<html>  	<head> 		<meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=iso-8859-1"> 		<title>Sculpteur/Porte de l'enfer</title> 		<meta name="generator" content="GoLive CyberStudio"> 		<base target="_self"> 	</head>  	<body bgcolor="white"> 		<center> 			<font size="4"><table border="0" width="100%"> 				<tr> 					<td width="29%"><font size="6"><img src="images/entete/clicfr3.gif" width="45" height="79"></font></td> 					<td width="59%"><img src="images/entete/sculpte.gif" width="208" height="36" border="0"></td> 					<td width="12%"> 						<div align="right"> 							<img src="images/entete/Rodin.gif" width="69" height="89" border="0"> </div> 					</td> 				</tr> 			</table> 			<hr> 			<table border="0" width="100%"> 				<tr> 					<td width="100%"> 						<center> 							<font size="5">AUTOUR <br> 							DE LA PORTE DE L'ENFER<br> 							</font><font size="4"><i><br> 							Antoinette Le Normand-Romain</i></font><font size="4"> </font></center> 					</td> 				</tr> 			</table> 			<hr> 			</font></center> 		<p><font size="4"><table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="43%"> 					<center> 						<font size="5">Le Penseur</font> </center> 				</td> 				<td width="18%"> 					<div align="right"> 						<a href="images/imagra/S788.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/S788.Gif" width="83" height="113" border="0" alt="S788"></a> </div> 				</td> 				<td width="39%"><a name="penseur"></a><i>Le Penseur</i><br> 					1881<br> 					bronze<br> 					71,5 x 40 x 58 cm<br> 					S.788<br> 					Photo : A. Rzepka</td> 			</tr> 		</table><br> 		De toute l'oeuvre de Rodin, la figure la plus c&eacute;l&egrave;bre est sans doute le grand <i>Penseur</i>. Model&eacute; d&egrave;s 1880-1882 pour la<i> Porte de l'Enfer</i>, le<i> Penseur</i> fut expos&eacute; dans sa taille originale (H.71,5 cm) &agrave; Copenhague en 1888. Il fut agrandi en 1902 et expos&eacute; sous cette forme au Salon de 1904 o&ugrave; il suscita de vives r&eacute;actions dans la presse. C'est alors que Gabriel Mourey qui dirigeait la revue <i>Les Arts de la vie</i> lan&ccedil;a une souscription afin d'en r&eacute;aliser un bronze qui fut &quot;offert au peuple de Paris&quot;, pour effacer l'affront qu'avait constitu&eacute; le refus du <i>Balzac</i> en 1898.<br> 		Premi&egrave;re oeuvre de Rodin &agrave; &ecirc;tre &eacute;rig&eacute;e &agrave; Paris dans un espace public, le <i>Penseur</i> fut en effet inaugur&eacute; devant le Panth&eacute;on le 21 avril 1906 dans un climat de crise politique et sociale intense qui en fit un symbole socialiste. <a name="penspla"></a><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="68%" valign="top"><font size="4">Aussi prit-on pr&eacute;texte de la g&ecirc;ne qu'il occasionnait dans le d&eacute;roulement des c&eacute;r&eacute;monies pour le faire transporter d&egrave;s 1922, avec son socle, dans les jardins de l'h&ocirc;tel Biron devenu mus&eacute;e Rodin. Un autre exemplaire a &eacute;t&eacute; plac&eacute; sur la tombe de Rodin &agrave; Meudon.</font></td> 				<td width="14%" valign="top"><a href="images/imagra/Ph288.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph288.gif" width="57" height="113" border="0" alt="Ph288"></a></td> 				<td width="18%" valign="top">Victor Pannelier<br> 					<i>Le Penseur</i><br> 					juillet 1882<br> 					papier albumin&eacute;<br> 					24 x 11,5 cm<br> 					Ph. 288</td> 			</tr> 		</table> 		<hr> 		<br> 		<table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="35%" valign="middle"> 					<center> 						<font size="5">Les Ombres</font> </center> 				</td> 				<td width="26%" valign="top"> 					<div align="right"> 						<a name="3ombres"></a><a href="images/imagra/Ph2038.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph2038.gif" width="117" height="170" border="0" alt="Ph2038"></a> </div> 				</td> 				<td width="39%" valign="top">Jean-Fran&ccedil;ois Limet<br> 					<i>Les trois ombres sur un &eacute;chaffaudage</i><br> 					20 avril -30 juin 1902<br> 					aristotype<br> 					15 x 10,8 cm<br> 					Ph. 2038</td> 			</tr> 		</table><br> 		Dans sa taille d'origine (H. 98 cm.) l'<i>Ombre</i> appara&icirc;t comme une variante d'<i>Adam</i>, simplifi&eacute;e au niveau de la composition. La t&ecirc;te plus courb&eacute;e encore prolonge presque &agrave; l'horizontale la ligne des &eacute;paules, et la musculature est diff&eacute;rente, tandis que le bras gauche se d&eacute;tache en avant du corps au lieu de barrer le torse. On ignore, en revanche, quand et comment Rodin eut l'id&eacute;e d'en grouper trois exemplaires identiques : c'&eacute;tait peut-&ecirc;tre une forme d'application, ou une cons&eacute;quence, de sa m&eacute;thode de travail par les profils, un seul coup d'oeil permettant d'appr&eacute;hender la figure &agrave; la fois de face, de trois-quarts &agrave; droite et de trois-quarts &agrave; gauche. C'&eacute;tait en tout cas une id&eacute;e tr&egrave;s nouvelle que lui-m&ecirc;me appliqua par la suite &agrave; bien d'autres de ses oeuvres, mais qui, &agrave; cette date, d&eacute;montre &agrave; elle seule l'audace de son travail. La verticale insistante des bras conduit le regard non plus vers l'inscription qui donnait son sens &agrave; la composition, <i>Lasciate ogni speranza, vo&iuml; ch'entrate</i>, puisque les mains qui la tenaient ont &eacute;t&eacute; coup&eacute;es, mais vers le penseur, le po&egrave;te, Dante ou peut-&ecirc;tre Rodin lui-m&ecirc;me m&eacute;ditant sur son oeuvre.<br> 		Les <i>Ombres</i>, probablement sous forme d'exemplaires s&eacute;par&eacute;s, furent expos&eacute;es pour la premi&egrave;re fois &agrave; la galerie Georges Petit en 1889. En 1900 elles figuraient &agrave; l'exposition <i>Rodin</i> sous le titre les <i>Vaincus</i>. L'ann&eacute;e suivante Rodin confia &agrave; Henri Leboss&eacute; la charge d'agrandir la figure, comme il l'avait d&eacute;j&agrave; fait, ou allait le faire, pour beaucoup des &eacute;l&eacute;ments de la <i>Porte</i> : &quot;Par la pr&eacute;sente, &eacute;crit Leboss&eacute; le 17 octobre 1901, je viens vous rassurer sur la marche de votre statue, autrement dire sur sa terminaison, et je crois que cette fois vous serez enti&egrave;rement satisfait car &eacute;tant mont&eacute;e elle a une allure magistrale et j'ose vous le dire &ccedil;a sera peut-&ecirc;tre le morceau de sculpture le plus important de votre oeuvre... Je suis s&ucirc;r que vous serez &eacute;merveill&eacute; du r&eacute;sultat de cette statue&quot;. L'agrandissement &eacute;tait termin&eacute; &agrave; la fin de l'ann&eacute;e, et au Salon de la Soci&eacute;t&eacute; nationale des Beaux-Arts de 1902 Rodin pr&eacute;senta trois exemplaires qui t&eacute;moignaient d'un nouveau pas en avant : les trois pl&acirc;tres, pr&eacute;sent&eacute;s en hauteur et en plein air, &eacute;taient simplement rapproch&eacute;s mais non constitu&eacute;s en un v&eacute;ritable groupe par une terrasse unique. Curieusement il revint ensuite en arri&egrave;re, d'une certaine fa&ccedil;on : alors que la figure avait gard&eacute; son aspect fragmentaire, il demanda en 1904 &agrave; Josef Maratka, un jeune sculpteur tch&egrave;que qui travaillait alors pr&egrave;s de lui, de refaire la main qui manquait car il craignait que le public ne comprenne pas, et il groupa les grandes <i>Ombres</i> comme les petites sur une terrasse unique.  		<hr> 		Adam et Eve <a name="adam"></a><a name="eve"></a><br> 		<br> 		<table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="24%" valign="top"> 					<div align="right"> 						Stephen Haweis &amp; Henry Coles<br> 						<i>Adam</i><br> 						1903 - 1904<br> 						tirage au charbon<br> 						22,2 x 14,5 cm <br> 						Ph. 2150 </div> 				</td> 				<td width="25%" valign="top"> 					<center> 						<a href="images/imagra/Ph2150.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph2150.gif" width="109" height="170" border="0" alt="Ph2150"></a> </center> 				</td> 				<td width="26%" valign="top"> 					<center> 						<a href="images/imagra/Ph2695.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph2695.gif" width="115" height="170" border="0" alt="Ph2695"></a> </center> 				</td> 				<td width="25%" valign="top">Stephen Haweis &amp; Henry Coles<br> 					<i>Eve</i><br> 					1903 - 1904<br> 					tirage au charbon<br> 					22,9 x 17 cm<br> 					Ph. 2695</td> 			</tr> 		</table></font></p> 		<p><font size="4">En octobre 1881, Rodin obtint de la direction des Beaux-Arts la commande de deux grandes statues destin&eacute;es &agrave; compl&eacute;ter la<i> Porte</i>, <i>Adam </i>et <i>Eve</i>. L'importance qu'il pr&eacute;voyait de leur donner est indiqu&eacute;e par leur prix : 5 000 francs chaque, alors que la d&eacute;pense pr&eacute;vue pour la <i>Porte</i> elle-m&ecirc;me ne devait pas d&eacute;passer 8 000 francs. Mais la <i>Porte</i> n'ayant pas connu d'aboutissement du vivant de Rodin, ce n'est que tardivement, au mus&eacute;e Rodin, que fut r&eacute;alis&eacute;e cette disposition dont Rodin avait cependant toujours gard&eacute; le projet.<br> 		Au cours de son premier voyage en Italie au printemps 1876, il avait &eacute;t&eacute; saisi d'enthousiasme, &agrave; Rome et &agrave; Florence, par Michel-Ange ; et <i>Adam et Eve</i> refl&egrave;tent directement cette admiration : <i>Adam</i> tend son index pour recevoir, comme au plafond de la Chapelle Sixtine, la vie que va lui donner Dieu le p&egrave;re. Cependant le genou pli&eacute;, la position oblique du bras en travers du torse et l'inclinaison de la t&ecirc;te sur l'&eacute;paule renvoient plut&ocirc;t &agrave; la <i>Pieta</i> du Duomo de Florence dont Rodin s'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; souvenu pour le guerrier bless&eacute; de la <i>D&eacute;fense</i> (1879).<br> 		Rapidement model&eacute;, <i>Adam</i> est le premier &eacute;l&eacute;ment li&eacute; &agrave; la <i>Porte</i> qui fut dot&eacute; d'ind&eacute;pendance : le pl&acirc;tre figura en effet au Salon de 1881 sous le titre la <i>Cr&eacute;ation de l'homme</i>. Comme lui, <i>Eve</i> fut ex&eacute;cut&eacute;e d&egrave;s 1881. Mais, attentif &agrave; l'extr&ecirc;me &agrave; son mod&egrave;le, la brune Anna Abruzzezzi, Rodin, ce &quot;chasseur de v&eacute;rit&eacute; et guetteur de vie&quot;, s'&eacute;tonnait de devoir reprendre chaque jour le bassin de la figure. &quot;Je voyais changer mon mod&egrave;le sans en conna&icirc;tre la cause, confia-t-il beaucoup plus tard &agrave; Dujardin-Beaumetz ; je modifiais mes profils, suivant na&iuml;vement les transformations successives de formes qui s'amplifiaient. Un jour j'appris qu'elle &eacute;tait enceinte ; je compris tout. Les profils du ventre n'avaient chang&eacute; que d'une mani&egrave;re &agrave; peine sensible ; mais on peut voir combien j'ai copi&eacute; la nature avec sinc&eacute;rit&eacute; en regardant les muscles des lombes et des c&ocirc;t&eacute;s. (...) Je n'avais certainement pas pens&eacute; que, pour traduire Eve, il fall&ucirc;t prendre comme mod&egrave;le une femme enceinte ; un hasard, heureux pour moi, me l'a donn&eacute;e, et il a singuli&egrave;rement aid&eacute; au caract&egrave;re de la figure. Mais bient&ocirc;t, devenant plus sensible, mon mod&egrave;le trouva qu'il faisait trop froid dans l'atelier ; elle espa&ccedil;a les s&eacute;ances, puis ne revint plus. C'est pour cela que mon Eve n'est pas finie&quot; (H. Dujardin-Beaumetz, <i>Entretiens avec Rodin</i>, 1913). En effet Rodin laissa alors de c&ocirc;t&eacute; la version grandeur nature, dont l'&eacute;piderme, irr&eacute;gulier, montre bien qu'elle n'est pas termin&eacute;e, pour ex&eacute;cuter une <i>Petite Eve</i> ou <i>Eve jeune</i>, au corps plus lisse et plus sensuel, dont il existe plusieurs versions et de tr&egrave;s nombreux exemplaires. <br> 		La grande <i>Eve</i> ne fut en revanche pr&eacute;sent&eacute;e au public qu'au Salon de la Soci&eacute;t&eacute; nationale de 1899 &agrave; Paris (bronze), tandis qu'un pl&acirc;tre figurait dans l'exposition <i>Rodin</i> qui circula en Belgique et aux Pays-Bas pendant le printemps et l'&eacute;t&eacute; 1899. De nombreux bronzes furent d&egrave;s lors r&eacute;alis&eacute;s dont l'un, en 1911, destin&eacute; au mus&eacute;e du Luxembourg &agrave; Paris (d&eacute;pos&eacute; en 1918 au mus&eacute;e Rodin ; expos&eacute; salle 7). Certains, dits <i>Eve au rocher</i> (comme celui qui est pr&eacute;sent&eacute; pr&egrave;s du bassin), pr&eacute;sentent un rocher &agrave; l'arri&egrave;re : ces bronzes l&agrave; correspondent au marbre pour lequel un soutien suppl&eacute;mentaire se r&eacute;v&eacute;la n&eacute;cessaire. Deux exemplaires en marbre sont connus : le premier fut taill&eacute; par Antoine Bourdelle entre 1901 et 1907 (Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek), tandis que le second fut r&eacute;alis&eacute; dans les derni&egrave;res ann&eacute;es de la vie de Rodin, pour son futur mus&eacute;e (expos&eacute; dans la Galerie des marbres).<br> 		&quot;Comme de loin ploy&eacute;e dans ses bras, dont les mains tourn&eacute;es vers le dehors voudraient repousser tout, m&ecirc;me son propre corps qui se transforme&quot; (Rainer Maria Rilke, <i>Auguste Rodin</i>, 1928), Eve reste aujourd'hui encore l'une des oeuvres les plus appr&eacute;ci&eacute;es de Rodin, peut-&ecirc;tre en raison de la complexit&eacute; des sentiments qu'elle sugg&egrave;re :&quot;honteuse de la faute, courb&eacute;e sous la terreur, obscur&eacute;ment angoiss&eacute;e moins par le remords du p&eacute;ch&eacute; que par l'id&eacute;e d'avoir cr&eacute;&eacute; des &ecirc;tres pour la douleur future, (... la grande) Eve est un bronze d'aspect formidable et Rodin y est tout entier&quot; <i>(Camille Mauclair</i>, Auguste Rodin., 1918). <a name="baiser"></a> 		<hr> 		<br> 		<table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="34%" valign="middle"> 					<center> 						<font size="5">Le Baiser</font> </center> 				</td> 				<td width="29%"> 					<div align="right"> 						<a href="images/imagra/S1002.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/S1002.gif" width="134" height="170" border="0" alt="S1002"></a> </div> 				</td> 				<td width="37%" valign="top"><i>Le Baiser</i><br> 					1888 - 1889<br> 					marbre<br> 					181,5 x 112,3 x 117 cm<br> 					S.1002<br> 					Photo : E. &amp; P. Hesmerg</td> 			</tr> 		</table><br> 		Visitant l'Enfer, Virgile et Dante virent dans le deuxi&egrave;me cercle, parmi ceux qui ont commis le p&eacute;ch&eacute; de chair, Paolo et Francesca, personnages qui v&eacute;curent effectivement au Moyen Age en Italie : vers 1275, Francesca, fille de Guido da Polenta, avait &eacute;t&eacute; mari&eacute;e &agrave; Gianciotto Malatesta, seigneur de Rimini, qui la confia &agrave; son fr&egrave;re, le jeune et beau Paolo. Paolo et Francesca s'&eacute;prirent l'un de l'autre en lisant des romans d'amour courtois. Alors qu'ils &eacute;changeaient un premier baiser, ils furent surpris par Gianciotto qui les poignarda. &quot;Amour nous a conduits &agrave; une mort unique&quot;, fait dire Dante &agrave; leurs ombres. Cet amour interdit, et la damnation &eacute;ternelle qui en est la cons&eacute;quence, appara&icirc;t comme l'un des th&egrave;mes de pr&eacute;dilection du XIX&egrave;me si&egrave;cle, d'Ingres et Delacroix, &agrave; Ary Scheffer, Cabanel et Henri Martin. <br> 		Au centre du vantail gauche de la <i>Porte de l'Enfer</i>, Rodin avait donc figur&eacute; les amants c&eacute;l&egrave;bres au moment o&ugrave; ils prennent conscience de leurs sentiments. Encore en place au d&eacute;but de l'ann&eacute;e 1886, le groupe fut sans doute retir&eacute; de la <i>Porte</i> peu apr&egrave;s, car il &eacute;voquait un &eacute;tat de pur bonheur qui s'harmonisait mal avec l'ensemble de la composition. Il fut expos&eacute; &agrave; Paris, puis &agrave; Bruxelles, en 1887, et c'est alors qu'il prit le titre de <i>Baiser</i>, la critique ayant t&eacute;moign&eacute; sa surprise de n'y trouver aucun &eacute;l&eacute;ment de costume ou de d&eacute;cor qui &eacute;voqu&acirc;t de fa&ccedil;on directe Paolo et Francesca : Rodin avait renonc&eacute; &agrave; la facilit&eacute; des sujets pittoresques, litt&eacute;raires ou mythologiques qui, en distrayant le spectateur, affaiblissent l'&eacute;motion que doit ressentir celui-ci devant la repr&eacute;sentation. <br> 		Comme tous les groupes issus de la <i>Porte</i>, le <i>Baiser</i> allait d&egrave;s lors conna&icirc;tre une existence ind&eacute;pendante. Le 31 janvier 1888, la direction des Beaux-Arts en commanda en effet l'ex&eacute;cution en marbre, au double, le groupe devant &ecirc;tre pr&ecirc;t pour l'Exposition universelle qui ouvrit le 6 mai 1889. Mais Jean Turcan, le praticien qui &eacute;tait charg&eacute; de sa r&eacute;alisation, cessa d'y travailler au d&eacute;but de l'ann&eacute;e 1889 ; Rodin le laissa de c&ocirc;t&eacute;... et le marbre ne parut qu'au Salon de la Soci&eacute;t&eacute; nationale de 1898, en m&ecirc;me temps que le grand mod&egrave;le du Balzac : conscient du scandale qu'allait susciter celui-ci, Rodin avait en effet senti la n&eacute;cessit&eacute; de montrer aussi une oeuvre plus traditionnelle. Comme il l'avait pr&eacute;vu, tous les &eacute;loges all&egrave;rent au <i>Baiser</i> tandis qu'il n'y avait pas de critique dont on n'accabl&acirc;t son <i>Balzac</i>. Lui-m&ecirc;me cependant se rendait bien compte du progr&egrave;s accompli de l'un &agrave; l'autre : &quot;Sans doute l'enlacement du Baiser est tr&egrave;s joli, reconnaissait-il. Mais dans ce groupe je n'ai rien trouv&eacute;. C'est un th&egrave;me trait&eacute; souvent suivant la tradition scolaire : un sujet complet en lui-m&ecirc;me et artificiellement isol&eacute; du monde qui l'entoure : c'est un grand bibelot sculpt&eacute; suivant la formule habituelle et qui retient &eacute;troitement l'attention sur les deux personnages au lieu d'ouvrir de larges horizons &agrave; la r&ecirc;verie&quot; (Paul Gsell, &quot;Propos de Rodin sur l'art et les artistes&quot;, <i>La Revue</i>, 1er novembre 1907).<br> 		Pr&eacute;sent&eacute; de nouveau &agrave; l'Exposition universelle de 1900, le <i>Baiser</i> entra ensuite au mus&eacute;e du Luxembourg avant d'&ecirc;tre d&eacute;pos&eacute; au mus&eacute;e Rodin, lors de la cr&eacute;ation de celui-ci, en 1918. Mais, d&egrave;s 1900, deux r&eacute;pliques en marbre avaient &eacute;t&eacute; command&eacute;es &agrave; Rodin, l'une par Carl Jacobsen pour la Glyptoth&egrave;que qu'il constituait &agrave; Copenhague, l'autre par un amateur d'art, Edward Perry Warren pour sa propre collection (aujourd'hui &agrave; la Tate Gallery &agrave; Londres) : les trois marbres ont &eacute;t&eacute; expos&eacute;s ensemble au mus&eacute;e d'Orsay &agrave; Paris en 1995, et l'on a pu constater alors que les principales diff&eacute;rences r&eacute;sidaient dans la taille des blocs et le degr&eacute; de finition, le <i>Baiser</i> du mus&eacute;e Rodin ayant un caract&egrave;re inachev&eacute; qui s'explique par l'interruption brutale de sa r&eacute;alisation au d&eacute;but de l'ann&eacute;e 1889.<br> 		Rodin lui-m&ecirc;me eut beau souligner le c&ocirc;t&eacute; traditionnel du <i>Baiser</i>, celui-ci n'en demeure pas moins l'une de ses oeuvres les plus c&eacute;l&egrave;bres et il eut, au XX&egrave;me si&egrave;cle, une post&eacute;rit&eacute; qui culmine avec Constantin Brancusi : tout en se d&eacute;fendant d'avoir subi l'influence de Rodin (dans l'atelier duquel il avait pass&eacute; quelques mois &agrave; son arriv&eacute;e &agrave; Paris), Brancusi reprit en effet ce th&egrave;me &agrave; maintes reprises, de 1907 &agrave; 1945 avec la <i>Borne fronti&egrave;re</i> du centre Pompidou. <a name="ugolin"></a> 		<hr> 		<br> 		<table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="26%" valign="middle"> 					<center> 						<font size="5">Ugolin</font> </center> 				</td> 				<td width="46%"> 					<div align="right"> 						<a href="images/imagra/uglin.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/uglin.gif" width="204" height="170" border="0" alt="S1427"></a> </div> 				</td> 				<td width="28%" valign="top"><i>Ugolin</i> <i>et ses enfants</i><br> 					1901 - 1904<br> 					bronze<br> 					133,5 x 140 x 194 cm<br> 					S.1427<br> 					Photo: J. de Calan</td> 			</tr> 		</table><br> 		<br> 		Au <i>Baiser</i> r&eacute;pond <i>Ugolin</i> dont la version originale appara&icirc;t au centre du vantail gauche de la <i>Porte de l'Enfer</i> tandis que le grand mod&egrave;le (bronze) orne le centre du bassin. Fait prisonnier au cours des guerres qui opposaient, au XIII&egrave;me si&egrave;cle, les cit&eacute;s italiennes, et convaincu de trahison, Ugolino della Gherardesca fut emprisonn&eacute; en f&eacute;vrier 1289 dans la Tour de la Faim &agrave; Pise, avec ses deux fils et deux de ses petits-fils. Les clefs de la tour furent jet&eacute;es dans le fleuve et ils moururent de faim, Ugolin le dernier, apr&egrave;s avoir assist&eacute; &agrave; la mort de ses enfants et mang&eacute; leur chair ce qui lui valut d'&ecirc;tre condamn&eacute; &agrave; l'Enfer car c'&eacute;tait bien &eacute;videmment interdit par l'Eglise.<br> 		Dans l'illustration de ce th&egrave;me, Rodin avait eu un pr&eacute;d&eacute;cesseur illustre en la personne de Jean-Baptiste Carpeaux qui l'avait choisi comme sujet de son dernier envoi de Rome. S'inspirant du <i>Laocoon </i>du mus&eacute;e du Vatican il avait repr&eacute;sent&eacute; Ugolin assis, se mordant les mains, les pieds crisp&eacute;s l'un sur l'autre, tandis que ses enfants, mourants, se tra&icirc;nent aupr&egrave;s de lui (1860, bronze, Paris, mus&eacute;e d'Orsay). Rodin, dont la collection personnelle comprenait une fonte de l'esquisse du groupe de Carpeaux, et qui dans la <i>troisi&egrave;me maquette</i> de la <i>Porte de l'Enfer</i> pr&eacute;voyait un Ugolin assis, se rapproche ensuite du texte de Dante : &quot;Ainsi les vis-je tous (...) tomber un &agrave; un (...) si bien que n'y voyant d&eacute;j&agrave; plus, je me jetai moi-m&ecirc;me, hurlant et rampant, sur ces corps inanim&eacute;s, les appelant deux jours apr&egrave;s leur mort, et les rappelant encore, jusqu&#146;&agrave; ce que la faim &eacute;teign&icirc;t en moi ce qu'avait laiss&eacute; la douleur&quot;.<br> 		Le groupe, expos&eacute; comme le <i>Baiser</i> &agrave; Bruxelles en 1877, fut loin de rencontrer un succ&egrave;s &eacute;quivalent &agrave; celui-ci. Cependant il s'agissait d'une oeuvre ch&egrave;re au coeur de l'artiste qui, &agrave; plusieurs reprises, en int&eacute;gra des &eacute;l&eacute;ments &agrave; d'autres groupes : agrandie, la t&ecirc;te de l'un des enfants pour laquelle il &eacute;prouvait visiblement une pr&eacute;dilection particuli&egrave;re (et qu'il utilisa d'ailleurs pour <i>Paolo</i> dans le groupe de la <i>Porte</i>), devint la <i>T&ecirc;te de la Douleur</i> et fut traduite en bronze et en marbre. Quant au groupe lui-m&ecirc;me, Rodin le fit agrandir par Henri Leboss&eacute; entre 1901 et 1904. Le grand pl&acirc;tre, d&eacute;pos&eacute; par le mus&eacute;e Rodin au mus&eacute;e d'Orsay en 1986, pr&eacute;sente d'importantes diff&eacute;rences avec le petit mod&egrave;le : l'agrandissement se faisait en effet par fragments, le montage final ayant lieu dans l'atelier de Rodin et sous ses yeux, ce qui permettait &agrave; l'artiste d'op&eacute;rer des modifications profondes. Le grand bronze est en revanche fid&egrave;le &agrave; la version de la<i> Porte</i>. <a name="meditat"></a> 		<hr> 		<br> 		<table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="33%"> 					<center> 						<font size="5">La M&eacute;ditation</font> </center> 				</td> 				<td width="28%"> 					<div align="right"> 						<a href="images/imagra/Ph1684.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph1684.gif" width="126" height="170" border="0" alt="Ph1684"></a> </div> 				</td> 				<td width="39%" valign="top">Stephen Haweis &amp; Henry Coles<br> 					<i>La M&eacute;ditation</i><br> 					1903 - 1904<br> 					tirage au charbon<br> 					22,1 x 16,4 cm<br> 					Ph. 1684</td> 			</tr> 		</table><br> 		C'est l'aboutissement d'une petite damn&eacute;e qui, &agrave; l'extr&ecirc;me droite du tympan de la <i>Porte de l'Enfer</i>, se penche en &eacute;tirant le cou, en un &quot;admirable mouvement d'arbre pleureur&quot;. Elle devint une figure &agrave; part enti&egrave;re &agrave; la fin des ann&eacute;es 1880 et Rodin s'en inspira alors pour illustrer le po&egrave;me de Baudelaire, &quot;La Beaut&eacute;&quot;, sur l'exemplaire des <i>Fleurs du Mal</i> qui appartenait &agrave; Paul Gallimard. Quelques ann&eacute;es plus tard il revint &agrave; la figure qui n'avait pas encore de titre, et l'utilisa de diverses mani&egrave;res, dans le <i>Christ et la Madeleine</i>, <i>Constellation</i>, et surtout dans le <i>Monument &agrave; Victor Hugo</i> auquel il travaillait &agrave; ce moment l&agrave; : en 1894 il d&eacute;cida d'en faire l'all&eacute;gorie des <i>Voix int&eacute;rieures</i>. Mais, pour l'int&eacute;grer au monument, il fallait supprimer les bras qui ne convenaient pas, couper un genou, abattre la partie ext&eacute;rieure de la jambe droite : Rodin obtint ainsi une figure fragmentaire qui fut agrandie, expos&eacute;e d&egrave;s 1896 &agrave; Paris et fondue sous cette forme de son vivant : c'est ainsi sans doute qu'elle apparaissait comme parfaite aux yeux de Rodin, qu'elle r&eacute;pondait le mieux &agrave; ses aspirations. &quot;Les bras manquent. Rodin les &eacute;prouva dans ce cas comme une solution trop facile de sa t&acirc;che, comme quelque chose qui ne s'accordait pas avec le corps qui voulait s'envelopper en soi-m&ecirc;me, sans secours &eacute;tranger. (... Les) statues sans bras de Rodin, il ne leur manque rien de n&eacute;cessaire. On est devant elles comme devant un tout, achev&eacute; et qui n'admet aucun compl&eacute;ment&quot; (R. M. Rilke, <i>Auguste Rodin</i>, 1928).<br> 		Tout enti&egrave;re concentr&eacute;e &agrave; l'&eacute;coute d'elle-m&ecirc;me, aussi gracieuse que puissante de formes, la <i>M&eacute;ditation</i> ou la<i>Voix int&eacute;rieure</i> est dans sa version sans bras l'une des oeuvres fondamentales pour la compr&eacute;hension de Rodin : &quot;L'&eacute;tude de la nature y est compl&egrave;te et j'ai mis tout mon effort &agrave; y rendre l'art aussi entier que possible. Je consid&egrave;re que ce pl&acirc;tre est une de mes oeuvres le mieux finies, le plus pouss&eacute;es (sic)&quot;. Le 2 janvier 1897, Rodin annon&ccedil;ait ainsi au prince Eug&egrave;ne de Su&egrave;de l'envoi d'une &eacute;preuve de la <i>Voix int&eacute;rieure</i> dont il proposait de faire don au mus&eacute;e national su&eacute;dois apr&egrave;s la fermeture de l'exposition qui devait avoir lieu &agrave; Stockholm pendant l'&eacute;t&eacute; 1897. Mais le mus&eacute;e refusa le pl&acirc;tre qui, &agrave; la demande du roi Oscar II, entra alors dans les collections royales pour en &ecirc;tre exclu apr&egrave;s la mort du roi en 1907. <a name="hugo"></a><table border="0" width="100%"> 			<tr> 				<td width="64%" valign="top"> 					<div align="right"> 						<a href="images/imagra/Ph1194.jpg" target="qpxl"><img src="images/imapeti/Ph1194.gif" width="137" height="113" border="0" alt="Ph1194"></a> </div> 				</td> 				<td width="36%" valign="top">Adolphe Braun<br> 					<i>Le Monument &agrave; Victor Hugo</i> <i>dans le jardin du Palais-Royal</i><br> 					tirage au charbon<br> 					21,5 x 27,5 cm<br> 					Ph. 1194</td> 			</tr> 		</table><br> 		Pour le<i> Monument &agrave; Victor Hugo</i> cependant, dont la premi&egrave;re fonte fut r&eacute;alis&eacute;e &agrave; la demande de la Ville de Paris d'apr&egrave;s le pl&acirc;tre conserv&eacute; &agrave; Meudon, et plac&eacute;e en 1964 &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de l'avenue Victor Hugo, Rodin crut n&eacute;cessaire de donner des bras &agrave; la figure. De son vivant le monument n'avait abouti que sous une forme simplifi&eacute;e : Victor Hugo seul fut traduit en marbre (Salon de 1901). Les deux Muses (la <i>Muse tragique</i> et la <i>M&eacute;ditation</i>) avaient &eacute;galement &eacute;t&eacute; commenc&eacute;es, mais Rodin n'en &eacute;tait pas v&eacute;ritablement satisfait ou, plus probablement, les jugeait-il superflues, car il annon&ccedil;a en 1906 qu'il les supprimait toutes deux : &quot;(Hugo) est si complet par lui-m&ecirc;me, l'encouragea Judith Cladel, son attitude, son geste disent si bien tout, que les Muses, me semble-t-il, ne lui ajoutent rien. Je crois m&ecirc;me qu'elles le limitent (...) A lui seul il est la po&eacute;sie, et la po&eacute;sie ne s'explique pas&quot; (<i>Rodin. Sa vie glorieuse. Sa vie inconnue</i>, 1936). C'est donc un Hugo seul, en marbre, qui fut plac&eacute; en 1909 sur un socle &eacute;tonnant, fait de blocs irr&eacute;guliers, dans les jardins du Palais-Royal. Il en fut retir&eacute; en 1933 pour &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute; aux collections du mus&eacute;e Rodin.</font></p> 		<center> 			<p><a href="sculpte.htm" target="droite"><font size="4">Le sculpteur</font></a><font size="4"> - <a href="scujeun.htm" target="droite">Les &#156;uvres de jeunesse</a> - <a href="scuenf1.htm" target="droite">La Porte de l'Enfer</a> &amp; les &#156;uvres<a href="scuhomm.htm" target="droite"><br> 			l'Homme qui marche</a> - <a href="scumonu.htm" target="droite">Les monuments</a> - <a href="scumarb.htm" target="droite">Les marbres</a> </font></center> 	</body>  </html> 
