{\rtf1\ansi \deff4\deflang1033{\fonttbl{\f4\froman\fcharset0\fprq2 Times New Roman;}}{\colortbl;\red0\green0\blue0;\red0\green0\blue255;\red0\green255\blue255;\red0\green255\blue0;\red255\green0\blue255;\red255\green0\blue0; \red255\green255\blue0;\red255\green255\blue255;\red0\green0\blue128;\red0\green128\blue128;\red0\green128\blue0;\red128\green0\blue128;\red128\green0\blue0;\red128\green128\blue0;\red128\green128\blue128;\red192\green192\blue192;}{\stylesheet{ \qj\widctlpar \f4\fs28\lang1036 \snext0 Normal;}{\*\cs10 \additive Default Paragraph Font;}{\s15\qj\widctlpar\tqc\tx4536\tqr\tx9072 \f4\fs28\lang1036 \sbasedon0\snext15 footer;}{\*\cs16 \additive\sbasedon10 page number;}}{\info{\title Mon testament.} {\subject Un objet permet de faire des r\'eaves merveilleux.}{\author CRIBLEUR}{\doccomm Nouvelle ultime sur l'existence et la raison d'\'eatre.\'0d\'0aL\'e8na serait-elle toujours en vie?}{\operator CRIBLEUR}{\creatim\yr2001\mo10\dy16\hr8\min37} {\revtim\yr2002\mo1\dy20\hr11\min6}{\printim\yr2001\mo3\dy21\hr21\min23}{\version4}{\edmins1}{\nofpages26}{\nofwords9325}{\nofchars53155}{\*\company Les Evades Du Chaos}{\*\category Nouvelle.}{\vern57431}} \paperw11907\paperh16840\margl1191\margr1247\margt1134\margb1474\gutter510 \facingp\deftab708\widowctrl\ftnbj\aenddoc\hyphhotz425\margmirror\formshade \fet0\sectd \psz9\pgnrestart\linex0\headery567\footery851\colsx709\endnhere {\footerl \pard\plain  \s15\qj\widctlpar\tqc\tx4536\tqr\tx9072\pvpara\phmrg\posxo\posy0 \f4\fs28\lang1036 {\field{\*\fldinst {\cs16 PAGE  }}{\fldrslt {\cs16\lang1024 10}}}{\cs16  \par }\pard \s15\qj\fi360\ri360\widctlpar\tqc\tx4536\tqr\tx9072  \par }{\footerr \pard\plain \s15\qj\widctlpar\tqc\tx4536\tqr\tx9072\pvpara\phmrg\posxo\posy0 \f4\fs28\lang1036 {\field{\*\fldinst {\cs16 PAGE  }}{\fldrslt {\cs16\lang1024 11}}}{\cs16  \par }\pard \s15\qj\fi360\ri360\widctlpar\tqc\tx4536\tqr\tx9072  \par }{\*\pnseclvl1\pnucrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl2\pnucltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl3\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl4\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta )}}{\*\pnseclvl5 \pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl6\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl7\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl8\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang {\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl9\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}\pard\plain \qc\widctlpar\tx5529 \f4\fs28\lang1036 {\b\fs40\ul Mon testament.}{\b\fs44  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par  \par  \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je m'appelle William Gasnier. Une question me hante: Qu'est ce qu'un r\'eave? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab  D'autres interrogations d\'e9coulent de la premi\'e8re: De quoi l'esprit humain est-il vraiment capable? Les drogues, comme certains aiment \'e0 le dire, ouvrent-elles l'esprit \'e0 un niveau de perception sup\'e9 rieur? Ou, au contraire, la machinerie du subconscient peut-elle expliquer toutes les visions que les hommes ont eues? On sait de toute fa\'e7ons peu de choses sur le subconscient. Derri\'e8re cette porte pourraient bien se cacher de formidables capacit \'e9s. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Toute ma vie actuelle tourne autour de ces questions. Il me faut trouver des r\'e9ponses. Rester ainsi m'est insupportable. Je ne suis pas un sp\'e9cialiste de l'esprit humain et je doute d'ailleurs que les lumi \'e8res des chercheurs puissent s'appliquer \'e0 mon cas. Il me faut exp\'e9rimenter par moi-m\'eame, puis laisser ce t\'e9moignage derri\'e8re moi. C'est une r\'e9action de survie, je crois, que d'\'e9 crire, de laisser une trace de son passage sur terre afin de perdurer dans le collectif humain. Peu importe, j'esp\'e8re sinc\'e8rement que d'autres pourront vivre des exp\'e9 riences aussi exaltantes que les miennes et, pourquoi pas, aller encore plus loin, ouvrant ainsi une nouvelle voie \'e0 l'humanit\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Ce que j'ai v\'e9cu est \'e9troitement li\'e9 \'e0 un objet. Je vais essayer d'\'eatre le plus objectif possible afin de rendre plus cr\'e9dible mon t\'e9moignage. Je laisserai \'e0  d'autres le soin d'apporter des pr\'e9cisions sur cet objet, ses origines, sa composition. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Un ami de mes parents, un paysagiste, leur avait fait ce cadeau il doit y avoir une quinzaine d'ann\'e9es de cela. Il avait dit l'avoir trouv\'e9 sur une vieille tombe en fin de concession. Ce don \'e9tait compos\'e9  d'un large r\'e9cipient ovale, avec deux anses. Il \'e9tait d'\'e9tain ou d'argent et avait \'e9t\'e9 peint en gris anthracite. Cela pouvait ressembler \'e0 une soupi\'e8re, reposant sur quatre petites pattes, le tout enjoliv\'e9  de formes florales. Sa fonction \'e9tait de contenir un vulgaire pot de fleurs pour le masquer. Il para\'eet que ce genre de pr\'e9sentation \'e9tait courant sur les tombes \'e0 une \'e9poque. En tout cas, l'objet \'e9 tait superbe. Sa peinture imitait la patine du m\'e9tal et avait \'e9t\'e9 elle-m\'eame travaill\'e9e par le temps sans que l'ensemble ait subi la moindre pr\'e9dation.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab La seconde partie du cadeau \'e9tait un "dessous de plat", je ne vois pas comment le nommer autrement. Sa fonction \'e9tait bien de supporter le cache  pot. Il \'e9tait du m\'eame m\'e9tal et du m\'ea me style, et avait, lui aussi, quatre petites pattes et deux poign\'e9es pour soulever l'ensemble. Sa surface plane \'e9tait un miroir tr\'e8s vieux, rendu translucide par les rayures et les intemp\'e9ries. Je ne sais pas si ma m\'e8 re voulut un jour remplacer cette glace trop mate pour faire propre, mais cela n'aurait pu \'eatre fait ais\'e9ment car le verre \'e9tait directement ench\'e2ss\'e9 dans le cadre de m\'e9tal. Cela n'avait gu\'e8re d'importance, car, la corbeille \'e9 tant destin\'e9e \'e0 rester sur le plateau, on voyait \'e0 peine le miroir. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Le cadeau resta ainsi des ann\'e9es, bien en vue sur le buffet du salon, la corbeille garnie d'une \'e9norme composition de fleurs s\'e9ch\'e9es. Un jour, me vint l'id\'e9 e de le faire expertiser par une de mes r\'e9centes connaissances. Il fallait au moins savoir si, sous la peinture, le m\'e9tal \'e9tait de l'\'e9tain ou de l'argent. J'emmenai donc la paire d'objets \'e0 mon appartement en attendant de rencontrer mon  ami. J'eus alors mon accident de moto. J'y gagnai non seulement une paralysie des membres inf\'e9rieurs, mais aussi des ennuis de sant\'e9 \'e0 la cha\'eene d\'e9coulant de mon flirt avec la mort. Me retrouver par la suite sans emploi fut un moindre mal.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Diminu\'e9, min\'e9, d\'e9soeuvr\'e9, presque deux ans plus tard, j'avisai le cadeau fait \'e0 mes parents qui \'e9tait rest\'e9 chez moi tout ce temps. Je d\'e9taillai alors le dessous de plat et plus particuli \'e8rement son miroir. Les rayures du verre, plus ou moins profondes, \'e9taient l\'e9gion. Curieusement, elles couvraient toute la surface et non pas seulement les endroits o\'f9 reposaient les pattes du pot. S'\'e9tait-on amus\'e9 \'e0  le nettoyer avec des graviers? En regardant de tr\'e8s pr\'e8s, je remarquai que le verre ab\'eem\'e9 n'\'e9tait pas le seul d\'e9faut du miroir. La surface r\'e9fl\'e9chissante \'e9tait elle aussi en piteux \'e9 tat. On eut dit une feuille de papier aluminium mise en boule et rapidement d\'e9froiss\'e9e. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab A pr\'e9sent, je connais bien les lignes et les courbes des deux surfaces du miroir, mais, \'e0 ce moment-l\'e0, je me moquais \'e9perdument de ces d\'e9tails. J'avais pr\'eat\'e9  attention au dessous de plat cet apr\'e8s-midi l\'e0, seulement apr\'e8s avoir \'e9t\'e9 exc\'e9d\'e9 par les \'e9missions t\'e9l\'e9vis\'e9es. Terrass\'e9 par de sombres pens\'e9es inspir\'e9es par ma vie, mes yeux se perdirent dans le vague.  Comme les lignes du teint du miroir et les rayures du verre se superposaient \'e0 mon regard, des dessins complexes apparurent. Le moindre mouvement de t\'eate induisait des mouvances \'e9tranges. Les couleurs se refl\'e9 tant dans le miroir apportaient un niveau de combinaison suppl\'e9mentaire \'e0 ces dessins. L'effet devait \'eatre similaire \'e0  celui de ces graphismes faits par ordinateur: un fouillis de lignes parmi lesquelles se distinguent des motifs avec un effet de relief, lorsqu'on le regarde fixement durant un certain temps. Mais qui avait bien pu graver ainsi le miroir? Selon quelle m \'e9thode? J'ai laiss\'e9 le myst\'e8re entier. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Ma vue \'e9tait brouill\'e9e et soudain ce fut comme si je voyais une autre pi\'e8ce. Plus que cela, c'est toutes mes perceptions qui s'\'e9veill\'e8rent. L'air \'e9tait chaud et agr\'e9 able, alors qu'une chaleur \'e9crasante et un flot de lumi\'e8re entraient par une petite fen\'eatre traversant un \'e9pais mur de pierre. La pi\'e8ce \'e9tait assez d\'e9pouill\'e9e. Il y avait une porte close dans le fond et un tapis de corde tress\'e9 e au sol. Mes yeux ne pouvaient quitter la sc\'e8ne, alors que mon odorat \'e9tait assailli de toutes parts et me donnait des renseignements sur ce qui \'e9tait en dehors du cadre. Oui, je sentais tr\'e8s clairement l'effluve de fruits m\'fb rs dans une corbeille se trouvant sur ma gauche. L'essence du bois de santal donnait beaucoup de qui\'e9tude \'e0 l'endroit. Il y avait aussi l'odeur de la pierre chauff\'e9e et celle du linge propre. Et surtout le parfum d\'e9licieux d'une femme.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je ne pouvais d\'e9tacher mon attention d'elle. Ce que je voyais \'e9tait une image. La femme \'e9tait donc immobile. Pourtant, je pouvais sentir le parfum de sa peau. Je ne suis pas s\'fb r d'avoir vu ou non ses longs et fins cheveux pouss\'e9s par le courant d'air. Elle \'e9tait tout droit sortie des plus belles oeuvres d'un dessinateur d'illustrations m\'e9di\'e9vales-fantastiques. Il y avait plus \'e9trange, je savais son nom: L\'e9 na. Son doux regard r\'eaveur \'e9tait perdu au loin, bien au-del\'e0 du paysage qu'offrait la fen\'eatre. Elle s'appuyait d'une main contre le cadre de l'ouverture lumineuse et posait un genou sur un coffre en bois pr\'e9 cieux contre lequel reposait son arme, une \'e9p\'e9e. Ses cheveux auburn coulant sur la courbe de ses reins \'e9taient l\'e2ch\'e9s, simplement retenus en arri\'e8re par deux peignes en argent. Je me sentis la langue pendante devant la plastique de r\'ea ve de la femme. En effet, elle n'\'e9tait pas tr\'e8s v\'eatue: un pagne \'e9troit, un soutien-gorge et des sandales \'e9taient ses seuls v\'eatements, avec l'ajout de lourds bracelets et d'une ceinture faite de plaquettes d'or. L\'e9na avait pourtant u n port imp\'e9rial. "Une tenue ordinaire pour un officier Amazone". Je savais que cette remarque qui venait \'e0 moi \'e9tait juste. A ce moment, on pouvait facilement conclure que L\'e9na \'e9 tait sortie de mon imagination, car je connaissais son esprit aussi bien que je voyais son physique. Elle \'e9tait la femme de toutes mes aspirations. Belle, forte, grande, sans aucune imperfection. Elle \'e9 tait aussi seule, aimante sans pouvoir exprimer sa tendresse. L\'e9na avait conscience de ses faiblesses mais elle refusait de rem\'e9dier \'e0 sa vuln\'e9rabilit\'e9 pour ne pas se renier et pr\'e9server ses principes. Les responsabilit\'e9s engendr\'e9 es par les guerres \'e9taient terribles pour les personnes emplies de compassion. Ses yeux verts, m\'e9lancoliques, appelaient ma protection. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Des heures durant, me sembla-t-il, j'ai contempl\'e9 la sculpturale beaut\'e9. Mon c\'9cur battait la chamade. Je d\'e9sirais cette femme, je l'aimais. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je me suis r\'e9veill\'e9, le visage contre le miroir. Il faisait nuit. L\'e9na \'e9tait encore devant mes yeux. Toute la nuit j'ai r\'eav\'e9 d'elle, compl\'e8tement \'e9perdu, au-del\'e0  de la logique et de la raison, comme sous l'emprise de la fi\'e8vre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab En essayant de rester le plus cart\'e9sien possible, je dirais que le miroir, avec ses deux niveaux de dessins, avait produit un egget hypnotique et subliminal sur moi. A partir de l\'e0 , mon manque affectif avait fait jaillir L\'e9na de mon subconscient. Et voil\'e0 que ma chim\'e8re m'obs\'e9dait \'e0 chaque instant de ma vie! Pourtant, des \'e9l\'e9ments de cette exp\'e9 rience, comme les parfums que j'avais sentis m'indiquaient qu'il s'agissait d'autre chose qu'une simple vision. Pouvait-on avoir tant de sensations dans un r\'eave? Cela n'avait jamais \'e9t\'e9 le cas pour moi jusqu'alors. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Comme je vivais d'aides de solidarit\'e9 et des dons de mes parents, le lendemain, j'eus tout le loisir de regarder de tr\'e8s pr\'e8s le miroir et de tenter un nouveau r\'eave. Je n'obtins aucun r\'e9sultat. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je contactai alors une ancienne connaissance afin de me procurer une aide particuli\'e8re. Ce camarade consommait r\'e9guli\'e8rement du cannabis. Notez que je ne m'\'e9tais jamais drogu\'e9 . J'ai fait certaines exp\'e9riences dans ma jeunesse, comme tout un chacun, puis j'ai pr\'e9f\'e9r\'e9 l'ivresse de la f\'eate avec un esprit clair. Ceci pour dire que je ne sais pas bien pourquoi j'ai fait cette d\'e9marche. A partir de l\'e0 , j'ai donc pos\'e9 comme hypoth\'e8se que le miroir pouvait non seulement provoquer des visions, mais aussi \'e9galement projeter son mode d'emploi. A moins qu'il ne soit inscrit dans le collectif de l'humanit\'e9 qu'il faille de la drogue pour \'e9 prouver des exp\'e9riences mystiques. Les indiens d'Am\'e9rique et les aborig\'e8nes en consomment, je crois, pour contacter les esprits. Plus proche de nous, on utilisa d'autres stimuli, ou absence de stimulus pour se rapprocher de Dieu; je pense au je \'fbne, \'e0 la claustration. J'ai \'e9galement en t\'eate l'image des derviches tourneurs qui dansent jusqu'\'e0 l'agonie de leur cerveau pour avoir des visions. O\'f9 est la v\'e9rit\'e9 ? La question revient toujours en force. Dans certaines conditions, l'esprit est-il capable de contacter autre chose, un ailleurs? Ou le subconscient est-il capable de faire croire n'importe quoi au conscient lorsqu'il est d\'e9brid\'e9? \par \tab \tab Sans avoir de connaissances particuli\'e8res sur le sujet, regarder la t\'e9l\'e9vision \'e0 longueur de journ\'e9e m'a apport\'e9 quelques informations int\'e9ressantes. D'apr\'e8s des sp\'e9cialistes , le subconscient qui emmagasine bien plus d'informations que le conscient, a toutefois le d\'e9faut d'\'eatre moins pr\'e9cis. A regarder alternativement un humain, puis un oiseau, le c\'f4t\'e9  obscur du cerveau d'un nourrisson peut amalgamer les deux et cr\'e9er un ange. Plus tard, dans des conditions tr\'e8s diverses, cette image pourrait resurgir. Qui croire? La bible et les t\'e9moignages de tous nos anc\'eatres ignorants et cr\'e9 dules? Ou une science incompl\'e8te, souvent trop s\'fbre d'elle, qui voudrait balayer toutes les apparitions et toutes les chim\'e8res des l\'e9gendes? Tout est l\'e0. Ces deux th\'e9ories peuvent expliquer mes visions. Mais, au final, il y a une diff \'e9rence gigantesque entre une existence ob\'e9issant \'e0 des concepts qui nous sont inconnus et un fantasme. J'ai un parti pris. J'ai d\'e9sesp\'e9r\'e9ment besoin de certitudes. Je vais aller chercher la r\'e9ponse \'e0 travers le miroir, m\'ea me si je doute pouvoir la rapporter. Je serais heureux si mes notes, si ce testament que vous lisez, peut un jour aider \'e0 r\'e9soudre ce que je qualifierais de plus grand myst\'e8re de l'humanit\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Pour ma deuxi\'e8me exp\'e9rience, j'ai allum\'e9 quatre bougies dispos\'e9es autour du miroir et j'ai fum\'e9 une cigarette gorg\'e9e de p\'e2te de cannabis. Il me sembla que les dessins complexes form\'e9 s par le double niveau de lignes du miroir \'e9taient d'abord mouvants. Puis, ils s'immobilis\'e8rent par instants. Je remarquai des zones faites de courbes, d'autres de lignes droites formant des triangles et des rectangles. J'eus peut-\'ea tre tort de rechercher des \'e9vocations telles que des arbres, des montages ou des habitations. Ma vue \'e9tait troubl\'e9e par la drogue, mais rien ne vint. Sans quitter un seul instant le miroir du regard, j'entamai mon deuxi\'e8me joint. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab J'\'e9tais au sommet d'une colline enneig\'e9e. Un panorama d'\'e9minences beaucoup plus hautes s'offrait \'e0 mes yeux. Dans la vall\'e9e qui s'\'e9talait devant moi, moutonnait le vert d'une for\'ea t de sapins, \'e0 demi recouverte de neige. C'\'e9tait extraordinaire! Je sentais la puret\'e9 de l'air \'e9th\'e9r\'e9, le froid sur ma peau et j'entendais le souffle calme du vent. Contrairement \'e0 ma premi\'e8re exp\'e9rience, je pouvais tourner la t \'eate et voir tout autour de moi. J'avais conscience de tout mon corps, et surtout, j'\'e9tais debout! R\'e9alisez que la moiti\'e9 inf\'e9rieure de mon corps m'\'e9tait \'e9trang\'e8re depuis deux ans. Je levai une jambe. J'\'e9 tais maladroit. J'avais presque oubli\'e9 qu'il fallait contr\'f4ler son \'e9quilibre. Je portais des bottes et un pantalon de cuir, recouverts de fourrure. Une large ceinture autour de ma taille supportait un baudrier qui tenait une \'e9p\'e9 e. Je n'avais qu'un gilet de cuir pour couvrir partiellement mon torse. Je sentais la vive fra\'eecheur sur ma peau, mais je n'avais pas froid. Mes entrailles \'e9taient br\'fblantes de vigueur et me r\'e9chauffaient tr\'e8s bien. C'\'e9 tait merveilleux. Je constatais d'un regard en coin que mes \'e9paules \'e9taient plus larges que d'ordinaire, m\'eame avec la pratique du fauteuil roulant. J'eus alors l'impression d'\'ea tre un corps malingre dans un autre, puissant, qui me recouvrait comme une combinaison. Je ne pouvais dire si mon visage avait chang\'e9. Mes cheveux \'e9taient nettement plus longs et peut-\'eatre l\'e9g\'e8rement plus clairs. Puis ces d\'e9 tails furent balay\'e9s par une formidable all\'e9gresse. Je pouvais bouger par moi-m\'eame! Je sautai dans la neige craquante, m'y roulai. Je bondis et d\'e9valai la colline. Je tombai \'e0 la renverse et me fis mal avec la hache que je portais attach \'e9e dans mon dos. C'\'e9tait une arme magnifique. Je la jugeai ainsi, m\'eame si j'\'e9tais n\'e9ophyte en la mati\'e8re. Son long manche indiquait qu'il fallait la tenir \'e0 deux mains. Son fer poss\'e9dait deux tranchants oppos\'e9 s et ses deux plats \'e9taient couverts de gravures. Je me relevai et m'\'e9poussetai. Ma peau \'e9tait rougie mais le froid ne m'incommodait toujours pas. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab La situation \'e9tait extraordinaire. Quelle qu'en soit l'explication, j'\'e9tais bien d\'e9cid\'e9 \'e0 vivre ce r\'eave autant de foul\'e9 es qu'il pouvait durer. Il me semblait logique de penser que je ne trouverais pas la femme de mes r\'eaves dans ces montagnes nordiques. Je la voyais plut\'f4t en bord de mer, avec au moins vingt-cinq degr\'e9s de plus pour la temp\'e9rature. Il aurait s \'fbrement fallu plus penser \'e0 elle lors de ma plong\'e9e dans le miroir. Est-ce parce que j'avais eu un peu froid \'e0 ce moment-l\'e0, que mon subconscient, si c'\'e9tait lui, avait \'e9labor\'e9 un paysage enneig\'e9? Cela me semblait coh\'e9rent.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je me mis \'e0 courir dans une direction quelconque. Cette exp\'e9rience me suffisait pour rire aux larmes et crier de bonheur. Je ne m'en \'e9tais pas encore lass\'e9 et rien n'avait r\'e9ussi \'e0  me mettre hors d'haleine, lorsque je trouvai des signes de civilisation: des arbres coup\'e9s pour permettre le passage d'un chemin. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab J'arrivai bient\'f4t \'e0 un village entour\'e9 d'une palissade en rondins de bois plant\'e9s \'e0 la verticale et li\'e9 s les uns aux autres par des cordages. Quatre miradors cernaient le hameau de huttes dont je voyais les toits enneig\'e9s. Je fus \'e9videmment remarqu\'e9 par la vigie proche de l'entr\'e9e. Il siffla et fit des gestes adress\'e9s \'e0 l'int\'e9 rieur. Reprenant mon souffle, j'entrai. Personne ne m'en emp\'eacha. Des enfants v\'eatus de fourrure jouaient. On aurait pu les croire des petits hommes de Cro-Magnon. Toujours \'e0 bonne distance de moi, des villageois me lanc\'e8 rent des regards mauvais. J'aurais pu y r\'e9pondre par un salut amical, mais cela ne devait pas convenir au puissant guerrier solitaire que j'incarnais. Aussi, je continuai mon chemin vers le centre du village, sans faire cas de leur pr\'e9sence. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Trois hommes arm\'e9s semblaient m'attendre au seuil d'une grosse hutte. Comme j'approchais, ils entr\'e8rent. Je passai \'e0 mon tour la lourde tenture qui fermait l'ouverture. Je pensais \'ea tre dans une sorte d'auberge primitive. Il n'y avait pas de comptoir, toutefois des chopes et des bouteilles en terre cuite garnissaient l'unique et immense table rustique qui occupait une bonne partie de la surface de la pi\'e8ce. Onze hommes me d\'e9 visag\'e8rent dans un silence absolu. Ils avaient tous les cheveux hirsutes et portaient la barbe. Certains n'\'e9taient v\'eatus que de peaux, d'autres avaient quelques atours tiss\'e9s. Je voyais aussi des armes sur la table ou d\'e9j\'e0  en main: il s'agissait de dagues et de poignards qui n'avaient rien des ustensiles de nos anc\'eatres du pal\'e9olithique. Une forte odeur r\'e9gnait ici, m\'e9lange concordant de sueur masculine et d'aigreur de bi\'e8 re. Tout cela me plaisait pourtant. J'\'e9tais encore euphorique, m\'eame si d'apparence je restais sto\'efque et que je les toisais tous. Ma pr\'e9sence devait \'eatre impressionnante, car personne n'engagea les hostilit\'e9s, si toutefois leur attitude  \'e9tait hostile d'apr\'e8s leurs moeurs, je ne savais pas vraiment. Je d\'e9cidai de briser la glace. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - On peut boire quelque chose ici? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Un homme debout s'anima. Il prit une chope sur la table, la plongea dans un f\'fbt et alla la poser \'e0 une extr\'e9mit\'e9 isol\'e9e de la table. J'\'e9 tais bien dans une auberge. Je m'assis sur un billot faisant office de chaise alors que l'homme s'\'e9tait \'e0 peine \'e9cart\'e9 . Quelle attitude adopter maintenant? Je me dis que moins je parlerais, moins j'aurais de chance de me ridiculiser. L'aubergiste posa sa main sur mon poignet gain\'e9 de cuir. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Qu'as-tu \'e0 m'offrir en \'e9change? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Sur le moment, je n'ai pas relev\'e9 que nous parlions la m\'eame langue. Machinalement, je portai ma main \'e0 ma ceinture. J'y d\'e9tachai une petite bourse et en inspectai le contenu. Il y avait des pi\'e9cettes  \'e9paisses, profond\'e9ment grav\'e9es de motifs rudimentaires. Je fis claquer deux de cuivre sur la table. L'homme grogna, les prit et retourna \'e0 l'autre bout de la salle. J'avais vu juste quant \'e0 la valeur de la bi\'e8re! J'en bus une gorg\'e9 e. C'\'e9tait la boisson la plus \'e2pre, aigre, qu'il m'avait \'e9t\'e9 donn\'e9 de go\'fbter. C'\'e9tait infect. Cela me plaisait. La saveur \'e9tait forte, pleine de caract\'e8re. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Les hostilit\'e9s d\'e9but\'e8rent. Un homme aux cheveux blond-roux, encadr\'e9 de deux autres, se campa tout pr\'e8s de moi. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - H\'e9, l'\'e9tranger! Qu'est-ce que tu fais par ici? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je supposais que l'attitude des villageois \'e9tait habituelle face aux visiteurs qui devaient \'eatre plut\'f4t rares. Sans r\'e9fl\'e9chir, je r\'e9pliquai. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Pourquoi? Tu es le chef du village? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Non. Mais tu te crois peut-\'eatre trop important pour ne pas me r\'e9pondre? \par \tab - Je cherche une femme. Peut-\'eatre est-elle pass\'e9e par ici? C'est une guerri\'e8re, elle est rousse. Son nom est L\'e9na. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L'homme ricana, ce qui m'\'e9nerva prodigieusement. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - On t'a vol\'e9 ta femme! T'as pas r\'e9ussi \'e0 la prot\'e9ger d'une bande de "salpageurs"? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Laisse tomber les d\'e9tails. Tu l'as vue ou pas? \par \tab L'autre s'\'e9nerva. \par \tab - Ne me parle pas comme \'e7a, \'e9tranger. Et si t'es pas content, tu d\'e9gages. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je me levai brusquement. Si je n'\'e9tais pas un g\'e9ant face \'e0 ces hommes, j'avais toutefois l'avantage psychologique de voir le sommet de leur cr\'e2ne. Mais surtout, je me sentais une carrure bien sup\'e9 rieure. Le roquet continua d'aboyer. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Moi je crois que tu es un ennemi et je te foutrais bien dehors avec pertes et fracas. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Mon poing partit et l'atteignit en plein visage. Il fallut les r\'e9flexes de ses deux acolytes pour l'emp\'eacher de s'\'e9taler au sol. C'\'e9tait une force formidable qui \'e9 tait partie de mon corps pour animer mon bras. Je dois pr\'e9ciser que je n'ai jamais \'e9t\'e9 un adepte de la bagarre, bien au contraire. J'avais agi sans r\'e9fl\'e9chir, domin\'e9 par les instincts d'un autre corps. Il me restait \'e0 d\'e9 plorer ce fait. Pr\'eats \'e0 en d\'e9coudre, les hommes de l'auberge me cern\'e8rent, sauf un qui avait du mal \'e0 s'en remettre. Je reculai. Que faire? Prendre les armes? Le temps que je saisisse ma hache ou que je tire mon \'e9p\'e9e, ils seraien t sur moi. J'avais un poignard, mais saurais-je m'en servir aussi bien qu'eux? Si la premi\'e8re ligne des villageois avan\'e7ait les poings nus, les autres tenaient des armes douloureuses: marteau de pierre, hache \'e0  manche court, glaive. J'aurais bien laiss\'e9 la situation \'e0 mon esprit belliqueux qui m'avait mis dans cette situation. J'avais l'impression que celui-ci m'intimait de r\'e9gler la situation \'e0 poing nus. J'aurais aim\'e9  qu'il m'octroie un peu de pratique en la mati\'e8re. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu vas regretter \'e7a, \'e9tranger. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Dans ce songe merveilleux, je pouvais sans doute accomplir des exploits. Mais si le r\'eave devenait un cauchemar tout aussi r\'e9aliste? \par \tab Le son d'un cor interrompit le face-\'e0-face. C'\'e9tait une alarme, je le savais. Les hommes de la premi\'e8re ligne tir\'e8rent leurs couteaux. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu les as amen\'e9 ici, ordure! \par \tab - Non! Je vais vous le prouver. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Sans leur laisser le temps de r\'e9agir, je passai leur ligne et me dirigeai vers l'entr\'e9e du village. Je pris en main mon \'e9norme hache. Je sentais le creux de mon dos br\'fb ler, car j'avais les hommes de l'auberge sur mes talons. D'autres villageois se mass\'e8rent \'e0 l'entr\'e9e. Certains mont\'e8rent derri\'e8re la petite palissade, arc en main. Des fl\'e8ches partirent aussit\'f4t. L'ennemi \'e9tait d\'e9j\'e0 l\'e0  et rencontra les d\'e9fenseurs juste \'e0 l'entr\'e9e du village. Il s'agissait de cr\'e9atures simiesques, poilues et v\'eatues, arm\'e9es principalement d'\'e9pieux, mais aussi pour certaines, de dagues et de glaives. On e\'fbt dit des chimpanz\'e9 s de la plan\'e8te des singes, en moins \'e9volu\'e9s toutefois. Le nom de gobelin me vint spontan\'e9ment \'e0 l'esprit. Je me ruai dans la m\'eal\'e9e. Je dois dire que ma partie cognitive c\'e9da le pas \'e0 mon personnage de guerrier barbare. D\'e8 s l'engagement, j'abattis ma hache sur le cr\'e2ne d'une cr\'e9ature qui fut ouverte en deux jusqu'\'e0 la moiti\'e9 du torse. Je d\'e9gageai difficilement mon arme qui se lib\'e9 ra d'un coup. Un gobelin tenta de me transpercer de son javelot. Je me tordis sur le c\'f4t\'e9 et esquivai. Puis, naturellement, je laissai retomber ma hache sur le monstre qui s'\'e9tait trop avanc\'e9. La vague d'assaut des cr\'e9 atures fut terrifiante. Ils se ru\'e8rent sur nous pour nous submerger. Je reculai pr\'e9cipitamment, fit d\'e9crire un large demi-cercle \'e0 ma grande hache et tuai deux monstres d'un coup. J'exultais \'e0 cette splendide r\'e9 ussite toute instinctive et n'en devins que plus meurtrier. Les d\'e9fenseurs qui n'avaient pas recul\'e9 suffisamment vite furent massacr\'e9s et les monstres purent se r\'e9pandre dans le village. Malgr\'e9  leurs pertes importantes, d'autres gobelins pass\'e8rent la palissade et mirent en fuite les archers. Le cri strident d'une femme me fit faire volte-face. Un gobelin avait fait irruption dans une hutte. Tel une h\'e9ros, je lan\'e7 ai ma hache. Le choc atteignit l'ignoble cr\'e9ature dans le dos et la fit voler \'e0 l'int\'e9rieur. Alors que j'\'e9tais d\'e9sarm\'e9, un autre monstre  voulut m'occire. Je m'accroupis, passant sous son coup de hast, et lui fauchai les jambes d'un balayage. Je venais d'avoir la preuve que j'\'e9tais aussi bon en combat arm\'e9 qu'\'e0 mains nues. Je reculai pour me donner le temps de tirer mon \'e9p\'e9 e. Je d\'e9sarmai un gobelin d'un coup de ma nouvelle arme et en tuai un autre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Alors que je savais visiblement me battre avec une \'e9p\'e9e, la partie contemporaine de ma personne fut surprise par ce qu'\'e9tait cette arme. L'\'e9p\'e9e \'e9tait presque aussi lourde que la hache. C'\'e9tait en  fait une barre de fer aplatie dont le milieu de la lame \'e9tait d\'e9cor\'e9 de gravures. L'\'e9p\'e9e n'avait pas de tranchant, comme je l'aurais cru, on s'en servait plut\'f4 t comme une massue, pour fracasser ses ennemis. Je signale ceci pour dire que de nombreuses informations me furent fournies par le r\'eave: des milliers de d\'e9tails que je n'avais pas appris le long de ma vie moderne. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je combattis encore un moment et fis d'autres morts. Puis, l'adversaire se retira en toute h\'e2te, non sans emporter quelques bien domestiques, de la nourriture et des lapins d'\'e9levage. Malgr\'e9  cinq morts du c\'f4t\'e9 des villageois et de nombreux bless\'e9s, je compris \'e0 l'attitude des gens que cet affrontement \'e9tait consid\'e9r\'e9 comme une victoire. J'en fus heureux. Imm\'e9diatement, un des homme de l'a uberge me prit dans ses bras, me congratula et me remercia. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Nous avions cru que tu \'e9tais un espion de l'arm\'e9e gobeline. Mais apr\'e8s ce que tu as fais, tu es des n\'f4tres aussi longtemps que tu le voudras. Nos sangs sont \'e0 pr\'e9sent m\'eal\'e9 s sur les cadavres de nos ennemis. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je remarquai alors que j'\'e9tais l\'e9g\'e8rement bless\'e9. L'homme, Da\'e9ric, me conduisit chez sa m\'e8re et celle-ci nous soigna tous les deux. J'avais une estafilade \'e0 la cuisse et un vilain h\'e9 matome au bras. La douleur sut se faire sentir par la suite, mais cela n'arr\'eata pas pour autant le bon d\'e9roulement du r\'eave. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Quand Da\'e9ric me demanda quel \'e9tait mon nom, je faillis r\'e9pondre William Gasnier. Je me repris et, guid\'e9 par un trait de g\'e9nie, je dis }{\i\fs30 Wallace}{\fs30 . Ce nom correspondait bien mieux  \'e0 mon personnage. Il sembla \'e9galement plaire \'e0 mon camarade. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Comme l'avait dit Da\'e9ric, j'\'e9tais adopt\'e9 par le clan. Le soir, on f\'eata la victoire. Le lendemain seulement, on honorerait les morts. Les boissons fortes coul\'e8rent. Des victuailles furent servies  \'e0 profusion. Tout comme pour les linges qui me servaient de bandages, je ne pr\'eatais gu\'e8re attention \'e0 la propret\'e9, il ne valait mieux pas. On peut vraiment dire que le r\'eave m'adaptait bien \'e0 son tr\'e8s grand r\'e9alisme. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Puis l'ivresse emporta les d\'e9tails. Je me souviens avoir discut\'e9 avec le chef de la situation g\'e9n\'e9rale du village. Il me raconta que les probl\'e8 mes avec le clan gobelin duraient depuis un an. Il avait tout d'abord \'e9t\'e9 dangereux de se rendre \'e0 un autre village, puis il avait fallu transformer en exp\'e9dition arm\'e9e la moindre sortie d'animaux. C'\'e9tait la premi\'e8 re fois qu'ils osaient attaquer en plein jour et ils risquaient fort de ne pas en rester l\'e0. M\'eame si je n'\'e9tais pas encore compl\'e8tement avin\'e9 \'e0 ce moment-l\'e0, je d\'e9clarai \'e0 la cantonade que j'irais les d\'e9busquer dans leur tani \'e8re et que je leur ferais perdre l'envie de rester dans la r\'e9gion. Je fus acclam\'e9 par les villageois et mon bonheur atteignit des sommets. Quelques instants apr\'e8s, je maudissais ma partie barbare. L'enthousiasme m'avait-il fait croire que j' \'e9tais invincible? J'\'e9tais certes redoutable, aucun autre guerrier n'avait fait autant de victimes, mais jusqu'o\'f9 le r\'eave me favoriserait-il? Repousserait-il son propre r\'e9alisme dont il semblait \'eatre si scrupuleux en me permettant d'\'ea tre invincible? La douleur d'une blessure m'indiquait plut\'f4t que le r\'eave pouvait rapidement devenir un cauchemar. Et si je mourais ici, que deviendrais-je sur terre? Aujourd'hui encore cette question reste enti\'e8re. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab L'ivresse emporta mes derni\'e8res r\'e9flexions. Je ne narrerai pas la suite de la soir\'e9e, mais sachez que celle-ci, comme tout le d\'e9but de cette aventure me marqua d\'e9 finitivement, ma vie ne pouvait plus d\'e9sormais \'eatre la m\'eame. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qc\widctlpar\tx284 {\fs30 *\tab \tab \tab *\tab \tab * \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je me r\'e9veillai, la t\'eate sur le miroir, dans mon appartement du vingt et uni\'e8me si\'e8cle, au milieu des bougies. Une heure s'\'e9tait \'e9coul\'e9e depuis mon "d\'e9part". J'\'e9tais toutefois fatigu \'e9 comme si j'avais couru toute la journ\'e9e. Sans tarder, j'allai me coucher et j'eus un sommeil trop profond pour r\'eaver. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Le lendemain, le d\'e9go\'fbt que je ressentis pour ma personne fut plus grand que jamais. Mon corps \'e0 moiti\'e9 mort pesait sur tous les instants de ma mis\'e9rable vie quotidienne. Je patientai jusqu'\'e0  la nuit avant de repartir; il ne fallait pas que l'exp\'e9rience soit interrompue par un appel t\'e9l\'e9phonique ou une visite inopin\'e9e. J'en profitai pour faire le point. Je ne doutais pas avoir r\'eav\'e9. Il me paraissait ind\'e9 niable que le miroir avait une influence sur ce r\'eave. A mon sens, jamais un songe ou un d\'e9lire d\'fb \'e0 une drogue ne pouvait atteindre une telle clart\'e9. Je gardais un souvenir tr\'e8s net de tous ces moments. Tout aurait pu \'eatre r\'e9el.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qc\widctlpar\tx284 {\fs30 *\tab \tab \tab *\tab \tab * \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Pour ma troisi\'e8me exp\'e9rience, je chargeai fortement le joint afin de ne pas \'eatre oblig\'e9 d'en fumer un autre pour atteindre le r\'eave. Je regardais  la porte de ce monde, le miroir aux origines inconnues. Je pensais \'e0 L\'e9na, uniquement \'e0 elle. La trouver \'e9tait mon but. Si, une fois dans le r\'eave, tout devenait presque trop r\'e9el, j'esp\'e9 rais au moins pouvoir influer sur les conditions de d\'e9part. Comme les autres fois, la transition fut nette: pas de moment de sommeil, pas de p\'e9riode floue. Je me retrouvais dans une ruelle d'une ville. Je sus tout de suite que c'\'e9 tait une grande cit\'e9, car les b\'e2timents de pierre chaul\'e9e faisaient deux ou trois \'e9tages. Il faisait chaud. C'\'e9tait bon signe puisque, logiquement, L\'e9na se trouvait dans une r\'e9gion aride. A quelques d\'e9tails pr\'e8s, ma tenue \'e9 tait identique \'e0 celle que j'avais port\'e9e au nord. Mes bottes \'e9taient de cuir travaill\'e9 et non plus de peaux brutes, tout comme le fourreau de mon \'e9p\'e9e. Je rejoignis l'art\'e8re principale pour d\'e9 couvrir un foisonnement de vie. Je ne perdis pas un instant dans la d\'e9couverte de cet autre monde. Les tenues des gens, les \'e9choppes, les b\'e2tisses, tout \'e9tait nouveau pour moi. Par la suite, je me suis demand\'e9  comment j'avais pu imaginer tant de choses, bien plus que n'aurait pu m'expliquer aucun livre traitant de la vie au moyen-\'e2ge. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Un doute me vint alors. Je saisis une m\'e8che de mes longs cheveux. Ceux-ci \'e9taient toujours brun clair. Je devais toujours \'eatre incarn\'e9 dans le m\'eame personnage: grand, tr\'e8s fort. Mon \'eatre  \'e9tait toujours adapt\'e9 \'e0 ce milieu de vie. Le citadin contemporain que j'\'e9tais aurait d\'fb \'eatre d\'e9go\'fbt\'e9 de marcher dans la fange des rues o\'f9 se m\'ealaient ordures et eaux us\'e9es, mais il n'en \'e9tait rien. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Quel \'e9tait mon visage? Aucun \'e9tal ou \'e9choppe ne vendait de miroir. J'aurais aim\'e9 savoir si je me ressemblais ou si j'\'e9tais aussi beau que fort. C'\'e9tait d\'e9 terminant pour mon assurance lorsque je rencontrerais la femme de mes r\'eaves. Je chassai tout ce qui \'e9tait secondaire et commen\'e7 ai mes recherches. J'achetai une brochette de cubes de viande grasse et je demandai au vendeur s'il connaissait une certaine L\'e9na, une guerri\'e8re rousse, tr\'e8s belle. Il me r\'e9pondit que non. Je rentrai dans une taverne et proc\'e9dai de la m\'ea me mani\'e8re. Bien entendu, je communiquais sans probl\'e8me avec les autochtones. Pourtant, \'e9tait-ce le m\'eame langage que ceux du nord? Il semblait que oui, \'e0 la diff\'e9rence d'un fort accent que j'imitais parfaitement. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - L\'e9na! Pour s\'fbr! Me r\'e9pondit-on. Si vous voulez parler du g\'e9n\'e9ral L\'e9na de Sur\'e8ne, chef de notre bataillon de guerri\'e8res. Vous avez \'e9t\'e9 attir\'e9  par ce que l'on dit d'elle dans le monde entier? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Mon c\'9cur battait \'e0 tout rompre. J'avais r\'e9ussi \'e0 me rapprocher d'elle, comme je le voulais en plongeant dans le r\'ea ve. Avec le patron de cette taverne et d'autres interlocuteurs par la suite, j'eus tous les renseignements que je souhaitais. Le royaume de Causses avait connu la r\'e9volution populaire il y a deux mois de cela. A ce que l'on me dit, le roi, une esp\'e8 re de N\'e9ron, avait \'e9t\'e9 renvers\'e9 par un coup d'\'e9tat de l'arm\'e9e. L\'e9na \'e9tait alors apparue sur la sc\'e8ne publique. C'\'e9tait une \'e9trang\'e8re. Elle participa \'e0 la mise en place du S\'e9nat qui gouvernait \'e0 pr\'e9 sent le pays au nom de la r\'e9publique. Mais la guerre faisait rage de toute part. Certains Ducs du royaume n'\'e9taient pas du nombre des douze s\'e9nateurs et n'entendaient pas perdre leur autorit\'e9. A ce conflit interne s'ajoutait la r\'e9 cente menace de deux pays voisins. Le nouvel ordre \'e9tait menac\'e9 malgr\'e9 l'envoi de milliers de volontaires sur les diff\'e9rents fronts. Aussi, le g\'e9n\'e9ral L\'e9 na avait entrepris de recruter des femmes, aussi patriotes que les hommes, et de les former avant de les conduire \'e0 la bataille. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Dans ces r\'e9cits, L\'e9na correspondait tout \'e0 fait \'e0 l'id\'e9e que j'avais d'elle: une id\'e9aliste d\'e9termin\'e9e et \'e9nergique ayant de terribles responsabilit\'e9 s auxquelles elle devait faire face. Visiblement, elle avait suscit\'e9 beaucoup d'admiration aupr\'e8s des gens de la capitale, m\'eame si aucun n'avait pu la voir comme je l'avais fait. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Les bonnes nouvelles s'arr\'eat\'e8rent l\'e0. Alors que tous les volontaires masculins se pr\'e9paraient dans les deux forts qui gardaient la capitale, les femmes s'entra\'ee naient et logeaient dans le palais royal, ou plut\'f4t s\'e9natorial, dont une partie avait \'e9t\'e9 transform\'e9e \'e0 cet effet. Apr\'e8s un bref rep\'e9rage des lieux, il s'av\'e9ra impossible de rencontrer L\'e9na. Je fis tout de m\'ea me un essai en me faisant valoir aupr\'e8s des gardes d'une entr\'e9e. Je leur assurai m\'eame que nous nous connaissions elle et moi. Ils en vinrent rapidement \'e0 me menacer. Par ces temps troubl\'e9s, on emprisonnait facilement, surtout des \'e9 trangers. Si mon accent me semblait correct, je n'avais ni le teint, ni le type de chevelure local. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je passai le restant de la journ\'e9e \'e0 chercher tout renseignement utile. Je comptais \'e9galement sur la chance, esp\'e9rant que le r\'eave m'avait pr\'e9par\'e9 une belle rencontre. Mes espoirs furent d \'e9\'e7us. Je d\'e9busquai toutefois une information int\'e9ressante: L\'e9na allait souvent entra\'eener ses futures guerri\'e8res sur un bateau. Je me mis donc \'e0 guetter du c\'f4t\'e9 du port, sans plus de succ\'e8s. \par \tab \tab Tard dans la nuit, fourbu, j'allai me restaurer \'e0 une taverne toujours ouverte. Je r\'e9alisai alors que je ne pouvais plus rien faire de la journ\'e9e, mais je ne savais pas comment repartir, comment me r\'e9veiller. Plus int\'e9 ressant encore, obnubil\'e9 par ma qu\'eate, je n'avais pas un seul instant pens\'e9 \'e0 ma vie contemporaine. J'avais \'e9t\'e9 compl\'e8tement mon personnage de Wallace, habitant de ce monde. \par \tab \tab J'\'e9clusai encore de la bi\'e8re et la nuit s'avan\'e7a. Il me fallut bien chercher un endroit o\'f9 dormir. C'\'e9tait un comble dans un r\'eave. Je crois que j'ai sombr\'e9 dans l'ivresse sur place. D'un bond, je me r\'e9 veillai, chez moi. Moins de deux heures s'\'e9taient \'e9coul\'e9es. J'avais pourtant bien sur les \'e9paules la fatigue de deux jours, celui du vingt et uni\'e8me si\'e8cle et celui du monde de Causse. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qc\widctlpar\tx284 {\fs30 *\tab \tab \tab *\tab \tab * \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab \tab Je n'avais plus de cannabis et plus d'argent pour en acheter. Le jour du versement des aides \'e9tait bien trop loin. Je demandai de l'agent \'e0 mes parents et me procurai la drogue. Trois jours s'\'e9coul \'e8rent dans le laps de temps. Ce fut une p\'e9riode d\'e9testable. Je commen\'e7ais \'e0 me poser des questions sur l'esprit humain, l'\'e9tendue inconnue de ses capacit\'e9s. Le fait que les actions combin\'e9 es du miroir et de la drogue provoquent un r\'eave hypnotique \'e9tait acquis. Mais je commen\'e7ais \'e0 douter pouvoir recr\'e9er tout un monde m\'e9di\'e9val dans mon esprit. Le miroir pouvait-il me fournir ces informations? Je commen\'e7ais \'e0  entrevoir la possibilit\'e9 d'un savoir universel. Un homme ne disparaissait peut-\'eatre pas enti\'e8rement en mourant. Si une partie de son \'eatre restait accessible, cela expliquerait le pouvoir des m\'e9 diums capable d'entrer en contact avec les morts, de tenir des propos qui \'e9taient propres \'e0 ces derniers et m\'eame de reproduire leur \'e9criture. Partant de cette hypoth\'e8se, on peut imaginer l'existence d'un esprit communautaire de l'esp\'e8 ce humaine dans lequel j'avais pu puiser les informations qui me manquaient pour cr\'e9er le monde de Causse. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Voil\'e0 comment, en essayant de comprendre ce qui m'arrivait, je me suis retrouv\'e9 \'e0 r\'e9fl\'e9chir sur les questions m\'e9taphysiques les plus profondes. Je suis ath\'e9 e, mais je pensais que le paradis, l'enfer, le karma des \'e2mes pour le bouddhisme, les esprits, la mort, la magie, tout ce qui est surnaturel, l'hypnose, la prescience, les v\'e9cus ant\'e9rieurs, tous ces \'e9l\'e9ments ne pouvaient \'ea tre des mystifications. A la lumi\'e8re de mes exp\'e9riences, j'entrevoyais que tout pouvait \'eatre reli\'e9 par le subconscient et ce que j'appelais l'esprit communautaire. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qc\widctlpar\tx284 {\fs30 *\tab \tab \tab *\tab \tab * \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab \tab Je me retrouvais une nouvelle fois \'e0 Nasys, la capitale de Causse. La premi\'e8re fois, obnubil\'e9 par la recherche de L\'e9na, je n'avais pas vraiment pr\'eat\'e9 attention \'e0 la ville. Apr\'e8 s trois jours \'e0 patienter dans mon horrible vie contemporaine, je red\'e9couvrais Nasys avec un oeil de touriste. Je m'\'e9merveillais encore une fois de la richesse du r\'eave qui \'e9tait plus que cela. Je pris beaucoup de plaisir \'e0 l'instant pr \'e9sent, mais cela ne fit pas avancer mon affaire. Comme les fois pr\'e9c\'e9dentes, j'\'e9tais arriv\'e9 en d\'e9but de matin\'e9e. J'eus donc le temps de dialoguer avec de nombreuses personnes tout au long de cette journ\'e9e. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je nouai des liens avec l'un d'eux, suite \'e0 une longue discussion politicienne en g\'e9n\'e9ral et sur la r\'e9volution du pays en particulier. L'ouverture d'esprit du simple terrien que j'\'e9 tais me hissait au rang de sage sur ce monde. Mon interlocuteur, du nom d'Aral Sigara, s'\'e9tonna tout d'abord qu'un jeune \'e9tranger \'e0 l'apparence des plus rustres p\'fbt \'eatre aussi instruit. Comme j'en avais pris l'habitude, je fournis \'e0  sa curiosit\'e9 des r\'e9ponses sibyllines, puis, nous discut\'e2mes de plus belle. Au d\'e9tour d'un sujet, je signalai  mon d\'e9sir de rencontrer L\'e9na. Mon interlocuteur me dit qu'il y avait peut-\'eatre un moyen d'y parvenir. Aral Sigara \'e9 tait un homme assez petit, vif sans \'eatre sec, \'e2g\'e9 d'une quarantaine d'ann\'e9es. Il avait de tr\'e8s beaux atours et certainement une grande culture pour ce monde. C'\'e9tait un bourgeois qui fut conseiller du roi d\'e9chu. Il avait gard\'e9  des connaissances au palais malgr\'e9 le changement de pouvoir et il pouvait m'y faire entrer. Je r\'e9alisai alors qu'il y avait un \'e9norme malentendu entre nous. Comme j'\'e9ludais certains sujets touchant \'e0  ma personne et que je me montrais respectueux de ses id\'e9aux parfois extr\'e9mistes pour ne pas le froisser, Aral Sigara avait cru que je parlais \'e0 demi-mot et il avait fait de m\'ea me. Je compris soudain qu'il me prenait pour un espion d'une nation ennemie \'e0 la r\'e9publique. Il me ferait entrer au palais croyant que je voulais tuer L\'e9na. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je n'ai pas cherch\'e9 \'e0 le d\'e9tromper et finalement nous avons convenu de nous retrouver le lendemain pour mener la "rencontre", s'il parvenait \'e0 contacter les bonnes personnes. J'eus la soir\'e9 e pour me creuser la t\'eate sur le probl\'e8me.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab J'aurais voulu repartir pour r\'e9fl\'e9chir chez moi en toute s\'e9r\'e9nit\'e9. Mais je demeurai \'e0  Nasys. Comme je n'avais pas du tout envie de m'enivrer ou de faire quoi que soit d'autre, je louai une suite dans une hostellerie calme o\'f9 on me regarda avec des yeux ronds. J'y attendis le retour sur terre, pourtant c'est le lendemain, au m\'ea me endroit que je me r\'e9veillai. J'entamai donc ma deuxi\'e8me journ\'e9e de r\'eave. Il devait exister un lien entre la drogue absorb\'e9e et la dur\'e9e du transport. La journ\'e9e s'\'e9coula sans que je trouve un moyen tout \'e0  fait convaincant de d\'e9jouer le complot. Apr\'e8s bien des tergiversations, je d\'e9cidai de jouer ce jeu le plus longtemps possible afin d'identifier les tra\'eetres \'e0 la r\'e9publique et les d\'e9noncer \'e0 L\'e9na. Ce serait une excellente fa \'e7on de briller lors de notre premi\'e8re rencontre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je retrouvai Aral Sigara en fin d'apr\'e8s-midi et c'est sous un soleil d\'e9clinant que nous nous rend\'eemes au palais, dans un carrosse aux couleurs r\'e9publicaines. J'avais rev\'eatu une livr\'e9 e de serviteur. Il \'e9tait pr\'e9vu qu'Aral m'accompagne jusqu'au bout. Je ne demandais pas mieux que de garder le tra\'eetre sous la main. Nous nous pla\'e7\'e2mes en embuscade dans un petit salon d\'e9sert. J'avais relev\'e9 jusqu'\'e0 pr\'e9 sent l'identit\'e9 de deux complices, le cuisinier et un palefrenier. Ce dernier avait pr\'e9par\'e9 un cheval pour ma fuite. Aral, lui, resterait cach\'e9 au palais. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab On frappa \'e0 la porte du salon. C'\'e9tait un signal. Aral passa la t\'eate dans le couloir et recula aussit\'f4t. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - C'est L\'e9na et le s\'e9nateur Manki! A vous de jouer! \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Sans prendre mes armes, j'empoignai Aral \'e0 pleines mains et le soulevai pour l'amener dans le couloir. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - L\'e9na, cet homme... \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Les mots moururent dans me gorge. L\'e9na se trouvait \'e0 quelques pas et j'avais sous-estim\'e9 l'effet de sa pr\'e9sence sur ma personne. La femme de mes r\'eaves mesurait un m\'e8 tre soixante-dix. Elle avait la peau claire. Ses cheveux auburn \'e9taient tr\'e8s longs, rejet\'e9s dans son dos. Une robe de satin bleu fonc\'e9 moulait les formes de son corps sculptural et s'\'e9vasait sur ses jambes. La guerri\'e8 re avait une main pos\'e9e sur la poign\'e9e d'une \'e9p\'e9e que portait une jeune fille \'e0 son c\'f4t\'e9. L\'e9na avait interrompu le geste de d\'e9gainer en me voyant tenir \'e0 bout de bras Aral qui gesticulait, les pieds battant le vide. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Devant le formidable charisme de L\'e9na, je me sentis comme un gamin. Je me ressaisis toutefois avant les deux dignitaires. \par \tab - Dame, cet individu veut votre mort. Il m'a conduit ici \'e0 cette fin. J'ai suivi ses instructions uniquement pour vous le livrer. \par \tab L'homme qui accompagnait L\'e9na prit la parole. Il s'agissait du premier s\'e9nateur Igos Manki, le plus important personnage de la r\'e9publique. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Aral Sigara! Tu as donc bien mal us\'e9 de notre cl\'e9mence. Tu le regretteras. Posez-le donc. (Je m'ex\'e9cutai sans l\'e2cher l'homme) Recevez tous nos remerciements au nom de la r\'e9publique, monsieur...  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Wallace, William Wallace, pour vous servir.  \par \tab - Vous n'\'eates pas d'ici? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Non, je suis un touri... J'aime voyager. Cet homme m'a pris pour un espion. Il a au moins deux complices... \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Manki me coupa dans mes explications. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je vais r\'e9gler personnellement cette affaire. G\'e9n\'e9ral de Sur\'e8ne, occupez-vous de monsieur Wallace, voulez-vous. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Le s\'e9nateur empoigna Sigara et se retira. Dans un coin de mon esprit, je notai l'\'e9tranget\'e9 de ces derniers \'e9v\'e9nements. Mais peu importait, finalement, j'avais rencontr\'e9 L\'e9na. Elle \'e9 tait bien plus impressionnante que je ne l'avais cru, tr\'e8s femme, tr\'e8s m\'fbre, d'un calme et d'une assurance semblant \'e0 toute \'e9preuve. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Suivez-moi jusqu'\'e0 mon bureau, je vous prie, j'aimerais mieux vous conna\'eetre. On ne rencontre pas tous les jours une personne valeureuse et droite comme vous. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab J'embo\'eetai le pas \'e0 la femme de mes r\'eaves. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je souhaitais \'e9galement vous rencontrer. C'est pour cela que j'ai jou\'e9 le jeu de ce tra\'eetre, plut\'f4t que de le d\'e9noncer directement. D'ailleurs, si j'avais fait \'e7a, on ne m'aurait peut-\'ea tre pas cru. \par \tab Je regrettais mes paroles. Qu'avais-je imagin\'e9? Que L\'e9na verrait en moi le compl\'e9ment id\'e9al, tout comme je l'avais admir\'e9e au premier regard? Il me faudrait avoir une discussion avis\'e9e si je voulais la revoir un jour. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Et pourquoi vouliez-vous me rencontrer? Me demanda-t-elle. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - C'est difficile \'e0 dire. Vous \'eates assur\'e9ment une personne remarquable. Vous \'eates la seule femme g\'e9n\'e9ral de toute l'histoire. Vous avez fait de grandes choses, mais vous n'en \'eates qu'au d\'e9 but. Je trouve tout cela formidable. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na ne r\'e9pondit rien. Elle marchait, majestueuse, \'e0 c\'f4t\'e9 de moi. Nous franch\'eemes une porte gard\'e9e par deux femmes en armes pour entrer dans son bureau. La suivante de L\'e9na posa l'\'e9p\'e9 e qu'elle portait, contre la table qui occupait une grande partie de l'espace de la pi\'e8ce. L\'e9na envoya la fille chercher des collations. Nous nous ass\'eemes de chaque c\'f4t\'e9 du meuble couvert de dossiers bien rang\'e9s. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Monsieur Wallace, soyez remerci\'e9 au nom de la r\'e9publique. Les caisses de l'\'e9tat son malheureusement bien vides et vous ne pourrez sans doute pas recevoir une r\'e9compense \'e0 la mesure du service rendu.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je ne d\'e9sire rien. Je suis heureux d'avoir pu vous aider... ainsi que la r\'e9publique. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na resta un instant silencieuse, sans rien laisser para\'eetre de ses pens\'e9es. J'\'e9tais mal \'e0 l'aise. Il me fallait agir sous peine de me retrouver dehors sans espoir de la revoir. Elle me devan\'e7a.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Puisque vous n'\'eates pas originaire de Causse, pourquoi manifestez-vous un tel int\'e9r\'eat pour notre politique? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je viens de Slipher, un village nordique, perdu dans une rude contr\'e9e, toujours parcourue par des hordes gobelines. J'explore ce monde en allant toujours plus au sud. Je loue mon \'e9p\'e9e pour gagner ma vie.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na releva mes derni\'e8res paroles. \par \tab - Vous \'eates avec un groupe? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Non, je voyage seul la plupart du temps. En fait, j'accepte n'importe quel petit travail. Je me d\'e9brouille g\'e9n\'e9ralement bien. Je suis un tr\'e8s bon combattant. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Ce n'\'e9tait pas ainsi que je pourrais retenir l'attention de L\'e9na. Je regardai autour de moi pour trouver un centre d'int\'e9r\'eat. Mes yeux se pos\'e8rent sur une grosse chevali\'e8re au majeur gauche de L\'e9 na. C'\'e9tait un anneau sombre surmont\'e9 d'un scarab\'e9e de m\'e9tal \'e9maill\'e9 poss\'e9dant les irisations caract\'e9ristiques de l'insecte, mais dans des tons rouge et bleu, plut\'f4t que vert et jaune. Je fus surtout intrigu\'e9  par deux minuscules rubis qui constituaient les yeux de l'insecte. Ils brillaient tellement que l'on aurait pu croire des diodes \'e9lectroluminescentes. L\'e9na per\'e7ut mon regard et d\'e9pla\'e7a sa main sous le bureau. Elle relan\'e7 a le dernier sujet abord\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Vous pensez \'eatre un bon combattant? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \tab - Oui. J'ai surtout tu\'e9 un nombre incalculable de gobelins. Mais me battre ne m'int\'e9resse pas particuli\'e8rement. J'ai... Mon pays natal  est barbare... J'en suis parti pour trouver autre chose. Sans doute pour voir les contr\'e9es l\'e9gendaires. J'ai en effet d\'e9couvert d'autres pays et des villes qui me parurent formidables au d\'e9but. Mais finalement, rien n'\'e9tait vraiment diff \'e9rent: la barbarie dominait toujours, masqu\'e9e par la sophistication. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je captai \'e0 pr\'e9sent toute l'attention du g\'e9n\'e9ral. Je continuai donc dans cette voie. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - En arrivant ici, j'ai vu la diff\'e9rence. Pour qu'une soci\'e9t\'e9 acc\'e8de \'e0 la culture, aux sciences et aux arts, il lui faut d\'e9j\'e0 une bonne puissance \'e9 conomique afin que certains s'affranchissent des n\'e9cessit\'e9s d'un labeur quotidien. Mais cet \'e9veil n'est pas sain si l'ensemble de la population n'en profite pas et travaille pour quelques nantis. La r\'e9publique que vous avez instaur\'e9 e est le progr\'e8s de base \'e0 partir duquel pourront se greffer les autres. Et vous faites mieux: en cr\'e9ant une section de femmes guerri\'e8 res, vous brisez le mythe de l'homme dirigeant. De la collaboration hommes-femmes jaillira alors une nouvelle soci\'e9t\'e9 o\'f9 les atouts de chacun pourront s'exprimer, se compl\'e9ter. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na ne parvint pas \'e0 cacher son \'e9tonnement. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - De telles paroles dans la bouche d'un jeune homme! Je comprends qu'Aral ait \'e9t\'e9 abus\'e9. D'o\'f9 tenez-vous de tels concepts? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - De moi, de mes observations. C'est logique quand on y r\'e9fl\'e9chit bien. \par \tab Le g\'e9n\'e9ral devint m\'e9fiant. \par \tab - Quelle \'e9ducation avez-vous re\'e7ue? Savez-vous lire et \'e9crire? \par \tab Je r\'e9pondis, usant de ce qui me passait par la t\'eate. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Oui. Le... La sorci\'e8re du village m'a instruit. Elle disait que j'\'e9tais particulier. (Je d\'e9tournai la conversation) Mais je n'ai pas encore parl\'e9 des complices de Sigara. Il a peut-\'eatre... \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na m'interrompit. \par \tab - Vous n'avez pas compris? Cherchez bien. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je restai avec un air b\'eate quelques instants. Si c'\'e9tait un test, je ne m'y montrais pas brillant. Je me rem\'e9morai la surprise de L\'e9na et du s\'e9nateur. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Vous \'e9tiez au courant pour l'attentat, m'\'e9criais-je! \par \tab - Exact. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Ils \'e9taient pr\'eats \'e0 recevoir l'attaque d'un spadassin, pourtant L\'e9na avait \'e9t\'e9 la seule \'e0 \'eatre arm\'e9e. Je la revoyais, la main sur son \'e9p\'e9e, pr\'eate \'e0  me tuer. Ils n'avaient pas ressenti la n\'e9cessit\'e9 d'avoir d'autres gardes pour faire face \'e0 tout agresseur, s\'fbrement \'e0 raison. J'eus un frisson dans le dos. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Et Aral est un complice! M'\'e9criais-je de nouveau. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je vous demande de garder cela secret, c'est de la plus haute importance. Aral est celui qui a permis l'av\'e8nement de la r\'e9 publique avec  un minimum d'effusion de sang. Il a toujours agi dans l'ombre. Comme son action est inconnue, au contraire de son ancienne situation aupr\'e8s du Roi, il cherche \'e0 rep\'e9 rer les monarchistes dangereux ainsi que les espions d'autres pays. Il s'est fourvoy\'e9 avec vous, car j'ai l'intime conviction que vous ne repr\'e9sentez pas une menace, quoique vous soyez quelqu'un d'\'e9trange. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je n'osais croire les possibilit\'e9s qui s'offraient \'e0 moi. \par \tab - Vous me feriez confiance? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Chaque individu a droit \'e0 ses secrets. Ce que vous avez fait avant de venir ici ne me regarde pas. Je ne vous crois pas un danger pour nous, c'est tout ce qui importe. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Il fallait \'e0 pr\'e9sent provoquer la chance. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Vous avez raison. Je veux vous aider. Dites-moi de quoi vous avez besoin. Je pourrais vous seconder. Nous sommes encore dans un monde d'hommes, je pourrais peut-\'eatre imposer certaines id\'e9 es avec force ou subtilit\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na me consid\'e9ra longuement. Sa suivante apporta des rafra\'eechissements et repartit sans un mot. Le g\'e9n\'e9ral reprit. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Pourquoi feriez-vous cela, monsieur Wallace? \par \tab Je mentis sans h\'e9siter. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - C'est la plus grande cause que je pourrais jamais trouver. Je suis bien certain que tous les monarques voisins tremblent de voir la r\'e9publique venir \'e0 eux. Il va falloir r\'e9sister \'e0 leurs assauts. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Vous avez bien compris que le danger vient de l'ext\'e9rieur et de l'int\'e9rieur. Je ne sais pas si c'est la providence qui vous envoie, mais j'ai besoin d'un homme \'e0  l'esprit ouvert qui fasse le lien entre la troupe de femmes que j'entra\'eene et les soldats de carri\'e8re, ou les hommes volontaires. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je ferai en sorte que chacun se respecte. \par \tab - Vous m'avez comprise, lieutenant Wallace. \par \tab Nous b\'fbmes pour sceller notre accord. \par  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab J'avais atteint mon objectif. J'avais rencontr\'e9 L\'e9na, la femme de mes r\'eaves. A l'inverse de moi, elle n'avait pas de pr\'e9dispositions \'e0 mon \'e9gard, mais j'avais r\'e9ussi \'e0 rester aupr\'e8 s d'elle. Le temps de r\'e9cup\'e9rer mes affaires \'e0 l'hostellerie et on \'e9tablit ma r\'e9sidence dans l'enceinte du palais. D\'e8s ce premier soir, je fus pr\'e9sent\'e9 \'e0  bon nombre de personnes: membres masculins du gouvernement, officiers, recrues f\'e9minines de L\'e9na. Je commen\'e7ais \'e0 concevoir la t\'e2che qui m'attendait. Pour r\'e9sister \'e0 l'appr\'e9hension de telles responsabilit\'e9 s, je me rassurais sur mes capacit\'e9s, me disant que mon corps \'e9tait au moins \'e9gal \'e0 celui de n'importe qui et que mon esprit contemporain me permettait autant de subtilit\'e9 que le plus rus\'e9 des autochtones. En cons\'e9 quence de quoi, je serais forc\'e9ment \'e0 la hauteur. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Comme je m'en doutais en m'endormant ce soir-l\'e0 au palais, je m'\'e9veillai sur terre. Une grande partie de la nuit s'\'e9tait \'e9coul\'e9e. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Le jour se l\'e8ve. Les quelques mots que je voulais laisser pour attirer l'attention sur le miroir et ses capacit\'e9s, se sont transform\'e9s en un roman hors sujet. Je me suis \'e9panch\'e9 au d\'e9 part sur les d\'e9tails de mes "r\'eaves", afin de mettre en avant la coh\'e9rence et la pr\'e9cision de ce qui m'est arriv\'e9, et cela, aucun r\'eave ou d\'e9 lire ne pourrait le faire. Tout est aussi clair, si ce n'est plus, que le plus profond souvenir de ce monde. Je ne peux pas entreprendre ma derni\'e8re exp\'e9rience \'e0 cette heure, elle pourrait \'eatre interrompue. Je reprendrai  plus tard cette lettre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je v\'e9cus cons\'e9cutivement neuf jours dans le monde de Causse, ce qui correspondit \'e0 quatre nuits de suite, plus une o\'f9 j'essayai de d\'e9clencher le r\'eave par l'alcool. Ce fut un \'e9 chec complet. En revanche, je peux confirmer que plus la prise de cannabis est importante, plus le r\'eave est long, ou semble long car, certaines journ\'e9es pr\'e9sentant peu d'int\'e9r\'eat parurent s'\'e9 couler rapidement sans me prendre beaucoup de temps de r\'eave. Les choses ne sont pas claires \'e0 ce sujet \'e9galement. Quoi qu'il en soit, je ne vivais plus que pour retourner \'e0 Causse. J'attendais toujours la nuit pour plonger afin de ne pas \'ea tre d\'e9rang\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je pris mes fonctions au palais de Nasys. Je me fis des relations et j'essayais d'impressionner L\'e9na par mon \'e9rudition. A la cinqui\'e8me plong\'e9e cons\'e9 cutive, je me concentrai sur le village barbare de Slipher. Je voulais voir si je pouvais toujours contr\'f4ler mon lieu d'arriv\'e9e. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je retrouvai mes camarades nordiques, graves, mais heureux de me revoir. Presque un an s'\'e9tait \'e9coul\'e9 depuis mon d\'e9part. Mon \'e9quipement \'e9tait \'e0 nouveau adapt\'e9  pour le rude climat. Les gobelins n'\'e9taient plus mena\'e7ants depuis le terrible revers qu'ils avaient subis, mais on avait \'e0 nouveau trouv\'e9 des traces de leur passage. Aussi, les humains redoutaient que les cr\'e9 atures s'enhardissent. On me demanda mon avis. Au fil des discussions, je compris que la bataille du village avait \'e9t\'e9 suivie d'une contre-attaque de la part des humains. Au prix d'un lourd tribut, ils avaient d\'e9truit le village gobelin et bout \'e9 les monstres dans une autre r\'e9gion. Or, j'avais particip\'e9 aux combats et j'\'e9tais rest\'e9 quelques jours de plus, avant de repartir. Cet \'e9l\'e9ment s'ajoutait \'e0 d'autres, comme la connaissance du langage local, la pertinence de mon  \'e9quipement, l'instinct que je manifestais au combat. Tout ceci tendait \'e0  montrer que mon esprit vagabond prenait possession d'un homme de ce monde, gardant une partie de ses connaissances. Par quelques questions indirectes, j'essayai de savoir si mon comportement, ou plut\'f4t le comportement de l'autre avait \'e9t\'e9 diff \'e9rent les jours suivant la bataille du village. Je n'obtins rien de concluant. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Le jour se finit alors que j'\'e9tais parti avec deux chasseurs afin de localiser les gobelins du nouveau clan. Troubl\'e9 par ce que j'avais appris, inqui\'e9t\'e9  par les implications que j'entrevoyais, je souhaitais \'e0 toute force me r\'e9veiller sur terre et ne pas vivre la traque des monstres, que le corps de l'autre, ferait sans doute sans moi. J'y parvins. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Jusqu'alors j'avais admis que le miroir am\'e9liorait de fa\'e7on notable un d\'e9lire produit par le cannabis. Je consid\'e9rai m\'eame qu'il permettait une sorte de t\'e9l\'e9 pathie avec d'autres subconscients afin d'y trouver les informations n\'e9cessaires \'e0 la cr\'e9ation du monde. Pourquoi alors, si c'\'e9tait une r\'eave, g\'e9n\'e9rer une existence pour mon corps durant les p\'e9riodes o\'f9 je n'\'e9tais pas pr\'e9 sent? Les autres individus du monde de Causse n'avaient aucun besoin de coh\'e9rence s'ils \'e9taient des parties du r\'eave. Il fallait envisager que le miroir permettait \'e0 mon \'e2me d'atteindre un monde bien r\'e9el. Cette hypoth\'e8 se rendait l'affaire encore plus prodigieuse mais, il me faudrait alors compter avec un sentiment de culpabilit\'e9, car, \'e0 chaque plong\'e9e, je boutais ainsi le propri\'e9taire du corps de son l\'e9gitime droit de d\'e9cision. Qui \'e9t ait-il? Que se passait-il pour lui, lorsque j'occupais son corps? Agirait-il toujours comme je l'aurais fait si je le laissais faire, si je ne retournais pas l\'e0-bas durant un certain temps? Il me fallait retourner aupr\'e8s de L\'e9 na pour calmer des angoisses ascendantes. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je ne me r\'e9veillai pas sur ma paillasse du casernement du palais, mais je pris conscience debout, au bord d'une piste boueuse. Le ciel \'e9tait lourd et la temp\'e9rature agr\'e9able. Mon \'e9 quipement avait encore chang\'e9. J'avais dans les mains une magnifique claymore et d'autres armes au fourreau. Des cavaliers approchaient, tous arm\'e9s et prot\'e9g\'e9s par les armures de cuir souvent doubl\'e9es par des plaques de m\'e9tal. Je d\'e9 nombrai une vingtaine de personnes, autant de destriers, plus des chevaux de b\'e2t. L\'e9na \'e9tait en t\'eate. D'un geste, elle arr\'eata le groupe \'e0 quelque distance de moi. Elle d\'e9gaina son \'e9p\'e9e et mit pied \'e0  terre tandis que des archers me tenaient en joue. J'\'e9tais terrifi\'e9. Le visage de L\'e9na \'e9tait d'une duret\'e9 incroyable, sa voix vibrait de col\'e8re. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu ne manques pas d'air pour de pr\'e9senter \'e0 nouveau devant moi, Wallace. Donne-moi une bonne raison de ne pas t'appeler tra\'eetre et faire voler ta t\'eate. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Le monde vacillait autour de moi. Je bafouillais lamentablement. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je suis d\'e9sol\'e9... J'ai eu un probl\'e8me... Je ne voulais pas partir. Combien de temps a pass\'e9? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu te moques de moi? \par \tab Que pouvais-je lui dire? \par \tab - Non, je... Je ne ma\'eetrise pas tous les aspects d'un sortil\'e8ge. \par \tab L\'e9na afficha une moue d\'e9daigneuse. \par \tab - Je me disais bien  que tu avais pr\'e9par\'e9 une histoire \'e0 ta mesure. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Que s'est-il pass\'e9? Combien de temps suis-je parti? Je l'ignore r\'e9ellement. Je t'en prie, L\'e9na, dis-le moi. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu as disparu il y a quatre saisons. J'ai d\'fb faire sans toi. Nous avons subi l'attaque d'une coalition de pays voisins. Ton aide aurait \'e9t\'e9 pr\'e9cieuse. Nous avons \'e9t\'e9 \'e9cras\'e9 s. Il ne reste rien du r\'eave de la r\'e9publique. Nous ne sommes plus qu'une poign\'e9e de guerriers, hommes et femmes, qui avons fui. Notre seul destin est sans doute de devenir mercenaires, ce sera toujo urs mieux que pillards. Nous pourrons ainsi sauver un reste d'honneur, \'e0 d\'e9faut d'avoir pu fonder un id\'e9al. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Les paroles de L\'e9na me poignardaient le c\'9cur. Derri\'e8re le g\'e9n\'e9ral, je reconnus certains visages marqu\'e9s par la d\'e9sillusion et le m\'e9pris \'e0 mon encontre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Pourquoi es-tu parti sans rien dire, reprit L\'e9na? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Je... Tu peux m'en vouloir. Je me maudis moi-m\'eame. Jamais je ne t'aurais laiss\'e9. C'est une erreur. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - On t'a vu partir, libre et sans regret. J'en \'e9tais m\'eame venue \'e0 soup\'e7onner les t\'e9moins de mentir, mais ce n'\'e9tait pas possible. Faisait-on pression sur toi?  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30     Je n'ai m\'eame pas r\'e9alis\'e9 sur le moment quelle perche me tendait L\'e9na. Tant qu'\'e0 perdre cette femme prodigieuse, je d\'e9cidai d'\'eatre franc. \par \tab - C'est une histoire difficile \'e0 croire. Je ne pense pas pouvoir le prouver, mais laisse-moi te dire la v\'e9rit\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Je fis quelques pas pour ne plus \'eatre \'e0 port\'e9e d'\'e9coute des autres. L\'e9na avait quitt\'e9 toute attitude mena\'e7ante mais elle gardait encore son \'e9p\'e9e en main. Je me jetai \'e0 l'eau. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - J'ai trouv\'e9 il y a quelques temps un objet \'e9trange, un miroir aux pouvoirs fantastiques. Je l'ai utilis\'e9 sans le savoir et je me suis retrouv\'e9  ici, dans ce corps, alors que je vis dans un autre monde. J'ai cru au d\'e9part que ce miroir provoquait des r\'eaves, mais je pense m aintenant qu'il me fait prendre possession de l'homme qui est devant toi, ne gardant de lui que ses connaissances, telles que le langage ou l'exp\'e9rience du combat. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab La guerri\'e8re restait attentive mais totalement insondable. J'\'e9tais sur le grill. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Oh, L\'e9na! Je ne supporterais par de te... de perdre ton estime. Je t'ai vue en r\'eave alors que je faisais des essais avec le miroir. Je ne sais pas pourquoi mais il fallait que je te rencontre. Tu \'e9tais r \'eaveuse, triste, je voulais t'aider. Je t'ai longtemps cherch\'e9e et lorsque je t'ai enfin trouv\'e9e... Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai voulu revoir des amis dans le nord. Je croyais stupidement que mon corps se d\'e9 placerait par magie, que je pouvais faire un saut l\'e0-bas sans rien perdre \'e0 Nasys. Or le v\'e9ritable occupant du corps a d\'fb faire tout l'aller et retour \'e0 pied. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je ne pus rien ajouter. Le silence fut terrible. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Comment est ton monde? Me demanda L\'e9na d'un ton totalement d\'e9tach\'e9. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Choisissant des termes compr\'e9hensibles, je lui brossai un portrait assez juste et neutre, autant que possible. Encourag\'e9 par certains coups d'oeils montrant de l'int\'e9r\'ea t, je m'orientai vers l'histoire de la condition f\'e9minine. Me sentant toujours mis\'e9rable, je dis en conclusion: \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Tu vois, je n'\'e9tais pas un visionnaire en parlant de r\'e9publique et d'\'e9galit\'e9 des sexes, c'est quelque chose qui existe chez moi, ou qui devrait exister en th\'e9orie. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na m\'e9ditait sur tout ce dont j'avais parl\'e9. Ne tenant plus, je lui posai la question: \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Me crois-tu L\'e9na? \par \tab Elle pesa chaque mot de sa r\'e9ponse. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab  - Je te crois. Mais ce n'est pas ton histoire qu'aucun esprit sain ne pourrait imaginer qui m'a convaincue. Tu dis traverser les plans et avoir un lien avec moi. C'est sans doute parce que je ne suis pas originaire de ce monde non plus. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab La guerri\'e8re posa son \'e9p\'e9e et retira le gant qui couvrait sa main gauche. Elle me montra la grosse chevali\'e8re \'e0 son majeur. Je vis \'e9galement que sa main \'e9tait rougie, comme \'e9bouillant\'e9e.  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Cet objet est maudit, reprit-elle. Grande est sa puissance, elle lui vient de s plans infernaux. Or il consume la vie de son porteur. J'ai cru un temps qu'en cessant de l'utiliser, je ne serais plus corrompue, mais le mal gagne tout de m\'eame, doucement. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab L\'e9na remit son gant de cuir. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Cela, personne ne le sait, continua-t-elle. Je ne peux pas retirer cet anneau, il est comme li\'e9 \'e0 l'os. M\'eame me couper le doigt est impossible, j'ai essay\'e9. Peut-\'ea tre faudrait-il m'arracher le bras... Cet anneau m'a d\'e9j\'e0 consum\'e9e une fois. J'en suis morte. Puis, je suis revenue \'e0 la vie, ici, avec un corps restaur\'e9 , mais toujours porteuse de cet objet infernal. Il a une grande influence sur les dimensions. Il ne doit pas \'eatre \'e9tranger au r\'eave que tu as fait de moi. Je ne suis pas magicienne, mais je peux utiliser correctement une partie de ses capacit\'e9s . (Elle marqua une pause). Malgr\'e9 ce que tu sais \'e0 pr\'e9sent, veux-tu toujours m'accompagner? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab - Plus que jamais. Nous sommes deux \'e9trangers en ce monde et nous seuls pouvons tout nous dire. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je retrouvai donc L\'e9na pour ne plus la quitter. Je me suis bien gard\'e9 depuis de faire d'autres exp\'e9riences avec le miroir. Pour chaque plong\'e9e, je me concentre sur le lieu et le moment o\'f9  j'ai quitt\'e9 le monde de Causse. L\'e9na et moi v\'e9c\'fbmes des aventures palpitantes dont je ferais bien la narration, mais j'ai d\'e9j\'e0 trop tard\'e9. Ecrire est un moyen de prolonger sa vie par-del\'e0  la mort, comme le sont les croyances religieuses, ou l'instinct de procr\'e9ation ou encore la volont\'e9 de marquer son temps. C'est sans doute pour cela que je me suis \'e9tendu \'e0 ce point sur ce qui m'est arriv\'e9. \tab Vous comprendrez ais\'e9 ment, je pense, que ma vie ici a perdu tout int\'e9r\'eat, si tant est qu'elle en ait jamais eu depuis mon accident. Je vis depuis deux mois  dans la seule attente de la venue du soir pour passer plusieurs jours l\'e0-bas, parfois une semaine compl\'e8 te lorsque peu d'\'e9v\'e9nements viennent rythmer le cours d'un voyage, par exemple. A pr\'e9sent j'ai \'e9puis\'e9 toutes mes sources de cr\'e9dit pour me procurer les drogues n\'e9cessaires au r\'eave. L'alcool ou les somnif\'e8 res sont inefficaces; je n'ai pas essay\'e9 le LSD. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Je relaterai encore un \'e9v\'e9nement qui m'est arriv\'e9 dans le pays de Thalorn. Un puissant magicien s'int\'e9ressa \'e0 l'anneau maudit de L\'e9na dont on ne sait comment il put conna\'ee tre l'existence. Il commandita un rapt dans lequel je fus pris avec la guerri\'e8re. Alors qu'il gardait en vie L\'e9na pour trouver le meilleur moyen de contr\'f4ler l'objet, il sentit que je n'\'e9tais pas non plus un \'ea tre ordinaire. L'usage de quelques sortil\'e8ges lui r\'e9v\'e9la l'existence d'un lien entre mon corps et d'autres mondes. Il me promit de comprendre et de contr\'f4ler cette voie potentielle tr\'e8s rapidement, peut-\'eatre m\'eame gr\'e2ce \'e0  l'anneau. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Nous neutralis\'e2mes ce dangereux personnage avant qu'il n'arrive \'e0 ses fins. Il ne fut pas possible de garder en vie ce m\'e9galomane qui aurait peut-\'ea tre pu me donner des renseignements sur les mondes, les plans, ainsi que sur le miroir. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Bien s\'fbr, si l'on consid\'e8re que je n'ai fait que r\'eaver, toutes les explications scientifiques ou magiques que j'aurais pu glaner auraient \'e9t\'e9 des fabulations. Je ne peux donc rien prouver. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Mais quelle est la puissance de l'esprit humain? Peut-il cr\'e9er tout un monde, tous ces gens que j'ai rencontr\'e9s? M\'eame aid\'e9 par la drogue, le miroir et un hypoth\'e9tique esprit communautaire, c'est une t \'e2che \'e9norme. Si c'\'e9tait le cas, n'aurais-je pas trouv\'e9 une faille dans la continuit\'e9 des \'e9v\'e9nements, dans le r\'e9alisme? \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Et si le miroir \'e9tait l'\'e9l\'e9ment principal du r\'eave, et non un simple vecteur? Il lui faudrait constituer et animer tout un monde virtuel \'e0 la mani\'e8re d'un ordinateur. Pour moi qui ai v\'e9cu l\'e0 -bas, je trouve cette t\'e2che trop \'e9norme, impossible. Mais je me trompe peut-\'eatre. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab Or ces deux hypoth\'e8ses n'expliquent pas l'utilit\'e9 des r\'e8gles qui semblent r\'e9gir mon corps d'emprunt. Il semblerait que le miroir permette r\'e9ellement \'e0  mon esprit d'entrer dans cette enveloppe d'un autre monde, bien r\'e9el. Cela bouleverserait enti\'e8rement notre conception de l'univers et du temps \'e9galement, car tout peut rester fig\'e9 l\'e0-bas si je souhaite revenir au moment de mon d\'e9 part. Plus je r\'e9fl\'e9chis, plus je tourne en rond. Les r\'e8gles du corps d'emprunt sont peut-\'eatre uniquement l\'e0 pour me leurrer et me faire croire \'e0 un univers r\'e9el. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30 \tab \tab Peu importe, finalement, que ce soit une r\'e9alit\'e9 ou une fantasmagorie, seul compte le bonheur que j'en tire. Ici, la faiblesse de mon corps m'accable au-del\'e0  de ce que je saurais exprimer. Je ne supporte plus cette vie. Que mes parents me pardonnent. L\'e0-bas, L\'e9na et un monde m'attendent. La femme de mes r\'eaves ne s'est toujours pas d\'e9partie du mur de solitude qu'elle a dress\'e9  autour d'elle. Elle n'a rien ajout\'e9 de plus sur sa premi\'e8re vie, mais je crois que celle-ci ou sa mort l'ont profond\'e9ment marqu\'e9e. Je ressens toujours sa tristesse. J'ai d\'e9j\'e0 r\'e9ussi \'e0 la faire sourire, je parviendrai \'e0  la ramener au bonheur. Je n'ai plus d'argent pour continuer mes sauts l\'e0-bas. L'h\'e9ro\'efne va m'y amener encore une fois et lorsque mon corps mourra, j'esp\'e8re que mon lien avec ce monde se coupera et que je resterai ind\'e9finiment l\'e0 -bas. Je suis navr\'e9 pour cet autre que j'exproprierai de son propre corps. Et si ce n'\'e9tait qu'un r\'eave? C'est toujours le plus probable. Aldous Huxley, dans }{\i\fs30 le meilleur des mondes}{\fs30  avait imagin\'e9 la drogue parfaite: un comprim \'e9 chassait les mauvaises humeurs, deux permettaient de bien dormir, trois plongeaient dans des r\'eaves merveilleux. Une femme en avait pris jusqu'\'e0 l'overdose. Un m\'e9decin avait dit qu'il ne fallait pas s'attriste r, car si sa vie n'avait pas atteint une dur\'e9e normale, dans le coma profond pr\'e9c\'e9dant la mort, le temps de ses r\'eaves s'allongeait d\'e9mesur\'e9ment au point qu'elle serait heureuse des ann\'e9 es virtuelles avant de rendre son dernier soupir. J'esp\'e8re qu'il en sera de m\'eame pour moi. \par }\pard \qj\widctlpar\tx284 {\fs30  \par \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab \tab Adieu. \par   \par  \par  \par  \par  \par  \par }{\i\fs30 Philippe KLEIN\tab \tab http://cribleur.ledc.free.fr}{\fs30   \par }} 
