<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Olivier Paquet">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.6 [fr] (Win95; I) [Netscape]">    <title>Le Gardien de la Vie</title> </head> <body background="specks.jpg">  <center><font color="#990000"><font size=+4>Le Gardien de la Vie</font></font> <br><img SRC="blrule.gif" NOSAVE height=6 width=655></center>  <p><font size=-1>Ce soir quelque chose dans l'air a pass&eacute;</font> <br><font size=-1>qui fait pencher la t&ecirc;te;</font> <br><font size=-1>on voudrait prier pour les prisonniers dont la vie s'arr&ecirc;te.</font> <br><font size=-1>Et on pense &agrave; la vie arr&ecirc;t&eacute;e...</font> <p><font size=-1>A la vie qui ne bouge plus vers la mort</font> <br><font size=-1>et d'ou l'avenir est absent;</font> <br><font size=-1>o&ugrave; il faut &ecirc;tre inutilement fort</font> <br><font size=-1>et triste inutilement.</font> <p><font size=-1>O&ugrave; tous les jours pi&eacute;tinent sur place,</font> <br><font size=-1>o&ugrave; toutes les nuits tombent dans l'ab&icirc;me,</font> <br><font size=-1>et o&ugrave;&nbsp; la conscience de l'enfance intime</font> <br><font size=-1>&agrave; ce point s'efface,</font> <p><font size=-1>qu'on a le coeur trop vieux pour penser un enfant</font> <br><font size=-1>Ce n'est pas tant que la vie soit hostile;</font> <br><font size=-1>mais on lui ment,</font> <br><font size=-1>enferm&eacute; dans le bloc d'un sort immobile.</font> <p><font size=-1>RAINER MARIA RILKE.</font> <p><font size=-1>(Vergers, po&egrave;mes fran&ccedil;ais, 1924 -1925.)</font> <br>&nbsp; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina regarda son visage dans le miroir de sa salle de bain. La lumi&egrave;re du spot faisait briller ses longs cheveux noirs. M&ecirc;me apr&egrave;s cinquante ans, aucun n'&eacute;tait blanc : c'&eacute;tait l'un des signes de sa particularit&eacute;. Elle glissa sa main sur la peau de sa joue : elle gardait le velout&eacute; de la jeunesse. Pas une ride ny apparaissait. Pour un peu, Martina &eacute;tait persuad&eacute;e que ce n'&eacute;tait pas elle qui &eacute;tait refl&eacute;t&eacute;e dans ce miroir. Elle en toucha la surface : le contact froid du verre lui rappela la dure r&eacute;alit&eacute;. Les yeux &eacute;taient toujours aussi brillants qu'&agrave; ses vingt ans. C'&eacute;tait le signe de son sale m&eacute;tier. Mais pouvait-on dire que tuer les gens &eacute;tait un m&eacute;tier? De plus, elle n'avait pas choisi, c'&eacute;tait son h&eacute;ritage. Un m&eacute;tier inconnu du reste du monde et pourtant si horrible. Cinquante ans de vie sans vieillir, sans souffrir, sans amour - Comment peut-on aimer s&eacute;rieusement si l'on est immortelle? Cinquante ann&eacute;es pass&eacute;es &agrave; apprendre &agrave; tuer, et ex&eacute;cuter les missions ordonn&eacute;es par ses sup&eacute;rieurs. Se balader d'un continent &agrave; l'autre, peut-on appeler cela une vie? <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur la tablette au-dessus du lavabo, des produits cosm&eacute;tiques &eacute;taient dispos&eacute;s de fa&ccedil;on m&eacute;thodique. Martina consid&eacute;ra un moment les flacons puis de rage, elle les balaya de sa main droite. Les bouteilles &eacute;clat&egrave;rent sur le sol dans un bruit d'enfer. Les parfums se m&ecirc;l&egrave;rent avec les d&eacute;maquillants et form&egrave;rent un fumet lourd et naus&eacute;abond. Martina s'en fichait, elle regardait, avec attention, le sang couler de sa main. La coupure &eacute;tait peu profonde mais le sang suintait de la plaie. Martina fit couler de l'eau pour d&eacute;sinfecter la blessure, puis chercha un sparadrap dans son armoire &agrave; pharmacie. Quand la blessure fut soign&eacute;e, Martina enfila un pull et sortit de la salle de bain, laissant l&agrave; les d&eacute;bris de verre. Elle sauta &agrave; cloche-pied pour enfiler l'une de ses espadrilles et alla faire sa valise. Elle devait de nouveau partir. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle pla&ccedil;a dans sa valise la longue cape grise et son masque, signes de sa fonction. Elle enviait sa m&egrave;re qui ne s'occupait que d'un seul continent : mais elle &eacute;tait si vieille! Apr&egrave;s 400 ans, on peut obtenir certains privil&egrave;ges. Les soeurs et les fr&egrave;res de Martina, plus &acirc;g&eacute;s, supervisaient les op&eacute;rations sur quelques pays. Ses soeurs et ses fr&egrave;res! Quelle plaisanterie! Ils avaient tous des p&egrave;res diff&eacute;rents et ne se connaissaient que de nom. Martina n'en avait vu que quelques uns. Comme une bouff&eacute;e d'air nostalgique, des images de son p&egrave;re lui revinrent en m&eacute;moire. L'homme devait &ecirc;tre mort depuis longtemps, mais comme elle l'aurait aim&eacute; si elle l'avait connu plus &acirc;g&eacute;e! Ses cheveux &eacute;taient bien blancs quand Martina n'avait qu'une dizaine d'ann&eacute;es. Autant dire qu'elle n'avait pas de p&egrave;re, et les &eacute;pisodiques apparitions de sa tr&egrave;s ch&egrave;re m&egrave;re ne parvenaient pas &agrave; remplacer cette absence d'enfance. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina referma sa valise. Dans moins d'une heure elle devait partir pour le royaume d'Absonie: elle avait re&ccedil;u le billet d'avion par la poste. Elle enfourna des documents sur le royaume dans son sac reporter : elle les lirait dans l'avion. Enfin, Martina ouvrit un tiroir de sa table de chevet et en sortit son arme. En appuyant sur lam&eacute;thyste &agrave; son extr&eacute;mit&eacute;, le pendentif qu'elle tenait dans sa main s'agrandirait et prendrait la forme d'une faux: La faux de la Mort! Martina et les siens avaient des noms diff&eacute;rents suivant les cultures et les pays: Parques, Kali, Erinyes. Mais celui qui convenait le mieux &eacute;tait celui de la Faucheuse. La grande Faucheuse de vie, avec sa cape grise et son allure de squelette. Tel &eacute;tait le m&eacute;tier de Martina, et elle n'en &eacute;tait pas fi&egrave;re. Elle &eacute;tait la mort qui s&eacute;parait les amants, tuait les enfants, d&eacute;chirait les amiti&eacute;s. A la fois charogne, croque-mort, et fl&eacute;au. Elle &eacute;tait souvent suivie ou devanc&eacute;e par les guerres, les famines, les &eacute;pid&eacute;mies. Sa punition &eacute;tait cette immortalit&eacute; insupportable. Et Martina devrait porter ce poids jusqu'au bout sans pouvoir y renoncer. <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina fut &eacute;blouie par le soleil quand elle sortit du petit quadrimoteur. Il faisait une chaleur accablante sur l'a&eacute;roport du royaume d'Absonie. De sa veste, Martina prit ses lunettes de soleil et affronta la chaleur dans les rues de la capitale, Kannandra. La ville &eacute;tait sale et les routes &eacute;taient recouvertes par le sable. Il r&eacute;gnait dans la ville une odeur de charogne. Pourtant, sur les prospectus et les livres concernant ce royaume, Kannandra &eacute;tait connue pour sa propret&eacute; et sa beaut&eacute;. Les livres mentent, mais &agrave; ce point! Martina en prit son parti et continua son chemin dans les rues : elle d&eacute;sirait se rendre au palais du prince d'Absonie pour reconna&icirc;tre les lieux. Elle se faufila dans la foule, abondante malgr&eacute; la chaleur. Bien que r&eacute;put&eacute;e riche, la ville comportait un nombre important de mendiants, clochards et autres marginaux. C'est alors que Martina comprit l'origine de l'odeur de cadavre: les morts &eacute;taient laiss&eacute;s &agrave; m&ecirc;me le trottoir et finissaient de se d&eacute;composer. D&eacute;cid&eacute;ment, la r&eacute;alit&eacute; de Kannandra &eacute;tait bien affreuse. Ce royaume qui impressionnait ses voisins avec sa puissance et son rayonnement n'avait pas les moyens d'enterrer ses morts! Il y avait un d&eacute;calage flagrant voire honteux. Comment... ? <br>&laquo; Mademoiselle! Il faut vous prot&eacute;ger! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le type qui l'appelait &eacute;tait un garde de la police de la ville. Il la rejoignit vite, tenant son casque sur la t&ecirc;te, et fouettant l'air avec son b&acirc;ton pour &eacute;carter les quelques personnes qui &eacute;taient rest&eacute;es dans la rue. <br>&laquo; - Vous n'avez pas entendu le signal d'alerte? Vite, suivez moi! <br> Mais que..? &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le garde l'entra&icirc;na et lui fit monter un escalier couvert qui donnait sur un petit jardin. Martina regarda le ciel, et enleva ses lunettes : les nuages &eacute;taient noirs et annon&ccedil;aient un orage violent. Pourtant, quelques minutes auparavant, le soleil brillait dans un ciel azur. Le changement ne pouvait s'&ecirc;tre op&eacute;r&eacute; aussi vite, sans qu'elle ne s'en aper&ccedil;oive. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un &eacute;clair d&eacute;chira le ciel et le tonnerre &eacute;branla l'air. Martina sursauta de peur. <br>&laquo;  Ce n'est rien, Mademoiselle, lui r&eacute;p&eacute;ta le garde apr&egrave;s un second &eacute;clair. Cela arrive souvent depuis le Jour Noir. Le temps change violemment, la pluie et la gr&ecirc;le peuvent succ&eacute;der au soleil le plus chaud. Nos stations m&eacute;t&eacute;orologiques tentent de nous pr&eacute;venir &agrave; temps, mais pas toujours. Lundi dernier, il y a eu 128 morts lors d'un ouragan, &agrave; quelques kilom&egrave;tres d'ici. Depuis le Jour Noir, pr&egrave;s d'un cinqui&egrave;me de la population du royaume est morte ou d&eacute;clar&eacute;e disparue... <br> Mais... C'est quoi le Jour Noir? &raquo; <br>Le garde se laissa tomber sur les marches de l'escalier. Il &ocirc;ta son casque et sessuya le front. Il avait vraiment l'air d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; : <br>&laquo;  Le Jour Noir? ... C'est le jour o&ugrave; le Prince est tomb&eacute; malade. Personne ne sait vraiment de quoi il souffre, mais depuis, rien ne va plus dans le pays. Son oncle essaie de faire tout ce qu'il peut, mais avec ce temps... Toutes les r&eacute;coltes sont depuis longtemps perdues, le bois pourrit sur place et les denr&eacute;es alimentaires manquent. La famine gagne du terrain dans les campagnes, et les &eacute;pid&eacute;mies sont en train de ravager Kannandra. Il faut que vous repartiez, Mademoiselle! Sauf si vous pouvez gu&eacute;rir le Prince : lui seul a le pouvoir de repousser les nuages et la Mort! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La pluie se calmait d&eacute;j&agrave; quand Martina quitta le garde. Elle r&eacute;ajusta le col de sa veste pour se prot&eacute;ger du vent. Puis elle rentra &agrave; son h&ocirc;tel: elle n'irait pas au palais dans la journ&eacute;e. Elle jeta sa valise &agrave; terre et son sac sur son lit. Puis elle s'effondra dans un fauteuil. De sa fen&ecirc;tre, elle pouvait voir les grandes tours du palais princier. Ce soir, elle devrait s'y rendre. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, ce soir, elle avait pour mission de tuer le Prince. <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aucun garde dans le palais ne remarqua la forme grise qui se faufilait parmi les immenses colonnes de marbre et de basalte. Personne ne vit non plus, l'&eacute;clat de la lame de sa faux passer devant les miroirs orn&eacute;s de pierres fines. On ne vit pas non plus, cette forme p&eacute;n&eacute;trer dans la chambre du Prince et s'arr&ecirc;ter &agrave; quelques m&egrave;tres du lit aux montants incrust&eacute;s d'or et d'argent. Martina regardait le Prince dormir: c'&eacute;tait un enfant d'une douzaine d'ann&eacute;es. Ses cheveux blonds &eacute;taient en bataille et quelques-uns collaient sur son front en sueur. Le visage &eacute;tait p&acirc;le et les traits tir&eacute;s. L'enfant s'agitait dans son sommeil, il semblait se battre contre sa maladie. Le Prince tenait quelque chose dans ses mains, cela ressemblait &agrave; un pendentif: peut-&ecirc;tre une amulette donn&eacute;e par un gu&eacute;risseur quelconque. Sur la table de chevet, une petite horloge &agrave; balancier &eacute;mettait le principal bruit de la pi&egrave;ce: son tic-tac couvrait le faible souffle de la respiration de l'enfant. De temps en temps, celui-ci &eacute;tait pris d'une convulsion, mais cela ne suffisait pas pour le r&eacute;veiller. Le Prince se mourait et personne n'&eacute;tait en mesure de le sauver. Cet enfant fragile constituait, pourtant, le principal espoir d'un peuple qui s'&eacute;teignait en m&ecirc;me temps que son souverain. Le royaume d'Absonie agonisait au rythme de la progression de la maladie de l'enfant. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Martina &eacute;tait charg&eacute;e de l'achever. C'&eacute;tait elle que l'on avait envoy&eacute;e pour terminer le travail de la maladie. Elle devait prendre la responsabilit&eacute; de d&eacute;truire ce peuple avec un seul coup de sa faux. Cette mort aggraverait les souffrances de tous ces hommes et femmes innocents. Martina eut une grande sensation de vertige. Elle aurait souhait&eacute; &ecirc;tre ailleurs, conna&icirc;tre la douceur d'un foyer, la tendresse d'un mari... Mais elle &eacute;tait bel et bien l&agrave;, devant l'enfant, la faux &agrave; la main. Il lui suffisait de l'abattre une seule fois et elle provoquait un v&eacute;ritable g&eacute;nocide. Elle avait beau retourner l'affaire dans tous les sens, le r&eacute;sultat restait toujours le m&ecirc;me. L'addition donnait toujours la m&ecirc;me somme: des millions de personnes allaient mourir par sa faute. Elle restait paralys&eacute;e par la peur quand soudain sa lucidit&eacute; revint : elle prit sa d&eacute;cision et en assuma les cons&eacute;quences. Doucement, lentement, Martina recula et s'&eacute;loigna du lit du Prince. Elle ne tuerait pas ce soir. Cela allait faire du bruit parmi les siens, mais tant pis, elle s'expliquerait et tenterait de les convaincre. Apr&egrave;s tout, n'&eacute;tait-ce pas arriv&eacute; auparavant? N'y avait-il pas d&eacute;j&agrave; eu des cas o&ugrave; la Mort avait renonc&eacute; &agrave; tuer? Martina pr&eacute;f&eacute;rait affronter sa m&egrave;re plut&ocirc;t que sa propre conscience. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'ombre grise quitta la salle o&ugrave; dormait le prince sous les yeux d'un homme cach&eacute; derri&egrave;re l'une des &eacute;normes tentures de la salle de bal. L'homme rengaina son &eacute;p&eacute;e et partit se coucher. Le prince continuerait &agrave; vivre ce soir. <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina pliait sa cape grise quand elle entendit une voix famili&egrave;re dans son dos: <br> Salut, soeurette! Alors? On se r&eacute;volte ? T'as vraiment envie de te faire passer un savon par maman? <br> Fr&eacute;d&eacute;ric? Tu es l&agrave;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un jeune homme avoisinant la trentaine, sassit de mani&egrave;re d&eacute;sinvolte sur le lit, se laissa tomber dessus et croisa les bras derri&egrave;re sa t&ecirc;te. Il souffla pour &eacute;carter la m&egrave;che ch&acirc;tain qui lui barrait le front, et frotta ses bottes lune contre lautre : <br> Ecoute, frangine, je te rappelle, &agrave; tout hasard que tu es sur mon territoire ! Si on te confie ce travail, cest quil est p&eacute;nible, sinon mes services peuvent le faire : cela fait partie de ta formation. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric redevint s&eacute;rieux. Il regarda au plafond sans rien dire, puis reposa ses yeux sur Martina. A chaque fois quil prenait cet air l&agrave;, il devenait inqui&eacute;tant. <br> J'ai un mort en attente. Il va falloir que tu puisses pr&eacute;senter de s&eacute;rieuses raisons pour &eacute;viter la col&egrave;re de notre m&egrave;re! Je lui ai transmis l'affaire, elle vient sur le champ! Autant te dire qu'elle ne sera pas de tr&egrave;s bonne humeur! <br> Oh &ccedil;a va! C'est d&eacute;j&agrave; assez difficile comme &ccedil;a, ce n'est vraiment pas la peine d'en rajouter! <br> Oh, toi, tu nous ferais pas une crise d'adolescence par hasard? conclut Fr&eacute;d&eacute;ric avec un sourire en coin. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'instant d'apr&egrave;s, une brume grise envahit la pi&egrave;ce et de petits arcs &eacute;lectriques se concentr&egrave;rent pr&egrave;s du lit de la chambre. La brume se condensa &agrave; cet endroit et vira au noir. Finalement, une Faucheuse apparut dans un claquement sec. <br>&laquo; Elle a toujours aim&eacute; les entr&eacute;es th&eacute;&acirc;trales, notre m&egrave;re! glissa Fr&eacute;d&eacute;ric &agrave; l'oreille de Martina &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La Faucheuse enleva son masque apr&egrave;s que la brume se fut enti&egrave;rement dissip&eacute;e. La m&egrave;re de Martina avait l'apparence d'une femme d'une quarantaine d'ann&eacute;es, mais elle en avait au moins dix fois plus. Ses yeux &eacute;taient rouges de fureur : <br>&laquo; - Martina! Je te somme d'expliquer ta conduite! <br>- M&egrave;re! Je refuse de tuer l'enfant! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La m&egrave;re eut un mouvement de recul. Elle fit glisser ses mains sur le manche de sa faux. Sa col&egrave;re parut s'&eacute;vanouir dans l'air, mais le ton de sa voix restait tr&egrave;s sec. <br>&laquo; - On ne te donne pas le choix! Je sais que c'est un travail difficile, mais tu dois le faire en d&eacute;pit de tes jugements personnels! <br>- Mais, m&egrave;re, si je tue l'enfant, ce peuple - Martina pointa la fen&ecirc;tre -va mourir. Seul l'enfant peut arr&ecirc;ter ce qui ravage Kannandra, il est magicien, non ? Il est leur seul espoir! N'est- ce pas Fr&eacute;d&eacute;ric? <br>- Hum ... mmoui... Le Prince est aussi appel&eacute; &laquo; l'enfant &agrave; la marque &raquo;: il porte une tache bleue sur sa cuisse gauche. Cela a lair de lui conf&eacute;rer de grands pouvoirs. Gr&acirc;ce &agrave; eux, il commande aux nuages, fait pousser les r&eacute;coltes, emp&ecirc;che le sable de recouvrir les routes, prot&egrave;ge des maladies. Il fait tout, quoi ! Sauf gagner &agrave; la loterie... <br>- C'est cet enfant qui maintient ce pays en vie, m&egrave;re! Je ne peux pas prendre la responsabilit&eacute; de le tuer. Pourquoi devons- nous faire ce travail ? Cest si inhumain, et nous ne sommes pas des dieux ! <br>- Ha ! sexclama Fr&eacute;d&eacute;ric. Disons que le type qui a d&eacute;cid&eacute; &ccedil;a navait pas mieux sous la main que nous et, quen plus, il trouvait lid&eacute;e s&eacute;duisante et amusante... <br>- Fr&eacute;d&eacute;ric ! tonna s&egrave;chement sa m&egrave;re. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Celui-ci tourna la t&ecirc;te vers elle, le sourire au coin de la bouche et les yeux mi-clos. Fr&eacute;d&eacute;ric savourait la col&egrave;re de sa m&egrave;re. Celle-ci reprit sa conversation avec Martina. <br>- Ch&egrave;re Martina, nous ne sommes pas des enfants de choeur! L'enfant doit mourir, cest tout! Si le peuple doit p&eacute;rir, il p&eacute;rira. Et ce n'est pas toi, &agrave; ton &acirc;ge, qui va en d&eacute;cider autrement! Il ne faudrait pas que tu croies que l'on fait mourir les gens &agrave; la l&eacute;g&egrave;re. Toutes nos d&eacute;cisions sont m&ucirc;rement r&eacute;fl&eacute;chies, et nous nous d&eacute;terminons &agrave; partir d'une vision globale de la situation et non au niveau d'un seul pays, aussi important soit-il ! <br> Alors, expliquez-moi pourquoi vous voulez tuer cet enfant! Job&eacute;irai, mais je veux savoir pourquoi ! Il ne repr&eacute;sente aucune menace pour le monde, son peuple est pacifique... <br> Suffit! Je t'ai d&eacute;j&agrave; dit que tu ne pouvais revenir sur nos d&eacute;cisions. Quant &agrave; l'enfant, il doit mourir ce soir. Chaque heure qui passe, le rend un peu plus malheureux. <br> Malheureux ? Pourquoi ne pas tout me dire ? <br> Tu dois ob&eacute;ir sans discuter. Il nexiste pas de justification &agrave; chaque mort, pas de justice dans ce domaine. Alors tu dois apprendre &agrave; mob&eacute;ir ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina soutint le regard de sa m&egrave;re, en vain. La voix &eacute;tait irr&eacute;vocable et s&egrave;che. 400 ans donnent de lassurance et de lautorit&eacute;, et finalement, Martina savoua vaincue. Elle irait au palais, elle tuerait le prince, et assumerait les cons&eacute;quences. Cependant, elle percevait une &eacute;claircie dans cette noirceur et elle sy accrochait pour trouver un peu de motivation. Juste ce quil faut. Elle porta la main &agrave; son pendentif et celui-ci &eacute;mit sa trille caract&eacute;ristique. Les sections du manche gliss&egrave;rent hors de leur logement et le bois grossit. La lame se para de teintes bleues et orang&eacute;es, des diodes lumineuses ornaient la t&ecirc;te. Mais c&eacute;tait le fil de la faux qui &eacute;tait la partie la plus importante. Plus fin que le rasoir, parcouru de minuscules circuits &eacute;lectroniques, il semblait pulser, dou&eacute; dune vie que larme sacharnait &agrave; faire dispara&icirc;tre. Jadis objet magique et myst&eacute;rieux, la Faux avait &eacute;t&eacute; am&eacute;lior&eacute;e, perfectionn&eacute;e durant des g&eacute;n&eacute;rations pour devenir une merveille de technologie, froide et impersonnelle. Tout le contraire de ce &agrave; quoi aspirait Martina. <p> Ah, d&eacute;cid&eacute;ment, reprit la m&egrave;re, tu ressembles bien &agrave; ton p&egrave;re, Martina! Tu es aussi sentimentale que lui! &raquo; <br>Martina remarqua le l&eacute;ger soupir de la Faucheuse et profita de cet acc&egrave;s de faiblesse. <br>&laquo;  M&egrave;re, comment &eacute;tait-il, mon p&egrave;re? <br> Bah... &raquo; Elle soupira de nouveau. &laquo; C'&eacute;tait un bel homme... Enfin, &agrave; mes yeux, il l'&eacute;tait. Il &eacute;tait doux, calme, et un peu r&ecirc;veur. Il a disparu lors d'une r&eacute;volution en Indon&eacute;sie: c'&eacute;tait un id&eacute;aliste mod&eacute;r&eacute;. Ce sont eux qui meurent les premiers. Heureusement, ce n'est pas moi qui ai d&ucirc; m'occuper de lui! <br> Et si &ccedil;avait &eacute;t&eacute; le cas? <br> J'aurais fait mon travail, si c'est ce que tu veux savoir! L'&eacute;quilibre entre la vie et la mort prime avant tout! &raquo; <br>Et sur ces derniers mots, la m&egrave;re de Martina disparut dans un grondement. <p>&laquo;  Eh bien! s'exclama Fr&eacute;d&eacute;ric. Tu as eu beaucoup de chance. Je crois que notre m&egrave;re a appr&eacute;ci&eacute; ta franchise. D'habitude, tout le monde implore son pardon et fond en larmes! Mais bon, apr&egrave;s tout, tu es encore en phase dapprentissage, on te tol&egrave;re quelques &eacute;carts. Elle a m&ecirc;me consenti &agrave; parler de ton p&egrave;re. Bigre! Je n'ai jamais eu droit &agrave; tant d'honneur. Je la soup&ccedil;onne d'avoir une l&eacute;g&egrave;re pr&eacute;f&eacute;rence pour sa petite derni&egrave;re! <br> Jusqu'&agrave; la prochaine naissance... <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric resserra sa ceinture de t&eacute;l&eacute;portation. Cest gr&acirc;ce &agrave; elle quil &eacute;tait arriv&eacute;, et cest par ce m&ecirc;me moyen quil repartait. D&eacute;j&agrave;, la rosace m&eacute;tallique sur la boucle tournait sur elle- m&ecirc;me et &eacute;mettait des parcelles de lumi&egrave;res color&eacute;es autour de la taille du Faucheur. <br> A son &acirc;ge, elle est plut&ocirc;t faite pour &ecirc;tre grand-m&egrave;re! Quoiqu'elle ait su garder son teint de jeune fille! <br> Ferme-l&agrave;, tu veux? &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric disparut sans un bruit, environn&eacute; de couleurs. <br>&nbsp; <blockquote> <center>*</center> </blockquote>  <p><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; De nouveau, Martina parcourut les all&eacute;es des jardins du palais. Elle s'enfon&ccedil;a dans le labyrinthe des couloirs, passa sous les massives arcades aux fresques color&eacute;es. Elle remarqua la pr&eacute;sence de braseros suppl&eacute;mentaires qui cr&eacute;aient une luminosit&eacute; peu propice &agrave; la dissimulation. Martina retrouva facilement le chemin menant &agrave; la porte de la chambre du Prince. Elle prit un couloir et se retrouva devant les deux &eacute;normes vantaux de bronze. Mais cette fois-ci l'endroit n'&eacute;tait pas abandonn&eacute;: des gardes faisaient face &agrave; Martina et pr&egrave;s de la porte se tenait un homme d'une quarantaine d'ann&eacute;es qui brandissait une &eacute;p&eacute;e. <br> Plus un geste, cria-t-il, je sais qui tu es et tu ne franchiras pas le seuil de cette porte! Tu es Kali et tu veux prendre la vie de mon Prince. Par les dieux du Parmondium et leur p&egrave;re tout puissant Harmali, je te somme de retourner p&eacute;rir dans les flammes, d&eacute;mon! &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un cercle de feu jaillit tout autour de Martina et son diam&egrave;tre diminuait. Elle allait &ecirc;tre r&ocirc;tie! M&ecirc;me si elle se savait immortelle, Martina ne d&eacute;sirait pas se faire br&ucirc;ler. Prenant son courage &agrave; deux mains, elle franchit le cercle de flammes. Un pan de sa cape mena&ccedil;a de prendre feu, mais quelques coups de talons r&eacute;duisirent le sinistre. Rassur&eacute;e, elle se tourna de nouveau vers lhomme qui lui avait jou&eacute; ce tour. Seul un pr&ecirc;tre pouvait la voir malgr&eacute; sa nature, mais il avait n&eacute;anmoins du courage pour laffronter. Le type n'avait pas l'air d'avoir peur, et c'&eacute;tait comme s'il avait pr&eacute;vu l'&eacute;chec de sa tentative. <br>&laquo;  Kali! Pardonne-moi, je te supplie d'&eacute;pargner la vie de mon prince. Il est jeune, son peuple l'aime et attend sa gu&eacute;rison. Es-tu assez cruelle pour laisser un peuple mourir? &raquo; <br>Ah... Il laurait vue la nuit pr&eacute;c&eacute;dente, Martina aurait recul&eacute;, mais ce soir, il nen &eacute;tait plus question. <br> Comment t'appelles-tu, homme? <br> Je suis l'oncle du Prince, Ibn Kh&eacute;oud. Si tu veux une vie, prends la mienne, mais &eacute;pargne le Prince et tu &eacute;pargneras mon peuple! <br> Suffit! On ne peux pas &eacute;changer une vie contre une autre comme on &eacute;change des b&ecirc;tes sur un march&eacute;! Je prendrai la vie du Prince quoi qu'il arrive! <br> Cruel d&eacute;mon! Quand cesseras-tu de nous faire souffrir? Pourquoi prendre la vie du Prince quand le tyran Manangeri martyrise encore son peuple? Pourquoi prendre l'agneau quand tu pourrais nous d&eacute;barrasser de la vermine? <br> Tout arrive quand cela doit arriver et ce n'est pas toi, Ibn Kh&eacute;oud, qui peut me juger! Je suis un dieu, et un dieu n'a pas &agrave; se justifier! &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina fut satisfaite de cette r&eacute;plique qui lui &eacute;vitait des explications difficiles. Cela ne parut pas contenter son adversaire qui appela ses gardes &agrave; sa rescousse: <br>&laquo;  Ma&icirc;trisez-l&agrave;! Ce n'est pas Kali! Elle porte des chaussures! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Merde! <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina se crispa sur le manche de sa faux : il lui faudrait se battre. Tout &ccedil;a pour un bout de talon d&eacute;passant de sa cape br&ucirc;l&eacute;e. Convaincus de ne plus avoir affaire &agrave; un dieu, les gardes galvanis&eacute;s par le pr&ecirc;tre-guerrier &eacute;taient d&eacute;sormais en mesure de la voir. Humaine et reconnue comme telle, Martina leur apparaissait vuln&eacute;rable. Leur analyse &eacute;tait presque juste. <br>Le premier garde s'avan&ccedil;a, il &eacute;tait &agrave; cinq m&egrave;tres d'elle, quand elle abattit sa faux. La lame fendit l'air et l'homme s'effondra &agrave; terre, pris de convulsions. Les gardes &eacute;taient une demi-douzaine, mais Martina avait l'avantage de son arme. La lame chanta plusieurs fois et Martina se retrouva seule avec Ibn Kh&eacute;oud. <br>&laquo;  Alors? Crois-tu encore que je ne suis pas Kali? <br> Mais... <br> Je porte des chaussures, et alors? &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'homme se recroquevilla sur lui-m&ecirc;me et paraissait mis&eacute;rable. Martina avan&ccedil;a pour l'&eacute;carter de la porte quand il bondit sur elle avec son &eacute;p&eacute;e. <br> Vive le Prince et le Royaume ! &raquo; cria-t-il. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Son arme tinta en tombant sur le sol carrel&eacute;. Ibn Kh&eacute;oud s'effondra, assomm&eacute; par le pommeau du manche de la faux. Martina haleta : elle avait la voie libre. De nouveau, la voix claire de son fr&egrave;re se fit entendre sous les arcades: <br>&laquo;  H&eacute; bien! T'en as fait des d&eacute;g&acirc;ts! Ca va faire bien sur mes statistiques! <br> Tu es l&agrave;? Comment...? <br> Ecoute, avec tous les types que tu viens d'envoyer manger les pissenlits par la racine, il ne faut pas t'&eacute;tonner de ma pr&eacute;sence. J'avais l'impression que toutes les trompes de l'enfer avaient sonn&eacute; dans ma t&ecirc;te. D&eacute;j&agrave; que depuis le Jour Noir, comme ils disent, je fais des heures sup... Tiens ! ca me fait penser que jai oubli&eacute; de demander &agrave; notre m&egrave;re des ordinateurs suppl&eacute;mentaires pour r&eacute;diger les ordres de mission. Si tu ty mets, je narriverai jamais &agrave; mettre &agrave; jour mes bases de donn&eacute;es ! Enfin, il est vrai que tu es ma petite sur catastrophe! <br> Il y a des jours o&ugrave; j'appr&eacute;cie mal ton humour! &raquo; <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric et Martina ouvrirent les grands vantaux de la chambre du Prince. L'enfant dormait toujours sous la lumi&egrave;re d'un cand&eacute;labre. Fr&eacute;d&eacute;ric enleva son masque: <br>&laquo;  Ce qu'il peut faire chaud l&agrave;-dessous! Je comprends pourquoi ce gosse est malade. Il fait une chaleur &agrave; crever! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais Martina n'&eacute;coutait plus son fr&egrave;re. Elle &eacute;tait enti&egrave;rement concentr&eacute;e sur le visage du Prince. Dans sa t&ecirc;te r&eacute;sonnait l'ordre de sa m&egrave;re: il fallait tuer le Prince. Martina s'approcha du lit du petit malade. Elle leva sa faux et l'abattit. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bruit fut &eacute;pouvantable. Ce fut comme si des cloches sonnaient dans la pi&egrave;ce. Martina leva son arme et regarda Fr&eacute;d&eacute;ric. Il fron&ccedil;ait les sourcils, visiblement ennuy&eacute; par cet obstacle. <br>&laquo; - L'enfant a pos&eacute; des barri&egrave;res autour de lui! Ce n'&eacute;tait pas pr&eacute;vu! <br>- Ce bruit! Les gardes vont venir voir! <br> Non! Le bruit n'a retenti que dans la pi&egrave;ce. Je crois que ce syst&egrave;me d'alarme est plus &agrave; usage interne que pour pr&eacute;venir un assassinat. Tous les m&eacute;decins qui sont venus le soigner en ont fait l'exp&eacute;rience: il refuse les soins! Mais je ne pensais pas que son truc &eacute;tait assez puissant pour nous contrecarrer! <br> Toi, tu sais plus que ce que tu as daign&eacute; me r&eacute;v&eacute;ler! <br> Non, je ne sais que ce que j'ai pu r&eacute;cup&eacute;rer dans les rues. Les gens de la rue en savent plus que les courtisans. Le Prince a refus&eacute; les soins, je ne sais rien de plus. Je te le jure! <br> Je ne peux que te croire, de toute fa&ccedil;on! Tout &ccedil;a ne me dit pas comment en finir avec lui! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle abattit de nouveau sa lame, et les cloches invisibles continu&egrave;rent de sonner en r&eacute;ponse. Soudain, l'air autour du lit parut s'illuminer et se transforma en une sph&egrave;re de lumi&egrave;re blanche: Martina ne parvenait plus &agrave; distinguer la silhouette du Prince dans cette clart&eacute;. <br> Il s'ouvre ! s'exclama Fr&eacute;d&eacute;ric. Il baisse ses d&eacute;fenses, il nous invite &agrave; venir le rejoindre dans son monde! Il faut y aller! <br> Minute ! C'est moi qui vais y aller. Je vais te donner ma cape, mon masque et ma faux : je ne tiens pas &agrave; lui faire peur. De ton c&ocirc;t&eacute;, tu vas me prot&eacute;ger si jamais des gardes s'amusaient &agrave; venir voir ce qui se trame ici! <br> C'est bon, mais prends garde &agrave; toi : l&agrave; o&ugrave; tu vas, je ne peux te d&eacute;fendre! <br> Allons, voil&agrave; que mon fr&egrave;re joue les m&egrave;res- poules ! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina &eacute;tait de nouveau en costume de ville : veste blanche sur pantalon blanc. Elle &eacute;tait plus faite pour aller &agrave; un mariage que pour un assassinat. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina s'approcha de la boule de lumi&egrave;re, elle posa sa main dessus : ses doigts s'enfonc&egrave;rent comme &agrave; travers un rideau. Elle regarda son fr&egrave;re dont les yeux cachaient mal l'inqui&eacute;tude. Elle sourit pour le rassurer puis continua de s'enfoncer dans la lumi&egrave;re. Elle passa de l'autre c&ocirc;t&eacute;. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout le paysage baignait dans une clart&eacute; laiteuse. Les arbres, l'eau, le ciel, tout &eacute;tait comme pastellis&eacute;. Un vent doux balayait les champs qui lentouraient. Martina se baissa pour toucher lherbe ti&egrave;de. Un monde d&eacute;licat et chaud soffrait &agrave; elle, lui faisant oublier la r&eacute;alit&eacute; &agrave; lext&eacute;rieur. Pour un instant, elle oubliait sa profession, retrouvait son humanit&eacute;. Elle entendit une petite voix qui l'appelait. <br>&laquo;  Madame! Madame! &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Prince arrivait sautant et courant &agrave; travers les buissons et les futaies. Il &eacute;tait en nage quand il s'arr&ecirc;ta pr&egrave;s de Martina. <br>&laquo;  H&eacute; bien! s'&eacute;cria-t- elle. Tu parais bien press&eacute; de me voir! <br> C'est.. qu'il n'y a... personne ici ... Alors... <br> Tu inqui&egrave;tes tout le monde dehors, qu'est ce que tu as? <br> Rien! J'en avais assez, c'est tout! Je voulais jouer avec des copains, mais je n'en ai pas! Le cuisinier refuse de faire les plats que je d&eacute;sire. Il me dit que si je mange trop sucr&eacute;, je risque de perdre mon pouvoir. Alors... <br> Mais on ne se tue pas parce qu'on veut des sucreries! <br>Martina s'agenouilla et caressa les cheveux blonds du Prince. L'enfant sourit et jeta ses bras autour du cou de la femme. <br>&laquo;  Restez ici! ordonna le Prince. Je m'ennuie ici! Il y a tous ces gens qui me demandent de faire pleuvoir sur un champ, de faire pousser des patates, de repousser des hordes de sauterelles. Si seulement ils pouvaient me laisser tranquille de temps en temps! <br> Mais ton peuple t'aime, et tu les rends heureux avec ton pouvoir! <br> J'ai rien demand&eacute; &agrave; personne, moi ! Si mon peuple m'aime, c'est uniquement parce que je fais grossir leurs potirons ! C'est parce que je les rends riches qu'ils m'aiment, c'est tout! <br> Tu es injuste! Dehors, ils meurent de faim et te r&eacute;clament, tu es leur espoir: ils savent bien que tu leur es indispensable! <br> Vous voulez me ramener de l'autre c&ocirc;t&eacute;, c'est &ccedil;a? <br> Non! Je suis une &eacute;trang&egrave;re, je n'ai aucun int&eacute;r&ecirc;t &agrave; te faire passer de l'autre c&ocirc;t&eacute;, comme tu dis! &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'enfant regarda attentivement Martina. Son visage avait la gravit&eacute; qu'ont les enfants face &agrave; des probl&egrave;mes. Mais lui, le Prince, jouait sa vie en face de la Mort, en personne. <br>&laquo;  Vous ressemblez &agrave; ma m&egrave;re! Vous avez le m&ecirc;me visage que celui de ma m&egrave;re. Elle avait des cheveux noirs, elle aussi. Mon p&egrave;re &eacute;tait tr&egrave;s blond, au contraire... <br> O&ugrave; sont tes parents? &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina sentit qu'elle avait touch&eacute; le coeur du probl&egrave;me. Le Prince ouvrit sa main droite et montra le pendentif. Un petit cadre dor&eacute; prot&eacute;geait la photographie d'un couple : la femme &eacute;tait brune et un diad&egrave;me brillait dans ses cheveux, l'homme &eacute;tait tr&egrave;s blond et portait une petite moustache, il arborait un tr&egrave;s large sourire. Sa couronne &eacute;tait un brin trop grande pour sa t&ecirc;te et il &eacute;tait oblig&eacute; de la maintenir d'une main. <br>&laquo;  Ce sont tes parents? Ils sont beaux! Ils... <br> ...sont morts, oui, ils se sont jet&eacute;s du haut d'une tour quand j'avais cinq ans. C'&eacute;tait la proph&eacute;tie, cest tout ce que jen sais ! Ils disaient que c'&eacute;tait pour le bien du royaume! Mais je n'avais que cinq ans! Est-ce normal que les parents disparaissent quand on n'a que cinq ans ? Est-ce juste que le bonheur dun peuple se construise ainsi ? J'aurais tant besoin de mon p&egrave;re et de ma m&egrave;re... J'ai lu dans les livres que les m&egrave;res veillent sur les enfants malades : il n'y a personne pr&egrave;s de mon lit la nuit! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; <i>Prince orphelin, ces mots que tu dis n'auraient pu trouver meilleur &eacute;cho dans le coeur de Martina. N'&eacute;tait-elle pas, elle aussi, orpheline de p&egrave;re et presque de m&egrave;re ? N'&eacute;tait-elle pas elle aussi oblig&eacute;e de faire un m&eacute;tier qu'elle n'avait pas choisi ? Oh, Prince, tu n'aurais pu trouver personne plus compr&eacute;hensive! Tu te trouves &ecirc;tre le jouet d'hommes incapables de comprendre que malgr&eacute; ton pouvoir, tu puisses rester un enfant.</i> <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina serra le Prince dans ses bras. Il avait tant besoin de tendresse, et Martina en avait tant &agrave; donner depuis cinquante ans d'immortalit&eacute;. Cet enfant qui s'&eacute;tait rendu si malade, parce qu'il voulait seulement retrouver ses parents, lui donnait l'occasion de saisir un instant de bonheur. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puis il lui fallut repartir. Elle savait comment rendre cet enfant heureux. <br>&laquo;  Prince, vous pouvez rejoindre vos parents, si vous me faites confiance! Faites dispara&icirc;tre vos barri&egrave;res et je serais en mesure de vous laisser les retrouver l&agrave; o&ugrave; ils sont! Est-ce que vous comprenez, ce que je veux dire? <br> Euh, je crois... Ca fera mal? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina caressa les cheveux du prince et secoua la t&ecirc;te. Elle navait aucune raison de lui faire du mal : elle laimait trop. L'enfant sourit et prit la main de Martina: <br>&laquo;  Je suis s&ucirc;r que ma m&egrave;re aurait aim&eacute; vous rencontrer! &raquo; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils se quitt&egrave;rent tous les deux sur ces mots. <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina se retrouva assise sur le lit du Prince, sous l'oeil inquiet de Fr&eacute;d&eacute;ric. D'un signe, elle le rassura. Elle remit ses habits de faucheuse et reprit position au-dessus de l'enfant qui luttait toujours contre la maladie qui le rongeait. Mais c'&eacute;tait le corps qui se battait, par r&eacute;flexe, l'esprit avait depuis longtemps abandonn&eacute; la partie. <br>&laquo; - Tu vas le tuer, alors? demanda Fr&eacute;d&eacute;ric <br>- Oui, et plus que jamais maintenant que je sais pourquoi ma m&egrave;re tient &agrave; sa mort! &raquo; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric retrouva le sourire: <br>&laquo;  Souvent femme varie, fol qui s'y fie! <br> Toi ! un jour, il faudra que je t'apprenne &agrave; respecter un peu plus tes consoeurs! <br> J'en fr&eacute;mis de peur ! &raquo; dit-il en riant. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina se concentra de nouveau sur sa t&acirc;che ; elle avait promis de ne pas faire mal. Elle leva sa faux et l'abattit. Tout se passa dans un silence complet. Finalement, les deux faucheurs s'approch&egrave;rent de l'enfant mort. Le visage &eacute;tait calme, r&eacute;concili&eacute;. Martina souhaita que le Prince ait retrouv&eacute; ses parents, mais ce n'&eacute;tait plus son affaire. <br> Il reste encore &agrave; mettre une derni&egrave;re chose au point ! Sexclama Martina. <br> Perfectionniste va! Je crois qu'il va falloir remettre les masques! Je te r&eacute;veille l'oncle? <br> Dis ? tu lis dans mes pens&eacute;es? <br> Dieu m'en garde, j'aurais trop peur de me perdre &agrave; l'int&eacute;rieur! <br> Pourquoi tu d&eacute;tournes toujours les questions? <br> Ce ne sont pas les questions que je d&eacute;tourne, mais les r&eacute;ponses! <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina laissa tomber : son fr&egrave;re restait une &eacute;nigme pour elle. Sa m&egrave;re lui avait dit un jour de se m&eacute;fier de lui. Mais except&eacute; son allure nonchalante et son mauvais esprit continuel, elle ne voyait aucune menace en lui. Ibn Kh&eacute;oud venait de se r&eacute;veiller quand elle sortit de la chambre du Prince. <br>&laquo;  Le Prince... ? <br> Il repose enfin en paix ! tonna Martina. <br>Vous avez os&eacute; tu&eacute; le Prince! Mon peuple est perdu! <br> Il l'&eacute;tait d&egrave;s lors que les parents du Prince &eacute;taient morts ! La maladie &eacute;tait la seule fa&ccedil;on qu'il avait trouv&eacute;e pour &ecirc;tre tranquille. Il fallait lui laisser ses parents! <br> Mais la proph&eacute;tie? Elle disait que l'enfant &agrave; la marque ne garderait son pouvoir que si ses parents disparaissaient le jour de ses cinq ans. Le couple royal s'est sacrifi&eacute; pour le bonheur du royaume! <br> Pauvres fous! Toutes ces souffrances &agrave; cause d'une proph&eacute;tie... Fr&eacute;d&eacute;ric &eacute;tait furieux. <br> C'est le Codex ! Depuis sa d&eacute;couverte, tous les dires des pr&ecirc;tres Abarites, toutes leurs visions et leurs divinations se sont r&eacute;v&eacute;l&eacute;es exactes! <br> Ce petit jeu peut durer longtemps! Fit remarquer Martina. Il y a beaucoup de proph&eacute;ties de ce style? <br> La Biblioth&egrave;que royale ne comporte que cela! <br> Conduisez-nous l&agrave;-bas, Ibn! &raquo; Ordonna Fr&eacute;d&eacute;ric. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ibn, tremblant, - il marchait, tout de m&ecirc;me, en compagnie de la Mort- - ouvrit la porte de la grande salle de la Biblioth&egrave;que. Les rayonnages couverts de poussi&egrave;re fourmillaient d'ouvrages compilant les d&eacute;lires de proph&egrave;tes en tous genres: depuis le colporteur de rumeurs, le mendiant, jusqu'&agrave; l'archipr&ecirc;tre le plus r&eacute;put&eacute;. <br>&laquo;  C'est la plus belle collection d'idioties que j'aie jamais vue! s'exclama Fr&eacute;d&eacute;ric en ouvrant un livre reli&eacute; pleine peau. <br> Il y a de quoi tuer des g&eacute;n&eacute;rations et des g&eacute;n&eacute;rations d'humains l&agrave;-dedans! conclut Martina. <br> C'est le patrimoine de l'humanit&eacute;! s'indigna Ibn Kh&eacute;oud. Ces exemplaires sont souvent uniques! <br> Merveilleuse nouvelle! &raquo; sexclama Fr&eacute;d&eacute;ric, r&eacute;primant un rire. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux faucheurs s'&eacute;chang&egrave;rent quelques mots &agrave; l'oreille. Leurs armes sillumin&egrave;rent et ronronn&egrave;rent de concert. Kh&eacute;oud, terroris&eacute;, se blottit dans un coin de la salle et y resta prostr&eacute;. Martina sourit puis se tourna vers Fr&eacute;d&eacute;ric, et ils lev&egrave;rent tous deux leurs faux. Quand les lames s'entrechoqu&egrave;rent, les livres partirent instantan&eacute;ment en poussi&egrave;re. Tout objet est mortel... <center> <p>*</center>  <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina attendait son avion : la pluie avait cess&eacute; de tomber par rafales violentes. Apparemment, c'&eacute;tait le Prince qui avait provoqu&eacute; les brusques changements climatiques. C'&eacute;tait sa fa&ccedil;on &agrave; lui de venger la mort de ses parents. Fr&eacute;d&eacute;ric arriva, haletant: <br>&laquo;  Ouf! J'ai bien cru que tu allais partir sans t'avoir dit adieu! <br> Fichtre! Tu es bien habill&eacute;: costard-cravate! Eh bien! <br> Ca change du bleu de travail! Je me suis mis sur mon trente-et-un pour t'annoncer la nouvelle! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fr&eacute;d&eacute;ric sourit: <br> C'est notre m&egrave;re qui m'a appel&eacute;. Elle m'a demand&eacute; de te faire la commission. Elle avait l'air contente de ton travail, m&ecirc;me si ... <br> Accouche! <br> Tu viens d'&ecirc;tre admise en poste fixe! Tu peux choisir le lieu de ton action. C'est fini les voyages aux quatre coins du monde! <br> Tout n'aura pas &eacute;t&eacute; inutile, en fin de compte. Je serais libre de tuer mes voisins et mes amis. Joyeux programme! <br> Je crois que le moment est venu de te r&eacute;p&eacute;ter ce que notre m&egrave;re m'avait dit le jour de ma titularisation! Sinon, tu vas continuer &agrave; d&eacute;primer b&ecirc;tement! Les gens nous associent &agrave; tout ce qu'il y a de plus affreux, de plus terrible, mais c'est gr&acirc;ce &agrave; &ccedil;a qu'ils nous supportent. Ils nous croient leur ennemi supr&ecirc;me. Mais ce n'est pas notre fonction r&eacute;elle, Martina ! C'est parce que nous existons que les hommes peuvent prendre v&eacute;ritablement conscience du prix de la vie. Si nous n'&eacute;tions pas l&agrave;, ils prendraient la vie &agrave; la l&eacute;g&egrave;re, et des enfants continueraient &agrave; souffrir de la b&ecirc;tise de certains. La Mort, gardien de la Vie, ce n'est pas la premi&egrave;re fois que Dame Nature nous gratifie d'un de ces paradoxes dont elle a le secret. Cest pourquoi notre responsabilit&eacute; est grande, mais essentielle. Nous ne devons pas tuer &agrave; la l&eacute;g&egrave;re, par pulsions. Si nous c&eacute;dions &agrave; nos sentiments, l'&eacute;quilibre fragile entre la Vie et la Mort serait rompu, et alors, &agrave; ce moment-l&agrave;, les morts seraient vraiment injustes. Souviens-toi, Martina, nous sommes les gardiens de la Vie! ... Tiens! On dirait que c'est ton avion! D&eacute;p&ecirc;che-toi de partir ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina souleva sa valise et embrassa son fr&egrave;re. <br> Adieu et merci pour tous tes conseils! Je t'enverrai des cartes postales. Ah...! J'allais oublier! Il faudrait que tu te d&eacute;cides &agrave; cirer tes chaussures, &ccedil;a casse l'ensemble! <br> De toute fa&ccedil;on, elles ne sont pas &agrave; moi! Adieu, reviens me voir de temps en temps: j'aurai toujours du travail pour toi! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Martina haussa les &eacute;paules et monta dans l'avion. Le petit quadrimoteur roula sur la piste puis s'&eacute;leva dans les airs. Et tandis que Martina s'envolait vers sa patrie, elle repensa &agrave; ce que son fr&egrave;re venait de lui dire si rapidement. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Maintenant, Martina &eacute;tait r&eacute;ellement un gardien de la Vie. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; FIN <br>( Olivier Paquet. 29 Ao&ucirc;t 1993) <br>&nbsp; <blockquote>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b><font size=+2> </font><font size=+1>Pour donner un avis sur les textes, vous pouvez m'envoyer un mail, ou bien laisser un message sur mon <a href="http://dspnet.claranet.fr/~lo/books/Erion_fr1.html">Livre d'Or</a>. (Merci BP :-) )</font></b></blockquote> <img SRC="lraro2lf.gif" HSPACE=2 height=32 width=32 align=ABSCENTER><b><i><a href="inedits.htm">retour vers la page des in&eacute;dits</a></i></b> <address> <img SRC="lraro2lf.gif" HSPACE=2 height=32 width=32 align=ABSCENTER><b><font color="#000000"><a href="erion_pg.htm">retour vers la page d'Erion</a></font></b></address>  <address> <img SRC="lraro2lf.gif" HSPACE=2 height=32 width=32 align=ABSCENTER><b><a href="opaq_sf.htm">retour vers la page Science-Fiction</a></b></address>  <br>&nbsp; <p>&nbsp; <br>&nbsp; <br> <br> <br> <br> <br> <br> <br> <center> <p><img SRC="blrule.gif" NATURALSIZEFLAG="0" height=6 width=655 align=BOTTOM> <br><b><font color="#000000">Pour toute remarque, suggestion ou autre, &eacute;crivez-moi : <a href="olivier.paquet@free.fr">olivier.paquet@free.fr</a></font></b></center>  </body> </html> 
