<HTML>  <!-- Copyright (c) 1995-8 by Michel Fingerhut, auteurs, diteurs -->  <HEAD> <TITLE> Henri Gourarier: "Les permires marches vers l'Enfer". Aprs Auschwitz n 268 (octobre 1998)  Amicale des dports d'Auschwitz et des camps de Haute-Silsie 1998</TITLE> </HEAD>  <BODY BGCOLOR=#FFFFFF LINK=#5500CC VLINK=#5500CC>  <IMG SRC=/images/logo-mf-short.gif ALIGN=LEFT ALT=" Michel Fingerhut 1995-8"> <A HREF=/textes/ TARGET=_top><IMG SRC=/images/blue_top.gif ALIGN=RIGHT ALT="^"></A> &nbsp;<P> &nbsp;<P> <H1 ALIGN=CENTER> <!--AUT-->Henri Gourarier: <BR> <!--TIT--><I>Les permires marches vers l'Enfer</I> <BR> <FONT SIZE=2>in <I>Aprs Auschwitz</I> n 268 (octobre 1998)  Amicale des dports d'Auschwitz et des camps de Haute-Silsie 1998<BR> <FONT COLOR=RED SIZE=2> Reproduction interdite sauf pour usage personnel - <I>No reproduction except for personal use only</I> </FONT></FONT></H1> <HR> Nous remercions l'Amicale des dports d'Auschwitz et des camps de Haute-Silsie de nous avoir autoriss  reproduire ce texte. <HR> <P ALIGN="JUSTIFY">Jamais plus! Ce serment que nous avons fait  notre  retour, ne couvre pas, seulement, la Shoah elle-mme mais aussi les situations,  conditions et l'environnement qui ont permis et prpar des crimes  indescriptibles et inhumains des nazis dans l'indiffrence et, parfois, la  complicit de la majorit du peuple allemand et d'autres peuples de  l'poque.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">tant n en Allemagne, je relate ici la prise de pouvoir, en  1933, par le Parti National Socialiste Allemand (NSDAP) vu par un enfant juif.  En voici de cadre:</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A la fin de la Rpublique de Weimar, l'Allemagne comptait 6  millions de chmeurs, environ 20&nbsp;% de la population active. Une partie  significative des classes moyennes, ruines et dclasses, prtait l'oreille   ceux qui prnaient un redressement national au seul profit des Allemands de  souche (Volksgenossen).</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Quoique statistiquement trs forte, l'opposition communiste,  socialiste et rpublicaine tait divise et avait du mal  se remettre de la  rpression sanglante des annes 30.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">En Allemagne, vivaient alors quelques 550&nbsp;000 juifs,  dont 1/3  Berlin, appartenant pour la plupart aux trs anciennes communauts  mdivales largement assimiles et, pour le reste, aux rfugis rcents en  provenance de l'Est de l'Europe.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les lections de 1933 ont envoy dmocratiquement un fort  groupe, non-majoritaire, du NSDAP au Parlement. Le vieux chancelier Hindenburg  a fait appel  Hitler pour constituer un gouvernement de droite, une coalition  des partis nationalistes et militaristes, autour du NSDAP.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">L'incendie du Reichstag, mis en scne par Hitler, sert de  prtexte au vote de la loi dite &nbsp;de la Scurit du Reich&nbsp; qui  interdit, pratiquement, toute opposition et permet la cration des premiers  camps de concentration pour y interner communistes, socialistes et l'opposition  chrtienne. Des juifs n'y seraient interns, en tant que tels, qu'en 1938.  Certaines dois votes sous la Rpublique de Weimar contre l'immigration et les  immigrs servaient de base lgale aux premires mesures de discrimination.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">En ces jours, l'antismitisme s'exprimait surtout par le  boycott (souvent infructueux) des commerces juifs barbouills systmatiquement  par les S.A. et forcs d'afficher leur origine, le tout accompagn par une  violente campagne dans les journaux,  la radio, et par l'autodaf de  livres.</P> <P>Comment ai-je vcu cela?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mes parents tenaient un modeste magasin de confection pour  hommes dans une rue de la capitale situe  la limite du quartier juif et des  quartiers ouvriers. Trois autres commerces juifs de mme nature et de mme  importance nous faisaient concurrence dans notre rue. Leurs enfants taient mes  copains d'enfance. Nous vivions dans un minuscule logement, sans confort,  attenant au magasin, mais je n'ai pas eu l'impression d'avoir souffert de  privations.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">J'avais 4 ans au moment de la prise de pouvoir par Hitler.  Mme  cet ge je sentais mes liberts se rduire. Affichage &nbsp;Juif  &nbsp; sur la vitrine de notre magasin, interdiction aux juifs (et aux chiens)  d'entrer dans certains restaurants, cafs, cinmas. Bancs jaunes rservs aux  juifs, dans les moyens de transport, des parcs. La peur s'installe.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Voici ple-mle, quelques souvenirs plus prcis.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Au premier tage de notre maison, juste au-dessus du  magasin, habitait un fonctionnaire nazi. Au second tage vivait le propritaire  avec sa famille. Il tait Allemand et communiste.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A tout bout de champ, le nazi hissait un drapeau  croix  gamme qui flottait au-dessus de notre magasin. C'tait plus que le communiste  ne pouvait supporter, il renversa un pot de peinture rouge sur le drapeau et se  barricada chez lui. Aussitt des policiers envahissaient la maison, enfoncrent  la porte et amenrent notre propritaire. Peut-tre en raison de son ge, il  fut relch peu de temps aprs mais, depuis ce jour, il se taisait.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Je crois me souvenir de deux maisons se faisant face dans  notre rue. L'une couverte de drapeaux rouges, l'autre de croix gammes. Des  coups de feu s'changeaient entre des deux.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Un jour de l't 1933, un gaillard vtu de l'uniforme brun  des S.A. entra dans notre magasin. J'y tais seul avec mon pre, il n'y avait  pas d'autres clients. &nbsp;Hum&nbsp; renifle le nazi, &nbsp;Juif, a  sent l'ail ici&nbsp;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mon pre, pas trs grand mais solide, n'aimait pas l'ail et,  encore moins, les nazis. Il attrapa le S.A. par le col de sa chemise brune et  le mit proprement dehors.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le mme jour, un de ces autobus sans toit pris par les  S.A., s'arrtait devant chez nous. Une dizaine de nervis firent irruption dans  le magasin.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Sous mes yeux, ils jettent mon pre dans la rue, le font  tomber, le battent, le pitinent, l'assomment  coups de triques et de bottes  tout en hurlant des insultes et des menaces. J'ai assist en pleurant  cette  scne. Ils allaient tuer mon pre. Une voisine allemande, elle-mme nazie,  tenant boutique en face de la ntre, s'interpose: &nbsp;C'est un bon juif,  laissez-le donc tranquille&nbsp;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La peste brune rembarque dans son vhicule et quitte notre  rue en chantant cet air dont je me souviendrai jusqu' ma mort.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;Wenn dass judenblut vom messer spritzt dann geht's  nochmal so gut&nbsp;. (Quand le sang juif giclera sous le couteau, tout ira  beaucoup mieux),</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mon pre pleurait, je n'avais pas encore 5 ans.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La mme voisine prtait la faade de son magasin pour en  faire un des premiers &nbsp;Propagandapunkt&nbsp; (point de Propagande) du  &nbsp;Strmer&nbsp;. Dans une petite vitrine grillage s'affichait ce  priodique dont la devise &nbsp;Les Juifs sont notre malheur&nbsp;, imprim  en lettres grosses et grasses, agressait des passants. Pour l'inauguration de  ce point, Julius Streicher, rdacteur en chef, se dplaa en personne et  harangua les Allemands  partir de notre rue. Son discours fut long, trs  long.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Il parlait de &nbsp;la rapacit, flonie, hypocrisie,  mchancet criminelle inne des juifs&nbsp;, et de la haine mortelle que nous  vouons aux autres, en particulier aux Allemands blonds, vaillants, honntes et  si gentils. Les juifs sont donc &nbsp;des parasites irrcuprables, qu'il  convient d'craser comme des poux conformment aux ordres du Fhrer  &nbsp;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">De l'autre ct de la rue, derrire des stores baisss de  notre magasin, mes parents et quelques amis venus pour l'occasion, coutaient  en silence ce flot d'injures et de menaces. Je me serrais contre ma mre qui  tremblait de tout son corps. Tous, nous tions tremps d'une sueur froide qui  dgageait une odeur particulire. C'est cette odeur que je sens jusqu'  aujourd'hui chaque fois que j'ai peur. Puis la crmonie ayant pris fin,  Streicher repart et, le lendemain les juifs ouvrent leurs magasins comme si de  rien n'tait.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Car, selon ses promesses, Hitler mit fin  la terrible crise  conomique. C'tait la relance. le chmage reculait.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Notre clientle populaire et ouvrire avait de l'argent et  n'hsitait pas  acheter aux juifs. Ils avaient trouv du travail dans des  usines qui fabriquaient des jouets (!) disaient-ils. Les S.A. qui passaient  leurs nuits  barbouiller nos vitrines et leurs journes  hurler: &nbsp; Jeunes filles, femmes allemandes, n'achetez pas  la truie juive&nbsp;, ne  leur faisaient pas peur. Les affaires reprenaient.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Comme beaucoup d'autres, mes parents rvaient de partir. Mon  pre aurait aim aller en Palestine pour lever des poissons (mais oui) ou  migrer en France o il avait travaill chez Citron entre 1918 et 1922.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Mais, pour la premire fois, mes parents russissaient   mettre de l'argent de ct. Alors on repoussait le dpart afin d'conomiser des  moyens de s'installer ailleurs.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">C'est ainsi que mes pauvres parents ont pass des dernires  annes de leur vie assis sur des valises. Que leur souvenir parle pour nous  tous.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A l'ge de 6 ans, j'allais  l'cole. Celle des Allemands  nous tait ferme et je frquentais l'cole communale juive. Notre directeur  tenait  ce que nous suivions les mthodes disciplinaires allemandes. Il  voulait des juifs prussiens ou des Prussiens juifs, forms  coups de verges.  Quelle inconscience!!</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Je n'avais aucun contact avec les Allemands de mon ge. Je  n'avais pas de vlo, non plus, car quand j'ai fait un essai sur le vlo d'un  copain, des gamins m'ont jet  terre aux cris de &nbsp;Jude raus&nbsp;.  Alors,  quoi me servirait un vlo? Je ne sais toujours pas monter  vlo.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Quant  parler  des &nbsp;goys&nbsp;  l'exception d'un  &nbsp;bonjour, bonsoir&nbsp; , je n'en ai eu le coeur qu'en 1955,  l'ge  de 27 ans.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">En 1938, commenaient des choses srieuses avec l'expulsion  des juifs polonais et aprs, l'assassinat du conseiller Von Rath  Paris par le  juif Grynszpan, suivi la Nuit de Cristal. J'en parlerai, peut-tre une autre  fois, mais cette fois je m'arrte l, sur la premire marche vers l'enfer.</P> <P><B><I>Henri Gourarier</I></B></P> <P CLASS=ni> <FONT SIZE=2>____________________________<BR> <P CLASS=ni> <B><A HREF=/index.html TARGET=_top>Server / <I>Server</I></A>  Michel Fingerhut 1996-2001</B> - document mis  jour le  14/11/1998  16h14m03s.<BR> Pour crire au serveur (PAS  l'auteur)/<I>To write to the server (NOT to the author):</I> <A HREF=/send.html>MESSAGE</A></FONT>  </BODY> </HTML> 
