<html>  	<head> 		<meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=iso-8859-1"> 		<title>Physique.html</title> 		<meta name="generator" content="Adobe GoLive 4"> 	</head>  	<body bgcolor="#ffffcc"> 		<h1>Racines <img height="36" width="52" src="France.gif"></h1> 		<h2>Physiciens d'Ionie<b>(&copy; Antoine Danchin)</b></h2> 		<p>L'&eacute;criture avait depuis longtemps conquis d'autres domaines que celui des relev&eacute;s comptables quand naquit &agrave; Milet, autour d'une ville d'Asie Mineure au commerce florissant, la premi&egrave;re philosophie (<a href="#N1">1</a>). <a name="R1"></a>Descendant d'un lignage de pr&ecirc;tres et d'astrologues de Ph&eacute;nicie, <b>Thal&egrave;s</b>, l'un des Sept Sages de la Gr&egrave;ce Antique, l'astronome distrait du lieu commun (tomb&eacute; dans un puits en contemplant les &eacute;toiles (<a href="#N2">2</a>)<a name="R2"></a>) et peut-&ecirc;tre l'auteur d'un mode de <b>cr&eacute;ation</b> de la conscience, le <font face="Symbol"><b>Gnwqi seauton</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">(<a href="#N3">3</a>),<a name="R3"></a> &quot;connais-toi toi-m&ecirc;me&quot;, si bien repris dans la pens&eacute;e socratique, introduisit sur la place publique le d&eacute;bat principal de la r&eacute;flexion philosophique, la proposition d'un vision coh&eacute;rente et explicative du monde. Introduire dans cette riche ville d'Asie mineure, &agrave; la fin du VII&egrave;me si&egrave;cle, alors que les &eacute;changes par la voie maritime &eacute;taient particuli&egrave;rement fr&eacute;quents, un d&eacute;bat aussi important revenait &agrave; donner naissance &agrave; un mode de connaissance qui allait se propager de fa&ccedil;on quasi-autonome au travers de tout l'empire de la Gr&egrave;ce commer&ccedil;ante, et servir de ferment &agrave; toutes sortes de cr&eacute;ations, dont nous sommes encore aujourd'hui tributaires.</p> 		<p>De la vie de Thal&egrave;s, comme de celle de la plupart des autres philosophes dont il sera question ici, on sait fort peu de choses. On dit qu'il enseignait &agrave; la date de l'&eacute;clipse de 585 avant notre &egrave;re vulgaire, &eacute;clipse qu'il aurait pr&eacute;dite (<a href="#N4">4</a>). <a name="R4"></a>On sait aussi qu'il a beaucoup voyag&eacute;, et qu'il s'est probablement instruit en Egypte. Observateur attentif, h&eacute;ritier de longues traditions astrologiques, excellent formalisateur, on dit qu'il r&eacute;unit l'ensemble de son savoir appris et de ses propres observations en un ou plusieurs trait&eacute;s. Il &eacute;tablit en Gr&egrave;ce le rythme annuel des 365 jours, rep&eacute;ra le cycle des saisons et le moment des solstices.</p> 		<p>La tradition veut aussi qu'il ait d&eacute;crit la constellation de la Petite Ourse. Il &eacute;tait par ailleurs tr&egrave;s pr&eacute;occup&eacute; de ph&eacute;nom&egrave;nes m&eacute;t&eacute;orologiques. Et, s'en inspirant, il produisit un mod&egrave;le de l'Univers dans lequel <b>l'eau</b> joue le r&ocirc;le principal. L'&eacute;l&eacute;ment premier, anim&eacute;, est l'eau du fleuve <font face="Symbol"><b>WkeanoV</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">. Cet &eacute;l&eacute;ment est mat&eacute;riel, capable de transformations r&eacute;gl&eacute;es par le cours des choses et source de vie. L'image qui en r&eacute;sulte est simple: la Terre flotte sur l'Oc&eacute;an, et la preuve en est manifest&eacute;e lors des tremblements de terre (produits par les oscillations de cette flottaison).</p> 		<p>Mais la vision de Thal&egrave;s, sans le moins du monde &ecirc;tre dualiste (il y a une seule substance, mati&egrave;re de toutes choses) est cependant animiste (<a href="#N5">5</a>). <a name="R5"></a>Chez lui en effet, comme chez beaucoup de penseurs pr&eacute;socratiques, la mati&egrave;re est dou&eacute;e d'un pouvoir de mouvement intrins&egrave;que: il n'y a pas dissociation entre une g&eacute;om&eacute;trie et une dynamique. Ainsi l'aimant, comme l'ambre frott&eacute;, montrent bien que la mati&egrave;re est dou&eacute;e d'un r&eacute;el pouvoir moteur et donc d'une vie primitive. Aucune solution de continuit&eacute; n'existe entre les min&eacute;raux et les &ecirc;tres vivants. L'Univers entier est donc dou&eacute; de vie (<a href="#N6">6</a>).<a name="R6"></a></p> 		<p>Comme il ne reste que deux ou trois phrases que l'on peut attribuer &agrave; Thal&egrave;s on sait peu de choses sur le mode de raisonnement qu'il introduisit, mais il est certain qu'il fut le chef de file d'une lign&eacute;e de philosophes qui, par une suite complexe de mod&egrave;les du monde et de sa destin&eacute;e, conduisit &agrave; Platon et Aristote. Il fut sans doute aussi l'initiateur de la pens&eacute;e g&eacute;om&eacute;trique, et posa les premiers principes, parall&egrave;les et triangle rectangle, qui fondent la repr&eacute;sentation euclidienne de l'espace.</p> 		<p>Carrefour entre l'Asie et l'Europe, Milet &eacute;tait anim&eacute;e d'une activit&eacute; commerciale tr&egrave;s importante et l'entourage de Thal&egrave;s, constitu&eacute; par ses disciples (<a href="#N7">7</a>) <a name="R7"></a>et des voyageurs de passage, &eacute;tait en relation directe avec tous les lieux o&ugrave; se dispensait un enseignement non &eacute;sot&eacute;rique.<b> Anaximandre</b> est rest&eacute; le plus c&eacute;l&egrave;bre des disciples et amis de Thal&egrave;s. Et ce qui subsiste de sa production est remarquable &agrave; plus d'un titre. Comme Thal&egrave;s et comme son successeur Anaxim&egrave;ne, il se propose de pr&eacute;senter une conception g&eacute;n&eacute;rale et coh&eacute;rente du monde afin de le rendre explicable aux yeux de tous ses contemporains. Il fonde son raisonnement sur une argumentation illustr&eacute;e par de nombreuses observations astronomiques. La tradition rapporte ainsi qu'il fit la distinction entre les plan&egrave;tes - mobiles &agrave; notre &eacute;chelle de temps - et les &eacute;toiles - apparemment fix&eacute;es sur la vo&ucirc;te c&eacute;leste. De m&ecirc;me il affina les mod&egrave;les capables de pr&eacute;dire les &eacute;clipses et donna une description des phases de la lune. Il conserva la position centrale de la Terre dans l'Univers de Thal&egrave;s, mais l'attribua &agrave; la g&eacute;om&eacute;trie propre de cet Univers. Les contraintes de sym&eacute;trie d'un monde sph&eacute;rique (<a href="#N8">8</a>) <a name="R8"></a>maintiennent la Terre au centre par N&eacute;cessit&eacute;. Cette n&eacute;cessit&eacute; rend inutile un support, car la Terre n'&eacute;tant contrainte par rien n'a aucune raison d'aller dans une direction plut&ocirc;t qu'une autre:</p> 		<pre>            La Terre est suspendue librement, et non             sous la contrainte d'aucune force, mais elle             reste o&ugrave; elle est parce qu'elle est &agrave; &eacute;gale             distance de toutes choses (DK A11)</pre> 		<p>Anaximandre conserve cependant une id&eacute;e d'orientation absolue, de Haut et de Bas, et, dans un Univers sph&eacute;rique la Terre n'est pas une sph&egrave;re mais une colonne tronqu&eacute;e, un cylindre, dont les dimensions sont &eacute;valu&eacute;es: le rayon de la base circulaire est &eacute;gal &agrave; la hauteur. Les hommes vivent sur le disque sup&eacute;rieur. Le disque inf&eacute;rieur repr&eacute;sente les Antipodes, o&ugrave; vivent sans doute d'autres &ecirc;tres vivants.</p> 		<p>Sa cosmogonie est d&eacute;velopp&eacute;e &agrave; l'aide d'une s&eacute;rie de m&eacute;taphores, car, par nature, la mati&egrave;re &eacute;chappe &agrave; notre perception. En effet le principe mat&eacute;riel premier d'Anaximandre est l' <font face="Symbol"><b>Apeiron</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">, le Non-Limit&eacute;, &agrave; la fois sans bornes et non termin&eacute;, imperceptible (car nos sens sont limit&eacute;s) mais pas indicible, et distinct des apparences, qui manifestent toujours des contours et des fronti&egrave;res. El&eacute;ment initialement neutre, &agrave; la diff&eacute;rence des quatre &eacute;l&eacute;ments g&eacute;n&eacute;ralement invoqu&eacute;s dans les po&egrave;mes cosmogoniques anciens, &agrave; la diff&eacute;rence aussi de l'Eau de Thal&egrave;s, l' <font face="Symbol"><b>Apeiron</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> peut se r&eacute;soudre en paires d'&eacute;tats ayant des qualit&eacute;s oppos&eacute;es, dont les types sont les couples Froid/Chaud ou Sec/Humide.</p> 		<p>L' <font face="Symbol"><b>Apeiron</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> est aussi infini en <b>quantit&eacute;</b>, et par cons&eacute;quent source de cr&eacute;ation continue, ce qui implique &eacute;videmment un nombre infini d'Univers (dont un exemple est le n&ocirc;tre). Il semble que cette cr&eacute;ation pouvait, enfin, se d&eacute;rouler pour l'&eacute;ternit&eacute;, mais l'un des fragments qu'on attribue &agrave; Anaximandre indique que toute cr&eacute;ation retourne en d&eacute;finitive &agrave; sa source, c'est &agrave; dire au Non-Limit&eacute; lui-m&ecirc;me.</p> 		<p>Anaximandre donne comme raison de l'&eacute;mergence spontan&eacute;e des &eacute;tats oppos&eacute;s des diff&eacute;rents types mat&eacute;riels, l'exitence, au sein de l' d'un Mouvement Perp&eacute;tuel. La premi&egrave;re s&eacute;paration cr&eacute;e le couple Froid/Chaud qui s'organise dans l'espace comme le tronc d'un arbre et son &eacute;corce (<a href="#N9">9</a>). <a name="R9"></a>Le froid central, au contact du chaud qui l'entoure cr&eacute;e le couple Humide/Sec et l'on se trouve alors en pr&eacute;sence de quatre couches cylindriques, un noyau central froid (Terre), entour&eacute; d'Humide (Eau), puis de Sec (Air) et enfin de Chaud (Feu) qui correspondent ainsi aux quatre &eacute;l&eacute;ments dont la th&eacute;orie d'Anaximandre se veut l'explication. Le Feu ass&egrave;che peu &agrave; peu l'Eau qui ne correspond bient&ocirc;t plus qu'&agrave; des lambeaux, au travers desquels &eacute;merge la Terre. Ainsi s'expliquent les Oc&eacute;ans et les Terres &eacute;merg&eacute;es.</p> 		<p>Mais le processus de diversification ne s'arr&ecirc;te pas l&agrave;. Amorc&eacute; par le mouvement perp&eacute;tuel, la s&eacute;paration du couple Terre/Feu transmet sa quantit&eacute; de mouvement &agrave; la paire Air/Feu: le Feu fait &eacute;vaporer l'Eau qui charge l'Air et produit le Vent, moteur du mouvement des anneaux qui entourent le cylindre terrestre. Puis, en fonction de la quantit&eacute; d'humidit&eacute; qu'il traverse, l'anneau ext&eacute;rieur, l'anneau de Feu, se fragmente en trois composants annulaires anim&eacute;s d'un mouvement de rotation uniforme autour de la Terre. Ce mouvement s'effectue selon un axe qui n'est pas confondu avec l'axe terrestre mais fait un certain angle avec lui. Ces anneaux de Feu ne sont que partiellement visibles de la Terre car leur lumi&egrave;re est obscurcie par la couche d'Air plus ou moins charg&eacute;e d'humidit&eacute; qui entoure la Terre. Ce n'est qu'aux endroits o&ugrave; l'Air se rar&eacute;fie qu'il est possible de percevoir la lumi&egrave;re du Feu. L'anneau le plus &eacute;loign&eacute; est le Soleil, sa lumi&egrave;re est chaude car il se trouve dans une r&eacute;gion de l'espace tr&egrave;s pauvre en humidit&eacute;. Le Jour et la Nuit proviennent du mouvement de l'anneau, combin&eacute; avec le fait que son axe n'est pas confondu avec l'axe terrestre. Cela entra&icirc;ne en effet que la lumi&egrave;re solaire, perceptible par une seule ouverture circulaire dans la couche d'Air qui nous entoure, se trouve masqu&eacute;e, la nuit, par les montagnes du Nord (<a href="#N10">10</a>). <a name="R10"></a>L'anneau suivant, plus proche de nous, visible aussi seulement au travers d'une ouverture circulaire, soumise &agrave; une operculation rythmique est l'anneau lunaire. Sa lumi&egrave;re nous parvient froide, parce que l'anneau se trouve dans une r&eacute;gion charg&eacute;e d'humidit&eacute;. Et les cycles lunaires sont expliqu&eacute;s par la fermeture r&eacute;guli&egrave;re et progressive de la seule fen&ecirc;tre o&ugrave; s'exhale la lumi&egrave;re du Feu de la Lune. Enfin, plus pr&egrave;s de nous, dans une r&eacute;gion tr&egrave;s humide, se trouve un tr&egrave;s large anneau entour&eacute;d'air humide. Cet &eacute;cran a&eacute;rien, &eacute;tant beaucoup moins &eacute;pais que l'&eacute;cran qui nous s&eacute;pare de l'anneau lunaire ou de l'anneau solaire, sa lumi&egrave;re nous parvient par des milliers de fen&ecirc;tres ponctuelles que nous appelons &eacute;toiles, mais cette lumi&egrave;re est totalement refroidie par l'eau dont est charg&eacute; l'air qui fait &eacute;cran. Anaximandre va jusqu'&agrave; discuter le rayon de ces anneaux selon des lois qui sont certainement inspir&eacute;es de sources communes avec l'arithm&eacute;tique pythagoricienne: le diam&egrave;tre de l'anneau solaire est 28 fois celui de la Terre, celui de la Lune 19 fois, et l'on peut conjecturer que l'anneau stellaire avait un diam&egrave;tre sup&eacute;rieur au diam&egrave;tre terrestre (<a href="#N11">11</a>). <a name="R11"></a>Quant au diam&egrave;tre des ouvertures par o&ugrave; souffle la Lumi&egrave;re (<font face="Symbol"><b>ekpnoh</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> ) il est &eacute;gal au diam&egrave;tre de la Terre.</p> 		<p>Cette cosmologie se proposait aussi de r&eacute;pondre aux questions qu'on se pose sur les ph&eacute;nom&egrave;nes naturels plus proches de nous: l'Air, emprisonn&eacute; dans d'&eacute;pais nuages de vapeur pouvait causer des explosions et d&eacute;chirer les noires parois qui l'entourent, d'o&ugrave; le bruit d'explosion et l'apparence lumineuse (par contraste entre la clart&eacute; de l'Air int&eacute;rieur et les parois nuageuses) et zigzagantes de la d&eacute;chirure, au moment o&ugrave; se manifeste le tonnerre. Les vents &eacute;taient caus&eacute;s par les mouvements d'agr&eacute;gats a&eacute;riens plus ou moins charg&eacute;s d'humidit&eacute; et la pluie venait de la collecte de cette humidit&eacute; sous la forme de gouttes.</p> 		<p>Mais Anaximandre est aussi tr&egrave;s original dans sa mod&eacute;lisation de la biologie. Il reprend &agrave; Thal&egrave;s le r&ocirc;le primordial de l'eau en faisant na&icirc;tre les &ecirc;tres vivants de l'oc&eacute;an primitif au cours de son &eacute;vaporation par le Feu solaire. Les premiers animaux &eacute;taient aquatiques et comme les poissons, couverts d'&eacute;cailles; mais au fur et &agrave; mesure qu'&eacute;mergeaient les terres, ces &ecirc;tres &eacute;taient amen&eacute;s &agrave; escalader les parties ass&eacute;ch&eacute;es. L&agrave;, leurs &eacute;cailles se craquelaient et ils ne pouvaient survivre qu'un bref instant. L'homme n'&eacute;chappe pas &agrave; l'origine commune de tous les animaux et descend donc du poisson. Mieux, alors que la diversification des autres esp&egrave;ces a pu peut-&ecirc;tre s'effectuer par des voies diff&eacute;rentes, il est clair que l'origine propos&eacute;e pour nos semblables est la seule raisonnable. En effet, &agrave; la diff&eacute;rence des autres animaux, l'homme doit passer par une tr&egrave;s longue p&eacute;riode d'allaitement au cours de laquelle il ne peut se suffire &agrave; lui-m&ecirc;me. Et, si l'on devait imaginer qu'il &eacute;tait apparu directement dans sa forme actuelle, sans m&egrave;re capable de le nourrir de son sein, il serait mort &agrave; un stade tr&egrave;s pr&eacute;coce et n'existerait pas aujourd'hui. Il est donc n&eacute;cessaire de penser qu'il est issu de parents diff&eacute;rents, capables d'&eacute;lever le rejeton humain jusqu'&agrave; ce qu'il ait atteint un &acirc;ge assez avanc&eacute; pour pouvoir subvenir &agrave; ses propres besoins.</p> 		<p>Il faut bien s&ucirc;r &eacute;viter de tomber dans le pi&egrave;ge courant de l'illusion du &quot;pr&eacute;curseur&quot;, mais on ne peut qu'&ecirc;tre frapp&eacute; par la p&eacute;n&eacute;tration des vues d'Anaximandre et la coh&eacute;rence interne du mod&egrave;le qu'il propose. Pour cette raison m&ecirc;me, on en remarque les points obscurs et les difficult&eacute;s. L'une de celles-ci, soulign&eacute;e par son &eacute;l&egrave;ve <b>Anaxim&egrave;ne</b>, concerne le choix de l'&eacute;l&eacute;ment premier: l' <font face="Symbol"><b>Apeiron</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> ne pouvait se suffire &agrave; soi-m&ecirc;me puisqu'il a fallu lui adjoindre un principe d'&eacute;mergence, promoteur des formes observ&eacute;es dans la nature, caus&eacute; par le mouvement, qui devient par l&agrave; m&ecirc;me, premier. Anaxim&egrave;ne conserva donc peu des conclusions de son ma&icirc;tre car, frapp&eacute; par l'existence du mouvement - on verra plus loin combien ce probl&egrave;me a trouv&eacute; de solutions diverses - il imagina que le Non-Limit&eacute; devait &ecirc;tre &eacute;ternel et permanent, mais dou&eacute; d'une perp&eacute;tuelle agitation. Cela lui donna l'id&eacute;e qu'il devait s'agir d'un <b>fluide</b> tr&egrave;s l&eacute;ger qu'il identifia &agrave; l'Air (<a href="#N12">12</a>). <a name="R12"></a>Le choix d'un &eacute;l&eacute;ment premier lui fit perdre la sym&eacute;trie sph&eacute;rique de l'Univers et l'obligea &agrave; supposer, comme l'avait fait Thal&egrave;s, que la Terre est <b>port&eacute;e</b> par quelque chose. Ainsi la Terre se trouve, dans cette nouvelle cosmogonie, &ecirc;tre un disque plat, flottant sur l'Air en mouvement (cause, &agrave; nouveau des s&eacute;ismes), &eacute;clair&eacute;e par le disque lumineux du feu solaire. C'est le <b>mouvement</b> qui est cause que la Terre ne s'effondre pas dans l'Infini de l'Univers, car on sait bien que l'Air serait trop l&eacute;ger pour la porter.</p> 		<p>Deux principes gouvernent alors les lois de l'Univers: le mouvement et le changement. Ces principes intrins&egrave;ques agissent sur l'Air par les processus de <b>condensation</b> et de rar&eacute;faction qui sont la source de changements quantitatifs et qualitatifs: de l'Air rar&eacute;fi&eacute; devient le Feu et, condens&eacute;, le vent, les nuages et l'Eau; mais celle-ci peut &agrave; nouveau se condenser et former la Terre et les rocs les plus lourds et les plus durs. La densit&eacute; (le mot n'existait pas alors) est donc associ&eacute;e &agrave; la notion de chaleur, notion elle-m&ecirc;me li&eacute;e au mouvement.</p> 		<pre>         condensation &lt;=&gt;  condensation &lt;=&gt; rar&eacute;faction      Terre            Eau               Air            Feu      Froid &lt;-------&gt; Humide &lt;---------&gt; Sec &lt;--------&gt; Chaud      Lourd   L&eacute;ger  Immobile Visqueux  Fluide      Insaisissable </pre> 		<p>Les processus de condensation et de rar&eacute;faction donnent lieu &agrave; des changements quantitatifs en plus des changements qualitatifs d&eacute;crits. Ainsi le Froid peut se diviser en trois phases distinctes: solide, liquide, vapeur, comme la glace, l'eau et la vapeur d'eau. Le point d'origine de toutes les transformations est l'Air, qui se situe &agrave; la fronti&egrave;re entre le Froid et le Chaud.</p> 		<p>Anaxim&egrave;ne cherche ensuite &agrave; relier de fa&ccedil;on rationnelle le mouvement et le changement, gr&acirc;ce aux propri&eacute;t&eacute;s constat&eacute;es lors de la condensation et de la rar&eacute;faction. Le type de ces relations fonctionnelles est donn&eacute; par le Soleil. Le disque solaire est constitu&eacute; par un &eacute;l&eacute;ment de type Terre, mais il se trouve anim&eacute; de mouvements si rapides que le processus de rar&eacute;faction le conduit &agrave; se transformer en Feu. A titre d'illustration Anaxim&egrave;ne donnait la comparaison suivante: si l'on souffle par la bouche presque ferm&eacute;e, on per&ccedil;oit un courant d'air froid, d&ucirc; &agrave; ce que l'ouverture est trop petite pour permettre un mouvement important de l'air expir&eacute;; au contraire si l'on souffle la bouche grande ouverte, laissant par l&agrave; se cr&eacute;er un mouvement important de l'air expir&eacute;, on observe un souffle tr&egrave;s chaud.</p> 		<p>Il existe un constant aller et retour entre les divers processus de condensation et de rar&eacute;faction. L'Air invisible devient visible par condensation, d'abord brume puis eau, mais l'eau &eacute;chauff&eacute;e redevient de l'Air et m&ecirc;me du Feu. Les premi&egrave;res formes r&eacute;sultent de la condensation, ainsi la Terre flotte sur l'Air, gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;sistance offerte par sa grande surface aux mouvements de l'Air, comme le vent pousse la voile des navires. Mais le Soleil, la Lune, et les Etoiles proviennent de la Terre par rar&eacute;faction: de la brume s'&eacute;vapora de la surface du disque terrestre et devint le Feu qui constitue les astres, disques plats, dou&eacute;s de mouvements extr&ecirc;mement rapides assurant leur nature ign&eacute;e. Et on attend que le ralentissement de ce mouvement leur fasse parcourir le chemin inverse (<a href="#N13">13</a>),<a name="R13"></a> et refroidir jusqu'&agrave; devenir des rocs glac&eacute;s d'o&ugrave; nulle lumi&egrave;re ne s'&eacute;chappera plus. Il est donc probable qu'il existe un grand nombre d'objets c&eacute;lestes invisibles, form&eacute;s d'astres ayant parcouru d&eacute;j&agrave; tout le cycle de r&eacute;chauffement et de refroidissement. Tous ces astres flottent dans l'air comme des feuilles dans le vent et disparaissent, soit derri&egrave;re de lointains reliefs, soit derri&egrave;re des nuages (qui expliquent peut-&ecirc;tre les phases de la Lune).</p> 		<p>Le reste de la cosmogonie d'Anaxim&egrave;ne se trouve assez voisin de celle d'Anaximandre. Il raffine un peu les explications de ce dernier en ce qui concerne les tremblements de terre (dus &agrave; l'alternance de s&eacute;cheresse et de pluies (<a href="#N14">14</a>)), <a name="R14"></a>les &eacute;clairs et le tonnerre, et l'arc-en-ciel enfin qui s'expliquent parce que les rayons du soleil sont arr&ecirc;t&eacute;s par les nuages les plus noirs et s'y rassemblent. La partie la plus proche du feu solaire est rouge &agrave; cause de la chaleur qu'elle re&ccedil;oit et les couleurs suivantes apparaissent en fonction de la d&eacute;croissance de la temp&eacute;rature (concept qui n'existait &eacute;videmment pas alors).</p> 		<p>Avec ce philosophe se termine l'&eacute;cole mil&eacute;sienne proprement dite, car en l'an 494 Milet fut prise et ravag&eacute;e par les Perses. La destruction de la ville contribua sans doute &agrave; r&eacute;pandre un peu plus le savoir et les m&eacute;thodes des physiciens de l'&eacute;cole de Thal&egrave;s et, parmi les successeurs de ce mode de pens&eacute;e on trouve un natif de Clazom&egrave;ne, une autre ville d'Ionie, <b>Anaxagore</b>, qui vint enseigner &agrave; Ath&egrave;nes avant de finir ses jours &agrave; Lampsaque en 428. A cette &eacute;poque la physique ionienne avait d&eacute;fini les grands th&egrave;mes de sa r&eacute;flexion ainsi que la m&eacute;thode conjecturale qui permettait de produire des mod&egrave;les coh&eacute;rents de l'Univers. Quel que soit l'&eacute;l&eacute;ment choisi pour fonder une cosmologie, Eau, <font face="Symbol"><b>Apeiron</b></font>, ou Air on ne pouvait concevoir le monde que constitu&eacute; d'une substance d'un <b>type</b> unique, capable par des transformations appropri&eacute;es de prendre des &eacute;tats diff&eacute;rents. Le mouvement faisait partie, comme qualit&eacute; intrins&egrave;que de cette mati&egrave;re &eacute;minemment changeante, et l'on peut qualifier d'animiste (<a href="#N15">15</a>) <a name="R15"></a>cette premi&egrave;re vision moniste de l'Univers. Anaxagore va introduire une distinction nouvelle dans cette fa&ccedil;on de concevoir en proposant un monde dualiste, dans lequel on distingue soigneusement la mati&egrave;re de certaines qualit&eacute;s per&ccedil;ues comme intrins&egrave;quement immat&eacute;rielles (<a href="#N16">16</a>). <a name="R16"></a>Cette nouvelle approche sera d&eacute;velopp&eacute;e dans deux directions tr&egrave;s diff&eacute;rentes, d'une part par Socrate et Platon et, d'autre part, par Aristote. Et c'est cette vision dualiste qui, reprise par les religions r&eacute;v&eacute;l&eacute;es et comment&eacute;e dans des milliers d'ouvrages se trouve en filigrane dans toute notre pens&eacute;e contemporaine. La cosmogonie d'Anaxagore est voisine de celle d'Anaximandre sur bien des points et je n'y reviendrai pas. Ce qui le diff&eacute;rencie, outre l'aspect dualiste mentionn&eacute; plus haut, c'est l'introduction d'un mode de raisonnement conduisant directement &agrave; la m&eacute;thode exp&eacute;rimentale (voir &quot;<a href="Western.html">A Western Imbroglio</a>&quot;).</p> 		<p>L'Univers d'Anaxagore se s&eacute;pare en deux types d'objets, l'Esprit ( <font face="Symbol"><b>NouV</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">) et la mati&egrave;re (<font face="Symbol"><b>Ulh</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">) divisible &agrave; l'infini et porteuse, quel que soit le degr&eacute; de division consid&eacute;r&eacute;, de toutes les qualit&eacute;s possibles, pr&eacute;sentes dans la mati&egrave;re per&ccedil;ue dans son &eacute;tat macroscopique. Il n'y a pas, en particulier, de distinction entre l'organique et l'inorganique. Les diff&eacute;rents objets mat&eacute;riels se distinguent seulement par la quantit&eacute; de chaque qualit&eacute; qui les compose. Ces qualit&eacute;s sont principalement des couples d'oppos&eacute;s froid/chaud, clair/sombre, humide/sec et tous analogues pouvant &ecirc;tre d&eacute;cel&eacute;s par les organes des sens. Malgr&eacute; une &eacute;vidente implication paradoxale on peut d&eacute;finir des germes de toute mati&egrave;re (<a href="#N17">17</a>), <a name="Anchor"></a>infinis en nombre, infiniment divisibles et inalt&eacute;rables. De plus rien de ce qui est ne peut cesser &ecirc;tre, et rien ne peut venir &agrave; l'existence : <font face="Symbol"><b>To gar eon ouk esti to mh ouk einai</b> </font><img height="18" width="26" src="Grece.gif"><font face="Symbol"> (<a href="#N18">18</a>)</font>. <a name="R18"></a>Avec ces deux d&eacute;finitions de la mati&egrave;re, la plupart des contradictions du discontinu ou des contradictions apport&eacute;es par l'&eacute;mergence des formes disparaissent. Mais cela revient &agrave; affirmer qu'il n'y a en r&eacute;alit&eacute; rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a donc pas de changement dans la qualit&eacute;, mais seulement dans la quantit&eacute;, et nos sens, qui ne per&ccedil;oivent que le quantitatif, peuvent se laisser abuser par les limites de leur perception, limites alors projet&eacute;es, par nous par nos opinions, sur le monde r&eacute;el.</p> 		<p>La cosmologie d'Anaxagore utilise l'Esprit (immat&eacute;riel bien distinct de la <font face="Symbol"><b>yuch</b></font> mat&eacute;rielle de la pens&eacute;e proprement mil&eacute;sienne qui l'a pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e ou de la pens&eacute;e contemporaine des atomistes) comme principe moteur initial. Mais la structure de son univers utilise assez peu (sauf en son &eacute;tape initiale, celle qui avait n&eacute;cessit&eacute; chez Anaximandre d'invoquer le Mouvement Perp&eacute;tuel, et dans son stade pr&eacute;sent, chez les &ecirc;tres vivants) l'esprit, et sa dynamique est assez semblable &agrave; la m&eacute;canique anaxim&eacute;nienne sans que l'Esprit apparaisse comme le finaliste planificateur du Monde (<a href="#N19">19</a>).<a name="R19"></a> L'Esprit (<font face="Symbol"><b>NouV</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">), se s&eacute;parant du Tout (<font face="Symbol"><b>Pan</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">) en un point d&eacute;clenche un mouvement tourbillonaire (<font face="Symbol"><b>PericwrhsiV</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> ) qui se r&eacute;pand peu &agrave; peu dans l'Univers et continue encore &agrave; se propager aujourd'hui. L'Air et l'Ether (<a href="#N20">20</a>) <a name="R20"></a>(semblable &agrave; une qualit&eacute; d'Air rar&eacute;fi&eacute;, tr&egrave;s mobile et proche du Feu) se s&eacute;parent suivant leurs qualit&eacute;s respectives selon un sch&eacute;ma tr&egrave;s proche de celui qu'avait con&ccedil;u Anaxim&egrave;ne dans lequel l'Ether jouerait le r&ocirc;le du Feu anaxim&eacute;nien.</p> 		<pre>               &quot;Alors que toutes les autres choses                contiennent une part de chaque chose,                l'esprit est non-limit&eacute; et n'est alli&eacute; &agrave;                rien, mais existe par lui-m&ecirc;me, seul [singulier].                En effet, s'il n'existait pas                par lui-m&ecirc;me, mais &eacute;tait m&eacute;lang&eacute; &agrave; quelque                autre chose, il contiendrait une part de                toutes choses, en &eacute;tant alli&eacute; seulement &agrave;                une chose car comme je l'ai d&eacute;j&agrave; dit, il y a                une part de tout dans tout. Et, alors les                choses qui se trouveraient m&eacute;lang&eacute;es avec                lui l'emp&eacute;cheraient de dominer (<font face="Symbol"><b>kratein</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">) les                choses, comme il le fait, parce qu'il est                sans m&eacute;lange (<font face="Symbol"><b>monon eonta ef&cent;eautou</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">). Et en                effet il est le plus subtil et le plus pur                de tout [ce qui existe]; en outre il poss&egrave;de                le savoir parfait sur tout et il poss&egrave;de la                plus grande puissance (<font face="Symbol"><b>iscuV</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> ). Et les &ecirc;tres                qui ont une &acirc;me, qu'ils soient petits ou                grands, sont tous domin&eacute;s (<font face="Symbol"><b>kratein</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif"> ) par                l'esprit. Et l'esprit domina (<font face="Symbol"><b>kratein</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">)                l'ensemble de la rotation [des objets                mat&eacute;riels] en faisant [pr&eacute;cis&eacute;ment] en sorte                que s'amorce un mouvement rotatif au                commencement [du monde]. La rotation a                commenc&eacute; d'abord dans une petite r&eacute;gion [de                l'univers], puis elle se r&eacute;pand aujourd'hui                dans un plus grand volume et elle continuera                de se propager dans un volume plus grand                encore. L'esprit d&eacute;termine tout, les choses                qui se m&eacute;langent et celles qui se s&eacute;parent &agrave;                partir d'un m&eacute;lange et deviennent des                entit&eacute;s distingables. De m&ecirc;me les cat&eacute;gories                de choses qui allaient exister, ainsi que                celles qui ont &eacute;t&eacute; et qui ne sont plus, et                encore toutes celles qui existent                aujourd'hui et toutes les sortes de choses                qui viendront &agrave; l'existence, toutes ont &eacute;t&eacute;                mises en place par l'esprit; et c'est [en                particulier le cas] de la rotation qui                entra&icirc;ne les astres, le soleil et la lune et                qui a s&eacute;par&eacute; l'Air et l'Ether [du m&eacute;lange                initial]. C'est en effet le mouvement de                rotation qui a engendr&eacute; cette s&eacute;paration. Et                le dense s'est alors s&eacute;par&eacute; de l'air, le                chaud du froid, le clair du sombre et le sec                de l'humide. Et ainsi viennent &agrave; l'existence                de nombreuses qualit&eacute;s (<font face="Symbol"><b>moirai</b></font>) (<a href="#N21">21</a>) <a name="R21"></a>&agrave; partir                des nombreuses [substances initiales]. Rien                n'est totalement s&eacute;par&eacute; ou distingu&eacute; d'une                autre chose, except&eacute; l'esprit. Mais l'esprit                est partout identique, &agrave; la fois le plus                grand et le plus petit. Rien d'autre n'est                semblable &agrave; autre chose, mais les choses                sont et ont &eacute;t&eacute; de toute &eacute;vidence chaque                chose, qui contient la plupart d'entre elles.&quot; </pre> 		<p>Ainsi se sont cr&eacute;&eacute;s la Terre et les Astres. Mais Anaxagore introduit ici des pr&eacute;cisions: le mouvement entra&icirc;ne, de fa&ccedil;on centrifuge, les masses solidifi&eacute;es et les projette dans l'Air et m&ecirc;me dans l'Ether avec une force qui d&eacute;passe notre en tendement, ce qui fait que le ciel est form&eacute; d'un grand nombre de solides maintenus en l'air (<font face="Symbol"><b>metewron</b></font> <img height="18" width="26" src="Grece.gif">) par la c&eacute;l&eacute;rit&eacute; du mouvement. Ces objets c&eacute;lestes tombent &agrave; terre d&egrave;s que l'agitation diminue, et c'est l'origine des a&eacute;rolithes qui se fracassent parfois su la surface de notre plan&egrave;te.</p> 		<p>Anaxagore explique ensuite les propri&eacute;t&eacute;s des astres par leurs positions respectives dans des r&eacute;gions plus ou moin chaudes de l'Air et de l'Ether et indique que la Lune est la cause des &eacute;clipses solaires, en s'intercalant entre le Soleil et la Terre. Elle re&ccedil;oit sa lumi&egrave;re du Soleil. Comme ce fut le cas pour ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs, Anaxagore imagine que les terres &eacute;merg&eacute;es sont apparues apr&egrave;s &eacute;vaporation de l'eau qui couvrait &agrave; l'origine toute la surface de la plan&egrave;te, sous l'action de la chaleur du Soleil. Le concept le plus important introduit par Anaxagore est l'Esprit, oppos&eacute; &agrave; l'Ame encore mat&eacute;rielle chez ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs. Le <font face="Symbol"><b>NouV</b></font> est cette propri&eacute;t&eacute; de l'homme qui lui conf&egrave;re sa capacit&eacute; de raisonnement, et le distingue (au moins de fa&ccedil;on quantitative) des animaux. On retrouve donc, au moment o&ugrave; Anaxagore consid&egrave;re les propri&eacute;t&eacute;s du vivant, une analyse de la structure organis&eacute;e de l'Univers, et plus particuli&egrave;rement de ses manifestations dou&eacute;es de vie et de pens&eacute;e. La vie animale provient de germes tomb&eacute;s du ciel - en cela Anaxagore reprend l'origine aquatique des &ecirc;tres vivants, invoqu&eacute;e par Thal&egrave;s, car c'est avec la pluie que tombent des cieux les semences - puis par la reproduction telle que nous la connaissons aujourd'hui; de m&ecirc;me, c'est la pluie qui apporte les semences v&eacute;g&eacute;tales aujourd'hui enracin&eacute;es et prosp&eacute;rant par drageonnage et bouturage. Toute vie poss&egrave;de le moyen de manifester l'esprit qui l'anime, mais cette manifestation n'est vraiment facilement rep&eacute;rable que chez l'homme, ou du moins chez certains &ecirc;tres humains. La biologie d'Anaxagore est par ailleurs plus d&eacute;taill&eacute;e et il indique l'existence d'une symbolique associ&eacute;e au couple m&acirc;le/femelle: les m&acirc;les, h&eacute;ritiers de la semence, sont port&eacute;s du c&ocirc;t&eacute; droit, les femelles, terres nourrici&egrave;res de la semence, du c&ocirc;t&eacute; gauche (<a href="#N21">22</a>).<a name="R22"></a></p> 		<p>Beaucoup d'autres philosophes ont &eacute;t&eacute; h&eacute;ritiers de la physique mil&eacute;sienne, et je ne ferai que citer encore Archelaos, dont la famille &eacute;tait sans doute originaire de Milet et qui fut &eacute;l&egrave;ve d'Anaxagore. Il enseigna &agrave; Ath&egrave;nes la physique ionienne et c'est &agrave; lui que revint le m&eacute;rite de l'enseigner &agrave; Socrate avec la post&eacute;rit&eacute; mill&eacute;naire que l'on sait. Il existe un constant aller et retour entre les divers processus de condensation et de rar&eacute;faction. L'Air invisible devient visible par condensation, d'abord brume puis eau, mais l'eau &eacute;chauff&eacute;e redevient de l'Air et m&ecirc;me du Feu. Les premi&egrave;res formes r&eacute;sultent de la condensation, ainsi la Terre flotte sur l'Air, gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;sistance offerte par sa grande surface aux mouvements de l'Air, comme le vent pousse la voile des navires. Mais le Soleil, la Lune et les Etoiles proviennent de la Terre par rar&eacute;faction: de la brume s'&eacute;vapora de la surface du disque terrestre et devint le Feu qui constitue les astres, disques plats, dou&eacute;s de mouvements extr&ecirc;mement rapides assurant leur nature ign&eacute;e. Et on attend que le ralentissement de ce mouvement leur fasse parcourir le chemin inverse, et refroidir jusqu'&agrave; devenir des rocs glac&eacute;s d'o&ugrave; nulle lumi&egrave;re ne s'&eacute;chappera plus. Il est donc probable qu'il existe un grand nombre d'objets c&eacute;lestes invisibles, form&eacute;s d'astres ayant parcouru d&eacute;j&agrave; tout le cycle de r&eacute;chauffement et de refroidissement. Tous ces astres flottent dans l'air comme des feuilles dans le vent et disparaissent, soit derri&egrave;re de lointains reliefs, soit derri&egrave;re des nuages (qui expliquent peut-&ecirc;tre les phases de la Lune). Et le reste de la cosmogonie d'Archelaos se trouve assez voisine de celle d'Anaximandre. Il raffine un peu les explications de ce dernier en ce qui concerne les tremblements de terre (dus &agrave; l'alternance de s&eacute;cheresses et de pluies), les &eacute;clairs et le tonnerre, et l'arc-en-ciel enfin qui s'explique parce que les rayons du soleil sont arr&ecirc;t&eacute;s par les nuages les plus noirs et s'y rassemblent. La partie la plus proche du feu solaire est rouge &agrave; cause de la chaleur qu'elle re&ccedil;oit et les couleurs suivantes apparaissent en fonction de la d&eacute;croissance de la temp&eacute;rature (concept qui n'existait &eacute;videmment pas alors).</p> 		<div align="left"> 			<p><br> 			<hr size="4" width="50%"> 			<b>Notes</b><br> 			<br> 			<a name="N1"></a>1: On devra me pardonner ici l'usage du grec, volontaire - mais que je voudrais d&eacute;pourvu de p&eacute;dantisme - dans quelques unes des expressions cit&eacute;es. J'aurais certainement pu m'en passer, mais dans un monde de plus en plus envahi par les termes, les fa&ccedil;ons de faire et les fa&ccedil;ons de dire li&eacute;es &agrave; une certaine pens&eacute;e anglo-am&eacute;ricaine (d'une mani&egrave;re si &quot;naturelle&quot; que personne ne songerait &agrave; y voir un emploi &eacute;rudit ou p&eacute;dant), t&eacute;moins d'une remarquable domination &eacute;conomique, j'ai voulu manifester par un signe explicite la n&eacute;cessaire gratuit&eacute; des langues, leur beaut&eacute; intrins&egrave;que, et surtout assurer la pr&eacute;sence toujours concr&egrave;te des connotations intraduisibles qu'elles v&eacute;hiculent. Il faut aussi, m&ecirc;me avec maladresse, parler autrement. Et je souhaite qu'apparaissent tout au long de ce texte, repris au moment des causeries du jeudi, les raisons vraiment fondamentales qui me font tellement insister sur la dimension s&eacute;mantique de notre monde.</p> 		</div> 		<p>De plus pour devancer d'&eacute;vidents reproches qu'on pourrait me faire, et j'y reviendrai, je suis parfaitement conscient du fait que je commettrai souvent des anachronismes conceptuels.<br> 		</p> 		<p>Enfin, cette gen&egrave;se particuli&egrave;re de la pens&eacute;e devait, nous le verrons, se r&eacute;soudre en un silence mill&eacute;naire apr&egrave;s le succ&egrave;s croissant de la proposition des id&eacute;alit&eacute;s platoniciennes et du dualisme finaliste d'Aristote.<br> 		</p> 		<p><a name="N2"></a>2: Ainsi que le rapporte Diog&egrave;ne La&euml;rce. Au fur et &agrave; mesure que je m'inspirerai de nouvelles sources je le signalerai. D&egrave;s maintenant il s'agit de l'unique - h&eacute;las - ouvrage de r&eacute;f&eacute;rence <i>Die Fragmente der Vorsokratiker</i> de Hermann Diels, qui fait la compilation non seulement des fragments qui subsistent encore, mais aussi de nombreux textes de commentaires anciens sur ces fragments. Le floril&egrave;ge conserv&eacute; avec des anecdotes par Diog&egrave;ne La&euml;rce est aussi fort utile &agrave; consulter, surtout sans doute pour le livre X qui contient l'&eacute;tude de philosophes post&eacute;rieurs et en particulier les plus longs fragments connus d'Epicure.(<a href="#R2">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N3"></a>3: Je d&eacute;velopperai, si nous arrivons jusque l&agrave;, le r&ocirc;le particulier qu'a pris la r&eacute;flexion sur soi, l'introspection, dans notre fa&ccedil;on de percevoir le monde et la connaissance. (<a href="#R3">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N4"></a>4: On conna&icirc;t la date exacte de cette &eacute;clipse par le r&eacute;cit d'H&eacute;rodote qui raconte qu'elle mit fin &agrave; la guerre entre les Lydiens et les M&egrave;des. Les combattants, pris de terreur au milieu du combat &agrave; la vue de l'obscurcissement du ciel cess&egrave;rent de faire bataille (on sait, voir Tintin, combien cette image reste pr&eacute;sente...). On savait d&eacute;j&agrave; &agrave; cette &eacute;poque que les &eacute;clipses de soleil se produisent toujours au moment de la nouvelle lune et il est probable qu'on avait fait l'hypoth&egrave;se que la lune en est la cause.(<a href="#R4">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N5"></a>5: Sans doute devrions nous dire &quot;animante&quot; plut&ocirc;t qu'animiste, qui a une connotation religieuse particuli&egrave;re.(<a href="#R5">retour au texte</a>)</p> 		<p><a name="N6"></a>6: L'&acirc;me, <font face="Symbol">yuch</font> , est le moteur de cette vie. Et le choix de l'eau comme &eacute;l&eacute;ment premier se rapporte directement &agrave; la relation entre ce qui est vivant (et tributaire de l'eau) et dou&eacute; de mouvement. La collection des &acirc;mes pourrait se d&eacute;crire comme un Dieu, moteur unique, comme le conjecturera X&eacute;nophane.(<a href="#R6">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N7"></a>7: Par tradition on parle toujours de &quot;disciples&quot;, mais la fa&ccedil;on dont &eacute;taient organis&eacute;es les &quot;&eacute;coles&quot; n'est pas tr&egrave;s claire. Il est bien possible qu'il s'agisse simplement de familiers, par exemple d'amis et de leurs enfants, dans un monde o&ugrave; neuf personnes sur dix &eacute;taient des esclaves, et o&ugrave; les patriciens formaient une classe assez homog&egrave;ne pour avoir rapidement donn&eacute; naissance &agrave; l'id&eacute;e d&eacute;mocratique (dont on oublie souvent qu'elle se r&eacute;alisait dans un monde soutenu par le travail des esclaves).(<a href="#R7">retour au texte</a>)</p> 		<p><a name="Anchor-35882"></a>8: Anaximandre ne se contenta pas de mod&egrave;les &eacute;crits, il construisit une sph&egrave;re afin d'en &eacute;tudier les propri&eacute;t&eacute;s g&eacute;om&eacute;triques. On lui attribue aussi le dessin de la premi&egrave;re carte g&eacute;ographique, de m&ecirc;me que la figure arithm&eacute;tique sacr&eacute;e dans la tradition pythagoricienne, le Gnomon ( <font face="Symbol">Gnwmon</font>). (<a href="#R8">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N9"></a>9: <font face="Symbol">Fhsi de to ek tou aidiou gonimon qermou te kai yucrou kata thn genesin toude tou kosmon apokriqhnai kai tina ek toutou flogoV sfairan perifuhnai twi peri thn ghn aeri wV twi dendrwi floion. </font><font face="Times New Roman,Georgia,Times">(DK 12 A10).</font> (<a href="#R9">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N10"></a>10: Les &eacute;clipses sont expliqu&eacute;es par l'apparition r&eacute;guli&egrave;re de masses d'Air qui occultent l'ouverture. (<a href="#R10">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N11"></a>11: 27+1; 18+1; 9+1 (<a href="#R11">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N12"></a>12: Ce qui revient &agrave; donner une qualit&eacute; au Non-Limit&eacute;, qualit&eacute; absente, par principe, chez Anaximandre (l' &eacute;tait infini en quantit&eacute; et en qualit&eacute;). Par ailleurs le choix de l'Air, identifi&eacute; au souffle ( <font face="Symbol">pneuma</font>), lui donnait facilement un r&ocirc;le moteur dans les ph&eacute;nom&egrave;nes vivants et permettait de l'identifier, sous sa forme la plus mobile, &agrave; l'&acirc;me. (<a href="#R12">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N13"></a>13: La Lune bouge beaucoup moins vite que le Soleil puisque son cycle est de 28 jours au lieu de 24 heures, elle est par cons&eacute;quent beaucoup plus froide et moins lumineuse que le Soleil. (<a href="#R13">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N14"></a>14: On peut s'en rendre compte en remarquant les craqu&egrave;lements qui d&eacute;chirent le sol lorsque le soleil ardent r&eacute;chauffe des terres r&eacute;cemment inond&eacute;es. Et puisque l'eau et la chaleur en sont cause, on observe des tremblements de terre plus fr&eacute;quemment apr&egrave;s des pluies abondantes.(<a href="#R14">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N15"></a>15: A nouveau, &quot;animante&quot; serait sans doute un meilleur qualificatif, car nous sommes tellement impr&eacute;gn&eacute;s de culture dualiste qu'il existe le plus souvent une connotation s&eacute;parant esprit, dou&eacute; de mouvement, et mati&egrave;re, h&eacute;riti&egrave;re de la forme, lorsqu'on emploie l'adjectif animiste. On pourrait aussi, mais &agrave; condition de pr&eacute;ciser que l'aspect est une simple qualit&eacute; d'un seul type de mati&egrave;re, parler de panpsychisme. (<a href="#R15">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N16"></a>16: Le vocabulaire employ&eacute; est pour l'essentiel une d&eacute;finition de l'opposition entre ce qui rel&egrave;ve de la mati&egrave;re, et ce qui lui est &eacute;tranger: comme pour nous dans le mot &quot;esprit&quot; (qui, de fa&ccedil;on sym&eacute;trique, rel&egrave;ve du vocabulaire de la mati&egrave;re), il a &eacute;t&eacute; n&eacute;cessaire pour Anaxagore de d&eacute;finir l'esprit avec des mots mat&eacute;riels au moyen de p&eacute;riphrases exprimant l'immat&eacute;rialit&eacute;, d'o&ugrave; les nombreuses difficult&eacute;s d'interpr&eacute;tation ou les apparentes incoh&eacute;rences. Je souligne ce point car, &agrave; l'inverse, nous sommes tellement impr&eacute;gn&eacute;s d'une culture de l'esprit (per&ccedil;u comme non mat&eacute;riel), que nous avons m&ecirc;me oubli&eacute; ses fondements mat&eacute;riels et la difficult&eacute; de sa naissance, au moment o&ugrave; il nous faut sans doute revenir &agrave; la question initiale de la mati&egrave;re, de la forme et de la substance. (<a href="#R16">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N17"></a>17: Ce sont ces germes qu'Aristote nomma hom&eacute;om&egrave;res.(<a href="#R17">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N18"></a>18: Le fragment 3 pr&eacute;cise:&quot;<i>Il n'existe pas de plus petit, absolument en petitesse, mais il existe toujours un plus petit (que l'objet consid&eacute;r&eacute;) (car ce qui est ne peut pas ne pas &ecirc;tre); et en grandeur, il existe toujours un objet plus grand. Ce qui est grand est &eacute;gal en nombre &agrave; ce qui est petit, et consid&eacute;r&eacute; en lui-m&ecirc;me chaque objet est &agrave; la fois grand et petit</i>.&quot;(<a href="#R18">retour au texte</a>)<br> 		</p> 		<p><a name="N19"></a>19: C'est ce point qui sera critiqu&eacute; par Platon et Aristote qui, quant &agrave; eux, donneront une description r&eacute;solument dualiste du monde. Et Aristote analysera dans ses moindres d&eacute;tails les cons&eacute;quences impliqu&eacute;es par le postulat d'existence d'un esprit dominant les causes des ph&eacute;nom&egrave;nes. (<a href="#R19">retour au texte)</a><br> 		</p> 		<p><a name="N20"></a>20: L'Ether qui appara&icirc;t ici a eu une existence beaucoup plus qu'&eacute;ph&eacute;m&egrave;re puisque les physiciens ont utilis&eacute; ses myst&eacute;rieuses propri&eacute;t&eacute;s jusqu'au d&eacute;but de ce si&egrave;cle, pour expliquer les paradoxes soulev&eacute;s par la dissym&eacute;trie des ph&eacute;nom&egrave;nes &eacute;lectro-magn&eacute;tiques.(<a href="#R20">retour au texte)</a><br> 		</p> 		<p><a name="N21"></a>21: A proprement parler, membres, parties, fragments, portions etc... mais ce sont les qualit&eacute;s sous-jacentes qui importent pour Anaxagore.(<a href="#R21">retour au texte)</a><br> 		</p> 		<p><a name="N22"></a>22: On trouve ici une source d'inspiration typiquement pythagoricienne, comme on le verra plus loin. On devrait aussi mentionner toute la culture qui donne un r&ocirc;le n&eacute;faste - sinistre - &agrave; la femme.(<a href="#R22">retour au texte)</a><br> 		<hr> 		</p> 		<p><a href="Pythagoriciens.html"><font size="4"><b>Deuxi&egrave;me chapitre: les Pytagoriciens</b></font></a><font size="4"><b><br> 		</b></font></p> 		<p> 		<table width="100%" border="0" height="90"> 			<tr> 				<td width="36%" align="center"><a href="causeries.html"><img src="../icons/atras.gif" width="40" height="40"><br> 					<b>Causeries</b></a></td> 				<td width="36%" align="center"><a href="Pythagoriciens.html"><img src="../icons/adelante.gif" width="40" height="40"><br> 					<b>Pytagoriciens</b></a></td> 				<td width="36%" align="center"><a href="../Home_HKU_P_RCL.html"><img src="../icons/logoC.jpg" width="40" height="40"><br> 					<b>Home</b></a></td> 			</tr> 		</table> 	</body>  </html>   
