<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html>  <head>  <meta name="Author" content="nicolas"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 3.0"> <title>carnet2</title>  <meta name="Microsoft Border" content="b, default"></head>  <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#006699" vlink="#000099" alink="#006699" nosave><!--msnavigation--><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"><tr><!--msnavigation--><td valign="top">  <p align="center"><img SRC="../../images/klee_1914_petit.gif" align="LEFT" WIDTH="120" HEIGHT="162"> </p> <div align="center"><center>  <table WIDTH="79%" BGCOLOR="#CCCCCC">   <tr>     <td width="100%"><p align="left"><strong><font size="3">DEUXIME CARNET </font></strong></p>     <p>par Paul ACLINOU</td>   </tr>   <tr>     <td><font size="3">&nbsp;</font><p><font size="3">DAKAR &nbsp;</font></p>     <blockquote>       <p><font size="3">L'avenue William Ponty tait  Dakar et aux Sngalais ce qu'est       l'avenue des Champs Elyses pour la France et les Franais : le passage des dieux ; ceux       de la libert comme ceux qui prsident aux imprcations des heures de fureurs. Sur       William Ponty passaient disait - on, peut - tre le dit -on encore aujourd'hui, la       hargne, l'orgueil et la vanit ; mais aussi l'espoir, l'insouciance et l'esprit. </font></p>       <p><font size="3">Jo ne connaissait ce lieu que sous son nouveau nom. Il n'y avait jamais       rien vu d'autre que la cohorte, celle des jeunes hommes surtout. Des mes juvniles qui       dambulaient  l'ombre de baobabs sans ge ; on aurait dit que ces arbres servaient de       gardes de corps  la grande dame maintes fois rnove. Jo s'est souvent amus d'y       croiser une jeunesse portant ostensiblement sous le bras une pile dmesure de livres       aux couvertures uses,  force d'tre trimbals sur le boulevard. Plus la pile tait       importante, plus son convoyeur se sentait nanti d'une intelligence aux proportions hors du       commun ; vanitas vanitatum... N'est - ce - pas ? Jo souriait. Il n'tait pas le seul        le faire. Il pouvait aussi voir  partir du boulevard une enfilade de petites boutiques.       L'exigut des lieux faisait que la camelote tait autant sur le trottoir qu'       l'intrieur. Une population de libanais hantaient l'endroit de jour comme de nuit. Ils       taient joyeux, ces tenanciers ; le mcanicien avait  chacun de ses voyages       l'impression que la surveillance du spectacle de la rue formait l'essentiel de leurs       occupations. Cette diaspora tait l, pour assurer la prennit de l'antique       Phnicie. Elle le faisait  Dakar comme  Abidjan comme  Cotonou ; comme elle le       faisait dj dans l'ancien temps, celui des splendeurs ; comme elle le fait encore       aujourd'hui, partout o Mamon pousse ses tentacules ; autant dire sur la plante       entire ; Jo le matelot l'avait remarqu.</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est toujours un plaisir de se balader sur ce boulevard. &quot;       Dit Jo  ses compagnons de promenade Fa et Lgba ; Ceux - ci ne ragissent pas. Ce jour       - l, les tudiants perptuels n'taient pas nombreux sous les baobabs. D'autres       acteurs tenaient le haut du pav. Tout au long de la perspective en effet, nos visiteurs       pouvaient observer des attroupements plus ou moins importants et toujours multicolores       occuper les trottoirs. Des ruches de ttes humaines s'taient formes autour de       multiples panneaux d'affichage. Jo comprit en lisant par - dessus les crnes que la ville       et le pays se trouvaient en priode lectorale, autant dire, en zone de turbulences. Les       placards qui proclamaient la foi des candidats justifiaient ces rassemblements. Au       Sngal, comme dans le reste du continent, les priodes lectorales sont de       vritables foires d'empoigne ; celles - ci dgnraient frquemment en drames sur       fonds de fureurs ethniques. Les visiteurs et leur compagnon pouvaient constater que la       hargne n'avait pas encore pris sa place au sein de la multitude qui se pressait autour des       affiches ; Lgba le fit remarquer. Jo exprima une fiert de solidarit ; il dit : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Le Sngal est un pays dmocratique, vous savez ? Les       Sngalais ont russi  limiter l'intrusion des querelles ethnies dans leur vie       politique &quot; </font></p>       <p><font size="3">C'tait un reste d'motivit coloniale sans doute. L'homme exagrait       la situation ; Lgba ne se priva pas de le lui faire remarquer ; il lui dit : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Tu oublies la Casamance, je crois. &quot; </font></p>       <p><font size="3">Fa alla plus loin ; il plaa la discussion qui commenait sur un plan       gnral qui semblait dborder du seul cadre africain. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Faut - il considrer les ethnies ou bien les rgionalismes       comme des handicaps pour la dmocratie ? Je ne le crois pas. Mais, si on ne peut       concevoir un parlement que comme un lieu d'affrontement pour les groupes ethniques ou pour       les organisations claniques de quelque obdience que ce soit, alors, il est loin le jour       o une nation pourra voir l'harmonie rgner dans la socit... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; S'ils en sont l, dans le cas du Sngal, n'est - ce - pas un       moindre mal ? &quot; Demanda Lgba  son pair ; mais, c'est du mcanicien que lui       parvint une rponse. Il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Un moindre mal qui ne rsout aucun problme ; un mal qui donne       seulement l'illusion de paix ; vous avez oubli le Biafra ; ou encore Le Congo ; ou       encore le Rwanda... Les exemples ne manquent pas ; je me trompe ? &quot; </font></p>       <p><font size="3">&quot; Non, tu ne te trompes pas Jo ; lui rpond Lgba ; mais tu       oublies que le problme au Biafra comme au Rwanda et comme en bien d'autres lieux encore,       n'a d'ethnique que les apparences. Je ne parle pas, bien entendu, des effets visibles et       dvastateurs qui ont,  juste titre, soulev l'indignation ici et l ; je ne parle pas       non plus des consquences que chacun se plaisait  en tirer. Si tu veux, nous pouvons       dire que l'indignation n'a pas pris les racines du mal pour objet ...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est -  - dire ? &quot; Demanda Jo, qui une fois encore,       s'apercevait que des vnements lointains ou rcents pour lesquels il tait persuad       d'avoir saisi l'essentiel lui sont prsents  depuis sa rencontre avec Fa et Lgba       comme un abysse dont il ne souponnait mme pas l'existence. La rponse lui vint de Fa       ; elle fut sibylline ; le dieu dit : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Voici une devise : la rose qui vient d'clore est dj vielle       de jours, de mois et d'annes consommes. &quot;</font></p>       <p><font size="3">Puis le dieu se tut. Le silence rgna un moment dans le petit groupe ;       Lgba choisit de le rompre pour prciser la porte de la devise. L'information tait       destine au mcanicien ; mais elle tait insuffisamment explicite pour donner        l'homme l'accs aux arcanes des deux divinits. Lgba dit : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Fa parle de fleurs ; mais tu as compris qu'il y a aussi des       fleurs du mal...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Mais bon Dieu ! Pouvez - vous tre plus clairs de temps en       temps... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Nous le sommes constamment Jo ; c'est toi qui ne nous suis pas le       plus souvent ; mais, a viendra Jo ; a viendra &quot; lui dit Fa ; c'tait un lot de       consolation qu'il lui offrait ; il souriait aussi pour la premire fois depuis le dpart       de Cotonou.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Esprons &quot; conclue Jo avec simplicit.</font></p>       <p><font size="3">En dlaissant un attroupement pour rejoindre un autre, le trio se       comportait comme un promeneur du dimanche sur un march aux puces, et qui serait  la       recherche de l'objet rare qu'il allait pouvoir s'acheter ; une promenade qui n'aurait pas       de but identifi. Aprs l'une de ses pauses, Fa se tourna ngligemment vers ses       compagnons et leur lana ce qui ressemblait  une provocation : </font></p>       <p><font size="3">&quot; La dmocratie ! Un bienfait des jours  venir ;  condition       d'oublier les Grecs ! &quot;</font></p>       <p><font size="3">Jo le mcanicien tait perplexe en coutant le dieu. On lui avait       toujours dit que la dmocratie vers laquelle volue la terre entire est un apport de       la Grce antique ; et que pour cela, il devait vouer un respect ternel  la mmoire       de Platon, Pricls, Aristote, Socrate et  quelques autres ttes qu'il ne pouvait       nommer. Voil qu'au dtour d'un coin d'Afrique, nourrit jusqu' en crever de soleil, on       lui suggrait de se contenter du prsent ; et que seul ce prsent tait susceptible       d'amnagement pour offrir une ouverture sur le futur. Comme pour aggraver la perplexit       du mcanicien, Lgba ajoutait un appendice  la suggestion du dieu des prvisions ; il       dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ou bien alors, il faut tre au moins aussi honnte que la       Grce antique. &quot; </font></p>       <p><font size="3">A ce point de l'change, Jo le mcanicien demanda grce ; il prit un       ton de supplication pour dire  ses voisins divins ce que ceux - ci n'ignoraient       certainement pas. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous savez, leur dit -il, je ne suis pas all aussi loin.       J'avais beaucoup de mal  tenir sur mes pieds ; et les bquilles qu'on me proposait       n'taient pas aises  manier. Alors, de grce ! Restons prs de la demeure. &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Il faut encore savoir o la situer, &quot; Ajouta Lgba ; Fa       prcisait aussitt la dclaration de son acolyte ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Il n'y en a qu'une, quoi qu'on dise ; il faut que les hommes       s'entendent, tous autant qu'ils sont, pour y vivre en pais.&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Et c'est la terre ? &quot; Demanda Jo le mcanicien ; il tait       peu assur de son opinion ; malgr cela, les dieux ne firent aucun cho  sa       proccupation. Au contraire, Fa changea de sujet ; il laissait le mcanicien  son       affaire. </font></p>     </blockquote>     <p><font size="3"><a name="deux"></a> </font></p>     <p><font size="3">UN AMI</font></p>     <blockquote>       <p><font size="3">&quot; Votre ami nous rejoints, Jo ; &quot; lui dit le dieu en tournant       la tte dans sa direction. Avant que l'homme ne comprenne ce que l'Esprit voulait lui       signifier, une tape amicale s'abattait sur son paule ; il vacilla. Il n'vita la chute       qu'en s'agrippant  Lgba. Au mme moment, un formidable rire signalait l'auteur de la       claque. Celui - ci lui dit d'une voix tonitruante qui trahissait la chaleur de l'amiti :       </font></p>       <p><font size="3">&quot; Je ne m'attendais pas  te trouver  Dakar en ce moment, Jo ;       Comment vas - tu ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Le mcanicien secouait la tte dans un geste d'incrdulit. Il finit       par rpondre au nouvel arrivant ; il lui dit, en riant  son tour :</font></p>       <p><font size="3">&quot;- Trs bien ; mais, a ne risque pas de durer si tu m'assommes        chacune de nos rencontres. Je te prsente... &quot; dit - il ensuite, en se tournant       vers Fa et Lgba ; mais il hsita aprs les premiers mots. Il regarda un instant Fa,       puis Lgba ; ensuite, il rsolut de franchir le pas ; &quot; ... les dieux Fa et Lgba.       &quot; Finit - il par ajouter ; mais entre - temps, son enthousiasme tait retomb ; la       voix tait discrte ; on aurait dit qu'il redoutait l'annonce qu'il s'apprtait        faire. Son ami n'eut pas la mme discrtion ; il le prit  parti avec une fureur       amicale ; il lui dit, sans se soucier de la prsence des deux divinits : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Tu te fou de moi ou quoi ? Fa et Lgba sont deux Esprits de la       mythologie Yourouba... </font></p>       <p><font size="3">&quot; Tu le savais ? &quot; S'tonna Jo. Il tait surpris en effet,       que Sow connaisse les dieux Yourouba ; celui - ci le lui confirma ; le Sngalais dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bien sr que je le sais. Je suis africain, ne l'oublies pas ; Le       vaudou, tout le monde en a entendu parler... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui mais, on n'y voit que du folklore ; quelques fois, on en fait       un ramassis de croyances animistes ; il est considr plus rarement comme une religion       et encore moins, comme une culture assise sur de solides fondements. En ralit,       l'essentiel passe inaperu mme pour les croyants. &quot;</font></p>       <p><font size="3">Par ces mots Lgba relativisait la certitude du nouveau venu. Celui -       ci demanda des prcisions, non pas sur les convictions du dieu, mais plutt sur ses       intentions. Il prit un ton persifleur pour dire :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Et c'est pour corriger cette vision que vous avez pris les noms       de ces divinits ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Fa et Lgba ne prtrent pas attention  l'ironie du propos ;       d'autant que le mcanicien intervenait aussitt dans la conversation et lui faisait       prendre une autre direction. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous allez voter bientt ; qui est ton candidat Sow ? &quot;       Demanda - t - il  son ami. Le dnomm Sow pouffa d'un rire tonitruant qui semblait ne       pas s'arrter ; quand il retrouva son calme enfin, il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Voter oui ; mais, tu sais bien que chez nous, c'est toujours une       fte ; une fte au cours de laquelle on achte ; on vend ; on se fche et on se vend.       &quot;</font></p>       <p><font size="3">Lgba semblait ailleurs pendant que Sow parlait ; il feignait de ne pas       s'intresser  ce que disait le Sngalais. Le dieu allgua calmement une autre       vision du problme ; tout en scrutant avec plus d'attention un groupe de badauds qui       animaient le trottoir sur leur gauche, et sans regarder ses amis, il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ailleurs aussi. &quot; </font></p>       <p><font size="3">&quot; Oh, pas autant qu'ici ; pas autant que chez nous en Afrique.       &quot; rpliqua Sow. Lgba ne partageait pas cette opinion ; il entreprit de prciser       sa pense. Il se tourna rsolument vers son interlocuteur et il lui dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous vous trompez ; la pratique  laquelle vous faites allusion       est une dmarche universelle ; seuls changent les moyens qui sont mis en &#156;uvre et       les mthodes qui sont employes. Ailleurs, dans les pays que nous disons dvelopps,       dans ces contres que nous considrons comme des champions de la dmocratie, le       postulant  la conduite des affaires demande  l'individu de lui laisser sa place       sans... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est normal ! &quot; S'exclama Sow qui interrompait ainsi ce       dbut d'analyse du dieu. Il s'expliqua ensuite en disant :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous ne pensez tout de mme pas que les millions d'habitants       d'un pays puissent diriger chacun, individuellement, les affaires ; ce serait       l'anarchie... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bien entendu ; concda Lgba au Sngalais avant de prciser       sa vision des choses. Il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; La question n'est pas l ; la question n'est pas que chaque       personne se mette aux commandes ; non ; si la dmocratie pose que le peuple est la source       du pouvoir de gestion, il faut la structurer pour faire du peuple l'unique garde - fou des       dirigeants ; ceci est rarement le cas. La consquence est que nous assistons  des       soubresauts populaires, pour justement amener les dirigeants  prendre davantage en       compte les aspirations du moment. Bien sr, ici ou l, on s'efforce parfois d'tre        l'coute de la cit ; mais ce qui est plus frquent, c'est que l'approche est faite       pour convaincre que la voie suivie est la bonne, et non pour trouver celle qui rpondrait       aux proccupations du groupe social tout en prparant les lendemains. Plus grave encore,       ce sont les moyens qui sont mis en &#156;uvre pour contourner la volont populaire.       D'autre part, il y a des degrs  respecter qui doivent tenir compte du niveau de       controverse de la socit. Comme vous le savez, ce niveau est trs variable d'une       socit  l'autre ; je parle de la qualit du dbat ; mais aussi, de la srnit       dans laquelle il doit se drouler. Il est essentiel que l'motivit ne l'emporte pas       sur la raison. Ici, chez vous, ce niveau progresse rgulirement ; mais dans l'ensemble       des socits, il reste encore bien bas. La dmocratie dans ce cas devrait suivre des       voies qui conduisent  l'harmonie des diffrentes ethnies et qui accompagnent       l'volution des mentalits pour prcisment atteindre, voire tendre l'harmonie au -       del des seules ethnies voisines.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ce qui suppose ? &quot; Demanda Sow.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ce qui suppose ce que j'ai dj dit ; mais, nous pourrons y       revenir. &quot; </font></p>       <p><font size="3">Le dieu se tourna ensuite vers le mcanicien pour tendre son propos ;       il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Au risque de vous surprendre tous les deux, c'est dans le monde       dvelopp, je veux dire conomiquement, qu'une nouvelle approche de la dmocratie doit       tre recherche de toute urgence... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; - Ah bon ! &quot; S'tonnrent en ch&#156;ur Sow et le mcanicien       ; Fa prit alors la suite de Lgba pour prciser la pense de ce dernier. Il dit, le ton       tait jovial comme s'il tait en train de jouer un bon tour  ses compagnons.</font></p>       <p><font size="3">&quot;- Et oui ! &quot; dit - il ; &quot; Lgba a raison ; car,        l'heure actuelle, ces pays constituent la rfrence. Le danger pour l'homme ne vient pas       du retard de certains pays - ceux qu'on dit sous - dvelopps - dans leur marche vers un       systme de gouvernement dmocratique ; un systme dans lequel la socit soit source       et aboutissement du pouvoir ; le danger vient d'ailleurs. Il tient au fait que dans la       ralit, l'homme est de plus en plus absent de ce qui est le fondement des       gouvernements. Ou bien alors, quand la socit est prise en compte, cela se fait, le       plus souvent, sur un plan motionnel d'abord ; parce que c'est le moyen le plus sr       d'imposer des options qui ne rpondent pas ncessairement aux aspirations des hommes.       Par ailleurs, nous vivons une poque o peu de socits restent isoles des autres ;       les modles des grands pays ont tendance et auront de plus en plus tendance  se       gnraliser, et au besoin, par une contrainte qui ne dit pas son nom. Voil pourquoi       les Etats les plus puissants, servant de rfrences de fait, il convient de veiller        ce que la dmocratie  leur niveau soit repense en vue de ce que sera l'unique       socit des hommes. Car, cette socit universelle sera harmonieuse ou alors, elle ne       sera pas. &quot;</font></p>       <p><font size="3">Il revint  Lgba ensuite de prciser le sens que devra recouvrir       cette harmonie ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bien sr, il faut comprendre Jo, que l'harmonie ne tient pas       seulement  la dmocratie .&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Reconnaissez tout de mme que le Sngal est l'un des pays       d'Afrique o la pratique dmocratique dans la vie publique, pose le moins de       problmes... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Sans doutes, Sow, vous avez raison ; je vous l'accorde. &quot;       Dit Lgba pour rpondre  la supplique du Sngalais. Fa intervint aussitt pour       prciser et pour tendre la notion de dmocratie, telle que les deux Esprits semblaient       l'envisager. Fa dit, en effet :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui ; c'est vrai ; mais, cela ne l'est que si nous nous en tenons        la vision que la plupart des hommes et des femmes de tous les pays possdent sur la       manire de conduire les affaires de la cit ; vous comprenez ce que nous voulons dire ?       &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui &quot; Rpondirent les deux hommes avec ensemble. Le       mcanicien ne voyait pas quelle autre signification la notion de dmocratie pourrait       revtir ; il marqua son tonnement en disant :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Il n'y en a qu'une de dmocratie ; quel autre sens voulez - vous       qu'on donne  la chose ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Son ami Sngalais tait moins sr de lui ; il sentait que le dieu       n'avait pas expos tous les lments de sa vision ; il demanda alors que ses nouveaux       amis dvoilent le fond de leurs pense. Plus encore que la diffrence de conception que       Fa ou Lgba pouvait avoir de la dmocratie, par rapport  celle qui est gnralement       admise, le Sngalais sentait que la reprsentation des deux divinits allait bien au       - del du continent, et bien au - del galement de la simple gestion des affaires de       la cit. C'est avec hsitation qu'il demanda :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous semblez dire que nous sommes loin du compte ; je me trompe ?       &quot;</font></p>       <p><font size="3">Sow semblait inquiet. Jo en l'coutant se demandait pourquoi ; Est - ce       la rponse  venir qui lui faisait peur ? Mais le mcanicien gardait le silence, lui ;       il attendait que Lgba ou bien Fa, veuille rpondre. La rponse tait venue de Lgba.       Le dieu commena par rassurer Jo, au grand tonnement de celui - ci ; car, il n'avait       rien laisser paratre de son inquitude aprs les propos de son ami. Lgba commena       ainsi :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Rassures - toi Jo ; notre ami se pose des questions ; en       ralit, il ne nous a pas attendu, toi et moi, pour le faire ; et ses interrogations ne       portent pas sur la meilleure manire de conduire le monde ; elles portent seulement sur       la faon la plus adquate de structurer ses pas... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Comment le savez - vous ?&quot; Grogna le Sngalais ; il       tait ahuri de se voir mis  nu avec autant d'assurance. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Oh ! Ne vous en faites pas ; les dieux ne sont - ils pas dans       l'homme ?&quot; </font></p>       <p><font size="3">Sow se contenta d'mettre un &quot; Hum ! &quot; Dubitatif ; puis il       ajoutait en acclrant le pas : </font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est a ! &quot; </font></p>       <p><font size="3">Il tait sur ses gardes, le Sngalais ; il tait farouche et       solitaire. Le dieu ne ragit pas ; il reprit tranquillement le dveloppement de sa       pense ; il dit:</font></p>       <p><font size="3">&quot; Nous disions que la dmocratie, ce n'est pas seulement couter       les aspirations populaires et y rpondre. Il faut galement prter son attention        bien d'autres interrogations. Prenons, par exemple, le cas que vous connaissez bien, celui       du Sngal ; les dirigeants ont - ils le moyen d'couter le peuple ? Je veux dire,       s'ils ont la libert de le faire. Ensuite, il faut chercher  savoir s'ils ont les       moyens et les possibilits de les satisfaire ; car, quand on parle de libert d'un       homme, c'est ncessairement par rapport  d'autres hommes ; et dans le cas d'un peuple,       les relations avec d'autres peuples jouent un rle dterminant ; en particulier, celle       que les autorits peuvent avoir avec des puissance qui disposent de moyens de pression        leur encontre. Ce sont l, des facteurs dont - il faut tenir compte dans l'apprciation       des actions de dirigeants politiques. Ceci ne diminue pas leur responsabilit ; mais il       est important de ne pas perdre tous ces facteurs de vue. C'est cette ncessit que Fa       soulignait, il y a un instant. &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ca va loin a ! &quot; Dit Jo. Le mcanicien semblait affol. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Nous en reparlerons, Jo. Rpondit Lgba ; puis il fit une       proposition ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Pour l'instant, allons voir les anciens. &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Les anciens ? &quot; Interrogea Sow qui ne voyait pas de quoi       Lgba voulait parler. Fa donna les prcisions que demandait le Sngalais ; mais il le       fit sous la forme d'une leon ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui ; Gore n'est pas loin n'est - ce - pas ? C'est un lieu de       mmoire ! Une mmoire dj ancienne qu'il faut entretenir avec constance sans cesser       de penser  celles du prsent ; nous les verrons, celles - l plus tard. &quot; </font></p>       <p><font size="3">&quot; Ah oui ! Je vois. &quot; Dit Sow, avant de s'offrir aussitt       pour servir de guide  ses amis.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Allons - y ; le prochain bateau partira dans une heure. &quot;       ajouta - t - il tout en mme temps qu'il prenait les devants.</font></p>       <p><font size="3">&nbsp;</font></p>       <p><font size="3">La fume, le bruit et la fureur enveloppaient nos quatre amis dans un       restaurant trs frquent de Dakar - Fan. L'tablissement tait tenu par un italien (       c'tait ce qu'il prtendait ! ) Les habitus Sngalais avaient quelques doutes de       l'authenticit de l'osso - buco qui tait la spcialit du chef ; mais n'ayant pas de       rfrences, ils faisaient comme si c'tait - l, le sommet de la cuisine italienne. Le       groupe form des deux divinits et leurs amis s'taient rendus l pour finir leur       seconde journe  Dakar. Au bout d'un moment, alors que le repas occupait les convives,       Lgba reposa sa fourchette ; le dieu regarda les deux marins tour  tour. Jo et Sow       levrent la tte de leurs assiettes et interrogrent Lgba du regard en tenant leurs       fourchettes en l'air. Lgba poussa un soupir, puis il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; On dirait un repas d'adieu.&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Pas adieu, cher ami ; pas adieu ! &quot; Rpondit Sow qui       emprunta pour se faire l'accent &quot; petit ngre &quot; bien connu, et qu'il       affectionnait imiter dans ses moments de jovialit ; plus particulirement, quand il se       trouvait en compagnie de blancs. Jo connaissait ce penchant de son ami ; il clata de       rire, et Fa et Lgba firent de mme. L'hilarit de Fa ne dura qu'un instant ; Jo avait       dj remarqu que Fa riait peu, et jamais longtemps ; il se demandait pourquoi sans       oser se renseigner. Le mcanicien avait remarqu aussi qu'en prsence du dieu, il       sentait une grande srnit natre en lui - mme ; il se sentait en paix, et il en       prouvait un rel plaisir, mme si cela l'intriguait ; mme s'il ne pouvait en trouver       les raisons. Fa lui avait dit une fois : &quot; ne t'en fais pas Jo ; la paix aussi peut       tre difficile  porter. &quot; C'tait sur le bateau avant qu'ils n'accostent  Dakar       ; le dieu avait ajout : &quot; Il faut poser trs tt les questions essentielles pour       esprer leur trouver une rponse dans dix, vingt ou trente ans ; et souvent, plus tard       encore. &quot; Ce jour - l, Jo ne sut que penser de ce conseil ; il ne trouva rien        dire ; il en fut agac ; il abandonna le dieu sur le pont ce jour - l, pour se       rfugier dans un silence mditatif ; mais depuis, le propos n'a pas quitt son esprit       un seul instant. Dans le restaurant ce soir - l, il dit brusquement :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Quelles questions sont essentielles ? Quelles questions faut - il       se poser et quand le faire ? &quot; </font></p>       <p><font size="3">Le propos avait chapp  Jo ; lui - mme ne comprenait pas pourquoi       il avait dit ces mots. Sa sortie eut pour effet de faire cesser aussitt les pitreries de       son ami. Sow revint  la ralit et demanda  comprendre. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Pardons ? &quot; Dit - il. Sans attendre l'explication que le       mcanicien pourrait lui fournir, il tira une conclusion faussement rassurante ; c'tait       pour lui, une faon de recentrer son esprit sur lui - mme ; il dit: </font></p>       <p><font size="3">&quot; Ah, tu parlais aux dieux ! &quot; </font></p>       <p><font size="3">A ce moment, Lgba dcida d'orienter la conversation sur un autre       thme ; il choisit d'aller dans une autre direction ; celle o les hommes ont pied plus       aisment. Le dieu dit en effet : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Vous allez  l'ouest, je crois ; quand pensez - vous repasser       par Dakar ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Le propos s'adressait  Sow ; mais, le Sngalais ignora la question       ; il voulait comprendre ce que son ami matelot voulait dire. Il voulait saisir le sens de       sa rflexion ; et pourquoi pas, en trouver les raisons. Il y tenait ; car, c'tait en       effet, la premire fois, depuis qu'ils se connaissaient, que Jo lui paraissait aussi       soucieux. Il sentait son ami proccup, non par la vie et les vivants, mais par lui -       mme. On aurait dit que l'homme tentait de remettre les composantes d'une personnalit        leurs places ; une personnalit qu'un Esprit factieux aurait dsarticule ; puis,       il aurait dispers les morceaux aux vents. Sow posa tranquillement sa fourchette ; son       calme contrastait avec le vacarme ambiant mais galement, avec la jovialit emprunte       qu'il manifestait quelques secondes au plus tt. Le Sngalais croisa les bras sur le       torse ; il s'adossa ensuite  sa chaise. Il fallait qu'il soit confortablement install       avant de demander  son ami de sortir de lui - mme. Quand ce fut fait, il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Jo, de quelles questions parles - tu ? Et  qui les poser ? Tu       ne parles pas de bateau ni d'argent ou bien de filles, n'est - ce pas ? &quot; </font></p>       <p><font size="3">Le mcanicien ne le quittait pas des yeux pendant qu'il parlait. Il       semblait  Lgba, qui les observait que Jo tait sur le point de rpondre ; ses       lvres bougrent imperceptiblement . Elles commenaient  s'entrouvrir. On aurait dit       que la bouche se prparait  entrer en action. Mais, l'homme renona, et le corps       obit ; les lvres se refermrent. Sow poussa un soupir. Il saura attendre. Un instant       plus tard, il se tournait vers les dieux pour rpondre  la question que Lgba lui       avait pose. Il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui, mon cargo va au Brsil ; ensuite, nous irons en Argentine ;       aprs, je ne sais pas ; je ne suis pas le matre. &quot;</font></p>     </blockquote>     <p><font size="3"><a name="trois"></a> </font></p>     <table bgColor="#000099" border="0" cellPadding="0" height="16" width="99%"> <tbody>       <tr>         <td bgColor="#ffffff" width="23%"><p align="center"><font size="3"><a href="#un" target="_self">DAKAR</a></font></td>         <td bgColor="#ffffff" width="115"><p align="center"><font size="3"><a href="#deux" target="_self">UN AMI</a></font></td>         <td bgColor="#ffffff" width="171"><p align="center"><font size="3">LES LPHANTS BLANCS</font></td>         <td bgColor="#ffffff"><p align="center"><font size="3"><a href="#quatre" target="_self">LE         DSERT</a></font></td>       </tr> </tbody>     </table>     <p><font size="3">LES LPHANTS BLANCS</font></p>     <p><font size="3">&nbsp;</font></p>     <blockquote>       <p><font size="3">La nuit tait bien avance quand chacun regagna son bord. Cependant,       la ville bruissait encore ; oui, la nuit africaine est faite d'une sonorit particulire       ; c'est un mlange de rires innocents, enfantins, gnreux et instantane ; la nuit       est faite de cris gutturaux comme pour hler l'existence et lui intimer l'ordre       d'avancer, et encore avancer cote que cote. Sacrs hommes ! Si fragiles, et pourtant       increvables. </font></p>       <p><font size="3">&nbsp;</font></p>       <p><font size="3">Le cargo de Sow, le Sngalais, leva l'ancre trs tt le lendemain       matin. Jo et ses divins compagnons disposaient encore de quelques heures ; ils ne       quitteront Dakar que le lendemain. La ville historique de Saint - Louis n'est pas loin de       l. Sur le chemin du retour aprs la visite de la cit, Jo voulut connatre l'opinion       de ses amis sur le problme des lphants blancs ; mais, il hsitait  leur poser la       question. En attendant de trouver la meilleure faon d'aborder le sujet, le mcanicien       contemplait le paysage monotone qui courait le long de la vitre du vhicule ; un       spectacle de cailloux noys dans un brouillard de poussires d'o mergeaient quelques       arbustes rabougris. Cette vgtation - l semblait demander grce, en vain, au soleil       sans jamais renoncer  l'existence. Au bout d'un moment, Jo se dcida, amis, il       s'avana  pas feutrs. Il s'exclama simplement ; il dit : </font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est incroyable ! &quot;</font></p>       <p><font size="3">C'tait inviter le dieu  lui poser une question ; celle prcisment       qui lui permettrait d'aborder le sujet qu'il souhaitait traiter. Le dieu tait intervenu       en effet .</font></p>       <p><font size="3">&quot; Quoi ? Jo &quot; demanda aussitt Fa ; le dieu prcisa ensuite       sa question ; il ajouta : &quot; La poussire ou les lphants ? &quot; Le mcanicien       se retourna vivement vers lui. Jusqu' prsent, il n'avait dit mot des lphants ni de       la poussire d'ailleurs. Il tait furieux. Ne peut - il donc penser, sans que ses amis       ne violent le secret de sa mditation. Il allait s'insurger contre cette promiscuit       spirituelle ; mais, Lgba le prit de vitesse ; l'Esprit des croisements dit, tout en       clatant de rire : </font></p>       <p><font size="3">&quot; Les dieux sont en nous, n'est - ce - pas, Jo ? Alors, ne       t'tonnes pas ; car, les dieux ne peuvent exister que si l'homme existe ; les dieux ne       peuvent hurler que si l'homme hurle. Srnit et harmonie sont les matres - mots, et       ces mots font les dieux pour faire l'homme ; ces mots ne peuvent passer de la puissance        l'existence que si les hommes et les dieux sont en symbiose. &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Je ne te savais pas philosophe ; &quot; ironisa Jo  la suite du       discours de Lgba ; il reconnaissait par - l mme, les vertus apaisantes des propos       qu'il venait d'entendre. Il retrouvait le sourire, quand il s'entendit rtorquer par son       protagoniste :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Puisque l'homme l'est, &quot; Fa avait regagn le silence       pendant ce temps. </font></p>       <p><font size="3">Jo put aborder enfin, la question des lphants blancs ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Et les lphants ! Avouez que c'est rvoltant de voir un tel       gchis  ct de tant de misres. Vous savez, je suis en fureur, malgr moi, chaque       fois que je me trouve en prsence de ces chantiers inachevs et qui ne le seront       probablement jamais. Tout cela, parce que je ne sais quel quidam a subtilis le       financement... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Mais alors, tu dois tre furieux tout le temps et partout o tu       vas ! &quot; Lui demanda Lgba en interrompant la diatribe dans laquelle le mcanicien       s'tait lanc. A ces mots, Jo se calma ; on aurait dit que les propos du dieu lui avait       coup le souffle ; puis, brusquement, il se ravisa comme s'il venait de comprendre tout        coup le sens de l'intervention du dieu. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Ah bon ! Pourquoi a ? &quot; Dit - il avec tonnement ; mais,       les dieux gardrent le silence et la diatribe mourut.</font></p>       <p><font size="3">&nbsp;</font></p>       <p><font size="3">&nbsp;</font></p>       <p><font size="3">Quand Jo vit les deux jeunes filles, une blanche, sobre ; et une noire,       luisante de beaut, se diriger vers lui sur la terrasse o il savourait le soleil avant       de reprendre la mer, il se demandait ce qu'elles pouvaient bien lui vouloir. En attendant       de le savoir, il se lcha les babines bien qu'il les trouvait bien vertes encore. Quand       elles furent prs de lui, la Noire s'adressa au mcanicien et lui dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; On peut vous parler des Saints du Premier Matin ? &quot; </font></p>       <p><font size="3">Elles taient timides toutes les deux ; le propos manquait d'assurance.       Jo ne les comprenait pas tout d'abord ; les jeunes filles parlaient de Saints, et lui       pensait &quot; les seins &quot;. Il finit par surmonter sa surprise ; il demanda des       prcisions avec une curiosit de ton qui n'tait pas feinte ; </font></p>       <p><font size="3">&quot; Des... seins ? &quot; Dit - il dans une sorte d'hsitation,       n'ayant pas encore dcid ce qu'il allait faire de la rponse. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui ; les Saints de notre glise ; Les Saints du Premier Matin       &quot; rpondirent - elles en ch&#156;ur.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ah ! bon : &quot; s'exclama Jo qui se trouvait enfin sur la mme       longueur d'onde. Le mcanicien redevint srieux ; il envoya sa rplique ; il tait       dcid  ne pas se laisser entraner dans ce genre de dbat ; il demanda aux deux       jeunes filles :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Le premier matin ? L'homme avait dj eu le temps de pcher ?       &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est le nom de notre... &quot; </font></p>       <p><font size="3">&quot; coutez ; dites - moi, qu'avez - vous contre mon Dieu ? Vous       trouvez qu'Il n'est pas bien, le mien ? &quot; </font></p>       <p><font size="3">Jo tait en colre ; c'est toujours ainsi, chaque fois qu'il tait       sollicit par les sectes ; en Afrique, cela devenait une plaie. Il congdia sans       mnagement les deux jeunes filles ; ou plutt, il se congdia. Il dit en effet, en       mme temps qu'il se levait pour partir :</font></p>       <p><font size="3">&quot; J'ai dj deux dieux aux trousses ; alors...&quot;</font></p>     </blockquote>     <p><font size="3"><a name="quatre"></a> </font></p>     <p><font size="3">LE DSERT</font></p>     <blockquote>       <p><font size="3">&quot; Encore une petite semaine en mer &quot; dit Jo  ses deux       compagnons sans cesser de fixer le sillage du cargo sur lequel ils avaient repris place       depuis la veille. Les trois amis taient accouds au bastingage. Jo ne se souciait plus       des commentaires de ses collgues matelots ; ceux - ci avaient pris l'habitude de leur       ct de le voir monologuer par moments. Pour eux, le mcanicien tait bon pour       l'asile. Ils craignaient seulement qu'une crise brutale et imprvisible ne le fasse       basculer dans la violence, et l'amena  s'en prendre  eux. Cependant, le calme dont il       faisait preuve les rassurait d'autant que la machinerie du navire tait parfaitement       entretenue. Malgr cela, tous attendaient avec impatience, l'arrive  Bordeaux. </font></p>       <p><font size="3">&nbsp;</font></p>       <p><font size="3">De Dakar  Bordeaux, il faut sept jours de mer pour parcourir la       distance. Il n'y a pas si longtemps encore, quelques paquebots empruntaient l'essentiel de       cette route maritime et finissaient leurs trajets  Marseille. Marseille, un port pour       toutes les races ; un port pour toutes les cultures ; races et cultures qui font de la       ville l'un des creusets du monde o sortirait, esprait - on, une autre humanit.       Seulement voil, l'espoir est en attente depuis les anciens Grecs ; et pourtant, ce n'est       pas faute d'avoir ouvert les bras. Aujourd'hui, on aurait dit que la cit phocenne       scrute l'horizon et s'offre rgulirement pour accueillir, avec la gouaille et le       sourire en coin, tous ceux qui, de dsesprance en dsesprance, finissent par       chouer sur ses plages.</font></p>       <p><font size="3">Au soir finissant de la deuxime journe de mer depuis la pause       sngalaise, Jo contemplait le dsert qui dfilait au loin. En ralit, on devinait        peine ces terres de dsolation ; c'taient plutt ses rves que le mcanicien       contemplait. Il mergeait de la rverie par moments, pour s'tonner de ne pas encore vu       ses amis Fa et Lgba ; ils lui manquaient. Jo pensa qu'ils sont peut - tre souffrants ;       une ide qui lui vint  ce moment - l, le fit sourire ; il dit  voix basse : &quot;       le mal de mer! Et s'ils avaient le mal de mers ; des dieux malades ? Qui sait ? &quot; Le       sourire se fit plus franc ; cela traduisait de l'affection. Jo se rappela des lgendes       msopotamiennes qu'on lui avait racontes jadis, dans quel port, il ne savait plus ; il       dit d'un air mditatif : &quot; Il faudrait crer une Ninti pour les gurir &quot;.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Sommes - nous les dieux de la sagesse, Jo ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Le mcanicien eut un &quot; haut - le - c&#156;ur ; &quot; il se       retourna vivement et vit Lgba tout souriant qui lui faisait face.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bon sang ! S'cria - t - il ; c'est toujours pareil avec       vous.&quot;</font></p>       <p><font size="3">Jo tait furieux de cette arrive abrupte et inattendue. Il devrait en       avoir l'habitude ; pourtant, chaque fois que cela se produisait, il se laissait       surprendre. Il se calma rapidement ce soir - l ; mais il restait plant face au dieu.       On aurait dit qu'il cherchait le prolongement qu'il devait donner  sa colre pour       qu'elle ait une signification. Oui, il fallait un prolongement pour signifier au dieu       qu'il a deux jambes, deux bras, une tte et quelques autres choses, qui forment ce qu'on       appelle un homme ; c'est -  - dire, quelque chose qui est extrmement fragile, mais       qui,paradoxalement, reste indestructible, mme par les dieux. Jo ne trouvait rien        dire. Brusquement, Lgba et le mcanicien s'accoudrent d'un mme mouvement cte        cte contre le bastingage ; on aurait dit qu'ils s'taient donns le mot. Un instant de       silence encore, et le marin tourna la tte vers le dieu et lui demanda sur le ton de la       confidence :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Le dsert, vous y tes dj all ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Lgba ne dit rien d'abord ; Le regard du dieu ne quittait pas la ligne       d'horizon ; il gardait le silence et laissait  la question le temps d'occuper l'espace.       Jo aussi se mit  scruter l'horizon ; on y devinait un paysage brouill ; un paysage qui       tait fait peut - tre, de vent de sable, mais srement d'effluves de tant de misres       successives qui ont fini par donner cette sensation d'ternit qu'on prouve chaque       fois qu'on s'y trouve plong. Lgba finit par rpondre  la question du matelot ; il       le fit sans quitter le lointain du regard, comme s'il y cherchait les restes d'un souvenir       dj ancien, mais qui refuse de s'estomper entirement. Il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui, nous y sommes alls, nous les dieux. Nous y sommes alls,       et nous n'en sommes pas revenus...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ah non ! &quot; C'tait un rugissement ; Avant mme que le       mcanicien ait repris son souffle pour dire son agacement, Lgba tourna la tte dans       vers lui avec une brusquerie telle, que Jo resta la bouche ouverte sans pouvoir mettre       le moindre son. Il dcouvrait pour la premire fois, que Lgba pouvait avoir un air       redoutable. Le dieu redonna  sa tte la position qu'elle avait un instant plus tt. Il       dit ensuite, avec une voix dont le calme contrastait avec la brusquerie du geste       prcdent :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui, Jo ; nous y sommes alls. Voici l'histoire ; ou la       lgende, si tu prfres : </font></p>       <p><font size="3">Il eut un moment o Le Tout Puissant ordonna aux dieux de se rendre       dans la fort. Nous venions du Nord ; nous devions y aller en traversant le dsert ;       celui que nous voyons dfiler devant nous en ce moment. Les dieux se mirent en route.       C'tait une troupe joyeuse et bruyante qui entamait la marche. Les hommes taient avec       nous ; et comme nous, ils taient gais et insouciants. Tu peux imaginer une cohorte       d'enfants, de femmes et d'homme de tous ges et de toutes conditions ? Nous chantions et       nous dansions. Les femmes, dont nous connaissons le charme quand elles savent tre       femmes, faisaient un ravissement de chaque rien que le hasard nous apportait. Le vent,       d'abord clment, car, c'tait une brise qui rafrachissait les corps  peine vtus,       se changeait parfois en tourbillons. Dans ces moments - l, chacun jetait un regard       souponneux  Osanyi, le dieu des gurisons. J'tais galement l'objet de la       mfiance ambiante dans ces heures o le vent nous enveloppait de poussires. Les dieux       et les hommes se demandaient en effet, si, par une de mes railleries sur les infirmits       du dieu, je n'avais pas dclench, une fois encore, la colre de cet Esprit vaillant       mais trop sensible. Comme tu le sais sans doute, le dieu des mdecines est infirme ; il       est manchot, unijambiste et aphone. Un jour de grandes festivits, c'tait bien avant       que nous ne prenions la route du dsert, je me suis amus  attirer un peu plus       l'attention sur son tat ; cela lui dplut ; l'ambiance de divertissements attisait plus       encore sa colre. Il prit alors le vent ; il y enferma tous les vents et toutes les       maladies connues ; mais galement toutes celles qui sont  venir. Il fit tourbillonner       le tout avec colre ; une colre dcuple par les rires des dieux et ceux des hommes.       C'est ainsi que le dieu des mdecines ensemena le monde de tous les mots...</font></p>       <p><font size="3">&quot; En somme, dit Jo qui coutait avec attention ; en somme, dit       -il, c'est toi le responsable et ce sont les hommes qui paient le prix...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Non pas tout  fait ; rpondit Lgba ; les dieux aussi sont       mis  contribution ; mais tu comprendras plus tard. Dans le dsert  ce moment - l,       ce n'tait pas la mme situation. Ces tourbillons ne faisaient que passer ; ces vents -       l, n'taient porteurs d'aucun mal. Le cortge, hilare et insouciant, s'enfonait       lentement dans l'immensit du dsert ; une immensit dnude qui s'tendait  perte       de vue ; une immensit qui avalait les clameurs de notre groupe, comme elle avalait les       dieux et les hommes. Quand arrivaient les tourbillons avec la poussire qui       l'accompagnait, chacun perdait momentanment de vue son voisin ; mais chaque fois, le       vent cessait de souffler aussi brusquement qu'il se levait ; nous reprenions notre       priple, et la gaiet revenait. </font></p>       <p><font size="3">Aprs plusieurs jours de ce rgime, le vent se leva  nouveau ; ce       vent - l, tait diffrent de ceux que nous avions connus. Il s'amplifiait d'instant en       instant et soufflait de partout  la fois. Il venait du nord, comme du sud, comme de       l'ouest et comme de l'est. Les dieux et les hommes crurent qu'ils venaient de changer de       monde. Les hommes se demandrent par quelle chappatoire s'engouffrer pour retrouver la       srnit d'antan. Nous nous demandions tous si nos pas ne nous avaient pas conduits        notre insu dans un univers o seuls le vent et les vents avaient une ralit ; le vent       et la poussire qui en tait insparable. De tourbillons en rafales, puis de rafales en       bourrasques, l'ouragan avait dispers toute la troupe ; chacun n'avait plus que la       poussire et le sable comme voisins ; chacun ne voyait que poussire et sable o qu'il       lve les yeux, quand il pouvait le faire. Cela avait dur longtemps, trs longtemps. Le       cyclone avait -il svit pendant des jours, des mois ou bien des annes ? Nul ne pouvait       le dire.</font></p>       <p><font size="3">Quand enfin Duduwa daigna apaiser les lments, les hommes ne virent       plus aucun dieu autour d'eux ; Seuls, ils taient revenus de la tourmente. Les hommes       scrutrent le ciel ; et ils scrutrent l'horizon. Les hommes cherchaient les horizons ;       mais, ils ne dcouvraient qu'eux - mmes ; ils n'entendaient que leurs propres       gmissements ; ils taient seuls. Ils se rendaient lentement compte qu'ils devaient       continuer leur route en solitaire dans l'existence. Il leur restait cependant, assez       d'imagination et de rminiscences. Ne se sentant plus en mesure d'avancer ni de reculer,       l'homme sans les dieux dcidait de rester sur place ; il dcida de rester l o le       destin l'avait conduit. </font></p>       <p><font size="3">L'homme y attendait les dieux. Il eut des jours ; il eut des mois et il       eut des annes. L'homme compta les jours, puis il compta les semaines, puis les mois. Il       finit par ne plus compter et regarda en lui - mme. Et l, il fut surpris de dcouvrir       tant de trsors enfouis en lui ; il remercia. Il rendit grce au Tout Puissant. Il       rendit grce, mais, il eut peur. &quot; L'hirondelle demanda de la viande, on lui apporta       un b&#156;uf ; nous dit Fa. L'oiseau prit peur et s'enfuit en criant : c'est trop ; c'est       trop ; c'est trop ! &quot;</font></p>       <p><font size="3">Parvenu  ce point de la narration, Lgba se tut. Il ne quittait pas       l'horizon des yeux. Mditait - il, se demandait Jo ; mais, le mcanicien n'osait pas       interrompre ce silence - l ; il attendait. Le dieu tourna lentement la tte vers lui       quelques instants plus tard, et il reprit son propos ; il lui dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Tu vois, Jo ; l'homme n'avait pas encore conscience de lui -       mme ; il ne l'avait pas suffisamment pour accepter et assumer ce qu'il dcouvrait. Il       ne la possde pas assez encore, mme maintenant. Dans son dsert, l'homme regardait le       sol aprs la tempte qui devait soustraire les dieux  son regard ; il y avait       dcouvert des cumulus et des surjections. On demanda  l'homme ce qu'il faisait dans ce       dsert -l ; il rpondit :&quot; Qui nous mis l .&quot; Ce n'tait pas une question.       Quelques-uns , parmi les hommes comprirent que c'tait l, tout ce qui apparaissait des       dieux ensevelis. </font></p>       <p><font size="3">Les hommes, installs dans leur dsert, voyaient passer les oiseaux       dans un sens puis dans un autre. A chaque passage, les volatiles laissaient tomber qui,       une brindille, cueillie sous quels cieux ; l'homme l'ignorait. Qui une plume, arrache        quelle victime ; l'homme ne pouvait le savoir. Chaque don avait ses proprits et ses       facults. La terre donna ses fruits ; et chacun - d'eux avait son efficacit. L'homme       contemplait tout cela ; il dcida que c'tait - l ; ce que les dieux lui envoyaient.       Il dcida que c'tait la sagesse des dieux. Il en fit des rites ; puis, naquit un rituel       quand ceux qui comprenaient encore les surjections des Esprits eurent disparus. C'est       ainsi que tout tait revenu aux dieux. On avait oubli ce qui venait de l'homme. On       avait oubli ce qui venait de la terre. On avait oubli galement ce qui venait de la       nature. Oui Jo, le dsert, nous y sommes alls ; nous y sommes alls, et nous n'en       sommes pas revenus ; ou plutt, nous en sommes revenus ; mais, nous sommes devenus       mconnaissables par les hommes. &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Pas si mconnaissables que a, si j'en juge par le culte que       des millions de personnes vous consacrent ; je me trompe ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Ce n'est pas tout  fait cela Jo ; ou bien alors tu n'as pas       compris la signification de la lgende. La vritable question est : quel est le sens du       culte ? Ou bien encore : A quoi voue - t - on le culte ? Mais nous en reparlerons ;       patience et srnit, n'est - ce - pas ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Le mcanicien allait ragir et dire ses convictions, celles de son       ducation religieuse ; ou plus exactement, celles de la culture dans laquelle son enfance       tait trempe ; mais, il y renona. Il renona, non par manque de convictions, mais       parce que ses voyages lui avaient enseign l'illusion des fureurs quand il s'agissait des       penses humaines. Il choisit de comprendre d'abord, puis de comparer avant d'engager une       controverse si la question se posait ; et surtout, s'il se sentait de taille. &quot; La       modestie n'est pas un dfaut &quot; lui avait dit Fa un jour de grande audace. Il lui       avait dit galement que l'essentiel c'tait que la graine fut seme ; &quot; si la       terre est bonne, elle germera tt ou tard ; sinon, patience et srnit &quot;.</font></p>       <p><font size="3">&quot;Je vais savoir si la terre est bonne et si le grain allait germer,       cher ami &quot; dit le mcanicien en s'loignant du dieu. Avant de disparatre dans les       coursives il entendit Lgba lui dire sur un ton qu'il aurait attribu plutt au dieu       Fa. Lgba lui disait :</font></p>       <p><font size="3">&quot;Elle est bonne Jo ; la terre est bonne, je peux te       l'assurer.&quot;</font></p>       <p><font size="3">Le cargo passa taux larges des Acores ; c'tait en pleine nuit. Jo       virevoltait au mme moment sur sa couchette ; il ne parvenait pas  s'endormir. S'il n'y       avait pas ce bruit de fond, un ronronnement permanent entrecoup de cliquetis, qui       transforme en un mcanisme vivant tout navire en dplacement, le mcanicien aurait       fortement indispos ses camarades ; ceux - ci dormaient. Ils n'avaient pas de compagnons       divins, eux, pour leur crier &quot; rveillez - vous ; rveillez - vous et veillez !       &quot; Jo veillait donc. Jo veillait, mais, il ne pouvait s'empcher de se demander quels       taient les horizons qu'il lui fallait guetter. Par moments, l'envie de renoncer le       prenait ; renoncer et retrouver ces jours heureux pendants lesquels ses seuls soucis       taient de s'assurer qu'il possdait toujours deux pieds, deux bras, une tte et       quelques autres appendices. Il n'avait alors qu' s'assurer du bon fonctionnement de       cette mcanique - l. Jo la bichonnait ; il la prenait pour l'extrme richesse de       l'existence ; voil qu' prsent, il a le dpit dlicieux d'entrevoir la porte de       l'ternit ; perdant par la mme occasion ce repre confortable qui se lit : &quot;       N le... Mort le... &quot; </font></p>       <p><font size="3">&quot; Qu'est - ce que j'y gagne, moi ! &quot; Fit - il avec rage ; il       ne trouva aucune rponse ; mais, comme on l'assurait que la terre est bonne, il se calma       et finit par s'endormir. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Nous avons pass les Acores cette nuit. &quot; C'est par cette       phrase que Le mcanicien salua, le lendemain, ses amis, quand il les retrouva sur le pont       du cargo. Il avait au paravent accompli toutes les tches que son commandant lui avait       confies pour la journe. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Nous le savons, Jo &quot; rpondirent en ch&#156;ur les deux       Esprits. Ils se tenaient cte  cte, le dos appuy contre le bti qui supportait un       canot de sauvetage. Le mcanicien s'approcha d'eux  pas de snateur ; de toutes       vidences, il souhaitait parler ; mais, ce fut Lgba qui lui adressa la parole le       premier. Il lui dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Regarde Jo ; les dauphins nous accompagnent &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui, je vois dit le mcanicien ; il est frquent de les       rencontrer par ici. C'est joli. Je suis toujours charm par leurs jeux.&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est en pensant au dauphin qu'on a dit que &quot; tout l'homme       n'est pas dans l'homme. &quot; Par ces mots, Fa transformait le spectacle anodin des       amusements qu'offraient les dauphins en une ouverture sur une mythologie qui ne faisait       pas partie de l'ordinaire du matelot. Le dieu ramenait ainsi le mcanicien sur un terrain       que celui - ci aurait prfr viter ; c'tait une manire pour lui de reprendre son       souffle. Le mcanicien se rendait compte qu'il ne lui appartenait pas d'en dcider ; il       se rsigna ; il se contenta de demander :</font></p>       <p><font size="3">&quot; C'est -  - dire ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">Fa qui avait provoqu l'embarde se taisait ; il avait sem la graine       ; il revenait  Lgba de sarcler, si c'tait ncessaire. Lgba dut intervenir en       effet ; il ne pouvait abandonner l'homme. Le dieu tenta de rvler  Jo le contenu       mythique des propos de Fa. Le dieu des n&#156;uds s'avana vers Jo qui ne savait pas       trs bien comment il devait ragir au silence de Fa. Lgba prit le mcanicien par       l'paule ; ils firent quelques pas ensembles ; il avait baiss la tte, Lgba ; Jo se       demandait ce qui conduisait le dieu  adopter cette attitude, c'tait en effet, la       premire fois qu'il le voyait ainsi. L'homme s'inquitait ; l'homme attendait. Le dieu       lui dit, sans lever la tte :</font></p>       <p><font size="3">&quot; coutes Jo, il s'agit d'une lgende ; encore une ! Les hommes       disent qu' l'origine, le dauphin tait une jeune fille ; une jeune fille belle et gaie       ; une jeune fille qui, comme toutes les jeunes filles du monde, btissait ses rves       d'avenir ; et, comme toujours dans ces cas - l, il y avait un jeune homme derrire le       nuage... &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Et comme toujours dans ces cas - l, enchana Jo ; les parents       n'approuvaient pas ! &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Comment le sais - tu ? &quot; S'tonna Lgba qui semblait       sincrement surpris.</font></p>       <p><font size="3">&quot; Eh ! Je ne suis pas dieu ; mais, les histoires des hommes sont       partout les mmes ; cette terre est une ; n'est - ce - pas ?&quot;</font></p>       <p><font size="3">Le dieu leva la tte ; il sourit. Jo tait rassur ; il dit ensuite :       </font></p>       <p><font size="3">&quot; Et comment volue ta version de l'histoire de la jeune fille       inconsolable ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Elle se jeta dans la mer, et elle fut transforme en dauphin.       Mais, elle ne cessa jamais de rechercher la compagnie des humains. &quot;</font></p>       <p><font size="3">Jo eut l'impression que son compagnon venait de conclure son histoire.       Le mcanicien qui n'avait pas oubli la phrase sibylline du dieu Fa s'tonnait qu'il       n'y ait aucune relation apparente entre la lgende qu'il venait d'entendre et ce que le       dieu sous - entendait ; c'est -  - dire, &quot; tout l'homme n'est pas dans l'homme.       &quot; Il le fit savoir sans hsitations  l'Esprit qui le tenait encore par l'paule.       Il s'arrta de marcher et obligea le dieu  faire la mme chose. Jo tourna ensuite la       tte vers lui, tout en inclinant lgrement le buste vers l'arrire ; il dit :</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bon ! Ce n'est l, qu'une lgende ; une de celles que je peux       entendre partout ; une de celles qui se racontent  toutes les poques. Quand parfois,       il y avait des variantes, celles - ci ne traduisaient que les particularismes culturels.       Je ne vois aucun lien avec les propos de ton ami ...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Tu ne peux pas parler d'amiti, Jo ; je te l'ai dj dit.       Quant  ta remarque, je reconnais que tu as raison. Ce que je n'ai pas encore dit, c'est       que cette lgende est associe  deux autres. Deux lgendes de Fa. Cet ensemble donne       accs au sens que tu cherches. Mais, dans la pratique de l'initiation, l'association chez       l'enfant ne se fait que plus tard, bien aprs la pubert ; et c'est  lui - mme de la       raliser. Il doit tablir seul, le lien entre les mythes. Il faut savoir enfin, que la       comprhension des trois lgendes ne suffit pas ; il faut y ajouter celle de la fonction       relle du dieu de la foudre. Je le rpte ; c'est au jeune homme d'tablir les liens       qui unissent ces diffrents lments ; c'est  l'homme de le faire, s'il en est       capable...&quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Si la terre est bonne ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Oui, si la terre est bonne, et si elle est bien prpare. La       premire des trois lgendes de Fa parle d'un homme qui dcida d'acheter une esclave qui       serait sur le point d'accoucher ; si,  la naissance le bb est une fille, il       l'enfermerait loin de tout regard masculin, y compris du sien, jusqu' sa pubert.       Ensuite elle deviendrait sa femme sans avoir connu quoi que ce soit sur l'homme. Notre       individu mit son projet en route ; le dieu Fa trouvait que cela est inadmissible ; il fit       donc le ncessaire pour que l'heure des pousailles venue, l'homme s'aperoive de       l'inanit de sa pense. </font></p>       <p><font size="3">La seconde lgende parle de la cration de la femme. Une partie de l'&#156;uvre       ne donnait pas entire satisfaction au Tout Puissant ; Dieu dcida de la laisser ainsi       en attendant de trouver mieux. Les consquences qui en rsultrent au sein de la       socit taient un scandale pour Lgba qui, aprs avoir fouill Fa, corrigea le       dfaut avec l'aide d'une autre divinit. </font></p>       <p><font size="3">&quot; Quoi ? Tu as os ? &quot;</font></p>       <p><font size="3">&quot; Bravo Jo ; c'est exactement la raction qu'il faut avoir pour       comprendre le sens de cette lgende. Bien sr, je ne t'en ai donn qu'un rsum.       &quot;</font></p>     </blockquote>     <p align="center"><font size="3">&nbsp;</font></td>   </tr>   <tr>     <td></td>   </tr> </table> </center></div>  <hr width="65" align="center"> <div align="center"><center>  <table BORDER="1" WIDTH="36%" HEIGHT="68" BGCOLOR="#999999">   <tr>     <td><p align="center"><font size="-1" color="#0066CC">Si vous dsirez voter pour ce     texte, il vous suffit d'envoyer le formulaire suivant :</font> </p>     <form method="post" action="mailto:re1so2@club-internet.fr" name>       <div align="center"><center><p><input type="text" name="textfield" size="32" value="deuxieme carnet, P Aclinou"> <input type="submit" name="Submit" value="Envoyer"> </p>       </center></div>     </form>     </td>   </tr> </table> </center></div> <!--msnavigation--></td></tr><!--msnavigation--></table><!--msnavigation--><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%"><tr><td>  <table width="80%" style="border: medium none" align="center" height="1">   <tr>     <td width="20%" style="border: medium none" height="1"><p align="left"><a target="_top" href="http://ecrits-vains.com"><img border="0" src="../../images/logo3.gif" WIDTH="116" HEIGHT="64"></a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;     </td>   </tr> </table> </td></tr><!--msnavigation--></table></body> </html> 
