<HTML> <HEAD>   <!-- Created with AOLpress/2.0 -->   <TITLE>c39 Duret</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff"> <P> &nbsp;<A HREF="pa.htm"><IMG WIDTH="147" HEIGHT="49" SRC="images/paccrou.gif"> </A>&nbsp; <A NAME="haut">&nbsp; &nbsp;</A>    <HR> <A HREF="sommrc39.htm">Le Courrier de l'environnement n&#176;39, f&eacute;vrier 2000</A> &nbsp;<IMG WIDTH="75" HEIGHT="53" ALIGN="Right" SRC="images/edbleuc.gif"> <P> <B><BIG><BIG>La cigale et l'homme</BIG></BIG><BR> <BIG><BIG>De la biologie au symbole</BIG></BIG></B><BIG><BIG><BR> </BIG></BIG> <UL>   <LI>     <B>Par &Eacute;velyne Duret</B><BR>     <SMALL>Mus&eacute;e des Alpilles, place Favier, 13210     Saint-R&eacute;my-de-Provence</SMALL> </UL> <P> <B><A HREF="#int">Introduction</A></B><BR> <B><A HREF="#cig">Cigale musicienne </A></B><BR> <B><A HREF="#viv">Vivre de ros&eacute;e</A></B><BR> <B><A HREF="#omb">Ombre et lumi&egrave;re</A></B><BR> <B><A HREF="#emb">Embl&egrave;me de la Provence</A></B> <P> <A HREF="#enc1">Encadr&eacute; 1. Les cigales, entomologiquement parlant</A><BR> <A HREF="#enc2">Encadr&eacute; 2. La cr&eacute;ation des cigales</A><BR> <A HREF="#enc3">Encadr&eacute; 3. Fables et contes</A><BR> <A HREF="#enc4">Encadr&eacute; 4. Po&eacute;sie</A> <P>   <HR> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="int">Introduction</A></B> <P> Symbole d'Apollon, de la musique et de la po&eacute;sie dans la Gr&egrave;ce antique, pr&eacute;sente dans les rites fun&eacute;raires de la Chine ancienne et aujourd'hui encore dans les c&eacute;r&eacute;monies des Indiens d'Am&eacute;rique, hiss&eacute;e depuis le XIX<SUP>e</SUP> si&egrave;cle au rang d'embl&egrave;me de la Provence par les f&eacute;libres et les fa&iuml;enciers de la r&eacute;gion, actuellement th&egrave;me privil&eacute;gi&eacute; pour des centaines de collectionneurs et support de la cr&eacute;ation de plusieurs musiciens et plasticiens : pour peu qu'on la connaisse, la cigale ne laisse pas indiff&eacute;rent. Elle pr&eacute;sente le caract&egrave;re objectivement lyrique dont Roger Caillois parle &agrave; propos de la Mante <A NAME="vu1">religieuse</A><A HREF="#1">(1)</A> et poss&egrave;de la capacit&eacute; particuli&egrave;re propre &agrave; certains animaux, objets ou images, d'attirer les projections psychologiques de l'homme.<BR> La cigale a donn&eacute; naissance &agrave; une foisonnante production litt&eacute;raire, artistique et artisanale dans laquelle peut se lire un dialogue &eacute;ternel. Car, comme tout vrai symbole, la cigale est ambivalente. &Agrave; l'image pr&eacute;dominante d'un &ecirc;tre presque divin, philosophe et artiste s'oppose celle de l'insecte paresseux, bavard et impr&eacute;voyant. &Eacute;crivains et po&egrave;tes, sculpteurs, peintres et scientifiques se r&eacute;pondent &agrave; travers les si&egrave;cles, opposant deux visions de la vie, exprimant surtout un conflit interne propre &agrave; chacun, la lutte entre les fantasmes individuels et les exigences de la vie sociale, entre le r&ecirc;ve et la r&eacute;alit&eacute;, entre la cigale et la fourmi. &Agrave; la base de la destin&eacute;e de la cigale dans l'imaginaire humain et de sa force symbolique, peut-&ecirc;tre amoindrie au moment o&ugrave; elle appara&icirc;t dans l'histoire, se trouvent les diff&eacute;rents aspects de sa vie et de son comportement. Ces diff&eacute;rents aspects sont d'autant plus frappants et fascinants qu'ils sont pour la plupart demeur&eacute;s longtemps inexpliqu&eacute;s et que, aujourd'hui encore, alors que la connaissance entomologique a fait des progr&egrave;s spectaculaires, la biologie des cigales demeure ignor&eacute;e du grand public : la majorit&eacute; des Proven&ccedil;aux contemporains pense qu'il n'en existe que deux esp&egrave;ces et uniquement dans le Midi de la France... (voir encadr&eacute; 1)<BR> Il sera question dans cet article non de v&eacute;rit&eacute; entomologique, mais de repr&eacute;sentations mentales. Au risque de choquer les sp&eacute;cialistes, je parle parfois de l'entit&eacute; cigale au singulier, car le syst&egrave;me symbolique auquel l'animal a donn&eacute; lieu s'appuie non sur les particularit&eacute;s de telle ou telle des milliers d'esp&egrave;ces existantes, mais sur leurs points communs r&eacute;els ou suppos&eacute;s : la puissance de leur chant et son lien avec la chaleur, leur fa&ccedil;on de se nourrir, la sortie de terre de la larve et sa m&eacute;tamorphose imm&eacute;diate en adulte. <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="cig">Cigale musicienne </A></B> <P> Le " chant " des cigales, puissant et permanent tout au long des journ&eacute;es chaudes dans nos r&eacute;gions, constitue leur caract&eacute;ristique la plus &eacute;vidente, celle qui a le plus frapp&eacute; les sensibilit&eacute;s. Dans un article paru en 1887, Etienne Rabaud fait &eacute;tat de la forte affection dont la cigale fut l'objet en Chine : " Les habitants du C&eacute;leste-Empire &eacute;taient litt&eacute;ralement fanatiques de notre chanteur, ils le mettaient partout, son image recouvrant les meubles, on le dessinait sur les v&ecirc;tements et l'on ne faisait point de visite sans porter avec soi un certain nombre de ces animaux. L'empereur enfin avait cr&eacute;&eacute; la charge de grand cigaliste. Le haut fonctionnaire honor&eacute; de ce titre devait fournir chaque ann&eacute;e une quantit&eacute; d&eacute;termin&eacute;e de cigales vivantes &agrave; l'empereur qui adorait son doux criquettement. "<BR> L'art et la litt&eacute;rature t&eacute;moignent de la force symbolique de la cigale en Orient (en Chine mais aussi au Japon, en Inde, en Cor&eacute;e) et dans la Gr&egrave;ce antique. Comme les habitants de la Chine imp&eacute;riale, les anciens Grecs aiment l'enfermer dans une cage d'osier pour l'&eacute;couter &agrave; loisir. Elle est, avec l'Abeille domestique, leur insecte pr&eacute;f&eacute;r&eacute;. La plupart des po&egrave;tes grecs lui consacrent des vers admiratifs et Platon, dans Ph&egrave;dre, raconte sa cr&eacute;ation par les Muses (encadr&eacute; 2).<BR> Passionn&eacute;ment &eacute;pris de musique et de po&eacute;sie, les Grecs ont tout naturellement fait de l'insecte le symbole de ces activit&eacute;s, celui de l'art et de la cr&eacute;ation en g&eacute;n&eacute;ral, symbole qui sera repris au XIXe si&egrave;cle et plus tard par Fr&eacute;d&eacute;ric Mistral et le F&eacute;librige.<BR> Les plasticiens associent cigale et musique : les illustrateurs des fables d'&Eacute;sope et de La Fontaine (lorsqu'ils ne confondent pas la cigale avec une sauterelle) ainsi que les nombreux peintres et les sculpteurs qui se sont inspir&eacute;s de leurs fables dans la deuxi&egrave;me moiti&eacute; XIXe si&egrave;cle repr&eacute;sentent la cigale de fa&ccedil;on plus ou moins r&eacute;aliste ou all&eacute;gorique, mais tenant le plus souvent un instrument de musique.<BR> G&eacute;n&eacute;ralement tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute;, le chant de notre insecte est cependant parfois qualifi&eacute; de d&eacute;sagr&eacute;able et m&ecirc;me d'insupportable, diff&eacute;rence de r&eacute;action due peut-&ecirc;tre &agrave; l'esp&egrave;ce entendue, au nombre et &agrave; la proximit&eacute; des insectes cymbalisant en ch&#156;ur, ou au temp&eacute;rament particulier de certains individus ou soci&eacute;t&eacute;s. Les Romains semble-t-il ne partageaient pas l'engouement des Grecs. Virgile en tout cas ne cachait pas sa profonde irritation : " Mais quatre heures apr&egrave;s, quand d&eacute;j&agrave; de ses chants la cigale enrou&eacute;e importune les champs " (G&eacute;orgiques) ; " Mais &agrave; moi, seul au loin suivant la trace aim&eacute;e, rien que rauque cigale et soleil &eacute;crasant " (Bucoliques). Bien plus pr&egrave;s de nous, Jean-Henri Fabre lui fait &eacute;cho dans ses Souvenirs entomologiques, parlant de la Cigale de l'orne comme d'une importune voisine qui, du lever au coucher du soleil, lui mart&egrave;le le cerveau de sa rauque symphonie. Le savant qui, on le sait, consacra une partie de son temps &agrave; l'&eacute;tude de l'insecte et se soucia de corriger les pr&eacute;tendues erreurs de <A NAME="vu2">La Fontaine</A><A HREF="#2">(2)</A>, utilisait une vieille bombarde pour faire des exp&eacute;riences sur leur ou&iuml;e, mais aussi pour tenter de les r&eacute;duire au silence.<BR> Les noms souvent onomatop&eacute;iques attribu&eacute;s &agrave; l'insecte dans diverses langues (il &eacute;mane davantage de sympathie du kihikihi maori que du ciccada romain), la litt&eacute;rature et les expressions de divers pays font &eacute;tat de ces deux attitudes. D&eacute;rang&eacute;e dans son sommeil par une cigale voisine, la chouette d'une fable d'&Eacute;sope finit, exasp&eacute;r&eacute;e, par la manger. Par contre l'&acirc;ne d'une autre des fables attribu&eacute;es au m&ecirc;me auteur, tout comme le coyote d'un conte zuni (tribu am&eacute;rindienne du Nord) ont une telle envie de chanter aussi agr&eacute;ablement que le premier en meurt et le second s'y casse les dents (encadr&eacute; 3). <P ALIGN=Center> <IMG SRC="images/c39dure1.gif" WIDTH="500" HEIGHT="318"> <P ALIGN=Center> <B><SMALL>Une cigale chante (&agrave; une fourmi) une r&eacute;clame pour un produit agroalimentaire</SMALL></B><BR> <SMALL>(buvard, repris de M. Boulard et B. Mondon, 1995)</SMALL> <P ALIGN=Left> Si le " chant " de la cigale marque tellement les esprits, ce n'est pas seulement par sa puissance, son harmonie ou au contraire son effet irritant. C'est aussi par son association avec la chaleur, l'abondance et la joie des beaux jours, avec le soleil.<BR> Embl&egrave;me d'Apollon, dieu grec des Arts et de la Lumi&egrave;re, la cigale est repr&eacute;sent&eacute;e sur certaines fa&iuml;ences proven&ccedil;ales pos&eacute;e sur un tournesol, vari&eacute;t&eacute; de l'esp&egrave;ce v&eacute;g&eacute;tale soleil. C'est cette m&ecirc;me id&eacute;e qu'a choisie Fr&eacute;d&eacute;ric Mistral pour illustrer son ex-libris : une cigale accompagn&eacute;e de la devise <I>Lou soul&egrave;u me fai canta </I>, le soleil me fait chanter.<BR> Les dictons et expressions populaires de la France m&eacute;ridionale qui font intervenir la cigale font r&eacute;f&eacute;rence pour une bonne part, comme on le verra ci-dessous, &agrave; son " chant " et l'associent le plus souvent &agrave; la chaleur, le pr&eacute;sentant selon les cas comme un synonyme de bavardage ou une expression de<A NAME="vu3"> joie</A><A HREF="#3">(3).</A><BR> <I>- Fay pas boun travay&agrave; quand la cigalo canto </I>: il ne fait pas bon travailler pendant les grandes chaleurs. Provence(a).<BR> - Il fait une chaleur de cigale : il fait tr&egrave;s chaud(a).<BR> <I>- Quand la cigalo canto en set&egrave;mbre, noun croumpes blad p&egrave;r lou rev&egrave;ndre</I> : quand la cigale chante en septembre, n'ach&egrave;te pas de bl&eacute; pour le revendre ; devant ce pr&eacute;sage d'abondance, ne pas acheter de bl&eacute; pour le revendre. Provence(a).<BR> <I>A</I> <I>coume li cigalo,in pau grata, l&eacute;ou parlo </I>: il est semblable aux cigales, pour peu qu'on le gratte, il parle. Provence(b).<BR> - <I>A li mirau creba </I>: il a les miroirs crev&eacute;s, il est aphone. Se dit aussi d'un chanteur qui manque de souffle, d'un po&egrave;te qui n'a pas d'inspiration(b).<BR> <I>- Nouyous courra une cigala </I>: ennuyeux. Nice(a).<BR> - <I>Relnena lou quie&ugrave; coume uno cigalo</I> : tortiller du derri&egrave;re, par coquetterie, comme une cigale. Allusion &agrave; certaines esp&egrave;ces dont l'abdomen oscille pendant le chant(b).<BR> <I>- Fan ripalha d'un ginoulhet d&eacute; cigalo</I> : ils font ripaille avec une patte de cigale, ils n'ont pas grand chose &agrave; manger. Haute-Garonne(a).<BR> <I>- Un cigau </I>: une rasade de vin. Provence(a).<BR> - <I>Ganta la cigalo </I>(attraper la cigale), s'encigala (s'encigaler) : s'enivrer, parce que l'ivresse fait chanter. Provence(b).<BR> <I>- Es de ra&ccedil;o d&eacute; cigalo </I>: il est paresseux. Gard(a).<BR> - <I>Testo d&egrave; cigalo</I>, f., cigaou, m., cigal&eacute;, m. : t&ecirc;te l&eacute;g&egrave;re, nigaud. Gard, H&eacute;rault(a).<BR> <I>- Pour faire passer les engelures, il faut leur faire chanter des cigales dessus </I>: il faut le retour de la chaleur. Gard(a).<BR> <I>- On dit aux enfants que leurs engelures passeront avec de la pommade de cigale</I> : avec le retour de la chaleur. Marseille(a).<BR> <I>- A d'ac&ocirc; di cigalo, noun fai que canta </I>: il est comme les cigales, il ne fait que chanter. Se dit d'une personne gaie(a).<BR> <I>- Fusa coume uno cigalo qu'a la paio au qui&eacute;u</I> : s'enfuir comme une cigale qui a la paille au derri&egrave;re. Allusion au jeu d'enfants qui consiste &agrave; planter une paille au derri&egrave;re des cigales avant de les rel&acirc;cher(b).<BR> L'argot lui-m&ecirc;me n'ignore pas l'insecte musicien : pour lui une cigale est une chanteuse de rue ou bien une pi&egrave;ce d'or (par abr&eacute;viation : cigue) : quand on la fait sonner elle chante comme une cigale(b). <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="viv">Vivre de ros&eacute;e</A></B> <P> Le " chant " de la cigale semble &ecirc;tre la seule occupation de l'insecte. Nourri de s&egrave;ve il ne passe pas, comme la plupart des autres animaux, la majeure partie de son temps en qu&ecirc;te de nourriture, on ne le voit jamais grignoter une feuille ou se jeter sur une proie. " Je ne suis rien d'autre qu'une voix ", dit-il au paysan d'une autre fable grecque. L'image de la cigale heureuse, gaie, insouciante des contingences mat&eacute;rielles, s'est d'autant mieux superpos&eacute;e avec celle, respect&eacute;e ou d&eacute;nigr&eacute;e, du cr&eacute;ateur exclusivement concentr&eacute; sur les choses de l'art et de l'esprit que la croyance demeura longtemps vivace selon laquelle la cigale se nourrissait de ros&eacute;e (et accessoirement de vent). Ce r&eacute;gime &eacute;tonnant, l'une des composantes de la nature presque divine de la cigale, est au centre d'une partie des textes grecs la concernant, fables d'&Eacute;sope r&eacute;sum&eacute;es plus haut, par exemple, ou po&egrave;me d'Anacr&eacute;on (encadr&eacute; 4).<BR> Deux mythes grecs soulignent &eacute;galement la parent&eacute; des cigales avec le monde surnaturel. C'est celui, &eacute;voqu&eacute; plus haut, qui raconte la cr&eacute;ation des cigales par les Muses leur accordant de vivre sans manger ni boire... C'est aussi l'histoire d'&Eacute;os, d&eacute;esse de l'aube tomb&eacute;e amoureuse d'un mortel, Tithon, pour lequel elle obtint le privil&egrave;ge de l'immortalit&eacute;, oubliant de demander en m&ecirc;me temps celui de la jeunesse. Voyant son amant tomber en d&eacute;cr&eacute;pitude et en s&eacute;nilit&eacute;, elle transforma finalement le vieil homme en cigale ! <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="omb">Ombre et lumi&egrave;re</A></B> <P> Au myst&egrave;re ancien du mode de nutrition de la cigale s'ajoute celui de l'apparition de la larve sortant de terre qui a fait croire &agrave; une g&eacute;n&eacute;ration spontan&eacute;e. La connaissance de la longue vie souterraine de cette larve et de ses multiples transformations confront&eacute;e &agrave; l'observation de sa courte mais brillante existence d'adulte a&eacute;rien n'est pas moins propice &agrave; l'accroche symbolique. La vie de la cigale mat&eacute;rialise l'opposition compl&eacute;mentaire entre le monde obscur de la terre et la lumi&egrave;re, couple essentiel de bien des mythologies.<BR> Pour les Indiens Hopi vivant sur les hauts plateaux de l'Arizona, la plupart des puissances surnaturelles sont d&eacute;nomm&eacute;es Kachina. Ces &ecirc;tres figurant le cosmos, interm&eacute;diaires entre les Esprits et les Terriens, sont g&eacute;n&eacute;ralement bienveillants &agrave; l'&eacute;gard de ces derniers, leur apportant la pluie et des r&eacute;coltes abondantes.<BR> Le vocable Kachina s'applique &agrave; la fois &agrave; ces puissances transcendantales, aux hommes masqu&eacute;s qui les personnifient lors des c&eacute;r&eacute;monies et aux poup&eacute;es alors offertes aux femmes et aux enfants (figure ci-dessous). Copies conformes des danseurs masqu&eacute;s, elles poss&egrave;dent un r&ocirc;le p&eacute;dagogique en favorisant l'enseignement de la Tradition, et renferment un &eacute;l&eacute;ment magique, prot&eacute;geant les demeures &agrave; l'int&eacute;rieur desquelles elles sont solennellement accroch&eacute;es. Sauf exception, masques et poup&eacute;es rituelles n'ont aucune apparence animale. Symboles g&eacute;om&eacute;triques, ils expriment le sacr&eacute;.<BR> L'un de ces Kachina se nomme Mahu : cigale. Suivant le rythme biologique de l'insecte, le Kachina-cigale se manifeste au cours de c&eacute;r&eacute;monies nocturnes se d&eacute;roulant en d&eacute;cembre dans des chambres souterraines, ainsi qu'&agrave; la fin du printemps, au moment m&ecirc;me o&ugrave; les vraies cigales apparaissent, dans des danses o&ugrave; il accompagne les Kachina qui apportent la pluie. <P ALIGN=Center> <IMG SRC="images/c39duret.gif" WIDTH="150" HEIGHT="307"> <P ALIGN=Center> <B><SMALL>Kachina-Cigale <BR> </SMALL></B><SMALL>poup&eacute;e rituelle, tribu am&eacute;rindienne Hopi vers 1940-1950. Coll. prof. Horst Aantes.<BR> Dessin CB, d'apr&egrave;s photo de l'auteur.</SMALL> <P ALIGN=Left> Au IIe si&egrave;cle avant J.-C., peut-&ecirc;tre avant, les anciens Chinois posaient une amulette en forme de cigale sur la bouche des morts avant de les mettre en terre. En r&eacute;f&eacute;rence aux liens de l'insecte avec le monde souterrain, &agrave; la derni&egrave;re m&eacute;tamorphose de la larve dont la carapace s'ouvre pour lib&eacute;rer l'adulte qui bient&ocirc;t s'envole laissant derri&egrave;re lui une enveloppe vide... La religion tao&iuml;ste a fait de la cigale l'image de l'&acirc;me d&eacute;gag&eacute;e du corps.<BR> Nous n'avons pu rep&eacute;rer aucune trace de la vie symbolique de la cigale sur le continent africain, aucune repr&eacute;sentation artistique de cigale dans la civilisation &eacute;gyptienne ancienne. Seule trace dont nous n'avons cependant pu obtenir confirmation : selon Nostradamus, un hi&eacute;roglyphe en forme de cigale figurait l'id&eacute;e d'homme <A NAME="vu4">mystique</A><A HREF="#4">(4).</A><BR> Le Moyen &Acirc;ge europ&eacute;en demeure lui aussi dans l'ombre, si ce n'est la mention par quelques auteurs, mais sans indication de leurs sources, de la broche en forme de cigale qu'auraient port&eacute;e les troubadours.<BR> Les consid&eacute;rations qui pr&eacute;c&eacute;dent montrent cependant l'ampleur de l'int&eacute;r&ecirc;t des hommes pour la cigale et de son &eacute;cho dans l'imaginaire, &agrave; la fois dans l'espace et dans le temps, dans les civilisations m&eacute;diterran&eacute;ennes et orientales autant que chez les indiens d'Am&eacute;rique et les peuples oc&eacute;aniens. Une enqu&ecirc;te plus syst&eacute;matique et approfondie que celle, modeste, que nous avons men&eacute;e, bas&eacute;e sur les &eacute;crits dont nous avons pu disposer, r&eacute;v&eacute;lerait &agrave; coup sur une importance bien plus grande encore que celle que nous pouvons d'ores et d&eacute;j&agrave; constater.<BR> Le processus selon lequel la cigale est devenue, entre le XIXe et le XXe si&egrave;cle, le symbole de la Provence contemporaine est par contre pour nous plus facile &agrave; suivre. <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="emb">Embl&egrave;me de la Provence</A></B> <P> Dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; le surnaturel a largement c&eacute;d&eacute; le pas &agrave; une vision rationalisante du monde, le fonctionnement de la cigale, m&ecirc;me correctement compris, demeure &eacute;mouvant, incite aux consid&eacute;rations philosophiques et aux d&eacute;veloppements lyriques. &Agrave; l'ing&eacute;niosit&eacute; technique de sa larve et de son appareil musical, au spectaculaire de sa m&eacute;tamorphose s'ajoutent des traits qui suscitent l'int&eacute;r&ecirc;t et attirent g&eacute;n&eacute;ralement la sympathie.<BR> Inoffensive et vuln&eacute;rable, la t&ecirc;te large et grosse par rapport &agrave; un corps aux proportions cependant harmonieuses et d'une forme ais&eacute;ment stylisable (particuli&egrave;rement lorsqu'elle est vue de dessus, les ailes repli&eacute;es, ainsi qu'elle est la plupart du temps repr&eacute;sent&eacute;e), elle poss&egrave;de certaines des qualit&eacute;s qui, chez l'enfant et le jeune animal, inclinent l'homme &agrave; l'attendrissement. La discr&eacute;tion de sa couleur variable selon les esp&egrave;ces et leur environnement respectif rejoint le d&eacute;sir humain toujours vivant de fusion avec la nature. Quasiment invisible mais proche et bruyante, elle attire l'attention et force la curiosit&eacute;. Elle est aussi synonyme de vacances estivales et ensoleill&eacute;es.<BR> Cependant des milliers d'esp&egrave;ces de cigales vivent et cymbalisent sous le soleil de la plupart les r&eacute;gions chaudes de la <A NAME="vu5">terre</A><A HREF="#5">(5).</A> Comment l'insecte s'est-il tout particuli&egrave;rement attach&eacute; &agrave; l'image d'une partie de la France, la Provence, dont il n'est &agrave; l'&eacute;vidence pas la seule caract&eacute;ristique et qui est loin d'en poss&eacute;der l'exclusivit&eacute; ?<BR> &Agrave; l'origine de ce ph&eacute;nom&egrave;ne se trouve le F&eacute;librige, importante association de d&eacute;fense de la langue et des traditions des pays de langue d'Oc (dont la Provence) cr&eacute;&eacute;e en 1854 &agrave; l'initiative de Fr&eacute;d&eacute;ric Mistral (Maillane, Bouches-du-Rh&ocirc;ne,1830-1914), &eacute;crivain dont Mireille constitue l'&#156;uvre ma&icirc;tresse et qui obtint, en 1904, le prix Nobel (et " &eacute;pingl&eacute; " ci-dessous). <P> <P ALIGN=Center> <IMG SRC="images/c39dure2.gif" WIDTH="250" HEIGHT="302"><BR> <B><SMALL>Cigalia mistralica gloriosa </SMALL></B><BR> <SMALL>Dessin A. Barr&egrave;re, extrait de Fantasio, 15.XI.1913. Coll. Palais du Roure, Avignon.</SMALL> <P ALIGN=Left> Le F&eacute;librige se r&eacute;f&egrave;re couramment &agrave; l' Antiquit&eacute; grecque, avec laquelle elle partage l' amour des arts et de la litt&eacute;rature et dont il a repris l'un des symboles, la cigale qui, comme nous l'avons vu plus haut, figure sur l'ex-libris de Mistral. L'insecte est, avec l'&eacute;toile &agrave; sept branches et la pervenche, l'un des insignes des F&eacute;libres. I1 aurait pu le demeurer si les fa&iuml;enciers proven&ccedil;aux ne l'avaient pas fait sortir du cercle relativement ferm&eacute; des d&eacute;fenseurs des traditions du Sud de la France, tout en l'associant plus pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la zone proven&ccedil;ale.<BR> I1 y a un peu plus de cent ans, en 1895, la puissante Soci&eacute;t&eacute; G&eacute;n&eacute;rale des Tuileries de Marseille commande &agrave; Louis Sicard, fa&iuml;encier &agrave; Aubagne (1871-1946), la cr&eacute;ation d'un cadeau d'entreprise &eacute;voquant la Provence. Louis Sicard mod&egrave;le alors un presse-papier original, une cigale de 11 cm pos&eacute;e sur une branche d'olivier et accompagn&eacute;e de la devise mistralienne Lou soul&egrave;u me fai canta, que les Tuileries de Marseille exp&eacute;dient &agrave; leurs clients dans le monde entier. Louis Sicard r&eacute;duit ensuite sa cigale, cr&eacute;ant L'&eacute;l&eacute;gante (5/6 cm) dont il fait des broches, qu'il pose sur des vases, cendriers, tasses et autres objets d&eacute;coratifs ou usuels. Il imagine une s&eacute;rie de porte-bouquets, de 11 &agrave; 33 cm, &agrave; accrocher au mur d'une cuisine ou sur la fa&ccedil;ade des maisons. Apr&egrave;s la mort de Louis, ses fils Georges et surtout Th&eacute;o, puis Christian, fils de Georges, continuent &agrave; faire vivre la Maison Sicard, reprise en 1976 par des amis de la famille, Sylvette et Raymond Amy.<BR> Depuis le d&eacute;but du si&egrave;cle de nombreux fa&iuml;enciers se sont inspir&eacute;s des cigales Sicard. Jusqu'&agrave; 1950 environ des pi&egrave;ces uniques ou de s&eacute;rie, production de qualit&eacute; destin&eacute;e &agrave; une client&egrave;le essentiellement locale, sont sorties notamment de la Fa&iuml;encerie de Saint-Jean-du-D&eacute;sert, de la Maison Massier &agrave; laquelle Vallauris doit sa r&eacute;putation, des ateliers Pichon &agrave; Uz&egrave;s, Fouque &agrave; Aix-en-Provence...<BR> Le d&eacute;veloppement du tourisme en Provence a ensuite encourag&eacute; une fabrication de masse en grande partie issue de Vallauris, et entra&icirc;n&eacute; le recul ou la chute des fa&iuml;enceries artisanales de renom.<BR> Suit une p&eacute;riode de d&eacute;sint&eacute;r&ecirc;t pour les fa&iuml;ences &agrave; d&eacute;cor de cigale jusqu'&agrave; ce que, vers fin des ann&eacute;es 1980, les collectionneurs commencent &agrave; les consid&eacute;rer avec int&eacute;r&ecirc;t. Ils sont aujourd'hui plus de six cents, locaux ou &eacute;trangers amoureux de la r&eacute;gion, &agrave; rechercher avec passion ces fa&iuml;ences ou des repr&eacute;sentations de l'insecte en d'autres mat&eacute;riaux (bijoux, objets en bak&eacute;lite, etc.) dont la cote, &agrave; l'image de celle de la Provence, ne cesse de grimper.<BR> Un second mouvement se fait jour depuis quelques ann&eacute;es : si la cigale n'inspire plus de cr&eacute;ation originale dans le milieu fa&iuml;encier except&eacute; chez quelques artisans, elle a fait irruption dans le travail de graphistes, plasticiens ou <A NAME="vu6">musiciens</A><A HREF="#6" NAME="vu6">(6).</A><BR> L'embl&egrave;me emprunt&eacute; &agrave; l'Antiquit&eacute; grecque et mis en avant par une partie de la population locale s'est diffus&eacute; en m&ecirc;me temps que la production fa&iuml;enci&egrave;re r&eacute;gionale. Confort&eacute;e par son succ&egrave;s aupr&egrave;s d'une population touristique et secondaire toujours plus importante, la cigale a &eacute;t&eacute; agr&eacute;&eacute;e &agrave; la fois par l'ensemble des habitants de la Provence et par ses visiteurs. Ce consensus entretient la vitalit&eacute; d'un symbole qui a &eacute;volu&eacute; en fonction des changements de mentalit&eacute;, sociaux et culturels. Mais &agrave; la base de cette &eacute;volution on retrouve les caract&eacute;ristiques physiques d'un insecte propres &agrave; impressionner l'esprit humain, aptes &agrave; servir de base &agrave; l'expression de ses aspirations et de ses pr&eacute;occupations les plus profondes. <P ALIGN=Left> <IMG SRC="images/edvertp.gif" WIDTH="84" HEIGHT="61"><A HREF="#haut">[R]</A>   <HR> <B>Notes</B><BR> <BR> <A NAME="1"><SMALL>1</SMALL></A><SMALL> Caillois R., 1972. Le mythe et l'homme. Gallimard, Paris.<A HREF="#vu1">[VU]</A><BR> <A NAME="2">2</A> Outre La cigale et la fourmi, dont au XVIIe si&egrave;cle Jean de La Fontaine s'est inspir&eacute;, plusieurs des fables attribu&eacute;es &agrave; &Eacute;sope font intervenir la Cigale. Selon l'id&eacute;e que ce fabuliste, Grec &agrave; demi l&eacute;gendaire qui aurait v&eacute;cu aux VIIe-VIe si&egrave;cles av. J.-C., <BR> entend souligner, le r&ocirc;le de l'insecte est bon ou mauvais. L'irrespect d'&Eacute;sope et de La Fontaine &agrave; l'&eacute;gard de la v&eacute;rit&eacute; biologique (les cigales ne vivent pas l'hiver et ne mangent pas de bl&eacute;) a probablement &eacute;t&eacute; dict&eacute; non par l'ignorance mais par le simple besoin, &agrave; des fins moralistes, de faire se rencontrer une cigale et une fourmi pendant la mauvaise saison.<A HREF="#vu2">[VU]</A><BR> <A NAME="3">3</A> Ces dictons sont repris de deux sources :<BR> a) Eug&egrave;ne Rolland, Faune populaire de la France, noms vulgaires, dictons, proverbes, l&eacute;gendes, contes et superstitions, Paris, Maisonneuve et Larose, 1967, t. XIII, Les Insectes.<BR> b) Charles Galtier, La Cigale, revue Camariguo, n&#176;66.<A HREF="#vu3">[VU]</A><BR> <A NAME="4">4 </A>Nostradamus : Interpr&eacute;tation des Hi&eacute;roglyphes de Horapollo, texte in&eacute;dit d&eacute;couvert par Pierre Rollet qui l'a publi&eacute; aux &eacute;ditions Ramoun-Berengui&eacute; (Aix-en-Provence, 1968). Information fournie par Charles Galtier dans son article " La cigale ", revue Camariguo, n&#176;56.<A HREF="#vu4">[VU]</A><BR> <A NAME="5">5</A> Michel Boulard : Les Cigales de la France m&eacute;diterran&eacute;enne. In M. Boulard &amp; B. Mondon : Vies et M&eacute;moires de Cigales. &Eacute;quinoxe, Barbantane, 1996.<A HREF="#vu5">[VU]</A><BR> <A NAME="6">6</A> Citons Michel Biehn (Colors of Provence), Knud Victor (La symphonie du Lub&eacute;ron) ou encore Jean-Pierre Ive, plasticien styliste. <A HREF="#vu6">[VU]</A></SMALL><BR> <A HREF="#haut">[R]</A>    <HR> <P> Article paru dans <I>&Eacute;cole pratique des hautes &eacute;tudes, Biol. &Eacute;vol. Insectes</I>, 11/12, 1998/1999, 3-18. Repris avec l'aimable autorisation de la revue. <P> <BR> <SMALL>Pour en savoir (beaucoup) plus : <BR> Michel Boulard et Bernard Mondon<BR> Vie et m&eacute;moires de cigales<BR> 1995, &eacute;d. de L'&Eacute;quinoxe, 159 p. + CD<BR> Repris du <I>Courrier</I> n&#176; 38, novembre 1999, p. 123, rubrique On signale.<BR> <BR> [&#133;] se plonger dans l'ouvrage, agr&eacute;able et tr&egrave;s bien illustr&eacute;, en trois parties : un portrait entomologique des 16 esp&egrave;ces fran&ccedil;aises par M. Boulard ; puis les d&eacute;couvertes litt&eacute;raires, historiques, artistiques, folkloriques de son comp&egrave;re auteur B. Mondon ; enfin un disque compact de cymbalisations (c'est l'expression consacr&eacute;e) des cigales, r&eacute;alis&eacute; avec A.-J. Andrieux.</SMALL> <P> <SMALL>&Eacute;ditions de L'&Eacute;quinoxe<BR> Domaine de Fontgisclar, Draille-de-Magne, 13570 Bar</SMALL>bentane.<BR> T&eacute;l. : 04 90 94 98 71 ; fax : 04 90 94 98 68.<BR> <BR> <SMALL>Pour &eacute;couter d'autres cymbalisations :<BR> Un tr&egrave;s bon site Internet cr&eacute;&eacute; par le Mus&eacute;um d'histoire naturelle de Slov&eacute;nie (prof.dr. Matija Gogala et prof.dr. Andrej Popov) : <A HREF="http://www2.arnes.si/~ljprirodm3/cikade.html">www2.arnes.si/~ljprirodm3/cikade.html</A></SMALL> <P> <SMALL><B>La page des <A HREF="http://www.inra.fr/OPIE-Insectes/stridu.htm">Stridulations </A>du site OPIE-Insectes.</B></SMALL><BR> <BR> Et pour ne pas oublier ses classiques, la fable, en argot <P> Ayant goual&eacute; tout l'&eacute;t&eacute;,<BR> Avec les poteaux du loinqu&eacute;,<BR> La cigal' n'eut plus un p&eacute;lot,<BR> Quand radina le temps frigo,<BR> pas un loubem de brignolet,<BR> A se carrer sous les crochets.<BR> Ell' bagota en sourdine,<BR> Chez la fourmuch' sa copine ;<BR> La pilonnant en louced&eacute;<BR> De lui refiler &agrave; croquer<BR> Car elle avait les chocottes.<BR> -Nous avons toujours &eacute;t&eacute; potes<BR> Lui bonit-elle en chialant ;<BR> Ce n'est pas du boniment.<BR> -La fourmuche, une vraie tordue<BR> R&eacute;pondit : " Tu n'a que pouic.<BR> Qu'as-tu fabriqu&eacute; de ton fric,<BR> Pour &ecirc;tre aujourd'hui si loqu'due ? "<BR> -Toutes les neuill's, dans les beuglants,<BR> Je goualais avec les aminches.<BR> -Et bien maint'nant, cavale au guinche.<BR> L'illustration ci-dessous est reprise du Larousse agricole (1921) <P> <IMG SRC="images/edbleu13.gif" WIDTH="84" HEIGHT="61"> <P>   <HR> <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="enc1">Encadr&eacute; 1. Les cigales, entomologiquement parlant</A></B> <P ALIGN=Center> <IMG SRC="images/c39dure3.gif" WIDTH="300" HEIGHT="273"> <B><SMALL></SMALL></B> <P ALIGN=Center> <B><SMALL>Cigale</SMALL></B><SMALL> : A. nymphe ; B. organe de stridulation du m&acirc;le</SMALL> <P> Insectes de l'ordre des H&eacute;mipt&egrave;res (anciennement Homopt&egrave;res), du sous-ordre des Auch&eacute;norhynches (rostre ins&eacute;r&eacute; en avant des pattes ant&eacute;rieures), de la super-fa-mille des Cicadoidea, de la famille des Cicadid&eacute;s.<BR> Les cigales se nourrissent de la s&egrave;ve des v&eacute;g&eacute;taux gr&acirc;ce &agrave; un appareil buccal perforant constitu&eacute; d'un ros-tre (labium) et de stylets qui p&eacute;n&egrave;trent dans les tissus de la plante et y pr&eacute;l&egrave;vent la s&egrave;ve. <BR> L'adulte ail&eacute; (2 paires d'ailes membraneuses), a&eacute;rien, vit relativement peu de temps (1 mois pour les cigales de France). Il se voit assez difficilement mais s'entend bien : le m&acirc;le, en effet, pour appeler une femelle, " craquette ", se servant de son appareil &eacute;metteur, des plaques abdominales (cymbales) qui vibrent et dont le son est amplifi&eacute; par une caisse de r&eacute;sonance qui oc-cupe presque tout son abdomen. La femelle poss&egrave;de au m&ecirc;me endroit des tympans rudimentaires qui lui per-mettent d'entendre la " cymbalisation " du m&acirc;le - et aucun autre son, comme l'a montr&eacute; Fabre. <BR> La larve est tr&egrave;s discr&egrave;te : elle se d&eacute;veloppe lentement, en 2 ans au moins, dans le sol. Elle y ponctionne les ra-cines, creusant gr&acirc;ce &agrave; ses pattes ant&eacute;rieures fouisseu-ses, s'agrippant avec les 4 autres. Pour attaquer le sol m&eacute;diterran&eacute;en, souvent sec, la cigale utilise son urine, dont elle humecte le front de sa galerie ; elle fait passer la terre ainsi ameublie et compact&eacute;e derri&egrave;re elle, ce qui bouche et &eacute;taye son boyau. <BR> Parvenue au terme du dernier stade larvaire, elle sort, gagne un support (tige de thym, de romarin, gramin&eacute;e) o&ugrave;, rapidement (1/4 d'heure), elle mue, laissant son an-cienne cuticule (l'exuvie) accroch&eacute;e l&agrave;. Encore 3 heures de s&eacute;chage-durcissement - une phase &agrave; haut risque, les pr&eacute;dateurs, des fourmis aux oiseaux, s'en r&eacute;galant tr&egrave;s volontiers - et l'insecte parfait (l'imago) peut s'envoler et chanter (privil&egrave;ge du m&acirc;le, rappelons-le). <BR> La femelle f&eacute;cond&eacute;e pondra dans les tissus d'une plante quelques centaines d'&#156;ufs d'o&ugrave; &eacute;cloront de toutes peti-tes larves (1 mm de long) qui se laisseront tomber au sol et s'enfouiront. Le cycle recommencera. <BR> Les entomologistes ont d&eacute;nombr&eacute; 17 esp&egrave;ces fran&ccedil;ai-ses. Dans le Luberon, il en existe 8.<BR> " Qui ne conna&icirc;t pas la Gande Pl&eacute;b&eacute;ienne (Lyristes ple-bejus) noire et grise, la plus grosse de nos cigales, ou Cicada orni, le fameux " Cacan " de Jean-Henri Fabre dont l'extr&eacute;mit&eacute; des ailes est mouchet&eacute;e. Moins connue sont la Cigale noire (Cicada atra) et la toute petite Cigale pygm&eacute;e (Tettigetta pygmea) qui, bien qu'aussi fr&eacute;quente que les pr&eacute;c&eacute;dentes, est plus discr&egrave;te par sa taille et son chant. Les autres esp&egrave;ces plus d&eacute;licates &agrave; localiser et &agrave; reconna&icirc;tre restent l'affaire des sp&eacute;cialistes. " (Claude Favet, 1998. Le Luberon des insectes, &Eacute;disud, 119 p.)<BR> A.F. <P>   <HR> <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="enc2">Encadr&eacute; 2. La cr&eacute;ation des cigales</A></B> <P> Jadis les cigales &eacute;taient des hommes, de ceux qui existaient avant la naissance des Muses. Puis, quand les Muses furent n&eacute;es et qu'on eut la r&eacute;v&eacute;lation du chant, il y en eut alors, parmi les hommes de ce temps, qui furent &agrave; ce point mis par le plaisir hors d'eux-m&ecirc;mes, que de chanter leur fit omettre le manger et le boire, et qu'ils tr&eacute;pass&egrave;rent sans eux-m&ecirc;mes s'en douter ! Ce sont eux qui, &agrave; la suite de cela, ont &eacute;t&eacute; la souche de la gent Cigale. Elle a des Muses re&ccedil;u le privil&egrave;ge de n'avoir, une fois n&eacute;e, aucun besoin de se nourrir, et de se mettre cependant, estomac vide et gosier sec, tout de suite &agrave; chanter jusqu'&agrave; l'heure du tr&eacute;pas, et puis apr&egrave;s d'aller trouver les Muses pour leur rapporter qui les honore ici-bas et &agrave; laquelle d'entre elles va cet hommage. Ainsi, &agrave; Terpsichore, c'est sur les hommes qui l'ont honor&eacute;e dans le ch&#156;ur de danse que les cigales font leur rapport, lui inspirant pour eux de la pr&eacute;dilection ; &agrave; &Eacute;rato, sur ceux dont les mati&egrave;res d'amour sont l'occupation ; et aux autres de m&ecirc;me, selon la fa&ccedil;on dont chacune est sp&eacute;cialement honor&eacute;e.<BR> Platon <P>   <HR> <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="enc3">Encadr&eacute; 3. Fables et contes</A></B> <P> L'&acirc;ne et la cigale, fable d'&Eacute;sope<BR> Un &acirc;ne qui enviait le talent musical de la cigale, pensant que les dons sont li&eacute;s au r&eacute;gime alimentaire, lui demanda de quoi elle se nourrissait. Apprenant qu'elle absorbait seule-ment de la ros&eacute;e, l'&acirc;ne fit de m&ecirc;me et tr&egrave;s vite mourut.<BR> (r&eacute;sum&eacute; d'apr&egrave;s Myers, 1929, Insect singers, p. 28) <P> La cigale et le hibou, fable d'&Eacute;sope<BR> Un hibou fut tir&eacute; de son sommeil par le chant incessant d'une cigale pos&eacute;e &agrave; proximit&eacute;. Comme, malgr&eacute; ses mena-ces, la musique continuait, il opta pour une autre m&eacute;thode. Il proposa &agrave; la Cigale une boisson d&eacute;licieuse, un v&eacute;ritable nectar. Tent&eacute;e par cette diversion &agrave; son r&eacute;gime de ros&eacute;e, la Cigale s'approcha, fut happ&eacute;e et tu&eacute;e. <BR> (d'apr&egrave;s Myers, 1929, Insect singers, p. 28) <P> La cigale et le coyote, conte zuni<BR> Une cigale qui chantait sur une branche, " tchumali, tchu-mali, tchumali, shokhoya, tchumali, tchumali ! " excita la fervente admiration d'un coyote. Celui-ci demanda &agrave; la ci-gale de venir chez lui et de devenir son professeur de chant. Peu dou&eacute;, le coyote finit pourtant par apprendre l'air. Mais alors qu'il m&eacute;ditait sur cette nouvelle acquisition, il tr&eacute;bucha, tomba, et oublia la chanson. Deux fois l'accident arriva et le coyote retourna voir son professeur perch&eacute; sur une branche. La deuxi&egrave;me fois, la cigale d&eacute;cida de lui donner un autre genre de le&ccedil;on. S'agrippant fortement &agrave; l'&eacute;corce de branche, elle for&ccedil;a et gonfla jusqu'&agrave; ce que son dos se fende. Elle quitta sa pr&eacute;c&eacute;dente peau qui demeura accroch&eacute;e &agrave; l'arbre, gardant sa forme et sa position. La cigale glissa alors un galet dans la peau abandonn&eacute;e et vola jusqu'&agrave; un arbre proche, laissant derri&egrave;re elle son image exacte, une image qui cependant ne r&eacute;pondait pas aux requ&ecirc;tes du coyote. &Agrave; bout de patience, ce dernier, d'un bond, saisit la fausse ci-gale, planta ses dents dans la pierre, les &eacute;crasant et les bri-sant de sorte que l'on pouvait &agrave; peine voir celles du milieu de ses m&acirc;choires tandis que les autres sortaient comme des d&eacute;fenses. Tous les descendants du coyote ont h&eacute;rit&eacute; de ces dents bris&eacute;es. Et aujourd'hui encore, quand les cigales s'aventurent &agrave; chanter un matin d'&eacute;t&eacute;, il n'est pas rare qu'elles se prot&egrave;gent en se d&eacute;pe&ccedil;ant et en laissant leur double dans les arbres.<BR> (transcrit en 1901 par Cushing, r&eacute;sum&eacute; d'apr&egrave;s Myers) <P>   <HR> <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <B><A NAME="enc4">Encadr&eacute; 4. Po&eacute;sie</A></B> <P> Que ton sort est charmant, trop heureuse Cigale !<BR> Tu t'abreuves et vis de l'eau <BR> Que verse l'aube matinale, <BR> Et chantes tout le jour sur le haut d'un rameau.<BR> De l&agrave; contemplant la richesse, <BR> Dont P&ocirc;mone couvre les champs, <BR> N'en disposes-tu pas en paisible Ma&icirc;tresse ?<BR> Les laboureurs aiment tes chants ; <BR> A personne jamais tu n'as fait de dommage.<BR> Tout le monde, &agrave; t'ouir, y voit l'heureux pr&eacute;sage <BR> Des f&eacute;condes chaleurs qui m&ucirc;rissent les fruits.<BR> Ph&#156;bus et ses s&#156;urs te ch&eacute;rissent.<BR> Il t'a donn&eacute; la voix qui charme tes ennuis.<BR> Jamais les ans ne te fl&eacute;trissent.<BR> O Fille de la Terre au chant m&eacute;lodieux !<BR> Cigale, sage et bienfaisante, <BR> Tu vis sans chair, ni sang, de maladie exempte.<BR> Que te faut-il encor pour ressembler aux Dieux ?<BR> Anacr&eacute;on <P> <A HREF="#haut">[R]</A> <P>   <HR> <P> &nbsp;<A HREF="pa.htm"><IMG WIDTH="147" HEIGHT="49" SRC="images/paccrou.gif"></A><IMG     SRC="images/edbleu7.gif" WIDTH="84" HEIGHT="61" ALIGN="Right"> <P> <P> <P> <P> <P> <P> <P> <P> <P> </BODY></HTML> 
