<HTML> <HEAD>  <TITLE>COURS DE LANGUE GRECQUE, I</TITLE>  </HEAD> <BODY LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#FFFFFF">  <B><FONT SIZE=3><P ALIGN="CENTER">COURS DE LANGUE GRECQUE, I</P> </B></FONT> <table width="95%" align="center"><tr><td> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Ces cours s'adressent &agrave; toute personne d&eacute;sireuse d'apprendre le grec ancien, qu'il s'agisse d'un jeune &eacute;l&egrave;ve au coll&egrave;ge ou lyc&eacute;e, ou bien d'un adulte qui chez lui &eacute;prouve cette curiosit&eacute;, voire m&ecirc;me un &eacute;tudiant qui d&eacute;sire compl&eacute;ter ses connaissances de base. Cela veut dire que l'on &eacute;vitera ici les allusions ou les discussions savantes. Selon les r&eacute;actions, on pourra, parfois, les donner en annexe; mais ce devrait &ecirc;tre exceptionnel. Il est clair, d'autre part, que les personnes suivant ce cours devraient &ecirc;tre munies et d'une grammaire et d'un dictionnaire afin de revoir et compl&eacute;ter les renseignements qui leur seront fournis. Cette grammaire ou ce dictionnaire peuvent &ecirc;tre n'importe lesquels; des indications bibliographiques fourniront au fur et &agrave; mesure les listes des livres utilisables. Les indications donn&eacute;es ici serviront &agrave; &eacute;clairer le contenu des livres, &agrave; guider celui qui apprend le grec ancien et &agrave; ouvrir pour lui des perspectives.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Et d'abord, qu'est-ce que la langue grecque? Et quels sont les caract&egrave;res qui en font l'originalit&eacute; et le prix?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Le grec appartient au groupe tr&egrave;s important des langues indo-europ&eacute;ennes dont font partie, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de beaucoup d'autres, le sanskrit ou bien le latin qui est une langue jumelle du grec. On trouve aussi en grec, et m&ecirc;me en grec tr&egrave;s ancien, des mots qui semblent appartenir &agrave; un vocabulaire diff&eacute;rent et local; ce sont des emprunts; peut-&ecirc;tre est-ce le cas du mot qui d&eacute;signe la mer (<I>thalassa</I>). Mais ce sont l&agrave; des cas plut&ocirc;t rares.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;D&eacute;j&agrave; par son histoire, la langue grecque se distingue de fa&ccedil;on &eacute;blouissante. Les textes litt&eacute;raires de la Gr&egrave;ce antique commencent au VIII&egrave;me si&egrave;cle av. J.-C.; et c'est en ce si&egrave;cle aussi que les Grecs semblent avoir red&eacute;couvert l'&eacute;criture. C'est le si&egrave;cle o&ugrave; l'on place Hom&egrave;re. Mais on a trouv&eacute; des inscriptions beaucoup plus anciennes, &eacute;crites avec une &eacute;criture que l'on ne pouvait pas lire et dont, jusqu'au milieu de notre si&egrave;cle &agrave; nous, on ne savait m&ecirc;me pas si c'&eacute;tait du grec. Or, la d&eacute;couverte des savants Ventris et Chadwick a soudain permis de lire cette &eacute;criture et de savoir que c'&eacute;tait bel et bien du grec. Voil&agrave; donc le grec qui remonte, d'un seul coup, d'au moins cinq si&egrave;cles en arri&egrave;re, si ce nest plus. Et voil&agrave; aussi des renseignements pr&eacute;cieux qui &eacute;clairent pour nous l'histoire de la langue. Cette &eacute;criture, tr&egrave;s diff&eacute;rente de celle qui fut adopt&eacute;e ensuite pour la m&ecirc;me langue, a port&eacute; le nom de lin&eacute;aire B.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;En tout cas, &agrave; partir du VII&egrave;me si&egrave;cle av. J.-C. nous avons tous les textes litt&eacute;raires qui ont fait le rayonnement de l'apport grec dans notre culture, nous avons aussi des inscriptions, bien entendu. Et ces textes, constituant ce que l'on appelle le grec ancien, se prolongent jusque vers le Ve si&egrave;cle apr&egrave;s J.-C., de fa&ccedil;on continue et en restant, si l'on peut dire, la m&ecirc;me langue. Mais il faut faire bien attention au fait que la langue grecque n'a jamais &eacute;t&eacute; limit&eacute;e au seul territoire de la Gr&egrave;ce. Il y a eu la colonisation: les Grecs ont constitu&eacute; des comptoirs un peu partout sur le pourtour de la mer Noire et de la M&eacute;diterran&eacute;e, apportant leur langue et leur culture et celles-ci se r&eacute;pandaient ainsi peu a peu. D'autre part, les Romains se sont p&eacute;n&eacute;tr&eacute;s de la langue et de la culture grecque et, &agrave; l'&eacute;poque classique, les Romains un peu cultiv&eacute;s parlaient souvent grec entre eux. Il en &eacute;tait certainement de m&ecirc;me dans les pays dAsie Mineure; et il est important pour notre culture de rappeler que les &eacute;vangiles nous sont parvenus en grec. Pendant des si&egrave;cles le grec a &eacute;t&eacute; une langue d'&eacute;change &agrave; travers de nombreux pays. Mais naturellement il a surtout continu&eacute; en Gr&egrave;ce propre, &agrave; l&eacute;poque de Byzance, puis dans les si&egrave;cles qui ont suivi. Evidemment la langue avait subi des changements; des changements assez importants. Toute langue en subit, et nous le savons bien quand nous essayons de lire les textes fran&ccedil;ais de notre XVI&egrave;me si&egrave;cle, ce qui ne fait que quatre si&egrave;cles de diff&eacute;rence. Le grec de l'&eacute;poque byzantine est d&eacute;j&agrave; assez diff&eacute;rent et demande une initiation particuli&egrave;re. Il a continu&eacute;, retrouvant une certaine parent&eacute; plus &eacute;troite avec la tradition, quand la Gr&egrave;ce a retrouv&eacute; au XIX&egrave;me si&egrave;cle son ind&eacute;pendance et que sa langue est devenue le symbole de cette ind&eacute;pendance. Aujourd'hui quelqu'un qui a appris le grec ancien et qui part en voyage en Gr&egrave;ce sera, &eacute;videmment, tr&egrave;s d&eacute;rout&eacute; par la prononciation et ne comprendra pas les conversations autour de lui; mais il comprendra sans aucune difficult&eacute; les noms des rues ou des lieux, les pancartes, les informations, les titres des journaux etc.: malgr&eacute; toutes les diff&eacute;rences, c'est toujours le m&ecirc;me grec que l'on retrouve. On peut d'ailleurs ajouter que cette langue qui commence pour nous avec la po&eacute;sie d'Hom&egrave;re s'illustre aujourd'hui par plusieurs prix Nobel de po&eacute;sie.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Cette extension dans l'espace et dans le temps est sans doute une des originalit&eacute;s de la langue grecque. Il fallait le signaler. Mais on s'en tiendra ici &agrave; l'apprentissage du grec ancien, celui qui a donn&eacute; ces grandes oeuvres et transmis ces grandes d&eacute;couvertes qui restent le fond m&ecirc;me de notre culture actuelle.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;On peut en parler comme d'une langue unique et les auteurs ou auditeurs des textes anciens, &agrave; travers toute la Gr&egrave;ce, se comprenaient fort bien. Il faut cependant admettre que dans les d&eacute;buts aussi l'histoire a jou&eacute;. Les Grecs sont descendus dans le pays qu'ils ont occup&eacute; par groupes successifs et chaque groupe avait ses traits distinctifs. Il y avait donc dans la Gr&egrave;ce antique des dialectes. Leurs diff&eacute;rences n'&eacute;taient pas tr&egrave;s grandes et ne cr&eacute;eront pas de difficult&eacute;s &agrave; ceux qui apprennent la langue; elles existent cependant. Ces dialectes &eacute;taient l'ionien, parl&eacute; surtout par les Ioniens d'Asie Mineure et qui sest perp&eacute;tu&eacute; dans beaucoup d'oeuvres litt&eacute;raires; l'oeuvre d'H&eacute;rodote, l'historien, est &eacute;crite en ionien. Sans entrer dans les d&eacute;tails au seuil de ce cours, on peut noter que l'ionien et l'attique sont tr&egrave;s proches, mais que l'ionien note le son <I>&egrave;</I> l&agrave; o&ugrave; l'attique note le son <I>a</I>. En dehors de l'ionien et de l'attique, les deux groupes &agrave; signaler sont le dorien et l'&eacute;olien; le dorien &eacute;tait un dialecte fort et rude; il a servi &agrave; l'expression des po&egrave;tes lyriques, par exemple de Pindare. Naturellement, la toute puissance d'Ath&egrave;nes &agrave; l'&eacute;poque classique a fait que l'attique a &eacute;t&eacute; le plus employ&eacute; de ces dialectes et, &agrave; partir d'Alexandre le Grand, il s'est &eacute;tabli une langue commune, la <I>koin&eacute;, </I>qui se rapproche beaucoup de l'attique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Mais il faut bien remarquer que ces dialectes ne constituaient pas des coupures, loin de l&agrave;! D&eacute;j&agrave; dans la langue d'Hom&egrave;re, tout au d&eacute;but de la langue litt&eacute;raire, on assiste &agrave; un m&eacute;lange de formes, par exemple ioniennes ou &eacute;oliennes, qui peut tenir &agrave; des &eacute;changes entre des peuples voisins, mais peut tenir aussi &agrave; un libre m&eacute;lange litt&eacute;raire. De m&ecirc;me dans la trag&eacute;die classique d'Ath&egrave;nes, si les dialogues sont &eacute;crits en attique, les choeurs empruntent, pour le lyrisme, les formes du dorien.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Cette division en dialectes tend donc &agrave; seffacer; et elle tendait d&eacute;j&agrave; &agrave; s'effacer dans les nombreux &eacute;changes de la Gr&egrave;ce antique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Elle ne saurait en tout cas arr&ecirc;ter celui qui veut &eacute;tudier la langue: on apprendra vite ces quelques particularit&eacute;s pour se concentrer maintenant sur la langue attique ou commune, qui est la plus connue.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Abordons-le donc, ce grec ancien! Nous y trouverons des traits originaux qui sont au moins aussi remarquables que l'extension du grec dans le temps et dans l'espace. Le grec ancien est une langue merveilleuse par sa souplesse, sa richesse, sa rigueur, et ses possibilit&eacute;s d'expression.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Disons-le tout de suite, pour rassurer celui qui commence son initiation : la syntaxe en est facile. Le grec n'aime pas beaucoup les tr&egrave;s longues phrases o&ugrave; se compla&icirc;t le latin. Le grec aime les formulations concr&egrave;tes, les phrases courtes, la clart&eacute;. Et les quelques r&egrave;gles de la subordination ont ceci d'agr&eacute;able qu'elles sont &agrave; la fois tr&egrave;s simples et d&eacute;pourvues d'exceptions: les r&egrave;gles s'appliquent, tout simplement. Et il n'y en a pas beaucoup.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Alors, o&ugrave; est la merveille? La merveille est dans le fait que les mots indiquent en eux-m&ecirc;mes dans leur forme, dans la fa&ccedil;on dont ils se terminent, leur fonction dans la phrase et toutes sortes de nuances possibles. Nous connaissons tous ce genre de changement et il nous para&icirc;t normal qu'on dise un <I>mot</I>, et des <I>mots</I>, le mot changeant de forme &agrave; la fin pour marquer qu'il s'agit d'un pluriel. Le grec pratique cela de fa&ccedil;on beaucoup plus &eacute;tendue et vari&eacute;e et cela lui donne toutes sortes de libert&eacute;s. Ainsi j'ai dit que le mot exprimait par lui-m&ecirc;me sa fonction dans la phrase. Il y a une forme pour le sujet, une forme pour tel compl&eacute;ment ou tel autre. On reconna&icirc;t ainsi toute de suite le groupement des mots -&agrave; condition de faire attention! Et cela donne une grande souplesse &agrave; la phrase, puisque l'on peut placer les mots dans l'ordre que l'on veut pour faire ressortir telle id&eacute;e ou telle autre. Par exemple le premier vers de <I>l'Odyss&eacute;e </I>commence en disant en grec:</P> <I><P>&#9;Andra moi ennepe Mousa polytropon </P> </I><P>ce qui donnerait dans l'ordre des mots en fran&ccedil;ais</P> <I><P>&#9;L'homme, dis-moi, Muse, aux mille tours.</P> </I><P ALIGN="JUSTIFY">Mais la terminaison des mots indique que <I>l'homme </I>et <I>aux mille tours </I>vont ensemble; si bien qu'imm&eacute;diatement on les groupe, et l'on a pu ainsi faire sortir ces deux mots qui &eacute;voquent Ulysse et ses ruses au d&eacute;but et &agrave; la fin de la proposition. Naturellement, il faut apprendre ces formes; mais, quand on les a apprises, on peut jouer &agrave; ce jeu sans risque de se tromper. Et c'est une sorte de jeu pour celui qui apprend, tout comme c'est une possibilit&eacute; de souplesse pour celui qui &eacute;crit.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Cela, c'est le principe. Et le grec n'est pas la seule langue a pratiquer ce principe. Mais l'originalit&eacute; du grec est que dans ses variations de formes du nom ou du verbe, le grec poss&egrave;de la facult&eacute; d'exprimer toutes sortes de nuances que nous avons perdues aujourd'hui, le moyen d'exprimer et que la plupart des langues ignorent.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;On d&eacute;couvre l&agrave; un nouveau domaine, de nouvelles possibilit&eacute;s, comme si l'on passait d'un mod&egrave;le de t&eacute;l&eacute;viseur ou d'ordinateur un peu fruste &agrave; un mod&egrave;le comportant des possibilit&eacute;s infiniment plus grandes.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Je sais bien ce que l'on va craindre. On va craindre la difficult&eacute; d'apprendre toutes ces possibilit&eacute;s et de ne pas les confondre. On aurait tort de s'en effrayer! Naturellement, il faut apprendre les formes; mais il faut aussi apprendre &agrave; se servir du bel ordinateur tout neuf; et le principe est le m&ecirc;me: tout ce que l'on apprend vous ouvre une libert&eacute; de plus, un acc&egrave;s &agrave; quelque chose de plus. Si je tiens &agrave; le pr&eacute;ciser ainsi, d&egrave;s le d&eacute;but, c'est parce que l'&eacute;num&eacute;ration des possibilit&eacute;s de la langue grecque, en donnant tout en masse d&egrave;s le d&eacute;but, pourrait effrayer: en fait, on s'y fera progressivement, allant d'une d&eacute;couverte &agrave; l'autre; dans un ordinateur aussi, la liste des possibilit&eacute;s de choix peut &ecirc;tre un peu effrayante et la pratique vient ais&eacute;ment. D'ailleurs en grec elle viendra d'autant plus ais&eacute;ment que les applications se font sans bavure ni h&eacute;sitation et que la langue respecte ces r&egrave;gles en toute clart&eacute;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Quelles sont donc ces nuances que le mot peut porter en lui et que le fran&ccedil;ais ne saurait exprimer?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;On a parl&eacute; de distinguer le singulier et le pluriel: le grec le fait comme le fran&ccedil;ais, mais il a aussi la possibilit&eacute; d'exprimer, pour le substantif ou pour le verbe, qu'il s'agit de deux personnes: singulier, pluriel, duel -une nuance de plus pas tr&egrave;s employ&eacute;e, mais qui peut &ecirc;tre tr&egrave;s &eacute;vocatrice. De m&ecirc;me, nous sommes habitu&eacute;s &agrave; distinguer le masculin du f&eacute;minin: le grec poss&egrave;de &eacute;galement cette distinction mais il a en plus un genre suppl&eacute;mentaire qui est le neutre. Certains mots souvent repr&eacute;sentant des choses ou des notions abstraites sont des neutres. Et, par exemple, si l'enfant con&ccedil;u comme une petite personne se dit par le mot <I>pais</I>, le petit enfant qui n'est pas encore consid&eacute;r&eacute; comme une personne se dira au neutre avec le mot <I>teknon. </I>Cela ne complique pas beaucoup la vie, mais permet parfois d'exprimer des nuances suggestives. De m&ecirc;me, nous sommes habitu&eacute;s &agrave; distinguer dans l'analyse grammaticale le sujet et le compl&eacute;ment et ceci se marque dans la forme du mot en grec; mais le compl&eacute;ment peut &ecirc;tre un compl&eacute;ment direct <I>(j'aime mon p&egrave;re) ou </I>bien un compl&eacute;ment indirect <I>(le livre de mon p&egrave;re, je donne un livre &agrave; mon p&egrave;re). </I>Ces cas existent &eacute;galement en latin: le latin en a m&ecirc;me un de plus! En tout cas, ces diverses nuances s'inscrivent directement dans la forme m&ecirc;me du mot -cela bien que le grec poss&egrave;de et un article et des pr&eacute;positions et toutes sortes de possibilit&eacute;s d'expression gr&acirc;ce &agrave; ces mots.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Et c'est la m&ecirc;me chose pour le verbe! Le fran&ccedil;ais conna&icirc;t deux voix: la voix active et la voix passive <I>(J'aime, je suis aim&eacute;). </I>Le grec les conna&icirc;t aussi mais il a en plus une autre voix que l'on appelle la voix moyenne et qui indique que le sujet participe tr&egrave;s directement &agrave; l'action exprim&eacute;e par le verbe, qu'il y est int&eacute;ress&eacute; pour lui-m&ecirc;me. Cela ne para&icirc;t pas tr&egrave;s utile, mais la diff&eacute;rence peut &ecirc;tre importante. Ainsi <I>&eacute;tablir une loi </I>se dira &agrave; l'actif, s'il s'agit d'un homme, d'un l&eacute;gislateur, qui fixe de sa propre autorit&eacute; une loi pour un &eacute;tat quelconque. Mais on le dira au moyen, si c'est la cit&eacute; elle-m&ecirc;me qui fixe une loi pour elle-m&ecirc;me; et l'on voit que c'est l&agrave; une nuance importante. Naturellement, certains verbes ne s'emploieront pas &agrave; l'actif mais seulement au moyen. Par exemple le verbe <I>vouloir, </I>car le fait de vouloir implique une participation personnelle et un int&eacute;r&ecirc;t personnel. Voil&agrave; une nuance nouvelle qui surgit ainsi -une nuance que l'on devra sans doute renoncer &agrave; rendre dans une traduction et qui sera pr&eacute;sente dans le texte grec en plus.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;De m&ecirc;me le fran&ccedil;ais distingue un certain nombre de temps: le pr&eacute;sent, l'imparfait, le futur, etc. -le grec les distingue aussi; mais il a, cette fois encore, la possibilit&eacute; d'exprimer de nouvelles nuances. Ainsi, pour d&eacute;crire une action pass&eacute;e il y a deux temps diff&eacute;rents que l'on peut employer. On peut dire dans un r&eacute;cit o&ugrave; pour une action, &agrave; un moment donn&eacute; du temps, il <I>m'a renvers&eacute;e</I>: cela se situe quand on veut et ne dit pas si je me suis relev&eacute;e ou non. Mais on peut dire, en employant un autre temps qui s'appelle le parfait, il <I>m'a renvers&eacute;e, </I>en sugg&eacute;rant que je suis encore par terre, que je suis dans l'&eacute;tat de quelqu'un qui a &eacute;t&eacute; renvers&eacute;. L&agrave; aussi, par cons&eacute;quent, on a une nuance de plus, une possibilit&eacute; d'expression de plus, quelque chose qui est pr&eacute;sent dans le grec et pourra difficilement &ecirc;tre rendu dans une autre langue.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Tout cela n'est pas tr&egrave;s long &agrave; apprendre. Mais quel merveilleux m&eacute;canisme d'horlogerie! A chaque instant, on d&eacute;couvre qu'une langue peut aller un peu plus loin, &ecirc;tre un peu plus pr&eacute;cise, un peu plus nuanc&eacute;e... Et, du m&ecirc;me coup, on apprend soi-m&ecirc;me &agrave; penser avec plus de pr&eacute;cision et &agrave; s'exprimer avec plus de nuances!</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;De toute &eacute;vidence, les Grecs aimaient ces pr&eacute;cisions; ils avaient le go&ucirc;t de la clart&eacute; mais aussi celui de la rigueur, le tout de fa&ccedil;on naturelle et sans lourdeur. Ils ont d'ailleurs eu un sentiment aigu des qualit&eacute;s de leur langue, ils s'en sont occup&eacute;s, ils en ont discut&eacute;; ils ont compris que les qualit&eacute;s de cette langue &eacute;taient li&eacute;es &agrave; celles de la pens&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Et le fait est que l'on retrouve ce m&ecirc;me trait dans tous les aspects de la langue, &agrave; commencer par le vocabulaire.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Ce vocabulaire ne surprendra pas beaucoup celui qui se met &agrave; &eacute;tudier le grec ancien, car beaucoup des racines sont pass&eacute;es soit &agrave; travers le latin dans notre fran&ccedil;ais soit directement dans les mots savants de notre fran&ccedil;ais. Ils acqui&egrave;rent ainsi pour nous une sorte de transparence. Mais pour illustrer ce go&ucirc;t des Grecs pour la souplesse de l'expression, j'aimerais attirer l'attention, &agrave; propos du vocabulaire, sur l'existence des mots compos&eacute;s. Le grec ancien avait la possibilit&eacute; de fabriquer des mots compos&eacute;s tr&egrave;s librement. Il y en a que l'on trouve chez un auteur et nulle part ailleurs, il y en a dont on voit la naissance au cours de l'histoire; et certaines de ces naissances se sont poursuivies jusqu'&agrave; notre temps. C'est ainsi que nous parlons beaucoup de la <I>d&eacute;mocratie, </I>or ce mot a &eacute;t&eacute; compos&eacute; par les Grecs quand ils ont invent&eacute; ce r&eacute;gime et ils l'ont form&eacute; du mot <I>demos </I>qui veut dire peuple, et du mot <I>kratos </I>qui veut dire pouvoir -c'est le pouvoir du peuple, alors que <I>l'aristocratie </I>est le pouvoir des meilleurs, de l'&eacute;lite. Le mot, comme la chose a une date de naissance et depuis cette date jusqu'&agrave; nos jours il s'est continu&eacute;. De m&ecirc;me le mot <I>philosophie </I>qui veut dire en mot &agrave; mot "ami de la sagesse"; <I>philo </I>indiquant tout ce que l'on recherche et appr&eacute;cie et que l'on trouve dans des compos&eacute;s comme <I>bibliophile ou hydrophile </I>et <I>sophia </I>repr&eacute;sentant la sagesse comme dans <I>sophisme ou sophistiqu&eacute;. </I>L&agrave; aussi on sait comment le mot a &eacute;t&eacute; invent&eacute;. On sait aussi la fortune qui lui a &eacute;t&eacute; r&eacute;serv&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Et ce peut &ecirc;tre aussi des mots compos&eacute;s d'ordre po&eacute;tique, suggestifs, mais aussi parfaitement transparents.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;De plus, les mots compos&eacute;s ne le sont pas toujours &agrave; partir de racines proprement-dites. Il y avait en grec quantit&eacute; de petits mots -pr&eacute;positions ou pr&egrave;verbes- qui pouvaient se souder &agrave; un mot pour en modifier la valeur. Par exemple, le verbe signifiant voir pouvait se transformer selon qu'on lui ajoutait tel ou tel de ces petits mots signifiant en dessous, autour, au-dessus; et, dans ce cas, il se chargeait d'un sens nouveau; c'&eacute;tait alors "voir de haut" c'est-&agrave;-dire "m&eacute;priser", ou bien "voir tout autour", c'est-&agrave;-dire "regarder avec indiff&eacute;rence" ou bien "regarder en dessous", c'est-&agrave;-dire "se m&eacute;fier" ou bien "regarder &agrave; c&ocirc;t&eacute;", c'est-&agrave;-dire "ne pas faire attention", "ne pas remarquer". Ainsi se cr&eacute;e toute une palette de mots, qui peut s'enrichir et s'enrichir encore, en exprimant de tr&egrave;s jolies nuances, tout en restant parfaitement claire et compr&eacute;hensible au premier coup d'oeil.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Et puisque j'en suis &agrave; parler de ces "petits mots": pr&eacute;positions, pr&egrave;verbes ou autres, qui entrent dans la composition des mots, je ne puis me retenir d'&eacute;voquer d'autres petits mots, si petits qu'on les appelle en g&eacute;n&eacute;ral les particules. Ce sont de petits mots invariables mais qui ajoutent une valeur &agrave; ce que dit le texte. L&agrave;, pas un probl&egrave;me, pas de formes &agrave; apprendre mais c'est si amusant! Il y a des particules de liaison qui marquent un rapport logique comme le <I>gar</I> du grec, qui correspond &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; notre <I>car</I> du fran&ccedil;ais; mais il y a aussi des particules qui expriment l'ironie ou l'&eacute;vidence ou l'incertitude ou la rectification; bref, il y en a qui &eacute;quilibrent la phrase en montrant quelles parties se r&eacute;pondent; ce sont autant de petits signes qui rendent vivante la phrase comme si on voyait en m&ecirc;me temps les expressions d'un visage ou les gestes de quelqu'un qui vous parle. Cela ne compliquera pas l'apprentissage de la langue mais augmentera la joie &agrave; en sentir la richesse.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Apprendre le grec ancien, c'est apprendre une langue qui est &agrave; la source de la n&ocirc;tre, qui en rend beaucoup de mots et beaucoup d'habitudes transparentes et compr&eacute;hensibles; mais c'est aussi apprendre une langue diff&eacute;rente dont les diff&eacute;rences ont de quoi &eacute;merveiller. Toutes les langues quelles qu'elles soient ont leurs possibilit&eacute;s, leurs richesses respectives: celles du grec ancien se pr&eacute;sentent de fa&ccedil;on aussi lumineuse que le soleil m&eacute;diterran&eacute;en sur les marbres de la Gr&egrave;ce antique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;C'est un joli jeu que d'apprendre &agrave; manier pareil instrument. J'esp&egrave;re que vous trouverez &agrave; ce jeu un peu du plaisir que j'ai &eacute;prouve tout au long de ma vie &agrave; en communiquer les secrets aux autres.</P>  </td></tr></table> </BODY> </HTML> 
