{\rtf1\ansi\ansicpg1252\uc1 \deff0\deflang1033\deflangfe1036{\fonttbl{\f0\froman\fcharset0\fprq2{\*\panose 02020603050405020304}Times New Roman;}{\f4\froman\fcharset0\fprq2{\*\panose 02020603050405020304}TIMES{\*\falt Times New Roman};} {\f134\fnil\fcharset0\fprq2{\*\panose 02000500000000000000}Palatino{\*\falt Book Antiqua};}{\f453\froman\fcharset238\fprq2 Times New Roman CE;}{\f454\froman\fcharset204\fprq2 Times New Roman Cyr;}{\f456\froman\fcharset161\fprq2 Times New Roman Greek;} {\f457\froman\fcharset162\fprq2 Times New Roman Tur;}{\f458\froman\fcharset186\fprq2 Times New Roman Baltic;}{\f477\froman\fcharset238\fprq2 TIMES CE{\*\falt Times New Roman};}{\f478\froman\fcharset204\fprq2 TIMES Cyr{\*\falt Times New Roman};} {\f480\froman\fcharset161\fprq2 TIMES Greek{\*\falt Times New Roman};}{\f481\froman\fcharset162\fprq2 TIMES Tur{\*\falt Times New Roman};}{\f482\froman\fcharset186\fprq2 TIMES Baltic{\*\falt Times New Roman};}}{\colortbl;\red0\green0\blue0; \red0\green0\blue255;\red0\green255\blue255;\red0\green255\blue0;\red255\green0\blue255;\red255\green0\blue0;\red255\green255\blue0;\red255\green255\blue255;\red0\green0\blue128;\red0\green128\blue128;\red0\green128\blue0;\red128\green0\blue128; \red128\green0\blue0;\red128\green128\blue0;\red128\green128\blue128;\red192\green192\blue192;}{\stylesheet{\widctlpar\adjustright \fs20\lang1036\cgrid \snext0 Normal;}{\*\cs10 \additive Default Paragraph Font;}{\s15\qc\widctlpar\adjustright  \f4\lang1036\cgrid \sbasedon0 \snext15 Body Text;}}{\info{\title ATHENA e-text, Arthur RIMBAUD, Une Saison en Enfer, version rtf}{\author Rossi}{\operator Perroud}{\creatim\yr1997\mo7\dy10\min8}{\revtim\yr1999\mo11\dy25\hr19\min27}{\version5}{\edmins3} {\nofpages17}{\nofwords6274}{\nofchars-32766}{\*\company  }{\nofcharsws0}{\vern113}}\paperw11907\paperh16840\margl1134\margr1814\margt1134\margb1134  \widowctrl\ftnbj\aenddoc\hyphhotz425\notabind\lytprtmet\hyphcaps0\viewkind4\viewscale125\viewzk2\pgbrdrhead\pgbrdrfoot \fet0\sectd \linex0\headery709\footery709\colsx709\sectdefaultcl {\*\pnseclvl1\pnucrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}} {\*\pnseclvl2\pnucltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl3\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl4\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta )}}{\*\pnseclvl5\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}} {\*\pnseclvl6\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl7\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl8\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl9 \pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}\pard\plain \nowidctlpar\adjustright \fs20\lang1036\cgrid {\b\fs24 ATHENA e-text, Arthur RIMBAUD (1854-1891), }{\b\i\fs24 Une Saison en Enfer}{\b\fs24 , version rtf \par }{\fs24  \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\b\fs24 L}{\fs24 a num\'e9risation ci-dessous reproduit sans changement les graphies ("rhythmes"), ponctuations et signes diacritiques ("tr\'e8s-loin") de l'\'e9dition originale de 1873, dont la mise en page a \'e9t \'e9 respect\'e9e, \'e0 l'exception des sauts de page. Seules ont \'e9t\'e9 rectifi\'e9es les coquilles typographiques d'imprimerie \'e9videntes - Fran\'e7ois. Bon. \par  \par }\pard \widctlpar\adjustright {\b\fs24 Num\'e9risation}{\fs24 : }{\b\fs24 Fran\'e7ois BON}{\fs24  }{\b\fs24 (F.Bon@wanadoo.fr)}{\fs24 . \par }{\f134\fs24 -------------------------------------------------------------------------------------- \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\b\fs36 A. RIMBAUD \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 -------------------------------------- \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\b\fs36 UNE \par SAISON EN ENFER \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ----------------------- \par PRIX: UN FRANC \par ----------------------- \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 BRUXELLES \par ALLIANCE TYPOGRAPHIQUE (M.-J. POOT ET COMPAGNIE) \par 37, rue aux Choux, 37 \par - \par 1873 \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \widctlpar\adjustright {\cf8 <!-- athena e-text --> \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ***** \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab "Jadis, si je me souviens bien, ma vie \'e9tait un festin o\'f9 s'ouvraient tous les coeurs, o\'f9 tous les vins coulaient. \par \tab Un soir, j'ai assis la Beaut\'e9 sur mes genoux. - Et je l'ai trouv\'e9e am\'e8re. - Et je l'ai injuri\'e9e. \par \tab Je me suis arm\'e9 contre la justice. \par \tab Je me suis enfui. \'d4 sorci\'e8res, \'f4 mis\'e8re, \'f4 haine, c'est \'e0 vous que mon tr\'e9sor a \'e9t\'e9 confi\'e9! \par \tab Je parvins \'e0 faire s'\'e9vanouir dans mon esprit toute l'esp\'e9rance humaine. Sur toute joie pour l'\'e9trangler j'ai fait le bond sourd de la b\'eate f\'e9roce. \par \tab J'ai appel\'e9 les bourreaux pour, en p\'e9rissant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appel\'e9 les fl\'e9aux, pour m'\'e9touffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a \'e9t\'e9 mon dieu. Je me suis allong\'e9 dans la boue. Je me suis s\'e9 ch\'e9 \'e0 l'air du crime. Et j'ai jou\'e9 de bons tours \'e0 la folie. \par \tab Et le printemps m'a apport\'e9 l'affreux rire de l'idiot. \par \tab Or, tout derni\'e8rement, m'\'e9tant trouv\'e9 sur le point de faire le dernier }{\i\fs24 couac!}{\fs24  j'ai song\'e9 \'e0 rechercher le clef du festin ancien, o\'f9 je reprendrais peut-\'eatre app\'e9tit. \par \tab La charit\'e9 est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai r\'eav\'e9! \par \tab "Tu resteras hy\'e8ne, etc.... ," se r\'e9crie le d\'e9mon qui me couronna de si aimables pavots. "Gagne la mort avec tous tes app\'e9tits, et ton \'e9go\'efsme et tous les p\'e9ch\'e9s capitaux." \par \tab Ah! j'en ai trop pris: - Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irrit\'e9e! et en attendant les quelques petites l\'e2chet\'e9s en retard, vous qui aimez dans l'\'e9crivain l'absence des facult\'e9 s descriptives ou instructives, je vous d\'e9tache des quelques hideux feuillets de mon carnet de damn\'e9. \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _______________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 MAUVAIS SANG \par }{\fs24 __ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab J'ai de mes anc\'eatres gaulois l'oeil bleu blanc, la cervelle \'e9troite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure. \par \tab Les Gaulois \'e9taient les \'e9corcheurs de b\'eates, les br\'fbleurs d'herbes les plus ineptes de leur temps. \par \tab D'eux, j'ai: l'idol\'e2trie et l'amour du sacril\'e8ge; - oh! tous les vices, col\'e8re, luxure, - magnifique, la luxure; -surtout mensonge et paresse. \par \tab J'ai horreur de tous les m\'e9tiers. Ma\'eetres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main \'e0 plume vaut la main \'e0 charrue. - Quel si\'e8cle \'e0 mains! - Je n'aurai jamais ma main. Apr\'e8s, la domesticit\'e9 m\'e8ne trop loin. L'honn\'eatet \'e9 de la mendicit\'e9 me navre. Les criminels me d\'e9go\'fbtent comme des ch\'e2tr\'e9s: moi, je suis intact, et \'e7a m'est \'e9gal. \par \tab Mais! qui a fait ma langue perfide tellement, qu'elle ait guid\'e9 et sauvegard\'e9 jusqu'ici ma paresse? Sans me servir pour vivre m\'eame de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j'ai v\'e9 cu partout. Pas une famille d'Europe que je ne connaisse. -J'entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la d\'e9claration des Droits de l'Homme. - J'ai connu chaque fils de famille! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _____________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Si j'avais des ant\'e9c\'e9dents \'e0 un point quelconque de l'histoire de France! \par \tab Mais non, rien. \par \tab Il m'est bien \'e9vident que j'ai toujours \'e9t\'e9 race inf\'e9rieure. Je ne puis comprendre la r\'e9volte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller: tels les loups \'e0 la b\'eate qu'ils n'ont pas tu\'e9e. \par \tab Je me rappelle l'histoire de la France fille a\'een\'e9e de l'\'c9glise. J'aurais fait, manant, le voyage de terre sainte; j'ai dans la t\'eate des routes dans les plaines souabes, des vues de Byza nce, des remparts de Solyme; le culte de Marie, l'attendrissement sur le crucifi\'e9 s'\'e9veillent en moi parmi mille f\'e9eries profanes. - Je suis assis, l\'e9preux, sur les pots cass\'e9s et les orties, au pied d'un mur rong\'e9  par le soleil. - Plus tard, re\'eetre, j'aurais bivaqu\'e9 sous les nuits d'Allemagne. \par \tab Ah! encore: je danse le sabbat dans une rouge clairi\'e8re, avec des vieilles et des enfants. \par \tab Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me revoir dans ce pass\'e9. Mais toujours seul; sans famille; m\'ea me, quelle langue parlais-je. Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ; ni dans les conseils des Seigneurs, - repr\'e9sentants du Christ. \par \tab Qu'\'e9tais-je au si\'e8cle dernier: je ne me retrouve qu'aujourd'hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inf\'e9rieure a tout couvert - le peuple, comme on dit, la raison; la nation et la science. \par \tab Oh! la science! On a tout repris. Pour le corps et pour l'\'e2me, - le viatique, - on a la m\'e9decine et la philosophie, - les rem\'e8des de bonnes femmes et les chansons populaires arrang\'e9 s. Et les divertissements des princes et les jeux qu'ils interdisaient! G\'e9ographie, cosmographie, m\'e9canique, chimie!... \par \tab La science, la nouvelle noblesse! Le progr\'e8s. Le monde marche! Pourquoi ne tournerait-il pas? \par \tab C'est la vision des nombres. Nous allons \'e0 l'Esprit. C'est tr\'e8s-certain, c'est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m'expliquer sans paroles pa\'efennes, je voudrais me taire. \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Le sang pa\'efen revient! L'Esprit est proche, pourquoi Christ ne m'aide-t-il pas, en donnant \'e0 mon \'e2me noblesse et libert\'e9. H\'e9las! l'\'c9vangile a pass\'e9! l'\'c9vangile! L'\'c9vangile. \par \tab J'attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inf\'e9rieure de toute \'e9ternit\'e9. \par \tab Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journ\'e9e est faite; je quitte l'Europe. L'air marin br\'fb lera mes poumons; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout; boire des liqueurs fortes comme du m\'e9tal bouillant, - comme faisaient ces chers anc\'eatres autour des feux. \par \tab Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux: sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or: je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces f\'e9roces infirmes retour des pays chauds. Je serai m\'eal\'e9  aux affaires politiques. Sauv\'e9. \par \tab Maintenant, je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la gr\'e8ve. \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab On ne part pas. - Reprenons les chemins d'ici, charg\'e9 de mon vice, le vice qui a pouss\'e9 ses racines de souffrance \'e0 mon c\'f4t\'e9, d\'e8s l'\'e2ge de raison - qui monte au ciel, me bat, me renverse, me tra\'eene. \par \tab La derni\'e8re innocence et la derni\'e8re timidit\'e9. C'est dit. Ne pas porter au monde mes d\'e9go\'fbts et mes trahisons. \par \tab Allons! La marche, le fardeau, le d\'e9sert, l'ennui et la col\'e8re. \par \tab A qui me louer? Quelle b\'eate faut-il adorer? Quelle sainte image attaque-t-on? Quels coeurs briserai-je? Quel mensonge dois-je tenir? - Dans quel sang marcher? \par \tab Plut\'f4t, se garder de la justice. - La vie dure, l'abrutissement simple, - soulever, le poing dess\'e9ch\'e9, le couvercle du cercueil, s'asseoir, s'\'e9touffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers: la terreur n'est pas fran\'e7aise. \par \tab - Ah! je suis tellement d\'e9laiss\'e9 que j'offre \'e0 n'importe quelle divine image des \'e9lans vers la perfection. \par \tab \'d4 mon abn\'e9gation, \'f4 ma charit\'e9 merveilleuse! ici-bas, pourtant! \par \tab }{\i\fs24 De profundis Domine}{\fs24 , suis-je b\'eate! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Encore tout enfant, j'admirais le for\'e7at intraitable sur qui se referme toujours le bagne; je visitais les auberges et les garnis qu'il aurait sacr\'e9s par son s\'e9jour; je voyais avec son id\'e9 e le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne; je flairais sa fatalit\'e9 dans les villes. Il avait plus de force qu'un saint, plus de bon sens qu'un voyageur - et lui, lui seul! pour t\'e9moin de sa gloire et de sa raison. \par \tab Sur les routes, par les nuits d'hiver, sans g\'eete, sans habits, sans pain, une voix \'e9treignait mon coeur gel\'e9: "Faiblesse ou force: te voil\'e0, c'est la force. Tu ne sais ni o\'f9 tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, r\'e9ponds \'e0  tout. On ne te tuera pas plus que si tu \'e9tais cadavre." Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j'ai rencontr\'e9s }{\i\fs24 ne m'ont peut-\'eatre pas vu}{\fs24 . \par \tab Dans les villes la boue m'apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un tr\'e9sor dans la for\'eat! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fum\'e9 e au ciel; et, \'e0 gauche, \'e0 droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres. \par \tab Mais l'orgie et la camaraderie des femmes m'\'e9taient interdites. Pas m\'eame un compagnon. Je me voyais devant une foule exasp\'e9r\'e9e, en face du peloton d'ex\'e9cution, pleurant du malh eur qu'ils n'aient pu comprendre, et pardonnant! - Comme Jeanne d'Arc! - "Pr\'eatres, professeurs, ma\'eetres, vous vous trompez en me livrant \'e0 la justice. Je n'ai jamais \'e9t\'e9 de ce peuple-ci; je n'ai jamais \'e9t\'e9 chr\'e9 tien; je suis de la race qui chantait dans le supplice; je ne comprends pas les lois; je n'ai pas le sens moral, je suis une brute: vous vous trompez... " \par \tab Oui, j'ai les yeux ferm\'e9s \'e0 votre lumi\'e8re. Je suis une b\'eate, un n\'e8gre. Mais je puis \'eatre sauv\'e9. Vous \'eates de faux n\'e8gres, vous maniaques, f\'e9roces, avares. Marchand, tu es n\'e8gre; magistrat, tu es n\'e8gre; g\'e9n\'e9 ral, tu es n\'e8gre; empereur, vieille d\'e9mangeaison, tu es n\'e8gre: tu as bu d'une liqueur non tax\'e9e, de la fabrique de Satan. - Ce peuple est inspir\'e9 par la fi\'e8vre et le cancer. Infirmes et vieillards  sont tellement respectables qu'ils demandent \'e0 \'eatre bouillis. - Le plus malin est de quitter ce continent, o\'f9 la folie r\'f4de pour pourvoir d'otages ces mis\'e9rables. J'entre au vrai royaume des enfants de Cham. \par \tab Connais-je encore la nature? me connais-je? - Plus de mots. J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse! Je ne vois m\'eame pas l'heure o\'f9, les blancs d\'e9barquant, je tomberai au n\'e9ant. \par \tab Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _____________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Les blancs d\'e9barquent. Le canon! Il faut se soumettre au bapt\'eame, s'habiller, travailler. \par \tab J'ai re\'e7u au coeur le coup de gr\'e2ce. Ah! je ne l'avais pas pr\'e9vu! \par \tab Je n'ai point fait le mal. Les jours vont m'\'eatre l\'e9gers, le repentir va m'\'eatre \'e9pargn\'e9. Je n'aurai pas eu les tourments de l'\'e2me presque morte au bien, o\'f9 remonte la lumi\'e8re s\'e9v\'e8re comme les cierges fun\'e9 raires. Le sort du fils de famille, cercueil pr\'e9matur\'e9 couvert de limpides larmes. Sans doute la d\'e9bauche est b\'eate, le vice est b\'eate; il faut jeter la pourriture \'e0 l'\'e9cart. Mais l'horloge ne sera pas arriv\'e9e \'e0  ne plus sonner que l'heure de la pure douleur! Vais-je \'eatre enlev\'e9 comme un enfant, pour jouer au paradis dans l'oubli de tout le malheur! \par \tab Vite! est-il d'autres vies? - Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours \'e9t\'e9 bien public. L'amour divin seul octroie les clefs de la science. Je vois que la nature n'est qu'un spectacle de bont\'e9. Adieu chim\'e8res, id \'e9als, erreurs. \par \tab Le chant raisonnable des anges s'\'e9l\'e8ve du navire sauveur: c'est l'amour divin. - Deux amours! je puis mourir de l'amour terrestre, mourir de d\'e9vouement. J'ai laiss\'e9 des \'e2mes dont la peine s'accro\'eetra de mon d\'e9 part! Vous me choisissez parmi les naufrag\'e9s; ceux qui restent sont-ils pas mes amis? \par \tab Sauvez-les! \par \tab La raison m'est n\'e9e. Le monde est bon. Je b\'e9nirai la vie. J'aimerai mes fr\'e8res. Ce ne sont plus des promesses d'enfance. Ni l'espoir d'\'e9chapper \'e0 la vieillesse et \'e0 la mort. Dieu fait ma force, et je loue Dieu. \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ____________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab L'ennui n'est plus l'amour. Les rages, les d\'e9bauches, la folie, dont je sais tous les \'e9lans et les d\'e9sastres, - tout mon fardeau est d\'e9pos\'e9. Appr\'e9cions sans vertige l'\'e9tendue de mon innocence. \par \tab Je ne serais plus capable de demander le r\'e9confort d'une bastonnade. Je ne me crois pas embarqu\'e9 pour une noce avec J\'e9sus-Christ pour beau-p\'e8re. \par \tab Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit: Dieu. Je veux la libert\'e9 dans le salut: comment la poursuivre? Les go\'fbts frivoles m'ont quitt\'e9. Plus besoin de d\'e9vouement ni d'amour divin. Je ne regrette pas le si\'e8cl e des moeurs sensibles. Chacun a sa raison, m\'e9pris et charit\'e9: je retiens ma place au sommet de cette ang\'e9lique \'e9chelle de bon sens. \par \tab Quant au bonheur \'e9tabli, domestique ou non... non, je ne peux pas. Je suis trop dissip\'e9, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille v\'e9rit\'e9 : moi, ma vie n'est pas assez pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus de l'action, ce cher point du monde. \par \tab Comme je deviens vieille fille, \'e0 manquer du courage d'aimer la mort! \par \tab Si Dieu m'accordait le calme c\'e9leste, a\'e9rien, la pri\'e8re, - comme les anciens saints. - Les saints! des forts! les anachor\'e8tes, des artistes comme il n'en faut plus! \par \tab Farce continuelle! Mon innocence ferait pleurer. La vie est la farce \'e0 mener par tous. \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ___________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Assez! Voici la punition. - }{\i\fs24 En marche}{\fs24 ! \par \tab Ah! les poumons br\'fblent, les tempes grondent! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil! le coeur... les membres... \par \tab O\'f9 va-t-on? au combat? Je suis faible! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps!... \par \tab Feu! feu sur moi! L\'e0! ou je me rends. - L\'e2ches! - Je me tue! Je me jette aux pieds des chevaux! \par \tab Ah!... \par \tab - Je m'y habituerai. \par \tab Ce serait la vie fran\'e7aise, le sentier de l'honneur! \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ___________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 NUIT DE L'ENFER \par }{\fs24 __ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab J'ai aval\'e9 une fameuse gorg\'e9e de poison. - Trois fois b\'e9ni soit le conseil qui m'est arriv\'e9! - Les entrailles me br\'fblent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'\'e9 touffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'\'e9ternelle peine! Voyez comme le feu se rel\'e8ve! Je br\'fble comme il faut. Va, d\'e9mon! \par \tab J'avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je d\'e9crire la vision, l'air de l'enfer ne soufre pas les hymnes! C'\'e9tait des millions de cr\'e9atures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, l es nobles ambitions, que sais-je? \par \tab Les nobles ambitions! \par \tab Et c'est encore la vie! - Si la damnation est \'e9ternelle! Un homme qui veut se mutiler est bien damn\'e9, n'est-ce pas? Je me crois en enfer, donc j'y suis. C'est l'ex\'e9cution du cat\'e9chisme. Je suis esclave de mon bapt\'ea me. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le v\'f4tre. Pauvre innocent! - L'enfer ne peut attaquer les pa\'efens. - C'est la vie encore! Plus tard, les d\'e9lices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au n\'e9 ant, de par la loi humaine. \par \tab Tais-toi, mais tais-toi!... C'est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma col\'e8re est affreusement sotte. - Assez!... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums, faux, musiques pu\'e9riles. -  Et dire que je tiens la v\'e9rit\'e9, que je vois la justice: j'ai un jugement sain et arr\'eat\'e9, je suis pr\'eat pour la perfection... Orgueil. - La peau de ma t\'eate se dess\'e8che. Piti\'e9 ! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif! Ah! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, }{\i\fs24 le clair de lune quand le clocher sonnait douze}{\fs24 ... le diable est au clocher, \'e0  cette heure. Marie! Sainte-Vierge!... - Horreur de ma b\'eatise. \par \tab L\'e0-bas, ne sont-ce pas des \'e2mes honn\'eates, qui me veulent du bien... Venez... J'ai un oreiller sur la bouche, elles ne m'entendent pas, ce sont des fant\'f4mes. Puis, jamais personne ne pense \'e0  autrui. Qu'on n'approche pas. Je sens le roussi, c'est certain. \par \tab Les hallucinations sont innombrables. C'est bien ce que j'ai toujours eu: plus de foi en l'histoire, l'oubli des principes. Je m'en tairai: po\'ebtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer. \par \tab Ah \'e7a! l'horloge de la vie s'est arr\'eat\'e9e tout \'e0 l'heure. Je ne suis plus au monde. - La th\'e9ologie est s\'e9rieuse, l'enfer est certainement en bas - et le ciel en haut. - Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes. \par \tab Que de malices dans l'attention dans la campagne... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages... J\'e9sus marche sur les ronces purpurines, sans les courber... J\'e9sus marchait sur les eaux irrit\'e9 es. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d'une vague d'\'e9meraude... \par \tab Je vais \'e9veiller tous les myst\'e8res: myst\'e8res religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, pass\'e9, cosmogonie, n\'e9ant. Je suis ma\'eetre en fantasmagories. \par \tab \'c9coutez!... \par \tab J'ai tous les talents! - Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un: je ne voudrais pas r\'e9pandre mon tr\'e9sor. - Veut-on des chants n\'e8gres, des danses de houris? Veut-on que je disparaisse, que je plonge \'e0  la recherche de l'anneau? Veut-on? Je ferai de l'or, des rem\'e8des. \par \tab Fiez-vous donc \'e0 moi, la foi soulage, guide, gu\'e9rit. Tous, venez, - m\'eame les petits enfants, - que je vous console, qu'on r\'e9pande pour vous son coeur, - le coeur merveilleux! - Pauvres hommes, travailleurs! Je ne demande pas de pri\'e8 res; avec votre confiance seulement, je serai heureux. \par \tab - Et pensons \'e0 moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J'ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c'est regrettable. \par \tab Bah! faisons toutes les grimaces imaginables. \par \tab D\'e9cid\'e9ment, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah! mon ch\'e2teau, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours... Suis-je las! \par \tab Je devrais avoir mon enfer pour la col\'e8re, mon enfer pour l'orgueil, - et l'enfer de la caresse; un concert d'enfers. \par \tab Je meurs de lassitude. C'est le tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je r\'e9clame. Je r\'e9clame! un coup de fourche, une goutte de feu. \par \tab Ah! remonter \'e0 la vie! Jeter les yeux sur nos difformit\'e9s. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit! Ma faiblesse, la cruaut\'e9 du monde! Mon dieu, piti\'e9, cachez-moi, je me tiens trop mal! - Je suis cach\'e9 et je ne le suis pas. \par \tab C'est le feu qui se rel\'e8ve avec son damn\'e9. \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 D\'c9LIRES \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 I \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 VIERGE FOLLE \par }{\fs24 ___ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 L'\'c9POUX INFERNAL \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab \'c9coutons la confession d'un compagnon d'enfer: \par \tab "\'d4 divin \'c9poux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis so\'fble. Je suis impure. Quelle vie! \par \tab "Pardon, divin Seigneur, pardon! Ah! pardon! Que de larmes! Et que de larmes encore plus tard, j'esp\'e8re! \par \tab "Plus tard, je conna\'eetrai le divin \'c9poux! Je suis n\'e9e soumise \'e0 Lui. - L'autre peut me battre maintenant! \par \tab "A pr\'e9sent, je suis au fond du monde! \'d4 mes amies!... non, pas mes amies... Jamais d\'e9lires ni tortures semblables... Est-ce b\'eate! \par \tab "Ah! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, charg\'e9e du m\'e9pris des plus m\'e9prisables coeurs. \par \tab "Enfin, faisons cette confidence, quitte \'e0 la r\'e9p\'e9ter vingt autres fois, - aussi morne, aussi insignifiante! \par \tab "Je suis esclave de l'\'c9poux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce d\'e9mon-l\'e0. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fant\'f4me. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damn\'e9 e et morte au monde, - on ne me tuera pas! - Comment vous le d\'e9crire! Je ne sais m\'eame plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fra\'eecheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien! \par \tab "Je suis veuve... - J'\'e9tais veuve... - mais oui, j'ai \'e9t\'e9 bien s\'e9rieuse jadis, et je ne suis pas n\'e9e pour devenir squelette!... - Lui \'e9tait presque un enfant... Ses d\'e9licatesses myst\'e9rieuses m'avaient s\'e9duite. J'ai oubli \'e9 tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je sais o\'f9 il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, }{\i\fs24 moi, la pauvre \'e2me}{\fs24 . Le D\'e9mon! - c'est un D\'e9 mon, vous savez, }{\i\fs24 ce n'est pas un homme}{\fs24 . \par \tab "Il dit: "Je n'aime pas les femmes. L'amour est \'e0 r\'e9inventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assur\'e9e. La position gagn\'e9e, coeur et beaut\'e9 sont mis de c\'f4t\'e9: il ne reste que froid d\'e9 dain, l'aliment du mariage, aujourd'hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurai pu faire de bonnes camarades, d\'e9vor\'e9es tout d'abord par des brutes sensibles comme des b\'fbchers... " \par \tab "Je l'\'e9coute faisant de l'infamie une gloire, de la cruaut\'e9 un charme. "Je suis de race lointaine: mes p\'e8res \'e9taient Scandinaves: il se per\'e7aient les c\'f4 tes, buvaient leur sang. - Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un M ongol: tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tach\'e9 e de sang partout. Jamais je ne travaillerai... " Plusieurs nuits, son d\'e9mon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui! - Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m'\'e9 pouvanter mortellement. - "On me coupera vraiment le cou; ce sera d\'e9go\'fbtant." Oh! ces jours o\'f9 il veut marcher avec l'air du crime! \par \tab "Parfois il parle, en une fa\'e7on de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux p\'e9nibles, des d\'e9parts qui d\'e9chirent les coeurs. Dans les bouges o\'f9 nous nous enivrions, il pleurai t en consid\'e9rant ceux qui nous entouraient, b\'e9tail de la mis\'e8re. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la piti\'e9 d'une m\'e8re m\'e9chante pour les petits enfants. - Il s'en allait avec des gentillesses de petite fille au cat \'e9chisme. - Il feignait d'\'eatre \'e9clair\'e9 sur tout, commerce, art, m\'e9decine. - Je le suivais, il le faut! \par \tab "Je voyais tout le d\'e9cor dont, en esprit, il s'entourait; v\'eatements, draps, meubles: je lui pr\'eatais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le cr\'e9 er pour lui. Quand il me semblait avoir l'esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions \'e9tranges et compliqu\'e9es, loin, bonnes ou mauvaises: j'\'e9tais s\'fbre de ne jamais entrer dans son monde. \'c0 c\'f4t\'e9  de son cher corps endormi, que d'heures des nuits j'ai veill\'e9, cherchant pourquoi il voulait tant s'\'e9vader de la r\'e9alit\'e9. Jamais homme n'e\'fbt pareil voeu. Je reconnaissais, - sans craindre pour lui, - qu'il pouvait \'eatre un s\'e9 rieux danger dans soci\'e9t\'e9. - Il a peut-\'eatre des secrets pour changer la vie? Non, il ne fait qu'en chercher, me r\'e9pliquais-je. Enfin sa charit\'e9 est ensorcel\'e9e, et j'en suis la prisonni\'e8re. Aucune autre \'e2 me n'aurait assez de force, - force de d\'e9sespoir! - pour la supporter, - pour \'eatre prot\'e9g\'e9e et aim\'e9e par lui. D'ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre \'e2me: on voit son Ange, jamais l'Ange d'un autre, - je crois. J'\'e9 tais dans son \'e2me comme dans un palais qu'on a vid\'e9 pour ne pas voir une personne si peu noble que vous: voil\'e0 tout. H\'e9las! je d\'e9pendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et l\'e2 che? Il ne me rendait pas meilleure, s'il ne me faisait pas mourir! Tristement d\'e9pit\'e9e, je lui dis quelquefois: "Je te comprends." Il haussait les \'e9paules. \par \tab "Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus \'e9gar\'e9e \'e0 ses yeux, - comme \'e0 tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n'eusse \'e9t\'e9 condamn\'e9e pour jamais \'e0  l'oubli de tous! - j'avais de plus en plus faim de sa bont\'e9. Avec ses baisers et ses \'e9treintes amies, c'\'e9tait bien un ciel, un sombre ciel, o\'f9 j'entrais, et o\'f9 j'aurais voulu \'eatre laiss\'e9e, pauvre, sourde, muette, aveugle. D\'e9j\'e0  j'en prenais l'habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien \'e9mus, nous travaillions ensemble. Mais, apr\'e8s une p\'e9n\'e9trante caresse, il disait: "Comme \'e7 a te para\'eetra dr\'f4le, quand je n'y serai plus, ce par quoi tu as pass\'e9. Quand tu n'auras plus mes bras sous ton cou, ni mon coeur pour t'y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu'il faudra que je m'en aille, tr\'e8 s-loin, un jour. Puis il faut que j'en aide d'autres: c'est mon devoir. Quoique ce ne soit gu\'e8re rago\'fbtant... , ch\'e8re \'e2me... " Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, pr\'e9cipit\'e9e dans l'ombr e la plus affreuse: la mort. Je lui faisais promettre qu'il ne me l\'e2cherait pas. Il l'a faite vingt fois, cette promesse d'amant. C'\'e9tait aussi frivole que moi lui disant: "Je te comprends." \par \tab "Ah! je n'ai jamais \'e9t\'e9 jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir? Il n'a pas une connaissance; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bont\'e9 et sa charit\'e9  lui donneraient-elles droit dans le monde r\'e9el? Par instants, j'oublie la piti\'e9 o\'f9 je suis tomb\'e9e: lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les d\'e9serts, nous dormirons sur les pav\'e9 s des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me r\'e9veillerai, et les lois et les moeurs auront chang\'e9, - gr\'e2ce \'e0 son pouvoir magique, - le monde, en restant le m\'eame, me laissera \'e0 mes d\'e9 sirs, joies, nonchalances. Oh! la vie d'aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me r\'e9compenser, j'ai tant souffert, me la donneras-tu? Il ne peut pas. J'ignore son id\'e9al. Il m'a dit avoir des regrets, des espoirs: cela ne doit  pas me regarder. Parle-t-il \'e0 Dieu? Peut-\'eatre devrais-je m'adresser \'e0 Dieu. Je suis au plus profond de l'ab\'eeme, et je ne sais plus prier. \par \tab "S'il m'expliquait ses tristesses, les comprendrai-je plus que ses railleries? Il m'attaque, il passe des heures \'e0 me faire honte de tout ce qui m'a pu toucher au monde, et s'indigne si je pleure. \par \tab "- Tu vois cet \'e9l\'e9gant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison: il s'appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je? Une femme s'est d\'e9vou\'e9e \'e0 aimer ce m\'e9chant idiot: elle est morte, c'est certes une sainte au ciel,  \'e0 pr\'e9sent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C'est notre sort \'e0 nous, coeurs charitables... " H\'e9las! Il avait des jours o\'f9 tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de d\'e9 lires grotesques: il riait affreusement, longtemps. - Puis, il reprenait ses mani\'e8res de jeune m\'e8re, de soeur aim\'e9e. S'il \'e9tait moins sauvage, nous serions sauv\'e9 s! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. - Ah! je suis folle! \par \tab "Un jour peut-\'eatre il dispara\'eetra merveilleusement; mais il faut que je sache, s'il doit remonter \'e0 un ciel, que je voie un peu l'assomption de mon petit ami!" \par \tab Dr\'f4le de m\'e9nage! \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 D\'c9LIRES \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 II \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 ALCHIMIE DU VERBE \par }{\fs24 ___ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab A moi. L'histoire d'une de mes folies. \par \tab Depuis longtemps je me vantais de poss\'e9der tous les paysages possibles, et trouvais d\'e9risoires les c\'e9l\'e9brit\'e9s de la peinture et de la po\'e9sie moderne. \par \tab J'aimais les peintures idiotes, dessus des portes, d\'e9cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la litt\'e9rature d\'e9mod\'e9e, latin d'\'e9glise, livres \'e9rotiques sans orthographe, romans de nos a\'efeules, contes de f \'e9es, petits livres de l'enfance, op\'e9ras vieux, refrains niais, rhythmes na\'effs. \par \tab Je r\'eavais croisades, voyages de d\'e9couvertes dont on n'a pas de relations, r\'e9publiques sans histoires, guerres de religion \'e9touff\'e9es, r\'e9volutions de meurs, d\'e9placements de races et de continents: je croyais \'e0  tous les enchantements. \par \tab J'inventai la couleur des voyelles! - }{\i\fs24 A}{\fs24  noir, }{\i\fs24 E}{\fs24  blanc, }{\i\fs24 I}{\fs24  rouge, }{\i\fs24 \'d4 }{\fs24 bleu, }{\i\fs24 U}{\fs24  vert. - Je r\'e9 glai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe po\'e9tique accessible, un jour ou l'autre, \'e0 tous les sens. Je r\'e9servais la traduction. \par \tab Ce fut d'abord une \'e9tude. J'\'e9crivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable, je fixais des vertiges. \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ____________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises, \par Que buvais-je, \'e0 genoux dans cette bruy\'e8re \par Entour\'e9e de tendres bois de noisetiers, \par Dans un brouillard d'apr\'e8s-midi ti\'e8de et vert? \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise, \par - Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert! - \par Boire \'e0 ces gourdes jaunes, loin de ma case \par Ch\'e9rie? Quelque liqueur d'or qui fait suer. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Je faisais une louche enseigne d'auberge, \par - Un orage vint chasser le ciel. Au soir \par L'eau des bois se perdait sur les sables vierges, \par Le vent de Dieu jetais des gla\'e7ons aux mares; \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Pleurant, je voyais de l'or - et ne pus boire. - \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ______________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 A quatre heures du matin, l'\'e9t\'e9, \par Le sommeil d'amour dure encore. \par Sous les bocages s'\'e9vapore \par L'odeur du soir f\'eat\'e9. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 L\'e0-bas, dans leur vaste chantier \par Au soleil des Hesp\'e9rides, \par D\'e9j\'e0 s'agitent - en bras de chemise - \par Les Charpentiers. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Dans leurs D\'e9serts de mousse, tranquilles, \par Ils pr\'e9parent les lambris pr\'e9cieux \par O\'f9 la ville \par Peindra de faux cieux. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 \'d4, pour ces Ouvriers charmants \par Sujets d'un roi de Babylone, \par V\'e9nus! quitte un instant les Amants \par Dont l'\'e2me est en couronne. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 \'d4 Reine des Bergers, \par Porte aux travailleurs l'eau-de-vie, \par Que leurs forces soient en paix \par En attendant le bain dans la mer \'e0 midi. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _______________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab La vieillerie po\'e9tique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe. \par \tab Je m'habituai \'e0 l'hallucination simple: je voyais tr\'e8s-franchement une mosqu\'e9e \'e0 la place d'une usine, une \'e9cole de tambours faite par des anges, des cal\'e8ches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les monstres, les myst \'e8res; un titre de vaudeville dressait des \'e9pouvantes devant moi! \par \tab Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots! \par \tab Je finis par trouver sacr\'e9 le d\'e9sordre de mon esprit. J'\'e9tais oisif, en proie \'e0 une lourde fi\'e8vre: j'enviais la f\'e9licit\'e9 des b\'eates, - les chenilles, qui repr\'e9sentent l'innocence des limbes, le sommeil de la virginit\'e9!  \par \tab Mon caract\'e8re s'aigrissait. Je disais adieu au monde dans d'esp\'e8ces de romances: \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Qu'il vienne, qu'il vienne, \par Le temps dont on s'\'e9prenne. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 J'ai tant fait patience \par Qu'\'e0 jamais j'oublie. \par Craintes et souffrances \par Aux cieux sont parties. \par Et la soif malsaine \par Obscurcit mes veines. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Qu'il vienne, qu'il vienne, \par Le temps dont on s'\'e9prenne. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Telle la prairie \par A l'oubli livr\'e9e, \par Grandie et fleurie \par D'encens et d'ivraies, \par Au bourdon farouche \par Des sales mouches. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Qu'il vienne, qu'il vienne, \par Le temps dont on s'\'e9prenne. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab J'aimai le d\'e9sert, les vergers br\'fbl\'e9s, les boutiques fan\'e9es, les boissons ti\'e9dies. Je me tra\'eenais dans les ruelles puantes et, les yeux ferm\'e9s, je m'offrais au soleil, dieu de feu. \par \tab "G\'e9n\'e9ral, s'il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre s\'e8che. Aux glaces des magasins splendides! dans les salons! Fais manger sa poussi\'e8re \'e0  la ville. Oxyde les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis br\'fblante... " \par \tab Oh! le moucheron enivr\'e9 \'e0 la pissoti\'e8re de l'auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 FAIM. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Si j'ai du go\'fbt, ce n'est gu\'e8re \par Que pour la terre et les pierres. \par Je d\'e9jeune toujours d'air, \par De roc, de charbon, de fer. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Mes faims, tournez. Paissez, faims, \par Le pr\'e9 des sons. \par Attirez le gai venin \par Des liserons. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Mangez les cailloux qu'on brise, \par Les vieilles pierres d'\'e9glises; \par Les galets des vieux d\'e9luges, \par Pains sem\'e9s dans les vall\'e9es grises. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 ______________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Le loup criait sous les feuilles \par En crachant les belles plumes \par De son repas de volailles: \par Comme lui je me consume. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Les salades, les fruits \par N'attendent que la cueillette; \par Mais l'araign\'e9e de la haie \par Ne mange que des violettes. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Que je dorme! Que je bouille \par Aux autels de Salomon. \par Le bouillon court sur la rouille \par Et se m\'eale au C\'e9dron. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab Enfin, \'f4 bonheur, \'f4 raison, j'\'e9cartai du ciel l'azur, qui est du noir, et je v\'e9cus, \'e9tincelle d'or de la lumi\'e8re }{\i\fs24 nature}{\fs24 . \par \tab De joie, je prenais une expression bouffonne et \'e9gar\'e9e au possible: \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Elle est retrouv\'e9e! \par Quoi? L'\'e9ternit\'e9 \par C'est la mer m\'eal\'e9e \par Au soleil. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Mon \'e2me \'e9ternelle, \par Observe ton voeu \par Malgr\'e9 la nuit seule \par Et le jour en feu. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Donc tu te d\'e9gages \par Des humains suffrages, \par Des communs \'e9lans! \par Tu votes selon... \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 - Jamais l'esp\'e9rance. \par Pas d'}{\i\fs24 orietur}{\fs24 . \par Science et patience, \par Le supplice est s\'fbr. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Plus de lendemain, \par Braises de satin, \par Votre ardeur \par Est le devoir. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Elle est retrouv\'e9e! \par - Quoi? -L'\'c9ternit\'e9. \par C'est la mer m\'eal\'e9e \par Au soleil. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _________________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Je devins un op\'e9ra fabuleux: je vis que tous les \'eatres ont une fatalit\'e9 de bonheur: l'action n'est pas la vie, mais une fa\'e7on de g\'e2cher quelque force, un \'e9nervement. La morale est la faiblesse de la cervelle. \par \tab A chaque \'eatre, plusieurs }{\i\fs24 autres}{\fs24  vies me semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu'il fait: il est un ange. Cette famille est une nich\'e9 e de chiens. Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment d'une de leurs autres vies. - Ainsi, j'ai aim\'e9 un porc. \par \tab Aucun des sophismes de la folie, - la folie qu'on enferme, - n'a \'e9t\'e9 oubli\'e9 par moi: je pourrai les redire tous, je tiens le syst\'e8me. \par \tab Ma sant\'e9 fut menac\'e9e. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, lev\'e9, je continuais les r\'eaves les plus tristes. J'\'e9tais m\'fbr pour le tr\'e9pas, et p ar une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimm\'e9rie, patrie de l'ombre et des tourbillons. \par \tab Je dus voyager, distraire les enchantements assembl\'e9s sur mon cerveau. Sur la mer, que j'aimais comme si elle e\'fbt d\'fb me laver d'une souillure, je voyais se lever la croix consolatrice. J'avais \'e9t\'e9 damn\'e9  par l'arc-en-ciel. Le Bonheur \'e9tait ma fatalit\'e9, mon remords, mon ver: ma vie serait toujours trop immense pour \'eatre d\'e9vou\'e9e \'e0 la force et \'e0 la beaut\'e9. \par \tab Le bonheur! Sa dent, douce \'e0 la mort, m'avertissait au chant du coq, -}{\i\fs24 ad matutinum}{\fs24 , au }{\i\fs24 Christus venit}{\fs24 , - dans les plus sombres villes: \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 \'d4 saisons, \'f4 ch\'e2teaux! \par Quelle \'e2me est sans d\'e9fauts? \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 J'ai fait la magique \'e9tude \par Du bonheur, qu'aucun n'\'e9lude. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Salut \'e0 lui, chaque fois \par Que chante le coq gaulois. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Ah! je n'aurai plus d'envie: \par Il s'est charg\'e9 de ma vie. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 Ce charme a pris \'e2me et corps \par Et dispers\'e9 les efforts. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 \'d4 saisons, \'f4 ch\'e2teaux! \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 L'heure de sa fuite, h\'e9las! \par Sera l'heure du tr\'e9pas. \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 \'d4 saisons, \'f4 ch\'e2teaux! \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _________________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab Cela s'est pass\'e9. Je sais aujourd'hui saluer la beaut\'e9. \par  \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 L'IMPOSSIBLE \par }{\fs24 ___ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab Ah! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus d\'e9sint\'e9ress\'e9 que le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'\'e9tait. - Et je m'en aper\'e7ois seulement!  \par \tab - J'ai eu raison de m\'e9priser ces bonshommes qui ne perdraient pas l'occasion d'une caresse, parasites de la propret\'e9 et de la sant\'e9 de nos femmes, aujourd'hui qu'elles sont si peu d'accord avec nous. \par \tab J'ai eu raison dans tous mes d\'e9dains: puisque je m'\'e9vade! \par \tab Je m'\'e9vade! \par \tab Je m'explique. \par \tab Hier encore, je soupirais: "Ciel! sommes-nous assez de damn\'e9s ici-bas! Moi j'ai tant de temps d\'e9j\'e0 dans leur troupe! Je les connais tous. Nous nous reconnaissons toujours; nous nous d\'e9go\'fbtons. La charit\'e9  nous est inconnue/ Mais nous sommes polis; nos relations avec le monde sont tr\'e8s-convenables." Est-ce \'e9tonnant? Le monde! les marchands, les na\'effs! - Nous ne sommes pas d\'e9shonor\'e9s. - Mais les \'e9 lus, comment nous recevraient-ils? Or il y a des gens hargneux et joyeux, de faux \'e9lus, puisqu'il nous faut de l'audace ou de l'humilit\'e9 pour les aborder. Ce sont les seuls \'e9lus. Ce ne sont pas des b\'e9nisseurs! \par \tab M'\'e9tant retrouv\'e9 deux sous de raison - \'e7a passe vite! - je vois que mes malaises viennent de ne m'\'eatre pas figur\'e9 que nous sommes \'e0 l'Occident. Les marais occidentaux! Non que je croie la lumi\'e8re alt\'e9r\'e9e, la forme ext\'e9nu \'e9e, le mouvement \'e9gar\'e9... Bon! voici que mon esprit veut absolument se charger de tous les d\'e9veloppements cruels qu'a subis l'esprit depuis la fin de l'Orient... Il en veut, mon esprit! \par \tab ... Mes deux sous de raison sont finis! - L'esprit est autorit\'e9, il veut que je sois en Occident. Il faudrait le faire taire pour conclure comme je voulais. \par \tab J'envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons de l'art, l'orgueil des inventeurs, l'ardeur des pillards; je retournais \'e0 l'Orient et \'e0 la sagesse premi\'e8re et \'e9ternelle. -Il para\'eet que c'est un r\'eave de paresse grossi\'e8re!  \par \tab Pourtant, je ne songeais gu\'e8re au plaisir d'\'e9chapper aux souffrances modernes. Je n'avais pas en vue la sagesse b\'e2tarde du Coran. -Mais n'y a-t-il pas un supplice r\'e9el en ce que, depuis cette d\'e9claration de la science, le christia nisme, l'homme }{\i\fs24 se joue}{\fs24 , se prouve les \'e9vidences, se gonfle du plaisir de r\'e9p\'e9ter ces preuves, et ne vit que comme cela! Torture subtile, niaise; source de mes divagations spirituelles. La nature pourrait s'ennuyer, peut-\'ea tre! M. Prudhomme est n\'e9 avec le Christ. \par \tab N'est-ce pas parce que nous cultivons la brume! Nous mangeons la fi\'e8vre avec nos l\'e9gumes aqueux. Et l'ivrognerie! et le tabac! et l'ignorance! et les d\'e9vouements! - Tout cela est-il assez loin de la pens\'e9 e de la sagesse de l'Orient, la patrie primitive? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s'inventent! \par \tab Les gens d'\'c9glise diront: C'est compris. Mais vous voulez parler de l'Eden. Rien pour vous dans l'histoire des peuples orientaux. - C'est vrai; c'est \'e0 l'Eden que je songeais! Qu'est-ce que c'est pour mon r\'eave, cette puret\'e9  des races antiques! \par \tab Les philosophes: Le monde n'a pas d'\'e2ge. L'humanit\'e9 se d\'e9place, simplement. Vous \'eates en Occident, mais libre d'habiter dans votre Orient, quelque ancien qu'il vous le faille, - et d'y habiter bien.  Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous \'eates de votre Occident. \par \tab Mon esprit, prends garde. Pas de partis de salut violents. Exerce-toi! - Ah! la science ne va pas assez vite pour nous! \par \tab - Mais je m'aper\'e7ois que mon esprit dort. \par \tab S'il \'e9tait bien \'e9veill\'e9 toujours \'e0 partir de ce moment, nous serions bient\'f4t \'e0 la v\'e9rit\'e9, qui peut-\'eatre nous entoure avec ses anges pleurant!... - S'il avait \'e9t\'e9 \'e9veill\'e9 jusqu'\'e0  ce moment-ci, c'est que je n'aurais pas c\'e9d\'e9 aux instincts d\'e9l\'e9t\'e8res, \'e0 une \'e9poque imm\'e9moriale!... - S'il avait toujours \'e9t\'e9 bien \'e9veill\'e9, je voguerais en pleine sagesse!... \par \tab \'d4 puret\'e9! Puret\'e9! \par \tab C'est cette minute d'\'e9veil qui m'a donn\'e9 la vision de la puret\'e9! - Par l'esprit on va \'e0 Dieu! \par \tab D\'e9chirante infortune! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 __________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 L'\'c9CLAIR \par }{\fs24 __ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab Le travail humain! c'est l'explosion qui \'e9claire mon ab\'eeme de temps en temps. \par \tab "Rien n'est vanit\'e9; \'e0 la science, et en avant!" crie l'Eccl\'e9siaste moderne, c'est-\'e0-dire }{\i\fs24 Tout le monde}{\fs24 . Et pourtant les cadavres des m\'e9chants et des fain\'e9ants tombent sur le coeur des autres... Ah!  vite, vite un peu; l\'e0-bas, par del\'e0 la nuit, ces r\'e9compenses futures, \'e9ternelles... les \'e9chappons-nous?... \par \tab - Qu'y puis-je? Je connais le travail; et la science est trop lente. Que la pri\'e8re galope et que la lumi\'e8re gronde... je le vois bien. C'est trop simple, et il fait trop chaud; on se passera de moi. J'ai mon devoir, j'en serai fier \'e0 la fa \'e7on de plusieurs, en le mettant de c\'f4t\'e9. \par \tab Ma vie est us\'e9e. Allons! feignons, fain\'e9antons, \'f4 piti\'e9! Et nous existerons en nous amusant, en r\'eavant amours monstres et  univers fantastiques, en nous plaignant et en nous querellant les apparences du monde, saltimbanque, mendiant, artiste, bandit, - pr\'eatre! Sur mon lit d'h\'f4pital, l'odeur de l'encens m'est revenue si puissante; gardien des aromates sacr\'e9 s, confesseur, martyr... \par \tab Je reconnais l\'e0 ma sale \'e9ducation d'enfance. Puis quoi!... Aller mes vingt ans, si les autres vont vingt ans... \par \tab Non! non! \'e0 pr\'e9sent je me r\'e9volte contre la mort! Le travail para\'eet trop l\'e9ger \'e0 mon orgueil: ma trahison au monde serait un supplice trop court. Au dernier moment, j'attaquerais \'e0 droite, \'e0 gauche... \par \tab Alors, - oh! - ch\'e8re pauvre \'e2me, l'\'e9ternit\'e9 serait-elle pas perdue pour nous! \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 MATIN \par }{\fs24 ___ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par \tab N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, h\'e9ro\'efque, fabuleuse, \'e0 \'e9crire sur des feuilles d'or, - trop de chance! Par quel crime, quelle erreur, ai-je m\'e9rit\'e9 ma faiblesse actuelle? Vous qui pr\'e9tendez que des b\'ea tes poussent des sanglots de chagrin, que des malades d\'e9sesp\'e8rent, que des morts r\'eavent mal, t\'e2chez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et }{\i\fs24  Ave Maria. Je ne sais plus parler}{\fs24 ! \par \tab Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'\'e9tait bien l'enfer; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes. \par \tab Du m\'eame d\'e9sert, \'e0 la m\'eame nuit, toujours mes yeux las se r\'e9veillent \'e0 l'\'e9toile d'argent, toujours, sans que s'\'e9meuvent les Rois de la vie, les trois mages, le coeur, l'\'e2me, l'esprit. Quand irons-nous, par del\'e0 les gr\'e8 ves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des d\'e9mons, la fin de la superstition, adorer - les premiers! - No\'ebl sur la terre! \par \tab Le chant des cieux, la marche des peuples! Esclaves, ne maudissons pas la vie. \par  \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs28 ADIEU \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab L'automne, d\'e9j\'e0! - Mais pourquoi regretter un \'e9ternel soleil, si nous sommes engag\'e9s \'e0 la d\'e9couverte de la clart\'e9 divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons. \par \tab L'automne. Notre barque \'e9lev\'e9e dans les brumes immobiles tourne vers le port de la mis\'e8re, la cit\'e9 \'e9norme au ciel tache de feu et de boue. Ah! les haillons pourris, le pain tremp\'e9  de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifi\'e9! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'\'e2mes et de corps morts }{\i\fs24 et qui seront jug\'e9s}{\fs24 ! Je me revois la peau rong\'e9 e par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, \'e9tendu parmi des inconnus sans \'e2ge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse \'e9vocation! J'ex\'e8cre la mis\'e8re. \par \tab Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort! \par \tab - Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai cr\'e9\'e9 toutes les f\'ea tes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essay\'e9 d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acqu\'e9rir des pouvoirs surnaturels. Eh bien! je dois enterrer  mon imagination et mes souvenirs! Une belle gloire d'artiste et de conteur emport\'e9e! \par \tab Moi! moi qui me suis dit mage ou ange, dispens\'e9 de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir \'e0 chercher, et la r\'e9alit\'e9 rugueuse \'e0 \'e9treindre! Paysan! \par \tab Suis-je tromp\'e9? la charit\'e9 serait-elle soeur de la mort, pour moi? \par \tab Enfin, je demanderai pardon pour m'\'eatre nourri de mensonge. Et allons. \par \tab Mais pas une main amie! et o\'f9 puiser le secours? \par  \par  \par }\pard \qc\ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24 _________ \par }\pard \ri-680\widctlpar\adjustright {\fs24  \par  \par \tab Oui l'heure nouvelle est au moins tr\'e8s-s\'e9v\'e8re. \par \tab Car je puis dire que la victoire m'est acquise: les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empest\'e9s se mod\'e8rent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets d\'e9 talent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arri\'e9r\'e9s de toutes sortes. - Damn\'e9s, si je me vengeais! \par \tab Il faut \'eatre absolument moderne. \par \tab Point de cantiques: tenir le pas gagn\'e9. Dure nuit! le sang s\'e9ch\'e9 fume sur ma face, et je n'ai rien derri\'e8re moi, que cet horrible arbrisseau!.. . Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul. \par \tab Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse r\'e9elle. Et \'e0 l'aurore, arm\'e9s d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. \par \tab Que parlais-je de main amie! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensong\'e8res, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes l\'e0-bas; - et il me sera loisible de }{\i\fs24 poss\'e9der la v\'e9rit \'e9 dans une \'e2me et un corps}{\fs24 . \par  \par \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab Avril - ao\'fbt, 1873 \par  \par }\pard \qc\widctlpar\adjustright {\fs24 ---------------------------------------------------------------------------- \par ATHENA: "http://un2sg4.unige.ch/athena/" \par ATHENA: "http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/athena/" \par ATHENA: "http://www.ge-dip.etat-ge.ch/athena/" \par  \par If you use this text, please contribute by sending comments and corrections; they are welcome and useful for all. \par Si vous utilisez ce texte, apportez votre contribution en envoyant vos commentaires et corrections; ils sont bienvenus et utiles \'e0 tous. \par  \par Send comments to: Pierre.Perroud@terre.unige.ch \par Copyright \'a9 1997, 1998 ATHENA - Pierre Perroud. 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