<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 6  - Octobre 1995  - La Fondation Saint-Simon ou le charme discret de la social-d&eacute;mocratie </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#ide">Octobre 1995 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - Les Id&eacute;es </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">La Fondation Saint-Simon ou le charme discret de la social-d&eacute;mocratie </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par G&eacute;rard Streiff </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B> A l'heure o&ugrave; clubs et fondations semblent conna&icirc;tre une nouvelle jeunesse, gros plan sur une structure qui fait un peu figure de premier de la classe, l'agitateur d'id&eacute;es de la social-d&eacute;mocratie, la fondation Saint-Simon.  Rencontre avec son secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral, Pierre Rosanvallon.</B> <P> Pierre Rosanvallon se montre modeste quand on l'interroge sur le bilan de la Fondation dont il a la charge.  Sis au rez-de-chauss&eacute;e d'un immeuble de la rue du Cherche-Midi <A NAME="ret1" HREF="#1">(1)</A>, le si&egrave;ge de l'institution n'a l'air de rien: deux ou trois bureaux, un couloir encombr&eacute; de livres et de brochures, une secr&eacute;taire affable, une atmosph&egrave;re studieuse.  L'appareil est modeste, quelques demi-permanents &agrave; peine, rien &agrave; voir avec ces structures pl&eacute;thoriques mais dont la productivit&eacute; est &agrave; peu pr&egrave;s nulle, remarque en passant le secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral." La Fondation a des moyens limit&eacute;s mais produit des effets culturels." Les f&eacute;es qui se sont pench&eacute;es sur le berceau de l'association &eacute;taient pourtant plut&ocirc;t fortun&eacute;es.  Mais ici on privil&eacute;gie le travail &agrave; l'apparat.  La Fondation est n&eacute;e en 1982.  La gauche est au pouvoir depuis peu et certains en son sein s'interrogent sur la meilleure fa&ccedil;on d'affermir son p&ocirc;le social-d&eacute;mocrate.  C'est du moins l'interpr&eacute;tation que l'on peut donner du projet alors mis au point par quelques-uns de ses p&egrave;res fondateurs, Roger Fauroux, Fran&ccedil;ois Furet, Pierre Rosanvallon, Alain Minc, entre autres. <P> Roger Fauroux en est le ma&icirc;tre d'oeuvre.  Il r&eacute;p&egrave;te alors volontiers que, pour mener &agrave; bien leurs affaires, les grands patrons ont besoin de culture g&eacute;n&eacute;rale.  Cet inspecteur des finances est alors p.d.-g.du groupe Saint-Gobain; on le retrouvera peu apr&egrave;s directeur de l'ENA, puis ministre de l'Industrie du gouvernement Rocard <A NAME="ret2" HREF="#2">(2)</A>.  Pierre Rosanvallon, de son c&ocirc;t&eacute;, assure que les intellectuels doivent sortir de leur tour d'ivoire et se colleter avec la r&eacute;alit&eacute;. <P> Ancien conseiller d'Edmond Maire, M.  Rosanvallon a &eacute;t&eacute; r&eacute;dacteur en chef de CFDT aujourd'hui, membre du comit&eacute; de r&eacute;daction de la revue Faire, d'orientation rocardienne.  Sociologue, historien, auteur de nombreux ouvrages, il est directeur d'&eacute;tudes &agrave; l'Ecole des hautes &eacute;tudes en sciences sociales.  Deux fois par mois, il a tenu, durant la campagne pr&eacute;sidentielle, dans Lib&eacute;ration, une " chronique de la d&eacute;mocratie fran&ccedil;aise ". <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B> Une structure de travail brillante, efficace pour affermir le p&ocirc;le social-d&eacute;mocrate de la gauche </B> <P> Se met en place alors une structure de travail, plut&ocirc;t brillante, efficace, politique.  S'y c&ocirc;toient des intellectuels, des patrons, des hauts fonctionnaires et des gens des m&eacute;dias, une petite centaine de personnes - la composition semble avoir assez peu boug&eacute; depuis - venues d'horizons divers mais souvent li&eacute;es &agrave; ce que l'on a appel&eacute; la " deuxi&egrave;me gauche ", des milieux proches de la mouvance de la CFDT par exemple, comme Jacques Julliard ou Jean Daniel, qui &eacute;voque parfois dans ses &eacute;ditoriaux du Nouvel Observateur ses " amis de la Fondation ".  M.  Rosanvallon juge la Fondation dans " le centre de gravit&eacute; delorien ". <P> Outre les r&eacute;unions de concertation entre saint-simoniens, la Fondation a longtemps organis&eacute; des cycles annuels de conf&eacute;rences, une sorte d'universit&eacute; priv&eacute;e, disaient de m&eacute;chantes langues, cycles aujourd'hui interrompus; elle publie sous forme de brochures des interventions d'experts sur les enjeux sociaux et politiques les plus divers.  Certaines ont connu la c&eacute;l&eacute;brit&eacute; comme la fameuse plaquette d'Emmanuel Todd sur le Malaise fran&ccedil;ais, l'automne dernier.  La derni&egrave;re note publi&eacute;e, en juin, la soixante-douzi&egrave;me de la s&eacute;rie, sign&eacute;e de Luc Ferry, porte sur Morales la&iuml;ques, morales sans transcendances ?.  La Fondation publie &eacute;galement des ouvrages, &eacute;dit&eacute;s sous son label chez Calmann-L&eacute;vy. <P> Ces derni&egrave;res ann&eacute;es, ce sont les saint-simoniens les plus actifs que l'on retrouve engag&eacute;s dans le champ politico-id&eacute;ologique, &agrave; l'occasion d'initiatives parfois spectaculaires.  Certains figurent parmi les organisateurs de l'op&eacute;ration m&eacute;diatique intitul&eacute;e " Vive la crise ", qui justifia vigoureusement le tournant lib&eacute;ral du gouvernement au milieu des ann&eacute;es quatre-vingt.  En 1988, comme en avant-go&ucirc;t des c&eacute;l&eacute;brations du bicentenaire de la R&eacute;volution, para&icirc;t le livre la R&eacute;publique du Centre, &eacute;crite par trois &eacute;minents saint-simoniens, MM.  Furet, Rosanvallon et Julliard.  Exit l'exception fran&ccedil;aise, foin des radicalit&eacute;s politiques, vive le centre, centre sociologique, centre politique aussi.  Ses auteurs s'en d&eacute;fendent, mais, au fond, c'est un peu le B.  A.  BA de ce que certains appellent aujourd'hui " la pens&eacute;e unique ".  C'est d'ailleurs l'&eacute;poque o&ugrave; le premier ministre Rocard pousse son ouverture &agrave; droite, " au centre ", et tente d'asseoir une social d&eacute;mocratie &agrave; la fran&ccedil;aise.  Le projet conna&icirc;tra le succ&egrave;s que l'on sait.  Et les saint-simoniens, comme engag&eacute;s parall&egrave;lement &agrave; donner une sorte de fondement id&eacute;ologique &agrave; l'affaire, reconna&icirc;tront bient&ocirc;t que le projet s'annonce plus difficile que pr&eacute;vu. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B> Rendre le champ politique lisible, reproduire de la division politique positive </B> <P> Les trois auteurs de 1988 reprendront d'ailleurs la plume en 1995 pour &eacute;crire cette fois la R&eacute;publique du vide." Nous n'avons pas en France de vraie culture social-d&eacute;mocrate ", regrette Jean Daniel <A NAME="ret3" HREF="#3">(3)</A>.  Pour pallier ce manque, Pierre Rosanvallon d&eacute;finit quatre orientations: " un progr&egrave;s d&eacute;mocratique, envisag&eacute; autrement que sous les auspices m&eacute;caniques de la pratique r&eacute;f&eacute;rendaire; une red&eacute;finition des droits adapt&eacute;s aux nouveaux probl&egrave;mes sociaux que conna&icirc;t notre soci&eacute;t&eacute;; une reformulation d'une pratique de la r&eacute;gulation &eacute;conomique redonnant sens &agrave; un keyn&eacute;sianisme pragmatique; une philosophie politique d'ensemble proposant un cadre &agrave; la r&eacute;forme de l'Etat de droit ".  M.  Rosanvallon se propose de r&eacute;veiller les partisans de la social-d&eacute;mocratie qu'il estime endormis sur leurs lauriers et entend les alerter sur trois th&egrave;mes : <P> - l'Europe: l'int&eacute;gration, si elle s'impose, ne va pas (plus) de soi; le d&eacute;bat autour de Maastricht a montr&eacute; l'ampleur des questions; l'heure n'est plus &agrave; l'ang&eacute;lisme. <P> - les questions sociales: quid de l'Etat-providence ? <P> - la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise: comment en redessiner les contours ? Y a-t-il fracture sociale ? Ou bloc central et exclusion en marge ? <P> S&eacute;v&egrave;re pour les membres de l'intelligentsia qui, tout au long des ann&eacute;es socialistes, ont progressivement connu " la corruption douce, la notabilisation culturelle " et dont la production a chut&eacute;, il estime urgent de " recr&eacute;er de la lisibilit&eacute; politique, rendre le champ politique lisible, reproduire de la division politique positive ".  Selon lui, " l'id&eacute;e social d&eacute;mocrate &agrave; pr&eacute;sent est &eacute;puis&eacute;e; il lui faut r&eacute;inventer une culture de progr&egrave;s, qui est plus qu'une culture de d&eacute;fense sociale, mais cherche &agrave; conqu&eacute;rir des droits nouveaux, droit &agrave; l'insertion, droit d'int&eacute;gration; de nouvelles familles de droits sont &agrave; inventer; mais on n'en discute pas assez; l'univers intellectuel des milieux socialistes est moribond ". </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A NAME="1" HREF="#ret1">1.</A>  Fondation Saint-Simon, 91, bis rue du Cherche-Midi, 75006 Paris; t&eacute;l.: 42.22.38.52.La rencontre dont il est ici question remonte au 8 juin dernier.<P><A NAME="2" HREF="#ret2">2.</A>  Roger Fauroux a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; fin juin par Fran&ccedil;ois Bayrou animateur de " la concertation nationale sur l'&eacute;cole " en pr&eacute;lude au r&eacute;f&eacute;rendum promis par Jacques Chirac.<P><A NAME="3" HREF="#ret3">3.</A>  Le Nouvel Observateur, 20 avril 1995. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  </BODY> </HTML> 
