<HTML> <HEAD>    <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1">    <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Microsoft FrontPage 4.0">    <TITLE>Un plan d'enfer</TITLE> </HEAD> <BODY TEXT="#000000" BGCOLOR="#FFCC99" LINK="#0000EE" VLINK="#551A8B" ALINK="#FF0000" BACKGROUND="../images/parchemin.jpg">  <CENTER><B><FONT FACE="Book Antiqua"><FONT SIZE=+2>Un plan d'enfer</FONT></FONT></B></CENTER>  <HR> <BR>&nbsp; <UL>- Giurdija, quel est le premier plan?  <P>- Je, heu,...  <P>- Evidemment, encore en train de r&ecirc;ver...  <P>- Mais Kalidja, je...  <P>- Je sais, tu voyageais dans ton esprit. Tr&egrave;s bien, si tu pr&eacute;f&egrave;res rester dans cette dimension et ne jamais parcourir les autres, pas m&ecirc;me en pens&eacute;e, c'est ton droit. Va r&ecirc;ver ailleurs et ne reviens que lorsque tu auras les pieds <B>et </B>la t&ecirc;te ici bas. Je ne peux rien t'apprendre, si tu ne participes pas.  <P>- Je veux apprendre.  <P>- Giurdija, c'est tout pour aujourd'hui.  <P>La t&ecirc;te basse, il ramassa ses affaires et se leva.  <P>- Reprenons vous autres! Jamja, peux-tu me dire quel est le premier plan?  <P>Ce n'est pas juste, pensait Giurdija en s'&eacute;loignant, je les vaux tous. Il passa sous l'arche fleurie et se retrouva en rase campagne. M&ecirc;me s'il s'&eacute;tait retourn&eacute;, il n'aurait plus aper&ccedil;u l'enclos d'enseignement. Et aucun non initi&eacute; n'aurait jamais pu soup&ccedil;onner son emplacement. Il se dirigea vers le bosquet pr&egrave;s de la rivi&egrave;re. L&agrave; au moins, il pourrait r&ecirc;ver tout &agrave; son aise. Qu'avait-il &agrave; faire du premier niveau? Kalidja &eacute;tait pourtant au courant que tout enfant Karmayan savait depuis son plus jeune &acirc;ge par coeur comment se d&eacute;placer dans les douze premiers plans. Il ne comprenait pas que l'on s'obstine &agrave; leur faire syst&eacute;matiquement reprendre tout depuis le d&eacute;but... Cela repr&eacute;sentait pour lui une v&eacute;ritable vexation. Tout autant qu'avait toujours &eacute;t&eacute; douloureux le fait de savoir sans pouvoir... Les tabous &eacute;taient tels qu'il fallait des ann&eacute;es et des ann&eacute;es de longues &eacute;tudes r&eacute;barbatives avant de cerner les diff&eacute;rents niveaux et les modes de communication possibles avec chacun d'entre eux. Evidemment un apprentissage aussi long en d&eacute;courageait beaucoup et il n'&eacute;tait cens&eacute; rester ainsi que les meilleurs &eacute;l&eacute;ments. Et pourtant, toute une vie de sacrifice et de patience pouvait encore se voir an&eacute;antie lors de l'ultime &eacute;preuve. Giurdija se disait que c'&eacute;tait mal fait, que l'on ne devrait pas attendre tant d'ann&eacute;es pour savoir si toutes les autres en valaient la peine. Et c'&eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cela qu'il pensait quand Kalidja l'avait interrog&eacute;. Le premier plan, quelle foutaise, n'importe quel nourrisson Karmayan en avait d&eacute;j&agrave; conscience.  <P>Il s'adossa &agrave; un arbre dont les fines feuilles mordor&eacute;es descendaient jusqu'&agrave; la surface de l'eau. Il aimait la fra&icirc;cheur apaisante de cet endroit. Personne ne venait jamais l'y d&eacute;ranger. Et pour cause, personne d'autre que lui n'y &eacute;tait jamais venu. Ils n'&eacute;taient capables de p&eacute;n&eacute;trer que dans les endroits communs dont on leur avait donn&eacute; la clef, avec l'assurance de ce qu'ils y allaient trouver. Les rustres, aucun d'entre eux n'aurait jamais os&eacute; ouvrir des portes qu'on ne leur avait pas d&eacute;voil&eacute;es au pr&eacute;alable... Les minables... Et bien oui, lui Giurdija r&ecirc;vait et ses r&ecirc;ves n'&eacute;taient pas vains puisqu'il avait acc&egrave;s &agrave; loisir au deuxi&egrave;me plan, sans avoir &agrave; en mendier la permission...  <P>Il respira tr&egrave;s fort pour chasser les relents de sa col&egrave;re. Il savait que sur ce point au moins Kalidja avait raison: la col&egrave;re brouille les sens... et parfois m&ecirc;me l'essence disait-elle. Et cela, bien que son orgueil lui refus&acirc;t de l'admettre, il n'&eacute;tait pas certain d'en saisir le signification profonde. Apais&eacute;, il sortit des feuilles de son sac et entreprit de tracer les douze niveaux. C'&eacute;tait d'une simplicit&eacute; enfantine. Mais jusqu'&agrave; quand devrait-il attendre pour en savoir plus, pour sonder ne serait-ce qu'une infime part de l'infinit&eacute; des possibles?  <P><I>- Cela viendra plus vite que tu ne le crois...</I>  <P>- Qui... qui a parl&eacute;?  <P>Giurdija eut beau se tordre le cou, il ne vit personne.  <P>- A force de vouloir p&eacute;n&eacute;trer ces secrets, voil&agrave; que j'imagine entendre des voix venues d'ailleurs. Mais &ccedil;a serait trop beau si &ccedil;a pouvait m'arriver &agrave; moi...  <P><I>- Et pourtant...</I>  <P>Pris d'effroi, Giurdija se leva en sursaut. Il saisit sa double dague et la fit tournoyer dans l'air.  <P>- Qui &ecirc;tes-vous? O&ugrave; vous cachez-vous?  <P><I>- Calme-toi, jeune imp&eacute;tueux. Je ne me cache pas puisque je suis venu &agrave; toi. Je commence d'ailleurs &agrave; me demander pourquoi c'est vers toi que j'ai d&ucirc; venir...</I>  <P>- Comment &ccedil;a? De quoi parlez-vous?  <P>Stup&eacute;fait, il avait l&acirc;ch&eacute; sa dague et &eacute;carquillait en vain les yeux.  <P><I>- Cela fait, disons un certain temps que je t'observe et, franchement, je me demande pourquoi le choix s'est fix&eacute; sur toi. Mais peu importe, puisqu'il doit en &ecirc;tre ainsi, j'essayerai de faire en sorte que cela soit, soupira la voix.</I>  <P>- Mais que me voulez-vous &agrave; la fin? dit Giurdija partag&eacute; entre l'irritation et la curiosit&eacute;.  <P><I>- C'est une bien longue histoire, r&eacute;pliqua la voix d'un ton trop solennel.</I>  <P>- Ah non, vous n'allez pas recommencer comme tous les autres, hein! "Un peu de patience, tu sauras &ccedil;a quand tu seras grand." "Ma&icirc;trise d'abord les douze premiers niveaux, on en reparlera plus tard." "Sois raisonnable, Giurdija." J'en ai assez, assez, d'entendre tous ces vieillards cacochymes me traiter avec m&eacute;pris pour essayer de prot&eacute;ger leurs soit-disant pouvoirs... Je finis par me demander s'il y a quelque chose au del&agrave; des douze cercles... C'est vrai, &agrave; la fin, c'est toujours la m&ecirc;me chose! finit-il, au bord des larmes.  <P><I>- Mais oui, mais oui, les autres plans existent.</I>  <P>Dans la douce lumi&egrave;re filtr&eacute;e par le feuillage, une brume s'opacifia et prit la forme tangible d'un vieillard.  <P>- C'est tout ce que vous avez trouv&eacute; pour me le prouver? Vraiment, me croyez-vous ignorant &agrave; ce point pour me faire prendre une simple mat&eacute;rialisation pour une intervention venant d'un autre plan?  <P>- Excuse-moi, dit le vieillard, c'est la forme que l'on m'avait sugg&eacute;r&eacute; de prendre. Je vois que ces pr&eacute;cautions pour ne pas t'effrayer s'av&egrave;rent inutiles. Tu feras peut-&ecirc;tre l'affaire, finalement...  <P>Tout en parlant, l'image du vieil homme s'estompa et se recomposa. Ce que Giurdija vit alors le laissa sans voix... Il parvint enfin &agrave; balbutier:  <P>- Ca... &ccedil;a alors...  <P>- Convaincu, &agrave; pr&eacute;sent?  <P>- Et vous voulez dire que vous avez besoin de moi? Mais comment, en quoi puis-je &ecirc;tre utile?  <P>- Tu sais qu'il est un cercle parmi les cercles que l'on ne peut violer impun&eacute;ment qui est particuli&egrave;rement tabou.  <P>- Celui du temps?  <P>- Exactement, les lois primordiales sont les m&ecirc;mes partout. Qu'il s'agisse du pass&eacute; ou du futur, on ne peut y p&eacute;n&eacute;trer que d'une fa&ccedil;on tr&egrave;s br&egrave;ve afin qu'il y ait le moins d'interf&eacute;rences possibles. Tout au plus, s'il y a quelqu'un &agrave; cet endroit, sentira-t-il une pr&eacute;sence. Le temps qu'il se retourne, il n'y aura d&eacute;j&agrave; plus rien.  <P>- Cette impression d'&ecirc;tre observ&eacute; dans le dos.  <P>- Exactement. Bien qu'il ne s'agisse que tr&egrave;s rarement d'un lointain visiteur. Chez toi comme chez nous, les parents aiment parfois &agrave; &ecirc;tre rassur&eacute; sur le sort de leurs rejetons.  <P>- H&eacute;las, soupira Giurdija.  <P>- Et bien, Klairana t'a vu.  <P>- Qui m'a vu? Et o&ugrave;? Ou plut&ocirc;t quand?  <P>- Oh l&agrave;, doucement. Une question &agrave; la fois. Klairana est une de nos <I>Sirrah</I>, bien qu'elle soit tr&egrave;s jeune. Nous n'avons pas les m&ecirc;mes crit&egrave;res que vous pour choisir les <I>Sirrah</I>. Elle t'a aper&ccedil;u dans le futur. Quant &agrave; savoir quand... Tu n'as pas encore &eacute;t&eacute; initi&eacute; au treizi&egrave;me cercle. Tu ne peux donc pas savoir que lorsqu'on parcourt le temps, il ne repr&eacute;sente plus rien de tangible et qu'il est presque impossible de localiser pr&eacute;cis&eacute;ment un &eacute;v&eacute;nement.  <P>- Mais, Lilarian, par o&ugrave; commencer? Et si au moins nous savions ce que nous devons rechercher...  <P>- Une chose &agrave; la fois, Giurdija. Il convient d'abord que je t'apprenne tout ce que tu d&eacute;sirais tant savoir il y a quelques instants &agrave; peine. Tu veux toujours aller trop vite...  <P>- Oui, mais ce n'est plus pour la m&ecirc;me raison, soupira-t-il, g&ecirc;n&eacute;.  <P>- Bon, avant tout, il importe de v&eacute;rifier si tu es vraiment <I>Sirrah</I>.  <P>- Si je le suis vraiment? Je croyais qu'on devenait <I>Sirrah</I>.  <P>- D&eacute;sol&eacute; de bousculer tes habitudes. Mais je pr&eacute;f&egrave;re te pr&eacute;venir tout de suite, il y a encore des choses qui risquent de t'&eacute;tonner davantage.  <P>- Je suis pr&ecirc;t, dit Giurdija en redressant le torse. Et soudain il prit conscience de la vanit&eacute; de ce mouvement alors que, m&ecirc;me ainsi, il n'arrivait &agrave; l'&eacute;paule de son interlocuteur.  <P>- Et bien, si tu es pr&ecirc;t, allonge-toi.  <P>- M'allonger? Il ne faut rien faire?  <P>- Rien, c'est le juste mot. Allonge-toi et tais-toi. Il n'est plus temps pour les mots &agrave; pr&eacute;sent.  <P>Giurdija ferma docilement les yeux et tenta de se d&eacute;tendre.  <P>- Voil&agrave; qui est bien, murmura Lilarian assis pr&egrave;s de lui. Je veux que tu te concentres au premier niveau. C'est une chose qui devrait &ecirc;tre simple pour un Karmayan.  <P>Le jeune homme eut l'impression que son corps devenait l&eacute;ger au point de ne plus sentir le contact du sol sous lui. Il essaya de toutes ses forces de rester concentr&eacute; en lui-m&ecirc;me et de ne pas penser &agrave; ce que cela pouvait signifier. Il se sentit flotter et entendit une voix lui dire:  <P>- Tu peux ouvrir les yeux &agrave; pr&eacute;sent.  <P>Il eut un peu de mal &agrave; soulever ses paupi&egrave;res tant il appr&eacute;ciait la douce qui&eacute;tude que ce mince rempart lui offrait.  <P>- Mais, il n'y a rien...  <P>Aucune voix ne lui r&eacute;pondit. Giurdija fut prit d'un vertige. Il ne savait m&ecirc;me plus s'il &eacute;tait debout ou la t&ecirc;te en bas dans cette vacuit&eacute; sans nom. Son coeur battait &agrave; tout rompre, mais il n'y avait rien &agrave; briser. Rien &agrave; part lui, perdu dans une immensit&eacute; indicible qu'il ne pouvait d'aucune fa&ccedil;on appr&eacute;hender. Soudain, il n'eut plus le sentiment d'habiter son corps. Tant&ocirc;t, il &eacute;tait une poussi&egrave;re emport&eacute;e par un invisible tourbillon, tant&ocirc;t il emplissait l'espace infini. Enfin, il fut une masse incandescente qui irradiait une lumi&egrave;re orang&eacute;e. Rien n'existait plus &agrave; part sa chaleur et le halo qu'il projetait. Une &eacute;ternit&eacute; s'&eacute;coula. Que lui importait l'&eacute;ternit&eacute;? Il &eacute;tait parvenu &agrave; stabiliser son essence dans la dimension la plus hostile qui soit: le vide. S'il avait pu formuler une pens&eacute;e, il aurait su qu'il avait r&eacute;ussi. Il &eacute;tait <I>Sirrah</I>.  <P>Le doux murmure de l'eau lui r&eacute;v&eacute;la qu'il &eacute;tait revenu dans la dimension ordinaire.  <P>- Comment cela va-t-il, jeune <I>Sirrah</I>? dit Lilarian, souriant pour la premi&egrave;re fois.  <P>Giurdija avait la bouche p&acirc;teuse et l'esprit encore un peu confus, il finit par dire:  <P>- Je vais bien. C'&eacute;tait donc &ccedil;a?  <P>- Oui, rien de plus. Tu comprends ais&eacute;ment qu'il soit possible de faire passer ce test &agrave; des enfants tr&egrave;s jeunes, d&egrave;s qu'ils sont capables d'int&eacute;grer le premier niveau. Il n'emp&ecirc;che que si cela peut te para&icirc;tre simple, tout individu apte &agrave; rester lui-m&ecirc;me dans le vide pourra l'&ecirc;tre en n'importe quelle circonstance. C'est cela qui importe, le reste n'est affaire que d'apprentissage et d'entra&icirc;nement.  <P>- Pourquoi nous fait-on attendre si longtemps ici avant de passer cette &eacute;preuve?  <P>- A chaque peuple ses coutumes, Giurdija. Sans doute les tiens estiment-ils qu'il est n&eacute;cessaire de poss&eacute;der plus que le don pour &ecirc;tre reconnu <I>Sirrah</I>. Et dans les circonstances actuelles, je ne peux pas tout &agrave; fait leur donner tort.  <P>Giurdija, incr&eacute;dule, regarda Lilarian d&eacute;plier ses longues jambes et lisser le fin duvet qui recouvrait son corps, comme s'il &eacute;tait absorb&eacute; dans quelque r&eacute;flexion. Il en profita pour r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la situation. Etait-ce bien lui, le m&ecirc;me Giurdija qui s'&eacute;tait fait jeter hors de l'enclos d'enseignement tout &agrave; l'heure, &agrave; qui il &eacute;tait donn&eacute; de contempler un homme volant? Bien qu'il soit d'une taille impressionnante, Giurdija avait &eacute;t&eacute; &agrave; la fois d&eacute;&ccedil;u et effray&eacute; lorsqu'il s'&eacute;tait mat&eacute;rialis&eacute; sous sa forme r&eacute;elle. Si de nombreuses l&eacute;gendes parlaient des hommes volants, aucune ne les d&eacute;crivait avec pr&eacute;cision. Enfant, il se les &eacute;tait toujours imagin&eacute;s comme des hommes normaux affubl&eacute;s d'ailes gigantesques. En tout cas, il n'aurait jamais cru qu'ils n'auraient pas d'ailes &agrave; proprement parler et... qu'ils ne portent aucun v&ecirc;tement. A pr&eacute;sent qu'il contemplait Lilarian, il comprenait qu'il lui aurait &eacute;t&eacute; impossible d'&ecirc;tre v&ecirc;tu sans entraver d'une fa&ccedil;on ou d'une autre la membrane souple qui reliait entre eux ses bras et ses jambes. C'est sans doute parce qu'il ne pouvait pas se prot&eacute;ger du froid en s'habillant qu'il &eacute;tait couvert d'un fin mais &eacute;pais duvet. Giurdija se demanda s'il existait d'autres variantes de pelages que la couleur ambr&eacute;e de Lilarian. Et aussi... &agrave; quoi pouvaient ressembler les femmes volantes? Il en fr&eacute;mit d'impatience.  <P>- Que faisons-nous &agrave; pr&eacute;sent? dit-il.  <P>- Je crois que le plus simple serait que je t'emm&egrave;ne avec moi...  <P>- Vous voulez dire chez vous?  <P>- Naturellement. Tu pourrais y recevoir bien plus vite les enseignements qui te seront n&eacute;cessaires, tandis que si tu restes ici, il faudrait que nous multipliions les all&eacute;es et venues et elles risqueraient d'&ecirc;tre d&eacute;couvertes. Non seulement, cela pourrait l&eacute;gitimement d&eacute;plaire &agrave; ceux de ton peuple, mais de plus, toutes ces all&eacute;es et venues pourraient attirer des attentions fort peu bienveillantes.  <P>- Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler, mais je serais tr&egrave;s heureux de vous accompagner. Je pensais n&eacute;anmoins qu'il n'&eacute;tait possible de sortir de ce plan que lorsqu'on poss&eacute;dait soi-m&ecirc;me la clef.  <P>- On ne peut en sortir seul, c'est exact. Et il est contraire &agrave; tes coutumes qu'un <I>Sirrah</I> confirm&eacute; emm&egrave;ne un non initi&eacute;. Tant pis, je crois que tu ne verras pas d'inconv&eacute;nient &agrave; ce que nous fassions un accroc de plus &agrave; la r&egrave;gle...  <P>- Non, pas vraiment, mais...  <P>- Je t'&eacute;coute.  <P>- J'ai peur que l'on s'inqui&egrave;te de mon sort.  <P>- Je comprends. Il est malheureusement impossible de pr&eacute;venir qui que ce soit sans mettre notre entreprise en danger.  <P>- Je vais &ecirc;tre parti longtemps?  <P>- C'est difficile &agrave; dire. Nous serons sans aucun doute appel&eacute;s &agrave; voyager dans le treizi&egrave;me plan et il est difficile de dire combien de temps cela repr&eacute;sentera dans la vie des tiens. Peut-&ecirc;tre quelques jours, peut-&ecirc;tre des ann&eacute;es. Et tu dois savoir que, quoi qu'il en soit, tu ne pourras jamais violer le tabou du temps. M&ecirc;me si tous les tiens avaient disparu &agrave; ton retour, il ne te sera pas permis de revenir en arri&egrave;re. Tu comprendras bient&ocirc;t pourquoi.  <P>- Par le milli&egrave;me cercle, je ne m'attendais pas &agrave; cela!  <P>- Croyais-tu que je venais t'offrir un s&eacute;jour d'agr&eacute;ment?  <P>- Non, mais tout de m&ecirc;me...  <P>- Je pourrais te mentir quant &agrave; ce qui t'attend, mais nous avons trop besoin de ta plus totale confiance si nous voulons avoir une chance de r&eacute;ussite.  <P>- R&eacute;ussir quoi?  <P>- Assez parl&eacute; &agrave; pr&eacute;sent, Giurdija. Viens avec moi et tu sauras.  <P>Lilarian se leva et d&eacute;ploya ses bras. Giurdija eut un mouvement de recul lorsqu'il voulut les refermer sur lui. Il se reprit.  <P>- J'ai cru un instant que nous allions voler..., dit -il en guise d'excuse.  <P>- Bien que tu ne sois pas tr&egrave;s lourd, je ne t'emm&egrave;nerai en vol que si cela s'av&egrave;re vital. La moindre surcharge demande une d&eacute;pense d'&eacute;nergie trop importante. Es-tu pr&ecirc;t?  <P>- Je... Je le suis.  <P>- Tr&egrave;s bien.  <P>Giurdija eut &agrave; peine le temps de prendre une respiration qu'il se retrouva &agrave; nouveau dans le vide. A la diff&eacute;rence cette fois qu'il se sentait prot&eacute;g&eacute; par la chaleur de Lilarian. D&eacute;j&agrave;, le monde reprenait des couleurs autour de lui.  <P>- Et voil&agrave;, dit Lilarian. Ce n'&eacute;tait rien de plus.  <P>- C'est presque d&eacute;cevant, avoua Giurdija.  <P>- Ne t'inqui&egrave;te pas, tu auras bien assez vite d'autres &eacute;motions!  <P>C'est alors que le jeune homme porta un regard sur ce qui l'entourait. Ils &eacute;taient dans une pi&egrave;ce assez sombre &eacute;clair&eacute;e d'un foyer rituel. Ce n'&eacute;tait pas cette tour semblable &agrave; toutes celles des <I>Sirrah</I> de chez lui qui lui procurerait le grand frisson en tout cas.  <P>- Viens, allons voir Klairana. Elle sera heureuse que je t'aie trouv&eacute;.  <P>Ils sortirent de la pi&egrave;ce et prirent le couloir qui l'encerclait et menait aux escaliers. Il &eacute;tait &eacute;clair&eacute; de petites fen&ecirc;tres de formes asym&eacute;triques plac&eacute;es trop haut pour que Giurdija v&icirc;t autre chose qu'un ciel ros&eacute;. La lumi&egrave;re &eacute;tait cependant suffisante pour qu'il constate que cette tour n'&eacute;tait pas faite de solides moellons comme chez lui, mais bien de troncs d'arbres d&eacute;bit&eacute;s en morceau qui s'imbriquaient parfaitement les uns dans les autres. Ils mont&egrave;rent un long moment en silence par un escalier qui semblait n'avoir pas &eacute;t&eacute; utilis&eacute; depuis des lustres. Comme il en faisait la remarque &agrave; Lilarian, celui-ci se mit &agrave; rire:  <P>- Pourquoi veux-tu que nous utilisions les escaliers? Ils ne sont l&agrave; que par simple pr&eacute;caution, au cas o&ugrave; nous recevrions un &eacute;tranger. Nous, nous acc&eacute;dons aux &eacute;tages par les portes ext&eacute;rieures, naturellement.  <P>Naturellement... Giurdija s'&eacute;tonna de l'&eacute;vidence de la r&eacute;ponse.  <P>- Voil&agrave;, nous sommes arriv&eacute;s.  <P>Lilarian s'arr&ecirc;ta, un peu essouffl&eacute; par la longue ascension. Ils &eacute;taient devant une porte non pas faite de planches, mais du m&ecirc;me curieux agencement de tron&ccedil;ons de bois. Elle ne poss&eacute;dait ni clenche ni serrure. Elle se souleva sans qu'ils aient rien fait. La pi&egrave;ce &agrave; laquelle elle donnait acc&egrave;s &eacute;tait tr&egrave;s spacieuse. Ses murs &eacute;taient recouverts de voiles pourpres et oranges qui ondulaient doucement. Giurdija cilla pour accoutumer sa vue. Sur la gauche se trouvait un grand lit &agrave; baldaquin couvert de fourrures aux couleurs assorties aux voilages. Quelques coffres rustiques composaient le reste du mobilier. Devant eux s'ouvrait une large baie qui d&eacute;bouchait sur un vide vertigineux. Un mouvement sur la droite attira son attention.  <P>- Sois le bienvenu, Giurdija, dit une voix cristalline.  <P>La jeune <I>Sirrah</I> venait &agrave; leur rencontre et lui tendait les mains. Elle n'&eacute;tait pas nue comme Lilarian, une mince &eacute;toffe mordor&eacute;e coup&eacute;e en triangle et cousue seulement aux &eacute;paules d&eacute;voilait ses jambes tandis qu'elle marchait.  <P>- D&eacute;&ccedil;u? lui demanda la jeune fille.  <P>- Je, heu, ...  <P>- Inutile de t'expliquer, Giurdija, je saisis tes pens&eacute;es. Elles sont aussi limpides qu'une source fra&icirc;che. Tu dois avoir beaucoup de <I>sirrahyan</I> pour qu'il en soit ainsi. Voil&agrave; un &eacute;l&eacute;ment favorable suppl&eacute;mentaire, ne trouves-tu pas, Lilarian?  <P>- Si. Sans doute est-il simplement trop jeune... ou trop na&iuml;f pour s'en rendre compte..., fit-il d'un air amus&eacute;.  <P>- Comment? Vous lisiez dans mes pens&eacute;es depuis le d&eacute;but? dit Giurdija offens&eacute;.  <P>- Evidemment. Comment crois-tu que j'aurais pu te trouver, s'il en avait &eacute;t&eacute; autrement?  <P>- Mais, mais... s'&eacute;touffa le jeune homme.  <P>- Tu vois comme tu es, r&eacute;torquas Lilarian toujours amus&eacute;. Tu t'offenses pour la moindre chose. Comment voulais-tu que je te le dise?  <P>Giurdija avait la mine penaude d'un enfant pris en faute. Klairana lui toucha la main et lui proposa de s'asseoir sur un des coffres devant la baie. En jetant un coup d'oeil en bas, il fut pris d'un vertige subit. La tour s'&eacute;levait tellement haut que les arbres &agrave; ses pieds ressemblaient &agrave; des jouets qu'on aurait pu cueillir par poign&eacute;es. Il se laissa pesamment tomber sur le coffre et en appr&eacute;cia la masse rassurante.  <P>- Alors, dit la <I>Sirrah</I>. Que penses-tu de toute cette affaire?  <P>- J'en sais fort peu, &agrave; vrai dire.  <P>Il se demanda pourquoi elle lui posait cette question si elle pouvait lire dans son esprit.  <P>- Je ne peux lire, comme tu dis, que les choses auxquelles tu penses au moment m&ecirc;me et non celles qui sont enfouies sous d'autres &eacute;motions, comme le vertige, par exemple... Et je crois qu'il te sera plus familier de me r&eacute;pondre verbalement.  <P>Il allait d&eacute;cid&eacute;ment lui falloir ravaler son orgueil... Un monde o&ugrave; l'on ne pouvait pas dissimuler ses sentiments, ce devait &ecirc;tre affreux. Jamais moyen de mentir aux parents ou aux ma&icirc;tres d'enseignement...  <P>- Ne te m&eacute;prends pas, Giurdija, tous les <I>Sirrah</I> savent lire dans les pens&eacute;es.  <P>- M&ecirc;me chez moi?  <P>- Naturellement.  <P>- Mince...  <P>- Soit, revenons-en &agrave; ce qui t'a amen&eacute; ici.  <P>- Ah oui... Eh bien, je sais d&eacute;j&agrave; que vous m'avez vu dans le futur et que je dois y faire quelque chose. C'est pourquoi Lilarian est venu me chercher chez moi... C'est &agrave; peu pr&egrave;s tout...  <P>Klairana jeta un coup d'oeil agac&eacute; &agrave; Lilarian.  <P>- Tu ne lui as rien dit de plus?  <P>- Non, quand tu le conna&icirc;tras mieux, tu sauras qu'il valait mieux agir ainsi. C'est une vraie fontaine &agrave; questions. Si j'avais d&ucirc; commencer &agrave; lui expliquer les tenants et aboutissants de ce qui m'amenait, j'y serais toujours...  <P>Klairana sourit. Elle devait &ecirc;tre tr&egrave;s jeune. Tout au plus avait-elle le m&ecirc;me &acirc;ge que Giurdija. Elle &eacute;tait pourtant presque aussi grande que Lilarian. Son pelage &eacute;tait beige p&acirc;le et stri&eacute; de fines z&eacute;brures dans les m&ecirc;mes tons roux clair que son imposante chevelure qui ruisselait jusqu'au sol. On ne pouvait pas dire si elle &eacute;tait belle, mais ses yeux verts en amande auraient fascin&eacute; n'importe que homme qu'il f&ucirc;t ou non de sa race.  <P>- Puis-je vous demander quelque chose? s'enquit Giurdija.  <P>- Vas-y, je suis l&agrave; pour r&eacute;pondre &agrave; tes questions... &agrave; condition que tu n'en poses pas autant que le dragon des l&eacute;gendes...  <P>- Pourquoi ne puis-je pas lire dans vos pens&eacute;es?  <P>- C'est tr&egrave;s simple: tu n'as pas appris.  <P>- Ah, fit-il un peu d&eacute;&ccedil;u. Il faut apprendre?  <P>- Oui. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai pr&eacute;f&eacute;r&eacute; t'emmener ici, dit Lilarian, bienveillant, en posant sa longue main sur son &eacute;paule.  <P>- Je crois que le temps est venu de te dire tout ce que je sais, reprit Klairana. Cela va &ecirc;tre un peu long. Je te demanderai n&eacute;anmoins de ne pas m'interrompre trop souvent. Je vais essayer d'&ecirc;tre aussi compl&egrave;te et concise que possible! Il y a quelques temps, j'ai fait un r&ecirc;ve tr&egrave;s angoissant. Comme tu le sais, il est rare que les r&ecirc;ves soient pr&eacute;monitoires. Mais celui-l&agrave; &eacute;tait tellement r&eacute;el et oppressant que j'ai voulu essayer d'en &eacute;lucider la trame. Je me voyais, errant sur les mondes d&eacute;vast&eacute;s. Dans certains,il n'y avait plus aucune trace des civilisations qui auraient d&ucirc; y prosp&eacute;rer. Quand ils &eacute;taient peupl&eacute;s, tous leurs repr&eacute;sentants se trouvaient r&eacute;duits au plus vil des esclavages. Pourtant je ne vis nulle part de ma&icirc;tres ou de souverains... On aurait dit que le chaos avait englouti les plans d&egrave;s avant qu'ils naquissent.  <P>Elle se tut un instant pour mesurer l'effet de ses terribles paroles. Giurdija &eacute;tait bouche b&eacute;e, comme hypnotis&eacute;. Il ne s'&eacute;tait m&ecirc;me pas rendu compte de son silence, pas plus qu'il n'avait conscience que la force de cette &eacute;vocation &eacute;tait accrue parce que Klairana avait projet&eacute; directement dans son esprit les images de son cauchemar.  <P>- Je crus d'abord qu'il me fallait aller voir dans le pass&eacute; la cause de ce d&eacute;sastre. Bien vite, je me rendis compte que l'&eacute;quilibre y r&eacute;gnait toujours et je me tournai alors vers le futur. J'&eacute;tais tellement inqui&egrave;te que je choisis de me projeter assez loin. Ce que j'y vis ne fit pourtant qu'accentuer mon d&eacute;sarroi: c'&eacute;taient les m&ecirc;mes images de d&eacute;solation que dans mes songes... C'&eacute;tait comme si, &agrave; partir d'un moment tr&egrave;s pr&eacute;cis, il n'existera plus rien d'autre que cette d&eacute;solation. Je dus me rendre alors &agrave; l'&eacute;vidence: quelqu'un avait os&eacute; violer le tabou supr&ecirc;me dans le seul but de refaire les mondes tout &agrave; son avantage. Cette r&eacute;v&eacute;lation &eacute;tait trop importante pour continuer seule mes investigations. N&eacute;anmoins, il fallait avant tout &eacute;viter d'&eacute;bruiter inconsid&eacute;r&eacute;ment ma d&eacute;couverte. J'attendis la grande r&eacute;union des <I>Sirrahs</I>. Seul Lilarian &eacute;tait au courant et nous ne f&ucirc;mes pas trop de deux pour sonder les esprits de tous les participants afin de savoir si leurs intentions &eacute;taient pures.  <P>- Excuse-moi de t'interrompre, se risqua Giurdija, quels <I>Sirrahs </I>&eacute;taient pr&eacute;sents?  <P>- C'&eacute;tait l'une des trois r&eacute;unions importantes qui rythment notre ann&eacute;e. N'y assistent, en g&eacute;n&eacute;ral, que trois repr&eacute;sentants de chaque plan, choisis par leurs pairs.  <P>- Par le milli&egrave;me cercle... Combien cela faisait-il de personnes?  <P>- Trois cent trente trois, &eacute;videmment.  <P>- Tant que &ccedil;a, dit Giurdija avec un petit sifflement admiratif. Il y a donc cent onze plans...  <P>- Ce serait trop simple, sourit Lilarian. Il y a cent onze mondes qui participent aux assembl&eacute;es. Certains n'ont pas encore atteint un niveau de d&eacute;veloppement assez &eacute;lev&eacute; pour avoir seulement conscience de l'existence des autres plans, et souvent m&ecirc;me pas du premier! Ils ont parfois d&eacute;velopp&eacute; des civilisations tr&egrave;s &eacute;labor&eacute;es, mais refusent les choses de l'esprit qu'ils consid&egrave;rent comme de la supercherie. Ils ne tol&egrave;rent que des religions institu&eacute;es qui servent leurs int&eacute;r&ecirc;ts pragmatiques. Comment voudrais-tu ins&eacute;rer parmi nous de tels barbares?  <P>- D'autres mondes, continua Klairana, ont les connaissances et l'&eacute;volution n&eacute;cessaire pour se joindre &agrave; nous. Mais leurs dirigeants, jaloux de leurs pouvoirs despotiques, estiment que la participation au conseil les obligerait &agrave; renoncer &agrave; leurs privil&egrave;ges. Ce qui est d'ailleurs exact. Quoi qu'il en soit, en un bref contact t&eacute;l&eacute;pathique, j'ai transmis mes d&eacute;couvertes aux repr&eacute;sentants des cent onze mondes. Chacun a agi avec la plus grande sagesse, accusant le choc sans rien en laisser para&icirc;tre. A la fin de la r&eacute;union, nous avons contact&eacute; &agrave; nouveau chacun des participants afin de de conna&icirc;tre leur opinion. L'avis quasi g&eacute;n&eacute;ral &eacute;tait que si c'&eacute;tait &agrave; nous que le destin avait choisi de r&eacute;v&eacute;ler l'infamie qui s'ourdissait, nous serions sans aucun doute les plus &agrave; m&ecirc;me de trouver les moyens de la contrer.  <P>- Et c'est sur moi que vous comptiez?  <P>- Si l'on veut, fit Lilarian, un rien mal &agrave; l'aise.  <P>- Comment &ccedil;a, si on veut?  <P>- Ce que Lilarian essaie de t'expliquer, Giurdija n'est pas facile &agrave; dire.  <P>- Mais allez y, dites-le moi, expliquez-moi pourquoi il a fallu que &ccedil;a tombe sur moi...  <P>- Eh bien, en fait, nous sommes au regret de t'annoncer que contrairement aux h&eacute;ros des ballades de tous les mondes, nous n'avons aucune id&eacute;e de la raison pour laquelle le choix s'est port&eacute; sur toi.  <P>- Crois bien que nous ayons examin&eacute; le probl&egrave;me sous tous ses aspects, poursuivit Lilarian, pourtant nous n'avons pas r&eacute;ussi &agrave; trouver d'autre r&eacute;ponse que celle-ci: nous avons besoin de toi uniquement parce que nous savons que, dans un futur tr&egrave;s proche, tu sauveras les mondes du chaos.  <P>Giurdija &eacute;tait bl&ecirc;me.  <P>- Comment? C'est d'une absurdit&eacute; sans limite! Je ne serai le sauveur des mondes, dans le futur, que parce que vous &ecirc;tes venus me chercher. C'est tout. La belle r&eacute;ponse! Vous vous &ecirc;tes bien moqu&eacute;s de moi, hein. Avouez que vous avez pris plaisir &agrave; observer le jeune ben&ecirc;t que je suis et &agrave; vous dire: "Par les cercles sacr&eacute;s, si on arrive &agrave; en faire un h&eacute;ros, ce sera un v&eacute;ritable tour de force..."  <P>- Non, Giurdija, tu n'y es pas du tout, s'exclama Klairana en lui saisissant les mains et en plongeant ses yeux verts dans les siens.  <P>Il essaya de d&eacute;tourner son regard, mais d&eacute;j&agrave;, les visions de la <I>Sirrah</I> envahissaient son esprit. Tout &eacute;tait simple, finalement. Si simple et absurde que c'en &eacute;tait presqu'impossible &agrave; admettre. C'&eacute;tait lui ou la fin de tout. Et personne n'avait la moindre id&eacute;e de pourquoi c'&eacute;tait lui... sinon parce que les r&ecirc;ves et les visions d'une jeune femme l'avaient pr&eacute;dit.  <P>- Et tous les <I>Sirrah</I> sont au courant? dit-il apr&egrave;s un long silence et en ravalant ses larmes de d&eacute;pit.  <P>- Absolument. Et je t'avouerai volontiers, dit Lilarian en lui souriant, que ceux de ton monde n'&eacute;taient gu&egrave;re enthousiastes &agrave; cette id&eacute;e. Seulement voil&agrave;, lorsqu'ils eurent fait quelques investigations dans le futur, ils ont d&ucirc; se rendre &agrave; l'&eacute;vidence...  <P>- Mais, Klairana, ne se peut-il pas que tout cela ait &eacute;t&eacute; enfant&eacute; par tes r&ecirc;ves... Qu'ils aient en quelque sorte pris vie, parce que tu y as cru, que...  <P>- Non. Nous ne savons pas pourquoi, mais il en est ainsi. Et nous devons tout faire pour que le futur de nos mondes ne soit pas envahi par des t&eacute;n&egrave;bres indicibles.  <P>- Tout faire? Mais faire quoi?  <P>Et Giurdija se mit &agrave; sangloter am&egrave;rement. Jamais il ne s'&eacute;tait senti aussi pusillanime qu'en cet instant m&ecirc;me o&ugrave; il aurait d&ucirc; se forger l'aura d'un h&eacute;ros...  <P>Les jours qui suivirent, Giurdija fut tellement occup&eacute; qu'il n'eut plus le temps de penser &agrave; sa cruelle d&eacute;ception. Klairana et Lilarian se relayaient sans cesse aupr&egrave;s de lui afin de lui apprendre tout ce qui aurait pris la moiti&eacute; d'une vie sur Glaimor. Quand elle n'&eacute;tait pas aupr&egrave;s de lui, la jeune <I>Sirrah </I>multipliait ses incursions dans le futur proche afin de d&eacute;terminer d'o&ugrave; &eacute;manait le bouleversement aussi radical que n&eacute;faste qui les mena&ccedil;ait. Bien qu'elle n'en parl&acirc;t gu&egrave;re afin de ne pas distraire Giurdija de son apprentissage, il s'aper&ccedil;ut que son expression devenait chaque jour plus inqui&egrave;te.  <P>- Tu ne trouves rien, lui dit-il un matin quand elle vint le r&eacute;veiller.  <P>- Non. Comment le sais-tu?  <P>- Il ne faut pas &ecirc;tre un grand devin pour le lire sur ta mine. Je te rappelle pourtant que je parviens peu &agrave; peu &agrave; capter vos pens&eacute;es. Et en entrant tout &agrave; l'heure tu te disais: "A quoi bon tout cela si nous ne savons m&ecirc;me pas vers o&ugrave; diriger nos &eacute;nergies?"  <P>- C'est exact. Tu as fait d'&eacute;normes progr&egrave;s. C'est ind&eacute;niable...  <P>- Mais &agrave; quoi cela sert-il...? dit-il, continuant &agrave; voix haute les pens&eacute;es moroses de Klairana.  <P>- Eh bien, vous deux, &ccedil;a n'a pas l'air d'aller.  <P>- Lilarian, tu m'as fait peur, dit Klairana en sursautant.  <P>- A quel point tu dois &ecirc;tre &eacute;puis&eacute;e pour ne m&ecirc;me plus sentir ma pr&eacute;sence, petite soeur...  <P>- Klairana est ta soeur? s'enquit Giurdija.  <P>- Naturellement. Que croyais-tu?  <P>Giurdija rougit et ne r&eacute;pondit pas, sachant qu'ils avaient saisi d'o&ugrave; provenait son trouble. Ils ne purent s'emp&ecirc;cher de rire, tous les trois. Ils rirent d'ailleurs bien plus que la m&eacute;prise de Giurdija l'aurait provoqu&eacute; en des temps plus sereins  <P>- Bon, ce n'est pas que cela me d&eacute;range de plaisanter avec vous, reprit Lilarian en s'essuyant les yeux, mais je voudrais savoir si Giurdija sera pr&ecirc;t pour la f&ecirc;te du <I>Janga</I>?  <P>- Oh, je le crois, fit Klairana.  <P>- Pourriez-vous m'expliquer de quoi il retourne? s'impatienta Giurdija, toujours agac&eacute; lorsqu'ils parlaient de lui entre eux.  <P>- Eh bien, disons que pour toi, cela repr&eacute;sente la premi&egrave;re mise en pratique de ce que nous t'avons enseign&eacute;.  <P>- Soit, je suis pr&ecirc;t, dit le jeune homme en bombant le torse d'une fa&ccedil;on comique.  <P>- Allons-y sans attendre.  <P>Pour la premi&egrave;re fois depuis qu'il la connaissait, Klairana &ocirc;ta sa tunique de voile sans aucune g&ecirc;ne apparente et, sans laisser le moindre temps &agrave; Giurdija d'admirer son corps gracile, elle plongea par la fen&ecirc;tre et prit un envol majestueux.  <P>- Voil&agrave;, c'est aussi simple que &ccedil;a! Tu te d&eacute;shabilles et tu plonges.  <P>- Mais, je, je... Je n'ai pas d'ailes! Je vais m'&eacute;craser au sol!  <P>- Voyons, ait un peu confiance en nous. Nous t'avons appris comment te transformer &agrave; l'image des habitants des autres mondes. Tu te plaignais, il y a quelques jours de n'avoir encore vu personne &agrave; part nous. En voici l'occasion. Il te suffit de ressembler &agrave; l'un des n&ocirc;tres et tu pourras aller &agrave; ta guise...  <P>Klairana revenait d&eacute;j&agrave;, visiblement d&eacute;tendue par son escapade. Malgr&eacute; qu'elle soit &agrave; contre-jour, Giurdija eut le temps d'appr&eacute;cier ses formes juv&eacute;niles. Quel dommage qu'elle ait cette membrane entre les membres...  <P>- Quel dommage que tu n'en aies pas encore, dit-elle, l'air s&eacute;v&egrave;re. Quand cesseras-tu de croire que ta forme de bip&egrave;de est la seule dans laquelle il soit possible de vivre... et d'&ecirc;tre heureux?  <P>- Mais c'est la mienne, se d&eacute;fendit-il.  <P>- Evidemment, et nous ne te demandons pas d'y renoncer &agrave; tout jamais. Il te faudrait d&eacute;penser une &eacute;nergie consid&eacute;rable pour te stabiliser d&eacute;finitivement dans une autre forme, m&ecirc;me si proche. Rares sont ceux qui y soient parvenus. Mais pour quelques heures, voire quelques jours, cela peut constituer une exp&eacute;rience aussi amusante qu'instructive et ne pourrait en aucun cas t'affaiblir.  <P>- Pourquoi tenez-vous tellement &agrave; ce que j'aille &agrave; la f&ecirc;te du <I>Janga</I>?  <P>- C'est notre f&ecirc;te la plus importante. Il est bon que nous nous d&eacute;tendions avant d'entreprendre notre mission. De plus, le <I>Janga</I> ne repr&eacute;sente pas que de simples r&eacute;jouissances. Son apog&eacute;e consiste en l'union t&eacute;l&eacute;pathique de tout notre peuple... C'est gr&acirc;ce &agrave; cela que nous vivons plus vieux que sur Glaimor. Dans cette union collective, toutes les forces positives sont unies. Tu peux y puiser sans craindre d'en priver quelqu'un. Tout le monde donne &agrave; sa mesure et chacun re&ccedil;oit, selon ses besoins.  <P>- Ca a l'air trop beau pour &ecirc;tre vrai...  <P>- Oh oui, chaque ann&eacute;e, nous nous demandons d'ailleurs si nous n'avons pas simplement r&ecirc;v&eacute;. Peu importe, du moment que cela fonctionne. Allons, si tu veux &ecirc;tre familiaris&eacute; avec ton nouvel aspect d'ici ce soir et ne pas ressembler &agrave; un balourd des &icirc;les plates, il est temps que tu t'y mettes. Et d'abord, d&eacute;shabille-toi.  <P>- Me d&eacute;shabiller?  <P>- Mais oui, &agrave; quoi penses-tu? Tes v&ecirc;tements ne pourraient qu'entraver ton vol, voire m&ecirc;me te blesser lors de ta transformation.  <P>Giurdija lan&ccedil;a un regard d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; &agrave; Klairana. Chez lui, jamais personne ne se montrait nu &agrave; autrui. M&ecirc;me entre gens du m&ecirc;me sexe ou entre &eacute;poux, c'&eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme du plus mauvais go&ucirc;t. Mais devant quelqu'un du sexe oppos&eacute; &agrave; qui on n'&eacute;tait pas li&eacute;, c'&eacute;tait tout simplement impensable.  <P>- Je sais quels tabous tu dois surmonter, dit doucement Klairana en d&eacute;la&ccedil;ant sa chemise. Lors du saut que tu vas effectuer, nous ne serons pas trop de deux pour t'aider si tu venais &agrave; paniquer.  <P>Giurdija fr&eacute;mit au contact du doux pelage de Klairana. Il sentit un d&eacute;sir irr&eacute;pressible monter en lui. "Oh non. Pas &ccedil;a!" pensa-t-il de toutes ses forces. Ressentant son trouble, elle s'&eacute;carta de lui en baissant les yeux et lui dit:  <P>- D&eacute;shabille-toi &agrave; ton aise, nous t'attendons pr&egrave;s de la baie.  <P>Giurdija lui fut infiniment reconnaissant de son attitude et alla docilement se d&eacute;v&ecirc;tir dans le coin le plus sombre de la pi&egrave;ce.  <P>- Et maintenant, qu'est-ce que je fais?  <P>- Place-toi entre nous.  <P>Mal &agrave; l'aise, il avan&ccedil;a en tentant de dissimuler son sexe.  <P>- Tr&egrave;s bien, dit Lilarian. Maintenant, prends nos mains et... nous sautons!  <P>Giurdija n'eut pas le temps de r&eacute;aliser ce qui lui arrivait. Ses amis l'avaient entra&icirc;n&eacute; dans le vide et d&eacute;j&agrave; il sentait la caresse du vent ti&egrave;de sur tout son corps, sur tout son nouveau corps.  <P><I>- Je vole, je vole</I>, exulta-t-il en pens&eacute;e.  <P>Les mots lui semblaient inutiles, &agrave; pr&eacute;sent.  <P>- Mais oui, tu voles, et tu ferais bien de ne pas l'oublier si tu ne veux pas faire un atterrissage en catastrophe, lui r&eacute;pondit silencieusement Lilarian. Allons nous poser l&agrave; bas, pr&egrave;s du fleuve, tu pourras t'y remettre de tes &eacute;motions!  <P>Ils plan&egrave;rent doucement, tous trois unis. Puis, leurs mains se s&eacute;par&egrave;rent et c'est seul et sans encombre que Giurdija se posa au sol. Il s'assit, ne pouvant s'emp&ecirc;cher, dans un sursaut de pudeur, de dissimuler son corps sous ses nouvelles "ailes". Le pelage qui le recouvrait &eacute;tait d'un noir profond et jetait des &eacute;clairs mauves dans les rayons du soleil levant. Il cracha la m&egrave;che de cheveux qui &eacute;tait dans sa bouche. Klairana arriva pr&egrave;s de lui.  <P>- Nous avions oubli&eacute; de te dire t'attacher tes cheveux. Cela aurait pu &ecirc;tre dangereux, si le vent avait &eacute;t&eacute; mal plac&eacute;.  <P>Elle cueillit quelques grandes herbes et les tressa avant d'en nouer sa chevelure de jais.  <P>- Tu as une couleur tr&egrave;s belle et fort rare, tu sais.  <P>Giurdija fut content de l'arriv&eacute;e de Lilarian et esp&eacute;ra de toute son &acirc;me que son &eacute;moi n'avait pas &eacute;t&eacute; per&ccedil;u par la jeune femme.  <P>- Eh bien , que penses-tu de ton nouveau corps?  <P>- C'est &agrave; la fois comme s'il m'&eacute;tait &eacute;tranger et comme si je l'avais toujours habit&eacute;...  <P>- Parfait, parfait.  <P>Giurdija regarda le fleuve, esp&eacute;rant que cela apaiserait quelque peu les battements de son coeur. Un esquif passa. C'&eacute;tait une embarcation de fr&ecirc;le apparence, faite d'une sorte d'osier. Ses deux voiles octogonales lui permettaient de remonter tranquillement le cours de l'eau.  <P>- Vous avez des bateaux?  <P>- Comment crois-tu que nous transportions les objets et les denr&eacute;es? Je t'avais dit que nous ne pouvions pas emporter quelque surcharge sans risquer de nous d&eacute;s&eacute;quilibrer et de d&eacute;penser une &eacute;nergie qui n'en vaut pas la peine.  <P>- Et vous savez nager?  <P>- Evidemment, m&ecirc;me mieux que ceux de ton peuple...  <P>- Oh, s'exclama Klairana, quelle excellente id&eacute;e! Allons nager!  <P>Elle courait d&eacute;j&agrave; vers l'onde et Giurdija, se pr&eacute;cipitant derri&egrave;re elle, ne pensa &agrave; poser aucune question quant &agrave; la fa&ccedil;on dont il allait bien pouvoir nager. Lilarian les rejoignit dans des gerbes d'eau &eacute;tincelantes. Le fleuve &eacute;tait parfaitement limpide, on y voyait nombre de poissons aux couleurs chatoyantes. Comme ce monde &eacute;tait paisible et comme il &eacute;tait bon, en faisant la planche, de d&eacute;river sous son ciel ros&acirc;tre, sans penser &agrave; rien...  <P>- Je ne voudrais pas jouer les trouble f&ecirc;te, dit Lilarian en ba&icirc;llant, mais si nous voulons avoir le temps de s&eacute;cher avant de rentrer &agrave; la tour et nous pr&eacute;parer pour ce soir, nous ferions bien de regagner la berge.  <P>Ce fut Giurdija qui sortit le dernier. L'eau &eacute;tait tellement ti&egrave;de qu'il y aurait volontiers pass&eacute; toute la journ&eacute;e. Lilarian et Klairana &eacute;taient d&eacute;j&agrave; &eacute;tendus c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te dans l'herbe &eacute;paisse. Le jeune homme s'&eacute;tonna de la nonchalance naturelle avec laquelle ils &eacute;taient couch&eacute;s dans le plus simple appareil. Toujours g&ecirc;n&eacute; malgr&eacute; tout, il se coucha sur le ventre. Au bout de quelques minutes, il sentit la main de Klairana qui d&eacute;m&ecirc;lait ses cheveux et entreprenait de les tresser.  <P>- Tu sais, si tu restes sur le ventre, il ne s&eacute;chera jamais. Ca serait trop b&ecirc;te que tu prennes froid, tout &agrave; l'heure.  <P>- Comment se fait-il que vous n'&eacute;prouviez aucune g&ecirc;ne &agrave; &ecirc;tre presque tout le temps nus?  <P>- Et bien, justement, nous le sommes tout le temps et il en est ainsi depuis toujours. Pourquoi voudrais-tu que nous en ressentions une g&ecirc;ne quelconque? Tu sais, tu m'as vu porter une tunique c'&eacute;tait uniquement pour &eacute;viter de te mettre mal &agrave; l'aise. Et je me suis aper&ccedil;ue que ce n'&eacute;tait pas inutile, finit-elle, l'air malicieux...  <P>Cela suffit &agrave; mettre Giurdija de mauvaise humeur et lui permit de se retourner sans crainte de voir son corps r&eacute;agir, malgr&eacute; la pr&eacute;sence toute proche de la jeune <I>Sirrah</I>.  <P>Leur baignade leur avait donn&eacute; faim. Ils se rendirent &agrave; pied jusqu'&agrave; un des estaminets qui bordaient la rive. Giurdija eut tout le loisir de constater que les affirmations de Klairana face &agrave; leur attitude devant la nudit&eacute; &eacute;taient on ne peut plus exactes. Hommes, femmes et enfants allaient et venaient, couraient et marchandaient, mangeaient et buvaient dans le plus simple appareil. Il constata aussi que le pelage des femmes &eacute;taient syst&eacute;matiquement de deux tons: une base stri&eacute;e d'un ton g&eacute;n&eacute;ralement plus fonc&eacute;. Celui des hommes &eacute;tait toujours uni, m&ecirc;me si tous poss&eacute;daient des reflets changeants selon l'angle de la lumi&egrave;re. Au bout d'un moment, personne ne faisant attention &agrave; lui, il se d&eacute;tendit et mangea de bon app&eacute;tit les poissons et les petits crustac&eacute;s tout frais p&ecirc;ch&eacute;s et grill&eacute;s.  <P>Quand ils furent repus, ils s'&eacute;cart&egrave;rent un peu de la foule afin de prendre leur envol.  <P>- C'est un peu plus difficile que de se laisser planer, commentait Lilarian tandis qu'ils retournaient vers le fleuve. Mais tu devrais y arriver. Viens, allons sur ce petit promontoire, ce sera plus facile pour toi que de partir carr&eacute;ment du sol, surtout apr&egrave;s ce que tu viens de manger.  <P>La plaisanterie piquante eut sur Giurdija l'effet attendu par Lilarian et c'est avec toute la ma&icirc;trise et l'&eacute;l&eacute;gance dont il aurait &eacute;t&eacute; lui m&ecirc;me capable que l'orgueilleux Karmayan prit son envol.  <P>- Par o&ugrave; va-t-on? leur demanda Giurdija lorsqu'ils l'eurent rejoint.  <P>- Nous retournons &agrave; la tour, l&agrave;-bas, au nord-est.  <P>Le soir venu, on entendit battre les premiers tambours. Ils avaient pass&eacute; toute l'apr&egrave;s-midi &agrave; deviser comme si de rien n'&eacute;tait et &agrave; se pr&eacute;parer pour la f&ecirc;te du <I>Janga</I>. Ils s'&eacute;taient mutuellement peign&eacute; le pelage. Giurdija ne ressentit plus ni g&ecirc;ne ni tension lorsque Klairana s'occupa de lui. Il &eacute;tait toujours sensible &agrave; sa douceur, mais il ne ressentait plus son contact comme une incitation sexuelle. Il se demandait n&eacute;anmoins quelles pouvaient bien &ecirc;tre les moeurs priv&eacute;es d'un peuple qui vivait nu.  <P>- Celles qui r&eacute;gissent les rapports entre deux personnes qui sont attir&eacute;es l'une par l'autre, quelle que soit leur apparence physique, fit Klairana, comme s'il s'&eacute;tait interrog&eacute; tout haut.  <P>Lorsqu'ils descendirent sur la place de la cit&eacute;, la f&ecirc;te avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute;. De tous les &eacute;difices aux alentours surgissaient sans cesse de nouveaux arrivants. Il en venait de plus loin, des petites cit&eacute;s avoisinantes ou des campagnes. Etrange spectacle que tous ces gens de tous &acirc;ges atterrissant et se promenant, allant d'une &eacute;choppe &agrave; l'autre pour go&ucirc;ter un mets, &eacute;couter des musiciens ou appr&eacute;cier le jeu des acteurs amateurs. Des demeures, toutes en forme de tour et parfois tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;es, on ne voyait que la base obscure qui comportait rarement une ouverture au niveau du sol. Mais si tout ravissait l'oeil de Giurdija, il avait fini de s'&eacute;tonner de ces particularit&eacute;s depuis qu'il avait lui-m&ecirc;me pris l'apparence d'un homme-volant, un <I>Sikkhin</I>, comme ils s'appelaient eux-m&ecirc;mes.  <P>Ils all&egrave;rent d'abord se restaurer &agrave; une petite terrasse un peu &agrave; l'&eacute;cart. Des jeunes gens apportaient du bois de partout et l'entassaient &agrave; intervalles r&eacute;guliers. Des jeunes filles vinrent alors en portant des brass&eacute;es de fleurs &agrave; l'odeur ent&ecirc;tante.  <P>- Qu'est-ce que c'est? demanda Giurdija.  <P>- Les fleurs de la communion, r&eacute;pondit Klairana. On les r&eacute;pand sur les b&ucirc;chers auxquels on va mettre le feu. On ne les utilise en public que lors du <I>Janga</I>. Elles ont le pouvoir d'enlever les inhibitions et permettent &agrave; tout un chacun de se fondre dans la masse des pens&eacute;es, d'y donner et d'y prendre tout &agrave; la fois ce qu'il y a de meilleur. L'on s'en sert parfois en priv&eacute;, bien qu'il ne faille pas en abuser. Ses effets sont tellement plaisants que plus d'un pourrait &ecirc;tre tent&eacute; de le faire.  <P>- Y a-t-il des effets secondaires?  <P>- Non, aucun. Et c'est bien &ccedil;a qui pousse &agrave; l'exc&egrave;s... Mais &agrave; force de vivre dans une perp&eacute;tuelle f&eacute;licit&eacute;, celle-ci perd elle-m&ecirc;me toute saveur et les gens finissent en g&eacute;n&eacute;ral par renoncer &agrave; sa consommation syst&eacute;matique. Assez parl&eacute;! Regardez, des rondes se sont d&eacute;j&agrave; form&eacute;es autour des premiers brasiers. Allons les rejoindre.  <P>Elle prit Giurdija et Lilarian par la main et ils all&egrave;rent se fondre dans un petit groupe qui tournoyait autour d'un b&ucirc;cher que l'on venait d'allumer. Giurdija n'eut pas l'impression que les fleurs qui commen&ccedil;aient elles aussi &agrave; br&ucirc;ler avaient un quelconque effet sur lui. Il se sentait bien, certes, mais pas diff&eacute;rent de ce qu'il avait &eacute;t&eacute; tout au long de la journ&eacute;e. Chaque groupe chantait &agrave; l'unisson et il chantait avec eux comme si, ayant pris l'apparence des <I>Sikkhins</I>, il savait tout de leurs coutumes et de leur langage sonore et guttural. La ronde se faisait de plus en plus fr&eacute;n&eacute;tique. A la fin, ils s'effondr&egrave;rent tous et Giurdija comprit ce que Klairana voulait dire de la communion totale entre tous les &ecirc;tres de son monde. Il vit &eacute;maner de lui des ondes color&eacute;es et puissantes qui allaient tourbillonner avec celles de tous les autres participants. Au bout de quelques instants, il sentit l'effet de retour. C'&eacute;tait comme si tous les dieux de tous les mondes lui donnaient leur b&eacute;n&eacute;diction et la force n&eacute;cessaire &agrave; ce qu'il devait accomplir. Il ne se croyait pas invincible: il ressentait, pour la premi&egrave;re fois de sa vie, tous ses potentiels comme une r&eacute;alit&eacute; tangible. Il ne sut combien de temps cela dura, puis, doucement, il entendit la voix de Klairana s'insinuer dans son esprit: "<I>Viens pr&egrave;s moi.</I>" Il se leva comme un somnambule et manqua tr&eacute;bucher sur les corps qui s'enla&ccedil;aient d&eacute;j&agrave;. Ce qui aurait provoqu&eacute; la plus vive g&ecirc;ne quelques heures auparavant, lui paraissait &agrave; pr&eacute;sent la chose la plus naturelle qui soit. Il prit son envol et retrouva Klairana qui l'attendait dans sa chambre. Il ne se posa aucune question lorsqu'elle lui ouvrit les bras...  <P>Giurdija s'&eacute;tira paresseusement et contempla Klairana qui dormait encore. Il sourit tendrement et lui caressa le dos.  <P>- Bien dormi?  <P>- Merveilleusement, r&eacute;pondit-elle en se retournant et en l'enla&ccedil;ant. Passant son bras sous elle, il eut soudain conscience d'avoir repris sa forme initiale. Il se raidit.  <P>- Quelle importance? lui murmura-t-elle &agrave; l'oreille.  <P>Il se d&eacute;tendit un peu.  <P>- Je croyais que l'accouplement &eacute;tait impossible entre deux personnes de races diff&eacute;rentes...  <P>- Allons bon! Encore une de tes id&eacute;es toutes faites. Pourtant, tu sais que nous provenons tous de la m&ecirc;me souche... Je comprendrais que l'on &eacute;prouve quelque r&eacute;pulsion &agrave; faire l'amour avec un saurien, f&ucirc;t-il dot&eacute; d'une intelligence sup&eacute;rieure.... Me trouves-tu repoussante?  <P>- Bien s&ucirc;r que non, dit-il en la couvrant de baisers.  <P>Apr&egrave;s un moment, il ajouta:  <P>- Quelle apparence avais-je cette nuit?  <P>- Si je te dis que je n'y ai gu&egrave;re pr&ecirc;t&eacute; attention, tu me crois?  <P>Ils &eacute;clat&egrave;rent de rire et roul&egrave;rent dans les fourrures en d&eacute;sordre.  <P>Lorsque Lilarian arriva, Giurdija prenait un bain en chantonnant et Klairana lui frottait le dos.  <P>- En forme, vous deux?  <P>- On ne peut plus! d&eacute;clara Giurdija avec un large sourire.  <P>- Tant mieux. Les choses vraiment s&eacute;rieuses vont commencer!  <P>- J'avais pens&eacute; que nous pourrions sonder &agrave; trois les plans que je n'ai pas encore visit&eacute;s, propos&eacute; Klairana. J'ai d&eacute;j&agrave; visit&eacute; les cent onze mondes et &ccedil;a n'a pas l'air de provenir de l&agrave;...  <P>- Restent les autres..., soupira Lilarian. Nous devons proc&eacute;der par &eacute;limination. Nous poss&eacute;dons des donn&eacute;es sur presque tous les plans qui ont une vie intelligente. Or, une telle perturbation ne peut provenir que d'un monde peupl&eacute; d'&ecirc;tres intelligents, &agrave; moins que l'un d'entre eux ne se soit &eacute;tabli sur une terre encore en gestation afin de mieux dissimuler ses sombres desseins.  <P>- Cela me para&icirc;t malgr&eacute; tout moins probable, coupa Klairana. Peu de mondes vierges poss&egrave;dent les ressources ou m&ecirc;me parfois l'atmosph&egrave;re qui permette d'y s&eacute;journer longuement. Or, un tel projet ne se pr&eacute;pare pas en un jour.  <P>- Que nous reste-t-il comme possibilit&eacute;s? intervint Giurdija.  <P>- Cela d&eacute;pend de nos crit&egrave;res de s&eacute;lection. Dans un premier temps, une trentaine environ...  <P>- Crois-tu que nous devions y aller ensemble?  <P>- Je le crois. M&ecirc;me si nous ne nous mat&eacute;rialisons pas. Quelles que soient les connaissances que nous ayons des plans qui ne sont pas au nombre de la ligue, nous n'en savons pas assez pour pr&eacute;tendre parer seul &agrave; tous les dangers.  <P>- D'accord, fit Giurdija. Je sors de l&agrave; et nous nous y mettons.  <P>- Il n'y a plus de temps &agrave; perdre, rench&eacute;rit Klairana. Selon mes estimations, tout devrait &ecirc;tre fini avant deux semaines...  <P>- Giurdija, viens, maintenant, nous devons rentrer...  <P>- Je, heu... Encore un moment, je t'en prie, Klairana.  <P>La jeune femme s'assit en soupirant sur un monticule herbu o&ugrave; l'attendait d&eacute;j&agrave; Lilarian.  <P>- Tu vois, si j'&eacute;tais une femme de sa race, je crois que je serais jalouse...  <P>- Comment peux-tu &ecirc;tre jalouse d'une f&eacute;line?  <P>- Comment peut-il la regarder comme &ccedil;a? Et tu oublies qu'il a pu m'aimer, moi...  <P>Lilarian &eacute;clata de rire:  <P>- Tu es d&eacute;j&agrave; presque une femme de sa race...!  <P>Giurdija, resta encore un long moment en compagnie de la f&eacute;line. Ils n'&eacute;changeaient aucune parole audible. Avant de la quitter, ils approch&egrave;rent leurs visages et leurs fronts se touch&egrave;rent. Puis, ils regard&egrave;rent ensemble l'horizon qui bleuissait.  <P>- Enfin, fit Klairana en s'&eacute;tirant lorsque son ami revint vers elle.  <P>- Nous pouvons rentrer, &agrave; pr&eacute;sent? s'enquit Lilarian.  <P>- <I>Oui, nous y allons</I>, r&eacute;pondit en silence Giurdija.  <P>Il lui semblait impossible de formuler &agrave; nouveau ses pens&eacute;es en mots audibles.  <P>- Bon, dit Lilarian en biffant au fur et &agrave; mesure des noms de sa liste, nous avons d&eacute;j&agrave; visit&eacute; huit "dictatures", trois plans essentiellement mystiques, et les trois qui vivent &agrave; l'&eacute;tat de pure nature. Et toujours rien... Combien de temps nous reste-t-il, Klairana? Peux-tu t'en faire une id&eacute;e, malgr&eacute; les distorsions dues &agrave; nos nombreuses all&eacute;es et venues?  <P>Les voix de ses amis s'estomp&egrave;rent peu &agrave; peu. Giurdija revoyait tous les plans qu'ils avaient visit&eacute;s. Les mondes cruels des Dictateurs qui &eacute;taient pour la plupart des &ecirc;tres humains semblables &agrave; lui, ou des sauriens gigantesques qu'il avait vu s'entre-d&eacute;vorer lors de l'&eacute;lection de leur nouveau chef. Les Mystiques l'avaient beaucoup impressionn&eacute;. Contrairement aux Dictateurs qui craignaient une restriction de leurs pouvoirs, ils refusaient l'alliance simplement parce qu'ils n'en voyaient pas l'utilit&eacute;. Qu'ils soient plantes t&eacute;l&eacute;pathes, hommes-nuages ou chenilles puis papillons, aucun de ces peuples ne d&eacute;sirait que soit troubl&eacute; le cours de ses paisibles m&eacute;ditations. Les membres du conseil devait parfois r&eacute;soudre des probl&egrave;mes si terre-&agrave;-terre qu'ils semblaient craindre de salir leurs &acirc;mes rien qu'en s'y penchant. Giurdija, bien qu'il ait &eacute;t&eacute; plusieurs fois en contact t&eacute;l&eacute;pathique avec ces &ecirc;tres, ne parvenait pourtant pas &agrave; comprendre ce qu'ils recherchaient, qu'ils soient guerriers ou philosophes... Par contre, il avait d'embl&eacute;e per&ccedil;u le mode de pens&eacute;e des peuples des R&ecirc;ves. Ceux qui vivaient &agrave; l'&eacute;tat de pure nature, comme disait Lilarian, oiseaux, mammif&egrave;res marins ou f&eacute;lins. Il s'&eacute;tonnait d'ailleurs que son ami vienne d'employer ce mot. Il se demandait si ses compagnons avaient bien eu la m&ecirc;me perception que lui. Ils ne manifestaient aucun &eacute;moi, alors que lui avait &eacute;t&eacute; boulevers&eacute; au-del&agrave; de ce qu'il aurait pu imaginer. Il avait appris plus de son contact mental de quelques heures &agrave; peine avec Tigrischka que depuis le jour de sa naissance. Et pourtant, il aurait &eacute;t&eacute; incapable d'en partager le savoir avec quiconque. Il se sentait isol&eacute;, reclus et mal &agrave; l'aise vis-&agrave;-vis de Lilarian et surtout de Klairana qui lui manifestait depuis une certaine animosit&eacute;.  <P>- Alors, conclut Lilarian, nous allons devoir explorer ces derniers endroits. Ils sont naturellement les plus dangereux. Je propose que nous prenions un peu de repos.  <P>- Ce ne sera pas de refus, soupira Klairana. Il nous reste peu de temps, certes, mais nous n'arriverons &agrave; rien si nous sommes &eacute;puis&eacute;s. Il est inutile de prendre des risques... Giurdija?  <P>- Oui.  <P>- A quoi penses-tu, depuis notre retour?  <P>- Je t'avoue que je suis un peu sonn&eacute; par tout ce que je viens de d&eacute;couvrir...  <P>- Et par le regard profond d'une f&eacute;line...  <P>Giurdija bl&ecirc;mit.  <P>- Mais, Klairana, tu te comportes comme une fille de Glaimor...  <P>- Je sais, Lilarian me l'a d&eacute;j&agrave; dit. Peut-&ecirc;tre bien que j'ai attrap&eacute; cette maladie &agrave; ton contact!  <P>- Dites, vous deux, vous croyez vraiment que c'est le moment de nous faire une sc&egrave;ne de m&eacute;nage? Nous avions parl&eacute; de nous d&eacute;tendre et de nous reposer, si je me souviens bien...  <P>- Tu as raison, dut acquiescer Klairana. Excuse-moi, Giurdija. Je suis fatigu&eacute;e et je ne te comprends pas toujours...  <P>- Je crois, finalement, que cet humain pourra encore nous surprendre plus que nous le croyons. C'est nous qui lui avons expliqu&eacute; que, chez les peuples hautement t&eacute;l&eacute;pathes, la jalousie ne pouvait exister et c'est lui qui est capable de vivre des relations profondes sans arri&egrave;re-pens&eacute;e, tandis que nous nous imaginons qu'il fonctionne toujours selon son mode habituel.  <P>- Tu es gentil de t'inclure dans le lot, dit Klairana en esquissant un sourire.  <P>- Non, je t'avoue que Giurdija ne cesse de m'&eacute;tonner. Dis-nous, Giurdija, parle-nous de ce que... Comment s'appelait-elle?  <P>- Tigrischka.  <P>- De ce que Tigrischka t'a transmis.  <P>- C'est difficile &agrave; traduire en mots ou m&ecirc;me en images concr&egrave;tes. Ce sont des sentiments, des impressions d'harmonie indicibles. Tigrischka m'a fait visiter des mondes o&ugrave; r&egrave;gne cette atmosph&egrave;re. Elle m'en a fait p&eacute;n&eacute;trer les secrets apparents et saisir l'essence.... C'&eacute;tait beaucoup de sagesse en une fois pour un seul homme, mais c'&eacute;tait si doux, si...  <P>- Nous avons tous les deux, en tant que <I>Sirrahs</I> connu cette initiation. Nous y &eacute;tions mieux pr&eacute;par&eacute;s que toi, et de plus longue date, voil&agrave; tout.  <P>- Vous avez aussi cette facult&eacute; de vous mettre &agrave; l'unisson des pens&eacute;es de tous ces peuples alors...  <P>- Oui et non. Tous les <I>Sirrah</I> n'en sont pas &eacute;galement capables. Certains sont plus dou&eacute;s que d'autres ou plus concern&eacute;s, simplement. Dans la t&eacute;l&eacute;pathie, il s'agit surtout d'affinit&eacute;s...  <P>- Que pensez-vous du plan des R&eacute;prouv&eacute;s?  <P>Klairana ouvrit de grands yeux:  <P>- Tu en as entendu parler?  <P>- Oui, d&eacute;j&agrave; chez moi, il tra&icirc;ne bon nombre de l&eacute;gendes &agrave; ce sujet... J'aimais &eacute;couter les vieux les raconter &agrave; mi-voix, le soir. Et je n'arr&ecirc;te pas d'y repenser depuis mon contact avec Tigrischka. Un des mondes qu'elle m'a montr&eacute;s &eacute;tait peupl&eacute; d'&ecirc;tres dissemblables et c'&eacute;tait le seul. Il y r&eacute;gnait une ambiance particuli&egrave;re, comme s'il y avait l&agrave; une concentration d'harmonie... Oh, je suis d&eacute;sol&eacute;, non seulement, je n'arrive pas &agrave; m'exprimer, mais en plus je fantasme... Tu sais, Klairana, depuis tout petit, de tous les univers des l&eacute;gendes, c'est celui-l&agrave; que j'ai toujours eu le plus envie de conna&icirc;tre.  <P>- Moi aussi, souffla la jeune fille.  <P>- Mais alors, il existerait?  <P>- Crois-tu que l'imagination des &ecirc;tres dits intelligents soit capable de fonctionner sans bases r&eacute;elles? demanda Lilarian.  <P>- Nous pourrions y aller alors?  <P>- Oui, nous le pourrions, sous certaines conditions... Mais nous n'avons pas le temps de nous pr&eacute;occuper de cela pour l'instant.  <P>- Sous certaines conditions... Au fait, pourquoi n'avez-vous jamais compt&eacute; ce plan dans vos recherches de la perturbation?  <P>- Quelle image te fais-tu du plan des "R&eacute;prouv&eacute;s"?  <P>- Heu... D'apr&egrave;s mes souvenirs d'enfance, c'est une sorte de repaire de pirates, de pillards aux grands coeurs. Lorsque je m'en r&eacute;f&egrave;re aux images de Tigrischka, c'est tout diff&eacute;rent...  <P>- Eh bien, il vaut mieux que tu oublies tes fantasmes d'enfant... sans doute aliment&eacute;s par ce vilain mot de R&eacute;prouv&eacute;s. Il ne s'agit nullement d'un plan sur lequel auraient &eacute;t&eacute; bannis les ind&eacute;sirables et les criminels. C'est le seul endroit qui permette &agrave; tous les repr&eacute;sentants des diff&eacute;rents mondes de vivre sans avoir &agrave; changer leur apparence physique.  <P>- Y avait-il des habitants, &agrave; l'origine?  <P>- C'est difficile &agrave; affirmer. Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, ni Klairana ni moi n'y avons &eacute;t&eacute;. Certaines traditions disent que oui: les premiers habitants auraient &eacute;t&eacute; ceux qui ont le plus rapidement &eacute;volu&eacute;. Ils auraient eu connaissance de tous les d&eacute;veloppements possibles de la vie et auraient oeuvr&eacute; &agrave; parfaire leur monde dans l'id&eacute;e de pouvoir y accueillir tous ceux qui d&eacute;sireraient y &ecirc;tre re&ccedil;us, voire s'y installer. Cette th&eacute;orie tend &agrave; faire de ces &ecirc;tres des sortes de dieux bienveillants. Et peu d'entre nous croient aux dieux... C'est sans doute pour &ccedil;a que l'id&eacute;e la plus r&eacute;pandue veut que cette plan&egrave;te se soit d&eacute;velopp&eacute;e par hasard de sorte qu'elle puisse indiff&eacute;remment accueillir les &ecirc;tres de n'importe quel autre plan. Il n'y aurait eu aucune vie, aucune vie dite intelligente en tout cas, avant que les premiers colons s'y installent...  <P>- C'est difficile &agrave; croire... Et comment sont-ils arriv&eacute;s l&agrave;, les premiers colons?  <P>- Oh, c'est simple, dit Klairana en s'agenouillant derri&egrave;re Giurdija et en l'attirant contre elle. Tu sais qu'il ne nous est pas possible de transformer d&eacute;finitivement notre apparence sans payer un tr&egrave;s lourd tribu. Et pourtant, il arrive parfois que des &ecirc;tres encore plus dissemblables que nous se rencontrent et... soient irr&eacute;pressiblement attir&eacute;s l'un vers l'autre... La seule solution qui s'offre &agrave; eux, s'ils veulent vivre en permanence ensemble, c'est d'&eacute;migrer vers la plan&egrave;te des R&eacute;prouv&eacute;s.  <P>- Des amoureux? Tous les gens qui vivent l&agrave;-bas sont des amoureux? Et pourquoi ce nom de R&eacute;prouv&eacute;s, alors?  <P>- Parce que bon nombre des &ecirc;tres ne sont pas encore pr&ecirc;ts &agrave; admettre que l'on puisse s'aimer au point de mourir si l'on ne peut partager la vie de l'autre... et rejeter pour cette raison son propre monde et tout ce qu'il voulait offrir...  <P>- Je crois que les gens qui lui ont donn&eacute; ce nom sont simplement jaloux, conclut Lilarian.  <P>Ils se turent un long moment, et Lilarian s'&eacute;clipsa doucement pour laisser Giurdija et Klairana r&ecirc;ver ensemble du jour o&ugrave; ils iraient rejoindre la dimension enchanteresse des R&eacute;prouv&eacute;s.  <P>Lorsque Giurdija s'&eacute;veilla le lendemain matin, Klairana n'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; plus pr&egrave;s de lui. Il l'entendit remuer derri&egrave;re les tentures du lit.  <P>- D&eacute;j&agrave; debout?  <P>- Oui, je suis de plus en plus inqui&egrave;te. Tu sais, il nous reste si peu de temps...  <P>- Mais nous n'avons plus gu&egrave;re de plans &agrave; explorer, que je sache.  <P>- Effectivement, nous allons simplement sonder les mondes &agrave; la technologie avanc&eacute;e. N&eacute;anmoins, il nous faudra ensuite tr&egrave;s probablement aller sur l'un d'entre eux, car je ne vois plus d'autre source au mal qui nous menace. L&agrave;, nous ne savons pas comment nous y prendre pour d&eacute;masquer les protagonistes de la catastrophe, ni comment nous allons les contrer. Ils emploient des m&eacute;thodes parfois tellement tordues que cela pourrait bien nous prendre beaucoup de temps... Trop peut-&ecirc;tre...  <P>- Allons, dit Giurdija en l'attirant pr&egrave;s de lui, il ne faut pas te laisser aller. Tu m'as vu dans le futur, non?  <P>- Certainement, mais j'ai vu aussi ce qui risquait de se passer... C'est exactement comme si nous avions cinq chances sur dix de r&eacute;ussir et cinq d'&eacute;chouer...  <P>&Ograve;n frappa &agrave; la porte. Giurdija en fut soulag&eacute;, car il commen&ccedil;ait &agrave; se rendre compte de la gravit&eacute; de ce qui n'avait en quelque sorte &eacute;t&eacute; qu'un jeu jusqu'ici.  <P>- Entrez, fit Klairana.  <P>- Bonjour, dit Lilarian.  <P>- Que le milli&egrave;me cercle vous prot&egrave;ge, dit un vieillard qui l'accompagnait.  <P>- Chrypsis, quelle surprise et quel plaisir de te voir ici!  <P>- Ma petite Klairana, croyais-tu que ton vieux ma&icirc;tre t'avait oubli&eacute;e?  <P>- Non, pas du tout...  <P>- Tu sais que Lilarian m'a tenu au courant de la progression de vos recherches. Lorsqu'il m'a annonc&eacute; o&ugrave; vous &eacute;tiez contraints de vous aventurer, j'ai pris la d&eacute;cision de vous assister afin de pouvoir vous faire revenir ici, o&ugrave; que vous alliez et quoi qu'il vous arrive.  <P>- Je te remercie, Chrypsis, dit-elle en lui serrant les mains. Te savoir pr&eacute;sent rend mon coeur plus l&eacute;ger et plus s&ucirc;r. Inutile de te pr&eacute;senter Giurdija, je suppose.  <P>- Vous me connaissez?  <P>- Ce n'est pas que j'aie trouv&eacute; n&eacute;cessaire de v&eacute;rifier les dires de Klairana, mais il a toujours fallu que j'aille voir par moi-m&ecirc;me ce qu'il en &eacute;tait. C'est ainsi que je suis le seul en mesure de vous aider aujourd'hui: j'ai &eacute;t&eacute; sur ces mondes que vous devez visiter...  <P>- Excusez-moi de vous interrompre, glissa Lilarian. Je crains que nous n'ayons plus une minute &agrave; perdre...  <P>- En effet, approuva Klairana. Voil&agrave; comment nous allons proc&eacute;der. En ce qui concerne les modalit&eacute;s pratiques: Chrypsis sera assis au milieu de nous trois et nous nous tiendrons les mains, afin de renforcer le lien qui nous unit. Nous sonderons rapidement ces plans. Il faut nous concentrer pour essayer de sentir le sentiment de malaise, de haine, de jalousie qui pourrait pousser un de ces peuples ou ne serait-ce que quelques-uns de ses habitants &agrave; vouloir modifier le pass&eacute;. Evidemment, plus il y aura d'insatisfaits, plus longtemps cela nous prendra.  <P>- Klairana, l'interrompit Chrypsis, si je peux me permettre, je ne sais pas si nous devons perdre du temps en allant sur tous ces mondes... J'en connais un qui me para&icirc;t contenir tous les ferments et la technologie n&eacute;cessaires.  <P>- Tu as peut-&ecirc;tre raison. Pouvons-nous pour autant concentrer nos forces sur un seul point, au risque de nous rendre compte ensuite de notre erreur?  <P>- Est-il plus r&eacute;aliste de sonder des millions d'esprits de plans o&ugrave; il est &eacute;vident qu'existe la rancoeur. Tu ne crois quand m&ecirc;me pas que les Termitiers sont heureux de creuser ind&eacute;finiment le sol pour fournir en combustible les immenses chaudi&egrave;res qui servent &agrave; couver leurs oeufs toujours plus nombreux? Ou que les Fourmis sont imb&eacute;ciles et d&eacute;nu&eacute;es de tous sentiments parce qu'elles sont litt&eacute;ralement des drogu&eacute;es du travail? Non, Klairana, vous devez me croire... De plus, ce n'est pas un hasard si c'est Giurdija que tu as vu et qu'il est humain... R&eacute;fl&eacute;chis un instant: c'est certainement sous sa forme habituelle qu'il aura &agrave; agir. Autrement, &ccedil;a lui serait pratiquement impossible.  <P>- Soit. Dis-nous quel est ce plan.  <P>- La Terre...  <P>- Pardon? fit Giurdija. Mais la terre, c'est partout. Ici, chez moi, chez les F&eacute;lins ou les Termitiers...  <P>- Oui, bien s&ucirc;r, c'est partout. Mais vois-tu, il y a un peuple tellement pr&eacute;somptueux qu'il a donn&eacute; ce nom &agrave; sa plan&egrave;te. La majeure partie des Terriens sont d'ailleurs persuad&eacute;s, tant au nom de leurs religions que de leurs philosophies, d'&ecirc;tre les seuls &ecirc;tres vivants... Tout au plus, certains d'entre eux scrutent-ils le ciel en esp&eacute;rant voir arriver des &ecirc;tres venus d'autres galaxies. Plus les choses sont improbables, lointaines et compliqu&eacute;es, plus ils sont satisfaits!  <P>- Et c'est chez eux que vous croyez que nous devons aller? souffla Giurdija.  <P>- H&eacute;las oui, soupira Chrypsis. Tout les recoupements m&egrave;nent &agrave; eux. Ils sont extr&ecirc;mement intelligents et pourtant affubl&eacute;s d'une tare qu'ils appellent cart&eacute;sianisme ou rationalisme. Leur valeur la plus &eacute;lev&eacute;e, c'est la science, &agrave; tel point qu'ils en ont m&ecirc;me cr&eacute;&eacute; une pour d&eacute;finir les m&eacute;canismes de l'esprit... Laissez-moi rire. Au nom de cela, ils r&eacute;futent tout ce qu'ils ne peuvent prouver, diss&eacute;quer, analyser et traiter dans leurs machines... D&egrave;s lors, une de leurs caract&eacute;ristiques principales, qu'on comprend ais&eacute;ment lorsqu'on sait ce qui pr&eacute;c&egrave;de, c'est d'&ecirc;tre toujours insatisfaits. Mais ils ne savent pas que c'est simplement parce qu'ils ne cherchent pas dans la bonne direction...  <P>- Mais pourquoi le conseil n'intervient-il pas? interrogea Giurdija.  <P>- Tu ne connais pas bien les lois du conseil, dit Lilarian. Elles sont formelles &agrave; cet &eacute;gard: il ne faut prendre aucun contact avec des &ecirc;tres qui n'ont pas &eacute;t&eacute; capables par eux-m&ecirc;mes de d&eacute;couvrir l'existence des autres plans. Il est &eacute;galement interdit d'intervenir dans le cours de l'&eacute;volution de l'un d'entre eux.  <P>- Nous allons pourtant le faire, protesta le jeune homme.  <P>- Aujourd'hui, c'est diff&eacute;rent. C'est de notre avenir &agrave; tous qu'il s'agit...  <P>- C'est &ccedil;a... Et au nom de quoi g&acirc;chez-vous la vie de millions d'&ecirc;tres en leur cachant la v&eacute;rit&eacute;?  <P>- Doucement, mon gar&ccedil;on. Tout d'abord, il n'y a de v&eacute;rit&eacute; que celle qu'on d&eacute;couvre par soi-m&ecirc;me. Ensuite, si tu consid&egrave;res ne serait-ce que les cent onze peuples qui participent au conseil, combien de gens d'apparence et de coutumes diff&eacute;rentes vois-tu? Si le premier d'entre nous &agrave; avoir eu acc&egrave;s aux autres plans s'&eacute;tait mis dans la t&ecirc;te qu'il &eacute;tait le meilleur, puisque le premier, et qu'il avait voulu montrer la voie aux autres, sinon la leur imposer pour leur bien, o&ugrave; en serions-nous aujourd'hui?  <P>Giurdija baissa la t&ecirc;te sans rien dire.  <P>- Soit, allons sur la Terre, dit Klairana en saisissant sa main et celle de Lilarian.  <P>- Maman , maman, viens vite voir, c'est Superman...  <P>- Jimmy, s'il te pla&icirc;t, laisse-moi finir de ranger le lave-vaisselle, ce n'est pas la derni&egrave;re fois qu'ils passent ce vieux feuilleton &agrave; la TV...  <P>- Mais non, m'man, c'est pas &agrave; la TV, c'est dans le ciel!  <P>- Qu'est-ce que tu me racontes, Jimmy?  <P>- Mais viens vite, m'man, y en a deux autres &agrave; pr&eacute;sent, avec des grandes ailes, comme dans les films.  <P>- Bon, et maintenant, montre-moi o&ugrave; il est, Superman..., dit-elle en s'essuyant les mains.  <P>- T'es venue trop tard. Ils sont partis du c&ocirc;t&eacute; de la tour, l&agrave;-bas.  <P>- L&agrave; o&ugrave; papa travaille?  <P>- Oui, c'est &ccedil;a... Tu me crois, dis m'man?  <P>- Ecoute, Jimmy, &agrave; priori, je ne crois pas que Superman existe, mais si tu dis que tu l'as vu aller vers le building o&ugrave; travaille ton p&egrave;re, il faudra que tu lui en parles quand il rentrera. OK?  <P>- Oui, m'man. Tu sais, y en avait trois en tout. D'abord un tout seul, puis deux ensemble...  <P>- Qu'est-ce que &ccedil;a sent mauvais, fit Lilarian, d&egrave;s que Klairana et Giurdija se furent pos&eacute;s pr&egrave;s de lui.  <P>- C'est atroce en effet, dit Giurdija. Et regardez-moi ces lumi&egrave;res, on ne voit m&ecirc;me pas o&ugrave; cette cit&eacute; se termine.  <P>- Il y a tellement de gens, ajouta Klairana, qu'ils couvrent presque la totalit&eacute; du sol par leurs habitations ou leurs... Comment appellent-ils &ccedil;a d&eacute;j&agrave;?  <P>- Leurs bureaux ou leurs usines. Ils disent aussi entreprises, je crois.  <P>- Merci, Lilarian. J'ai du mal &agrave; me faire &agrave; tout ce que nous avons appris... C'est si diff&eacute;rent.  <P>- Et si laid! conclut Giurdija.  <P>- J'esp&egrave;re que nous ne nous sommes pas fait rep&eacute;rer.  <P>- Il n'y a pas d'agitation en tout cas. Si nous ne sommes pas pass&eacute;s inaper&ccedil;us, personne n'a heureusement pr&eacute;venu la police. C'est toujours &ccedil;a. Bon, il faut y aller. Premi&egrave;re chose, devenir des &ecirc;tres humains.  <P>Giurdija fut le plus rapide &agrave; retrouver son apparence tandis que les deux autres en changeaient. Lorsque Klairana fut pr&ecirc;te, il osa &agrave; peine regarder sa nouvelle nudit&eacute;. D&eacute;cid&eacute;ment, cela ne repr&eacute;sentait pas la m&ecirc;me chose pour un homme que pour un <I>Sikkhin </I>d'&ecirc;tre nu. Elle-m&ecirc;me avait l'air mal &agrave; l'aise.  <P>- Mince, nous n'avions pas pens&eacute; &agrave; cela!  <P>- A quoi, Giurdija?  <P>- Eh bien, nous sommes nus...  <P>- Indiscutablement!  <P>- Mais les hommes de la Terre ne se prom&egrave;nent pas nus. Nous ne pourrons pas bouger d'ici avant d'avoir trouv&eacute; des v&ecirc;tements. Et sans bouger, pas moyen d'en avoir... Ah c'est trop b&ecirc;te...  <P>- Ca le serait en effet si nous n'avions aucune autre alternative, dit Lilarian. Ne bougez pas d'ici, je m'en charge...  <P>- Tu ne vas pas te trimballer nu, tout de m&ecirc;me?  <P>- Giurdija, un <I>Sirrah</I> a plus d'un tour dans son sac. Je peux tr&egrave;s bien maintenir quelques minutes l'impression que je suis habill&eacute; face &agrave; ceux que je rencontrerais. Ne t'inqui&egrave;te donc pas.  <P>Et c'est apparemment v&ecirc;tu d'un impeccable costume trois pi&egrave;ce gris fonc&eacute; que Lilarian ouvrit la porte qui permettait de descendre dans l'immeuble... Giurdija et Klairana rest&egrave;rent silencieux, masquant leur malaise r&eacute;ciproque en regardant fixement dans cette direction. Lilarian revint quelques minutes plus tard, les bras charg&eacute;s d'uniformes bleus.  <P>- Bon sang, qu'est-ce qu'ils sont petits! J'ai eu toutes les peines du monde &agrave; en trouver un qui soit &agrave; ma taille. J'esp&egrave;re que ceux-l&agrave; vous conviendront.  <P>- C'est assez diff&eacute;rent de la fa&ccedil;on dont tu t'&eacute;tais d&eacute;guis&eacute; tout &agrave; l'heure, non? demanda Giurdija.  <P>- Oui, ce sont des v&ecirc;tements de travail. Tout &agrave; l'heure, j'&eacute;tais habill&eacute; en civil. Du moins le croyais-je.  <P>- Ah bon, tu as rencontr&eacute; quelqu'un?  <P>- Non, enfin oui. J'ai vu plusieurs personnes en train de discuter dans un bureau. Mais elles &eacute;taient tellement absorb&eacute;es qu'elles n'ont rien remarqu&eacute;. Aucune n'&eacute;tait habill&eacute;e comme moi!  <P>- Les caprices de la mode, sourit Giurdija. C'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; comme &ccedil;a chez moi. Nous &eacute;prouvons le besoin de nous v&ecirc;tir et nous aimons aussi changer de style, de temps en temps...  <P>- Dites, vous ne croyez pas que nous ferions bien d'y aller, tan&ccedil;a Klairana, au lieu de p&eacute;rorer &agrave; propos des costumes des terriens.  <P>- Ne t'emballe pas, s'il te pla&icirc;t. Il est inutile de descendre imm&eacute;diatement. La r&eacute;union dont je t'ai parl&eacute; tout &agrave; l'heure &eacute;tait presque termin&eacute;e. Laissons-leur le temps de s'en aller, nous serons plus &agrave; notre aise pour visiter les lieux. D'autant plus que je suis de plus en plus convaincu que Chrypsis avait raison de nous faire venir ici. Je serais m&ecirc;me tent&eacute; de croire qu'il en sait beaucoup plus qu'il n'a bien voulu nous le dire en nous envoyant &agrave; cet endroit pr&eacute;cis.  <P>- Pourquoi? s'enquit Giurdija.  <P>- Parce qu'il faut voir les choses pour y croire, comme il aime le dire. Si nous n'avions pas explor&eacute; d'abord les autres plans sans succ&egrave;s, aurions-nous accept&eacute; de venir?  <P>- Non, tu as raison. Esp&eacute;rons n&eacute;anmoins que Chrypsis savait ce qu'il faisait.  <P><I>- En douteriez-vous? leur dit &agrave; tous trois une voix silencieuse...</I>  <P>- Et bien allons y.  <P>Ils ouvrirent la porte et marqu&egrave;rent un temps d'arr&ecirc;t avant de la franchir.  <P>-Tout &agrave; l'air calme.  <P>Ils descendirent un escalier en spirale qui leur parut sans fin.  <P>- C'est encore loin? grogna Giurdija?  <P>- A en croire les panneaux sur les portes, chuchota Klairana, nous approchons du rez-de-chauss&eacute;e. Chrypsis m'a dit que ce sont les sous-sols que nous devons visiter en priorit&eacute;.  <P>- Pourquoi les sous-sols?  <P>- Parce qu'il est en g&eacute;n&eacute;ral bien plus ais&eacute; d'y travailler en secret que dans les &eacute;tages sup&eacute;rieurs, je suppose. Nos connaissances &agrave; propos de ce monde nous ont indiqu&eacute; que la menace ne provient pas d'une initiative de leurs dirigeants. Il se peut d&egrave;s lors que les gens qui travaillent &agrave; notre perte pr&eacute;f&egrave;rent garder le secret.  <P>- Tu crois vraiment qu'ils d&eacute;sirent consciemment d&eacute;truire les mondes?  <P>- Je ne le pense pas, puisqu'ils n'en connaissent m&ecirc;me pas l'existence. Ce serait absurde. Ils ont peut-&ecirc;tre, de leur point de vue, une bonne raison d'agir ainsi.  <P>- A&iuml;e, fit Lilarian, rien n'est plus difficile &agrave; combattre que les bonnes intentions!  <P>- Nous y voil&agrave;. Cinqui&egrave;me sous-sol, c'est le dernier!  <P>Ils ouvrirent prudemment la porte et entendirent quelqu'un jurer.  <P>- Nom de Dieu, depuis que le vieux Wilbur est parti, il n'y a plus personne qui sache faire un caf&eacute; convenable!  <P>Ils rest&egrave;rent un moment interdits devant la porte entreb&acirc;ill&eacute;e et virent passer un homme rev&ecirc;tu de la m&ecirc;me combinaison qu'eux. Il se dirigea vers le fond du couloir. Apr&egrave;s quelques secondes, ils le suivirent prudemment. L'homme n'avait pas referm&eacute; la porte du laboratoire. Ils se plaqu&egrave;rent contre la cloison.  <P>- Alors, Jack, tu crois vraiment que c'est pr&ecirc;t? dit une voix f&eacute;minine.  <P>- Oui, je le pense, fit l'homme qu'ils avaient entendu jurer. Nous avons r&eacute;uni toutes les charges n&eacute;cessaires pour r&eacute;aliser le plus grand feu d'artifice que l'humanit&eacute; ait jamais connu.  <P>- Que disent les calculs? reprit la voix f&eacute;minine.  <P>- Toujours la m&ecirc;me chose, tu t'en doutes, dit un autre homme. C'est obstin&eacute; un ordinateur... Presque autant que toi! Bon, je vais rentrer. Ca ira?  <P>- Mais oui. Je ne crains pas plus les plaisanteries de Jack que les tiennes et puis, l'&eacute;quipe de surveillance doit d&eacute;j&agrave; &ecirc;tre arriv&eacute;e.  <P>- OK. J'y vais alors. Jimmy n'aime pas se mettre au lit avant de m'avoir vu. Et...  <P>- Et quoi?  <P>- Tu as beau me dire ce que tu veux, C&eacute;lia, j'ai peur.  <P>- Peur de quoi? Tu as &eacute;t&eacute; un des premiers &agrave; croire en ce projet. Tu ne vas pas te d&eacute;gonfler maintenant?  <P>- Non, mais tu comprends, si jamais nous nous &eacute;tions tromp&eacute;s dans nos calculs.  <P>- Ecoute, Jack, nous ne nous sommes pas tromp&eacute;s. Mais je t'avoue volontiers que, malgr&eacute; leur justesse, aucune &eacute;quation ne pourra garantir que nous soyons encore tous l&agrave;, lorsque je reviendrai... Si je reviens... Tu sais aussi que nous avons retourn&eacute; le probl&egrave;me dans tous les sens: il n'y a aucune autre solution. Nous n'allons quand m&ecirc;me pas g&acirc;cher la possibilit&eacute; d'une vie meilleure &agrave; l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re &agrave; cause de consid&eacute;rations purement personnelles?  <P>- J'avoue que, th&eacute;oriquement, je t'approuve enti&egrave;rement, C&eacute;lia. Mais lorsque je pense &agrave; Sue et &agrave; Jimmy, je ne sais plus. Tu ne sais pas ce que c'est, toi, d'avoir une famille....  <P>- Non, et je t'avoue que je regrette de moins en moins mon statut de vieille fille, si c'est &agrave; cela que tu penses... Homme ou femme, d&egrave;s qu'il s'agit de d&eacute;fendre votre prog&eacute;niture, vous &ecirc;tes tous les m&ecirc;mes, vous voyez tout par le petit bout de la lorgnette!  <P>- OK, C&eacute;lia. Je sais que l'on ne peut plus faire marche arri&egrave;re. Je sais aussi que j'ai plus &agrave; y perdre que toi, c'est tout.  <P>- Et c'est bien pour cela que j'irai moi-m&ecirc;me, dit-elle sans appel.  <P>- Bonne nuit, C&eacute;lia. A toi, aussi Jack.  <P>- Bonne nuit, grommela l'homme.  <P>Tom arrivait &agrave; pr&eacute;sent vers eux et il leur &eacute;tait impossible de se dissimuler. Giurdija ordonna mentalement &agrave; ses compagnons de faire comme s'ils arrivaient et de s'en remettre &agrave; lui.  <P>- Bonsoir, Monsieur, dit-il &agrave; l'homme qui arrivait. Tout va bien?  <P>- Oui, tout est calme. Mais, qui &ecirc;tes-vous? Je ne vous ai jamais vu.  <P>- Nous assurons l'&eacute;quipe de nuit &agrave; partir d'aujourd'hui, Monsieur.  <P>- Ah, fort bien.  <P>Tom, interloqu&eacute;, regarda Klairana.  <P>- Le service de gardiennage engage des femmes pour le service de nuit, &agrave; pr&eacute;sent?  <P>- Il n'y avait personne d'autre de disponible et d'habitude, nous faisons &eacute;quipe, mais de jour.  <P>- Bon, et bien, inutile d'aller plus loin. Il est pr&eacute;f&eacute;rable que vous alliez imm&eacute;diatement &agrave; la salle des moniteurs. Au fait, on ne vous l'a pas montr&eacute;e?  <P>- Non, Monsieur, notre remplacement s'est fait au pied lev&eacute; et on nous a dit qu'on nous expliquerait sur place.  <P>- Eh bien heureusement que je suis l&agrave;. Venez, je vais vous montrer.  <P>Ils revinrent au niveau du premier sous-sol et Tom leur d&eacute;signa une salle emplie d'&eacute;crans de contr&ocirc;le.  <P>- Voil&agrave;. Ca ira &agrave; pr&eacute;sent?  <P>- Oui, merci Monsieur...  <P>- Colby, Tom Colby.  <P>- Et bien, bonne nuit, Monsieur Colby!  <P>- Ouf, fit Klairana en refermant la porte. Tu t'en es tir&eacute; &agrave; merveille...  <P>- C'est pour &ccedil;a que je suis l&agrave;, apr&egrave;s tout! Et je n'avais pas encore fait grand chose jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. Il est grand temps que je remplisse mon r&ocirc;le, tu ne crois pas?  <P>- Eh bien dis-moi alors &agrave; quoi peuvent servir ces multiples &eacute;crans, demanda Lilarian, perplexe.  <P>- Ecoute, il a appel&eacute; &ccedil;a la salle des moniteurs. J'en conclus que, d'ici, on doit pouvoir surveiller tout ce qui se passe dans le b&acirc;timent. Regarde, voil&agrave; l'entr&eacute;e. Et l&agrave;, la pi&egrave;ce o&ugrave; se tiennent encore C&eacute;lia et Jack.  <P>- C'est pas mal imagin&eacute; comme syst&egrave;me. A d&eacute;faut d'employer les moyens usuels, ils semblent pouvoir faire presque aussi bien que nous, admit Klairana. Dommage que nous n'ayons pas le son...  <P>- Attend, il y a des boutons, l&agrave;. Ils sont tous tourn&eacute;s vers la gauche. Peut-&ecirc;tre que...  <P>- Tu ne vas quand m&ecirc;me pas prendre la d&eacute;fense de ce couard de Tom, hurla une voix f&eacute;minine.  <P>- Ce n'est pas &ccedil;a que j'ai voulu dire, C&eacute;lia... Sauver l'humanit&eacute;, c'est bien. Mais sauver sa propre peau, c'est pas mal non plus...  <P>- Vous les hommes, tous des &eacute;go&iuml;stes! Pas &eacute;tonnant que le monde en soit arriv&eacute; &agrave; un point de non-retour &agrave; &ecirc;tre si longtemps rest&eacute; entre vos mains. Si c'est vous qui aviez d&ucirc; mettre des enfants au monde pour les voir mourir de faim ou vivre dans ces tours b&eacute;tonn&eacute;es, il y a longtemps que vous auriez fait quelque chose!  <P>- Mais nous avions invent&eacute; la contraception tout de m&ecirc;me.  <P>- Oui, bien s&ucirc;r, les hommes sauvant le monde... comme toujours! Mais un peu tard, non? Et comment vouliez-vous qu'apr&egrave;s des mill&eacute;naires pendant lesquels la seule fonction de la femme la reproduction, elle accepte tout &agrave; coup de renoncer &agrave; ce qui a &eacute;t&eacute; sa seule raison d'&ecirc;tre...  <P>- Tu peux parler, C&eacute;lia, toi qui n'a pas d'enfant!  <P>- Oui, et s'il y avait eu plus de femmes comme moi, nous n'en serions peut-&ecirc;tre pas l&agrave;, accul&eacute;s &agrave;...  <P>C&eacute;lia fondit en larmes. Jack se pr&eacute;cipita vers elle et la prit maladroitement dans ses bras.  <P>- Tu sais pourtant bien qu'on ne peut pas faire autrement. Dans cinquante ans, au plus, ce sera la fin, de toute fa&ccedil;on, dit la jeune femme en se d&eacute;gageant brusquement. Tu le sais comme moi. Pourquoi me torturer davantage?  <P>- C&eacute;lia, je ne veux pas te faire de mal. J'essayais juste de t'expliquer le point de vue de Tom.  <P>- Bon, d'accord. Maintenant, au travail, si nous voulons que tout soit fini pour demain soir.  <P>Jack s'en retourna en bougonnant vers la console de l'ordinateur et C&eacute;lia se moucha bruyamment. Elle se leva, se dirigea vers une sorte de caisson m&eacute;tallique qu'elle inspecta attentivement.  <P>- On ne peut pas dire que les rapports qu'ils entretiennent, ces Terriens, soient d'une grande simplicit&eacute;, conclut Lilarian.  <P>- Qu'est-ce qu'ils mijotent? Tu y comprends quelque chose, toi, Klairana?  <P>- Pas encore grand chose. J'ai sond&eacute; l'esprit de la femme, tandis qu'elle parlait. J'ai vu des images atroces: des b&eacute;b&eacute;s tout maigres et qui ressemblaient &agrave; des vieillards, des centaines de gens qui mourraient de maladies, des villes sans fin o&ugrave; s'entassaient un nombre incroyable de gens dans des tours pendant que d'autres dormaient dans les rues crasseuses et puantes...  <P>- Crois-tu qu'il y ait un rapport entre ces images et ce qu'ils veulent faire? Et pourquoi disent-ils que dans cinquante ans au plus, tout sera fini?  <P>- Je n'en suis pas encore certaine. Toutes les images dont la femme se rem&eacute;morait provenaient d'un &eacute;cran comme celui-l&agrave;. Peut-&ecirc;tre espionnent-ils leur monde tout entier par ce moyen? Celui-l&agrave; ne fonctionne pas. Ne peux-tu l'allumer, Giurdija?  <P>- Oui, voil&agrave;.  <P>- Oh, regarde, un homme qui vole, dit Lilarian.  <P>- Pourquoi est-il costum&eacute; ainsi, s'offusqua Klairana. Il a l'air compl&egrave;tement ridicule. Tu ne peux rien trouver d'autre, Giurdija?  <P>- Un instant! Tu en as de bonnes! Ce n'est pas parce que j'ai la m&ecirc;me apparence naturelle que les Terrien que j'en connais plus que vous de leurs machines.  <P>- Et cette petite bo&icirc;te noire, l&agrave;, que se passe-t-il si on appuie sur un de ses boutons?  <P>Les cha&icirc;nes d&eacute;fil&egrave;rent &agrave; toute allure.  <P>- Regardez, &ccedil;a ressemble &agrave; ce que C&eacute;lia pensait, s'exclama Klairana, levant un instant le doigt. C'est exactement cela...  <P>- Salut, les gars. Vous ne nous attendez pas d'habitude...  <P>Giurdija se retourna en sursaut. Trois homme v&ecirc;tus comme eux se trouvaient &agrave; l'entr&eacute;e de la pi&egrave;ce.  <P>- Non, mais nous avons pr&eacute;f&eacute;r&eacute; le faire aujourd'hui. Monsieur Colby trouve que c'est plus prudent depuis que le vieux Wilbur n'est plus l&agrave;...  <P>- Vous avez raison. Qu'est-ce que c'est mal foutu, ces horaires. Il suffirait &agrave; n'importe quel voyou d'&ecirc;tre au courant de cela pour qu'il puisse cambrioler peinard les bureaux de la moiti&eacute; de la ville. Enfin, c'est gentil &agrave; vous. N'esp&eacute;rez pas une augmentation pour autant. Vous connaissez le boss!  <P>- Oui, souffla Klairana.  <P>- Tiens... Bonjour jeune fille... Je ne savais pas que l'on recrutait des gardiens en jupons &agrave; pr&eacute;sent, dit l'homme en s'avan&ccedil;ant.  <P>- Si, coupa Giurdija en s'interposant entre eux. C'est une exp&eacute;rience pilote...  <P>- Ah l&agrave; l&agrave;, c'est pas &agrave; moi que &ccedil;a arriverait, une chance comme &ccedil;a, soupira le gros homme. Allez, la toute bonne nuit, M'sieurs Dame...  <P>Lorsqu'ils furent dehors, Klairana poussa un soupir de soulagement.  <P>- Tu as vu &ccedil;a, quel rustre! Je comprends mieux C&eacute;lia, &agrave; pr&eacute;sent. Ca doit &ecirc;tre horrible de vivre sur un monde pareil o&ugrave; l'on peut rencontrer ce genre d'individu &agrave; chaque coin de rue...  <P>- En tout cas, nous en savons assez pour entrevoir ce qu'ils veulent faire. C'est insens&eacute;! Comment ont-ils pu mettre au point un truc aussi dangereux?  <P>- Leurs rem&egrave;des sont &agrave; l'image de leurs maux, semble-t-il, terribles!  <P>- Que faisons-nous, Giurdija. En as-tu la moindre id&eacute;e?  <P>- Je penses que Tom pourrait &ecirc;tre un alli&eacute;. Il ne partage plus tout &agrave; fait l'opinion de C&eacute;lia, il sera plus vuln&eacute;rable. Si nous le retrouvions, nous pourrions lui parler. Peut-&ecirc;tre que si nous lui r&eacute;v&eacute;lions la v&eacute;rit&eacute; sur les plans, il renoncerait &agrave; ce projet et nous aiderait &agrave; convaincre les autres.  <P>- Mais nous n'avons pas le droit de leur parler des autres plans...  <P>- Ecoute, Klairana, il me semble que personne non plus n'ait le droit de venir et encore moins de s&eacute;journer sur des plans qui ne font pas partie de la ligue...  <P>- C'est exact.  <P>- Pourtant, nous sommes en train d'enfreindre cette r&egrave;gle et il m'&eacute;tonnerait que nous soyons les premiers, finit-il avec un sourire.  <P>- Pourquoi dis-tu &ccedil;a?  <P>- Pour rien, pour rien... Je me demande ce qu'a bien pu devenir le vieux Wilbur qui leur servait d'homme &agrave; tout faire!  <P>- Giurdija, ne me dis pas que...  <P><I>- Si Klairana, fit une voix grave et lointaine. Giurdija a raison. Je les surveille depuis quelques temps... Depuis le moment o&ugrave; tu as senti le danger...</I>  <P>La voix s'&eacute;teignit. Aucun d'entre eux ne trouva n&eacute;cessaire d'ajouter quoi que ce soit.  <P>- Ah, papa, tu es l&agrave;!  <P>- Jimmy, laisse au moins le temps &agrave; ton p&egrave;re de rentrer!  <P>- Bonsoir ma ch&eacute;rie. Et bien, Jimmy, qu'est-ce qui se passe?  <P>- Papa, j'ai vu Superman tout &agrave; l'heure.  <P>- Tu as regard&eacute; le feuilleton?  <P>- Non, papa. Je l'ai vu dans le ciel...  <P>- Ah?  <P>- Oui, il est pass&eacute; tout seul. Puis il y en a encore eu deux autres et...  <P>- Et quoi?  <P>- Ben je me demande si un des deux, c'&eacute;tait pas une fille.  <P>- Voyons, qu'est-ce qui te fait dire &ccedil;a?  <P>- Chais pas, p'pa, c'est une impression, c'est difficile &agrave; dire.  <P>- Et o&ugrave; se sont-ils envol&eacute;s, tes Supermen?  <P>- Ben justement, ils ont &eacute;t&eacute; vers ton bureau.  <P>- Mais c'est int&eacute;ressant, &ccedil;a, dis-moi.  <P>- Et tu ne les as pas vus?  <P>- Non, Jimmy, je suis d&eacute;sol&eacute;. Mais, au fait... Jimmy, va te mettre au lit, je dois donner un coup de t&eacute;l&eacute;phone et je viens t'embrasser.  <P>- Un probl&egrave;me, Tom?  <P>- Non, ch&eacute;rie. Il faut juste que je v&eacute;rifie quelque chose.  <P>Quelques instants apr&egrave;s, il vint la rejoindre dans la cuisine.  <P>- Tu sais, Sue, &ccedil;a va peut-&ecirc;tre te para&icirc;tre difficile &agrave; admettre, mais il se pourrait bien que Jimmy ait vu des hommes-volants?  <P>- Quoi?  <P>- Oui, enfin, des hommes qui volaient.  <P>- Ah bon, tu me rassures. Mais que se passe-t-il? Tu es tout p&acirc;le.  <P>- Tout &agrave; l'heure, en sortant du labo, je suis tomb&eacute; sur l'&eacute;quipe de surveillance. C'&eacute;taient des nouveaux qui faisaient un remplacement au pied lev&eacute;. Ils ne m'avaient pas l'air bien au courant de ce qu'ils devaient faire. Je les ai conduits au poste de garde et je suis revenu. Depuis tout &agrave; l'heure, je suis tracass&eacute; par quelque chose: ils &eacute;taient deux hommes et une femme et Jimmy m'a dit qu'il y avait une femme parmi les Supermen. Et bien, figure-toi que je viens de t&eacute;l&eacute;phoner &agrave; la centrale de surveillance et il m'ont dit qu'ils n'engageaient en aucun cas de femmes pour de tels jobs. J'&eacute;tais inquiet, alors, j'ai appel&eacute; le bureau. C'est un type qui m'a r&eacute;pondu. Il m'a dit que tout &eacute;tait calme, mais qu'ils avaient effectivement vu l'&eacute;quipe qui les pr&eacute;c&eacute;dait et qu'ils en rigolaient encore, &agrave; cause de la pr&eacute;sence d'une fille.  <P>- Qu'est-ce que cela veut dire?  <P>- Il se pourrait tr&egrave;s bien qu'une sorte de commando ait &eacute;t&eacute; parachut&eacute; sur le toit et se soit introduit dans nos locaux...  <P>- Tu vois que j'avais raison, papa, cria Jimmy en courant. Sauf pour une chose... Ils n'avaient pas de parachutes.  <P>- Jimmy, laisse ton p&egrave;re tranquille, ce n'est pas un jeu...  <P>- Mince, on sonne. Pas moyen de r&eacute;fl&eacute;chir une minute.  <P>- Calme-toi, Tom. Tout va bien &agrave; pr&eacute;sent, puisque le service de surveillance est arriv&eacute; et qu'ils n'ont rien remarqu&eacute; d'autre, dit Sue en se dirigeant vers la porte.  <P>- Tom, veux-tu venir un instant? Ces messieurs dames d&eacute;sirent te parler...  <P>- Qu'est-ce qu'ils veulent?  <P>Il s'arr&ecirc;ta net en apercevant Lilarian, Giurdija et Klairana toujours v&ecirc;tus des uniformes bleus. Il tenta de refermer la porte, mais Lilarian y avait d&eacute;j&agrave; gliss&eacute; le pied.  <P>- Que me voulez-vous? hoqueta Tom.  <P>- Ne vous inqui&eacute;tez pas, Monsieur Colby, dit Klairana avec un fort accent, nous ne vous voulons aucun mal...  <P>- Ch&eacute;rie, appelle imm&eacute;diatement la police, je...  <P>- N'ayez pas peur, nous ne sommes pas arm&eacute;s et nous d&eacute;sirons seulement vous parler.  <P>Plus personne ne bougeait. Klairana profita de ce moment d'accalmie pour contacter mentalement Tom. Celui-ci secoua la t&ecirc;te et dit comme &agrave; regret:  <P>- C'est bon, entrez.  <P>- Merci, Monsieur Colby, dit Lilarian en s'inclinant l&eacute;g&egrave;rement.  <P>- Papa, qui c'est? Pourquoi t'as eu peur?  <P>- Ce... ce sont des gens de mon travail, Jimmy. Je ne les avais pas reconnus...  <P>- C'est pas vrai, papa. Il a fallu que la dame te parle dans la t&ecirc;te pour que tu les laisses entrer.  <P>- Jimmy! intervint Sue, je t'interdis...  <P>- Laisse-le. Il a raison.  <P>- Excusez-moi d'avoir employ&eacute; ce moyen, dit Klairana. Il est vraiment tr&egrave;s important que nous puissions nous entretenir de certaines choses.  <P>- C'est &agrave; quel sujet?  <P>- Au sujet de votre grand projet, Monsieur Colby, dit Lilarian.  <P>- Soit. Sue, veux-tu conduire Jimmy dans sa chambre et rester pr&egrave;s de lui jusqu'&agrave; ce qu'il s'endorme... Nous ne devons pas &ecirc;tre d&eacute;rang&eacute;s.  <P>- Viens, Jimmy.  <P>- Dis, tu me raconteras, hein, papa.  <P>- Oui, oui. Va vite au lit, maintenant, sans quoi tu ne pourras pas te lever pour aller &agrave; l'&eacute;cole, demain matin.  <P>Giurdija soupira en entendant ce mot. Il comprenait tr&egrave;s bien que Jimmy soit plus int&eacute;ress&eacute; par eux que par les cours...  <P>- Je vous avoue que je ne comprends pas grand chose &agrave; votre charabia. Toutes ces histoires de plans et d'esp&egrave;ces diff&eacute;rentes que notre projet menacerait ne tient pas debout. Et puis, comment voulez-vous que je vous croie?  <P>- Ecoutez, Tom, si vous abaissiez un peu les barri&egrave;res mentales que vous avez &eacute;rig&eacute;es depuis tout &agrave; l'heure, nous pourrions vous permettre de visualiser tout ce dont nous parlons, dit Lilarian en se levant et en d&eacute;grafant sa tunique.  <P>- Mais, que faites-vous? dit Tom en se raidissant.  <P>- Ne vous inqui&eacute;tez pas. Si un de vos hommes c&eacute;l&egrave;bres a dit un jour qu'un petit dessin valait mieux qu'un long discours, je crois &ecirc;tre capable de vous prouver la v&eacute;racit&eacute; de nos dires en vous faisant une br&egrave;ve d&eacute;monstration qui n&eacute;cessite que je me d&eacute;barrasse de ces v&ecirc;tements. Nous n'avons pas de temps &agrave; perdre, Tom. Et nous devons vous convaincre... si nous voulons survivre.  <P>- Soit.  <P>Lilarian finit de se d&eacute;v&ecirc;tir en retrouva sa forme naturelle avec un soupir de soulagement.  <P>- Mon Dieu, s'exclama Tom. L'homme volant, l'homme volant que Jimmy a vu passer et planer vers mon bureau, c'&eacute;tait vous?  <P>- C'&eacute;tait nous trois, bien que Giurdija, dans sa forme premi&egrave;re soit tel que vous le voyez, un humain en tout point semblable &agrave; vous.  <P>- Mais comment se fait-il qu'il ait vol&eacute; tout &agrave; l'heure?  <P>- De la m&ecirc;me mani&egrave;re que je me suis pr&eacute;sent&eacute; &agrave; vous sous forme humaine. Voulez-vous que je vous montre d'autres formes de vie des autres plans?  <P>- Non, je... Ca ira comme &ccedil;a, je vous crois... M&ecirc;me si c'est dur &agrave; admettre.  <P>- Je le con&ccedil;ois parfaitement, dit Lilarian en se retournant et en reprenant l'apparence d'un Terrien avant d'enfiler l'uniforme bleu.  <P>- Enfin, soupira Klairana, nous pouvons en venir &agrave; l'essentiel. En quoi consiste r&eacute;ellement votre projet, Monsieur Colby?  <P>- Mais c'est que... annona Tom en regardant la porte de la chambre de son fils d'un oeil inquiet.  <P>- Votre femme n'est pas au courant, dit Giurdija.  <P>- Et bien non... Comment voulez-vous que je lui explique &ccedil;a? Elle ne comprendrait pas que c'est pour notre bien &agrave; tous.  <P>- C&eacute;lia semble en &ecirc;tre persuad&eacute;e, pourtant.  <P>- Oui, mais C&eacute;lia est une id&eacute;aliste sans attache, elle n'a rien &agrave; perdre dans cette op&eacute;ration, et tout &agrave; gagner!  <P>- Tout &agrave; gagner?  <P>- Oui, non seulement le monde dans lequel elle reviendrait serait meilleur, mais elle y recueillerait tous les honneurs...  <P>- En &ecirc;tes-vous bien s&ucirc;r, lan&ccedil;a Klairana en sondant rapidement l'esprit de Tom.  <P>- Je ne sais plus, fit il en baissant la t&ecirc;te et en rougissant. Mais C&eacute;lia l'est et ira jusqu'au bout, avec ou sans notre assentiment, vous pouvez me croire.  <P>- Nous vous croyons, Tom, et c'est pour cela que nous sommes l&agrave;. Expliquez-nous &agrave; pr&eacute;sent, proposa Lilarian.  <P>- Ne vous inqui&eacute;tez pas pour votre &eacute;pouse, Monsieur Colby, elle s'est assoupie aux c&ocirc;t&eacute;s de Jimmy, encouragea Klairana.  <P>Tom regarda Klairana d'un air incr&eacute;dule et se d&eacute;cida enfin:  <P>- Je ne sais pas quelle connaissance exacte vous avez de notre Terre. Et je me rends compte que vous aussi, vous allez devoir me croire sur parole.  <P>- Cela nous met &agrave; &eacute;galit&eacute;, approuva Giurdija.  <P>- Depuis un demi-si&egrave;cle, notre Terre est surpeupl&eacute;e. M&ecirc;me dans des pays comme le n&ocirc;tre, le taux de natalit&eacute; d&ucirc; en grande partie &agrave; l'&eacute;norme immigration venant des pays plus pauvres n'a cess&eacute; de cro&icirc;tre jusqu'&agrave; atteindre des proportions alarmantes. Les cit&eacute;s sont devenues tellement grandes que parfois, elles se rejoignent. Les terres cultiv&eacute;es se sont r&eacute;duites &agrave; des portions congrues et quant aux for&ecirc;ts, ma foi, il n'en reste plus que quelques &icirc;lots isol&eacute;s farouchement prot&eacute;g&eacute;s au point que nul ne puisse plus y p&eacute;n&eacute;trer et encore moins y vivre. Bref, notre monde est en train de s'&eacute;touffer. Pour pouvoir nourrir toutes ces bouches, l'industrie agro-alimentaire s'est d&eacute;velopp&eacute;e de fa&ccedil;on sauvage et les gouvernements ne sont plus que des trusts dirig&eacute;s par des industriels seulement soucieux de s'enrichir. C'est pourquoi, au m&eacute;pris de tout bon sens, les campagnes en faveur de la contraception ont disparu, surtout depuis que l'on peut gu&eacute;rir toutes les maladies sexuellement transmissibles. D'autre part, l'influence des religions, vers lesquelles se tournent de plus en plus de personnes, n'a fait qu'aggraver la situation. Ils seraient eux aussi pay&eacute;s par les multinationales qu'ils n'agiraient pas autrement. D'apr&egrave;s nos calculs, dans cinquante ans au plus, le point critique devrait &ecirc;tre atteint et l'industrie elle-m&ecirc;me ne pourra plus assumer l'alimentation de la population. Vous voyez d'ici ce que cela va donner: famines, guerres civiles, ins&eacute;curit&eacute; croissante...  <P>- J'imagine tr&egrave;s bien, soupira Klairana. Personne n'a-t-il r&eacute;alis&eacute; ce qui allait in&eacute;vitablement se produire?  <P>- Certes si. Au d&eacute;but de notre projet, nous avons contact&eacute; des membres du gouvernement. Mais que voulez-vous, m&ecirc;me ceux qui sont de bonne volont&eacute; voient toutes leurs initiatives &eacute;touff&eacute;es dans l'oeuf pour "Raison d'Etat".  <P>- Et vous avez d&eacute;cid&eacute; de poursuivre seuls...  <P>- C'est exact. Gr&acirc;ce aux quelques alli&eacute;s qui nous restaient et sous couvert de recherche a&eacute;ronautique d'un type nouveau, nous avons recueilli assez de capitaux.  <P>- Et quel est ce projet, Monsieur Colby? l'interrogea Klairana en plongeant ses yeux dans les siens afin de s'assurer qu'il ne mentirait pas.  <P>- D&eacute;truire le Gondwana.  <P>- Le Gondwana?  <P>- Oui, grogna Lilarian, devant la mine &eacute;bahie de Giurdija, le continent initial.  <P>- Mais, comment peuvent-ils le faire? Ils ne savent m&ecirc;me pas quel est le premier plan, il leur serait impossible de remonter aussi loin dans le temps!  <P>- A votre fa&ccedil;on, non, bien s&ucirc;r, admit Tom. Mais pas en se servant de notre technologie...  <P>- Que voulez-vous dire exactement?  <P>- Et bien, l'appareil autour duquel vous nous avez vu nous affairer tout &agrave; l'heure permettra de remonter dans le temps jusqu'&agrave; la p&eacute;riode de notre choix et de transporter avec nous les masses explosives atomiques n&eacute;cessaires &agrave; mettre en pi&egrave;ce la plus grande partie du vieux continent...  <P>- Mais, c'est une folie! s'exclama Giurdija! Qu'esp&eacute;rez vous en commettant un acte aussi d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;?  <P>- C'est tr&egrave;s simple. En fait, nous pensions diminuer la surface des terres &eacute;mergeantes et les disperser, de sorte que l'&eacute;volution se ferait &agrave; moins grande &eacute;chelle, je veux dire, avec un nombre restreint d'individus et que nous n'arriverions jamais &agrave; un niveau de population tel que nous le connaissons aujourd'hui.  <P>- Et vous n'avez pas pens&eacute; que, sur de si petites surfaces, le probl&egrave;me allait &ecirc;tre plus crucial encore?  <P>- Si, naturellement. Mais d'apr&egrave;s nos calculs, les crises &eacute;tant d'autant plus aigu&euml;s, elles se seraient pr&eacute;sent&eacute;es plus rapidement et auraient sans doute d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; r&eacute;solues &agrave; notre &eacute;poque.  <P>- Et vous esp&eacute;riez &ecirc;tre encore en vie pour v&eacute;rifier si vos calculs sont exacts?  <P>- Je sais ce que vous pensez: les probabilit&eacute;s sont extr&ecirc;mement minces, mais elles existent!  <P>- Excusez-moi de vous d&eacute;tromper, Monsieur Colby, dit Klairana qui &eacute;tait soudain devenue tr&egrave;s p&acirc;le, vous faites absolument fausse route. Si vous modifiez l'histoire dans une p&eacute;riode pr&eacute;c&eacute;dant l'&eacute;mergence des plans, rien, nulle part, ne sera plus jamais le m&ecirc;me. Vous ne serez jamais n&eacute;s... et nous non plus.  <P>- Comment pouvez-vous en &ecirc;tre certaine?  <P>- Vous allez tellement r&eacute;duire le capital g&eacute;n&eacute;tique initial qu'il sera impossible que vous obteniez seulement le millioni&egrave;me de la diversit&eacute; qui existe aujourd'hui, sur votre plan ou dans les autres...  <P>Sentant les barri&egrave;res mentales de Tom plus fragiles que jamais, Klairana d&eacute;versa avec violence ses visions pr&eacute;monitoires, auxquelles elle ajouta sans le moindre remords une projection de ce serait la vie sur la Terre. Tom &eacute;clata en sanglots. Sue, &eacute;veill&eacute;e par l'incident accourut.  <P>- Tom, qu'est-ce qu'il t'ont fait?  <P>- Rien, ma ch&eacute;rie, dit il en reniflant. Ils m'ont fait r&eacute;aliser ce que j'allais faire...  <P>- Explique moi, Tom, je n'y comprends rien.  <P>Devant le regard d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; de Tom, Klairana envoya des influx apaisants et lui proposa de laisser croire &agrave; Sue que leur mission spatiale courrait un grave danger.  <P>- Oh, mais c'est terrible, fit Sue lorsqu'il eut suivi la suggestion de Klairana. Et pour quand &eacute;tait le lancement?  <P>- Pour demain soir.  <P>- Mais il n'y a pas un instant &agrave; perdre, s'&eacute;cria-t-elle.  <P>- Je suis enti&egrave;rement d'accord avec vous, Madame, conclut Lilarian avec un sourire triste.  <P>Bien qu'ils n'&eacute;prouvassent aucun enthousiasme &agrave; s'entasser dans la minuscule voiture de Tom, ils s'y cas&egrave;rent tant bien que mal et partirent pour le laboratoire.  <P>- Ca aussi, c'est le fruit de votre technologie? grommela Lilarian apr&egrave;s que sa t&ecirc;te eut heurt&eacute; trois fois de suite le plafond.  <P>- Sois s&eacute;rieux, Lilarian, coupa Klairana. Nous n'avons pas encore eu le temps de d&eacute;cider quoi que ce soit quant &agrave; la fa&ccedil;on dont nous allons nous y prendre...  <P>- Et je crois qu'il faudra compter avec C&eacute;lia, soupira Tom, en prenant un virage trop serr&eacute;.  <P>- Chaque chose en son temps pour vous, geignit Lilarian. Laissez-nous les initiatives et contentez-vous de nous conduire &agrave; bon port!  <P>- Au moins nous savons &agrave; pr&eacute;sent pourquoi c'est toi, Giurdija, et non l'un des n&ocirc;tres qui est n&eacute;cessaire &agrave; la sauvegarde de nos mondes...  <P>- Tu en as de la chance de le savoir, remarqua Giurdija. Si tu m'expliquais?  <P>- Je veux bien, mais je sens que tu vas encore mal le prendre.  <P>- Oh, je crois que j'en ai d&eacute;j&agrave; entendu d'autres, depuis que je vous connais, dit-il, en se serrant encore davantage contre elle.  <P>- Soit. Et bien, admettons qu'il faille intervenir sur le Gondwana m&ecirc;me.  <P>- Tes perspectives ne me r&eacute;jouissent gu&egrave;re, en effet, dit il en fr&eacute;missant.  <P>- Laisse-moi continuer. Il nous est totalement impossible, &agrave; Lilarian et &agrave; moi, d'aller sur le Gondwana. M&ecirc;me Chrypsis ne s'y est pas risqu&eacute;, fit-elle sans pouvoir retenir un sourire.  <P>- Cela doit &ecirc;tre terriblement dangereux pour vous, souffla Giurdija, pas tr&egrave;s &agrave; l'aise.  <P>- Dangereux n'est pas le mot, intervint Lilarian, irritant, plut&ocirc;t.  <P>- Irritant?  <P>- Tu n'as &eacute;videmment pas eu le temps de bien observer notre monde, Giurdija. Mais tu aurais pu constater que l'on n'y trouve nulle trace de foug&egrave;res.  <P>- Quel rapport tout cela a-t-il?  <P>- Et bien, nous sommes absolument allergiques aux spores des foug&egrave;res. Cela peut te para&icirc;tre idiot, mais nous n'avons trouv&eacute; d'autre rem&egrave;de aux d&eacute;mangeaisons et aux crises d'asthme parfois mortelles qu'elles entra&icirc;naient qu'en &eacute;radiquant totalement les rares esp&egrave;ces qui se trouvaient chez nous.  <P>- Quel rapport avec le Gondwana?  <P>- Le Gondwana se situe, dans le temps, en pleine &egrave;re secondaire. Si ce sont les grands sauriens qui dominent la plan&egrave;te &agrave; ce moment-l&agrave;, les arbres sont en grande majorit&eacute; de grandes foug&egrave;res arborescentes. Respirer leurs spores serait fatal au plus immunis&eacute; d'entre nous!  <P>Giurdija se mit &agrave; rire tellement fort que la petite voiture fut agit&eacute;e de sursauts.  <P>- J'avais imagin&eacute; toutes les raisons, des plus glorieuses au plus ridicules, mais &ccedil;a, &ccedil;a d&eacute;passe tout!  <P>Lorsque Tom arr&ecirc;ta son automobile devant la tour &agrave; pr&eacute;sent obscure, ils n'avaient toujours pas la moindre id&eacute;e de la fa&ccedil;on d'agir. Pourtant Giurdija, Klairana et Lilarian &eacute;taient certains qu'il ne serait pas trop difficile de persuader les membres de l'&eacute;quipe de renoncer &agrave; leur projet... &agrave; une exception pr&egrave;s: C&eacute;lia. Ils avaient tous trois per&ccedil;u en elle la d&eacute;termination d'une personne proche du d&eacute;sespoir. Ce n'&eacute;taient plus les bons sentiments qu'ils allaient devoir combattre, mais des sentiments obscurs et indicibles qui leur &eacute;taient totalement &eacute;trangers..  <P>- A quoi penses-tu, Lilarian? lui souffla Klairana  <P>- A cette jeune femme... J'ai une appr&eacute;hension.  <P>- Laquelle?  <P>- Elle n'est plus l&agrave;...  <P>- Venez, vite, Tom. Il se passe quelque chose d'anormal.  <P>- Vous croyez, tout est calme pourtant...  <P>- Venez, je vous en conjure. Nous arrivons peut-&ecirc;tre d&eacute;j&agrave; trop tard!  <P>Ignorant les visages &eacute;bahis des gardes voyant la troupe de leurs pr&eacute;d&eacute;cesseurs revenir au galop suivis tant bien que mal par Tom, ils fonc&egrave;rent dans l'ascenseur.  <P>- Que vos technologies sont lentes, soupira Lilarian. Sans les apparences &agrave; sauvegarder, nous y serions d&eacute;j&agrave;!  <P>- Nous faisons ce que nous pouvons avec nos moyens, fit Tom, comme pour s'excuser.  <P>- Je crains d'ailleurs que vous n'en ayez un peu trop fait...  <P>La porte s'ouvrit et Tom, stup&eacute;fait se retrouva seul. Il entendit leurs voix qui s'&eacute;levaient d&eacute;j&agrave; dans la salle de contr&ocirc;le.  <P>- Impossible de le r&eacute;veiller, disait Klairana  <P>- Elle l'aura sans doute drogu&eacute;. Regardez, il y a un d&eacute;p&ocirc;t au fond de cette tasse...  <P>- Et oui, le vieux Wilbur n'&eacute;tait pas l&agrave; pour veiller au grain...  <P>- <I>D&eacute;trompez-vous, leur r&eacute;pondit Chrypsis, je peux vous dire exactement o&ugrave; notre oiseau s'est pos&eacute;.</I>  <P>- Quoi, elle est partie? sursauta Giurdija. Mais, ... je... Ca n'&eacute;tait pr&eacute;vu que pour demain...  <P>- Tu dois y aller, dit Lilarian en secouant Giurdija et en l'obligeant &agrave; le regarder dans les yeux.  <P>- Mais comment? g&eacute;mit le jeune homme en d&eacute;signant l'espace vide laiss&eacute; par le d&eacute;part anticip&eacute; de C&eacute;lia.  <P>- Laisse-moi faire, Lilarian, il n'y a pas de honte &agrave; avoir quelques craintes en de telles circonstances, lui murmura Klairana.  <P>Tom arrivait, perplexe et essouffl&eacute;.  <P>- Ne me dites pas que...  <P>- Si, Tom, C&eacute;lia a drogu&eacute; Jack et l'oiseau s'est envol&eacute;..., dit Lilarian en le prenant autoritairement par le bras. Et si nous avons nos propres m&eacute;thodes pour savoir o&ugrave; elle est, je pr&eacute;f&eacute;rerais que vous le v&eacute;rifiiez sur vos engins, ajouta-t-il en pensant qu'il fallait imm&eacute;diatement l'absorber dans quelque t&acirc;che avant qu'il se mette &agrave; paniquer, lui aussi.  <P>A peine Tom eut-il fini ses calculs que Giurdija et Klairana revenaient. Il avait rev&ecirc;tu une sorte de combinaison spatiale m&eacute;tallis&eacute;e qui lui donnait vaguement l'air d'un chevalier en armure.  <P>- Vous croyez que cela sera n&eacute;cessaire? s'enquit Lilarian.  <P>- <I>Deux pr&eacute;cautions valent mieux qu'une, r&eacute;pondit Chrypsis, d'ailleurs, lis-moi les calculs que vient de faire Tom.</I>  <P><I>- Tu plaisantes?</I>  <P><I>- Absolument pas.</I>  <P>Lilarian, perplexe, transmit la longue liste des informations chiffr&eacute;es &agrave; Chrypsis en quelques secondes.  <P>-<I> Fort bien, cela confirme mes propres donn&eacute;es. Aurais-tu oubli&eacute;, Lilarian que je ne suis jamais all&eacute; sur le Gondwana?</I>  <P>Klairana ne put s'emp&ecirc;cher de pouffer. Elle aurait aussi bien pu fondre en larmes. L'id&eacute;e d'envoyer son Giurdija dans un univers o&ugrave; il leur serait presque impossible d'intervenir alors qu'il n'avait qu'un entra&icirc;nement &eacute;l&eacute;mentaire la remplissait d'un effroi qu'elle tentait &agrave; tout prix &agrave; dissimuler. Le regard r&eacute;probateur que lui lan&ccedil;a Lilarian lui apprit qu'elle n'y parvenait gu&egrave;re. Elle se mordit la l&egrave;vre.  <P>- Et maintenant, s'enquit-elle?  <P>- <I>Maintenant, dit Chrypsis, demandez au terrien de s'asseoir dans un coin et de n'en bouger &agrave; aucun prix. Il ne faudrait pas qu'il risque de vous perturber. Dites-lui aussi qu'il se d&eacute;brouille pour emp&ecirc;cher toute intervention ext&eacute;rieure. Bien. Lilarian et Klairana, placez Giurdija entre vous. Voil&agrave;.</I>  <P>Giurdija sentit leurs quatre esprits se river les uns aux autres. Chacun sut intimement ce qu'&eacute;prouvaient les autres. Il en eut un bref vertige, puis sentit l'esprit de Chrypsis visualiser l'endroit o&ugrave; se trouvait C&eacute;lia. Sur une lande mar&eacute;cageuse, il vit l'appareil de m&eacute;tal fumant s'enfoncer inexorablement dans les sables mouvants. Il n'eut pas le temps de penser aux cons&eacute;quences que cela pourrait avoir. Il entendit <B><I>L&agrave;, maintenant!</I></B> et se retrouva au sein d'une spirale tourbillonnante. L'obscurit&eacute; &eacute;tait totale et pourtant, il sentait la pr&eacute;sence de ses amis qui l'aidaient &agrave; arriver &agrave; bon port. Rassur&eacute;, il se rem&eacute;mora l'endroit qu'il avait vu et se concentra sur une bande de terre qui lui avait paru ferme. Il ne fut m&ecirc;me pas &eacute;tonn&eacute; de s'y retrouver sans transition.  <P>- <I>Parfait, Giurdija! exulta Klairana. Localise C&eacute;lia et les charges &agrave; pr&eacute;sent. Est-elle encore dans l'appareil?</I>  <P><I>- Non, je vois des traces de pas s'enfon&ccedil;ant profond&eacute;ment dans la boue. Elle est partie dans cette direction. Bon sang, depuis combien de temps est-elle l&agrave;? N'aurais-je pas d&ucirc; arriver plus t&ocirc;t?</I>  <P><I>- Ne panique pas, Giurdija. Aie confiance en toi. D'apr&egrave;s les calculs de Tom, C&eacute;lia a d&eacute;vi&eacute; de plusieurs kilom&egrave;tres par rapport &agrave; son point d'atterrissage initial. Elle n'a pas pu emporter toutes les charges.</I>  <P>Tom s'agita sur sa chaise. Le transporteur anti-gravit&eacute;, il fallait les pr&eacute;venir. Mais comment? Il ne r&eacute;alisait m&ecirc;me pas qu'il entendait leur conversation muette, comme s'il avait &eacute;t&eacute; l'un des leurs.  <P>- <I>Je ne comprends pas, les traces s'arr&ecirc;tent tout &agrave; coup, dit Giurdija.</I>  <P><I>- Merde, entendit-il distinctement.</I>  <P><I>- Klairana, qu'est-ce que c'est? Qui a jur&eacute;?</I>  <P><I>- C'est Tom, je ne comprends pas comment il a pu...</I>  <P><I>- Tom, calmez-vous, lui intima Lilarian.</I>  <P><I>- Me calmer... Vous en avez de bonnes! Elle a utilis&eacute; l'anti-grav, voil&agrave; ce qui se passe. Elle est peut-&ecirc;tre d&eacute;j&agrave; parvenue &agrave; l'endroit convenu et avec le totalit&eacute; des charges...</I>  <P><I>- Merci de vos informations, Tom. Mais de gr&acirc;ce, essayez de ne plus intervenir aussi brutalement, nous aurions pu perdre le contact.</I>  <P><I>- Et qu'est-ce que je fais, moi, maintenant, s'impatienta Giurdija.</I>  <P><I>- Rien, dit Chrypsis.</I>  <P>Et une image tr&egrave;s nette se forma dans leurs esprit, &agrave; tous les cinq. Dans une immense for&ecirc;t de foug&egrave;res arborescentes, ils distingu&egrave;rent la fr&ecirc;le silhouette de C&eacute;lia. A peine eut-il le temps de prendre une respiration que Giurdija apparut devant elle.  <P>- <I>Un peu pr&egrave;s, peut-&ecirc;tre? eut-il le temps de transmettre.</I>  <P>- Qui &ecirc;tes-vous? comment &ecirc;tes-vous arriv&eacute; ici? dit C&eacute;lia en se reculant dans un mouvement de d&eacute;fiance.  <P>- Je suis venu vous sauver, C&eacute;lia, vous et les mondes...  <P><I>- </I>Il ne manquait plus qu'un messie, cracha-t-elle, les yeux pleins de m&eacute;pris. Il est trop tard... Je n'ai plus qu'&agrave; enfoncer ce bouton et tout sera fini.  <P>- <I>C&eacute;lia, hurla Tom sans se rendre compte qu'elle ne pouvait pas l'entendre, tu devais utiliser le d&eacute;clenchement par minuterie, qu'est-ce qui te prend?</I>  <P>Le cri de Tom avertit au moins Giurdija que C&eacute;lia continuait &agrave; agir de son propre chef, au m&eacute;pris de toutes les consignes de s&eacute;curit&eacute;.  <P>- Vous n'avez donc pas envie de retourner d'o&ugrave; vous venez...  <P>- Certainement pas, jeta-t-elle avec d&eacute;dain. Peu m'importe ce qui arrivera. Il fallait que &ccedil;a se produise. Et pour moi, tout est fini...  <P>Un craquement retentit. Giurdija raidit ses muscles en s'imaginant voir sortir de nulle part un tyrannosaure qui ne ferait d'eux qu'une bouch&eacute;e. Un petit animal velu, de la taille d'un gros rat, se faufila et vint se placer entre eux, aussi confiant que curieux. C&eacute;lia ne semblait pas l'avoir vu, elle avait les yeux vides et bien au-del&agrave; du monde fabuleux qui l'entourait. Giurdija sut qu'il n'avait rien &agrave; craindre d'elle dans les instants &agrave; venir. Il regarda le petit animal. Il lui sembla entendre prononcer distinctement "<I>Bubka</I>" dans son esprit et interrogea ses amis.  <P>- <I>Tu as bien entendu, Giurdija. Nous aussi, d'ailleurs. Je ne comprends pas, c'est contraire &agrave; tout ce que nous croyions savoir de ces temps-l&agrave;, r&eacute;pondit Klairana en une fraction de seconde.</I>  <P>Le petit animal se mit sur ses pattes arri&egrave;res. Il &eacute;tait tellement insignifiant dans ce d&eacute;cor titanesque qu'il en &eacute;tait touchant. Giurdija, ayant jet&eacute; un oeil &agrave; C&eacute;lia toujours immobile s'accroupit et tendit les mains en pronon&ccedil;ant mentalement "<I>Bubka</I>". Le quadrup&egrave;de pencha curieusement la t&ecirc;te de c&ocirc;t&eacute;. A ce moment pr&eacute;cis, la jeune femme sortit de sa torpeur. Bubka sautant avec une &eacute;tonnante agilit&eacute; grimpa sur Giurdija et d&eacute;fit sa fermeture &eacute;clair avant de s'enfouir dans sa combinaison...  <P>- <I>Je pr&eacute;f&egrave;re qu'elle ne me voie pas</I>  <P><I>- Pourquoi? </I>interrogea Giurdija, &agrave; peine &eacute;tonn&eacute;.  <P>- <I>J'&eacute;tais parvenu &agrave; l'immobiliser un instant, mais elle est tr&egrave;s forte et ses pens&eacute;es sont tr&egrave;s noires. Je ne serais pas s&ucirc;r de pouvoir l'arr&ecirc;ter, si elle me voulait du mal. Et d'ailleurs, elle m'en veut, comme elle en veut &agrave; tout le monde...</I>  <P>C&eacute;lia s'&eacute;broua, comme au sortir d'un somme.  <P>- Que s'est-il pass&eacute;? Que m'avez-vous fait?  <P>- Rien, absolument rien, r&eacute;torqua Giurdija pressentant qu'il devait absolument gagner du temps et persuader Bubka de l'aider, malgr&eacute; ses craintes.  <P>- <I>Tu crois vraiment</I>, fit la petite cr&eacute;ature.  <P>- <I>Tu es un rongeur, oui ou non? s'enquit-il.</I>  <P><I>- Oui, mais il n'y a pas de fil &agrave; ronger...</I>  <P><I>- Tu as compris ce qui se passe?</I>  <P><I>- Pas tout, mais assez pour &ecirc;tre alert&eacute;.</I>  <P><I>- Ne peux-tu rien faire?</I>  <P><I>- Si, mais c'est toi qui vas devoir lui arracher &ccedil;a des mains</I>, termina Bubka en lui d&eacute;signant mentalement le d&eacute;tonateur.  <P>- Qu'avez-vous &agrave; me d&eacute;visager ainsi? Vous n'avez pas r&eacute;pondu &agrave; mes questions.  <P>- Si nous nous asseyions bien tranquillement, je vous expliquerais volontiers, fit-il, apaisant.  <P>- Asseyez-vous si &ccedil;a vous chante, je suis plus &agrave; l'aise debout.  <P>Elle lan&ccedil;ait des regards anxieux autour d'elle. Giurdija fit mine de s'asseoir et &agrave; ce moment pr&eacute;cis, un rugissement titanesque retentit. Profitant de la diversion, Giurdija plongea sur C&eacute;lia et lui retint le pouce juste avant qu'elle ait le temps d'enfoncer le bouton. Il dut lui tordre le poignet pour lui faire l&acirc;cher le bo&icirc;tier.  <P>- <I>Tom, qu'est-ce que j'en fais, je le lance?</I>  <P><I>- Non, il risquerait de se d&eacute;clencher tout seul...</I>  <P><I>- OK, je vous l'envoie, je ne vais pas pouvoir longtemps maintenir C&eacute;lia. Pr&ecirc;ts?</I>  <P><I>- Pr&ecirc;ts.</I>  <P>L'objet disparut instantan&eacute;ment de le main de Giurdija qui, un instant distrait, fut brutalement renvers&eacute; par C&eacute;lia, qui se releva, ivre de rage.  <P>- Qu'en as-tu fait? hurla-t-elle en lui d&eacute;cochant un coup de pied dans l'estomac manquant de peu Bubka qui &eacute;mit un petit couinement.  <P>Giurdija &eacute;tait moins paralys&eacute; de douleur que de terreur. Au-dessus de la jeune femme se dressait un monstre gigantesque dont le long cou s'agitait tel un serpent.  <P>- <I>Bubka, tu l'as fait venir, fais-le repartir, &agrave; pr&eacute;sent!</I>  <P><I>- Je veux bien, moi, mais il est curieux et n'a jamais vu de cr&eacute;atures comme vous. Note qu'il n'est pas carnivore...</I>  <P><I>- Je te remercie de me l'apprendre.</I>  <P>- C&eacute;lia, attention, hurla-t-il en lui d&eacute;signant un point devant lui.  <P>- Si c'est encore une de vos ruses...  <P>- Je vous en prie, regardez.  <P>Elle se retourna et il en profita pour la prendre par la main et l'entra&icirc;ner dans une course folle.  <P>- <I>Eh bien, tu as encore peur, ricana Bubka?</I>  <P><I>- Je le trouve un peu gros &agrave; mon go&ucirc;t, je te l'avoue. Mais surtout, j'essaie de gagner la confiance de C&eacute;lia pour pouvoir la ramener d'o&ugrave; elle vient.</I>  <P><I>- Je ne serais pas d'ici, je crois que je ne tenterais rien pour l'emmener avec moi.</I>  <P>Ils trouv&egrave;rent abri sous une saillie rocheuse sous laquelle ils s'accroupirent.  <P>- C'est termin&eacute;, C&eacute;lia. Tout danger est &eacute;cart&eacute;. Nous allons retourner sur la Terre &agrave; pr&eacute;sent.  <P>Elle se raidit:  <P>- Non, vous, vous allez retourner d'o&ugrave; vous venez. Moi, je n'en ai plus aucun moyen, m&ecirc;me si je le d&eacute;sirais...  <P>- Je n'ai pas le temps de tenir compte de vos &eacute;tats d'&acirc;me, d'autres monstres peuvent surgir...  <P>Et &agrave; l'adresse de Bubka: "<I>Pas d'exc&egrave;s de z&egrave;le, hein!</I>"  <P>- Cela m'est &eacute;gal... J'ai tout perdu, m&ecirc;me l'espoir de ne jamais avoir exist&eacute; dans le futur. Laissez-moi ici. Partez!  <P>- Ne m'obligez pas &agrave; &ecirc;tre brutal, C&eacute;lia.  <P>Et &agrave; Bubka: "<I>Maintenant</I>"  <P>Profitant de l'instant de paralysie provoqu&eacute; par le petit animal, il la prit dans ses bras, sans avoir le temps d'entendre l'avertissement lanc&eacute; par Klairana.  <P>- Si j'avais su, dit tristement Giurdija. Je voulais vraiment la sauver...  <P>- Tu n'as pas pens&eacute; que quelqu'un d'aussi mal dans sa peau et d'aussi obstin&eacute;ment cart&eacute;sien qu'elle ne connaissait m&ecirc;me pas le premier niveau... Ce n'est pas ta faute, c'est tellement naturel pour toi...  <P>- <I>Et pour moi aussi, heureusement...</I>  <P><I>- </I>Bubka?  <P>- <I>Evidemment, Bubka, grin&ccedil;a une petite voix.</I>  <P>Il pointa le bout de son museau mobile hors de la combinaison de Giurdija.  <P>- <I>Je ne crois pas que je pourrai me plaire ici. Je ne croyais pas que ton plan &eacute;tait comme &ccedil;a...</I>  <P>- Il ne l'est pas non plus... Je vais t'expliquer...  <P>- Pas maintenant. Nous devons trouver rapidement une mise en sc&egrave;ne plausible &agrave; la mort de C&eacute;lia, sans quoi Tom et son &eacute;quipe auront de s&eacute;rieux probl&egrave;mes, coupa Lilarian en recouvrant le corps inanim&eacute; d'une b&acirc;che.  <P>- Et si nous faisions simplement dispara&icirc;tre le corps?  <P>- Il y aurait malgr&eacute; tout une enqu&ecirc;te, dit Tom en se mouchant. Ah, pourquoi cela a-t-il d&ucirc; finir comme &ccedil;a?  <P>- Ce n'est pas le moment d'&eacute;piloguer, coupa Klairana. <I>Chrypsis, qu'en penses-tu?</I>  <P><I>- Ramenons l'appareil et d&eacute;posons-l&agrave; dedans...</I>  <P><I>- Excellente id&eacute;e, souligna Giurdija. </I>Et &agrave; l'adresse de Tom: nous avions pr&eacute;text&eacute; &agrave; votre femme d'un danger couru par votre &eacute;quipe, voil&agrave; l'occasion de se servir de notre alibi!  <P>- Vous n'&ecirc;tes pas oblig&eacute; de me parler &agrave; haute voix...  <P>- Excusez-moi, je n'ai pas encore l'habitude que vous m'entendiez...  <P>- Heureusement que C&eacute;lia avait s&eacute;v&egrave;rement drogu&eacute; Jack. On dirait qu'elle avait tout pr&eacute;vu...  <P>- Sa volont&eacute; s'est r&eacute;alis&eacute;e, Giurdija. Tu n'as pas &agrave; te culpabiliser.  <P>- Voil&agrave;, dit Giurdija en finissant d'essuyer l'appareil qu'ils avaient d&eacute;barrass&eacute; de la boue dont il &eacute;tait couvert. Nous pouvons y aller &agrave; pr&eacute;sent.  <P>- <I>D&eacute;j&agrave;?</I> se fit Tom &agrave; lui-m&ecirc;me.  <P>- Vous allez devoir alerter la police et nous pr&eacute;f&eacute;rons &eacute;viter leurs questions, lui r&eacute;pondit Lilarian.  <P>Tom sursauta, s'il les avait contact&eacute;s tout &agrave; l'heure le plus naturellement du monde, il s'&eacute;tonnait &agrave; pr&eacute;sent que ce ph&eacute;nom&egrave;ne persiste m&ecirc;me s'il en &eacute;tait tr&egrave;s fier.  <P>- Nous reverrons-nous? s'enquit-il avec un pincement au coeur.  <P>- C'est &agrave; vous d'en d&eacute;cider. Vous savez comment nous joindre... Et peut-&ecirc;tre pourrions-nous vous aider &agrave; sortir du chaos auquel votre Terre est actuellement destin&eacute;e...  <P>- Vous feriez &ccedil;a?  <P>- Si c'est en notre pouvoir, pourquoi pas?  <P>- J'imagine bien que le conseil ne sera pas enchant&eacute; outre mesure que nous ne respections pas les proc&eacute;dures classiques, ajouta Klairana. Mais nous avons agi par n&eacute;cessit&eacute;... Les mondes sont inchang&eacute;s et vous vous &ecirc;tes r&eacute;v&eacute;l&eacute; un t&eacute;l&eacute;pathe tr&egrave;s puissant, Tom. Il y en a certainement beaucoup d'autres ici bas. C'est &agrave; vous d'agir, &agrave; pr&eacute;sent, m&ecirc;me si les m&eacute;thodes sont diff&eacute;rentes, rien n'est vraiment diff&eacute;rent pour vous...  <P>- Vous avez raison. Tout cela est si nouveau pour moi...  <P>- Ne vous inqui&eacute;tez pas, bient&ocirc;t, vous serez familiaris&eacute; avec tout cela et peut-&ecirc;tre pourrez-vous nous rendre visite...  <P>- Vous croyez? Et je pourrai emmener Sue et Jimmy avec moi?  <P>- Pas au d&eacute;but, mais je n'y vois pas d'objection, s'ils sont assez r&eacute;ceptifs. Il vous sera n&eacute;anmoins demand&eacute; la plus grande discr&eacute;tion quant &agrave; tout ceci. Peu de gens de votre monde sont d&eacute;j&agrave; pr&ecirc;ts pour de telles perspectives.  <P>- Parfois les horizons trop vastes ont tendance &agrave; donner le vertige, dit Giurdija en passant la main autour de la taille de Klairana.  <P>- <I>Etes-vous pr&ecirc;ts? interrogea Chrypsis?</I>  <P><I>- Nous le sommes.</I>  <P>Tom aurait voulu leur poser encore quelques questions, mais ils avaient d&eacute;j&agrave; disparu. Le labo ne portait aucune trace de leur passage. C'est vrai, il ne lui servirait &agrave; rien de parler d'eux, sans quoi, on le prendrait pour un fou et on l'emp&ecirc;cherait de poursuivre sa mission. Sa mission, quel mot p&eacute;dant! Il &eacute;tait seulement l&agrave; o&ugrave; il avait eu la chance de se trouver et ce n'&eacute;tait jamais que l'affaire du hasard si tout &ccedil;a lui &eacute;tait arriv&eacute;.  <P>- <I>Nous ne croyons pas au hasard...</I> entendit-il en &eacute;cho lointain.  <P>Galvanis&eacute; par leur pr&eacute;sence secr&egrave;te, il regarda sa montre et d&eacute;crocha le t&eacute;l&eacute;phone. L'&eacute;quipe de surveillance de nuit devait &ecirc;tre partie, il avait environ deux heures avant l'arriv&eacute;e de la suivante et de ses coll&egrave;gues...  <P>Giurdija paressait dans la baignoire. Dire qu'il allait lui falloir repartir... et pour arriver o&ugrave;, ou plut&ocirc;t quand?  <P>- Ne t'inqui&egrave;te pas, lui souffla Klairana &agrave; l'oreille. Chrypsis m'avait dit qu'il arrangerait tout pour qu'on ne s'aper&ccedil;oive m&ecirc;me pas de ton d&eacute;part...  <P>- C'est impossible. Tu m'avais dit toi-m&ecirc;me que l'on ne pouvait pas bouleverser le cours du temps et que je devrais peut-&ecirc;tre me r&eacute;soudre &agrave; rentrer dans une &eacute;poque totalement diff&eacute;rente.  <P>- C'&eacute;tait un risque r&eacute;el, Giurdija. Et je ne pouvais te le dissimuler. Mais tu verras, tout se passera bien gr&acirc;ce &agrave; ce bricoleur de g&eacute;nie de Chrypsis...  <P>- Je ne veux pas partir, Klairana, je veux rester pr&egrave;s de toi...  <P>- J'aimerais que tu restes, dit-elle en l'embrassant tendrement. Ce n'est pas possible pour l'instant, ni &agrave; long terme, tu le sais. Nous pourrons rester en contact et nous nous reverrons tr&egrave;s souvent, je l'esp&egrave;re. Il n'emp&ecirc;che que tu es forc&eacute; de rentrer chez toi et de reprendre ta vie comme si de rien n'&eacute;tait.  <P>- Crois-tu que ce soit si facile, grogna-t-il. J'ai tant appris &agrave; votre contact que j'ai l'impression d'avoir vieilli de mille ans...  <P>- Tu sais comme moi que tout cela est &eacute;crit. Pour ton monde, il faut que tu soies le Giurdija qu'ils ont connu. Plus tard, ils pourront apprendre et reconna&icirc;tre ta valeur. Laisse au conseil le temps de d&eacute;canter tout cela. En tout cas, tu ne te portes pas mal pour un vieillard miteux, r&eacute;torqua-t-elle en se penchant dangereusement vers lui.  <P>- Il l'attira et elle tomba dans la baignoire, &eacute;claboussant la pi&egrave;ce de grandes gerbes d'eau.  <P>- <I>Vous pourriez faire attention, </I>hurla une petite voix offusqu&eacute;e, <I>vous avez failli m'&eacute;craser...</I>  <P>- <I>Peut-&ecirc;tre, mais maintenant, sors de l&agrave;, Bubka, et laisse-nous...</I>  <P>Giurdija se retrouva &agrave; l'endroit pr&eacute;cis o&ugrave; il s'&eacute;tait r&eacute;fugi&eacute; apr&egrave;s les propos peu am&egrave;nes de Kalidja. Il s'&eacute;tira, encore un peu &eacute;tourdi de se retrouver aussi subitement dans ce d&eacute;cor si familier, avec la sensation curieuse que tout ce qu'il avait pu vivre n'avait en rien affect&eacute; cet endroit. Le soleil, encore bas sur l'horizon, lui indiqua que, d'ordinaire, c'&eacute;tait l'heure &agrave; laquelle il se rendait &agrave; ses cours. Il se secoua. Son corps lui pesait plus qu'avant. "Pourtant, je ne risque pas d'avoir pris du poids, ironisa-t-il pour se donner du courage. Il gravit la pente douce et localisa de loin l'arche fleurie. "On jurerait que rien n'a chang&eacute;", soupira-t-il. "Je me demande ce que je vais trouver?" Il franchit la porte et d&eacute;couvrit l'espace d'enseignement. Kalidja s'affairait &agrave; distribuer des feuilles vierges.  <P>- Ah, Giurdija, j'esp&egrave;re que tu as eu le temps de r&eacute;fl&eacute;chir, depuis hier, et que tu es dans de meilleures dispositions...  <P>"Oh non, s'&eacute;cria-t-il int&eacute;rieurement. C'est exactement comme si rien ne s'&eacute;tait pass&eacute;! Je n'ai pourtant pas r&ecirc;v&eacute;!  <P>- <I>J'esp&egrave;re bien que non, </I>souffla une petite voix, &agrave; la hauteur de son estomac<I>, sans quoi, je ne vois pas comment nous pourrions expliquer ma pr&eacute;sence.</I>  <P><I>- Bubka, tu es l&agrave;?</I>  <P><I>- Evidemment, tu ne croyais quand m&ecirc;me pas que j'allais me passer de ma nourriture favorite pendant le reste de ma vie? Sur ton monde, au moins, il y a des foug&egrave;res.</I>  <P><I>- Incorrigible gourmand!</I>  <P><I>- Tu as vu comment il te regarde, celui-l&agrave;, </I>fit Bubka en lui d&eacute;signant mentalement Jamja.  <P><I>- Oh oui, je ne le supporte pas, il est toujours l&agrave; &agrave; vouloir rentrer dans les bonnes gr&acirc;ces de Kalidja. Un vrai l&egrave;che-bottes!</I>  <P><I>- Laisse-moi faire, on va arranger &ccedil;a...</I>  <P><I>- Bubka, je t'interdis...</I>  <P>- Si tu voulais bien nous pr&ecirc;ter quelque attention, Giurdija, je pourrais demander &agrave; Jamja de r&eacute;p&eacute;ter pour toi ce que tu as manqu&eacute; hier. N'est-ce pas Jamja.  <P>Mais ce dernier restait interdit, la bouche ouverte et les yeux hagards. Giurdija prit la parole et d&eacute;bita mot pour mot le cours de la veille auquel il n'avait pas assist&eacute;. Kalidja eut des difficult&eacute;s &agrave; cacher sa surprise. Elle dit avec effort:  <P>- Tr&egrave;s bien, Giurdija, nous pouvons continuer &agrave; pr&eacute;sent. Jamja, cria-t-elle avec une telle insistance que celui-ci &eacute;mergea &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, veux-tu me r&eacute;p&eacute;ter ce que Giurdija a dit.  <P>- Mais il n'a rien dit...  <P>Elle lan&ccedil;a un regard m&eacute;fiant &agrave; Giurdija, puis, contrainte de se montrer juste, elle d&eacute;clara:  <P>- Et bien, Jamja, puisque la m&eacute;thode de l'exclusion a si bien fonctionn&eacute; avec Giurdija, je vais te permettre d'en profiter...  <P>- Mais il n'a rien dit, r&eacute;p&eacute;ta Jamja qui ne comprenait rien &agrave; ses propos.  <P>- Il suffit, Jamja, va te rafra&icirc;chir les id&eacute;es et t&acirc;che d'&ecirc;tre plus dispos demain matin...  <P>Jamja se leva, t&ecirc;te baiss&eacute;e et lan&ccedil;a un regard haineux &agrave; Giurdija en sortant.  <P>- <I>Tu crois vraiment que c'&eacute;tait la bonne m&eacute;thode?</I>  <P><I>- Sait-on jamais ce qui arrivera &agrave; ce jeune fat, durant son absence? ironisa Bubka.</I>  <P><I>- Rien du tout, dit, lointaine et proche &agrave; la fois, la voix de Klairana. Et il ne vous arrivera plus rien non plus si vous continuez &agrave; vous comporter comme de vulgaires garnements.</I>  <P><I>- Bien grande Sirrah, lui lan&ccedil;a Giurdija. Que ne ferait-on pas pour avoir le plaisir de vous revoir...</I>  <P> <HR> </UL>  <ul>   <center><font SIZE="+1">Texte  de : <a HREF="mailto:annie@cafe.edu">Annie   Pilloy</a></font></center> </ul> <p align="center"><center><a HREF="mailto:annie@cafe.edu"><img SRC="../images/ap-signature.gif" BORDER="0" width="160" height="133"><br> </a></center><b><a HREF="../index.htm" TARGET="_top">RETOUR</a></b>  </BODY> </HTML>  
