<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/loose.dtd"> <html>  <head> <meta name="Identifier-URL" content="http://www.cahiers-antispecistes.org/textes/12/peu.html" /> <meta  name="keywords" lang="en-us"  content="animal liberation, antispeciesism, speciesism, animal rights, animal equality, equality, ethics, bioethics, animal experiments, vivisection, vegetarianism, veganism, feminism, antiracism, antisexism, antihumanism, humanism, meat, fishing, agriculture, husbandry, utilitarianism, philosophy" /> <meta  name="keywords" lang="fr"  content="lib&eacute;ration animale, antisp&eacute;cisme, sp&eacute;cisme, droits de l'animal, droits des animaux, &eacute;galite animale, &eacute;galit&eacute;, &eacute;thique, bio&eacute;thique, exp&eacute;rimentation animale, vivisection, v&eacute;g&eacute;tarisme, v&eacute;g&eacute;talisme, f&eacute;minisme, antiracisme, antisexisme, antihumanisme, humanisme, viande, p&ecirc;che, agriculture, &eacute;levage, utilitarisme, philosophie" /> <link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../styles.css" /> <title>Peut-on rester en chiens de faence?</title> </head>  <body bgcolor="#F0F0F0" background="../../img/fonds/textes.jpg">  <div class="entete">  <table align="right">  <tr><td colspan="2"><img src="../../img/logos_ca/petitEtFleches.gif" border="0" width="150" height="46" alt="Logo CA" usemap="#debut" /></td></tr>  <tr>   <td class="numero">numro 12<img src="http://etienne.univ-lyon2.fr/m/spy.cgi?textes/12/peu.html" border="0" width="2" height="2" /><br />avril 1995</td>   <td class="voirAussi"><!--a href="#voirAussi"><img src="../../img/voirAussi1.gif" border="0" width="42" height="42" /></a--></td>  </tr> </table>  <h1 class="titre">Peut-on<br />rester<br />en chiens de faence?</h1>  <h2 class="auteur">Philippe Moulhrac</h2>  </div>  <div class="chapeau">  <h5>Le texte qui suit ne se veut pas une rponse complte ou inattaquable  l'<a href="lib.html">article d'va Salabert</a>. J'essaie seulement d'y attirer l'attention sur une proposition qui me parat essentielle: que l'antispcisme et ce qui en dcoule impliquent probablement une remise en cause de la faon dont nous percevons les choses, y compris nous-mmes. Notre attitude envers elles dpend particulirement de l'image que nous nous en faisons, du tableau que nous composons avec et que nous nommons le monde, notre monde.</h5> <h5>Cela ne clt pas la discussion, ne serait-ce que parce que nous ne savons pas exactement o peut mener une rflexion tout juste commence. Mais il parat ncessaire qu'elle conduise hors des rgions o nous nous cantonnons depuis trs longtemps; car tous les tres sensibles ptissent visiblement de cet immobilisme frileux o nous nous contemplons en <i>chiens de faence</i>.</h5>  </div>  <div class="texte">  <p><span class="lettrine">L</span><br />a <a href="../09/the.html">critique</a> sur Drewermann<a class="toNote" href="#fn1" name="fna1">[1]</a> parue dans le n9 a suscit quelques ractions. Elle tait expditive, et il en a surtout rsult une mprise. On a pu la prendre pour le fait d'un simple <i>mangeur de curs</i>. Je maintiens bien sr ce que je disais, mais je visais un domaine bien plus vaste que celui des institutions religieuses, des glises, avec qui mme Drewermann est en rupture. Eva Salabert, elle, a trs bien saisi ce dont je voulais parler, c'est--dire de ce que l'on nomme la recherche intrieure, ou mtaphysique, au sens large. Elle dfend celle-ci au titre qu'elle peut tre parfaitement indpendante des recherches physiques de l'antispcisme. Elle prvient mme qu'il faut viter de les confondre, ce qui est remarquable dans le fouillis gnral qui est le lot, bien souvent, de ce qui touche  la condition animale, o traditionalisme, hyginisme, cologie ou misanthropie s'entremlent au point de rendre invisible la simple exigence thique.</p> <p>Cependant, elle se dclare plus proche d'un essentialisme que, par exemple, d'un utilitarisme. Ce qui est dcisif pour la dtermination des objets<a class="toNote" href="#fn2" name="fna2">[2]</a> pris en compte; de ce qui,  leur sujet, ncessite considration. J'estime que la vision qui prside  une recherche faonne l'objet  nos yeux, au moins autant que celui-ci s'impose  notre perception. La faon dont nous le percevons n'est ni passive, ni neutre, ni innocente; et, si nous avons dj un dsir quant  notre vision du monde, nous ne prendrons pas le risque de le laisser se rvler comme autre que ce que nous le dsirons. Le problme n'est pas ici le dsir, mais ce  quoi il se rattache en premier lieu.</p>  <h3>Le plein et le manque</h3>  <p>Bien entendu, de mme qu'Eva Salabert, je n'estime pas que la recherche de soi ou la vision religieuse soient l'apanage des glises. Je ne m'arrterai donc pas aux diffrentes justifications de la domination humaine que l'on peut trouver dans les crits canoniques des diverses religions. Ce n'est pas l'objet de la controverse, qui se situe  un niveau considr comme beaucoup plus personnel. Je relverai seulement, comme d'autres, que c'est souvent le rapport particulier des humains au sacr et au divin qui justifie qu'ils ne soient jamais tout  fait comme les autres. Du reste, une des principales tymologies proposes au mot religion est celle du verbe relier. En gros, les non-humains sont dans le grand-tre (la Nature, le Cosmos...); les humains, mi-dedans, mi-vis  vis, causent avec. C'est au fond la sparation qui fait la liaison, et par l l'tre humain, tre religieux. Cette mme sparation qu'il invoque pour maltraiter tout ce qu'il lui importe de maltraiter.</p> <p>La principale caractristique de la pense religieuse est qu'elle se dclare transcendentale. Elle vise  dcouvrir le monde par ce qu'il a d'invisible, d'intouchable par les cinq sens. Elle prsuppose donc un domaine invisible, hors des trois dimensions, un plus <i>sans lequel rien ne serait ce qu'il est</i>. a peut tre l'esprit, la nature, l'individu ou le je ne sais quoi... Plus c'est consensuel pour un grand nombre et mieux a vaut, surtout si a n'apparat pas comme prcisment religieux, mais que chacun sent bien que a le dfinit. On ne joue pas  de tels jeux sans enjeu. Il faut le sentiment d'une ncessit pour introduire de tels poids sur les plateaux auxquels on se pse. Ce sont des donnes invrifiables, impossibles  isoler, et pourtant nous en faisons tous l'exprience  un moment ou  un autre. Elles nous font ce que nous sommes, et par l elles inspirent nos actions, nos sentiments, dans ce but d'tre ou d'exister- comme un humain par exemple. L'enjeu n'est mme pas voil, tellement nous ne pouvons l'ignorer: il s'agit de nous complter, de dnicher ce qui manque. Le manque est la premire exprience que font tous les tres sensibles, avec son ventuelle satisfaction: faim, froid, peur. On s'aperoit vite qu'on ne peut le combler que dans une certaine mesure, et qu'il est une menace permanente, qu'on ne peut se mettre en situation de ne jamais risquer de le ressentir. Ce qui est fort dsagrable. Sans parler du manque total: la mort. Que faire? Nier le manque. Arriver  nier une situation si prsente- fortiche! Chiche, rien n'arrte les humains. Ce n'est plus un secret, que l'on peut admirablement ressentir ce que l'on veut ressentir. Tout de mme, vaste entreprise, jamais finie, toujours demandeuse d'nergie. Le refus du manque est on ne peut plus logique. Mais il se heurte  une impuissance plus ou moins gnrale. La vision religieuse, consquence logique, malheureusement, d'une situation qui a due tre pire que ce qu'elle est, consiste en la ngation obstine de la ralit du manque. Il nous faut un univers plein, une notion de plnitude, voil. Il faut le sentir, et sentir, pour un tre sensible, c'est prouver, justifier. On le prouve par le mouvement que l'on fait vers, comme on prouve le manque par la fuite qu'il gnre. Donc, en plus, il faut viter la fuite. Ou se la travestir suffisamment.</p> <p>Comme je l'ai dit, le dbut du mouvement qui nous porte dans cette direction est logique. Ce qui a t illogique dans les suppositions, mais utilis au plus press pour viter le dsespoir, c'est de croire que, quand mme, quelque part, tout tait pour le mieux. Mais c'est un tonneau perc: il faut toujours en remettre. On ne croit pas un jour pour toute sa vie; il faut croire tous les jours. Nous croyons donc que, quand mme, quelque part, notre souffrance, soit a un sens, soit est errone au regard de ce qui <i>est</i>... Ah, l'tre, nous y voil. C'est une notion qui tourne en rond, qui s'autodfinit jusque dans les dictionnaires. Le moyeu de la roue, comme il est reprsent dans certaines philosophies; ce qui tourne sur soi  grande vitesse, et est donc, dans un plan au moins, plein, immobile. a se calque sur le sentiment d'vidence inquite que nous avons de nous-mmes. Il nous faut le dfendre et nous le dfendons mordicus<a class="toNote" href="#fn3" name="fna3">[3]</a>. Elle est inquite, cette vidence<a class="toNote" href="#fn4" name="fna4">[4]</a>, car nous savons pouvoir en tre privs: perte de la vie, d'un membre, d'un statut protecteur comme celui d'humain. Et de toute faon, l'vidence est de l'ordre de l'tre. Nous avons du en abandonner, des vidences publiques; maintenant, arrivs  la porte du priv, c'est la dfense de la dernire patrie! Parce que ces notions d'tre et d'vidence sont le rsum de notre capacit positive  nous vouloir complets. C'est sans doute pour cela que le verbe tre est incontournable dans le langage. On tient  ce qu'il accompagne le plus de notions possibles, pour les certifier; et on ne lui trouve pas de contraire  sa taille, sinon l'impotent rien</p> <p>C'est la base de la dfinition que nous avons choisie pour l'objet. On en profite pour dcrter une chelle de l'tre, sur laquelle ses inventeurs (nous) ont bien entendu la premire place et un petit plus qui leur assure une rconfortante domination, premier pas pour sortir du sentiment d'impuissance: l'objet est, le vivant est de manire renforce, l'humain est de manire consciente, <i>presque</i> totalement, et il y tient: se contempler soi-mme avec comprhension, conscience complte, est le degr suprieur d'tre de beaucoup de thologies. Ce n'est pas sans signification si seuls les humains ont droit au qualificatif d'tres pour se dsigner en tant qu'individus: tres humains.</p> <p>Le mot tre reprsente assez exactement le sentiment religieux et son angle de vision des objets; il dsigne par excellence ce qui est ressenti comme en dea de toute rflexion possible, ce fondement de notre image qui ne peut tre remis en cause sans bouleverser notre... sentiment d'tre.</p> <p>On ferait bien de s'en mfier, de l'tre et de son vidence, de ces notions qu'on tient prudemment en dehors de la bataille de la contestation. Lorsqu'on s'attaque de plus en plus  des vidences, comme celle de la domination humaine, on ne peut plus justifier une chose du simple fait de sa prsence, de son existence (car ces notions autojustificatrices ont une telle importance pour nous qu'un de nos moyens courants de supporter l'insupportable sera de justifier une chose, mi par lassitude et mi par zle, par le seul fait de son existence, mot magique qui abolit toute vellit de critique et motive une grande pusillanimit dans les remises en cause). L'tre, le principe d'existence, au centre de chaque objet, collecte les attributs comme un rocher les coquillages. Il en devient intouchable et intemporel. C'est ce qui en l'objet ne peut bouger d'un iota sans que l'objet ne soit plus lui-mme ni  sa place. C'est la clef d'une vision du monde statique: l'essentalisme, mre de toutes les spiritualits. T頠laborieux de la biothique, qui se cantonne  savoir ce que l'on peut faire  l'tre sacr des humains, et qui en vient  prfrer que les gens naissent malforms plutt que leur tre d'humains soit malmen.</p> <p>L'tre, comme le monde, est plein; et si nous ne le sentons pas, eh bien c'est de notre faute. Il faut chercher. C'est l'objet de toute mtaphysique. Mais ce n'est pas une affaire prive; c'est un consensus gnral sur la perception du monde, sur l'attitude envers les objets qui en dcoule, ainsi que sur l'organisation de la pense, ce qui sera permis et ce qui ne le sera pas. Cela gnre un point de focalisation particulier, et une inquitude systmatique quant  ce qui pourrait se mettre en travers. Or, considrer que les intrts temporels et convergents sont dterminants, c'est se mettre en travers. C'est ngliger ce que l'on devrait tre au profit de ce que l'on peut faire.</p>  <h3>Reconnatre le manque</h3>  <p>L'antispcisme a voulu partir d'un constat simple: l'importance du manque, en l'tat des choses, et, part importante, la somme faramineuse de souffrances causes aux moins forts sur des donnes prcisment souvent essentialistes. Ce faisant, on ne peut se dispenser de rflchir sur notre rapport ambigu  la privation,  la souffrance. Les autres rflexions ayant pour but l'galit n'ont pu, de mme l'viter. En effet, il s'agit alors de savoir ce qui sera pris en compte, ce qui sera l'objet de l'galit! Or, si elles se sont tournes vers un dsir de moindre souffrance, et vers une vision des objets par laquelle on puisse agir, elles ont gnralement trouv en travers de leur chemin un dsir forcen d'identit, d'exclusion de tout ce qui n'est pas du groupe, de l'individu, une exacerbation des diffrences entre les objets au dtriment de ce qui leur est commun, et qui est en fait de loin le plus important, arithmtiquement. Toujours cette sacre terreur de ne pouvoir se rattacher  un tre immobile, personnel et  la fois reli  la totalit-gigogne par <i>au-dessus</i>. Il faut que les relations passent toujours par le sentiment d'une totalit qui distribue des statuts. Et qui soit le but  atteindre. Une relation verticale, et indirecte entre les objets contingents, via ce qu'ils auraient d'immanent. Dans ce jeu, l'autre est un prtexte, et d'autant plus qu'il est fermement maintenu autre. J'ai compar cela,  une poque lointaine o j'tais croyant et assez mystique,  des prismes transparents dans lesquels on montait, isol des autres, vers la divinit. J'estimais, comme par hasard, l'absence de relations directes ncessaire  une plus grande transcendance...</p> <p>La reconnaissance du <i>commun</i>, par contre, favorise une relation horizontale entre les objets. Elle casse, du mme coup, la dfinition essentialiste dans laquelle chaque objet est rsum par son tre- ou son me- au profit de la prise en compte de ses caractres et de ses intrts. Mais on n'aime pas  se savoir fait exactement de la mme chair, des mmes os et des mmes dsirs que les autres; on donnerait tout pour un petit peu de diffrence qui soit plus importante que tout le reste. On peut souponner  bon droit les humains de vouloir maintenir envers et contre tout une vision issue de la terreur et de l'impuissance, qui a pourtant admirablement accompagn leur monte en puissance. Y compris en infligeant une bonne dose de souffrances aux autres, selon la force dont on dispose (cf. <a href="../09/gou.html">Le got et le meurtre</a> de D. Olivier dans le <cite>CAL</cite> n9). On est du coup pris en tenaille entre le dsir, malgr tout, de satisfaire des intrts immdiats, et celui de maintenir une vision essentialiste qui se mfie des atteintes que les satisfactions,  cause de la vision des objets qu'elles supposent, pourraient porter  la tour d'ivoire de l'tre en chacun. D'o une danse tragi-comique de pas en avant, en arrire et surtout de ct, une rpulsion  admettre le pourquoi des actions, une crainte de l'animalit brute derrire ce front magnifiquement tourn vers les cieux qui est le propre de l'humain. Les visions mtaphysiques, au sens large, n'interdisent pas la recherche mdicale ou agronomique. Mais est-ce un hasard si la science anesthsique reste une parente pauvre de la mdecine? Si, il y a moins de quinze ans, on prtendait ignorer la capacit des nourrissons  souffrir et si, de ce fait, on les oprait sans anesthsie? Est-ce une malencontreuse concidence si, alors que la mdecine a fait de grands progrs depuis soixante ans, un sourd courant cologiste se met  dfendre... le fait de mourir, qui n'est pourtant pas encore mis en danger, loin s'en faut? Si on hait des produits alimentaires moins chers et en plus grande quantit, parce que l'abondance est mauvaise? Ou bien est-ce que la pense essentialiste, qui n'admet pas que les choses puissent changer radicalement dans leur rapports, se dfend bec et ongles en nous tous pour viter l'vaporation progressive de cet tre des objets qui est son fondement? Combien on prfre, comme dit Lonard Cohen, le vieux tueur familier  toute aventure hors de nos limites...</p>  <h3>Au ras des paquerettes</h3>  <p>Franklin estimait, vers 1776, qu'il suffirait d'appliquer les fondements du christianisme  la politique pour changer la face du monde. Mais dans quel sens? N'tait-ce pas le voeu d'un litisme plus solide encore? Un Mirabeau rvait d'un ordre o les hommes seraient considrs selon ce qu'ils ont l, entre les deux yeux. Intelligence dtermine, me libre? Et les dfavoriss  cette aune? Les galres?</p> <p>Sur le mme terreau avait germ l'utilitarisme; on ne se basait plus sur les origines mais sur les rsultats, non sur ce qu'on devrait tre mais sur ce qu'on pouvait faire et surtout <i>avoir</i>. Le monde spirituel n'aime pas ce terme. Il dcrit tellement bien notre sculire ralit que mme notre poque si large d'esprit le collette plus que jamais aux bas apptits. C'est le vrai oppos de l'tre, au-del de la linguistique. Du reste, il est vrai que dans un monde o l'on ne veut qu'tre soi-mme, diffrent, etc., l'avoir ne peut tre qu'un champ de bataille et une voie sans issue; et nous nous appliquons en gnral  ce qu'il le reste, pour mieux viter son dferlement. Si on dtermine par contre les objets sensibles en fonction de leurs situations d'intrts, qui pour les principales sont communes, passer de la lutte ou du partage  la communaut, en laissant tomber les frontires essentielles qui nous rendent irrductiblement isols, pourrait tre profitable.</p> <p>L'antispcisme entend se baisser sur ces critres tant dcris comme au <i>ras les paquerettes</i>, vus quelquefois comme honteux. Pour cela, il lui faut briser la vision unitaire et isolante de l'tre, et donc les conceptions spirituelles et religieuses qui en dcoulent. La logique mme en est  repenser, sous peine de finir par autonomiser les intrts... comme des tres! Par cel dj, antispcisme et recherche mtaphysique s'excluent; en effet cette dernire, en absolutisant l'tre, entrane une dvalorisation des intrts temporels, considrs comme des attributs du principal, et donc une subordination de la recherche de leur satisfaction  celle du maintien de la dtermination centrale. La pense essentialiste livre constamment un combat dfensif en usant des notions d'espce, de race, de nation, de culture, de sexe- et on en verra d'autres- pour susciter la mfiance envers ce qui pourrait favoriser la ralisation de dsirs et les relations horizontales, agitant l'pouvantail de la dissolution de l'identit頻, donc de l'tre, dans le commun; et transpose ainsi la peur relle de la mort physique sur celle de la disparition du miroir personnel.</p> <p>Une autre incompatibilit se prsente de fait. L'antispcisme ne doit pas devenir une tentative d'tendre notre vision de nous-mmes aux non-humains. Plus particulirement, cela exclut que les autres animaux sensibles doivent devenir des sujets moraux, au sens que nous prtons  la chose. Car ils seront alors annexs  un domaine qui ne les admettrait que comme exactes copies de ce que souhaitent les humains pour eux-mmes dans l'essentialisme, avec les mmes limitations. Pire: les humains peuvent jouer avec la notion et le traitement qui en dcoule si leur <i>viande</i> risque d'en ptir, dans la mesure de leurs moyens. Les animaux n'en auront pas les moyens. Ils devront figurer l'exact eden de la fraternit, mme si leurs intrts en sont lss. En effet, la notion dcisive d'tre sensible sera introduite comme bloc de prescription morale, non comme indicateur. On ne fera que dcouper en portions individuelles la place jusqu'ici rserve  la nature ou aux espces, sans remettre en cause la vision unitaire sous-jacente. Chacun devra rester soi-mme (c'est--dire, en fait, devra coller  une image, une ide de ce qu'il est), et on peut prvoir de graves problmes s'il faut, par exemple, limiter drastiquement les naissances, nourrir par d'autres voies que la prdation, voire planifier une refonte gnrale si on en a les moyens. On se verra objecter la dnaturation ou l'atteinte  la personnalit頻,  l'tre des concerns. Au lieu de remettre en cause une perception fige de nous-mmes pour admettre ce que nous avons de commun, nous dcalquerons ce qui nous valorise indment sur ceux qui en sont habituellement les victimes en nous rengorgeant de notre gnrosit.</p> <p>L'antispcisme consiste ncessairement dans une modification des modes de prises en compte, et non en une simple extension sur les bases actuelles du nombre des objets  prendre en compte.</p>  <h3>Angoisses mtaphysiques</h3>  <p>L'antispcisme et son but, l'galit animale, dont on ne doit pas oublier qu'elle inclut aussi les humains, se placent dans un mouvement de pense qui n'a plus l'inutile prtention de mettre ou remettre chaque chose  sa place, car il n'y a pas de place en soi o un objet doive arriver ou revenir- tant entendu qu'il n'y est pas prsentement puisque tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes... possibles! Les questions n'y contiennent pas en elles-mmes des rponses ternelles. Sans renversement ni effondrement, l'antispcisme n'est pas concevable srieusement, qui est en lui-mme consquence de la recherche du plaisir et de la fuite du manque. On devra s'attacher donc  rsoudre bien d'autres problmes que les rapports entre humains et autres animaux domestiques seulement. Nous avons dans les pattes la recherche frileuse du lieu de l'immanence, de la nature, de l'ordre des choses. Ce ne sera pas chose facile que de les envoyer promener, parce que c'est une part de nous; mais nous savons aussi qu' moins de cela, nous ne pouvons rien esprer d'autre que notre morne et exigeant narcissisme. Essayer de colleter indfiniment cela au dsir que a se finisse revient  faux-monnayer, de manire comparable aux principes de la dfense animale ou de l'cologie.</p> <p>Il est d'ors et dj prfrable de nourrir une dfiance vis  vis de ce qui nous pousse vers les notions absolues, au profit d'une remise  plat de la perception raisonne. Que faire dans l'absolu? Est-il besoin qu'un dommage soit absolu pour tenter d'y rpondre adquatement? Et qu'est-ce que l'absolu, sinon peut-tre l'excuse de la passivit devant l'crasant?</p> <p>Il se pourait hlas que, demain, l'antispcisme ouvre un domaine supplmentaire aux <i>angoisses mtaphysiques</i>. Ce serait le signe d'un fourvoiement et d'un chec. Se demander chaque jour si l'on a assez respect les tres dans leur essence immuable, si l'on s'est assez dmarqu d'un monde incomplet et pourri, n'a pas d'autre but que de protger une vision du monde implique dans les horreurs quotidiennes que l'on prtend contempter. L'antispcisme n'est pas l pour embaumer ni noircir les consciences, ces fameuses parts de nous-mme que nous dlguons, en aviss gestionnaires, au ripolinage de nos actes et penses. Ni sacrifice, ni index, ni lvation. Il faut quitter l'idal du plein pour traiter franchement le manque, selon l'arithmtique des besoins, au profit des dsirs.</p>  </div>  <div class="notes">  <p class="hr"><img src="../../img/notes.gif" border="0" width="260" height="22" /></p>  <p><a class="inNote" href="#fna1" name="fn1">[1]</a>Je souhaite signaler, par ailleurs, l'existence aux ditions Stock d'un livre du mme auteur intitul <cite>Le progrs meurtrier</cite>. Dans les textes qui le forment, Drewermann montre une vritable phobie du changement, se dclarant explicitement oppos  l'usage de la capacit d'amliorer les choses matrielles, sacrifiant finalement  la croyance toujours en vogue que toute augmentation matrielle ne peut qu'amoindrir les grandes constantes: humanit, nature, ralit...</p> <p><a class="inNote" href="#fna2" name="fn2">[2]</a>Par objet, je dsignerai toute chose identifiable, sensible ou non, humains compris.</p> <p><a class="inNote" href="#fna3" name="fn3">[3]</a>Heidegger, par exemple, vieux barbon qui radotait que nous avons la garde de l'tre.</p> <p><a class="inNote" href="#fna4" name="fn4">[4]</a>vident: ce qui s'impose  l'esprit avec une telle force que l'on n'a pas besoin d'autres preuve. a se passe de commentaire...</p>  </div>  <div class="fin">  <p><img src="../../img/fin.gif" border="0" width="400" height="22" usemap="#fin" /></p>  </div>  <map name="debut"> <area href="../12/lib.html" shape="poly" coords="3,8,18,3,18,5,25,5,25,12,18,12,18,15,3,8" /> <area href="../12/tra.html" shape="poly" coords="29,5,36,5,36,3,51,8,36,15,36,12,29,12,29,5" /> <area nohref shape="rect" coords="0,0,56,18" /> <area href="../../index.html" target="_top" shape="rect" coords="0,0,150,46" /> </map>  <map name="fin"> <area href="../12/lib.html" shape="poly" coords="343,8,358,3,358,5,365,5,365,12,358,12,358,15,343,8" /> <area href="../12/tra.html" shape="poly" coords="369,5,376,5,376,3,391,8,376,15,376,12,369,12,369,5" /> </map>  </body>  </html> 
