<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 3.2//EN"> <html> <head> <title>P. M&eacute;rim&eacute;e : Le ciel et l'enfer</title>  </head> <body background="FFFFE8"> <strong>MERIME</strong>, Prosper (1803-1870) : <i>Le ciel et l'enfer</i>, tragi-com&eacute;die extraite du <i>Th&eacute;&acirc;tre de Clara Gazul</i>, (1825).  <hr> Saisie du texte : S. Pestel pour la collection &eacute;lectronique de la Biblioth&egrave;que Municipale de Lisieux (12.X.1998)<br> Texte relu par : A. Gu&eacute;zou<br> Adresse : Biblioth&egrave;que municipale, B.P. 7216, 14107 Lisieux cedex <br> -T&eacute;l. : 02.31.48.66.50.- Minitel : 02.31.48.66.55. - Fax : 02.31.48.66.56<br> M&eacute;l : bmlisieux@mail.cpod.fr, [Olivier Bogros] bib_lisieux@compuserve.com<br> http://www.bmlisieux.com/<br> <hr> <i>Diffusion libre et gratuite (freeware)</i>  <hr> <small>Texte &eacute;tabli sur un exemplaire (coll. particuli&egrave;re) de l'&eacute;dition don&eacute;e par Maximilien Vox en 1945 pour la collection <a href="../litterature/bibliogr/brins.htm">brins de plume</a>.</small>  <hr> &nbsp; <br>&nbsp; &nbsp;    &nbsp; <br>&nbsp;<br> &nbsp;    <div align="center"><b>Le Ciel et l'enfer</b><br> par<br> Prosper <b>M&eacute;rim&eacute;e</b></div> &nbsp; <br>&nbsp; &nbsp;   <div align="center"><font size="-1">PERSONNAGES DE LA COMDIE :</font><br> Don Pablo Romero<br> Fray Bartolom<br> <i>inquisiteur</i><br> Doa Urruca de Pimentel<br>  <i>La scne est  Valence</i></div> &nbsp; <br>&nbsp; &nbsp; <p align="right"><i>Sin zelos amor,<br> Es estar sin alma un cuerpe</i><br> C<font size="-1">ALDERON</font><br> <i>Almas atravesadas </i></p> &nbsp; <br>&nbsp; &nbsp; <div align="center">SCENE PREMIRE</div> <div align="center"><i>Un boudoir</i></div>   <p align="justify">D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non ! encore une fois. Vous aurez beau prier. C'est aujourd'hui le mercredi des Cendres.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Rappelez-vous que le mardi gras nous ne pmes profiter du carnaval.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je suis une grande pcheresse. Dieu m'absolve ! mais il y a tel pch que je ne ferai jamais.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Au moins un seul petit baiser.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je ne le dois pas.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Le pch, si c'en est un, n'est pas bien gros, et je prends tout sur moi.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Un mercredi des Cendres !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Au diable le carme ! Allons, un seul petit baiser.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais... Que vous tes insupportable !... Voyons, fermez la fentre.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Encore un, vous n'en pcherez pas davantage.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non, laissez-moi, de grce.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Qu'avez-vous l au cou ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - C'est un chapelet avec des A<font size="-1">GNUS</font> D<font size="-1">EI</font>, bnits par notre Saint-Pre le pape.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Mais mon portrait ? ma chane ? qu'en avez-vous fait ? Ah ! Urraca, vous avez donn la chane, j'en suis sr,  ce pre Bartolom du diable, pour orner le col de quelque madone.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non, tout est dans ma cassette, mais j'ai pens que dans un jour comme celui-ci...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Un jour comme celui-ci devrait tre ray du calendrier !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Y pensez-vous, don Pablo ? N'est-ce pas aujourd'hui ?...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Tenez, parlons d'autre chose. - Vous devriez bien prendre un confesseur plus vieux. On en jase et moi j'en suis inquiet.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - pargnez au moins une sainte personne, si vous n'avez pas plus d'gards pour moi.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Parbleu ! je le traite comme il le mrite, car je suppose qu'il vous dit bien du mal de moi.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Au contraire, Pablo. Ce pauvre homme ! il espre que vous vous convertirez un jour, par... Il y a longtemps que je pche pour vous sauver, ingrat...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Oui, vous savez combien je suis reconnaissant de toutes vos bonts, mais faites-moi encore un dernier sacrifice. Congdiez honntement Fray Bartolom.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non, il tait le confesseur de mon mari, avant qu'il ne partt pour le Nouveau-Monde, et don Jos s'est toujours bien trouv de ses conseils.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Eh ! par cent charretes de diables ! c'est prcisment pour cela qu'il faut lui fermer la porte. Comment ! vous avez quitt votre mari pour moi, et vous ne quitteriez pas votre diable de confesseur ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oh ! ne jurez pas, je vous en supplie, Pablo... un mercredi des Cendres.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Avec vos folies, vous feriez jurer les saints de pierre de vos glises. Voyons, pour la dernire fois, laissez-moi vous dire comment je vous aime.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non, revenez demain.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Et demain je suis de garde, Dieu me damne !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mon cher Pablo, si vous ne pouvez vous empcher de jurer jurez au moins d'une autre manire. Qu'est-ce que cela vous coterait de dire Maudit soit Satan ! par exemple, ou bien : Nom d'une pipe ! comme beaucoup de militaires le disent quand ils sont en colre ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Adieu !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Adieu, mon me !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Urraca ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Qu'est-ce ? qu'avez-vous  rire ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Ne venez-vous pas de m'appeler votre me ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, pourquoi, cher ?...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - C'est aujourdh'ui le mercredi des Cendres.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mchant ! pouvez-vous plaisanter sur des choses pareilles ! - Je ne vous parlais pas avec une affection mondaine.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Eh bien ! pour adieu donnez-moi un baiser tout cleste, et tel que les chrubins...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>l'embrassant</i>. - Ne blasphme pas !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Adieu, ma belle amie. A vendredi matin.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Vendredi ?... mais c'est...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Eh ! corps du Christ ! c'est le jour de Vnus. A vendredi. Adieu. (<i>Il sort</i>).<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>seule</i>. - Quel dommage qu'un si bel homme, et un si bon coeur, soit athe comme un paen ! Pourtant, il faudra bien qu'il se convertisse un jour ou l'autre. Ce serait conscience de laisser au diable une me comme celle-l. (<i>Une pendule sonne</i>). Quatre heures. Ah ! c'est le moment que Fray Bartolom va venir me faire sa visite et me donner ses saints conseils. Il faut que je lui prpare les conserves de roses et le marasquin. (<i>Elle ouvre une armoire et en tire des confitures</i>). Et puis je m'en vais lire un chapitre  du Kempis qu'il m'a donn... J'en ai besoin... ce Pablo m'a toute trouble... O est-il ?... Ah ! par quel hasard a-t-on laiss aujourd'hui cette guitare dans ma chambre ? Il faut la reporter de l'autre ct... elle ne peut rester ici... (<i>Elle prend la guitare et en tire quelques sons</i>). Comme elle a conserv l'accord !... la, la, la, la... Je n'en ai jamais vu de meilleure... Ce Pablo a un got pour ces sortes de cadeaux !... (<i>Elle chante</i>). la, la, la, la... Mon confesseur... Je ne puis avoir autre chose au bout des doigts que l'air de cette chanson mondaine qu'il m'a force d'apprendre... Ah ! il n'y a pas de pch dans l'air... Le mi est baiss... (<i>Elle chante</i>) la, la, la, la,... Mon confesseur, mon confesseur... mon confesseur...<br> Mon confesseur me dit : Mon frre, pour mortifier vos apptits charnels, trois jours vous jenerez au pain et  l'eau. Mais Mariquita me dit : Viens souper avec moi. - Au diable mon confesseur ! (<i>Entre Fray Bartolom</i>).<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ah !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Jsus Maria ! qu'entends-je ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Quoi... je... c'est vous ?... vous m'auriez entendue ?... J'ai chant ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Puis-je en croire mes oreilles et mes yeux ! Comment ! ma fille, c'est bien vous ! Je m'attendais  vous trouver en prire, ou tout au moins mditant quelque livre de pit, et je vous trouve la guitare   la main, chantant des blasphmes !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ah ! mon pre ! si vous saviez !...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Dites-moi quel malin dmon...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, mon pre, c'est le Malin qui en est cause. J'ai voulu ter cette guitare de cette chambre... J'ai pinc par distraction deux ou trois cordes : le Malin a pris son temps... Par distraction, j'ai jou un air que j'ai en horreur, et que j'ai retenu malgr moi... et puis...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Et puis ?...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Et puis... je ne sais comment il s'est fait que j'ai chant tout haut.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui, mon enfant, c'est bien le Malin qui vous a souffl cette horrible chanson. Mais aussi, remerciez votre bon ange, qui m'a amen justement  point pour vous empcher de commettre un autre pch.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Hlas ! lou soit le ciel !... Mais asseyez-vous donc, mon pre ;  votre ge il est fatigant de venir  pied de Saint-Dominique  la rue de la Mer.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Grce  notre divin Sauveur, mon enfant, je ne suis pas encore si faible que je ne puisse me tenir sur mes jambes. A quarante-neuf ans, on n'est pas encore bon  enterrer.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ce que j'en dis... c'est que vous m'avez paru avoir mauvaise mine aujourd'hui.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mauvaise mine ?... Il ne me semble pas  moi... (<i>se regardant dans le miroir</i>). D'abord votre glace verdit... mais je me porte parfaitement bien... et j'ai mis ma soutane neuve pour venir vous voir, mon enfant.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Asseyez-vous, ne ft-ce que pour goter de ces confitures que j'ai faites pour vous.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Hlas ! bien volontiers, ma fille, car  peine ai-je pris une nourriture charnelle d'aujourd'hui.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Vous vous ferez mal par trop jener.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Que voulez-vous ?... Donnez-moi encore un verre de votre marasquin. - Il est meilleur que celui que doa Maria de Jsus m'a donn.<br>  D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> -  Je le crois bien. Elle est si avare, qu'elle ne voudrait jamais mettre quarante raux pour faire un cadeau  ses amis.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Doucement ! ma fille. Il ne faut pas mdire de son prochain. - Bien est-il vrai que, depuis une anne, elle ne m'a donn qu'un petit crucifix d'ivoire tout jaune et du marasquin fort ordinaire. Cependant, elle sait bien qu'il vaut mieux ne pas faire de cadeaux que d'en faire de mesquins.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oh ! c'est bien vrai. - A propos, vous a-t-on remis un panier de vin de Bordeaux ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui, mon enfant. Je vous en remercie ; mais, si une autre fois vous m'envoyiez du vin au couvent, ne le faites pas porter dans un panier  vin, mais bien dans une caisse  livres, par exemple... ou toute autre manire enfin.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Comment ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui, le prieur a vu le panier... et il a bien fallu lui faire goter de ce vin, que je rservais pour me soutenir dans mes oraisons de nuit. Les pres en ont voulu goter aussi... de telle sorte qu'il ne m'en reste plus une goutte maintenant.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ne vous mettez pas en peine, mon rvrend pre. Je vous en ferai porter d'autre. Je suis charme que les pres l'aient trouv bon.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Hlas ! ne vous en privez pas pour moi... C'est de tous les vins celui qui convient le mieux  ma pauvre sant. - Vous confesserai-je aujourd'hui ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais si vous le voulez bien. Je dsirerais avoir l'absolution avant vendredi.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Eh bien ! recueillez-vous pendant que j'achve ma collation, et puis, vous me ferez l'aveu de vos fautes de cette semaine. (<i>Un silence</i>). Allons, ma fille, tes-vous prte ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, mon pre.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> -En ce cas, commenons. Agenouillez-vous sur ce coussin-l. Comme cela. Plus prs de moi... encore plus prs. - Bon !... Ce coussin est-il assez doux pour vos petits genoux, mon enfant ? Etes-vous bien  votre aise ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Hlas ! oui. Nous commencerons quand vous voudrez.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mettez votre petite main dans la mienne. - Combien y a-t-il que je ne vous ai confesse ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mon pre, c'tait, je pense... il y a eu mardi quinze jours. <br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Bon !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je me suis impatiente contre ma femme de chambre, qui ne me laait pas assez serr.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Bon !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - En voyant  l'glise un officier avec un uniforme bleu et rouge, j'ai eu des distractions, et je n'ai pas cout le divin mystre avec le recueillement convenable.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Bon !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - J'ai mdit de plusieurs dames de mes amies.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Bon !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - J'ai peut-tre, pour mon chien bichon, une amiti offensante pour les bons chrtiens.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah ! pour cela vous avez grand tort, mon enfant. Votre chien est si mal lev, qu'avant-hier mme il m'a mordu aux jambes, et je m'en sens encore. Vous lui donnerez cent coups de fouet vous-mme, pour vous mortifier.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Hlas ! mon pre, cette pauvre bte !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Eh bien ! vous lui en donnerez cinquante.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais ce pauvre petit, il ne vous aura pas reconnu.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mais il me dchire toujours mes soutanes... Cependant, puisque c'est un animal priv de raison... vous ne lui donnerez pas de sucre pendant trois jours.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Pauvre chien !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Et puis ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Et puis... Ah ! mon pre... une mouche.... est-ce maigre ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Une mouche ? Comment ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui ; je crains d'en avoir, par mgarde, aval une aujourd'hui dans mon chocolat. Je m'en suis aperue, mais trop tard.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Etait-ce une petite ou une grosse mouche ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Une trs petite.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Alors,  c'tait maigre. Les petites, qui s'engendrent dans l'eau, sont maigres ; mais les grosses, qui s'engendrent dans l'air, sont gras... - Avec cela, je crains bien, mon enfant, que vous n'oubliiez quelque pch pire que tous les autres.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Moi, mon rvrend pre ?... mais...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui ; vous ne me parlez pas ?... Hein ?...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - De quoi ?...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - De don Pablo ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Don Pablo... je...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui ; auriez-vous recommenc avec don Pablo ce pch... dont ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais... je...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah ! mon enfant, je vois clairement que tout cela est arriv !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je... n'ai pu l'en empcher... C'est que... il se serait port sans doute  quelque acte de dsespoir... Comment faire ? il est si violent !...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - C'est mal ! bien mal ! Au moins esprez-vous le convertir ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je n'en dsespre pas encore.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Il faut vous mortifier, ma fille, il faut vous mortifier !...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Hlas ! je suis prte  me soumettre  toutes les pnitences que vous voudrez bien m'imposer.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Avant tout, il faudrait fermer votre porte  don Pablo.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Hlas ! mon pre... Est-ce qu'il n'y aurait pas d'autre moyen ?... Je crois bien qu'il sera touch un jour... - Depuis longtemps je me proposais de faire cadeau  votre glise de ces candlabres d'argent que vous avez admirs l'autre jour.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - La sainte mre de Dieu vous en rcompense ! C<font size="-1">ENTUPLUM</font> A<font size="-1">CCIPIES</font>... Il est vrai que l'aumne est un moyen puissant de faire pnitence... mais... cependant...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je les ferai porter au couvent ds demain matin.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Allons... vous serez raisonnable... nous patienterons encore... mais vous direz tous les jours dix <i>pater</i> et dix <i>ave</i> en vous levant, et sept... non... dix en vous couchant et sept en vous levant.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, mon pre, je les dirai tous les jours bien rgulirement.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah  ! mon enfant, j'avais quelque chose  vous demander. Cela intresse fortement l'glise et l'tat, et vous pouvez les sauver, je pense, d'un grand pril.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Moi ! Jsus Maria ! Je suis toute prte.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Il court un pamphlet imprim clandestinement...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je puis me relever ? vous avez fini de me confesser ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui, mon enfant. (<i>Doa Urraca se relve</i>). - Il court un pamphlet intitul : <i>Ouvrez les yeux...</i> Qu'avez-vous  rougir ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Moi, je rougis !... c'est le reflet du rideau.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Il serait essentiel d'en connatre l'auteur, et nous en souponnons... Vous tes trouble ?...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - En aucune faon.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Nous en souponnons don... don Pablo.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Don Pablo ! lui, crire des pamphlets ! Vous le connaissez bien peu ! Un pamphlet crit par don Pablo ! je vous jure bien que d'ici  longtemps don Pablo n'crira de pamphlets. - D'ailleurs, il est trop fidle vassal de Sa Majest pour crire quelque chose contre son gouvernement.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Comment savez-vous que l'on y parle contre le gouvernement du roi notre seigneur ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Vous venez de me le dire.<br> F. BARTOLOM - Je ne vous en ai pas dit un mot.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je me suis donc trompe.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - S'il en est l'auteur, assurment vous en seriez instruite ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Sans doute.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Et vous tes trop sincre pour ne pas me dcouvrir...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui ; s'il y avait quelque chose de vrai l dedans, vous le sauriez dj.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - La faveur dont sa famille jouit auprs de Sa Majest nous empche de le faire arrter avant d'tre plus amplement instruits, comme nous le ferions pour un autre.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Quelles raisons avez-vous pour lui attribuer ce pamphlet ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Je ne sais : quelque rapport entre ce que vous m'avez dit de ses opinions religieuses et certaines phrases que j'ai retrouves dans ce petit ouvrage.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - En vrit ! vous n'avez pas d'autres preuves ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Aucune autre.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Don Pablo aime trop son roi pour rien crire de sditieux. Je sais qu'il n'est pas trop dvot, mais il accomplit publiquement les devoirs de sa religion. Il communie avec les officiers de son rgiment rgulirement une fois l'anne et jamais il ne fait parade de ses opinions philosophiques.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Alors je me suis tromp. Je suis bien aise que vous me rendiez ce tmoignage de lui. Cependant, si vous appreniez quelque chose sur ce que je viens de vous dire, n'oubliez pas de m'en informer. En attendant, continuez  l'exhorter au repentir.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - J'y ferai tous mes efforts, je vous le jure.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mais parlons d'autres choses. Si vous aviez encore quelques-uns de ces cigares parfums dont vous m'avez donn plusieurs paquets, j'en fumerais un volontiers.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Est-ce que vous n'en avez plus ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Hlas ! mon enfant, depuis le premier jusqu'au dernier, ils sont devenus fume.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Que ne me disiez-vous cela plus tt ? Je vous en aurais envoy une caisse. Tenez, cependant, prenez ce qu'il y a dans ma <i>petaca</i>.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Vous tes bien bonne, ma fille, je n'accepte que parce que je sais que vous avez plus qu'un pauvre moine le moyen de vous en procurer. (<i>Il allume un cigare et fume</i>). Quelles sont vos lectures dans ce moment ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais... je lis d'abord les offices, et puis le Kempis, et puis la Fleur des Saints... quelquefois l'Araucana.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - La Fleur des Saints... quel dommage que, dans ce temps d'abomination, l'on n'ajoute plus de nouveaux noms  ce livre !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - J'en sais bien un qui devrait trouver place sur le catalogue.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - N'achevez pas, ce que j'ai fait de bien dans ce monde me sera pay dans l'autre au centuple.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Amen !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Il faut que je vous quitte, ma fille. Dieu vous garde, mon enfant !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRAC</font>A - Et vous aussi, mon pre.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah ! j'oubliais. J'ai l un chapelet bnit par notre Saint-Pre le pape, et je veux vous le donner. (<i>Il tire quelques objets de ses poches</i>). Voyons, ceci est mon cigarero... ceci ma bouteille d'eau bnite... cela... <br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Qu'est-ce que cela ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - C'est doa Bel... mais j'allais dire son nom ; c'est une dame qui m'a remis ce portrait pour le jeter  la mer.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - A la mer ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Oui. Le repentir l'a touche ; elle renonce  celui qui lui a donn ce portrait il y a quelques jours. Mais rendez-le-moi.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> -  Je voudrais bien ouvrir la bote.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Je m'en garderais bien ! donnez. Hai ! le voil bris. (<i>Il ouvre la bote comme par mgarde et la laisse tomber</i>).<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>ramassant le portrait</i>. - Ah ! Jsus Maria !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Qu'avez-vous, ma chre enfant ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Le perfide ! il lui a donn son portrait.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - De grce, laissez-moi le reprendre.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>retenant le portrait</i>. - Non, laissez-moi. - Double sclrat, c'est ainsi que tu m'as trompe !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Comment ?...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>de mme</i>. - Et j'ai pu me fier  ce tratre !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Comment serait-il fidle  une femme, celui qui n'est pas fidle  son Dieu ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - A doa Blisa !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Je n'ai pas dit cela.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Me sacrifier  une doa Blisa !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Et c'est pour ce perfide que vous compromettez votre salut ternel !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ah ! que n'es-tu devant moi en ce moment ! je te ferais payer cher...<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Son unique plaisir est de mettre  mal toutes les femmes de bien.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Pablo ! tratre Pablo ! quand pourrai-je me venger de toi ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Voyez ! et pourtant vous le dfendiez tantt avec tant de chaleur !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Moi ! ce sclrat est capable de tous les crimes.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - C'est ce qui tout  l'heure me le faisait souponner d'tre l'auteur du pamphlet.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Ah !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mais puisque ce n'est pas lui...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i> part</i>. - Je puis me venger !<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah ! si c'tait lui !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i> part</i>. - J'en mourrai...<br>  F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Vous seriez bientt...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, mon pre, c'est lui.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Don Pablo ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, le perfide Pablo.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - La colre, mon enfant, vous fait draisonner. Vous m'avez dit tout  l'heure...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je suis prte  jurer sur l'vangile que don Pablo est l'auteur de ce livre abominable.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Vous le savez ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je le jure. Il veut bouleverser l'Espagne, assassiner le roi, et forcer tous les Espagnols  se faire huguenots.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - C'est ce qu'ils veulent tous... Mais vous dites la vrit ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je renonce  ma part du paradis, s'il n'est pas vrai que don Pablo, le tratre don Pablo, est l'auteur de l'affreux pamphlet.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Je vous crois. Adieu, mon enfant ; remerciez Dieu de vous avoir montr l'horreur du vice. Vous tes sauve.<br> N'est-ce pas que vous ne donnerez plus votre confiance  ces militaires qui vous quittent pour la premire venue ?... qui...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Adieu, mon pre.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Le Seigneur et la sainte Vierge vous aient en garde ! (<i>Il sort</i>).<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>seule</i>. - Le monstre, me trahir pour doa Blisa ! doa Blisa ! la vieille sotte ; des yeux raills ! une peau noire ! Me prfrer cette laideron ! cette bohmienne tanne ! Oh ! don Pablo ! tu te repentiras de m'avoir trahie ! Quel plaisir j'aurai  te voir passer un san-benito sur la tte... marcher  l'auto-da-f... Imbcile ! pourtant cela me fait pleurer... Non, je ne dsire pas ta mort... mais je voudrais te voir dans un cachot profond... humide... Non encore... je ne le voudrais pas... mais je voudrais tenir doa Blisa sous ma main et la percer  tes yeux de cent coups de poignard. Alors j'aurais du plaisir  contempler ta douleur !... Quel dsespoir quand tu verrais le bel objet de tes feux dchir par mes mains ! Oh ! cela me vengerait mieux que la flamme d'un auto-da-f... car je ne veux pas ta mort... Mais qu'ai-je fait ?... Peut-tre me suis-je dj trop venge... j'ai trahi son secret. - Et n'a-t-il pas trahi l'amour le plus tendre ? - Mais Fray Bartolom est affili  la sainte inquisition... son zle est trop ardent... il va le dnoncer sans doute... On le mettra  la torture, on le fera brler. - J'en serai cause... On dira que je l'ai fait mourir parce que je ne suis pas assez belle pour le retenir... Oh ! Blisa ! Blisa ! tu es ma seule ennemie ! tu dois payer pour lui !... Pablo, je ne veux pas ta mort !... non, je ne veux pas ta mort !... Je te sauverai. Il fuira loin de ce pays... il quittera Blisa... son amour... il sera bien malheureux... il verra ce qu'on gagne ... et Blisa.... Oh ! je me vengerai... Lauretta, du papier, de l'encre, et que mon cuyer se tienne prt ! (<i>Elle sort</i>).</p> &nbsp; <br>&nbsp; <div align="center">SCENE II</div> <div align="center"><i>Prison de l'inquisition</i></div>  <p align="justify">D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font>, <i>seul, assis devant une petite table</i>. - Les gredins, parce que nous sommes en carme, veulent que je fasse maigre  mon dernier dner ! Et leur merluche est dure comme cinq cents diables ! (<i>Entre doa Urraca</i>).<br> Oh ! oh ! corps du Christ ! Urraca en personne. Les femmes et l'argent entrent partout. - Eh ! bonjour donc, mon aimable amie. Quel dieu, ou quel diable, t'amne dans mes bras ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>froidement</i>. - Don Pablo, on dit que vous tes condamn  mort ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Nonobstant le carme.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mais vous pouvez encore vous sauver.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - En dnonant l'ami avec qui j'ai travaill ? Jamais !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Non. Si vous vouliez vous sparer de l'impie, faire pnitence publique... et entrer dans un couvent,  cette condition, j'obtiendrais votre grce.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Faire pnitence publique ?... entrer au couvent ?... Peste ! rien que cela ? Je baise trs humblement les mains de mon infante, mais j'aime encore mieux tre pendu que moine.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Impie jusqu' la fin ! Et tu ne penses pas  l'enfer qui t'attend ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Trve de sermons. coutez, on me pend demain, ma belle amie. Aujourd'hui est  moi. Profitons de l'occasion, et faites-moi passer encore quelques bons moments.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - J'aimerais mieux, paen, mettre moi-mme le feu  ton bcher.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Oh ! oh ! quel joli petit langage ! N'tes-vous point folle, Urraca, ou bien ne peut-on entrer dans ces murs sans devenir dur et mchant comme un inquisiteur ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Choisissez, monsieur ; je vous le rpte, la mort, ou la vie aux conditions que je vous ai dites ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Monsieur ! de plus fort en plus fort ! De grce, qu'avez-vous ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je sais que vous n'avez plus qu'un jour  vivre... Comme votre ancienne amie... comme ayant t votre amie, j'aurais de la joie  voir votre repentir.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Je suis donc bien enlaidi dans la prison, pour que vous me traitiez de la sorte ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je vous en conjure, monsieur, laissons ces ides d'un autre temps. Je vous en supplie, faites pnitence.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Eh ! mille diables ! ne finirez-vous pas ? Ce langage m'ennuie  la fin. Urraca, si vous tes dans un accs de dvotion, moi, j'ai une rage d'amour. Ainsi laissez l votre pnitence et votre couvent...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Don Pablo, je te dteste ! mais repens-toi, je t'en conjure !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Toi, me dtester !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, tratre ! mais tes perfidies, tout atroces qu'elles sont, ne me font pas dsirer ta mort.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO </font>- Tratre ! perfidies ! Passe encore pour impie, mais je n'ai de ma vie trahi personne.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Tu n'as trahi personne !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Non, je n'ai trahi personne. Je souponne don Augustin de m'avoir vendu, car il savait que j'tais l'auteur du pamphlet. Il a eu peur et s'est ht de dnoncer son complice, pour que le soupon ne tombt pas sur lui. Mais cependant je ne dirai jamais ce que je sais sur son compte.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, vous avez de l'honneur avec les hommes ; mais avec les femmes ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Depuis le temps que je vous connais, vous ai-je fait une infidlit ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>ironiquement</i>. - Non, pas une !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - D'honneur, pas une.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>de mme</i>.  - Courage !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Qu'avez-vous donc  sourire ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Je ris en pensant  tous les tourments que tu vas souffrir en enfer pour tes parjures.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - trange jalousie ! Je vous jure sur mon honneur...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Tais-toi, misrable ! regarde ce portrait ;  qui l'as-tu donn ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Urraca, combien y a-t-il que je vous connais... ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Tu te vois confondu, homme d'honneur !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Il y a deux ans. La premire fois que je vous vis, je venais de passer de l'cole de Sgovie dans les carabiniers ; vous rappelez-vous mon uniforme tout neuf qui m'attira des compliments de votre part ? - Or, je vous prie, regardez ce portrait ; quel en est l'uniforme ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Dieu ! celui de Sgovie !... Don Pablo ! (<i>Elle se jette dans ses bras</i>).<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Ah ! ah ! ah, la vieille Blisa, que j'ai quitte pour toi, aura voulu te jouer un tour. Elle est mchante comme toutes les vieilles ! Il y a plus de trois ans que ce portrait est fait.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Pardonne-moi... cher ami ! Je suis une misrable... je mrite la mort... tue-moi !<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Comment ! nous sommes meilleurs amis que devant. Qui n'est pas jaloux, n'aime point.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Malheureux ! si tu savais qui t'a dnonc ! - C'est moi.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Toi !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Oui, moi ! La jalousie, la fureur... m'ont gare...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Ton amour tait fort ! je n'aurais pas cru qu'il allt si loin. - Mais relve-toi, et embrasse-moi.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Tu me pardonnes ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Je ne pense qu' ton amour. Peste ! il tait fort !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Pablo, je suis grande, tu vas prendre mes habits et te sauver.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Doucement. Ils seraient capables de te pendre  ma place.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Jsus Maria ! que devenir ?<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Il faut se rsigner, ma reine, et passer nos derniers moments  faire toutes les folies possibles.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - coute. Fray Bartolom, qui m'a fait entrer ici, doit venir dans un instant. C'est lui qui m'a arrach ton secret.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font>, <i>avec inquitude</i>. - Diable ! et par quel moyen ?<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - En me montrant ce malheureux portrait. Il va venir. J'ai un poignard dans ma jarretire ; tu le tueras, et tu prendras sa robe.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Moi !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Aprs moi ce tratre  est cause de ta mort.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Il a fait son mtier d'inquisiteur.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>dfaisant sa jarretire</i>. - Tiens ce poignard.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - La jolie jambe ! laisse-moi la baiser.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Prends ce poignard, te dis-je.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Fi donc ! nous autres militaires, nous ne savons pas nous servir de ces outils-l. Pour me sauver je ne veux pas tuer un homme.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Rends-moi mon poignard.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> -Laisse-moi le remettre o il tait.<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Donne. Voici Fray Bartolom.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font>, <i> Fray Bartolom</i>. - Eh bien ! mon rvrend, on dit que vous voulez absolument me causer certaine suffocation.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - J'en ai bien du regret, mais...<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Oh ! vous tes trop honnte, en vrit ; mais, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de s'arranger  l'amiable ?<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Doa Urraca a d vous dire...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Mon pre, exhortez-le vous-mme avec votre loquence ordinaire. Asseyez-vous. (<i>Au gelier dans la coulisse</i>). Laissez votre lanterne  la porte, le rvrend pre va sortir dans un moment.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Mon trs cher frre, si vous songiez aux tourments qui vous attendent dans l'autre monde, vous n'hsiteriez pas  remercier le tribunal de l'indulgence dont il veut bien user  votre gard ; il vous offre une retraite dans un couvent. Vous y ferez le salut de votre me, au lieu que, si vous persistiez...<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font>, <i>le frappant</i>. - C'est l qu'on frappe le taureau.<br> F. B<font size="-1">ARTOLOM</font> - Ah ! (<i>Il meurt</i>).<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Grand Dieu !<br> D<font size="-1">OA</font> U<font size="-1">RRACA</font> - Arrachons-lui sa robe avant que le sang ne la tache. Prends son chapeau, sa lanterne... suis-moi. - Dis-moi, n'ai-je pas de tache de sang ? - ...Tu ne rponds pas. Viens donc, Pablo ; nous allons quitter ce pays, et nous ne nous brouillerons plus jamais... Viens.<br> D<font size="-1">ON</font> P<font size="-1">ABLO</font> - Ainsi finit cette comdie ; excusez les fautes de l'auteur.</p> <hr> <a href="archives.htm">retour</a><br> <a href="../sommaire.htm">table des auteurs et des anonymes</a> </body> </html>  
