<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Ren Daniel Boudin">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.7 [fr]C-NSCPCD  (Win98; U) [Netscape]">    <title>ENFER. - Dictionnaire philosophique</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#51A2A2" link="#0000FF" vlink="#3333FF" alink="#FF0000"> <a NAME="a"></a> <center><table BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=25 WIDTH="90%" BGCOLOR="#FFFFEA" > <tr> <td> <center><b><font size=-1>OEUVRES COMPLTES DE VOLTAIRE</font></b> <br><b><font color="#FF0000"><font size=-1>DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE</font></font></b> <br><font size=-1>| <a href="../index.html">Accueil</a> | <a href="../modalites.htm">CD-rom des Oeuvres Compltes</a> | <a href="../00Table/table.htm">Dictionnaire philosophique</a> |</font><font size=-1></font> <p><b><font color="#FF0000"><font size=+1>ENFER</font></font></b></center> <b><font color="#FF0000"><font size=-1></font></font></b> <p><font size=-1><a href="#Note_1">(1)</a><i>Inferum, souterrain: l</i>es peuples qui enterraient les morts les mirent dans le souterrain; leur me y tait donc avec eux. Telle est la premire physique et la premire mtaphysique des gyptiens et des Grecs.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les Indiens, beaucoup plus anciens, qui avaient invent le dogme ingnieux de la mtempsycose, ne crurent jamais que les mes fussent dans le souterrain.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les Japonais, les Corens, les Chinois, les peuples de la vaste Tartarie orientale et occidentale, ne surent pas un mot de la philosophie du souterrain.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les Grecs, avec le temps, firent du souterrain un vaste royaume quils donnrent libralement  Pluton et  Proserpine sa femme. Ils leur assignrent trois conseillers dtat, trois femmes de charge, nommes les Furies, trois parques pour filer, dvider, et couper le fil de la vie des hommes; et comme dans lantiquit chaque hros avait son chien pour garder sa porte, on donna  Pluton un gros chien qui avait trois ttes: car tout allait par trois. Des trois conseillers dtat, Minos, aque et Rhadamanthe, lun jugeait la Grce, lautre lAsie Mineure (car les Grecs ne connaissaient pas alors la grande Asie), le troisime tait pour lEurope.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les potes ayant invent ces enfers sen moqurent les premiers. Tantt Virgile parle srieusement des enfers dans lnide, parce qualors le srieux convient  son sujet; tantt il en parle avec mpris dans ses <i>Gorgiques</i> (II, v. 490 et suiv.):</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>Felix qui potuit rerum cognoscere causas,</font> <br><font size=-1>Atque metus omnes et inexorabile fatum</font> <br><font size=-1>Subjecit pedibus, strepitumque Acherontis avari!</font> <br><font size=-1>Heureux qui peut sonder les lois de la nature,</font> <br><font size=-1>Qui des vains prjugs foule aux pieds limposture;</font> <br><font size=-1>Qui regarde en piti le Styx et lAchron,</font> <br><font size=-1>Et le triple Cerbre, et la barque  Caron.</font></td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>On dclamait sur le thtre de Rome ces vers de la Troade (choeur du ii<sup>e</sup> acte), auxquels quarante mille mains applaudissaient:</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>. . . . . . . . . . . . . Taenara et aspero</font> <br><font size=-1>Regnum sub domino, limen et obsidens</font> <br><font size=-1>Custos non facili Cerberus ostio,</font> <br><font size=-1>Rumores vacui, verbaque inania,</font> <br><font size=-1>Et par sollicito fabula somnio.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Le palais de Pluton, son portier  trois ttes,</font> <br><font size=-1>Les couleuvres denfer  mordre toujours prtes,</font> <br><font size=-1>Le Styx, le Phlgton, sont des contes denfants,</font> <br><font size=-1>Des songes importuns, des mots vides de sens.</font></td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>Lucrce, Horace, sexpriment avec la mme force; Cicron, Snque, en parlent de mme en vingt endroits. Le grand empereur Marc-Aurle raisonne encore plus philosophiquement queux tous<a href="#Note_2">(2).</a>  Celui qui craint la mort, craint ou dtre priv de tous sens, ou dprouver dautres sensations. Mais si tu nas plus tes sens, tu ne seras plus sujet  aucune peine,  aucune misre; si tu as des sens dune autre espce, tu seras une autre crature. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il ny avait pas un mot  rpondre  ce raisonnement dans la philosophie profane. Cependant, par la contradiction attache  lespce humaine, et qui semble faire la base de notre nature, dans le temps mme que Cicron disait publiquement:  Il ny a point de vieille femme qui croie ces inepties,  Lucrce avouait que ces ides faisaient une grande impression sur les esprits: il vient, dit-il, pour les dtruire:</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>. . . . . . . . . . . Si certam finem esse viderent</font> <br><font size=-1>rumnarum homines, aliqua ratione valerent</font> <br><font size=-1>Relligionibus atque minis obsistere vatum.</font> <br><font size=-1>Nunc ratio nulla est restandi, nulla facultas</font> <br><font size=-1>ternas quoniam poenas in morte timendum.</font> <div align=right><font size=-1>(Lucrce, i, v. 108 et seq.)</font></div> <font size=-1>Si lon voyait du moins un terme  son malheur,</font> <br><font size=-1>On soutiendrait sa peine, on combattrait lerreur,</font> <br><font size=-1>On pourrait supporter le fardeau de la vie;</font> <br><font size=-1>Mais dun plus grand supplice elle est, dit-on, suivie:</font> <br><font size=-1>Aprs de tristes jours on craint lternit.</font></td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>Il tait donc vrai que parmi les derniers du peuple, les uns riaient de lenfer, les autres en tremblaient. Les uns regardaient Cerbre, les Furies, et Pluton, comme des fables ridicules; les antres ne cessaient de porter des offrandes aux dieux infernaux. Ctait tout comme chez nous:</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>Et quocumque tamen miseri venere, parentant,</font> <br><font size=-1>Et nigras mactant pecudes, et Manibu divis</font> <br><font size=-1>Inferias mittunt, multoque in rebus acerbis</font> <br><font size=-1>Acrius advertunt animos ad relligionem.</font> <div align=right><font size=-1>(Lucrce, iii, v. 51-54.)</font></div> <font size=-1>Ils conjurent ces dieux quont forgs nos caprices;</font> <br><font size=-1>Ils fatiguent Pluton de leurs vains sacrifices;</font> <br><font size=-1>Le sang dun blier noir coule sous leurs couteaux:</font> <br><font size=-1>Plus ils sont malheureux, et plus ils sont dvots.</font></td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>Plusieurs philosophes qui ne croyaient pas aux fables des enfers voulaient que la populace ft contenue par cette croyance. Tel fut Time de Locres, tel fut le politique historien Polybe.  Lenfer, dit-il, est inutile aux sages, mais ncessaire  la populace insense. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il est assez connu que la loi du <i>Pentateuque</i> nannona jamais un enfer<a href="#Note_3">(3).</a> Tous les hommes taient plongs dans ce chaos de contradictions et dincertitudes quand Jsus-Christ vint au monde. Il confirma la doctrine ancienne de lenfer; non pas la doctrine des potes paens, non pas celle des prtres gyptiens, mais celle quadopta le christianisme,  laquelle il faut que tout cde. Il annona un royaume qui allait venir, et un enfer qui naurait point de fin.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il dit expressment  Capharnam en Galile<a href="#Note_4">(4):</a>  Quiconque appellera son frre <i>Raca</i> sera condamn par le sanhdrin; mais celui qui lappellera <i>fou</i> sera condamn aux g<i>ehenei eimom,</i> gehenne du feu. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Cela prouve deux choses: premirement que Jsus-Christ ne voulait pas quon dt des injures, car il nappartenait qu lui, comme matre, dappeler les prvaricateurs pharisiens <i>race de vipres; </i>secondement, que ceux qui disent des injures  leur prochain mritent lenfer, car la gehenne du feu tait dans la valle dEnnom, o lon brlait autrefois des victimes  Moloch; et cette gehenne figure le feu denfer.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il dit ailleurs<a href="#Note_5">(5):</a>  Si quelquun sert dachoppement aux faibles qui croient en moi, il vaudrait mieux quon lui mt au cou une meule asinaire, et quon le jett dans la mer.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Et si ta main te fait achoppement, coupe-la; il est bon pour toi dentrer manchot dans la vie, plutt que daller dans la gehenne du feu inextinguible, o le ver ne meurt point, et o le feu ne steint point.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Et si ton pied te fait achoppement, coupe ton pied; il est bon dentrer boiteux dans la vie ternelle, plutt que dtre jet avec tes deux pieds dans la gehenne inextinguible, o le ver ne meurt point, et o le feu ne steint point.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Et si ton oeil te fait achoppement, arrache ton oeil; il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que dtre jet avec tes deux yeux dans la gehenne du feu, o le ver ne meurt point, et o le feu ne steint point.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Car chacun sera sal par le feu, et toute victime sera sale par le sel.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Le sel est bon; que si le sel saffadit, avec quoi salerez-vous?</font><font size=-1></font> <p><font size=-1> Vous avez dans vous le sel, conservez la paix parmi vous. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il dit ailleurs, sur le chemin de Jrusalem<a href="#Note_6">(6):</a>  Quand le pre de famille sera entr et aura ferm la porte, vous resterez dehors, et vous heurterez, disant: Matre, ouvrez-nous; et en rpondant, il vous dira: <i>Nescio vos,</i> do tes-vous? Et alors vous commencerez  dire: Nous avons mang et bu avec toi, et tu as enseign dans nos carrefours; et il vous rpondra: <i>Nescio</i> <i>vos,</i> do tes vous? ouvriers diniquits! Et il y aura pleurs et grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob, et tous les prophtes, et que vous serez chasss dehors. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Malgr les autres dclarations positives manes du Sauveur du genre humain, qui assurent la damnation ternelle de quiconque ne sera pas de notre glise, Origne et quelques autres nont pas cru lternit des peines.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les sociniens les rejettent, mais ils sont hors du giron. Les luthriens et les calvinistes, quoique gars hors du giron, admettent un enfer sans fin<a href="#Note_7">(7).</a></font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Ds que les hommes vcurent en socit, ils durent sapercevoir que plusieurs coupables chappaient  la svrit des lois: ils punissaient les crimes publics; il fallut tablir un frein pour les crimes secrets; la religion seule pouvait tre ce frein. Les Persans, les Chaldens, les gyptiens, les Grecs, imaginrent des punitions aprs la vie; et de tous les peuples anciens que nous connaissons, les Juifs, comme nous lavons dj observ<a href="#Note_8">(8),</a> furent les seuls qui nadmirent que des chtiments temporels. Il est ridicule de croire ou de feindre de croire, sur quelques passages trs obscurs, que lenfer tait admis par les anciennes lois des Juifs, par leur <i>Lvitique,</i> par leur <i>Dcalogue,</i> quand lauteur de ces lois ne dit pas un seul mot qui puisse avoir le moindre rapport avec les chtiments de la vie future. On serait en droit de dire au rdacteur du <i>Pentateuque: </i>Vous tes un homme inconsquent et sans probit, comme sans raison, trs indigne du nom de lgislateur que vous vous arrogez! Quoi! vous connaissez un dogme aussi rprimant, aussi ncessaire au peuple que celui de lenfer, et vous ne lannoncez pas expressment? et tandis quil est admis chez toutes nations qui vous environnent, vous vous contentez de laisser deviner ce dogme par quelques commentateurs qui viendront quatre mille ans aprs vous, et qui donneront la torture  quelques-unes de vos paroles pour y trouver ce que vous navez pas dit? Ou vous tes un ignorant, qui ne savez pas que cette crance tait universelle en gypte, en Chalde, en Perse; ou vous tes un homme trs malavis, si, tant instruit de ce dogme, vous nen avez pas fait la base de votre religion.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Les auteurs des lois juives pourraient tout au plus rpondre: Nous avouons que nous sommes excessivement ignorants; que nous avons appris  crire fort tard; que notre peuple tait une horde sauvage et barbare qui, de notre aveu, erra prs dun demi-sicle dans des dserts impraticables; quelle usurpa enfin un petit pays par les rapines les plus odieuses, et par les cruauts les plus dtestables dont jamais lhistoire ait fait mention. Nous navions aucun commerce avec les nations polices: comment voulez-vous que nous pussions (nous, les plus terrestres des hommes) inventer un systme tout spirituel?</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Nous ne nous servions du mot qui rpond  <i>me</i> que pour signifier la <i>vie;</i> nous ne connmes notre Dieu et ses ministres, ses anges, que comme des tres corporels: la distinction de lme et du corps, lide dune vie aprs la mort, ne peuvent tre que le fruit dune longue mditation et dune philosophie trs fine. Demandez aux Hottentots et aux Ngres, qui habitent un pays cent fois plus tendu que le ntre, sils connaissent la vie  venir. Nous avons cru faire assez de persuader  notre peuple que Dieu punissait les malfaiteurs jusqu la quatrime gnration, soit par la lpre, soit par des morts subites, soit par la perte du peu de bien quon pouvait possder.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>On rpliquerait  cette apologie: Vous avez invent un systme dont le ridicule saute aux yeux; car le malfaiteur qui se portait bien, et dont la famille prosprait, devait ncessairement se moquer de vous.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Lapologiste de la loi judaque rpondrait alors: Vous vous trompez: car pour un criminel qui raisonnait juste, il y en avait cent qui ne raisonnaient point du tout. Celui qui, ayant commis un crime, ne se sentait puni ni dans son corps, ni dans celui de son fils, craignait pour son petit-fils. De plus, sil navait pas aujourdhui quelque ulcre puant, auquel nous tions trs sujets, il en prouvait dans le cours de quelques annes: il y a toujours des malheurs dans une famille, et nous faisions aisment accroire que ces malheurs taient envoys par une main divine, vengeresse des fautes secrtes.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il serait ais de rpliquer  cette rponse, et de dire: Votre excuse ne vaut rien, car il arrive tous les jours que de trs honntes gens perdent la sant et leurs biens; et sil ny a point de famille  laquelle il ne soit arriv des malheurs, si ces malheurs sont des chtiments de Dieu, toutes vos familles taient donc des familles de fripons.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Le prtre juif pourrait rpliquer encore; il dirait quil y a des malheurs attachs  la nature humaine, et dautres qui sont envoys expressment de Dieu. Mais on ferait savoir  ce raisonneur combien il est ridicule de penser que la fivre et la grle sont tantt une punition divine, tantt un effet naturel.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Enfin, les pharisiens et les essniens, chez les Juifs, admirent la crance dun enfer  leur mode: ce dogme avait dj pass des Grecs aux Romains, et fut adopt par les chrtiens.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Plusieurs Pres de lglise ne crurent point les peines ternelles; il leur paraissait absurde de brler pendant toute lternit un pauvre homme pour avoir vol une chvre. Virgile a beau dire, dans son sixime chant de l<i>nide</i> (vers 617 et 618):</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <center><table> <tr> <td><font size=-1>. . . . . . . . . . Sedet aeternumque sedebit</font> <br><font size=-1>Infelix Theseus.</font></td> </tr> </table></center> <font size=-1></font> <p><font size=-1>Il prtend en vain que Thse est assis pour jamais sur une chaise, et que cette posture est son supplice. Dautres croyaient que Thse est un hros qui nest point assis en enfer, et quil est dans les champs lyses.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Il ny a pas longtemps quun thologien calviniste, nomm Petit-Pierre, prcha et crivit que les damns auraient un jour leur grce<a href="#Note_9">(9).</a> Les autres ministres lui dirent quils nen voulaient point. La dispute schauffa; on prtend que le roi, leur souverain, leur manda que puisquils voulaient tre damns sans retour, il le trouvait trs bon, et quil y donnait les mains. Les damns de lglise de Neufchtel dposrent le pauvre Petit-Pierre, qui avait pris lenfer pour le purgatoire. On a crit que lun deux lui dit:  Mon ami, je ne crois pas plus  lenfer ternel que vous; mais sachez quil est bon que votre servante, que votre tailleur, et surtout votre procureur, y croient<a href="#Note_10">(10). </a></font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Jajouterai, pour l<i>illustration</i> de ce passage, une petite exhortation aux philosophes qui nient tout  plat lenfer dans leurs crits. Je leur dirai: Messieurs, nous ne passons pas notre vie avec Cicron, Atticus, Caton, Marc-Aurle, pictte, le chancelier de LHospital, La Mothe Le Vayer, Des Yveteaux, Ren Descartes, Newton, Locke, ni avec le respectueux Bayle, qui tait si au-dessus de la fortune; ni avec le vertueux trop incrdule Spinosa, qui, nayant rien, rendit aux enfants du grand-pensionnaire de Wit une pension de trois cents florins que lui faisait le grand de Wit, dont les Hollandais mangrent le coeur quoiquil ny et rien  gagner en le mangeant. Tous ceux  qui nous avons  faire ne sont pas des Des Barreaux<a href="#Note_11">(11),</a> qui payait  des plaideurs la valeur de leur procs quil avait oubli de rapporter<a href="#Note_12">(12).</a> Toutes les femmes ne sont pas des Ninon Lenclos<a href="#Note_13">(13),</a> qui gardait les dpts si religieusement tandis que les plus graves personnages les violaient. En un mot, messieurs, tout le monde nest pas philosophe.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Nous avons affaire  force fripons qui ont peu rflchi  une foule de petites gens, brutaux, ivrognes, voleurs. Prchez-leur, si vous voulez, quil ny a point denfer, et que lme est mortelle. Pour moi, je leur crierai dans les oreilles quils seront damns sils me volent: jimiterai ce cur de campagne qui, ayant t outrageusement vol par ses ouailles, leur dit  son prne:  Je ne sais  quoi pensait Jsus-Christ de mourir pour des canailles comme vous<a href="#Note_14">(14). </a></font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Cest un excellent livre pour les sots que le <i>Pdagogue chrtien,</i> compos par le rvrend P. dOutreman<a href="#Note_15">(15),</a> de la compagnie de Jsus, et augment par rvrend Coulon, cur de Villejuif-lez-Paris. Nous avons, Dieu merci, cinquante et une ditions de ce livre, dans lequel il ny a pas une page o lon trouve une ombre de sens commun.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Frre Outreman affirme (page 157, dition in-4) quun ministre dtat de la reine lisabeth, nomm le baron de Honsden, qui na jamais exist, prdit au secrtaire dtat Ccil, et  six autres conseillers dtat, quils seraient damns et lui aussi; ce qui arriva, et qui arrive  tout hrtique. Il est probable que Ccil et les autres conseillers nen crurent point le baron de Honsden mais si ce prtendu baron stait adress  six bourgeois, ils auraient pu le croire.</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Aujourdhui quaucun bourgeois de Londres ne croit  lenfer, comment faut-il sy prendre? quel frein aurons-nous? celui de lhonneur, celui des lois, celui mme de la Divinit, qui veut sans doute que lon soit juste, soit quil y ait un enfer, soit quil ny en ait point.</font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <center> <p><b><font color="#FF0000"><font size=-1>Notes.</font></font></b></center> <font size=-1></font> <p><a NAME="Note_1"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_1</font></b> Dans ldition de 1764 du <i>Dictionnaire philosophique, </i>larticle commenait par ces mots:  Ds que les hommes vcurent en socit, etc.  (Voyez ci-aprs.) Tout ce qui prcde est de 1771, <i>Questions sur lEncyclopdie, </i>cinquime partie. (B.)</font><font size=-1></font> <p><font size=-1>  Je suis fch de voir, crit Voltaire  dAlembert, 24 mai l757, que le chevalier de Jaucourt,  larticle Enfer, prtende que lenfer tait un point de la doctrine de Mose; cela nest pas vrai, de par tous les diables! Pourquoi mentir? </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Et dAlembert lui rpondait:  Vous faites injure au chevalier de Jaucourt, de mettre sur son compte larticle Enfer; il est de notre thologien, docteur et professeur de Navarre (Mallet), qui est mort  la peine, et qui sait actuellement si lenfer de la nouvelle loi est plus rel que celui de lancienne. Au reste, cet article Enfer nest pas sans mrite, lauteur y a eu le courage de dire quon ne pouvait pas prouver lternit des peines par la raison cela est fort pour un sorbonniste. </font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_2"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_2</font></b> Livre VIII, numro 62. (<b><font color="#FF0000">Voltaire.</font></b>)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_3"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_3</font></b> Dans le <i>Dictionnaire encyclopdique, </i>lauteur de larticle thologique Enfer semble se mprendre trangement en citant le <i>Deutronome,</i> au chapitre xxxii, v. 22 et suivants; il ny est pas plus question denfer que de mariage et de danse. On fait parler Dieu ainsi:  Ils mont provoqu dans celui qui ntait pas leur Dieu, et ils mont irrit dans leurs vanits; et moi, je les provoquerai dans celui qui nest pas mon peuple, et je les irriterai dans une nation folle.  Un feu sest allum dans ma fureur, et il brlera jusquau bord du souterrain, et il dvorera la terre avec ses germes, et il brlera les racines des montagnes.  Jaccumulerai les maux sur eux; je viderai sur eux mes flches; je les ferai mourir de faim; les oiseaux les dvoreront dune morsure amre; jenverrai contre eux les dents des btes avec la fureur des reptiles et des serpents. Le glaive les dvastera au dehors, et la frayeur au dedans, eux et les garons, et les filles, et les enfants  la mamelle, avec les vieillards. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Y a-t-il l, sil vous plat, rien qui dsigne des chtiments aprs la mort? Des herbes sches, des serpents qui mordent, des filles et des enfants quon tue, ressemblent-ils  lenfer? Nest-il pas honteux de tronquer un passage pour y trouver ce qui ny est pas? Si lauteur sest tromp, on lui pardonne; sil a voulu tromper, il est inexcusable. (<b><font color="#FF0000">Voltaire.</font></b>)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_4"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_4</font></b> Matthieu, chapitre v, v. 22. (<b><font color="#FF0000">Voltaire.</font></b>)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_5"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_5</font></b> Marc, chapitre ix, v. 41 et suiv. (<b><font color="#FF0000">Voltaire.</font></b>)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_6"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_6</font></b> Luc, chapitre xiii, v. 25 et suiv. (<b><font color="#FF0000">Voltaire.</font></b>)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_7"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_7</font></b> Dans les <i>Questions sur lEncyclopdie,</i> en 1771, aprs ces mots <i>un enfer sans fin,</i> venait lalina: <i>Il ny a pas</i> <i>longtemps, etc.,</i> (voyez pages suivantes), et les deux qui le suivent. Laddition est posthume. (B.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_8"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_8</font></b> Voyez ci-dessus les articles Ame, section ix; et Athe, section i; et encore dans les <i>Mlanges,</i> anne 1763, les <i>claircissements historiques, douzime sottise de Nonotte; </i>anne 1767, la premire des <i>Homlies;</i> anne 1769, la 7<sup>e</sup> des <i>Notes</i> de Voltaire <i>sur le Discours de lempereur Julien.</i></font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_9"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_9</font></b> Sa brochure est intitule <i>Apologie de M. Petit-Pierre, sur son systme de non-ternit des peines  venir;</i> 1761, in-12.</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_10"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_10</font></b> Fin de larticle en 1764. (B.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_11"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_11</font></b> Voyez son article dans le <i>Catalogue des crivains,</i> qui fait partie du <i>Sicle de Louis XIV.</i></font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_12"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_12</font></b> Et tous ne sont pas non plus des Voltaire, qui aidait de sa bourse ceux qui plaidaient contre lui-mme. En 1770, raconte la <i>Revue des Autographes,</i> M<sup>me</sup> Denis ayant eu un procs avec un agriculteur au sujet dune portion de terrain quelle prtendait appartenir  son oncle, lagriculteur,  qui largent manquait pour soutenir ses droits, conjura Voltaire de lui prter vingt-cinq louis.  Cest lhritage de mon pre quon veut me ravir, et vous seul pouvez me fournir les moyens dobtenir justice.  Oh! oh! voil qui est nouveau, scria Voltaire. Wagnires, dit-il  son secrtaire, avons-nous cette somme en caisse?  Oui, monsieur Voltaire.  Eh bien! comptez-les  ce brave homme, qui vient chercher ici des verges pour me fouetter, et qui naura pas compt en vain sur mes bons sentiments. </font><font size=-1></font> <p><font size=-1>Et lagriculteur ayant gagn son procs, Voltaire alla tout de suite fliciter M. Pan...t dun, succs qui lui tait d. (G. A.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_13"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_13</font></b> Voyez dans les <i>Mlanges,</i> anne 1751, le morceau <i>Sur mademoiselle de Lenclos.</i></font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_14"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_14</font></b> Fin de larticle en 1771; la suite est de 1774. (B.)</font><font size=-1></font> <p><a NAME="Note_15"></a><font size=-1><b><font color="#0000FF">Note_15</font></b> Outreman ou Oultreman (Philippe), n en 1585, est mort le 16 mai 1652. Le premier tome du son <i>Pdagogue chrtien</i> parut en latin en 1611, le second en 1645; lauteur se proposait dajouter un 3<sup>e</sup> et un 4<sup>e</sup> volume. Son livre a t traduit en franais. En crivant <i>Outreman,</i> Voltaire crit comme la <i>Bibliotheca scriptorum societatis Jesu.</i></font> <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp;<font size=-1></font> <p><font size=-1>&nbsp;</font></td> </tr> </table></center>  <center><font size=-1>.</font></center>  <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font>&nbsp; <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> <br><font size=-1></font> </body> </html> 
