<html>  <head> <title> CENSURE, PEINE DE MORT, ENFER, par A. Lussier</title> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 4.0">   <script language="JavaScript" fptype="dynamicanimation"> <!-- function dynAnimation() {} function clickSwapImg() {} //--> </script> <script language="JavaScript1.2" fptype="dynamicanimation" src="../animate.js"> </script> <meta name="Microsoft Border" content="tb, default"> </head>  <body background="../images/bin.gif" bgcolor="#000000" onload="dynAnimation()"><!--msnavigation--><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"><tr><td>  <div align="center">   <center>   <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="564" bgcolor="#FFFFFF">     <tr>       <td>         <p align="center">         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="Accueil">           <param name="color" value="#006898">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="../index.htm">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">         </applet>         <br>         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="Prsentation">           <param name="color" value="#006898">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="../presenta.htm">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">         </applet>         <br>         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="Archives">           <param name="color" value="#006898">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="index.htm">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">         </applet>         <br>         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="S'abonner">           <param name="color" value="#006898">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="../abonne.htm">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">         </applet>         <br>         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="Thmes">           <param name="color" value="#006898">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="../themes.htm">         </applet>         <br>         <applet code="fphover.class" codebase="../" width="120" height="24">           <param name="textcolor" value="#FFFFFF">           <param name="text" value="Liens">           <param name="color" value="#006898">           <param name="hovercolor" value="#FF0000">           <param name="effect" value="glow">           <param name="url" valuetype="ref" value="../liens.htm">         </applet>       </td>       <td>         <p align="center"><img border="0" src="../images/titre.gif" width="200" height="82"><br>         <font face="Arial" size="2" color="#006898"><b>Hiver 2003<br>         Le volume 11, numro 2 est maintenant<br>         &nbsp;publi</b></font></td>       <td><img border="0" src="../images/dessin.jpg" align="right" width="115" height="167"></td>     </tr>     <tr>       <td colspan="3">         <table border="2" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">           <tr>             <td width="100%" bgcolor="#006898">               <p align="center"><font face="Arial" size="2" color="#FFFFFF"><b>filigr@ne</b> est un site Web consacr  la psychanalyse. Il se veut un complment  la revue               <b>                   filigrane</b> et vise surtout  favoriser les changes et le dialogue avec les lecteurs.</font></td>           </tr>         </table>       </td>     </tr>   </table>   </center> </div>  </td></tr><!--msnavigation--></table><!--msnavigation--><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"><tr><!--msnavigation--><td valign="top"> <div align="center"><center>  <table BGCOLOR="#ffffff" BORDER="0" CELLPADDING="0" CELLSPACING="0" WIDTH="564">   <tr>     <td><table BORDER="0" CELLPADDING="0" CELLSPACING="15" WIDTH="564" bgcolor="#FFFFFF">       <tr>         <td WIDTH="100%" VALIGN="top"> </center>         <h2 align="center"><font face="Arial">         CENSURE, PEINE DE MORT, ENFER<sup>1</sup></font></h2>         <p>&nbsp;</p>         <p align="right"><font face="Arial">andr lussier</font></p>         <p>&nbsp;</p>         <p><font face="Arial"><b>Prambule</b></font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;<i>&nbsp; Nous sommes au Qubec, au dbut des annes soixante. L're Duplessis n'avait pas encore laiss place  la rvolution tranquille. L'tat et l'glise catholique marchaient encore main dans la main, particulirement lorsqu'il tait question d'ducation publique et de censure. Andr Lussier, psychologue et psychanalyste, aprs avoir connu une formation psychanalytique europenne, aprs avoir connu l'enseignement d'Anna Freud et de D. W. Winnicott, ressent un besoin viscral, pressant, mais en mme temps angoissant. Il sent qu'il doit absolument se prononcer publiquement sur des sujets brlants pour la socit " canadienne-franaise " mergente et il veut le faire  partir de son clairage psychanalytique.&nbsp;</i></font></p>         <p><font face="Arial"><i>&nbsp;&nbsp; Grard Pelletier fonde Cit Libre et il est aussitt convoqu  l'vch o on menace la revue d'interdiction. Andr Lussier croyait profondment  qu'un regard psychanalytique sur la socit sclrose et paralyse de l'poque " pouvait et devait jouer un rle dans cette pousse collective vers plus d'autodtermination, vers la libration des consciences " (Lussier, 1997, page 17). Pour Lussier, il y avait dans la socit des forces inconscientes  dmasquer pour qu'elle puisse s'manciper; son travail d'criture rejoignait donc entirement son travail analytique.</i></font></p>         <p><font face="Arial"><i>&nbsp;&nbsp; C'est ainsi qu'en 1960 il publie Les dessous inconscients de la censure; en 1961 il publie La peine de mort : cho du meurtre et en 1964 Notre cole confessionnelle et l'enfant, les trois textes paraissant  chaque fois dans Cit Libre. Plusieurs amis et collgues tentent de le dcourager de publier ces textes. Dans le climat d'alors, il risque son poste de professeur  l'Universit de Montral. Pourtant il va de l'avant, les publie et aura ainsi une influence indniable sur la socit qubcoise qui cherche alors  s'manciper. Andr Lussier ne cache pas que c'est dans un climat de tension et d'angoisse qu'il s'est retir pour crire ces textes mais aussi qu'il se sentait pouss par une obligation intrieure puissante de le faire. Les ractions  ses textes sont souvent violentes. Certains le taxent d'immoralit. D'autres heureusement l'appuient. Andr Laurendeau, alors rdacteur en chef du Devoir voit dans le texte sur la censure une tude indispensable et libratrice. Andr Lussier verra son texte sur la peine de mort utilis par des parlementaires canadiens et il se verra offrir un poste au comit provincial charg d'crire la nouvelle loi sur la censure.</i></font></p>         <p align="right"><font face="Arial">louis brunet</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp; Trois visages monstrueux de l'intolrance. Trois visages qui ont grand peine  cacher leur source pulsionnelle.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Un des mystres du destin des pulsions chez l'homme tient au fait que ces pulsions connaissent des destins contradictoires. Ou bien les pulsions sont  vcues de faon crue, directe, sans camouflage, sans dguisement aucun, ou bien,  l'autre ple, elles se cachent, se dguisent, empruntant toutes les voies offertes par les mcanismes de dfense, le tout cette fois se jouant de faon inconsciente. Mme dans les manifestations pulsionnelles les plus crues, les hommes ont besoin d'habiller leur dcharge, dans une tentative pour djouer la mauvaise conscience sur le surmoi. Pour pouvoir s'en donner  cur joie dans l'expression de la haine meurtrire, les hommes se donnent souvent de bonnes raisons, la rationalisation bat son plein : je l'limine, je le  tue, parce qu'il est une menace  la puret de la race, c'est pour la purifier que je l'envoie au bcher, etc.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; La rationalisation ouvre toutes grandes les portes pour la dcharge de la pulsion agressive - destructrice de haine - la pulsion de mort. ros quant  lui est plus discret. La haine rassemble plus facilement les hommes que ne le peut l'amour. Depuis toujours, dans l'histoire humaine, la pulsion de haine, de mort, se montre toute nue, avec toute la violence de son primitivisme dans une srie sans fin de guerres toujours plus atroces les unes que les autres : guerres ethniques, guerre de religion, les gnocides, les carnages. On n'a qu' penser  toutes ces idologies qui permettent une dcharge dlirante de haine dans l'extermination de tous ceux et celles qui tmoignent d'une diffrence d'avec soi.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Dans les jours o l'homme ne dispose pas de la guerre pour une dcharge pulsionnelle  l'tat presque primitif, la mince couche de civilisation reprend ses droits, et ce mme homme va alors consacrer beaucoup d'nergie pour se cacher  lui-mme qu'il est un tre de pulsions. L'homme a besoin de nier cette vidence, ce qui va nous donner la panoplie des dguisements de la pulsion, des mensonges qui s'ignorent. C'est la pulsion qui se pare des habits de la vertu morale pour mieux s'exercer. Freud a bien vu que l'homme, qui est porteur de pulsions, n'en veut rien savoir.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; C'est ce ct des choses, c'est--dire les dguisements, qui va retenir notre attention. Nous nous arrterons sur trois grandes rubriques qui illustrent de faon tout aussi clairante que pitoyable cette frnsie de dni de soi, frnsie qui nous plonge dans le monde inquitant de l'intolrance : la Censure, la Peine de mort, l'Enfer.</font></p>         <p><font face="Arial"><b>La Censure</b></font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Je pourrais mettre en exergue : la censure : hommage indirect rendu  la pulsion.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'histoire gnrale fait voir le censeur comme l'homme du statu quo au niveau le plus bas, homme rfractaire au changement, pour qui l'originalit et l'individualisme sont tenus pour suspects, homme plus soucieux de dtecter les dviations que de favoriser l'innovation.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Contrairement  la plupart d'entre vous, j'ai eu la douteuse chance de connatre l're duplessiste (Maurice Duplessis) d'un bout  l'autre, notre Moyen-ge tnbreux. La censure, j'y ai got ad nauseam.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Ce sont la censure du cinma et celle des livres qui se sont montres les plus outrageusement policires. Nous avons t assujettis pendant de nombreuses dcennies  des conditions socioculturelles invraisemblables pour les jeunes gnrations d'aujourd'hui. Les films, les spectacles et les livres nous taient prsents saigns  blanc, expurgs ad usum delphini. On se souciait beaucoup de notre me, dans un monde conu comme perverti par les dsirs et les pulsions. Il faut avoir prsent  l'esprit que pendant toutes les dcennies concernes (jusqu' 1960 environ), l'ducation au Qubec tait entirement aux mains des religieux et religieuses,  tous les niveaux, de l'cole primaire  l'universit inclusivement - Universit  pontificale.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Sous la sanction de l'glise et de l'tat (Duplessis) marchant la main dans la main, nous avons connu le rgne des ciseaux coupailleurs de films, les ciseaux de la puret. Jusqu' l'ge de trente ans, au Qubec, je n'ai vu aucun grand film dans son intgralit, aucun. La justification en tait toujours la mme, la protection de nos mes fragiles. On a cisaill de grands chefs-d'uvre; je n'en mentionne que deux : "Les Sorcires de Salem" de Henry Miller et un des plus grands chefs-d'uvre de tous les temps au cinma : La "Jeanne d'Arc" de Dreyer. Vous vous rendez compte ? L'accuse, dans le film, l'glise, qui censure son propre procs ! (= l'essence du film : le procs). C'est l'action outrageante sur ces deux films qui a mis le feu aux poudres, pour ce qui est de mon compte personnel, et qui m'a lanc dans une des plus prenantes batailles de ma vie professionnelle : censurer la censure.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Le puritanisme occidental avait trouv refuge chez nous. L'ombre de ce monstre sacr qui triomphe avec l'Inquisition planait, menaante sur nos ttes.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Aux mains des religieux et religieuses, l'enfant tait vite prmuni. Il apprenait ds sa tendre enfance que le dmon le guette, toujours prs  l'inviter aux plaisirs de la chair. On lui apprenait vite  se mfier des forces qui l'habitaient et pouvaient le solliciter. C'est l,  mon sens, l'ducateur inscure qui se projette dans l'enfant et qui force ce dernier, par procuration inconsciente,  mener sa propre lutte  lui, l'ducateur. Et plus l'ducateur se sentira inscure dans sa lutte contre ses propres pulsions conflictuelles, plus il va devenir exigeant, contrlant, moralement sadique  l'endroit des enfants et des adolescents dont il a la charge. C'est de l'abus de pouvoir. L'enfant devient moralement tyrannis. Ainsi on touffait les principes de vie. L'enfant n'tait pas invit  se prendre en charge, on l'initiait plutt au refoulement. En expurgeant le cinma et les livres, on cherchait inconsciemment et vainement  protger le refoulement.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pour mener la lutte contre les forces de vie - les pulsions - il a fallu recourir  Satan. On comprendra sans peine l'tendue de cet tat de choses sur le plan de la morale rgnante pendant plus d'un sicle chez nous, si on tient compte du fait que l'ducation sexuelle fut assure pendant si longtemps par des religieux et des religieuses, des tres humains comme les autres et de bonne volont mais qui, par contre, avaient  lutter jour et nuit pour assumer les exigences du vu de chastet. tant donn que l'hrosme et la chastet bien assume sont des fleurs plutt rares, il n'est pas tonnant de constater qu'ducateurs et ducatrices ont essay de contraindre les jeunes et les moins jeunes  assumer avec eux une bonne part des tourments de la chastet. Ce fut un rgne de terreur morale, le rgne du pch mortel avec l'enfer ternel qui vous attend. On a russi ce tour de force de faire en sorte que le faute grave, avec chtiment ternel, coiffe les activits sexuelles plus ordinaires de la vie de tous les jours. Ce fut le sicle de l'affolement de la puret ou de l'impuret. Nous avons t assujettis  un puritanisme qui profitait du fait malheureux d'avoir le pouvoir ducatif entre les mains.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pour ce qui est de la compulsion  censurer, il va donc de soi que la sexualit ait t une des cibles favorites. Au cinma, les ciseaux mutilants ont beaucoup travaill. Toute scne le moindrement rotique, tout dshabill un peu trop os nous tait pargn. En particulier, on a cout  la lettre l'imploration de l'amant tortur : "Cachez ce sein que je ne saurais voir". Dans l'enseignement en gnral, cette censure affole tait accompagne du culte de la virginit et de la maternit, les deux mamelles de l'ducation des filles, avec une nette supriorit morale pour la virginit. L'idal propos  toute jeune fille tait l'Immacule-Conception, la Vierge immacule. Toute autre conception, sexuellement parlant, tait prsente comme macule. Difficile  imaginer aujourd'hui,  seulement 30 ou 40 annes de distance. Pendant plus de cent ans, pour combattre le monde des dsirs charnels, le moyen privilgi par des ducateurs et ducatrices trop prouvs par les vux de chastet, tait donc de salir, ternir, d'abaisser moralement la chose charnelle. Les rapports sexuels imprimaient donc une tche  toute conception naturelle.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Franois Mauriac, observant l'ducation provinciale  son poque, un temps qui ressemblait tonnamment  celui d'ici dont je parle, disait : "Tant de petites provinciales ont t voues  la laideur et au clibat, alors qu'elles taient belles et cres pour l'amour".</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pendant tout ce temps, l'image de la mre l'emportait de beaucoup sur celle de la femme. Entre la vierge et la mre, nos valeurs ducatives n'ont pas fait beaucoup de place  la femme en tant que femme avec des dsirs de femme. On tait davantage proccup  touffer l'instinct qu' favoriser son panouissement ou, le cas chant, sa sublimation. Le poids de la censure est toujours proportionnel  la force que l'on prte aux tendances  touffer ou  dnier. De l, un fort penchant vers l'intolrance. La censure, c'est le rgne de la pulsion mais  l'envers. Pour un tableau plus exhaustif, il faudrait tenir compte du fait que l'exercice de la censure et la pratique de l'intolrance sont des voies secrtes de dcharge pour la pulsion de domination et de contrle sur l'autre, tendances vers laquelle rgresse la pulsion quand les portes de la gnitalit sont fermes. Je m'y arrterai un peu plus en parlant de l'enfer. Retenons qu'avec la prdilection pour la censure et l'intolrance, nous sommes en prsence d'une parodie de la vertu, tartuferie qui, par ailleurs, sur le plan sociopolitique, peut mener aux plus scabreuses des tragdies.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Aujourd'hui,  et cela depuis quelques gnrations, la situation s'est inverse;  peu de choses prs, comme on dit en anglais, tout est "upside-down". Un ouragan psychoculturel, plus ou moins imprvu, a fait que tout a chavir. On pourrait dire qu'une sorte d'hypomanie a succd  la dpressivit inhrente  tout tat marqu par un excs de contrle, contrle mal assum. On a l'impression que c'est un peu comme si les jeunes et les moins jeunes avaient saisi que les ducateurs leur avaient fait porter le poids et les tourments de la chastet et d'une sexualit mal assume. Ce qui nous a valu, fatalement de par la loi du retour du pendule, la fivre de la libert absolue, la dbandade et souvent le chaos. L'ducation qui a rgn, de par sa rigidit et sa scheresse, s'apparente  une dictature et comme toute dictature, elle fomente, lentement mais srement, la rvolte.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; En termes psychanalytiques, c'est videmment la rvolte contre un surmoi despotique. Le Dr Charle-Henri Modet, psychanalyste franais, d'allgeance catholique, assez influent  l'poque, disait,  l'adresse des religieux et religieuses : "Il faut une oreille trs humble et trs prudente pour savoir couter Dieu sans lui prter le langage de notre propre surmoi". Les ducateurs qui nous ont marqus pendant plus de cent ans, ne se sont montrs, dans l'ensemble, ni humbles ni prudents. Ils taient les soldats de Dieu, ils faisaient partie d'une arme, charge de surveiller de prs l'ennemi. L'ducateur, qui reste aveugle sur lui-mme, sur les tendances pulsionnelles qui l'habitent, devient un tyran moral pour l'autre et se retrouve aux antipodes de ce que Saint-Augustin avait compris avec une profonde lucidit, lui qui a dit : "Plus on creuse au fond de soi, moins nos frres nous scandalisent".</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Voil un tableau, trop rapidement bross, de la mentalit qui a rgn ici pendant si longtemps et dont vous avez eu la chance d'tre pargns en bonne partie. C'est cette mentalit qui a prsid  l'laboration de la foi provinciale sur la Censure du cinma, loi qui stipulait on ne peut plus clairement que :</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Aucun film ne peut tre montr :<br>         * S'il amoindrit ou abaisse la morale dans l'esprit de ceux qui le voient.<br>         * Les sujets de films [...] devraient tre des exemples de la vie ordinaire.<br>         * Le film doit respecter le mariage et doit faire ressortir la valeur de la famille.<br>         * L'adultre ne devra pas tre trait de faon attrayante.<br>         * L'infidlit matrimoniale ne sera pas permise  moins que le film ne  comporte la leon morale qu'elle est mauvaise et toujours punie de manire  dcourager toute imitation.<br>         * Aucun prtre ne devra tre tourn en ridicule ni plac dans des conditions compromettantes.<br>         * Tout mot ou geste obscne, toute allusion ou chanson  double sens seront prohibs, etc.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Qu'est-ce qui reste de permis  part la messe du dimanche ?</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Je ne dirai qu'un mot sur la censure des livres, parce que c'est le mme esprit qui y prside. De ce ct aussi - les livres - l'aberration des esprits a fait son chemin et en dbordant de beaucoup la sphre du sexuel. Il fallait veiller sur les dangers de toute invitation  la libert de penser - les libres penseurs, expression devenue pjorative - il fallait surveiller les incitations  l'esprit de rvolte et d'indpendance; en somme l'autorit abusive, jalouse de ses prrogatives, de son influence.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Parmi ceux et celles ici prsentes qui n'ont pas connu directement cette dlirante tranche de notre histoire rcente, il y en a beaucoup qui ont peine  croire que l'on dit vrai quand on numre la liste effarante d'auteurs qu'on ne pouvait pas lire, que les prposs dans les bibliothques publiques ne pouvaient laisser sortir sans permission crite d'un responsable ecclsiastique officiel. Ce fut l'poque du rgne de l'Index, rgne invraisemblable. Plusieurs aujourd'hui ne savent mme pas ce que c'tait que cet Index, alors que pendant plus de cent ans ce fut une hantise quotidienne. Les ducateurs taient tellement bien intentionns, dsireux qu'ils taient de nous tenir  l'abri des esprits dissidents et hrtiques ! Balzac tait interdit, Freud, presque tous les grands philosophes non catholiques et encore ! Les grands penseurs nous taient accessibles grce  des ditions expurges. Je fus menac d'tre mis  la porte de mon collge parce que j'avais dans mon sac, Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Avec un peu de distance, on se dit que c'tait de la folie pure, une pense quasi dlirante. Une des consquences fatales de cet tat d'esprit fut que lorsqu'on cherche  duquer par censure et prohibition, on se retrouve trop souvent avec des esprits peu forms, mal prpars aux combats idologiques et proies faciles pour les premiers endoctrinements rencontrs sur son chemin. Ainsi, les ex-petits catholiques rigidement endoctrins, le lendemain du passage de la bourrasque socioculturelle qui a presque tout balay sur son passage, il y a une trentaine d'annes, sont devenus des adhrents fanatiques du communisme marxiste-lniniste. Purement et simplement, ils ont troqu une religion pour une autre et  leur tour se sont improviss les nouveaux censeurs en distribuant,  droite et  gauche, c'est le cas de le dire, les anathmes et les excommunications.</font></p>         <p><font face="Arial"><b>LA PEINE DE MORT</b></font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Voil un combat o trs peu s'en sortent vivants. Dans ce domaine surtout, l'action secrte, sournoise, pervertie des forces pulsionnelles rvle son caractre imprieux. Mais c'est ici que l'intention premire se cache le mieux, o le jeu de la rationalisation se fait plus trompeur. C'est surtout le regard historique qui va nous permettre de rsoudre l'nigme. C'est donc  un parcours des tapes historiques qui s'enchanent que je veux vous convier, afin de mieux dmasquer ce que la surface cache si bien.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; En guise de prologue, deux discours historiques prononcs  l'occasion de la premire assemble de la magistrature.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Paris 1702. D'Aguesseau, Avocat gnral du Parlement, s'adresse,  l'auguste assemble des magistrats : "... La magistrature s'assemble en ce jour pour exercer non le jugement de l'homme mais la censure de Dieu mme... Voici pour vous ces nobles et sublimes paroles  la gloire des Magistrats : Juges de la Terre, vous tes des Dieux..."</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Paris 1858. Le Procureur gnral Chaix d'Est-Ange, s'adresse aux juges : "... Loin qu'il soit ncessaire de rappeler au magistrat son pouvoir... il est plus utile de le mettre en garde contre de dangereuses illusions. Il est bon de lui rappeler qu'il est homme, qu'il a la passion et les faiblesses compagnes insparables de l'humanit, et que, si grande que soit la dignit de ses fonctions, plus grandes sont les obligations qu'elles lui imposent et qu'il doit tre encore plus esclave de ses devoirs qu'enorgueilli de sa puissance".</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Deux visages de l'homme par lui-mme. Deux orientations d'esprit. On devine bien laquelle des deux est  l'origine de plusieurs sicles d'aberration et d'aveuglement de la part des hommes, en matire de justice criminelle.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Avec la loi criminelle, il faut, dit-on, tre patient pour la voir voluer dans une direction plus humaine. Les historiens nous rptent en effet que la loi criminelle volue " la vitesse des transformations gologiques de la crote terrestre". Un clbre avocat a crit : "Il faut se demander pourquoi si peu de changements ont t effectus au sein de la loi. La rponse est du ct des prjugs et des positions irrationnelles. Ce ne sont pas seulement les criminels, dit-il, qui sont motivs par des impulsions irrationnelles, il faut en dire autant des avocats, des juges et de nous tous qui acceptons ou tolrons le mode actuel de punition". Tout est l pour tmoigner du fait qu'un violent sentiment intrieur nous dicte qu'il faut que le crime soit pay par un chtiment exemplaire (l'exemplarit); reste  savoir pourquoi.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; On sait que tout appel  plus de clmence, dans des cas qui le justifient, sme la panique ou l'indignation dans le corps social, indignation qui se donne des airs de vertu, et qui rvle un besoin farouche de vengeance.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp;  trs grands vols d'oiseau, je rappelle quelques tapes dans l'volution de la loi.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pendant longtemps, le chtiment du meurtrier est rest une affaire prive. Ce fut  l'origine une affaire de famille  famille, puis de groupe  groupe. Ce fut la longue poque o la justice se ramenait  une affaire de vengeance par le groupe de la victime, c'est--dire la loi du Talion. Aprs une volution complexe, le chtiment en vint  prendre des proportions communautaires, donnant lieu  une lgislation qui dpersonnalisait le chtiment.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Avant de poursuivre ce bref historique, un mot sur l'instinct de vengeance. Serait-il disparu avec la suppose volution de la civilisation ? Un tmoignage relativement rcent va nous clairer. Une grande autorit en droit criminel, Sir James Stephens, crit, dans son Histoire de la loi criminelle en 1883 : "La loi criminelle est  la passion de vengeance ce que le mariage est pour l'apptit sexuel... Je crois fortement dsirable que les criminels soient has, dtests, dsirable que la punition inflige soit de nature telle qu'elle puisse directement reprsenter la libre expression de cette haine... c'est une noble haine qu'il faut encourager et soulager". Voil un franc parler, plus honnte que bien des prtentions  l'innocence pseudo-vertueuse de ceux qui disent ne travailler qu'au nom de la justice. Voil un homme qui est d'accord avec ma thse sauf que, avec lui, il n'est pas question d'un triomphe cach de la pulsion. En dfendant sa cause, le bon juge fait la preuve de la mienne, en bonne partie : la loi criminelle est "la vengeance lgitime" (Gr.         Zillboorg).</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; On le voit, justice vindicatrice et meurtre vengeur font souvent cause commune. C'est le mme instinct qui rebondit, pour le psychanalyste. Mais, dans l'ensemble, au cours des ans, la vengeance s'est passe des ornements d'une civilise, on l'a bien dguise. L'homme a finalement cach ses motifs. Il a projet hors de lui-mme l'instinct de vengeance en le prtant aux dieux. Dieu le veut. Dieu vengeur. Plus prs de nous, la volont des dieux a cd la place  la voix sacre de la justice : Justice le veut. Le rite religieux est devenu fonction civile, le sacrifice devint excution, le grand-prtre fut supplant par le bourreau. Un historien de la loi a crit : "Justice est un noble mot mais... la preuve est abondante qui montre que ce mot n'est souvent qu'un cran qui cache des sentiments qui sont aux antipodes de la noblesse et de la dignit".</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Sur le parcours de cette volution, je signale une tape plus significative. C'est l'tape baptise par les spcialistes de "Noxal surrender", un procd qu'on retrouve non seulement chez les primitifs mais bel et bien aussi dans la Grce antique et moderne de mme que dans la Rome d'auguste mmoire. Je rsume : un membre d'un clan ou d'un groupe commet un meurtre dans le groupe voisin. Le crime dclenche, dans le camp du criminel, une commotion  deux volets :</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; 1. On observe chez les membres du groupe du criminel, une culpabilit panique (par voie d'identification avec le frre criminel nous dit la psychanalyse). Pour tenter de djouer cette culpabilit partage, on chasse le criminel, on le livre au clan de la victime en le reniant, en dclarant qu'il n'est plus un frre, il est dsormais un tranger.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; 2. Les autorits (locales) - les chefs - n'ont pas tard  observer avec inquitude que la perptration d'un crime par un membre dclenchait au sein de son propre groupe, en plus de la culpabilit, un phnomne presque contraire : phnomne dit de contagion ("pollution"). Le crime veille l'envie du crime et la panique s'empare du groupe. On craint la mare montante de l'instinct de violence dclenche par l'exemple du frre. La sagesse fait que les chefs ont rclam que l'ex-frre criminel, dsormais reni, soit excut, tu sur-le-champ par le groupe de la victime, ce qui avait la magie de calmer les instincts meurtriers qui venaient d'tre veills, et cela grce encore une fois  l'identification de chacun avec le meurtrier du meurtrier. Toutes les passions majeures trouvaient une satisfaction, une dcharge : passion pour le chtiment, passion pour le meurtre.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Nous ne sommes pas loin de l'intuition profonde qui a men  la pratique sacre du bouc missaire. Quand il n'y a pas de criminels sur qui les citoyens dits honntes pouvaient dcharger impunment leur passion de vengeance, de chtiment et d'excution, les chefs ont cru ncessaire et prudent d'instituer le rite du bouc missaire : celui-ci devenait porteur de toutes les fautes des hommes, tout en leur permettant de se soulager un peu de leur instinct de violence en lapidant le criminel. La scurit du groupe en dpendait : soulagement de la culpabilit, dcharge inoffensive de la violence.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Sont-ce l histoires du pass qui ne nous concerneraient gure ?</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; De nos jours, un fait majeur retient l'attention du psychanalyste : c'est l'obstination des hommes et des femmes  croire en la valeur de dissuasion de la peine capitale (l'exemplarit...).</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; La preuve a t faite maintes fois que la peine capitale n'a aucune vertu de dissuasion sur le criminel et que l'abolition de la peine capitale n'a jamais donn lieu  quoique  ce  soit d'alarmant pour la scurit de la socit. Ces preuves sont rptes depuis longtemps, et pourtant, dans tous les pays civiliss, on trouve un grand nombre de citoyens bien intentionns pour rclamer l'instauration ou le maintien de la peine capitale et aussi des politiciens pour les couter. Le Noxal surrender se poursuit inconsciemment dans nos murs. Ainsi, on opte pour la satisfaction secrte de trois tendances relevant du pulsionnel :</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; a) Le penchant secret  profiter du crime pour mettre sur les paules du criminel notre propre sentiment de culpabilit, toujours obsdant. Pour que le criminel serve  faire de nous des innocents, il faut le croire moralement responsable. Nous avons nos boucs missaires.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; b) La satisfaction d'un sournois besoin de haine et de vengeance. Ce qui est dj proche parent de la troisime caractristique.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; c) La dcharge, par procuration, de la violence sollicite en nous. Le meurtre rpond au meurtre. On a boucl la boucle.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Ce sont l les donnes les plus difficiles  faire admettre aux honntes citoyens. Les hommes ont trop bien russi  se cacher  eux-mmes les vrits difficiles. Il n'est pas donn au commun des mortels d'avoir l'hroque intuition qu'a manifeste un jour un autre juge clbre, John Bradford. Il venait d'tre forc, de l par la loi, contre son gr,  condamner un homme  la peine capitale; au moment o le condamn passe devant lui, marchant vers son excution, le juge Bradford a dclar,  haute voix : "De par la grce de Dieu, voil John Bradford qui passe" ("There but for the grace of God goes John Bradford"). Gnante intuition ! Il savait, lui, que c'tait le criminel au fond de lui-mme qu'il venait de condamner. Exploitation de son prochain comme bouc missaire.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Sur la vertu de dissuasion de la peine capitale, Camus crit : "Cette loi [...] effraie-t-elle cette race de criminels sur qui elle prtend agir et qui vivent du crime ? Rien n'est moins sr.  l'poque o les voleurs  la tire taient excuts en public, d'autres voleurs sur place exeraient leurs talents dans la foule qui entourait l'chafaud o l'on pendait leur confrre". De son ct, Arthur Koestler crit : "Les jours de pendaison furent pendant tout le 18ime et la moiti du 19ime sicle, l'quivalent des ftes nationales... les scnes qui avaient lieu lors des excutions publiques taient des flambes de folie collective. Les scnes qui se droulaient alors prenaient des aspects d'excitation et de violence inattendues. Les gens s'y battaient entre eux (aristocrates et nobles compris). C'est ainsi qu'en 1807, une foule de plusieurs milliers de personnes, venue assister  une double pendaison - destine  servir de prvention - fut prise d'un tel dlire que prs de 100 morts restrent sur le terrain. Voil pour l'effet de dissuasion ! Le phnomne de contagion dont je parlais plus haut n'est pas une fantasmagorie gratuite. On se doute bien pourquoi graduellement pour s'exercer, la loi a d se cacher. Et a continue, parce que, dans les couches profondes de mon tre, j'ai encore trop besoin que la violence fasse cho  la violence, et cela est plus profond que le besoin de punir.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Freud a beaucoup scandalis en dmontrant qu'entre le malade mental et le commun des mortels et qu'entre le criminel et le commun des mortels, il n'y a que des diffrences de degrs. Nous sommes tous et toutes situs sur le mme parcours psychologique.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'homme et la femme civiliss d'aujourd'hui se sentent encore beaucoup trop prs de leur condition primitive, trop prs de ce qui caractrisait leur condition d'enfants, c'est--dire un amas d'impulsions violentes, amoureuses et hostiles et ils redoutent profondment, sans trop s'en rendre compte, tout ce qui autour d'eux menace de leur rappeler la fragilit de leur quilibre face aux pulsions instinctuelles. Nous savons sans le savoir qu'un Can sommeille en chacun de nous. Les grands mystiques ont parl dans le mme sens.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; La peine capitale serait-elle un mal ncessaire, en raison de ce que nous tranons en nous de primitif ? Si oui, ne nous payons plus de mots. Cessons de nous maquiller. Ne disons plus : justice le veut, mais l'instinct le veut, le sang appelle le sang. Avec la peine capitale, rendons un primitif hommage  la pulsion.</font></p>         <p><font face="Arial"><b>L'ENFER</b></font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Le moment est venu pour moi de vous inviter avec plaisir  un sjour en enfer; c'est un aller-retour...</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'enfer fait partie des sujets presque impensables. Il fait appel  la dmesure et ainsi chappe  une comprhension satisfaisante.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Les plus jeunes parmi vous vont penser que je me lance dans la science-fiction. Ils vont se trouver en pays tranger pour la bonne raison que, il y a  peu prs trente ans, ce mme ouragan dont j'ai parl, a aussi balay, en bonne partie, l'enseignement qui a fait croire  des millions de citoyens  l'existence relle et concrte de ce lieu macabre entre tous appel l'enfer. Il reste donc l'intrt historique et il n'est pas mince. Les priodes dont je veux parler nous renseignent substantiellement sur la psychologie universelle de l'inconscient, sur les hommes dans les couches profondes de leur rapport aux autres. La surface socioculturelle des choses change mais le fond, si peu.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'enfer, en milieu catholique et autres, n'a jamais t prsent comme une allgorie. Ce point est capital pour mon propos. Il est question de l'enfer en tant que lieu bel et bien concret, rel, fruit  nul autre pareil de l'imagination dlirante. Les hommes et femmes concerns, ils y croyaient, ou paraissaient y croire  cette machine infernale, envers du Paradis, o les dmons gouvernent et prsident aux supplices ternels. Vous avez srement vu de ces images o les artistes ne "drougissent" pas d'imagination dans le grotesque, illustrant les damns prcipits du haut des cieux dans le gouffre des supplices ternels avec le feu aux premiers rangs. C'est le feu de Dieu, car il a la proprit ultra-magique de vous brler  vif mais sans jamais vous faire prir. On veillait  ce que cette destine ne soit pas oublie par les enfants :  l'cole primaire, dans chaque classe se trouvait l'horloge de l'enfer dont le pendule allait et revenait de droite   gauche, disant alternativement : "Toujours-jamais". Comme disait Sartre, je crois : "L'ternit, a dure longtemps".</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Il s'est crit trs peu d'essais sur l'invention de l'enfer (Jean Delumeau). Des esprits parmi les plus lucides, en nombre tonnant, ont cru  l'enfer. Ils ont jet un regard d'aigle sur une foule d'aberrations des hommes mais presque rien sur cette fantasmagorie dlirante.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Cette lugubre morale-fiction, nous la devons  tous ceux qui ont pris  la lettre et non selon l'esprit, certaines paroles du Nouveau Testament. Les thologiens dissidents ont eu peu de poids.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Ma lecture de l'histoire me dit que les moralistes ont trahi leur mission, en se laissant tenter par le rle de moralisateur, ils ont rabaiss leur vocation morale au niveau primitif de l'instinct de domination. Sous prtexte de mieux guider les mes, ils ont form une arme de lgislateurs et de codificateurs de la conduite jusque dans les dtails les plus sordides, surtout dans le champ de la sexualit. On brandissait la menace du feu ternel pour bien mater les vellits de transgression. Avec la sexualit, l'obissance et la soumission  l'autorit taient les principales rubriques. Avec l'enfer, l'autorit solidifiait ses assises.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Quel a pu tre le bien-fond, ouvert ou inconscient, supportant les prdicateurs dans leurs croyances ?</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Fondamentalement ceci, selon une optique familire au psychanalyste : on a fantasm l'existence d'un Dieu dont les intentions punitives n'avaient d'gales que sa toute-puissance divine; conception inspire par le Dieu de l'Ancien Testament. Dieu suprmement vengeur, terrorisant, capable des iniquits, plus atroces les unes que les autres. Il fallait donc d'abord que les hommes mettent Dieu  l'origine de cette ronde infernale, pour pouvoir ensuite faire le reste, c'est--dire en profiter. Le tout commence donc par une projection massive sur Dieu des tendances sadiques de l'homme et une fois cette projection accomplie, les soldats de Dieu se sont mis  l'uvre auprs des "fidles" pour accomplir leurs devoirs de serviteurs, c'est--dire menacer. Dieu le veut.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Une analyse, pas trs complexe au fond, nous fait conclure que pour effectuer une telle dmarche psychique, il faut nourrir une volont secrte de domination toute-puissante sur ses frres, sur les esprits et les consciences. La psychanalyse nous a appris que lorsqu'on a du mal  aimer vraiment, avec toute la tolrance que l'amour vrai implique, on se rabat sur des tendances plus primitives qui sont l'effet de la dcomposition de l'amour : on devient contrlant, dominateur, possessif, on s'prend pour la passion de domination morale sur le prochain; on est dj alors sur la voie rgressive de la volont de puissance. Et la pulsion de domination devient sexualise parce qu'elle emprunte sa force  l'amour bloqu.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'histoire des chrtiens, dans une trop large mesure, se ramne  l'histoire de la peur, laquelle y fut pour beaucoup dans le dveloppement d'un mode infantile de relation interpersonnelle. La peur de l'enfer ! Peut-on imaginer mieux comme moyen de pression et d'oppression pour favoriser l'obissance et consolider un rgne de terreur ?</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pour un tableau plus conforme  la ralit, il faut tenir compte du fait que cet acharnement des champions de l'enfer serait rest lettre morte s'il n'avait pas rejoint chez les fidles un penchant parallle de mme mouture : la tendance  nourrir le fantasme inconscient de l'existence d'un pre - Dieu le Pre - en possession de tous les pouvoirs absolus, pouvoir d'amour et pouvoir de haine, source de scurit e source d'anantissement. Tous et chacun, nous entretenons cette image primitive d'un pre tout-puissant, capable du meilleur et du pire. Les ducateurs ont inconsciemment exploit ce terrain fragile. Il s'ensuit fatalement que chez les fidles, l'affirmation de soi, de son tre propre et autonome s'en trouve touffe pour autant.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Avec un peu de distance en rapport avec cette poque malsaine, l'ivresse de la domination morale clate avec stupfaction. Mais il va de soi que l'ducateur devait savoir, ou plutt sentir, qu'avec la mthode de la peur, il ne faisait que favoriser l'inhibition et le refoulement plutt que l'panouissement des forces vives et que, par identification projective ou simple projection, il devait craindre chez les autres, les explosions de rvolte. C'est ce qui me permet de penser qu'en faisant la place si grande aux interdits et, par consquent, aux tendances  la transgression, on brandissait des menaces de punition d'une clatante disproportion avec la gravit de la faute (une masturbation), donc on faisait preuve d'une absence totale de jugement, ce lgislateur-ducateur, au fond, tmoignait malgr lui de la force des pulsions chez l'homme, de la force de la tendance  la transgression, de la passion de la libert, de la volont d'affirmation de soi. On ne lgifre jamais outre mesure quand on ne craint pas l'insurrection.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Pour se faire une ide de ce qui devait habiter l'inconscient de ces hommes, aux prises avec des vux qui dpassaient leur capacit de renoncement, on n'a qu' penser  Lucifer, figure hallucinante de l'glise, cration de l'imaginaire des clercs, Lucifer qui porte de faon flamboyante ce qui gronde dans les profondeurs de la psych de chaque homme : la rvolte contre Dieu, contre l'autorit suprme, la tentation de la toute-puissance. La flagrante dmesure entre la faute et le chtiment rvle la profonde inscurit de l'ducateur quant  la solidit de ses positions.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'Inquisition n'est pas ne de rien. Il fallait combattre ceux et celles qui se laissaient sduire par les promesses de Lucifer, Prince de ce Monde, combattre les hrtiques, personnification des propres penchants inconscients chez les inquisiteurs. Dieu ordonne la guerre contre tous ces insoumis, ces orgueilleux qui refusent de se ranger. Les hrsies alimentent l'affolement. On a voulu censurer les hrsies par l'pe. Dcharge pulsionnelle sous des dehors de vertu.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Du ct de la sexualit, les petits catholiques taient tt pris en charge. Proies faciles pour l'ducateur. Tout tait orchestr pour qu'ils deviennent ds le jeune ge morbidement hants par le rappel de la volont divine qui fait de l'enfant un condamn au feu ternel pour un moment de petite faiblesse charnelle - nature oblige -. La vie sexuelle d'un grand nombre en fut pniblement marque. Sur l'atmosphre que cela crait, je dirai un mot. Une fois par mois,  l'glise paroissiale, on pouvait voir cent, deux cents enfants, en file devant dix ou douze confessionnaux, attendant fbrilement ou dans l'insouciance, la bndiction rdemptrice qui venait le plus souvent machinalement de la part du confesseur : quelques petites formules de routine et hop vous veniez d'tre dlivr du feu ternel. Autre faon de faire preuve d'une toute-puissance magique. Le pathtique et le burlesque de toute cette foire pseudo-spirituelle sont passs inaperus. Pas tonnant que cette glise-l ait bascul dans la tourmente des  annes 60. On avait nglig l'essentiel.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; C'est ainsi que nous faisons partie de l'histoire universelle. Les ducateurs moralistes de tous les temps ont eu l'intuition de la force inquitante des manifestations les plus naturelles chez les humains, c'est--dire en lettres majuscules : les clameurs de la Raison et les clameurs de la Chair. Les auteurs de la plus grande lgende ou du plus grand mythe de l'histoire humaine, Adam et ve ont fait pivoter nos origines primordiales sur deux grands axes : les tentations de l'Orgueil et les tentations de la Chair. La chute d'Adam et ve fut mise sur le compte de tantt l'une, tantt l'autre.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; L'orgueil et la volont de puissance sont proches parents. L'ombre de Lucifer - Prince de ce monde - plane au-dessus de l'histoire de l'glise et donc de la ntre jusqu' tout rcemment.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Il faudrait ici placer un mot sur les plaisirs de la Chair comme disent les curs. J'en ai dj parl. Je me contenterai de rappeler que les plaisirs de la chair se sont toujours dresss naturellement comme le plus dangereux obstacle  l'observance du vu de chastet. Or, pour se faciliter les choses, l'glise en est venue  mettre le plus grand nombre possible de tabous sur les plaisirs sexuels dans la vie prive de leurs frres et surs lacs. Les lacs partageront donc une part de l'abstinence; faon, pour les religieux, de rduire les dangers de l'envie et de rendre les privations plus supportables. Ainsi, pendant des sicles, le plaisir sexuel ne sera sanctionn que par la maternit, le dsir d'enfant.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Une question difficile : est-ce que les religieux croyaient vraiment  l'enfer ou faisaient-ils semblant ? Je crois que la rponse se situe entre les deux. coutons-les pendant une minute ces champions de l'enfer ou plutt coutons ce qu'ils mettent dans la bouche de Dieu. Je cite : "Vous n'avez point cess d'tre rebelles, je ne cesserai point d'tre vengeur. Rien n'a born vos outrages, rien ne mesurera votre douleur. Votre me qui a pch tait immortelle. Il lui faut un supplice selon sa nature, un supplice immortel... Les douleurs les plus aigus sur terre, compares  ce feu... ne mritent mme pas le mon de tourments... Vous sentirez tout  la fois, le fiel des dragons, les dents du lion, la violence des tortures, la dislocation des nerfs, le dbotement des os..." Je vous fais grce de la suite.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Comme on dirait aujourd'hui, il y en avait qui prenaient plaisir  en remettre, plaisir sadique  semer la terreur, on les sent se laisser prendre  l'ivresse de leurs discours. Je crois que la rponse  la question se trouve dans la conception freudienne du clivage mental : ils y croyaient  l'enfer et ils n'y croyaient pas.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Cette lugubre histoire de l'enfer, avec son pathtique, son tragique, sa perversit donne raison  Freud : la force des pulsions instinctuelles fait peur  l'homme.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Je veux terminer avec de trs brves considrations qui ne sont pas directement inspires de mon livre, mais les rapports seront vidents. Je ne pouvais pas consacrer une soire  parler de l'enfer imaginaire sans dire un mot sur l'enfer rel dont notre poque, le 20ime sicle civilis, nous a rendus tmoins, la plus invraisemblable abomination de l'histoire : la Shoah, les camps de l'extermination, l o, pour des raisons raciales, des millions d'hommes et de femmes sont froidement extermins comme des troupeaux contamins. C'est presque sous nos yeux qu'a pu rgner le rgime de la dmence collective, nous laissant voir jusqu'o l'homme pouvait aller dans l'assouvissement dmentiel de ses instincts dchans. Je tiens  ajouter ces remarques, d'autant plus que rcemment, de la bouche d'un homme qui a consacr le meilleur de ses nergies  scruter et saisir l'idologie nazie, j'apprenais que, de fait, consciemment, chez Hitler et ses proches, on trouve la volont expresse de raliser sur terre les conditions de l'enfer tel que fantasm par le christianisme. Pour des millions de personnes, l'enfer fut une ralit de tous les jours et chaque jour y paraissait une ternit. L'enfer auquel les hommes ont cru pendant des sicles prend un nouveau visage. Il n'est plus dsormais une inoffensive fantasmagorie gratuite. Les hommes ont toujours senti, au plus profond d'eux-mmes, jusqu'o pouvait aller le dchanement de la cruaut perverse. Nous touchons l  la dimension de la haine de l'homme pour l'homme, un puits sans fond, abme incommensurable de perversit sadique qui dferle nourrie par une grandiosit diabolique et enivrante.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; Depuis l'affaire Heidegger, emportant dans sa tombe presque tout le secret des raisons de son adhsion au Parti nazi, on observe avec une certaine consternation chez des professeurs allemands de rputation internationale une dtermination au silence eux aussi, aprs Heidegger, sur la priode nazie, et cela d'autant plus que dans leurs annes de jeunesse ils ont adhr au parti d'Hitler. Je ne retiens ici que la pense d'un seul, Hans Robert Jauss, bien connu en France, disciple de Heidegger. En septembre 1996, il parle de "l'horreur absolue commise par l'Allemagne nazie... les crimes du rgime nazi dpassent absolument tout ce qui est imaginable dans une nation civilise". Et c'est de l qu'il pourra affirmer : "Le silence est li  un refus de comprendre ce qui est inhumain. L'tranget radicale de la barbarie nazie a ... paralys une gnration d'intellectuels, les confinant dans l'inertie mentale...". Pourtant, il n'en dira pas moins finalement que "comprendre quelque chose implique un assentiment. Il faut donc refuser la comprhension de ce que je ne saurais approuver... On ne peut pas comprendre le gnocide commis par les Nazis parce que le comprendre serait une manire de l'approuver... et de pardonner". Voil o je ne marche plus. Il y aurait dans ce raisonnement quelque chose d'irrecevable. Avec la prudence qui s'impose, car nous n'avons pas ici connu les grandes calamits de l'histoire, on peut risquer quelques rflexions. Dans ce refus de comprendre, ne faut-il pas plutt voir la peur de soi, la peur d'tre confront avec les horreurs dont on est rellement capable, dont nos concitoyens ont t capables, concitoyens auxquels pendant un temps on s'est identifi ? Ne pas vouloir comprendre c'est la peur de sa propre vrit, cache au fond de soi. C'est peut-tre aussi le pressentiment des dangers inhrents  la connaissance de soi. Il y a des traumatismes inassimilables, irreprsentables, on le sait aujourd'hui en psychanalyse : ce qui est trop est toujours trop; la vrit peut tre traumatisante, explosive et mener  la destruction de soi. L'oubli, cet oubli-l, peut rvler un refus de confrontation avec soi-mme. Sophocle l'a compris avec dipe. C'est parce qu'il tait dtermin  savoir,  comprendre les causes de la peste qu'dipe, une fois en possession de la vrit sur lui-mme : fils incestueux et responsable de la peste, qu'il a eu les yeux crevs.</font></p>         <p><font face="Arial">&nbsp;&nbsp; C'est ainsi que je comprends le philosophe quand il dit ne pas vouloir comprendre.</font></p>         <p align="right"><font face="Arial">andr lussier<br>         40, chemin bates, bur. 230<br>         outremont<br>         qc h2v 4t5</font></p>         <p>&nbsp;</p>         <p><font face="Arial">         1	Confrence prononce  l'APPQ,  l'occasion du lancement du livre d'Andr Lussier : "Les Visages de l'intolrance au Qubec", d. Septentrion.</font></p>       </td>       </tr>     </table>     </td>   </tr> </table> </div> &nbsp;<!--msnavigation--></td></tr><!--msnavigation--></table><!--msnavigation--><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"><tr><td>  <div align="center">   <center>   <table border="0" cellpadding="3" cellspacing="0" width="564">     <tr>       <td colspan="2" bgcolor="#C0C0C0" width="556">         <p align="center"><img border="0" src="../images/titre.gif" width="200" height="82"></td>     </tr>     <tr>       <td bgcolor="#FFFFFF" width="289"><font face="Arial" size="1">coutes         thrapeutiques<br>         C.P. 548, succ. Place d'Armes<br>         Montral, Qubec. H2Y 3H3 Canada<br>         tl. (514) 523 0607<br>         fax. (514) 523 0797<br>         <a href="mailto:rsmq@cam.org">rsmq@cam.org</a></font></td>     </center>     <td bgcolor="#FFFFFF" width="259">       <p align="center"><font face="Arial" size="1">La revue filigrane remercie       le centre national du livre de Paris et l'<a href="http://www.appq.com">Association       des psychothrapeutes psychanalytiques du Qubec </a>pour leur soutien       financier.<br>       </font><a href="http://www.appq.com"><img border="0" src="../images/appqlogo.gif" width="77" height="50"></a></td>   </tr>   <center>   <tr>     <td colspan="2" bgcolor="#FFFFFF" width="556">       <p align="center"><img border="0" src="../images/ligne.gif" width="391" height="13"><br>       <img border="0" src="../images/signat.jpg" width="165" height="63"></td>   </tr>   </table>   </center> </div>  </td></tr><!--msnavigation--></table></body> </html> 
