<HTML> <HEAD>    <META NAME="Author" CONTENT="R de reel"> <title>Aristophane - conservateur, f&eacute;ministe et utopiste - Savoir - Volume A - R de r&eacute;el</title> </HEAD> <BODY bgcolor="#ffffff" link="#0066ff" vlink="#6633cc" text="#000000" topmargin=2 leftmargin=2>  <TABLE COLS=2 > <TR> <TD valign="top" width="60%"> <font face="Felix Titling" color=#000000 size=5> ARISTOPHANE<br></font><font face="Garamond" size=5><I>  conservateur, f&eacute;ministe et utopiste<br></I></font>  </TD>  <TD valign="top"><font face="book antiqua" size="1">  <a href="index.html" target="_top"><i>R de rel</i></a> <br><a href="volA.html">Volume A</a> (janvier 2000) <br> Savoir <br><a href="articles.html">(Articles)</a>  </TD> </TR>  </TABLE>  <p> <TABLE COLS=2 width="100%" cellpadding=10 cellspacing=5> <TR> <TD width="20%" valign="top" bgcolor="BBBBBB"> <p><b>N.B.</b> Depuis la parution de cet article (janvier 2000), Laetitia Bianchi et Rapha&euml;l Meltz, responsables de <i>R de r&eacute;el</i>, ont retraduit <i>Lysistrata</i> chez Arl&eacute;a (2003). Cf.&nbsp;<a href="lysis.html">pr&eacute;sentation</a>. <center><br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp;<img src="grec.JPG"> <br>&nbsp; <font size="1">Dessin dapr&egrave;s <br>L&eacute;onard Thiry <br>(~1500-1550) <br>Bustes de personnages de profil, <br>Biblioth&egrave;que nationale, Paris. </font><br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp;<b>Aristophane</b> <br>~450-386 <br>av. J.C. <br>auteur de <br>com&eacute;dies <br>&agrave; Ath&egrave;nes</center> <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <center><b>BIBLIOGRAPHIE</b></center> <p>- Pascal Thiercy, pr&eacute;face &agrave; l&eacute;dition Pl&eacute;iade 1997. <br>- V.-H. Debidour, <i>Aristophane</i>, Seuil, collection &laquo; &eacute;crivains de toujours &raquo;, 1979. <br>- Cl. Moss&eacute;, <i>La femme dans la Gr&egrave;ce antique</i>, Albin Michel, 1983. <br>- J.-P. Vernant, P. Vidal-Naquet, <i>Mythe et trag&eacute;die en Gr&ecirc;ce ancienne</i>, La D&eacute;couverte, 1995. <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <center><b>TRADUCTIONS</b></center> <br>Aristophane aurait aim&eacute; Nabokov, lequel aimait &laquo; les vieux ma&icirc;tres, les jeunes ma&icirc;tresses et les jeux de mots d&acirc;ge interm&eacute;diaire &raquo; (<i>Ada ou lardeur</i>, 1969). Aristophane aurait aim&eacute; Nabokov, lequel naimait pas les traducteurs. Aristophane aurait &eacute;crit de bien m&eacute;chantes pi&egrave;ces sur les traducteurs, dont beaucoup lont rendu presque illisible de nos jours, &agrave; force de formules alambiqu&eacute;es, de langage ch&acirc;ti&eacute; et de notes de bas de page expliquant que c&eacute;tait vraiment dr&ocirc;le en grec mais quen fran&ccedil;ais non, que c&eacute;tait vraiment tr&egrave;s obsc&egrave;ne en grec mais quen fran&ccedil;ais non. Ainsi les traductions de M.J. Alfonsi (Garnier Flammarion, 1966) et H. van Daele (Belles Lettres, &eacute;dition bilingue, 1927) ne sont-elles dr&ocirc;les que par leurs efforts pour faire passer inaper&ccedil;us les jeux de mots sexuels, la deuxi&egrave;me nh&eacute;sitant pas &agrave; en traduire un en note de bas de page, et... en latin. <br>Les deux meilleures traductions de luvre compl&egrave;te dAristophane sont celle de Pascal Thiercy (Pl&eacute;iade, Gallimard, 1997) et celle de Victor-Henry Debidour (Livre de Poche, 1966) - cette derni&egrave;re &eacute;tant parfois un peu plus inventive et enjou&eacute;e, et ayant lavantage d&ecirc;tre moins ch&egrave;re. <br>Signalons dautre part la traduction de <i>Lysistrata</i>&nbsp; par le Groupe de Th&eacute;&acirc;tre Antique de lUniversit&eacute; de Neuch&acirc;tel (1990). <br>Les passages cit&eacute;s dans cet article sont tous des traductions originales de lauteur.  <br>&nbsp; <br>&nbsp; <center><b>NOTES</b></center><br> 1. Attribu&eacute; &agrave; Plutarque, ~46-125, in <i>Comparaison entre Aristophane et M&eacute;nandre</i>. <br>2. ~399-344 av. J.-C, dit aussi Denys de Syracuse. Tyran de Syracuse (ville de lactuelle Sicile), lib&eacute;ral et id&eacute;aliste, qui appela en vain Platon aupr&egrave;s de lui pour laider &agrave; organiser la R&eacute;publique id&eacute;ale. <br>3. ~349-407, pr&ecirc;tre dAntioche (actuelle Turquie), c&eacute;l&egrave;bre par sa pr&eacute;dication, do&ugrave; son surnom &laquo; bouche dor &raquo;. <br>4. Cat&eacute;gorie d&eacute;trangers libres. Ils payent une taxe, le m&eacute;toikion, afin de pouvoir travailler et r&eacute;sider dans la cit&eacute;, mais ne jouissent pas de la citoyennet&eacute;. <br>5. Sur les femmes et les esclaves, les avis divergent : V.-H. Debidour (cf. bibliographie) pense quils assistaient aux pi&egrave;ces, ce que conteste P.Thiercy. <br>6. <i>Les Acharniens</i> et <i>Les Grenouilles</i>&nbsp; dAristophane re&ccedil;urent par exemple le premier prix de com&eacute;die. <br>7. In <i>Les Gu&ecirc;pes</i>, 667-668. <br>8. 525-446 av. J.-C. Les pi&egrave;ces dEschyle mettent en sc&egrave;ne limpuissance des hommes face &agrave; leur destin tragique. <br>9. 480-406 av. J.-C. Peu appr&eacute;ci&eacute; de ses contemporains, Euripide innove dans la forme en r&eacute;duisant le r&ocirc;le du chur, et en n&eacute;gligeant le mythe au profit de la psychologie des personnages. <br>10. Attribu&eacute; &agrave; Platon, 428-348 av.J.-C., lequel, dans <i>le Banquet</i>,&nbsp; imagine un discours dAristophane sur lamour. <br>11. Ainsi <i>Les Gu&ecirc;pes</i>, <i>Les Acharniens</i>, <i>Les Cavaliers</i>... <br>12. Octobre 1917-mars 1918. <br>13. In <i>Place &agrave; &Eacute;ros ail&eacute; !</i>, 1923. <br>14. Qui a le nez &eacute;cras&eacute;. <br>15. Ce passage est notamment conseill&eacute; &agrave; ceux qui ont cri&eacute; au g&eacute;nie &agrave; propos de la sc&egrave;ne de <i>lEnnui</i> de C&eacute;dric Kahn (1999) o&ugrave; lhomme demande &agrave; sa partenaire daller lui chercher un verre deau, puis de fermer les rideaux, etc. afin de retarder lacte sexuel. <br>16. Du nom des myst&egrave;res des deux d&eacute;esses dites &laquo; thesmophores &raquo; (qui apportent la civilisation), D&eacute;m&eacute;ter et sa fille Pers&eacute;phone..      </TD> <TD> On peut critiquer Aristophane. <br>&Agrave; la mani&egrave;re du Petit Robert : &laquo; un m&eacute;lange permanent de grossi&egrave;ret&eacute; et de po&eacute;sie a fait le succ&egrave;s de ce th&eacute;&acirc;tre, adapt&eacute; au go&ucirc;t et &agrave; la pens&eacute;e dun public m&eacute;fiant, &eacute;go&iuml;ste et irr&eacute;ligieux &raquo;. Ou de Plutarque : &laquo; Chez lui, le savoir nest pas lexp&eacute;rience de la vie, il est coquinerie ; la rusticit&eacute; nest pas na&iuml;ve, elle est sotte ; le ridicule nest pas enjou&eacute;, il est purement bouffon ; quant &agrave; lamour, il nest pas joyeux, il est d&eacute;bauch&eacute; &raquo;(1). On peut pr&eacute;facer Aristophane en prenant des pincettes &agrave; lattention des quelques lecteurs : on peut leur dire que certes lobsc&eacute;nit&eacute; est choquante mais quil faut &ecirc;tre indulgent, voyez-vous la notion de pudeur nexistait pas &agrave; l&eacute;poque (l&eacute;poque cest &agrave; peu pr&egrave;s entre 420 et 400 av. J.-C.). <br>On peut aimer Aristophane. &Agrave; la mani&egrave;re de Platon, qui, voulant donner &agrave; Denys(2) le Jeune une id&eacute;e de la constitution dAth&egrave;nes, lui envoya toute luvre dAristophane. Ou de Saint Jean Chrysostome(3), lequel en avait fait son livre de chevet. On peut appr&eacute;cier Aristophane, et rappeler combien il est &eacute;mouvant dentrevoir, gr&acirc;ce &agrave; son th&eacute;&acirc;tre, la vie quotidienne de la Gr&egrave;ce antique. De voir les d&eacute;tails les plus infimes y c&ocirc;toyer les d&eacute;bats les plus nobles, la transparence dune robe &ecirc;tre li&eacute;e &agrave; la question de la guerre. On peut appr&eacute;cier lhumour obsc&egrave;ne dAristophane. On peut rappeler que lobsc&eacute;nit&eacute; peut &ecirc;tre un effet comique d&eacute;lib&eacute;r&eacute; au sein dune uvre litt&eacute;raire, sans que cette uvre soit elle-m&ecirc;me vulgaire. Aristophane multiplie les jeux de mots vulgaires, et ses pi&egrave;ces sont pleines de finesse. Il en aurait &eacute;crites quarante-quatre ; onze seulement sont parvenues jusqu&agrave; nous. Onze com&eacute;dies grivoises et philosophiques. <br>Les com&eacute;dies sont n&eacute;es &agrave; loccasion de f&ecirc;tes religieuses pa&iuml;ennes : les Grandes Dionysies et les L&eacute;n&eacute;ennes. On y c&eacute;l&eacute;brait par des sacrifices, des banquets, des chants et des danses, le dieu du vin et du th&eacute;&acirc;tre, Dionysos. Des cort&egrave;ges de personnages d&eacute;guis&eacute;s (les k&ocirc;moi) d&eacute;filaient dans le tumulte. Au sein de festivit&eacute;s religieuses, le th&eacute;&acirc;tre &eacute;tait une f&ecirc;te de lesprit v&eacute;cue par lensemble de la collectivit&eacute; : tout le monde sy rendait, les citoyens, les &eacute;trangers, les m&eacute;t&egrave;ques(4), et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me les femmes et les esclaves(5). Un classement &eacute;tait effectu&eacute; parmi les pi&egrave;ces, s&eacute;par&eacute;es en fonction de leur genre : tous les ans, un premier et un deuxi&egrave;me prix &eacute;taient d&eacute;cern&eacute;s au concours de trag&eacute;die et au concours de com&eacute;die. Les pi&egrave;ces gagnantes &eacute;taient rejou&eacute;es. Tous les classements ne sont pas parvenus jusqu&agrave; nous - on sait cependant quAristophane connut &agrave; plusieurs reprises les faveurs du public(6). Linfluence des pi&egrave;ces sur lopinion &eacute;tait consid&eacute;rable. Platon appelait dailleurs la r&eacute;publique dAth&egrave;nes une &laquo; th&eacute;&acirc;trocratie &raquo; : le pouvoir du th&eacute;&acirc;tre, car le th&eacute;&acirc;tre avait trop de pouvoir - comme de nos jours les Guignols de lInfo ? Les com&eacute;dies transmettaient en effet un message politique ou moral. Aristophane a ainsi violemment raill&eacute; tous les chefs du peuple, P&eacute;ricl&egrave;s, Cl&eacute;on, Hyperbolos ou Cl&eacute;ophon, quil nomme &laquo; ces lascars-l&agrave;, les &laquo;je-ne-trahirai-pas-les-masses&raquo;, les &laquo;je-lutterai-toujours-pour-le-peuple-dAth&egrave;nes&raquo; ! &raquo;(7), toutes les institutions, le S&eacute;nat, lAssem-bl&eacute;e, les magistrats, les tribunaux, les sophistes, et enfin le peuple, perp&eacute;tuelle victime des politiciens et d&eacute;magogues - &agrave; tel point quon a pu qualifier son th&eacute;&acirc;tre de r&eacute;actionnaire. Et il est vrai quAristophane a un petit c&ocirc;t&eacute; &laquo; tout fout le camp &raquo; : il id&eacute;alise la grandeur du pass&eacute;, symbolis&eacute;e par Eschyle, un grand auteur &laquo; ancien &raquo;. Dans Les Grenouilles, Aristophane imagine ainsi lintrigue suivante : le dieu Dionysos, d&eacute;go&ucirc;t&eacute; de ne plus voir repr&eacute;senter que de mauvaises trag&eacute;dies, se rend aux Enfers pour ramener sur terre un bon auteur. Ne sachant qui choisir entre Eschyle(8) et Euripide, il organise une confrontation. Chacun plaide sa cause. On finit par peser les vers de chacun dans une balance ; celle-ci penche toujours du c&ocirc;t&eacute; dEschyle. En mati&egrave;re litt&eacute;raire, Aristophane est donc conservateur, dans la mesure o&ugrave; pr&eacute;f&eacute;rer Eschyle &agrave; Euripide, cest ne pas avoir compris la port&eacute;e des innovations litt&eacute;raires introduites par le th&eacute;&acirc;tre dEuripide(9). Aristophane m&eacute;prise par ailleurs les sophistes, ces beaux parleurs ayant lart de faire passer le mal pour le bien, parmi lesquels il range m&eacute;chamment Socrate. Dans Les Nu&eacute;es (423 av. J.-C.), Aristophane montre ainsi un p&egrave;re qui envoie son fils prodigue &eacute;tudier aupr&egrave;s de Socrate : de retour &agrave; la maison, le fils ne respecte plus rien, et gifle son p&egrave;re, lequel pour se venger met le feu &agrave; la maison de Socrate. Les commentateurs ont souvent &eacute;t&eacute; tr&egrave;s irrit&eacute;s par cette erreur de jugement envers Socrate. Ils se montrent par l&agrave; moins indulgents que le plus c&eacute;l&egrave;bre disciple de ce dernier : Platon, lequel aurait compos&eacute; cette &eacute;pitaphe : &laquo; Les Gr&acirc;ces, cherchant un temple qui ne d&ucirc;t pas p&eacute;rir, choisirent l&acirc;me dAristophane. &raquo;(10) Sur le plan politique enfin, nous lavons dit, Aristophane ne manque pas une occasion de rappeler limpossibilit&eacute; de vivre dans son Ath&egrave;nes contemporaine en proie &agrave; la guerre, &agrave; la d&eacute;magogie et aux proc&egrave;s incessants. Pour ce faire, il &eacute;crit des pi&egrave;ces ouvertement politiques dune part(11), et des utopies dautre part. <br>Ce sont des utopies f&eacute;ministes dAristophane que nous avons choisi de parler ici. Car loriginalit&eacute; dAristophane est de choisir, en guise de porte-parole &agrave; ses r&ecirc;ves nostalgiques de paix et de bonheur, les femmes. Ces femmes quil raille sans cesse, et dont les jeux de mots obsc&egrave;nes ont pu &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme misogynes, elles seules trouvent gr&acirc;ce &agrave; ses yeux. Elles seules sont assez folles et assez sages pour refaire le monde. Elles inventent la paix perp&eacute;tuelle et le communisme - et pour ce faire, le f&eacute;minisme. Inscrire la parit&eacute; dans la constitution ath&eacute;nienne ? Demi-mesure : chez Aristophane, ce sont les femmes et les femmes seules qui doivent gouverner, puisque les hommes ne savent instaurer ni la paix ni l&eacute;galit&eacute;. <br>Praxagora, lh&eacute;ro&iuml;ne de LAssembl&eacute;e des femmes (~392 av. J.-C.), convainc ainsi ses amies de se d&eacute;guiser en hommes, afin de se rendre en cachette &agrave; lAssembl&eacute;e et dy faire voter un changement constitutionnel qui donnera le pouvoir aux femmes. Voil&agrave; la chose faite. &laquo; La Cit&eacute; sera donc heureuse &agrave; lavenir ! &raquo; s&eacute;crie Praxagora. Et les hommes de demander : &laquo; Pourquoi ? &raquo; Pourquoi ? Car les femmes instituent la fin des in&eacute;galit&eacute;s : la communaut&eacute; des biens. <p>PRAXAGORA <br><i>&laquo; Personne ne fera plus rien par pauvret&eacute;, tous auront tout : pain, salaison, g&acirc;teaux, manteaux, vin, couronnes, pois chiches. Aussi, que gagnera-t-on &agrave; ne pas mettre tout en commun ? Trouve le moyen de me le prouver &raquo;.</i> <p>Les hommes sont s&eacute;duits. Ils le sont encore plus lorsquils apprennent que les femmes aussi font partie du bien commun. Les femmes dAristophane auraient trouv&eacute; L&eacute;nine petit-bourgeois, lui qui d&eacute;fendait &laquo; le mariage civil prol&eacute;tarien avec amour &raquo; contre les exc&egrave;s &laquo; gauchistes anarchistes &raquo; dAlexandra Kollonta&iuml;. Celle-ci, qui fut, pour une courte dur&eacute;e(12) commissaire du peuple aux Affaires sociales au sein du gouvernement bolchevik, tenait(13) &agrave; peu pr&egrave;s le m&ecirc;me discours que Praxagora. Mais Alexandra Kollonta&iuml;, outre le fait quelle &eacute;tait s&eacute;rieuse, &eacute;tait moins au point que cette derni&egrave;re sur les d&eacute;tails pratiques dorganisation : <p>PRAXAGORA <br><i>Les vilaines et les camardes(14) seront assises &agrave; c&ocirc;t&eacute; des belles, et qui d&eacute;sirera celle-l&agrave;, &eacute;prouvera dabord la vilaine. (...) Les laids surveillerons les beaux quand ils sortiront apr&egrave;s d&icirc;ner, les &eacute;pieront dans les endroits publics, et il ne sera pas permis aux femmes de coucher avec les beaux avant de s&ecirc;tre pr&ecirc;t&eacute;es aux laids et aux petits.</i> <p>Le partage de la richesse sav&egrave;re &eacute;galement bien difficile. Un homme affirme ainsi : &laquo; Il faut pourtant, mon Dieu, que je trouve un moyen pour garder &agrave; la fois les biens que je poss&egrave;de et partager avec ces gens-l&agrave; ce quon fricasse en commun &raquo;. Aristophane ne lui donne pas de nom : il est &laquo; lHomme &raquo; ; il est la nature &eacute;go&iuml;ste de tous les hommes. Il quitte la sc&egrave;ne en s&eacute;criant &agrave; lui-m&ecirc;me quil a trouv&eacute; &laquo; une id&eacute;e lumineuse &raquo; pour ne pas jouer le jeu de l&eacute;galit&eacute;. Aristophane ne prend pas la peine dexpliciter cette &laquo; id&eacute;e lumineuse &raquo; : il sait bien que chacun la conna&icirc;t - puisque le communisme nexiste pas. LAssembl&eacute;e des femmes est donc une pi&egrave;ce qui finit d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment en queue de poisson, comme une utopie. <p>Aristophane contre la guerre &agrave; pr&eacute;sent. <br>Il y a environ trente ans, on entendait partout cette petite phrase : &laquo; faites lamour, pas la guerre &raquo;. Cest quil y avait une guerre au Vi&ecirc;t-nam. Il y a environ deux mille quatre cent onze ans, en 411 av. J.-C., Aristophane &eacute;crivit une grande pi&egrave;ce sur cette petite phrase : Lysistrata. Cest quAth&egrave;nes &eacute;tait en guerre contre Sparte. <br>Faire lamour plut&ocirc;t que la guerre : plaidoyer pour la paix, mais non solution &agrave; la guerre. Car si la guerre est d&eacute;j&agrave; l&agrave;, on peut au mieux faire lamour et la guerre, mais lexp&eacute;rience prouve que faire lun narr&ecirc;te pas lautre. Cest pourquoi Lysistrata, femme dun important citoyen ath&eacute;nien, imagine un mot dordre plus efficace : &laquo; ne faites pas lamour pour arr&ecirc;ter la guerre &raquo;. Aux yeux dAristophane, seule une femme peut imaginer un vrai moyen darr&ecirc;ter la guerre. Dans LAssembl&eacute;e des femmes, il faisait d&eacute;j&agrave; dire &agrave; Praxagora, d&eacute;guis&eacute;e en homme : &laquo; Je d&eacute;clare quil faut livrer la cit&eacute; aux femmes ! (...) Laissons-les simplement gouverner, et ne voyons quune chose, cest qu&eacute;tant m&egrave;res, elles auront dabord &agrave; cur de sauver les soldats. &raquo; <br>Lysistrata convoque donc les femmes dAth&egrave;nes et celles de toute les autres cit&eacute;s grecques (occasion pour lauteur de donner un petit &eacute;chantillon des patois de l&eacute;poque) pour leur soumettre son id&eacute;e. <p>CLEONICE <br><i>Et que veux-tu que des femmes inventent, comme id&eacute;e maligne ou lumineuse ? Nous qui passons nos journ&eacute;es assises, bien fard&eacute;es, bien pomponn&eacute;es, avec nos petites robes couleur safran, nos manteaux droits et nos belles chaussures...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>Eh bien, cest &ccedil;a qui va nous sauver, justement, je crois : les petites robes jaunes, les parfums, les belles chaussures, le maquillage, les petites chemises transparentes...</i> <p>Apr&egrave;s bien des difficult&eacute;s, Lysistrata finit par convaincre lensemble des femmes de souscrire &agrave; ce petit chantage, auquel les hommes ne devraient pas r&eacute;sister longtemps. Le serment que doivent pr&ecirc;ter les femmes est le suivant : <p>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Nul, ni mari, ni amant...</i> <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Nul, ni mari, ni amant..</i>. <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Ne mapprochera en &eacute;rection. &raquo; R&eacute;p&egrave;te.</i> <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Ne mapprochera en &eacute;rection. &raquo; Ah ! mes genoux fl&eacute;chissent, Lysistrata.</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Je passerai ma vie &agrave; la maison, sans m&acirc;le..</i>. <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Je passerai la vie &agrave; la maison, sans m&acirc;le.</i>.. <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; M&eacute;tant mise en beaut&eacute; dans ma tunique jaune...</i> <br>CLEONICE <br><i>&laquo; M&eacute;tant mise en beaut&eacute; dans ma tunique jaune...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Pour que dun plus grand feu mon mari br&ucirc;le...</i> <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Pour que dun plus grand feu mon mari br&ucirc;le..</i>. <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Jamais je ne c&eacute;derai de bon gr&eacute; &agrave; mon homme</i> <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Jamais je ne c&eacute;derai de bon gr&eacute; &agrave; mon homme</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Et sil me force malgr&eacute; moi..</i>. <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Et sil me force malgr&eacute; moi...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Je me pr&ecirc;terai mal et resterai inerte..</i>. <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Je me pr&ecirc;terai mal et resterai inerte...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Et ne l&egrave;verai point mes jambes au plafond..</i>. <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Et ne l&egrave;verai point mes jambes au plafond...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Je ne prendrai pas une pose de lionne sur une r&acirc;pe &agrave; fromage..</i>. <br>CLEONICE <br><i>&laquo; Je ne prendrai pas une pose de lionne sur une r&acirc;pe &agrave; fromage...</i> <br>LYSISTRATA <br><i>&laquo; Quil me soit donn&eacute; de boire ce vin, si je tiens mon serment..</i>. <p>Voil&agrave; donc les femmes semparant de la citadelle de la ville, puis barricad&eacute;es &agrave; lint&eacute;rieur. Elles ne doivent pas en sortir tant que durera la guerre. Mais labstinence g&eacute;n&eacute;rale nest pas si simple : une troupe de vieillards malintentionn&eacute;s (les maris &eacute;tant en campagne) tente de forcer les portes de la citadelle, des femmes inventent tous les pr&eacute;textes pour courir rejoindre leurs maris, des maris sont soumis au supplice de Tantale sexuel(15). A bout de nerfs, les hommes finissent par c&eacute;der : la paix est conclue. A la bestialit&eacute; de la guerre, Aristophane oppose donc une autre bestialit&eacute; : celle du sexe. <br>Hommes et femmes &agrave; &eacute;galit&eacute;. Ou, &agrave; loccasion, femmes un peu sup&eacute;rieures, ce qui ne va pas sans inqui&eacute;ter les hommes - ainsi dans LAssembl&eacute;e des femmes : <p>BLEPYRO <br>&nbsp;[apprenant que les femmes ont le pouvoir] <br><i>Ce quil y a &agrave; craindre pour ceux de notre &acirc;ge, cest quune fois quelles auront en main les r&ecirc;nes de l&Eacute;tat, elles ne nous forcent par la violenc</i>e. <br>CHREMES <br><i>A quoi ?</i> <br>BLEPYROS <br><i>A les baiser.</i> <br>CHREMES <br><i>Et si nous ne pouvons pas ?</i> <br>BLEPYROS <br><i>Elles ne nous donneront pas notre d&eacute;jeuner.</i> <br>CHREMES <br><i>Eh bien, mon Dieu, force-toi, de fa&ccedil;on &agrave; d&eacute;jeuner et &agrave; baiser &agrave; la fois</i>. <br>BLEPYROS <br><i>Le faire &agrave; contrecur est tr&egrave;s p&eacute;nible.</i> <br>CHREMES <br><i>Mais si &ccedil;a doit profiter &agrave; l&Eacute;tat, il faut que chaque homme le fasse.</i> <p>Lhumour dAristophane, en mati&egrave;re de guerre des sexes, fourmille de trouvailles de langage et de mise en sc&egrave;ne. Il est, suivant les r&eacute;pliques, d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment cru ou d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment &eacute;mouvant, toujours dr&ocirc;le. Les Thes-mophories16 (411 av. J.-C.) sont lexemple dune pi&egrave;ce o&ugrave; coexistent attaques en r&egrave;gle et d&eacute;fenses de la gent f&eacute;minine. Lintrigue de la pi&egrave;ce est la suivante : les femmes, exc&eacute;d&eacute;es de servir constamment de cible aux sarcasmes dEuripide, d&eacute;cident de se venger. Euripide, apeur&eacute;, convainc un parent &agrave; lui de se travestir pour se rendre aupr&egrave;s des femmes et d&eacute;fendre sa cause. Mais ce dernier sy prend de mani&egrave;re curieuse : il affirme que les femmes devraient savoir gr&eacute; &agrave; Euripide de navoir r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans ses pi&egrave;ces quune part infime de leurs vices... <p>LA PREMIERE FEMME <br><i>Dans laquelle de ses pi&egrave;ces il ne nous a pas calomni&eacute;es ? Au moindre spectateur, trag&eacute;dien ou chur, nous voil&agrave; bonnes, nous &laquo; les galantes, les coureuses de m&acirc;les, les buveuses de vin, les tra&icirc;tresses, les radoteuses, les pourritures, le fl&eacute;au des maris &raquo; ; cons&eacute;quence, &agrave; peine rentr&eacute;s du th&eacute;&acirc;tre, nos maris nous regardent de travers et courent v&eacute;rifier sil ny a pas un amant cach&eacute; dans la maison. (...) Nos maris maintenant portent sur eux de petites cl&eacute;s secr&egrave;tes, tout ce quil y a de plus m&eacute;chant, des esp&egrave;ces de sales petites cl&eacute;s &agrave; trois dents. Avant on pouvait au moins fermer la porte en douce, en nous faisant faire une petite cl&eacute; toute simple pour trois sous, mais maintenant Euripide, ce fl&eacute;au des familles, leur a appris lusage de ces petites cl&eacute;s sophistiqu&eacute;es quils gardent toujours sur eux. Voil&agrave;, je pense donc quil nous faut machiner sa perte dune mani&egrave;re ou dune autre, par empoisonnement ou tout autre truc : pour quil meure.</i> <p>Et le Chur (le groupe de chanteurs commentant laction) qui se moque : <p>LE CHUR <br><i>Jamais encore je navais ou&iuml; femme plus retorse. Femme &agrave; l&eacute;locution si ing&eacute;nieuse. Tout ce quelle dit est juste. Elle a &eacute;pluch&eacute; &agrave; fond tous les concepts. Elle a tout ressass&eacute; dans son &acirc;me. Son esprit sagace a fait surgir des arguments multiples. Dauthentiques d&eacute;couvertes.</i> <p>Mais cest ce m&ecirc;me Chur de femmes qui offre un des plus jolis passages dAristophane sur les femmes : <p>LE CHUR <br><i>Nous sommes le grand fl&eacute;au des hommes. Tout vient de nous. Les proc&egrave;s. Les disputes. Les r&eacute;bellions terribles. Les chagrins. Les guerres. Mais voyons, puisque nous sommes un fl&eacute;au, pourquoi nous &eacute;pousez-vous, hein, puisque nous sommes un fl&eacute;au ? Pourquoi ne nous laissez-vous ni sortir ni pencher la t&ecirc;te dehors, pourquoi d&eacute;ployez-vous tant de z&egrave;le &agrave; garder le fl&eacute;au ? Sil arrive que votre petite femme soit sortie et que vous la trouviez dehors, vous voil&agrave; fous furieux, alors que vous devriez vous r&eacute;jouir si vraiment vous estimiez que le fl&eacute;au a d&eacute;camp&eacute;, si vous ne trouviez plus le fl&eacute;au &agrave; la maison !</i> <br>&nbsp; </TD> </TR> </TABLE>   <DIV ALIGN=right> <P>Madeleine Van Oyen</DIV>    <BR>&nbsp; <BR>&nbsp; <BR>&nbsp; <br> <font size="1">(c) <I> R de r&eacute;el </i> 2000. Reproduction interdite. </font> <BR>&nbsp; <p align=center><a href="index.html" target="_top">R de r&eacute;el</a>  </BODY> </HTML> 
