<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <meta name="keywords" content="Nicolas Berdiaeff, Dialectique existentielle du divin et de l'humain, De la destination de l'homme, Nikolas Berdiaev">  <TITLE>Le ciel et l'enfer</TITLE> </HEAD> <BODY bgcolor="#FFFFCC" link="#0000FF" vlink="#CC0000" text="#000000">   <FONT SIZE=6> <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER">&nbsp;</P> <P ALIGN="CENTER"><font color="#339933">Le ciel et lenfer</font></P> </font><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <blockquote>    <blockquote>      <blockquote>       <p>Le besoin dimmortalit&eacute; est un des besoins les plus profonds de          l&ecirc;tre humain. Mais les croyances &agrave; limmortalit&eacute;          se ressentent aussi de la limitation de l&ecirc;tre humain, de ses mauvais          instincts qui lui ont sugg&eacute;r&eacute; le tableau du paradis, et          surtout celui de lenfer. Il lui &eacute;tait particuli&egrave;rement          difficile de se repr&eacute;senter le paradis, car, malgr&eacute; tout,          lenfer est plus familier, moins rel&eacute;gu&eacute; dans lau-del&agrave;.          Or, le tableau du paradis provoquait facilement lennui. La question du          paradis a beaucoup inqui&eacute;t&eacute; Dosto&iuml;evski qui a &eacute;mis          &agrave; son sujet des pens&eacute;es tr&egrave;s profondes comme, par          exemple, dans le <I>R&ecirc;ve de lhomme ridicule</I>. Pour lui, la question          du paradis se rattachait &agrave; celle de la libert&eacute;. Il ne concevait          pas le paradis sans la libert&eacute;. Mais la libert&eacute; pouvait          &eacute;galement cr&eacute;er un enfer. Limage peu engageante du paradis          que lhomme a meubl&eacute; des sensualit&eacute;s de ce monde-ci, dans          lequel des justes eux-m&ecirc;mes &eacute;prouvaient une volupt&eacute;          &agrave; la vue des tortures subies par les p&eacute;cheurs rel&eacute;gu&eacute;s          dans lenfer, sexplique par le fait que le paradis a toujours &eacute;t&eacute;          pens&eacute; dune fa&ccedil;on aussi peu apophatique que possible. Pens&eacute;          cataphatiquement, il sera toujours insupportable, incompatible avec nos          sentiments moraux et esth&eacute;tiques. La vie est toujours et partout          infinie. Or, le paradis pens&eacute; cataphatiquement est un paradis fini,          d&eacute;pourvu de toute vie authentiquement cr&eacute;atrice.</p>       <p>&nbsp;</p>       <p align="right">Nicolas Berdiaeff, <I>Dialectique existentielle du divin          et de lhumain</i>, 1947.</p>       <p>&nbsp;</p>       <p>&nbsp;</p>       <p>Le cauchemar de lenfer r&eacute;sulte de la confusion entre lInfini          et l&Eacute;ternel. Mais lid&eacute;e de l&eacute;ternel enfer est          absurde. Lenfer nest pas &eacute;ternel, car il ny a pas dautre &eacute;ternit&eacute;          que la divine. Lenfer est une mauvaise infinitude, limpossibilit&eacute;          de sortir du temps pour entrer dans l&eacute;ternit&eacute;. Lenfer          est un cauchemar spectral, r&eacute;sultat de lobjectivation de lexistence          humaine plong&eacute;e dans le temps de notre &eacute;on. Un enfer &eacute;ternel          serait un &eacute;chec et une d&eacute;faite de Dieu, une condamnation          de la Cr&eacute;ation qui appara&icirc;trait alors comme une farce diabolique.          Mais il y a beaucoup, beaucoup de chr&eacute;tiens qui tiennent &agrave;          conserver lenfer... pas pour eux-m&ecirc;mes naturellement. Lontologie          de lenfer est la pire forme dobjectivation, la plus pr&eacute;tentieuse,          inspir&eacute;e par le sentiment de vengeance et celui de rancune. Mais          la psychologie de lenfer est possible et se rattache &agrave; une exp&eacute;rience          r&eacute;elle. La conception judiciaire de limmortalit&eacute; est une          conception aussi basse que lancienne conception magique. L&eacute;l&eacute;ment          p&eacute;dagogique qui porte manifestement un caract&egrave;re exot&eacute;rique          joue un grand r&ocirc;le dans les th&eacute;ories traditionnelles sur          limmortalit&eacute;. Cest la conception spirituelle de limmortalit&eacute;          qui correspond &agrave; une conscience spirituelle plus &eacute;lev&eacute;e.          Mais la conception spirituelle ne signifie pas que seule doive &ecirc;tre          consid&eacute;r&eacute;e la partie spirituelle de lhomme. La r&eacute;surrection          de la chair doit &eacute;galement &ecirc;tre comprise au sens spirituel.          Cest le corps-&acirc;me qui est la semence, et cest le corps-esprit          qui est la moisson.</p>       <p>&nbsp;</p>       <p align="right">Nicolas Berdiaeff, <I>Ibid.</I></p>       <p>&nbsp;</p>       <p>&nbsp;</p>       <p>Cest &agrave; tort que lenfer, en tant que ch&acirc;timent purg&eacute;          <I>ad aeternum</I>, est consid&eacute;r&eacute; comme un jugement de Dieu.          Dans cette id&eacute;e humaine, trop humaine, sobjective le pitoyable          jugement terrestre, qui na rien de commun avec le jugement de Dieu. Quand          lorthodoxie condamne &agrave; lenfer pour &quot;h&eacute;r&eacute;sie&quot;,          elle rend un arr&ecirc;t humain. Or le jugement de Dieu, quattend l&acirc;me          humaine et toute la cr&eacute;ature, aura vraisemblablement fort peu danalogie          avec cette condamnation. Selon ce jugement, les derniers seront les premiers          et les premiers, derniers, ce que notre cerveau humain se refuse &agrave;          comprendre. Aussi est-il inadmissible que lhomme prenne sur lui les pr&eacute;rogatives          du jugement divin. Le jugement de Dieu viendra, mais ce sera un jugement          port&eacute; sur lid&eacute;e m&ecirc;me de lenfer, qui seffectuera          par-del&agrave; notre distinction du bien et du mal. Cest peut-&ecirc;tre          cette id&eacute;e qui se refl&egrave;te dans la doctrine de la pr&eacute;destination.          Quoi quil en soit, la volont&eacute; morale de lhomme ne peut pas &ecirc;tre          orient&eacute;e vers le refoulement dun seul &ecirc;tre en enfer, ne          peut pas lexiger, en tant que r&eacute;alisation de la justice. Je puis          encore admettre lenfer pour moi-m&ecirc;me, du fait quil existe dans          le subjectif; je puis conna&icirc;tre des souffrances infernales et consid&eacute;rer          quelles me sont justement inflig&eacute;es, mais je ne puis pas me r&eacute;concilier          avec lid&eacute;e de lenfer pour les autres.</p>       <p>Il est difficile de comprendre et daccepter la psychologie de ces chr&eacute;tiens          d&eacute;vots qui admettent paisiblement que ceux qui les entourent, parfois          m&ecirc;me leurs proches, soient en enfer. En r&eacute;alit&eacute;, je          ne devrais pas maccommoder de lid&eacute;e que l&ecirc;tre avec lequel          je prends le th&eacute; puisse &ecirc;tre condamn&eacute; &agrave; la          damnation. Si les hommes &eacute;taient moralement plus sensibles, ils          auraient tendu toute leur volont&eacute; vers la d&eacute;livrance de          chaque &ecirc;tre quils ont rencontr&eacute; dans la vie. Et lon a tort          dattribuer aux hommes ce d&eacute;sir, lorsquils favorisent le d&eacute;veloppement          des vertus morales chez les autres et leur affermissement dans la juste          foi. La modification morale qui simpose ici ne peut &ecirc;tre quune          modification de lattitude &agrave; l&eacute;gard des m&eacute;chants          eux-m&ecirc;mes, des r&eacute;prouv&eacute;s, elle ne peut se traduire          que par le d&eacute;sir du salut pour eux, par lacceptation de partager          leur destin&eacute;e. Cela revient &agrave; dire, que je ne puis pas me          sauver individuellement, me faufiler, en quelque sorte, dans le Royaume          de Dieu, en escomptant mes m&eacute;rites personnels. Une semblable conception          du salut d&eacute;truit lunit&eacute; du cosmos. Je ne puis accepter          le paradis pour moi, si mes parents, mes proches, ou m&ecirc;me simplement          les &ecirc;tres que jai &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; rencontrer          dans la vie, doivent &ecirc;tre en enfer, si Boehme y est condamn&eacute;          comme &quot;h&eacute;r&eacute;tique&quot;, Nietzsche comme &quot;ant&eacute;christ&quot;,          Goethe comme &quot;pa&iuml;en&quot;, et Pouchkine comme &quot;p&eacute;cheur&quot;.          Je ne puis concevoir comment certains catholiques, qui dans leur th&eacute;ologie          ne sauraient faire un pas sans Aristote, peuvent admettre en toute qui&eacute;tude          quil br&ucirc;le dans lenfer en tant que non-chr&eacute;tien. Cette          conception nous est devenue d&eacute;sormais intol&eacute;rable, et ce          fait marque un progr&egrave;s consid&eacute;rable de la conscience morale.          Si je suis &agrave; ce point redevable &agrave; Aristote ou &agrave; Nietzsche,          je dois partager leur destin&eacute;e, prendre sur moi leurs tourments,          les lib&eacute;rer de lenfer. La conscience morale d&eacute;buta par          la question divine: &quot;Ca&iuml;n, quas-tu fait de ton fr&egrave;re          Abel?&quot; Elle sach&egrave;vera par cette autre question: &quot;Abel,          quas-tu fait de ton fr&egrave;re Ca&iuml;n?&quot;</p>       <p>&nbsp;</p>       <p align="right">Nicolas Berdiaeff, <I>De la destination de lhomme, </i><br>       <p align="right"><I>Essai d&eacute;thique paradoxale</i>, 1931.</p>       <p align="right">&nbsp;</p>       <p align="right">&nbsp;</p>       <p align="right">&nbsp;</p>       <p align="right">&nbsp;</p>       <p align="right">&nbsp;</p>     </blockquote>   </blockquote> </blockquote>    <P align="center"><font size="-1"><a href="index.html">Accueil</a> <a href="indconte.htm">Contes      et nouvelles</a> <a href="indexpoe.htm">Po&eacute;sie</a> <a href="indroman.htm">Romans</a>      <a href="indessai.htm">Essais</a> <a href="inddrama.htm">Th&eacute;&acirc;tre</a></font><BR>     <font size="-1"> <a href="indbiogr.htm">Biographies</a> <a href="indlettr.htm">Correspondance</a>      <a href="indprier.htm">Pri&egrave;res</a> <a href="indcitat.htm">Citations</a>      <a href="indchans.htm">Chansons</a></font></p>   </BODY> </HTML> 
