALIGN="RIGHT">&nbsp;</P></I><DIR><DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <DIR> <I>  <FONT SIZE=1><P ALIGN="JUSTIFY">&quot;&nbsp;Que croyez-vous quil nous &eacute;choit en partage&nbsp;? L&acirc;me, lesprit, le cur, le courage&nbsp;? Mais cest de la vie m&ecirc;me quils naissent, croissent et s&eacute;l&egrave;vent. Vivez. Aimez. Ou bien crevez, mystique ou sceptique, en conservant pr&eacute;cieusement votre &acirc;me inviol&eacute;e de cochon d&eacute;levage.&nbsp;&quot;</P> </font></i><FONT SIZE=1><P ALIGN="RIGHT">Gurdjiev</P> </FONT><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P></DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">Plus on cherche &agrave; se sortir dune situation cauchemardesque, et plus on sy enfonce. Cest ce que les Am&eacute;ricains appellent un ph&eacute;nom&egrave;ne de &quot;&nbsp;n&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e&nbsp;&quot; . Une torture go&ucirc;t&eacute;e des Ottomans de la Sublime Porte &eacute;tait toujours quelque variation sur le principe que plus on essayait de se lib&eacute;rer de la contrainte et plus la douleur resserrait son &eacute;treinte. Il y a l&agrave;, sans conteste, une parent&eacute; avec lesprit qui a inspir&eacute; <I>Les Mille et Une Nuits&nbsp;</I>; Sh&eacute;h&eacute;razade nest-elle pas oblig&eacute;e de se mettre &agrave; la torture dinventer sans cesse de nouvelles histoires pour diff&eacute;rer sa mise &agrave; mort&nbsp;? Curieusement, la peau de chagrin de Balzac  dont la texture r&eacute;tractile a donn&eacute; le roman &eacute;ponyme  est, elle aussi, &quot;&nbsp;arabe&nbsp;&quot;. Cependant, cest ici lid&eacute;e dinexorabilit&eacute; qui donne sa teinte exotique au roman de Balzac, certes infiniment plus &quot;&nbsp;philosophique&nbsp;&quot; que ceux de Voltaire ou de Sartre qui, dans l'histoire litt&eacute;raire, sont les seuls b&eacute;n&eacute;ficiaires de cet adjectif pompeux . On n&eacute;chappe pas &agrave; son destin&nbsp;: InchAllah&nbsp;! Mais <I>occidentale</I> est lid&eacute;e que lexistence est dautant plus courte quelle est intense. Qui veut vivre intens&eacute;ment se rapproche de sa mort dans le m&ecirc;me mouvement. Bien &eacute;videmment, il y a derri&egrave;re tout cela un probl&egrave;me moral&nbsp;: est-ce que se suicider, cest passer sa vie dans la routine sans danger  mais aussi sans int&eacute;r&ecirc;t  du &quot;&nbsp;m&eacute;tro-boulot-dodo&nbsp;&quot; (&quot;&nbsp;nine-to-five living&nbsp;&quot;) ou courir les oc&eacute;ans, faire la r&eacute;volution et prendre des drogues&nbsp;? Nous revendiquons pour nous-m&ecirc;mes la seconde solution, et laissons libres les autres de pr&eacute;f&eacute;rer une mort lente qui na pas &eacute;t&eacute; pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e par la vie mais par une esp&egrave;ce de non-mort terne et morne. Pour d&eacute;signer les morts-vivants, les Anglais parlent certes, comme nous, du &quot;&nbsp;living dead&nbsp;&quot;, mais les Allemands disent <I>Untoten</I>&nbsp;: ceux qui <I>&agrave; lorigine</I> sont <I>non-morts</I>, et cela me rappelle &agrave; une vision huxleysienne du monde . Allez savoir pourquoi. Mais laissons l&agrave; toute subjectivit&eacute;, et revenons &agrave; Balzac et &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e&nbsp;: le fait scientifique, parfaitement objectif, des savants du <FONT SIZE=1>XXI<SUP>e</SUP></FONT> si&egrave;cle donne raison &agrave; Balzac sur ce point que ce qui soppose &agrave; la mort cellulaire, par exemple, fait advenir une mort plus rapide, plus douloureuse et plus violente. Si lon emp&ecirc;che le g&egrave;ne de lapoptose (chez lhomme, le bcl-2) de se manifester, on provoque simultan&eacute;ment une prolif&eacute;ration cellulaire et un cancer . N&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e. La loi de la vie.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Oui, plus on cherche &agrave; se sortir dune situation et plus cette situation d&eacute;sesp&egrave;re. Pourquoi&nbsp;? Il nous semble que cest Nietzsche qui en a trouv&eacute; la raison, Nietzsche, qui rejoint sur ce point les deux autres penseurs du soup&ccedil;on que sont Marx et Freud. Celui qui d&eacute;finit son action en opposition &agrave; lexistence, loin de pouvoir la transformer, est appel&eacute; &agrave; la subir, &agrave; la revivre encore et encore. Par une esp&egrave;ce de choc en retour n&eacute;gatif, il est lorigine m&ecirc;me des contrari&eacute;t&eacute;s qui lui sont inflig&eacute;es de lext&eacute;rieur. Marx, empruntant lid&eacute;e de la &quot;&nbsp;Sch&ouml;ne Seele&nbsp;&quot;  &agrave; Gthe &agrave; travers Hegel, rappellera que lindividu ne peut sabstraire de lexistence pour la juger sans lui-m&ecirc;me se remettre en question. Freud, sur la fin, &eacute;voquera plus quil ne fera aboutir ses th&eacute;ories  combien plus int&eacute;ressantes que les r&eacute;ductions <I>sexologiques</I>  de linstinct de vie et de linstinct de mort. Dire non &agrave; la vie, cest isoler, revendiquer pour soi-m&ecirc;me et suivre exclusivement linstinct de mort. Bien s&ucirc;r, le monde est injustice. Bien s&ucirc;r, le monde est l&acirc;chet&eacute;. Bien s&ucirc;r, le monde est sottise. Mais nous-m&ecirc;mes faisons partie du monde. Aussi est-il juste de se demander si nous ne participerions pas, par une extr&eacute;mit&eacute; de nous-m&ecirc;mes, &agrave; cette injustice, &agrave; cette l&acirc;chet&eacute;, &agrave; cette sottise universelles. Il faut commencer par se regarder et pratiquer sur soi-m&ecirc;me le premier changement en seffor&ccedil;ant de vivre. Car cest avec la vie, une fois que nous avons commenc&eacute; de vivre, cest-&agrave;-dire dagir, que nous prenons conscience que nous sommes libres dop&eacute;rer sur nous-m&ecirc;me un changement qui &quot;&nbsp;d&eacute;bloque&nbsp;&quot; une majorit&eacute; de situations &agrave; linextricabilit&eacute; desquelles notre propre inertie pouvait nous faire croire.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le paradoxe dans tout cela est tellement &eacute;norme quil passe compl&egrave;tement inaper&ccedil;u. Ce sont, bien s&ucirc;r, les th&eacute;oriciens du soup&ccedil;on qui nous instruisent sur cette v&eacute;rit&eacute; fondamentale de lexistence pratique et de la pratique de lexistence. Et cependant&nbsp;! La d&eacute;marche qui a pr&eacute;sid&eacute; &agrave; ces d&eacute;couvertes &eacute;tait celle du soup&ccedil;on, cest-&agrave;-dire de ce qui soppose &agrave; la foi dans une valeur absolue de lexistence, de ce qui jette sur tout ce qui existe le louche &eacute;clat du mensonge et de la d&eacute;fiance. Or, pour vivre comme Nietzsche, Marx et Freud recommandent de le faire, il faudrait pouvoir recouvrer cette na&iuml;vet&eacute; sans quoi jamais rien ne se fait, la foi dans la vie qui, sinfusant dans lindividu et levant lentrave dune ratiocination d&eacute;terministe, redonne de lint&eacute;r&ecirc;t &agrave; lamour, &agrave; la nature, &agrave; lart, ou m&ecirc;me &agrave; l&eacute;tude de lhomme. Imaginons que vous soyez, au hasard, un homme de cinquante ans qui a &eacute;t&eacute; un jeune journaliste brillant, mais sans piston, et que des hasards compliqu&eacute;s se soient ligu&eacute;s pour vous maintenir &agrave; la m&eacute;t&eacute;o dune cha&icirc;ne subalterne de la t&eacute;l&eacute;vision am&eacute;ricaine. Chaque ann&eacute;e, &agrave; la m&ecirc;me date, la direction de la cha&icirc;ne vous envoie faire un reportage dans un village de province o&ugrave; des notables, travestis en pionniers du Mayflower, sont cens&eacute;s recueillir dune sacro-sainte marmotte en hibernation les pr&eacute;visions m&eacute;t&eacute;o pour lann&eacute;e &agrave; venir. A lid&eacute;e dassister &agrave; une c&eacute;r&eacute;monie aussi am&eacute;ricaine, vous ne nous sentez plus de joie, &eacute;videmment. La mort dans l&acirc;me, vous d&eacute;couvrez l&eacute;quipe avec qui vous allez travailler&nbsp;: le cameraman est une esp&egrave;ce dasperge d&eacute;lav&eacute;e dont le regard ne brille ni dintelligence ni damiti&eacute; pour vous, la productrice fleure bon la <I>pasionaria</I> f&eacute;ministe et bas-bleu jusquau bout des ongles, et les deux sont dun conformisme si parfait, ils sont si heureux d&ecirc;tre des Am&eacute;ricains du <FONT SIZE=1>XX<SUP>e</SUP></FONT> si&egrave;cle, que vous finissez par en concevoir une grande solitude morale. Avec ces maniaques, parfaitement pavlovis&eacute;s, du politiquement correct, on sent quil serait tout &agrave; fait d&eacute;plac&eacute; de risquer une plaisanterie sur limb&eacute;cile c&eacute;r&eacute;monie de la marmotte. On ne plaisante pas avec la mission marmotte. Cest du s&eacute;rieux. Seul un irresponsable social et un cynique tel que vous pourrait le faire. Et cest justement pourquoi on ne vous aime pas.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Vous voil&agrave; donc, avec vos deux associ&eacute;s, dans le village de la marmotte, &agrave; lui consacrer cet int&eacute;ressant reportage. Vous exp&eacute;diez la t&acirc;che avec agacement, et vous allez vous recoucher. Mais voil&agrave;, quelque chose que vous ne remarquez pas imm&eacute;diatement sest produit. Est-ce la marmotte qui vous a jet&eacute; un sort&nbsp;? Quoi quil en soit, il y a de la mal&eacute;diction dans lair. Au caf&eacute;, on vous informe que la route est coup&eacute;e par la neige et que vous &ecirc;tes bloqu&eacute; dans le village. Vous fulminez, vous enragez, vous vous mettez &agrave; crier sur vos deux confr&egrave;res, fix&eacute;s d&eacute;sormais sur votre v&eacute;ritable personnalit&eacute; : vous &ecirc;tes un caract&eacute;riel. Vous rencontrez, dans la rue, un ancien camarade devenu agent dassurance et qui essaye de vous refiler une assurance-vie. Vous l'envoyez promener. Vous retournez vous coucher. Le radio-r&eacute;veil vous tire du sommeil en d&eacute;versant exactement la m&ecirc;me soupe insipide que la veille. Le commentaire d&eacute;bile du speaker est le m&ecirc;me que celui de la veille. Vous finirez par jeter ce r&eacute;veil contre le mur&nbsp;: vous &ecirc;tes prisonnier non seulement dun temps qui sest mis &agrave; tourner sur lui-m&ecirc;me, mais encore de cette ville de cr&eacute;tins&nbsp;! Vous essayez alors de convaincre vos deux confr&egrave;res que le temps tourne en boucle. Ils vous prennent pour un fou&nbsp;: cela devait finir comme &ccedil;a, vous &eacute;tiez un caract&eacute;riel notoire. Puis, laffolement pass&eacute;, vous devenez cynique&nbsp;: apr&egrave;s tout, pourquoi ne pas profiter de ce retour du temps pour s&eacute;duire votre consur. Rien de plus simple&nbsp;: comme toutes les femmes, elle se croit unique et elle attend &quot;&nbsp;celui qui saura la comprendre &quot;. Il suffit donc dapprendre, jour apr&egrave;s jour, quels sont ses go&ucirc;ts pour les devancer le jour suivant et ainsi lui faire croire &agrave; la rencontre avec l&acirc;me sur. Le plan avance, et ses &eacute;tapes se succ&egrave;dent. Mais il y a toujours quelque chose qui rate. Dabord, vous vous renseignez sur ce quelle boit ; le jour suivant, vous lui proposez un verre, mais vous commettez lerreur de vous moquer de la tr&egrave;s haute et tr&egrave;s sensible po&eacute;sie italienne, &agrave; laquelle elle a consacr&eacute; une th&egrave;se de lettres. Vous courez lire des recueils de po&eacute;sie italienne et, comme vous &ecirc;tes devenu imbattable, vous parvenez &agrave; la s&eacute;duire jusqu&agrave; un certain point. Car elle finit par voir &quot;&nbsp;o&ugrave; vous voulez en venir&nbsp;&quot;. Il ny a quune chose qui vous int&eacute;resse, sale type&nbsp;!</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Second effet de &quot;&nbsp;n&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e&nbsp;&quot;&nbsp;: vous d&eacute;couvrez quil y a une gradation ascendante dans le ressentiment que la productrice vous porte &agrave; mesure que vous avancez dans sa conqu&ecirc;te. Cest quaucun sentiment ne se d&eacute;veloppe jamais sans d&eacute;velopper le sentiment qui lui est proportionnellement contraire. Plus profond est lengagement de laffectivit&eacute; et plus violente sera lexpression de la trahison. La sympathie trahie nengendre que le m&eacute;pris, lamour trahi engendre la haine. Cest pourquoi, lorsquelle vous d&eacute;masque pour la premi&egrave;re fois, vous ne tombez pas encore de tr&egrave;s haut dans son estime&nbsp;: vous n&ecirc;tes quun imb&eacute;cile. Bient&ocirc;t, elle vous tient pour un menteur malfaisant. Et enfin, elle juge que vous &ecirc;tes le dernier des salauds. En fait, vous ne vous &ecirc;tes pas rendu compte que vous vous enlisiez dans la r&eacute;p&eacute;tition dune premi&egrave;re, apprenant votre r&ocirc;le petit &agrave; petit&nbsp;; tandis que vous croyiez avancer dans la g&eacute;ographie dune carte du tendre, vous avez cr&eacute;&eacute; autour de vous un territoire de l&eacute;chec dans les limites duquel vous vous &ecirc;tes d&eacute;finitivement exil&eacute;. Cest que, derri&egrave;re toutes ces apparentes attentions, savamment cultiv&eacute;es, derri&egrave;re toutes ces signifiances&nbsp;: le drink, la po&eacute;sie italienne, le restaurant, le piano, les bonshommes de neige que vous avez fa&ccedil;onn&eacute;s avec elle, il ny a rien. Le drink, le piano, la po&eacute;sie italienne&nbsp;: un simulacre renvoie &agrave; un autre sans que vous vous interrogiez sur larticulation profonde, originaire, de lun &agrave; lautre.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Cest un perp&eacute;tuel glissement m&eacute;tonymique dans cet espace de la conqu&ecirc;te o&ugrave; vous ne voyez quun champ d&eacute;sordonn&eacute; de choses interchangeables. Toutes choses &eacute;tant &eacute;gales, elles nont en v&eacute;rit&eacute; aucune valeur&nbsp;: tout aussi bien, vous auriez pu commander un perroquet plut&ocirc;t que telle autre boisson, apprendre le tir au pigeon plut&ocirc;t que le piano, le volap&uuml;k au lieu de litalien. Vous vous &ecirc;tes enferm&eacute; vous-m&ecirc;me dans une fin de lhistoire, un cul-de-sac inextricable, un espace entropique dont les possibilit&eacute;s sont &eacute;puis&eacute;es davances. Un espace-temps parfaitement clos sur lui-m&ecirc;me. Dans ce que vous faites, il ny a aucune signification profonde, aucun &eacute;lan spontan&eacute;&nbsp;: vous avez fait un calcul sur l&eacute;ph&eacute;m&egrave;re dans un temps qui, d&eacute;j&agrave;, tourne sur lui-m&ecirc;me. Quesp&eacute;riez-vous&nbsp;? Le calcul &eacute;tait mauvais de consid&eacute;rer comme la femme dune nuit lactrice dun jour qui ind&eacute;finiment se r&eacute;p&egrave;te&nbsp;: il e&ucirc;t fallu quelle f&ucirc;t femme &agrave; coucher le premier soir. Mais ce nest pas le cas&nbsp;; cette cr&eacute;ature est fleur bleue&nbsp;: elle attend le &quot;&nbsp;grand amour&nbsp;&quot;. Elle est donc d&eacute;finitivement hors de port&eacute;e, car la cour est chaque jour &agrave; recommencer sans espoir de r&eacute;ussite. Cest Sisyphe essayant de rouler B&eacute;atrice (image os&eacute;e, je lavoue tout en revendiquant cette r&eacute;articulation du propre au figur&eacute;)&nbsp;: Sisyphe est au Tartare  B&eacute;atrice, au paradis. Le s&eacute;ducteur de l&eacute;ph&eacute;m&egrave;re <I>jamais </I>ne parviendra &agrave; rattraper l&eacute;ternel f&eacute;minin. Celui-ci est toujours-d&eacute;j&agrave; hors de port&eacute;e de celui-l&agrave;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Troisi&egrave;me effet de la n&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e&nbsp;: vous voici dans un temps &eacute;vacu&eacute; qui fait sans cesse un retour sur lui-m&ecirc;me. La double articulation de cette conqu&ecirc;te qui an&eacute;antit ses chances daboutir dautant plus d&eacute;finitivement quelle sapproche davantage de son objectif vous a enferm&eacute; dans un labyrinthe excentr&eacute; de plis et de replis. Si ce labyrinthe na pas de centre, cest bien votre faute. Car vous avez fait se perp&eacute;tuer le mouvement du temps sur un seuil de non-avenu. Vous avez refus&eacute; davance tout ce qui pourrait vous arriver dans cette ville o&ugrave; vous &ecirc;tes &agrave; (pr&eacute;sent), vous lui avez d&eacute;ni&eacute; <I>a priori</I> toute capacit&eacute; de d&eacute;voilement. Puis vous avez form&eacute; le projet de coucher avec cette femme, par pure d&eacute;sinvolture, daccomplir un acte st&eacute;rilis&eacute; command&eacute; par linstinct de perp&eacute;tuation. Enfin, vous vous &ecirc;tes mis &agrave; &eacute;tudier les moyens de parvenir &agrave; cette fin provisoire. Entrant &agrave; Marmotte-ville, vous avez &quot;&nbsp;laiss&eacute; l&agrave; toute esp&eacute;rance&nbsp;&quot; quil puisse jamais vous y advenir quelque chose dextraordinaire. Vous avez donn&eacute; une repr&eacute;sentation, pour conqu&eacute;rir le cur de votre consur, non du meilleur ni du pire de vous-m&ecirc;me mais dun vous-m&ecirc;me factice, bricol&eacute; de bouts et de morceaux &agrave; partir de ce que vous avez cru deviner quelle aimait. Vous avez &eacute;vacu&eacute; le temps, vous habitez par votre faute une forme vide du temps, une forme du temps qui ne &quot;&nbsp;devient&nbsp;&quot; plus parce que vous vous &ecirc;tes install&eacute; dans une repr&eacute;sentation vide de pr&eacute;sence. Il ny a pas centre &agrave; ce labyrinthe, pas de sortie, le temps a perdu sa propri&eacute;t&eacute; de devenir pour une seule et m&ecirc;me raison&nbsp;: dans votre monde, il ny a plus de place pour l&eacute;v&eacute;nement, donc il ny a plus de pr&eacute;sent. Vous &ecirc;tes prisonnier dun temps qui na pas de pr&eacute;sent, qui na jamais eu de pr&eacute;sent, qui na pas de pr&eacute;sent du pass&eacute;, qui na pas de pass&eacute;, un temps o&ugrave; rien na jamais &eacute;t&eacute;&nbsp;: un non-temps, un (temps), un <STRIKE>temps</STRIKE> &quot;&nbsp;sous rature&nbsp;&quot;. Limpuret&eacute; de lint&eacute;r&ecirc;t que vous donnez aux choses et aux gens tient &agrave; ce que vous les avez assujettis &agrave; un but qui est simultan&eacute;ment m&eacute;diation. Cest pour conqu&eacute;rir une femme que vous faites semblant dapprendre le piano, que vous vous donnez le beau r&ocirc;le, que vous lisez de la po&eacute;sie italienne. Et cest parce que vous savez quelle sy int&eacute;resse que vous vous y int&eacute;ressez. Vous vivez dans un monde de simulacres interchangeables et d&eacute;nu&eacute;s de significations. Car &quot;&nbsp;la signification ne r&eacute;side pas dans la structure r&eacute;flechissante du signe qui implique un syst&egrave;me de renvois ind&eacute;finis &agrave; dautres signes, mais elle provient de la nature r&eacute;f&eacute;rentielle de l&eacute;nonc&eacute; qui permet &agrave; chacun des signes mobilis&eacute;s de devenir la figure de quelque chose &nbsp;&quot;. La figure dune &acirc;me.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Or le monde, pour vous, na pas d&acirc;me. Il ny a qu&agrave; voir cette stupide c&eacute;r&eacute;monie &agrave; laquelle vous avez &eacute;t&eacute; convi&eacute; pour faire un reportage. A force que leur image soit retransmise, ann&eacute;e apr&egrave;s ann&eacute;e, la marmotte et son village sont finalement devenus une v&eacute;rit&eacute; pour tous les t&eacute;l&eacute;spectateurs. Mais cette c&eacute;r&eacute;monie de la marmotte na-t-elle pas tout lair davoir &eacute;t&eacute; mise au point par un conseil municipal d&eacute;sireux de faire de sa ville insipide une attraction touristique pittoresque&nbsp;? Nont-ils pas institu&eacute; l&agrave; un rituel sur mesure pour la t&eacute;l&eacute;vision, une c&eacute;r&eacute;monie sans pass&eacute;, sans r&eacute;f&eacute;rence historique, sans signification profonde, un rite sans mythe fondateur, sans origine&nbsp;: une pure r&eacute;p&eacute;tition&nbsp;; un <I>simulacre</I>&nbsp;? La marmotte est le signe dune tradition de la retransmission  sur les ondes de limagerie t&eacute;l&eacute;visuelle, une c&eacute;r&eacute;monie que lon pourrait qualifier, avec les mots de Virilio, de &quot;&nbsp;sans espace&nbsp;&quot;&nbsp;: il ny a aucun endroit au monde qui soit le lieu o&ugrave; quelque imaginaire &quot;&nbsp;Communaut&eacute; de la marmotte&nbsp;&quot; ait cristallis&eacute; son identit&eacute; autour de son totem. La marmotte et son village nexistent pas r&eacute;ellement, car tout ce qui existe est toujours plus et autre que ce quil est. La marmotte et son village ne sont ni moins quune image. Une image t&eacute;l&eacute;. Une image o&ugrave; lon sattend &agrave; trouver, grav&eacute; sur une planche clou&eacute;e &agrave; larbre de la marmotte, la l&eacute;gende &quot;&nbsp;<I>ye</I> marmot&nbsp;&quot;, comme Tex Avery, se moquant deux, supposait que les p&egrave;lerins du Mayflower dussent prononcer larticle &quot;&nbsp;the&nbsp;&quot;, dans &quot;&nbsp;<I>the</I> marmot&nbsp;&quot;, par exemple. <I>Ye Marmot Community </I>nexiste que &quot;&nbsp;dans le poste&nbsp;&quot;. Ce nest le reflet daucune essence, mais un reflet qui salimente lui-m&ecirc;me parce que spectateurs et acteurs sy confondent. Oui, &agrave; force de r&eacute;p&eacute;tition, la marmotte et son village sont finalement devenus une v&eacute;rit&eacute; pour tous les t&eacute;l&eacute;spectateurs. Mais la valeur de cette v&eacute;rit&eacute; est une valeur d&eacute;change. Linformation inutile a, entre voisins de palier, entre coll&egrave;gues de bureau, une fonction phatique&nbsp;: tous auront vu la m&eacute;t&eacute;o, ce sera le sujet convenu de la conversation du lendemain. Mais cette v&eacute;rit&eacute; de convention, m&ecirc;me si elle se suffit &agrave; elle-m&ecirc;me, nest pas la r&eacute;alit&eacute;. Cest une v&eacute;rit&eacute; d&eacute;territorialis&eacute;e, une v&eacute;rit&eacute; &quot;&nbsp;sans espace&nbsp;&quot;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Or, qui dit &quot;&nbsp;sans espace&nbsp;&quot; dit temps suspendu. Ici, m&ecirc;me le direct est ind&eacute;finiment diff&eacute;r&eacute;&nbsp;: il ny a pas dorigine &agrave; cette v&eacute;rit&eacute; de convention que constitue lexistence de <I>&quot;&nbsp;Ye Marmot Community&nbsp;&quot;&nbsp;</I>: cette communaut&eacute; imaginaire ne senracine pas davantage dans un mythe fondateur quelle ne senracine dans lespace. Qui cherche lorigine de la c&eacute;r&eacute;monie de la marmotte ne trouve rien&nbsp;: destin&eacute;e au spectateur du petit &eacute;cran, son origine est quelle na pas dorigine&nbsp;: &agrave; son commencement est la r&eacute;p&eacute;tition. Bloqu&eacute; dans cette ville qui nexiste pas, vous &ecirc;tes donc le personnage principal dune temporalit&eacute; ordinaire dont la lin&eacute;arit&eacute; a &eacute;t&eacute; suspendue  car cest l&agrave; l&eacute;v&eacute;nement majeur de ce temps o&ugrave;, par d&eacute;finition, aucun &eacute;v&eacute;nement ne peut se produire  le h&eacute;ros dun non-&eacute;v&eacute;nement ponctuel qui saffole et oscille f&eacute;brilement sur lui-m&ecirc;me. En labsence de fl&egrave;che, le temps se r&eacute;fl&eacute;chit. Vous &ecirc;tes prisonnier de la dimension z&eacute;ro&nbsp;: le point oscillant dun non-&eacute;v&eacute;nement dans un espace sans espace. Ici, rien ne peut arriver, car rien nest impr&eacute;visible&nbsp;; tout est image, les choses et les gens ne sont ni plus ni moins que ce quils apparaissent. Vous &ecirc;tes dans le programme. Et cest gr&acirc;ce &agrave; ce programme, que la t&eacute;l&eacute;vision peut conjurer les forces &quot;&nbsp;fantastiques&nbsp;&quot; qui menacent son &eacute;quilibre entropique parfait. Cest par ce programme, encore, quelle abolit le pli auquel sarticule la vie de lautre, la possibilit&eacute; de lautre&nbsp;: le &quot;&nbsp;fantastique&nbsp;&quot; nest tol&eacute;r&eacute; quune fois r&eacute;duit &agrave; son aspect le plus inoffensif, le folklore, cest-&agrave;-dire une fois que lexpression de toute subjectivit&eacute; &quot;&nbsp;autre&nbsp;&quot; aura &eacute;t&eacute; r&eacute;duite au rang dimage. Alors que lhomme rec&egrave;le en lui cette facult&eacute;, impr&eacute;visible, dappara&icirc;tre toujours plus  et autre  que ce quil est, le simulacre, lui, nest que ce quil est. Il ne renvoie &agrave; aucune r&eacute;alit&eacute; v&eacute;cue, il na pas de profondeur&nbsp;; il nest ni plus ni autre que ce quil appara&icirc;t. Vous &ecirc;tes donc en ce point z&eacute;ro de lespace et du temps, stade absolu de lentropie, o&ugrave; toutes les significations sont &eacute;puis&eacute;es davance&nbsp;; du moins, cest ce que vous croyez.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comme dune part, vous nattendez plus rien de lexistence, et que, dautre part, vous lui refusez votre assentiment, lespace et le temps se polarisent sur ce point z&eacute;ro dune ligne disparue. Vous vous &ecirc;tes mis en marge dun temps ordinaire dont seul votre &eacute;gocentrisme vous autorise &agrave; croire quil se r&eacute;p&egrave;te. Vous le croyez parce que vous r&eacute;duisez syst&eacute;matiquement tous ceux qui vous entourent au M&ecirc;me, et que ce sont donc les m&ecirc;mes personnes que vous croyez rencontrer jour apr&egrave;s jour. Mais en v&eacute;rit&eacute;, ce sont une infinit&eacute; de gens diff&eacute;rents qui ont des destins diff&eacute;rents dans une infinit&eacute; de mondes parall&egrave;les, et le fait que leur trajectoire passe par ce point vacillant de votre ici et maintenant ne fait pas deux les sosies sans &acirc;me que vous croyez. Cest pour vous et seulement pour vous que le monde des ph&eacute;nom&egrave;nes sorganise en un lit de hasards. Ce non-&eacute;v&eacute;nement de la marmotte na pas votre <I>assentiment</I>, parce que vous &ecirc;tes d&eacute;senchant&eacute;. Mais vous sous-estimez le pouvoir qua lengagement personnel de r&eacute;enchanter le monde. La fl&egrave;che du temps nexiste plus parce que lentropie est totale&nbsp;? Mais notre temps ordinaire nest-il pas n&eacute; dun &eacute;quilibre entropique parfait&nbsp;? Toute cosmogonie, toute renaissance est un &eacute;v&eacute;nement incaus&eacute;, ou plut&ocirc;t&nbsp;: cause de lui-m&ecirc;me. Comme la gravit&eacute; quantique a la facult&eacute; de rompre la sym&eacute;trie du temps , parce quelle ob&eacute;it &agrave; un principe dantagonisme qui r&eacute;git lunivers de toute &eacute;ternit&eacute;, lessentielle libert&eacute; daction dont lhomme dispose lui permet de se soustraire aux fatalit&eacute;s. Comme la mati&egrave;re &eacute;tait le troisi&egrave;me terme, secr&egrave;tement inclus dans lapparente opposition &quot;&nbsp;Mati&egrave;re virtuelle <I>versus</I> Non-mati&egrave;re actuelle&nbsp;&quot; , la libre essence de lhomme est contenue dans lopposition &quot;&nbsp;&Ecirc;tre <I>vs</I> N&eacute;ant&nbsp;&quot; qui, sans un d&eacute;passement, resteront deux modalit&eacute;s dune seule et m&ecirc;me facticit&eacute;. Oui, pour n&ecirc;tre pas &quot;&nbsp;identiques&nbsp;&quot;, le monde quantique et le monde psychique pr&eacute;sentent un n&eacute;cessaire <I>isomorphisme </I>. Dans la vie psychique, en effet, lacte volontaire consiste, de la m&ecirc;me mani&egrave;re, en une action-r&eacute;action, puisque laction de lesprit sur la mati&egrave;re est simultan&eacute;ment une r&eacute;troaction de la mati&egrave;re sur lesprit . Et cela est compr&eacute;hensible si lon adh&egrave;re &agrave; ce mot de William Blake&nbsp;: <I>&quot;&nbsp;Le corps est cette portion de la psych&eacute;</I> <I>qui nous est donn&eacute;e par les sens.&nbsp;&quot;</i></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Or, voil&agrave; quun changement sop&egrave;re &agrave; votre insu. Vous commencez &agrave; prendre go&ucirc;t au piano pour lamour de lart ou &agrave; sauver les gens par d&eacute;sint&eacute;ressement. Que vous est-il arriv&eacute;&nbsp;? Car il vous est arriv&eacute; quelque chose&nbsp;: il vous est advenu une &acirc;me. Et vous commencez &agrave; aimer cet enfer contre lequel votre r&eacute;volte &eacute;tait dabord si grande, si absolue. Vous commencez &agrave; &eacute;prouver la nostalgie du jour suivant que vous savez &ecirc;tre le m&ecirc;me, mais qui curieusement commence &agrave; valoir la peine d&ecirc;tre v&eacute;cu. Sisyphe est heureux. Il vous tarde de revoir la femme que vous courtisez pour lamour delle-m&ecirc;me et non plus dans un but &eacute;go&iuml;ste. La figure de lautre commence &agrave; vous appara&icirc;tre et tout ce qui lui est associ&eacute; commence &agrave; prendre un sens. Vous aspirez &agrave; revoir cette femme, en vous la nostalgie se fait jour de cette absence m&ecirc;me autour de laquelle sorganise larchitecture labyrinthique dont vous &ecirc;tes prisonnier. Or, avec la nostalgie une possibilit&eacute; secr&egrave;te souvre de pouvoir quitter ce labyrinthe. Toute nostalgie nest-elle pas le signe que quelque chose a &eacute;t&eacute;&nbsp;? Vous ne le savez pas encore mais, au cur du labyrinthe, le temps commence &agrave; tourner dans un imperceptible siphon&nbsp;: les eaux mortes s&eacute;coulent enfin, le temps va repartir. Oui, cette &quot;&nbsp;souffrance du retour&nbsp;&quot; , ce d&eacute;sir que les choses reviennent est annonciatrice quil sest pass&eacute; quelque chose. A un moment ou &agrave; un autre, vous &ecirc;tes tomb&eacute; amoureux de votre destin dont le visage, cependant, vous est encore cel&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais comment cela est-il arriv&eacute;&nbsp;? Nest-ce pas parce que, &agrave; un moment, la n&eacute;cessit&eacute; crois&eacute;e sest an&eacute;antie en elle-m&ecirc;me&nbsp;? A force de faire semblant de vivre et daimer, vous avez fini par faire semblant de faire semblant, et vous vous &ecirc;tes pris au jeu. Apr&egrave;s tout, il ny a quun seul moyen de faire croire &agrave; un chinois quon parle chinois : lui parler en chinois. Vous avez fini par prendre go&ucirc;t &agrave; ce que vous faisiez semblant de faire, et cest ainsi que les significations ont r&eacute;investi le monde. Vous avez repris go&ucirc;t &agrave; lexistence pour lamour delle-m&ecirc;me  lexistence na de sens que parce quelle est existence  et en sortant de vous-m&ecirc;me, en ek-sistant, vous avez saisi votre chance. Cest l&agrave; que vous avez red&eacute;couvert cette v&eacute;rit&eacute; premi&egrave;re&nbsp;: la signification nest autre que lintensification de lexistence, lexistence v&eacute;cue comme choix et non comme fatalit&eacute;. En faisant semblant de faire semblant, vous avez fait vraiment, et vous avez ainsi commenc&eacute; &agrave; vivre votre vie dune mani&egrave;re authentique. Vous vous &ecirc;tes soustrait &agrave; lencha&icirc;nement circulaire des causes et des effets. Vous avez tir&eacute; de vous-m&ecirc;me un acte &agrave; rebours du courant. Vous avez agi &agrave; la mani&egrave;re dune cause, et cest ainsi que le changement sest op&eacute;r&eacute;&nbsp;: il vous est advenu <I>une &acirc;me</I>, et simultan&eacute;ment vous &ecirc;tes tomb&eacute; amoureux de votre destin, dont le visage  vous le savez bien, en votre for int&eacute;rieur  est celui de votre coll&egrave;gue productrice. Vous avez souhait&eacute; que le jour recommence, et cest comme &ccedil;a que vous avez <B><I>r&eacute;invent&eacute; le temps</i></B>, que vous lavez provoqu&eacute; &agrave; red&eacute;marrer, d&egrave;s le premier jour o&ugrave; vous avez pos&eacute; un acte authentique. D&egrave;s le premier jour o&ugrave; vous y avez cru. D&egrave;s la premi&egrave;re fois o&ugrave; vous vous &ecirc;tes mis &agrave; aimer. Il y a eu du changement dans la r&eacute;p&eacute;tition, et la r&eacute;p&eacute;tition sest faite palpitation du changement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Au milieu de cette forme &eacute;vacu&eacute;e du temps, irr&eacute;m&eacute;diablement liquid&eacute;e, incorrigible comme vous l&eacute;tiez apparemment vous-m&ecirc;me en arrivant dans le village de la marmotte, quelque chose est advenu contre toute attente. Et cest parce que cela sest pass&eacute; contre toute attente que lhistoire a red&eacute;marr&eacute;. La clef du devenir nest-elle pas l&eacute;v&eacute;nement en tant quil est, par d&eacute;finition, impr&eacute;vu&nbsp;? <I>Impossible</I>, m&ecirc;me&nbsp;? Oui, cet enfer dont vous avez compris, malgr&eacute; les apparences, quil &eacute;tait le pays sans retour non au sens, ordinaire, o&ugrave; vous ne pouviez regagner la grande ville o&ugrave; vous habitez mais dans le sens, originaire, o&ugrave; vous souhaitiez sans espoir quon vous retourne votre amour, c&eacute;tait seulement par limpossible quon pouvait en sortir. Ce m&ecirc;me impossible dont parle Rimbaud dans <I>Une Saison en Enfer</I>. Il y a eu, au milieu de ces aigues  mortes du temps, une cristallisation. On croyait toute possibilit&eacute; &eacute;puis&eacute;e davance. C&eacute;tait sans compter avec la possibilit&eacute; originaire, lImpossible, qui est originaire en cela quil initie tout devenir, quel quil soit. Et le diable, lui-m&ecirc;me, qui marche &agrave; reculons, navait pas pr&eacute;vu cela. Comme dans <I>Faust</I>, il sest fait avoir. Comme dans les <I>Visiteurs du soir</I>, il na pu emp&ecirc;cher l&acirc;me de se manifester l&agrave; o&ugrave; on ne lattendait pas, dadvenir &agrave; celui dont on pouvait croire quil en &eacute;tait <I>originairement</I> d&eacute;pourvu. Mais au contraire des <I>Visiteurs du soir</I>, dans lequel le temps sest arr&ecirc;t&eacute; pour les amants, sur d&eacute;cret divin, les soustrayant ainsi &agrave; la vengeance du diable, dans <I>Un jour sans fin</I>, cest lhomme lui-m&ecirc;me qui &quot;&nbsp;fait red&eacute;marrer le temps&nbsp;&quot; en faisant usage de sa libert&eacute;, cest-&agrave;-dire en s&eacute;mancipant, par laction individuelle et par lamendement volontaire, dun d&eacute;terminisme quon pensait inexorable. La r&eacute;solution heureuse, <I>lhappy end</I> tient &agrave; ce que le spectateur se r&eacute;jouisse du red&eacute;marrage de lhistoire.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ny aurait-il pas l&agrave; quelque indice r&eacute;v&eacute;lateur de deux conceptions sym&eacute;triquement oppos&eacute;es du paradis et de lenfer&nbsp;: lune &eacute;tant celle dune Am&eacute;rique existentialiste qui croit au Progr&egrave;s, &agrave; la libert&eacute;, au m&eacute;rite personnel, et lautre, celle dune France, fille a&icirc;n&eacute;e de lEglise, qui pense que Son royaume nest pas de ce monde&nbsp;? Entre une mentalit&eacute; de la confiance et une mentalit&eacute; du soup&ccedil;on&nbsp;? Mais, contre toute attente, le soup&ccedil;on peut accoucher de la confiance. Certes, lenfer est le lieu avant quoi rien na-jamais-&eacute;t&eacute;, le lieu du non-avenu, et cest pourquoi il est de toute &eacute;ternit&eacute;, et cest pourquoi nous devons abandonner l&agrave; toute esp&eacute;rance&nbsp;: &quot;&nbsp;Dinanzi a me non fuor cose create / se non etterne, e io etterno duro. / Lasciate ogne speranza, voi chintrate .&nbsp;&quot; (&quot;&nbsp;Avant moi ne furent de choses cr&eacute;&eacute;es / qui fussent pour toujours, et moi je suis &eacute;ternel / Cest pourquoi, laissez ici toute esp&eacute;rance, vous qui entrez .&nbsp;&quot;) Sans doute. Mais aussi, comme dit Sartre, cest avec le d&eacute;sespoir que commence le v&eacute;ritable optimisme&nbsp;: &quot;&nbsp;Lhomme ne peut vouloir que sil a compris quil ne peut compter sur rien dautre que lui-m&ecirc;me, quil est seul, d&eacute;laiss&eacute; sur la terre au milieu de ses responsabilit&eacute;s infinies sans aide ni secours, sans autre but que celui quil se forgera sur cette terre. Cette certitude, cette connaissance intuitive de sa situation, voil&agrave; ce que nous nommons d&eacute;sespoir&nbsp;: la conscience s&egrave;che et lucide de la condition humaine. Avec le d&eacute;sespoir commence le v&eacute;ritable optimisme, celui de lhomme qui nattend rien, qui sait quil na aucun droit, qui sait que rien ne lui est d&ucirc;, qui se r&eacute;jouit de compter sur soi seul et dagir seul pour le bien de tous.&nbsp;&quot; La morale  car morale, il y a  de ce film ne doit-elle pas &ecirc;tre cherch&eacute;e du c&ocirc;t&eacute; dune consid&eacute;ration &eacute;thique, voire d'un invariant propre &agrave; des communaut&eacute;s par ailleurs incommensurables les unes aux autres&nbsp;? Ce que nous y voyons en effet, cest que si le temps nest pas ce d&eacute;veloppement des relations dont une finalit&eacute; morale fait un devenir, il ny a pas de temps. Or, cette finalit&eacute; morale est que lautre nest pas un moyen mais une fin, que la vie est valable en soi, que quelquun est aimable pour soi-m&ecirc;me, que cest lamour de lart qui en fait tout lint&eacute;r&ecirc;t, etc. &quot;&nbsp;Werdende&nbsp;&quot;, la norne du <I>Devenir </I>, nexisterait pas si les trames quelle file et tisse n&eacute;taient tenues par &quot;&nbsp;Schuld&nbsp;&quot;, limpossible devoir moral, tranchante limite, id&eacute;elle, &agrave; l&eacute;puisement de tous les possibles dun homme. Et il sen faudrait quun seul refus&acirc;t de se laisser gagner &agrave; lexistence  pour que lespace-temps, soudain r&eacute;duit &agrave; ce point z&eacute;ro de l&eacute;v&eacute;nement &quot;&nbsp;mis en veilleuse&nbsp;&quot;, se mette &agrave; osciller sur lui-m&ecirc;me. Alors, pour celui-l&agrave;, &quot;&nbsp;Ur-&quot;, lorigine hors du temps, commencerait &agrave; embobiner inlassablement le m&ecirc;me fil sur le m&ecirc;me fuseau horaire . Et si vous &ecirc;tes celui-l&agrave;, vous naurez plus de r&ecirc;ve, vous ne conna&icirc;trez plus la nuit. Il ny aura plus rien que ce quotidien absurde qui, b&ecirc;tement, clignote dans le n&eacute;ant.</P> <P ALIGN="RIGHT">&nbsp;</P> <P ALIGN="RIGHT">Emmanuel LEGEARD, PhD. in Cognitive Science, Docteur &egrave;s    Lettres.</P> <P ALIGN="left">Cliquez <a href="UnjoursansfinEL.doc"> ici</a> pour t&eacute;l&eacute;charger    une version Word (qui conserve les notes). </P> </BODY> </HTML> 
