<HTML><BODY TEXT="#000000" BGCOLOR="#FFFFFF" LINK="#4AE81C" VLINK="#2920EF"> <HEAD> <TITLE>Une saison en enfer /DELIRES 1</TITLE> <DL><DL><IMG SRC="tete.GIF" WIDTH=506 HEIGHT=86 BORDER=0></DL></DL></HEAD> <HR SIZE="3" WIDTH="80%"> <BODY> <A HREF="textes2.html"><IMG SRC="B16.GIF" WIDTH=150 HEIGHT=30 BORDER=0></A> <IMG SRC="tear.gif" WIDTH=573 HEIGHT=49 BORDER=0> <DL><DL>   <H2><P ALIGN=Center>Arthur RIMBAUD</P></H2><P> <H2><P ALIGN=Center>Une Saison en Enfer</P></H2><P>  <H2><P ALIGN=Center>DELIRES 1</P></H2><P>   <HR SIZE="3" WIDTH="60%"> VIERGE FOLLE<P> <HR SIZE="3" WIDTH="60%"> L'EPOUX INFERNAL<P>    Ecoutons la confession d'un compagnon d'enfer:<P>    "O divin Epoux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis so&ucirc;le. Je suis impure. Quelle vie!<P>    "Pardon, divin Seigneur, pardon! Ah! pardon! Que de larmes! Et que de larmes encore plus tard, j'esp&egrave;re!<P>    "Plus tard, je conna&icirc;trai le divin Epoux! Je suis n&eacute;e soumise &agrave; Lui. - L'autre peut me battre maintenant!<P>    "A pr&eacute;sent, je suis au fond du monde! O mes amies!... non, pas mes amies... Jamais d&eacute;lires ni tortures semblables... Est-ce b&ecirc;te!<P>    "Ah! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, charg&eacute;e du m&eacute;pris des plus m&eacute;prisables coeurs.<P>    "Enfin, faisons cette confidence, quitte &agrave; la r&eacute;p&eacute;ter vingt autres fois, - aussi morne, aussi insignifiante!<P>    "Je suis esclave de l'&eacute;poux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce d&eacute;mon-l&agrave;. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fant&ocirc;me. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damn&eacute;e et morte au monde, - on ne me tuera pas! - Comment vous le d&eacute;crire! Je ne sais m&ecirc;me plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fra&icirc;cheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien!<P>    "Je suis veuve... - J'&eacute;tais veuve... - mais oui, j'ai &eacute;t&eacute; bien s&eacute;rieuse jadis, et je ne suis pas n&eacute;e pour devenir squelette!... - Lui &eacute;tait presque un enfant... Ses d&eacute;licatesses myst&eacute;rieuses m'avaient s&eacute;duite. J'ai oubli&eacute; tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je sais o&ugrave; il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, moi, la pauvre &acirc;me. Le D&eacute;mon! - c'est un D&eacute;mon, vous savez, ce n'est pas un homme.<P>    "Il dit: "Je n'aime pas les femmes. L'amour est &agrave; r&eacute;inventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assur&eacute;e. La position gagn&eacute;e, coeur et beaut&eacute; sont mis de c&ocirc;t&eacute;: il ne reste que froid d&eacute;dain, l'aliment du mariage, aujourd'hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurai pu faire de bonnes camarades, d&eacute;vor&eacute;es tout d'abord par des brutes sensibles comme des b&ucirc;chers... "<P>    "Je l'&eacute;coute faisant de l'infamie une gloire, de la cruaut&eacute; un charme. "Je suis de race lointaine: mes p&egrave;res &eacute;taient Scandinaves: il se per&ccedil;aient les c&ocirc;tes, buvaient leur sang. - Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol: tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tach&eacute;e de sang partout. Jamais je ne travaillerai... " Plusieurs nuits, son d&eacute;mon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui! - Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m'&eacute;pouvanter mortellement. - "On me coupera vraiment le cou; ce sera d&eacute;go&ucirc;tant." Oh! ces jours o&ugrave; il veut marcher avec l'air du crime!<P>    "Parfois il parle, en une fa&ccedil;on de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux p&eacute;nibles, des d&eacute;parts qui d&eacute;chirent les coeurs. Dans les bouges o&ugrave; nous nous enivrions, il pleurait en consid&eacute;rant ceux qui nous entouraient, b&eacute;tail de la mis&egrave;re. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la piti&eacute; d'une m&egrave;re m&eacute;chante pour les petits enfants. - Il s'en allait avec des gentillesses de petite fille au cat&eacute;chisme. - Il feignait d'&ecirc;tre &eacute;clair&eacute; sur tout, commerce, art, m&eacute;decine. - Je le suivais, il le faut!<P>    "Je voyais tout le d&eacute;cor dont, en esprit, il s'entourait; v&ecirc;tements, draps, meubles: je lui pr&ecirc;tais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le cr&eacute;er pour lui. Quand il me semblait avoir l'esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions &eacute;tranges et compliqu&eacute;es, loin, bonnes ou mauvaises: j'&eacute;tais s&ucirc;re de ne jamais entrer dans son monde. &agrave; c&ocirc;t&eacute; de son cher corps endormi, que d'heures des nuits j'ai veill&eacute;, cherchant pourquoi il voulait tant s'&eacute;vader de la r&eacute;alit&eacute;. Jamais homme n'e&ucirc;t pareil voeu. Je reconnaissais, - sans craindre pour lui, - qu'il pouvait &ecirc;tre un s&eacute;rieux danger dans soci&eacute;t&eacute;. - Il a peut-&ecirc;tre des secrets pour changer la vie? Non, il ne fait qu'en chercher, me r&eacute;pliquais-je. Enfin sa charit&eacute; est ensorcel&eacute;e, et j'en suis la prisonni&egrave;re. Aucune autre &acirc;me n'aurait assez de force, - force de d&eacute;sespoir! - pour la supporter, - pour &ecirc;tre prot&eacute;g&eacute;e et aim&eacute;e par lui. D'ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre &acirc;me: on voit son Ange, jamais l'Ange d'un autre, - je crois. J'&eacute;tais dans son &acirc;me comme dans un palais qu'on a vid&eacute; pour ne pas voir une personne si peu noble que vous: voil&agrave; tout. H&eacute;las! je d&eacute;pendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et l&acirc;che? Il ne me rendait pas meilleure, s'il ne me faisait pas mourir! Tristement d&eacute;pit&eacute;e, je lui dis quelquefois: "Je te comprends." Il haussait les &eacute;paules.<P>    "Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus &eacute;gar&eacute;e &agrave; ses yeux, - comme &agrave; tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n'eusse &eacute;t&eacute; condamn&eacute;e pour jamais &agrave; l'oubli de tous! - j'avais de plus en plus faim de sa bont&eacute;. Avec ses baisers et ses &eacute;treintes amies, c'&eacute;tait bien un ciel, un sombre ciel, o&ugrave; j'entrais, et o&ugrave; j'aurais voulu &ecirc;tre laiss&eacute;e, pauvre, sourde, muette, aveugle. D&eacute;j&agrave; j'en prenais l'habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien &eacute;mus, nous travaillions ensemble. Mais, apr&egrave;s une p&eacute;n&eacute;trante caresse, il disait: "Comme &ccedil;a te para&icirc;tra dr&ocirc;le, quand je n'y serai plus, ce par quoi tu as pass&eacute;. Quand tu n'auras plus mes bras sous ton cou, ni mon coeur pour t'y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu'il faudra que je m'en aille, tr&egrave;s-loin, un jour. Puis il faut que j'en aide d'autres: c'est mon devoir. Quoique ce ne soit gu&egrave;re rago&ucirc;tant... , ch&egrave;re &acirc;me... " Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, pr&eacute;cipit&eacute;e dans l'ombre la plus affreuse: la mort. Je lui faisais promettre qu'il ne me l&acirc;cherait pas. Il l'a faite vingt fois, cette promesse d'amant. C'&eacute;tait aussi frivole que moi lui disant: "Je te comprends."<P>    "Ah! je n'ai jamais &eacute;t&eacute; jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir? Il n'a pas une connaissance; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bont&eacute; et sa charit&eacute; lui donneraient-elles droit dans le monde r&eacute;el? Par instants, j'oublie la piti&eacute; o&ugrave; je suis tomb&eacute;e: lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les d&eacute;serts, nous dormirons sur les pav&eacute;s des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me r&eacute;veillerai, et les lois et les moeurs auront chang&eacute;, - gr&acirc;ce &agrave; son pouvoir magique, - le monde, en restant le m&ecirc;me, me laissera &agrave; mes d&eacute;sirs, joies, nonchalances. Oh! la vie d'aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me r&eacute;compenser, j'ai tant souffert, me la donneras-tu? Il ne peut pas. J'ignore son id&eacute;al. Il m'a dit avoir des regrets, des espoirs: cela ne doit pas me regarder. Parle-t-il &agrave; Dieu? Peut-&ecirc;tre devrais-je m'adresser &agrave; Dieu. Je suis au plus profond de l'ab&icirc;me, et je ne sais plus prier.<P>    "S'il m'expliquait ses tristesses, les comprendrai-je plus que ses railleries? Il m'attaque, il passe des heures &agrave; me faire honte de tout ce qui m'a pu toucher au monde, et s'indigne si je pleure.<P>    "- Tu vois cet &eacute;l&eacute;gant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison: il s'appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je? Une femme s'est d&eacute;vou&eacute;e &agrave; aimer ce m&eacute;chant idiot: elle est morte, c'est certes une sainte au ciel, &agrave; pr&eacute;sent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C'est notre sort &agrave; nous, coeurs charitables... " H&eacute;las! Il avait des jours o&ugrave; tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de d&eacute;lires grotesques: il riait affreusement, longtemps. - Puis, il reprenait ses mani&egrave;res de jeune m&egrave;re, de soeur aim&eacute;e. S'il &eacute;tait moins sauvage, nous serions sauv&eacute;s! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. - Ah! je suis folle!<P>    "Un jour peut-&ecirc;tre il dispara&icirc;tra merveilleusement; mais il faut que je sache, s'il doit remonter &agrave; un ciel, que je voie un peu l'assomption de mon petit ami!" <P>   Dr&ocirc;le de m&eacute;nage!<P>   </DL></DL><BR> <IMG SRC="tear2.gif" WIDTH=569 HEIGHT=49 BORDER=0> <ADRESS><P> <TABLE BORDER=1> <TR> <TH><A HREF="textes.html"><IMG SRC="B1.GIF" WIDTH=81 HEIGHT=26 BORDER=0></A></TH><TH><A HREF="chrono.html"><IMG SRC="B2.GIF" WIDTH=137 HEIGHT=27 BORDER=0></A></TH><TH><A HREF="lieux.html"><IMG SRC="B3.GIF" WIDTH=74 HEIGHT=27 BORDER=0></A></TH><TH><A HREF="perso.html"><IMG SRC="B4.GIF" WIDTH=162 HEIGHT=23 BORDER=0></A></TH><TH><A HREF="geneindex.html"><IMG SRC="B5.GIF" WIDTH=71 HEIGHT=24 BORDER=0></A></TH> </TR> </TABLE><P> <FONT SIZE=-2>Pour tout commentaire, suggestion, remarque et soutien : contactez Web Master eMail : <A HREF="mailto:rimbaud@imaginet.fr">rimbaud@imaginet.fr</A><P> <P>  Circeto Films 1997 / Jean-Philippe PERROT</FONT></BODY><P></ADRESS>  
