<html> <head> <title>Portrait de jeunes en paix - dcembre 2001</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF" text="#000000"> <table width="98%" height="2007">   <tr>     <td width="13%" height="1957"><img src="../images/recto220.jpg" width="80" height="120" border="2" vspace="50"></td>     <td width="87%" height="1957">        <p align="center"><b><font size="5" face="Georgia, Times New Roman, Times, serif">EX-YOUGOSLAVIE          - PORTRAITS DE JEUNES EN PAIX</font><font size="4" face="Georgia, Times New Roman, Times, serif"><a name="Jeunes"></a></font></b></p>       <p><b>Le camp ACAT, c'est quoi ?</b> &quot; <b>Le principe est simple</b>          : on monte tous un spectacle, on cre tous ensemble, on est tous          dans la mme galre. En plus, on a de temps en temps des          temps de rflexion, des temps d'apprentissage de la paix, de la          religion. <br>          Sarajevo, le spectacle s'est droul dans les ruines          de l'ancien Muse olympique. C'est pour a que le projet          s'appelait &quot; Un squat pour la paix &quot;. Ce spectacle et le camp          ont fait l'objet d'une mdiatisation sans prcdent.          Les tls, les radios, les journaux, tout le monde en a          parl. Mme le ministre de la Culture devait venir inaugurer          le spectacle. Au dernier moment il a eu un empchement. C'est dommage,          mais a nous a permis de constater une nouvelle fois que les Bosniaques          n'avaient pas le mme sens que nous de l'organisation. J'ai t          choisi comme directeur du camp parce qu'aux yeux de l'quipe d'organisation          je prsentais des gages de moralit et de srieux.          Et j'en ai eu besoin  Sarajevo... &quot;<br>       </p>       <p> <font size="2"><b>TMOIGNAGE DE JEFF RCAPET, DIRECTEUR          DU CAMP ACAT DE SARAJEVO</b></font> <br>       </p>       <hr>       <p> <i>Jasmin : Si ! Il y a eu des agresseurs  Sarajevo ! Et ce          sont les Serbes ! <br>         Zlatko : Non. La question n'est pas aussi simple.<br>         Jasmin : Ah oui ! Et qui est l'agresseur alors ? Les musulmans ?</i><br>       </p>       <p align="left">Le premier <i>time together</i> est mal parti. Jasmin, debout,          droit sur ses longues jambes, les bras croiss, fixe Zlatko de          ses yeux noirs d'ancien soldat de l'arme de rsistance          de Sarajevo. Zlatko, assis en rond avec le reste des jeunes du camp, est          mal  l'aise. Cela ne fait que deux jours qu'il se trouve en Bosnie.          Il est venu de Belgrade, en Serbie, malgr quelques craintes pour          sa scurit: c'est un ancien soldat de l'arme de          Milosevic. Il a surmont sa peur car il croit profondment          en Dieu (il fait des tudes pour devenir prtre orthodoxe).          Mais l, il est mal  l'aise. Le retour sur la visite de          la ligne de front de Sarajevo, qui se voulait rflexion commune          sur la paix, a trs vite dbouch sur les tensions          ethniques que les organisateurs voulaient  tout prix viter.          Surtout au deuxime jour du camp. <br>         Finalement, c'est Dragana, l'artiste serbe, qui trouve les mots qu'il          faut pour apaiser tout le monde : <br>         &quot; <i>coutez, ici, nous sommes tous amis. Nous pouvons parler          de politique, mais n'oublions jamais que personne d'entre nous n'est responsable          de ce qui est arriv. Nous sommes des jeunes qui produisent de          l'art tous ensemble et qui tentent d'tre amis.</i> &quot; <br>         Le matin mme, elle tait partie au c&#156;ur de Saraievo          avec Jasmin, justement, et un animateur franais Jour chercher          de la cire d'abeille chez une famille musulmane. En passant devant de          grands immeubles dtruits, devant la stupeur de l'animateur, elle          avait gliss : &quot; <i>Nous avons les mmes  Belgrade.          .</i>.&quot; <br>         Belgrade. C'est donc l que vit Zlatko. En fait, il est rfugi.          Il fait partie de ces Serbes qui ont d fuir le Kosovo pour chapper          aux violences de l'UCK. Et menac, Zlatko l'tait. Il a          vu ses cousins mourir, sa maison brler. Aujourd'hui, la situation          n Serbie est trs dlicate. Le chmage est le seul          horizon des jeunes qui ne sont pas dans la maffia. quand on dit           Zlatkoet  son ami Petar qu'il y a aussi de la violence en France,          ils se regardent interloqus. Puis ils demandent quelle violence,          et on leur rpond voitures brles, racket, viols          collectifs... Ils se regardent  nouveau, pensifs. Tout d'un coup,          Petar lche: &quot; <i>Vous, les Franais, vous jouez toujours          avec des fleurs</i>. &quot; Comme on lui demande de prciser, il          explique: &quot; <i>Vous, vos bandits, ils sont gentils. Pas les ntres</i>.          &quot; <br>         Petar vit  Subotica, Vovodine, province hongroise de Serbie.          Cratif, sympathique, dou pour les langues, le thtre,          la musique, il s'est bien dbrouill : il a trouv          une place de coursier  l'hebdomadaire <i>Vreme</i>.  Paris,          avec son talent, Petar remplirait facilement certaines salles.           Subotica, il est coursier. C'est une des raisons pour laquelle il a la          nostalgie de l'ancienne Yougoslavie: &quot; <i>Quand vous aviez ce fameux          passeport rouge</i>, dit-elles yeux brillants, <i>vous pouviez aller o          vous vouliez dans le monde. Presque partout, avec ce passeport rouge!          Aujourd'hui, je vais o, avec mon passeport&quot; serbe &quot;          ? Je ne peux mme plus aller me baigner en Croatie!</i> &quot; <br>         Lela, de Sarajevo, a quelque chose en commun avec Petar : son pre          est mort pendant la guerre. Aujourd'hui, elle a dix-huit ans et un grand          apptit de vivre. Elle aime rire et faire rire. Le deuxime          soir du camp, elle a particip  une de ses scnes          les plus fortes. Aprs le repas, assise sur les marches de l'escalier,          elle discute avec Jasmin, l'ancien soldat, qu'elle connat bien.Un          animateur franais s'approche et engage la conversation.           ct d'eux, l'animateur a remarqu Zlatko, solitaire          et silencieux. <br>         Lela, pour faire rire le Franais, lui certifie en anglais          qu'elle peut parler dans son langage. Et elle s'excute en entrecoupant          certaines syllabes incomprhensibles de mots franais bien          connus. Cela donne: &quot; Paris manger dikla comment vas-tu de da bonjour          goga rucha au revoir debazou il fait beau n 'est-ce pas ? &quot; L'animateur          rit et rtorque qu'il peut aussi parler serbo-croate. Lui aussi          intercale certains mots bien connus en serbo-croate avec des sons inintelligibles.          S' ensuit une conversation surraliste, joviale et juvnile.          Le rire est d' autant plus fort que l' motion est monte:          Zlatko en a profit pour se rapprocher de Jasmin. fi lui tend la          main et chacun se prsente. Pendant que Lei1a et le Franais          continuent leur dlire, ils parlent, eux, dans un Serbo-Croate          que seule Lei1a, d'une oreille, peut comprendre. Mais le Franais,          d'une oreille attentive, peut aussi comprendre l' essentiel: les deux          hommes ont entam une conversation d'un ton qui cherche des points          d'accord. Tout d'un coup, les trois serbo-croates partent ensemble du          mme rire. Le Franais, surpris, demande ce qui se passe.          Zlatko et Jasmin viennent de se rendre compte qu'ils partagent en fait          la mme chambre! Jasmin, mme pendant le camp, travaille comme          veilleur de nuit et n'a jusque-I pas eu le &quot; temps &quot;          de dormir au camp! Et Lela, pudiquement, de reprendre la conversation          en langage absurde avec le franais pour laisser les deux anciens          soldats ennemis continuer seuls leur rconciliation. <br>         Quand on tentera, plus tard, de faire voquer ce moment           Jasmin, en lui demandant maladroitement quel est son souvenir le plus          fort du camp, il glissera sur la proposition: &quot; <i>Mon moment le          plus fort, a aura t de danser dans les rues de          Sarajevo. Vous ne pouvez pas comprendre ce que cela reprsente.          Dans cette ville, je me suis habitu ( ! ) adolescent, aux bruits          des bombes, aux bruits des balles, aux cris des mourants. Dans cette ville,          j'ai appris  regarder la mort,  sauver;  tuer:          C'est dans cette ville que mon frre a t bless,          dans cette ville que des amis  moi sont devenus fous           cause de tout a. Alors danser dans cette ville, pour moi, c'est          mon moment le plus fort. Vous, vous ne savez pas la valeur que a          a, de faire de l'art, ici. Pour vous c'est facile, mais pour nous, dj          faire des tudes c'est difficile, alors de l'art</i>... &quot;          <br>         L'animatrice de son atelier danse, Lidija, ne le contredit pas. Mais,          pour elle, il n' y a pas que la dimension artistique: &quot; <i>Quand          je leur ai dit que je partais deux semaines pour animer un atelier de          danse dans un camp de jeunes en Bosnie, mes parents, des Croates comme          moi, m'ont juste souhait de bonnes vacances. Quand j'ai ajout          que les participants du camp seraient serbes, bosniaques, croates, franais,          kosovars, slovnes et macdoniens, mon pre, pourtant          tolrant et ouvert, m'a schement rpondu: Impossible!          Ma fille, on t'a trompe. coute, vas-y si tu veux, mais          ce que tu me dis-l, je ne peux pas y croire. </i>&quot; <br>         D'ailleurs, Lidija n'en croit pas ses yeux: &quot; <i>Voir tous ces jeunes          faire la fte ensemble,  premire vue, c'est banal.          C'est dans les moments o je me rappelle nos diffrentes          nationalits que j'ai l'impression de vivre un miracle. Cette guerre          a compltement bris nos jeunesses,  Sarajevo ou          ailleurs. Qu'elles se retrouvent aujourd'hui pour crer ensemble          un pace authentique d'art et de paix, oui, je rpte, c'est          un miracle. Ma meilleure amie,  Zagreb, ne voudrait mme          pas s'asseoir  ct d'un Serbe. Alors, aprs          le camp, j'inviterai Petar ; et Zlatko, et Olga, et Igor et tous les amis          serbes que je me suis fait dans ce camp  venir goter aux          dlices des plages croates, comme avant. L'administration exige          des papiers pour que leur voyage soit possible. Je signerai, je leur pro-          curerai les papiers dont ils ont besoin</i>. &quot; <br>          la fin du camp, lors du dernier <i>time together</i>, Zlatko          et Jasmin ont proclam leur amiti.<br>       </p>       <hr>       <p align="right"> <b><font size="2">SBASTIEN LANZ</font></b><br>       </p>       </td>   </tr>   <tr>      <td width="13%" height="34">&nbsp;</td>     <td width="87%" height="34">        <p align="center">&nbsp;</p>       <p></p>       <p></p>       <p align="right"><font size="2"><a href="../cour220.html#sommaire">Retour sommaire</a></font></p>     </td>   </tr> </table> </body> </html> 
