<html> <head> <title>Mots Pluriels Daniel Tchapda </title> <script language="JavaScript">  <!--  function openWin1() { aWindow1 = window.open('MP1500afriquecote.html', "thewindow1", "width=600,height=310,resizable=yes,scrollbar=yes"); }  //-->  </script>  </head> <BODY  BGCOLOR="#FFFFFF" background = "images/titrezsideMP.gif"> <ul>  <img src="images/MPlogo.gif" alt="Mots pluriels"> <br> no 16. Decembre 2000. <BR>  http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP1600dt.html <br> &#169; Daniel Tchapda <p> <hr noshade> <a name="top"> <CENTER> <table border=0> <tr> <td align=center bgcolor="#e41b17">    <font size=+2 color="#ffffff">  <B>COMPTE RENDU DE LECTURE DE DANIEL TCHAPDA</B></font> </td> </tr> </table>  <p> <font size=5 color="#9370db"> <b>Lamentations du d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;</b><br>  <i>un recueil de po&egrave;mes de Gahlia Njongoh GWANGWA'A</i></font>   <p> <Table bgcolor="#ffcc66" cellpadding=4> <tr width=90% > <td align=center >Editions NANS  &agrave; Douala (juin 2000) </td> </tr> </table>   <p>  </CENTER> <hr> <P>  <Table bgcolor="#ffcc66" cellpadding=4> <tr> <td >  Dr Gahlia Njongoh Gwangwa'a est l'auteur de trois recueils de po&egrave;mes : <u>The beauty of thinking</u> (CEPER, Yaound&eacute; 1989), <u>Fields of illusive petals </u> (American Literary Press, Baltimore, 1998) et <u>Cry of the Destitute</u>, un recueil de  cinquante quatre po&egrave;mes &eacute;dit&eacute;s en langue anglaise en 1995. Ce dernier volume vient d'&ecirc;tre traduit en langue fran&ccedil;aise et publi&eacute; en version bilingue aux Editions NANS  &agrave; Douala (juin 2000) sous le nouveau titre <u>Lamentations du d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;</u>. Pour obtenir ce livre, s'adresser aux Editions NANS s/c Dr Daniel Tchapda B.P. 9078 Douala Cameroun. E-Mail: <a href=mailto:"dtchapda@camonline.zzn.com">dtchapda@camonline.zzn.com</a>. </td> </tr> </table>   <p>   <font size=8>A</font size=8>u 4 &egrave;me  si&egrave;cle avant J&eacute;sus-Christ, le philosophe grec Platon demandait que tous les po&egrave;tes soient chass&eacute;s de la cit&eacute;. Les po&egrave;tes &eacute;taient pour lui des illusionnistes &agrave; cause du caract&egrave;re trop imaginatif de leurs oeuvres. A son avis, l'univers po&eacute;tique ne d&eacute;crivait pas les hommes tels qu'ils sont, mais tels que le po&egrave;te les imagine &agrave; travers le prisme d&eacute;formant de ses fantasmes. La po&eacute;sie ne pourrait donc pas, selon ce philosophe de la Gr&egrave;ce antique, servir pour lire les probl&egrave;mes d'un peuple et d'une soci&eacute;t&eacute;.<p> <p> Platon avait-il tort de penser ainsi ? Les &eacute;crits po&eacute;tiques de son temps le lui permettaient sans doute. Mais aujourd'hui, ce philosophe n'aurait certainement plus la m&ecirc;me opinion n&eacute;gative de la po&eacute;sie. Car, contrairement &agrave; ce qu'il pensait, la po&eacute;sie n'est plus seulement l'expression libre d'une certaine sensibilit&eacute; et d'un certain imaginaire. Elle est devenue, depuis la fin de la p&eacute;riode romantique, une v&eacute;ritable ar&egrave;ne o&ugrave; s'organisent des combats sociaux de toutes natures, un terrain de combat o&ugrave; le rationnel c&ocirc;toie l'imaginaire pour le subjuguer. La po&eacute;sie contemporaine n'est plus r&ecirc;verie; elle est action, r&eacute;action, lutte pour la vie et pour la libert&eacute;. <p> <p> En Afrique tout particuli&egrave;rement, la po&eacute;sie s'est inscrite &agrave; l'&eacute;cole du r&eacute;alisme depuis le d&eacute;but du 20<sup>&egrave;me</sup> si&egrave;cle, pouss&eacute;e &agrave; cela par la figure coloniale et tout ce qu'elle a fait subir aux populations. Aim&eacute; C&eacute;saire, bien que tr&egrave;s contest&eacute; aujourd'hui, est de ceux qui inaugur&egrave;rent cette vision de la po&eacute;sie africaine.<p> <p> Dr GWANGWA'A appartient &agrave; cette tradition r&eacute;aliste. C&eacute;saire se voulait la bouche de ceux qui n'ont pas de bouche. Il se donna pour mission de d&eacute;noncer, par une po&eacute;sie tr&egrave;s militante, les abus des Blancs, tant en Martinique qu'en Afrique. Dr Gwangwa'a pour sa part se sent particuli&egrave;rement troubl&eacute; par la situation historique de l'Afrique actuelle. Une Afrique faite de guerres, de haines et de mis&egrave;res inacceptables.<p> <ul> 		La guerre est-elle un art de vivre <br>  		 Pour l'Afrique dite noire ?</ul>  		 <p>   s'interroge le po&egrave;te de mani&egrave;re plaintive. Il n'h&eacute;site alors pas &agrave; en chercher les causes. La premi&egrave;re, la principale, ce sont nos propres dirigeants :<p> <ul> 		 Les Africains sont embrigad&eacute;s par leurs<br>   			 dirigeants africains<br>  		 Qui, sans conscience, deviennent toujours<br>  			plus mesquins </ul> <p> Il cite des cas de guerre sur le continent du Nord au Sud, de l'Est &agrave; l'Ouest. Cette histoire de guerre ne s'arr&ecirc;tera peut-&ecirc;tre pas demain. Car si hier c'&eacute;tait le Congo, aujourd'hui de nouveaux foyers s'allument sur le continent sans que cela surprenne l'observateur attentif. La C&ocirc;te d'Ivoire vient elle aussi d'entrer dans ce cercle infernal. La cause en est exactement la m&ecirc;me : l'&eacute;go&iuml;sme de nos dirigeants.<p> <p> Mais au-del&agrave; de cette cause structurelle, le po&egrave;te pense que le malheur des Africains vient de leur incapacit&eacute; &agrave; combattre les pouvoirs spoliateurs. La t&acirc;che de ces derniers est donc d'autant plus facilit&eacute;e que les Africains sont aujourd'hui des peuples r&eacute;sign&eacute;s :<p> 		<ul> 		 Vous nous tenez en respect<br>  		 A cause de notre r&eacute;signation de fait</ul> <p> Plus loin dans le recueil, il s'interroge :<p> <ul> 		 Mais qui sommes-nous vraiment ? <br>  	 Une foule de ...</ul> <p> Il s'abstient d'achever ces propos, mais il est bien facile d'imaginer ce que le po&egrave;te se refuse de d&eacute;clarer, peut-&ecirc;tre par pudeur ou par d&eacute;pit. Plus loin, dans le m&ecirc;me recueil, il le dit d'ailleurs :<p> <ul> 		 Les pauvres contribuables <br>  		 Acceptent le statu quo<br>  		 En r&eacute;sign&eacute;s </ul> <p> Cette lecture de notre temps montre en r&eacute;alit&eacute; que le sens de la domination a chang&eacute; en Afrique. Les po&egrave;tes de la n&eacute;gritude avaient les colons pour "ennemis". Aujourd'hui, nous sommes devenus nos propres bourreaux. Nous utilisons toutes les astuces pour nous mentir &agrave; nous-m&ecirc;mes et nous d&eacute;tourner du progr&egrave;s. Au Cameroun, cette duperie est conduite par celui qu'il appelle "l'omniscient muezzin". Et pourtant, malgr&eacute; sa stature magistrale, pr&eacute;cise le po&egrave;te Gwangwa'a,<p> <ul> 	 Pour le peuple, il s'appelle Monsieur Caca</ul> <p> C'est autour de cette action de d&eacute;nonciation que se b&acirc;tit le premier mouvement de ce recueil de po&egrave;mes. Dans le deuxi&egrave;me, l'auteur rel&egrave;ve pour la condamner, l'attitude de r&eacute;signation de son peuple. Il pense qu'il lui aurait fallu plus de courage et m&ecirc;me de t&eacute;m&eacute;rit&eacute; pour s'&eacute;manciper de sa situation. Il lance alors un appel &agrave; la lutte contre l'ennemi du peuple. Pour y arriver, le po&egrave;te proc&egrave;de tr&egrave;s intelligemment. Il rend d'abord hommage aux nationalistes des ann&eacute;es 50 et 60 appel&eacute;s avec m&eacute;pris mais intens&eacute;ment "maquisards". Son attitude se distingue ainsi de celle des penseurs africains dits afropessimistes qui, se focalisant sur cette attitude d&eacute;missionnaire que d&eacute;nonce lui-m&ecirc;me Dr Gwangwa'a, oublient de rappeler le pass&eacute; glorieux de notre peuple. Ils oublient surtout de s'interroger sur les causes de cette d&eacute;mission actuelle. Le po&egrave;te Gwangwa'a pour sa part, ne fait pas pareil. Il &eacute;voque de mani&egrave;re tr&egrave;s admirative la m&eacute;moire des h&eacute;ros de l'histoire du Cameroun :<p> <ul> 		 Hommage &agrave; nos h&eacute;ros<br>  		 Les patriotes Um Nyob&eacute;, Moumie<br>  	     Kingue, et bien s&ucirc;r les Ouandie<br>  		 Takala, Wambo le courant<br>  		 Qui pass&egrave;rent tous <br>  		 Par le sacrifice supr&ecirc;me <p>   		 Leurs actes de bravoure<br>  		 Lib&eacute;ra un moment le peuple<br>  		 Et leur existence &agrave; jamais immortalis&eacute;e<br>  		 Est aujourd'hui grav&eacute;e sur les pierres<br>  		 Les arbres, dans les for&ecirc;ts et les brousses<br>  		 O&ugrave; on les traqua </ul> <p> Cette &eacute;vocation du pass&eacute; n'est, pour le po&egrave;te, qu'un rappel de l'histoire. Po&egrave;te r&eacute;aliste, sa po&eacute;sie colle au temps. Il sait que la lutte de ces h&eacute;ros historiques n'est pas la m&ecirc;me que la n&ocirc;tre aujourd'hui. Notre lutte de lib&eacute;ration doit de nos jours &ecirc;tre tourn&eacute;e contre ce qu'il appelle "l'imp&eacute;rialisme endog&egrave;ne". Ces termes forts et poignants ont tout leur sens dans le contexte de la po&eacute;sie de Dr Gwangwa'a. Car si un pays comme le Cameroun est dit ind&eacute;pendant depuis le 1<sup>er</sup> janvier 1960, la figure coloniale y est repr&eacute;sent&eacute;e par des nationaux &agrave; qui les colons ont confi&eacute; pour mission de nous garder sous leur &eacute;ternelle domination. L'imp&eacute;rialisme a ainsi pris une figure diff&eacute;rente. Il est pratiqu&eacute; par les Africains contre les Africains. Le po&egrave;te en appelle alors &agrave; la conscience de chacun devant l'histoire :<p> <ul>     Quand chacun accostera au port de l'histoire<br>     	L'accusation portera sur ce que nous n'avons pas fait<br>     	Pour all&eacute;ger l'asservissement du peuple</ul> <p> Cette conscience du devoir historique rend par la suite le po&egrave;te outrecuidant et t&eacute;m&eacute;raire. Il d&eacute;signe comme ennemis les repr&eacute;sentants du colonialisme, mais il n'oublie pas de d&eacute;noncer les actions d'exploitation que ces anciens colons continuent &agrave; poser sur le terrain africain :<p> <ul> 	Les Frenchies continuent leur oeuvre de spoliation<br>   	Et inlassablement se livrent &agrave; une folle exploitation</ul> <p> Mais alors comment organiser la lutte ? Le po&egrave;te ne r&eacute;pond pas vraiment &agrave; cette question. Il pense n&eacute;anmoins qu'il ne pourrait s'agir d'une lutte isol&eacute;e et individuelle. Il sugg&egrave;re la lutte collective, solidaire et patriotique. Ainsi<p> <ul> 	 Debout comme un seul homme, nous parviendrons<br>  	 A rompre d&eacute;finitivement l'ind&eacute;sirable cordon<br>  	 Et pourrons enfin crier aux Frenchies<br>  	"Nous sommes d&eacute;sormais affranchis" </ul>  <p> Le po&egrave;te r&ecirc;ve en fait d'une Afrique totalement lib&eacute;r&eacute;e. Lib&eacute;r&eacute;e &agrave; l'int&eacute;rieur des despotes serviteurs des int&eacute;r&ecirc;ts imp&eacute;rialistes, et lib&eacute;r&eacute;e &agrave; l'ext&eacute;rieur des imp&eacute;rialistes anciens colons toujours pr&eacute;sents et qui usent de plein de subterfuges pour nous rendre toujours plus pauvres. En fait le n&eacute;ologisme "Frenchies" que le po&egrave;te utilise dans ce recueil, ne d&eacute;signe pas uniquement ceux que ce terme semble d&eacute;signer. Il s'agit en r&eacute;alit&eacute; d'un terme g&eacute;n&eacute;rique qui d&eacute;signe tous les m&eacute;canismes d'exploitation mis en place par l'imp&eacute;rialisme occidental pour nous maintenir dans notre pauvret&eacute;. Feu le Professeur Tchuidjang Pouemi d&eacute;non&ccedil;ait de son vivant le Fonds mon&eacute;taire international qu'il appelait d&eacute;j&agrave; "le Fonds de mis&egrave;re internationale". Cette institution internationale est la figure actuelle de ce que Karl Marx appelait d&eacute;j&agrave; au 19<sup>&egrave;me</sup> si&egrave;cle, la "Sainte alliance". Il s'agit de la coordination des int&eacute;r&ecirc;ts de la bourgeoisie internationale pour mieux nous exploiter.<p> <p> Dr Gwangwa'a ne s'attaque du reste pas &agrave; cette autre dimension des causes de notre r&eacute;gression historique. Peut-&ecirc;tre aussi parce que ce n'est pas forc&eacute;ment &agrave; cause des pr&ecirc;ts de la Banque mondiale et du FMI que les Africains sont plus pauvres aujourd'hui qu'avant 1985. Tout d&eacute;pend en r&eacute;alit&eacute; de la mani&egrave;re dont ces sommes ont &eacute;t&eacute; g&eacute;r&eacute;es. Car il y a des peuples comme ceux de l'Asie orientale qui ont emprunt&eacute; le chemin de ces pr&ecirc;ts et qui ont r&eacute;ussi &agrave; monter un d&eacute;veloppement authentique dans leurs diff&eacute;rents pays. Voil&agrave; peut-&ecirc;tre pourquoi le po&egrave;te Gwangwa'a ne cite pas cette autre dimension de notre situation historique.<p> <p> N&eacute;anmoins, il demeure vrai que les effets de cette figure coloniale sont plurielles dans nos soci&eacute;t&eacute;s. Car, au-del&agrave; de l'exploitation &eacute;conomique de l'Afrique, un autre moyen de la spoliation de nos soci&eacute;t&eacute;s se traduit par l'ins&eacute;mination du d&eacute;mon de la division. Le r&ecirc;ve du po&egrave;te porte donc ainsi sur la destruction de ces d&eacute;mons  savamment orchestr&eacute;s pour nuire &agrave; l'unit&eacute; et au d&eacute;veloppement du peuple d'Afrique. Cette division prend au Cameroun la coloration de la discrimination sociale par laquelle, selon le po&egrave;te, les anglophones sont des &eacute;ternels subalternes, quelle que soit leur qualification :<p>   		 "En tout, nous ne sommes qu'assistants"  		   se lamente-t-il. Mais, pr&eacute;vient-il tr&egrave;s s&eacute;v&egrave;rement : <p> 		  		 <ul>Le temps viendra<br>  		 Quand ce peuple le voudra<br>  		 Avec toute son &eacute;nergie sautera<br>  	 Et ton si&egrave;ge imm&eacute;rit&eacute; il occupera </ul>  	 <p> Il en appelle ensuite &agrave; la r&eacute;sistance des anglophones: <p> <ul> 	 Anglophones! Quelle que soit l'attaque, debout!<br>  	 Avant la mort, m&ecirc;me &agrave; genoux, battez-vous<br>  	Les rescap&eacute;s de cette bataille in&eacute;quitable<br>  	 Serviront la d&eacute;fense d'un changement v&eacute;ritable</ul> <p> On comprend ainsi pourquoi, dans cette deuxi&egrave;me dimension de ce recueil, le po&egrave;te appara&icirc;t comme "le vrai d&eacute;fenseur", "le po&egrave;te-mage". Il dit &ecirc;tre :<p> <ul> 	Vrai d&eacute;fenseur pour ceux qui n'ont pas d'yeux<br>  	Et qui avec intr&eacute;pidit&eacute; parle pour eux  </ul> <p> Il jure ensuite de demeurer le d&eacute;fenseur de ce peuple sans yeux ni voix : "Je resterai ce que je suis",  promet-il tr&egrave;s fermement. C'est ici que surgit l'&eacute;tonnement de tous ceux qui connaissent le po&egrave;te Gwangwa'a qui, au moment o&ugrave; il &eacute;crit ces po&egrave;mes est haut responsable dans la soci&eacute;t&eacute; p&eacute;troli&egrave;re am&eacute;ricaine Pecten. On est alors port&eacute; &agrave; se poser la question de savoir comment un individu qui jouit d'un tel confort social peut donner autant d'&eacute;nergie &agrave; d&eacute;noncer une situation historique dont lui-m&ecirc;me tire profit.<p> <p>  Dr Gwangwa'a ne r&eacute;pond pas directement &agrave; cette question dans ce recueil. Mais, en jurant de rester ce qu'il est, le po&egrave;te montre que la vocation sociale de l'&eacute;criture prime chez lui sur l'int&eacute;r&ecirc;t mat&eacute;riel. C'est en fait parce que, malgr&eacute; sa situation sociale, le po&egrave;te Gwangwa'a demeure un po&egrave;te, c'est-&agrave;-dire un homme sensible, un homme tout court.<p> <p> Cette sensibilit&eacute; est la marque distinctive de la troisi&egrave;me dimension de ce tr&egrave;s riche recueil de po&egrave;mes. Sensible, sentimental et affectif, l'homme r&eacute;appara&icirc;t ici dans tout son lyrisme de po&egrave;te. De l'examen des probl&egrave;mes sociaux, il passe &agrave; l'expression de tout ce qu'il y a d'humain en lui. L'amour est la source &agrave; laquelle s'abreuve cette partie de l'oeuvre : amour au sens pur du terme, "l'amour sans formule" &eacute;crit-il. Il dit de l'amour qu'il est  "un sentiment qu'on ne conceptualise pas"<p> <p> Cet amour qui anime le po&egrave;te se d&eacute;verse sur tout ce qui l'entoure : son cadre de vie, sa douce compagne, feue sa m&egrave;re Na Tabita Nahsang pour qui il verse encore des larmes innocentes d'un fils sur l'&acirc;me de qui la tendresse maternelle perdue par la mort laisse une plaie toujours b&eacute;ante apr&egrave;s tant d'ann&eacute;es. Amour enfin pour son peuple qui, &agrave; Douala ou &agrave; Yaound&eacute; croupit sous le poids assommant de la mis&egrave;re. Mais aussi amour de la nature qui, pour le po&egrave;te est son dernier lieu de retranchement. On comprend alors qu'il s'en prenne tr&egrave;s violemment &agrave; ceux qui la d&eacute;truisent. Il dit sans sourciller son amour pour cette nature &agrave; laquelle il consacre une part importante de ses m&eacute;ditations. Comme ici &agrave; Kribi, il dit rentrer &agrave; son h&ocirc;tel <p> <ul> 	Pour m&eacute;diter sur mon amour inhabituel<br>  	  Pour cet univers qui m'a conquis.  </ul><p> Ce dernier aspect du po&egrave;me a ainsi l'avantage de dessiner le vrai visage du po&egrave;te Gwangwa'a. Il est le po&egrave;te de l'amour. C'est ce sentiment qui le tenaille et le pousse dans la lutte pour la lib&eacute;ration de son peuple. Il s'agit pour lui d'une lutte qui pourrait aller jusqu'au sacrifice supr&ecirc;me. Apr&egrave;s tout, le po&egrave;te Gwangwa'a est convaincu que la mort est la finalit&eacute; de toute vie. Peu importe donc selon lui comment elle advient. L'essentiel selon lui, c'est d'avoir la conscience du devoir accompli. La lecture de Vigny a d&eacute;cid&eacute;ment laiss&eacute; sur le po&egrave;te des marques ind&eacute;l&eacute;biles. <p> <p> Cette amertume port&eacute;e par l'id&eacute;e de la mort devient diffuse: mort de Nahsang sa m&egrave;re, mort de la conscience r&eacute;volutionnaire, mort de la nature surexploit&eacute;e et des for&ecirc;ts d&eacute;bois&eacute;es, mort pr&eacute;coce de nos enfants sans avenir et condamn&eacute;s &agrave; la perdition, mort du peuple camerounais, mort de l'Afrique en proie au d&eacute;chirement interne, mort partout. Mais chez le po&egrave;te Gwangwa'a, cette amertume se transmute aussit&ocirc;t en espoirs et en esp&eacute;rances. Il sait que la paix se trouve au bout de toute cette agitation historique :<p> <ul> 	Les d&eacute;tonations, les d&eacute;flagrations, les pleurs<br>  	En Afrique se tairont<br>  	On n'entendra plus ni g&eacute;missements ni plaintes<br>  	Tous r&eacute;apprendront &agrave; s'aimer   <p> 	Les campagnes et les villes baigneront dans l'amour<br>  	Cette douce affection autrefois sacrifi&eacute;e<br>  	 Sur l'autel d'un imp&eacute;rialisme pervers   <p>  La paix en moi, en vous, en eux<br>  	Bercera le tranquille d&eacute;veloppement de l'Afrique</ul> <p> Le rythme ternaire de ce recueil de po&egrave;mes bat tout &agrave; fait la mesure d'une musique vive et combattante. On comprend alors que le style du po&egrave;te soit riche et vari&eacute;. Violent, d&eacute;nonciateur, incisif et provocateur, le po&egrave;te devient doux, calme et temp&eacute;r&eacute; lorsqu'il interpelle nos consciences. L'appel de l'amour lui inspire de la tendresse et de l'ardeur sentimentale que m&ecirc;me l'amertume de la mort ne parvient pas &agrave; dissoudre.<p> <p> Simple dans le langage et suffisamment franc dans son expression, Dr Gwangwa'a a l'avantage d'exprimer cette douleur que la plupart des Africains taisent par pudeur mais surtout par &eacute;go&iuml;sme ou par couardise. C'est en cela que <u>Lamentations du d&eacute;sh&eacute;rit&eacute; </u>a tout son int&eacute;r&ecirc;t pour un public africain en qu&ecirc;te d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e de son identit&eacute;.              <center> <hr noshade> <A HREF="mailto:dtchapda@camonline.zzn.com"><font size=4><b>Daniel Tchapda</font><br> dtchapda@camonline.zzn.com</b></a> <br>    <hr noshade>  <a href="#top">[Top]</a> /   <A HREF="MP1600index.html">[Contents MOTS PLURIELS no 16 (Decembre 2000)]</A> </ul> </center> </BODY> </HTML>      
