<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 80.2"> <TITLE>MADAGASCAR, TERRE PROMISE DES NATURALISTES</TITLE> </HEAD> <BODY>  <B><FONT FACE="Times"><P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">MADAGASCAR TERRE PROMISE DES NATURALISTES</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;                               SOMMAIRE</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;Introduction</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <U><P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> </U><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;<U>I - LES ENIGMES DU PEUPLEMENT DE MADAGASCAR</P> </B></U><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;1.1 - L&#146;h&eacute;ritage du Gondwana</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;1.2 - L&#146;hypoth&egrave;se de la L&eacute;murie</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;1.3 - Les &eacute;changes maritimes ou a&eacute;riens &agrave; longue distance</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;<U>II - MADAGASCAR LABORATOIRE DE L&#146;EVOLUTION</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> </B></U><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;2.1 - Une biodiversit&eacute; exceptionnelle</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;2.2 - Un end&eacute;misme record</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;2.3 - La pression du milieu</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;<U>III - DESTRUCTION D&#146;UN SANCTUAIRE</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> </B></U><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;3.1 - Les subfossiles</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;&#9;&#9;&#9;3.2 - La destruction de la v&eacute;g&eacute;tation naturelle</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <B><P ALIGN="JUSTIFY">&#9;<U>Conclusion</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P><DIR> <DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">El&eacute;ments de bibliographie</B></U>&#9;</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P></DIR> </DIR>  <P ALIGN="JUSTIFY">INTRODUCTION</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">   &quot;&nbsp;C&#146;est &agrave; Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes qu&#146;est la v&eacute;ritable terre promise pour eux. C&#146;est l&agrave; que la nature semble s&#146;&ecirc;tre retir&eacute;e dans un sanctuaire particulier pour y travailler sur d&#146;autres mod&egrave;les que ceux auxquels elle s&#146;est asservie ailleurs. Les formes les plus insolites et les plus merveilleuses s&#146;y rencontrent &agrave; chaque pas.&nbsp;&quot;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   C&#146;est en ces termes que Philibert Commerson d&eacute;crivait la Grande Ile &agrave; son ami J&eacute;r&ocirc;me de Lalande, astronome et membre de l&#146;Acad&eacute;mie Royale des Sciences dans sa lettre du 18 avril 1771.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La fascination qu&#146;exerce Madagascar sur les naturalistes est bien ant&eacute;rieure puisque la premi&egrave;re &eacute;tude scientifique sur la faune et la flore de Madagascar para&icirc;t en 1658. R&eacute;dig&eacute;e en fran&ccedil;ais, elle est due &agrave; Etienne de Flacourt qui n&#146;est pas naturaliste mais gouverneur des &eacute;tablissements fran&ccedil;ais de Fort Dauphin o&ugrave; il v&eacute;cu de 1648 &agrave; 1655. L&#146;&quot;&nbsp;Histoire de la Grande Isle de Madagascar&nbsp;&quot; est le premier travail &agrave; faire conna&icirc;tre au monde savant l&#146;existence des animaux subfossiles de Madagascar. L<I>&#146;Aepyornis</I>, l&#146;hippopotame nain, les l&eacute;muriens g&eacute;ants, dont les ossements seront d&eacute;crits par les naturalistes du XIX&egrave;me si&egrave;cle, ne faisaient jusque l&agrave; qu&#146;agr&eacute;menter les r&eacute;cits fabuleux des conteurs arabes.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Apr&egrave;s lui, des naturalistes voyageurs, de Commerson &agrave; Sonnerat ou &agrave; Goudot, ont repris le flambeau du travail sur le terrain, suivis par des Anglais et des Allemands au XIX&egrave;me si&egrave;cle.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Alfred Grandidier fit trois voyages &agrave; Madagascar durant la p&eacute;riode 1865-1870. Son &quot;&nbsp;Histoire Physique, Politique et Naturelle de Madagascar&nbsp;&quot;, en pas moins de 34 tomes, fut achev&eacute;e par son fils de 1875 &agrave; 1900.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   L&#146;histoire de Madagascar commence par des &eacute;nigmes, celles de son peuplement.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">I - LES ENIGMES DU PEUPLEMENT DE MADAGASCAR</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">1- L&#146;h&eacute;ritage du Gondwana</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les gr&egrave;s rouges et bruns de l&#146;Isalo ont les m&ecirc;mes fossiles, les m&ecirc;mes alternances de d&eacute;p&ocirc;ts continentaux et marins que les couches du trias et du jurassique entre Nairobi et Mombasa. Ceci t&eacute;moigne de leur appartenance au m&ecirc;me ensemble g&eacute;ographique. L&#146;&eacute;tude du pal&eacute;omagn&eacute;tisme (champ magn&eacute;tique terrestre enregistr&eacute; dans les s&eacute;diments lors de leur d&eacute;p&ocirc;t) conduit &agrave; penser que leur emplacement a chang&eacute; au cours des temps g&eacute;ologiques. En effet, au Jurassique moyen, vers -160 millions d&#146;ann&eacute;es, Madagascar &eacute;tait coll&eacute;e &agrave; la c&ocirc;te de l&#146;Afrique de l&#146;Est et &agrave; celle de l&#146;Ouest de l&#146;Inde. Australie et Antarctique au Sud faisaient partie du m&ecirc;me continent&nbsp;: le Gondwana. Cet ensemble continental Sud s&#146;oppose &agrave; un autre ensemble continental, Nord, la Laurasie dont il est s&eacute;par&eacute; par l&#146;oc&eacute;an T&eacute;thysien. Madagascar se serait d&eacute;tach&eacute;e des c&ocirc;tes somaliennes, kenyanes et tanzaniennes au jurassique sup&eacute;rieur (vers &#151;140 millions d&#146;ann&eacute;es). Sa migration en direction du sud se serait arr&ecirc;t&eacute;e vers &#151;125 millions d&#146;ann&eacute;es (cr&eacute;tac&eacute; inf&eacute;rieur). A ce moment, le canal du Mozambique a une largeur voisine de l&#146;actuelle. Sa s&eacute;paration d&#146;avec l&#146;Inde remonterait &agrave; &#151;90 millions d&#146;ann&eacute;es.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les plantes et les animaux de Madagascar, au moment de sa s&eacute;paration de l&#146;Afrique, &eacute;taient ceux de l&#146;Afrique de l&#146;Est. On retrouve &agrave; travers un certain nombre d&#146;exemples cette identit&eacute; pass&eacute;e de la faune et de la flore.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Ainsi, le genre <I>Medemia,</I> qui est au bord de l&#146;extinction en Egypte et au Soudan, est repr&eacute;sent&eacute; par le palmier le plus commun &agrave; Madagascar. De m&ecirc;me, le caf&eacute;ier, <I>Coffea</I>, est aujourd&#146;hui plus diversifi&eacute; &agrave; Madagascar que dans sa zone d&#146;origine, la r&eacute;gion &eacute;thiopienne. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La flore malgache poss&egrave;de d&#146;autres composantes gondwaniennes ( 3% des plantes malgaches actuelles)&nbsp;: les Prot&eacute;ac&eacute;es, famille typique de l&#146;Afrique australe et de l&#146;Australie, sont repr&eacute;sent&eacute;es &agrave; Madagascar par 3 esp&egrave;ces.  Le c&eacute;l&egrave;bre arbre du voyageur est tr&egrave;s proche de <I>Phenakospermum guyanensis </I>d&#146;Am&eacute;rique du sud. Le genre <I>Ravenea</I> avec 17 esp&egrave;ces &agrave; Madagascar, appartient &agrave; la tribu des <I>Ceroxylae</I> largement distribu&eacute;e dans tout l&#146;h&eacute;misph&egrave;re sud. Le genre <I>Rhipsalis</I> de la famille typiquement am&eacute;ricaine des Cactac&eacute;es, est  &eacute;galement repr&eacute;sent&eacute; en Afrique et &agrave; Madagascar. Les seules gymnospermes malgaches, 4 esp&egrave;ces de <I>Podocarpus, </I>sont d&#146;un genre typiquement gondwanien.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Diff&eacute;rentes esp&egrave;ces de vanilles sauvages existent &agrave; Madagascar; la vanille cultiv&eacute;e a &eacute;t&eacute; en revanche introduite du Mexique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Pour les animaux, l&#146;exemple le plus connu est celui des ratites, oiseaux marcheurs caract&eacute;ristiques de l&#146;h&eacute;misph&egrave;re sud&nbsp;: moas et kiwis en Nouvelle Z&eacute;lande,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">                              &eacute;meus en Australie,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&#9;&#9;       autruches en Afrique,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">                              nandous en Am&eacute;rique du sud,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">                              casoars en Papouasie et Australie,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">                              <I>Aepyornis</I> &agrave; Madagascar. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Certains auteurs pensent que les proratites ont &eacute;volu&eacute; en Am&eacute;rique du Sud et auraient march&eacute; vers leurs zones respectives modernes en profitant de radeaux continentaux. Cette conception n&#146;est pas compatible avec la s&eacute;paration pr&eacute;coce de Madagascar du Gondwana, bien avant l&#146;apparition des oiseaux.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">    Les grenouilles diurnes &agrave; couleurs brillantes et attractives du genre <I>Mantella </I>sont, par leur comportement et par leur peau toxique, &agrave; rapprocher des grenouilles &agrave; poison de fl&egrave;che d&#146;Am&eacute;rique du Sud. Elles auraient un anc&ecirc;tre commun bien qu&#146;elles soient maintenant &agrave; plus de 12 000 km les unes des autres.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les boas ont &eacute;galement une r&eacute;partition discontinue. Aujourd&#146;hui, ils occupent l&#146;Am&eacute;rique centrale, les &icirc;les Cara&iuml;bes et l&#146;Am&eacute;rique du sud mais aussi Madagascar et plusieurs &icirc;les du Pacifique (C&eacute;l&egrave;bes, &icirc;les de la Soci&eacute;t&eacute;). Les boas sont de grands serpents aquatiques ou arboricoles caract&eacute;ristiques du Nouveau Monde. Il existe toutefois quelques boas fouisseurs en Afrique et en Asie. G&eacute;n&eacute;ralement, ils sont remplac&eacute;s dans l&#146;Ancien Monde par les pythons. Les pythons diff&egrave;rent des boas par quelques d&eacute;tails du squelette et par le fait qu&#146;ils pondent des &#156;ufs. Curieusement, &agrave; Madagascar, on trouve de vrais boas tr&egrave;s proches de ceux d&#146;Am&eacute;rique du Sud. Il semblerait que les boas aient eu une aire de r&eacute;partition plus</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> vaste. Il existait deux esp&egrave;ces de boas &agrave; Maurice qui furent extermin&eacute;s, sauf &agrave; l&#146;&icirc;le Ronde, par les cochons et probablement par les chiens. Un boa fossile a &eacute;t&eacute; trouv&eacute; en Egypte.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les aires de r&eacute;partition disjointes des boas et des <I>Mantella</I> sont une &eacute;nigme biog&eacute;ographique, celle des lacunes africaines. Plusieurs hypoth&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; avanc&eacute;es&nbsp;:</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - des diff&eacute;rences de climat au sein du Gondwana pourraient expliquer ces lacunes. L&#146;int&eacute;rieur du Gondwana poss&eacute;dait un climat continental et sec tandis que la p&eacute;riph&eacute;rie &eacute;tait plus temp&eacute;r&eacute;e et humide.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Cette partie du Gondwana &eacute;tait plus favorable &agrave; la diversification des esp&egrave;ces. Aussi, lors de sa fragmentation, l&#146;Am&eacute;rique du Sud et Madagascar &eacute;taient d&eacute;j&agrave; plus riches que l&#146;Afrique. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - les changements climatiques du quaternaire (p&eacute;riodes glaciaires) ont surtout affect&eacute; l&#146;Afrique en r&eacute;duisant la for&ecirc;t &agrave; quelques refuges pour les seules esp&egrave;ces adaptables, les autres &eacute;tant &eacute;limin&eacute;es. La palynologie (&eacute;tude des pollens) apporte des preuves qu&#146;il existait, en Afrique notamment, une flore plus riche au tertiaire.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - l&#146;ass&egrave;chement du climat africain pourrait &eacute;galement expliquer la plus grande diversit&eacute; malgache. En effet, toutes les for&ecirc;ts africaines connaissent au moins 1 ou 2 mois de saison s&egrave;che alors que seulement 10 jours sans pluie peuvent menacer gravement les for&ecirc;ts les plus humides de Madagascar.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - les lacunes africaines pourraient r&eacute;sulter de la d&eacute;gradation pr&eacute;coce du milieu sous l&#146;action de l&#146;homme. L&#146;Afrique a &eacute;t&eacute; le berceau de l&#146;humanit&eacute;, il y a 3 millions d&#146;ann&eacute;es. L&#146;action de l&#146;homme, pr&eacute;cocement pr&eacute;dateur puis plus tard agriculteur, est telle qu&#146;il n&#146;existerait plus de v&eacute;ritable for&ecirc;t vierge en Afrique.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La base du peuplement malgache est constitu&eacute;e par des cr&eacute;atures malgaches pr&eacute;serv&eacute;es depuis le jurassique. Madagascar est un sanctuaire, un conservatoire de formes primitives.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Bizarrement, il n&#146;existe &agrave; Madagascar aucun poisson d&#146;eau douce d&#146;origine africaine. Tous les poissons pr&eacute;sents d&eacute;rivent secondairement d&#146;esp&egrave;ces pouvant tol&eacute;rer l&#146;eau sal&eacute;e.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   En revanche, les coelacanthes, apparus au d&eacute;vonien, ont disparu au cr&eacute;tac&eacute; sup&eacute;rieur, sauf dans l&#146;archipel des Comores (et aux Philippines, o&ugrave; l'on vient d&#146;en d&eacute;couvrir r&eacute;cemment). Leur repr&eacute;sentant <I>Latimeria chalumnae</I> vit au nord-est du Canal du Mozambique, &agrave; 400 km seulement des c&ocirc;tes malgaches. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">2- L&#146;hypoth&egrave;se de la L&eacute;murie</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Faune et flore h&eacute;rit&eacute;es du Gondwana vont &eacute;voluer sur place, mais pas en vase clos. La communaut&eacute; de peuplement de la zone madagascane ou province biog&eacute;ographique madagascane prouve que de nombreux &eacute;changes s&#146;op&egrave;rent dans l&#146;Oc&eacute;an Indien rompant l&#146;isolement strict de Madagascar. La zone madagascane se r&eacute;f&egrave;re surtout &agrave; Madagascar, &agrave; l&#146;archipel des Comores, &agrave; l&#146;archipel des Seychelles et aux Mascareignes. Par ailleurs, jusqu&#146;&agrave; la fin du cr&eacute;tac&eacute;, Madagascar est rest&eacute;e en contact avec l&#146;Inde qui, avec le Plateau des Seychelles, formait un v&eacute;ritable pont ou, du moins, un gu&eacute;, la L&eacute;murie, vers l&#146;Asie. Ceci expliquerait la remarquable affinit&eacute; entre Madagascar et la r&eacute;gion australo-malaisienne. Tandis qu&#146;on peut s&#146;&eacute;tonner que Madagascar ne soit pas une province biog&eacute;ogaphique de l&#146;Afrique alors que seulement 300 km s&eacute;parent la c&ocirc;te du Cap Saint-Andr&eacute; de la c&ocirc;te du Mozambique. Cependant, les exemples qui suivent indiquent que la faune et la flore de Madagascar seraient plus proches de celles de l&#146;Asie du sud-est que de l&#146;Inde. Cette derni&egrave;re a connu d&#146;importantes variations climatiques lors de sa d&eacute;rive vers le nord.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La roussette <I>Pteropus rufus</I> de Madagascar appartient &agrave; un genre repr&eacute;sent&eacute; en Indon&eacute;sie, en Asie m&eacute;ridionale, en Papouasie, jusqu&#146;aux Samoas dans le Pacifique et &agrave; Madagascar, aux Comores, &agrave; Mafia et &agrave; Pemba. Le genre ne s&#146;est pas &eacute;tabli en Afrique, peut-&ecirc;tre &agrave; cause d&#146;une concurrence vitale excessive. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les iguanes malgaches, comme les boas, montrent une r&eacute;partition disjointe, en Am&eacute;rique du sud, dans le sud de l&#146;Am&eacute;rique du nord, les Cara&iuml;bes, des &icirc;les du Pacifique et &agrave; Madagascar (<I>Ophiurus</I>). La m&ecirc;me hypoth&egrave;se que pour les boas peut &ecirc;tre avanc&eacute;e&nbsp;: ils auraient une origine gondwanienne. En Asie et en Afrique, la famille des Agamid&eacute;s occupe les niches &eacute;cologiques &eacute;quivalentes &agrave; celles des Iguanid&eacute;s. D&#146;o&ugrave; l&#146;hypoth&egrave;se que les Agamid&eacute;s auraient &eacute;limin&eacute; les Iguanid&eacute;s dans ces r&eacute;gions, sauf &agrave; Madagascar qu&#146;ils n&#146;auraient pas pu atteindre. A la diff&eacute;rence des boas, pour l&#146;instant, aucun iguane fossile n&#146;a &eacute;t&eacute; retrouv&eacute; en Afrique. Ils pourraient n&#146;avoir jamais occup&eacute; l&#146;Afrique. En revanche, ils &eacute;taient pr&eacute;sents en Laurasie au cr&eacute;tac&eacute; sup&eacute;rieur et auraient pu parvenir jusqu&#146;&agrave; Madagascar par la L&eacute;murie. Pour les boas et les L&eacute;muriens, on conna&icirc;t &eacute;galement des fossiles du cr&eacute;tac&eacute; sup&eacute;rieur en Laurasie permettant de faire la m&ecirc;me hypoth&egrave;se.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Le genre <I>Nepenthes</I> comporte une soixantaine d&#146;esp&egrave;ces dont la plupart se trouvent en Indon&eacute;sie. Quelques esp&egrave;ces se rencontrent sur la pointe nord-ouest de l&#146;Australie, aux Philippines, en Nouvelle Cal&eacute;donie, une au Sri Lanka, une aux Seychelles (<I>N. pervillei</I>), deux &agrave; Madagascar, dont une dans la r&eacute;gion de Fort Dauphin et l&#146;autre dans les for&ecirc;ts du nord-est. Les premiers sp&eacute;cimens furent r&eacute;colt&eacute;s par </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Flacourt en 1658. Mais c&#146;est Diderot, au XVIII&egrave;me si&egrave;cle, qui, le premier, leur attribua le qualificatif de &quot;&nbsp;carnivores&nbsp;&quot;. Le pi&egrave;ge du <I>Nepenthes</I>, malgr&eacute; ses couleurs, n&#146;est pas une fleur. Des feuilles banales se prolongent par un cordon faisant deux boucles pour se terminer par une urne surmont&eacute;e d&#146;un couvercle. Ce couvercle emp&ecirc;che la dilution des sucs digestifs par l&#146;eau de pluie, mais ne se referme pas sur les proies. C&#146;est un pi&egrave;ge passif. Les insectes sont attir&eacute;s par des couleurs &eacute;clatantes, des odeurs suaves et du nectar provenant de glandes (amas de cellules s&eacute;cr&eacute;trices) situ&eacute;es au niveau de l&#146;ouverture de l&#146;urne. Puis en-dessous et jusque dans la zone du liquide digestif, des glandes produisent de la cire sur laquelle les pattes des insectes d&eacute;rapent. Des poils orient&eacute;s vers le bas emp&ecirc;chent toute tentative de remont&eacute;e. Ainsi, l&#146;animal glisse inexorablement vers le bas de l&#146;urne o&ugrave; des milliers de glandes digestives (6000/cm2) d&eacute;versent un liquide digestif accompagn&eacute; d&#146;un agent mouillant acc&eacute;l&eacute;rant la noyade de l&#146;insecte. Apr&egrave;s digestion, les m&eacute;tabolites produits sont absorb&eacute;s et favorisent la croissance et la floraison de la plante. Cependant, ils ne constituent qu&#146;un apport d&#146;appoint, notamment en azote, pour ces plantes qui vivent souvent sur des sols pauvres. L&#146;approvisionnement racinaire en &eacute;l&eacute;ments min&eacute;raux et la photosynth&egrave;se, fonctions habituelles des v&eacute;g&eacute;taux chlorophylliens, assurent normalement leur autotrophie.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Le <I>Nepenthes</I> est un exemple tr&egrave;s spectaculaire parmi les plantes carnivores qui conforte les opposants &agrave; la th&eacute;orie de l&#146;&eacute;volution&nbsp;: cette feuille montre une somme de modifications dont aucune, prise individuellement, ne pr&eacute;sente un avantage s&eacute;lectif. Ils y voient le r&eacute;sultat d&#146;un dessein providentiel, intelligent.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">3- Les &eacute;changes maritimes ou a&eacute;riens &agrave; longue distance</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Aux &eacute;changes terrestres anciens assur&eacute;s par la d&eacute;rive des continents, responsables du pal&eacute;oend&eacute;misme, il convient d&#146;opposer les arriv&eacute;es sporadiques par air ou par mer.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Ces arriv&eacute;es peuvent se faire &agrave; partir de l&#146;Afrique australe. Les crues de l&#146;&eacute;t&eacute; pluvieux auraient pr&eacute;cipit&eacute; &agrave; la mer des animaux capables de faire la travers&eacute;e &agrave; la nage (hippopotames, tortues terrestres) ou de s&#146;agripper &agrave; des radeaux de troncs, de branches et de d&eacute;chets v&eacute;g&eacute;taux (l&eacute;muriens, anc&ecirc;tres des tenrecs et des fossas). Cependant les apports orientaux semblent &ecirc;tre plus favoris&eacute;s par les vents et les courants. En moyenne, le transport maritime passif depuis l&#146;Australie est de 12 mois. Des blocs de pierre ponce du Krakatoa ont atteint par flottaison les c&ocirc;tes malgaches 6 mois seulement apr&egrave;s l&#146;&eacute;ruption de 1883.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les l&eacute;muriens seraient un exemple d&#146;apport maritime &agrave; partir de l&#146;Afrique. Les primates sont apparus &agrave; la fin du cr&eacute;tac&eacute;. Leur anc&ecirc;tre controvers&eacute;, <I>Purgatorius</I>, (67 millions d&#146;ann&eacute;es) poss&egrave;de une denture proche de celle des petits mammif&egrave;res insectivores dont il d&eacute;rive. Ils se divisent en deux sous-ordres, prosimiens d&#146;une part, simiens (singes et hommes) d&#146;autre part. Les prosimiens sont consid&eacute;r&eacute;s comme les plus primitifs car ils ont conserv&eacute;  jusqu&#146;&agrave; nos jours des caract&egrave;res rappelant ceux des insectivores&nbsp;:</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - museau allong&eacute; &agrave; truffe humide,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - yeux lat&eacute;raux,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - cerveau assez petit,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - jusqu&#146;&agrave; trois paires de mamelles,</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   - face enti&egrave;rement velue.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les prosimiens comprennent les l&eacute;muriens, les loris et les tarsiers. Plus de 9/10 des esp&egrave;ces de prosimiens actuelles sont malgaches. Les l&eacute;muriens ne sont pas end&eacute;miques de Madagascar, comme on l&#146;entend souvent dire. Il existe en effet quelques petits l&eacute;muriens nocturnes en Afrique&nbsp;: pottos et galagos. Les l&eacute;muriens, du pal&eacute;oc&egrave;ne sup&eacute;rieur &agrave; l&#146;&eacute;oc&egrave;ne sup&eacute;rieur, vivaient en Am&eacute;rique du Nord, en Europe et probablement en Afrique. Ils semblent dispara&icirc;tre &agrave; partir de l&#146;oligoc&egrave;ne. Sans doute ont-ils &eacute;t&eacute; remplac&eacute;s par des mammif&egrave;res plus &eacute;volu&eacute;s. En Afrique, les singes diurnes auraient &eacute;limin&eacute; les l&eacute;muriens en occupant leurs niches &eacute;cologiques. Ils n&#146;auraient laiss&eacute; subsister &agrave; leurs c&ocirc;t&eacute;s que les petites esp&egrave;ces nocturnes actuelles, pottos et galagos, avec lesquelles ils n&#146;&eacute;taient pas en comp&eacute;tition. L&#146;&eacute;tude des diff&eacute;rents fossiles malgaches semble indiquer qu&#146;une ou plusieurs esp&egrave;ces archa&iuml;ques de l&eacute;muriens auraient atteint la Grande Ile, il y a environ 40 millions d&#146;ann&eacute;es. A cette &eacute;poque Madagascar &eacute;tait peut-&ecirc;tre plus proche du continent africain. Le canal du Mozambique a d&ucirc;, sans doute, rester longtemps parsem&eacute; d&#146;&icirc;lots ou de lambeaux de terres &eacute;merg&eacute;s.        </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Des amas de v&eacute;g&eacute;tation ou de troncs arrach&eacute;s par les crues des fleuves ou par des tornades ont pu constituer des radeaux naturels qui ont servi de refuge aux l&eacute;muriens, leur permettant d&#146;effectuer par &eacute;tapes la travers&eacute;e entre les deux rivages. La th&egrave;se est s&eacute;duisante car elle permet d&#146;expliquer     l&#146;absence des singes &eacute;volu&eacute;s sur la Grande Ile puisqu&#146;ils sont apparus trop tard  pour faire partie du voyage. Elle permet &eacute;galement de comprendre pourquoi la grande faune africaine ne pouvait prendre place &agrave; bord de ces &quot;&nbsp;embarcations&nbsp;&quot; de fortune. Un amas de branches d&#146;arbres jet&eacute; sur les flots ne pouvait laisser une chance de survie qu&#146;&agrave; de petits animaux arboricoles capables de s&#146;agripper</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">fermement &agrave; la v&eacute;g&eacute;tation, de se nourrir de feuilles, de larves ou d&#146;insectes, ou m&ecirc;me de baisser consid&eacute;rablement leur m&eacute;tabolisme. Les anc&ecirc;tres des l&eacute;muriens actuels, en v&eacute;ritables rescap&eacute;s, auraient ainsi peupl&eacute; par vagues successives Madagascar. L&agrave;, &agrave; l&#146;abri de toute comp&eacute;tition, ils ont pu se reproduire puis se diff&eacute;rencier, gr&acirc;ce &agrave; un patrimoine g&eacute;n&eacute;tique tr&egrave;s plastique, en une extr&ecirc;me vari&eacute;t&eacute; de formes capables d&#146;utiliser toutes les niches &eacute;cologiques de leur nouveau territoire. Aujourd&#146;hui, il existerait 35 esp&egrave;ces de l&eacute;muriens. Si cette hypoth&egrave;se est s&eacute;duisante, elle ne permet pas d&#146;&eacute;liminer celle d&#146;une arriv&eacute;e de l&eacute;muriens depuis l&#146;Asie par la L&eacute;murie. Cette derni&egrave;re hypoth&egrave;se est confort&eacute;e par l&#146;absence de l&eacute;muriens fossiles en Afrique et la d&eacute;couverte du plus ancien l&eacute;murien fossile au Pakistan..</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">II - MADAGASCAR, LABORATOIRE DE L&#146;EVOLUTION&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">1- Une biodiversit&eacute; exceptionnelle</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Madagascar, par sa superficie (587 000 km2) est la quatri&egrave;me &icirc;le au monde apr&egrave;s le Groenland, la Nouvelle Guin&eacute;e et Born&eacute;o. Situ&eacute;e entre 12&#176; et 25&#176;30 de latitude sud, elle poss&egrave;de la diversit&eacute; g&eacute;ographique d&#146;un v&eacute;ritable continent avec presque toute la gamme des milieux naturels et des niches &eacute;cologiques que l&#146;on peut inventorier dans le monde tropical.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Madagascar est l&#146;un des cinq pays o&ugrave; la diversit&eacute; est maximale et qui rassemblent 60-70% de la biodiversit&eacute; du monde. Quelques 12 000 esp&egrave;ces v&eacute;g&eacute;tales sont recens&eacute;es sur l&#146;&icirc;le&nbsp;: 170 esp&egrave;ces de palmiers, 3 fois plus que dans toute l&#146;Afrique, plus de 900 esp&egrave;ces d&#146;orchid&eacute;es, davantage aussi qu&#146;en Afrique, 8 esp&egrave;ces de baobabs, pour 1 en Afrique et 1 en Australie, plus de la moiti&eacute; des caf&eacute;iers existant au monde, plus de 70 esp&egrave;ces de <I>Pandanus</I>&#133;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La m&ecirc;me biodiversit&eacute; s&#146;observe chez les animaux puisque Madagascar abrite 180 esp&egrave;ces de reptiles et 170 esp&egrave;ces d&#146;amphibiens, les 2/3 de celles recens&eacute;es dans le monde.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   On peut donc parler de sp&eacute;ciation explosive ou de radiation adaptative.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">2- Un end&eacute;misme record</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Madagascar partage l&#146;end&eacute;misme le plus &eacute;lev&eacute; du monde avec la Nouvelle Cal&eacute;donie. En effet, y sont end&eacute;miques 85% des esp&egrave;ces v&eacute;g&eacute;tales, 90% des esp&egrave;ces et 70% des genres pour la faune. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Le facteur temps, et donc l&#146;anciennet&eacute; de l&#146;&icirc;le, doivent &ecirc;tre invoqu&eacute;s en priorit&eacute; pour expliquer la grande originalit&eacute; de la faune et de la flore. Madagascar est devenue une &icirc;le il y a 90 millions d&#146;ann&eacute;es.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   L&#146;end&eacute;misme est ancien pour les end&eacute;miques de rang taxonomique &eacute;lev&eacute;. Il est r&eacute;cent, voire actuel, au niveau des esp&egrave;ces. L&#146;&eacute;tude pr&eacute;cise du niveau d&#146;end&eacute;micit&eacute; permet de mettre en &eacute;vidence les vagues successives d&#146;immigration.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   On consid&egrave;re comme pal&eacute;oend&eacute;miques huit familles de plantes (dont les didi&eacute;reac&eacute;es), quatre groupes de mammif&egrave;res (tenrecs, rongeurs, l&eacute;muriens et carnivores) et m&ecirc;me quatre familles d&#146;oiseaux (dont les vangid&eacute;s). Elles d&eacute;riveraient d&#146;un stock ancien de l&#146;&eacute;poque du Gondwana.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les tenr&eacute;cid&eacute;s sont des mammif&egrave;res relativement primitifs de l&#146;ordre des insectivores, caract&eacute;ristiques</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> de Madagascar. Les 26 esp&egrave;ces malgaches sont toutes end&eacute;miques et d&eacute;riveraient d&#146;un anc&ecirc;tre africain ayant colonis&eacute; la Grande Ile il y a 60 millions d&#146;ann&eacute;es. Cet anc&ecirc;tre commun ressemblait &agrave; une souris. Il s&#146;est trouv&eacute; devant un choix de niches &eacute;cologiques vacantes en particulier celles occup&eacute;es ailleurs par les h&eacute;rissons, les taupes, les musaraignes d&#146;eau. Au cours des millions d&#146;ann&eacute;es qui suivirent, les radiations &eacute;volutives successives ont conduit &agrave; des esp&egrave;ces d&#146;aspects tr&egrave;s diff&eacute;rents. Certaines, pratiquement aveugles avec des pattes excavatrices, ressemblent &agrave; des taupes. D&#146;autres ont non seulement l&#146;allure des h&eacute;rissons mais aussi leurs piquants. Ainsi les tangues et les h&eacute;rissons, malgr&eacute; de grandes similitudes ne sont que des cousins &eacute;loign&eacute;s. Ils constituent un exemple de convergence (similitude de forme mais anc&ecirc;tres diff&eacute;rents). Les tenr&eacute;cid&eacute;s, comme bien d&#146;autres esp&egrave;ces malgaches, montrent un m&eacute;lange complexe de caract&egrave;res primitifs et &eacute;volu&eacute;s ou m&ecirc;me sp&eacute;cialis&eacute;s.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les vangid&eacute;s, ou vangas, sont repr&eacute;sent&eacute;s par 14 esp&egrave;ces dont une est aussi pr&eacute;sente aux Comores. Les formes de leur bec illustrent la notion de radiation adaptative. C&#146;est en regardant l&#146;exemple comparable des pinsons des Galapagos que Darwin a dout&eacute; de la fixit&eacute; des esp&egrave;ces et a eu l&#146;intuition de l&#146;&eacute;volution. A Hawaii, les dr&eacute;panid&eacute;s offrent un exemple comparable.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">   3- La pression du milieu</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Le aye-aye m&eacute;rite une mention sp&eacute;ciale. Ce l&eacute;murien, de la taille d&#146;un gros chat, fut d&eacute;couvert par Sonnerat en 1774. Il a &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; comme disparu jusqu&#146;en 1956. Gr&acirc;ce &agrave; ses oreilles hypersensibles, il d&eacute;tecte la pr&eacute;sence de larves d&#146;insectes sous l&#146;&eacute;corce des arbres. Il peut suivre leur cheminement sous l&#146;&eacute;corce et rep&eacute;rer leurs galeries par diff&eacute;rences de r&eacute;sonance. Comme les rongeurs, il poss&egrave;de des incisives &agrave; croissance continue lui servant &agrave; arracher l&#146;&eacute;corce. Son m&eacute;dius, plus long et plus maigre que</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> les autres doigts, est pourvu de coussinets tactiles et d&#146;une griffe lui permettant de sonder les galeries d&eacute;couvertes et d&#146;en extraire les larves. Sa niche &eacute;cologique est g&eacute;n&eacute;ralement celle d&#146;oiseaux tels que les pics. Dans les &eacute;cosyst&egrave;mes o&ugrave; elle est rest&eacute;e vacante, elle est alors conquise par d&#146;autres esp&egrave;ces. A Madagascar c&#146;est par un mammif&egrave;re comme en Nouvelle Guin&eacute;e o&ugrave; elle abrite un opossum, une sarigue ray&eacute;e, mammif&egrave;re marsupial au 4<SUP>&egrave;me</SUP> doigt allong&eacute;. En Nouvelle Z&eacute;lande, c&#146;&eacute;tait par le couple aujourd&#146;hui disparu, de huia (<I>Heteralocha  acutirostris</I>) dont le m&acirc;le &agrave; gros bec creusait le bois tandis que la femelle &agrave; bec gr&ecirc;le capturait les larves. Aux &icirc;les Hawaii, c&#146;est par un oiseau, de la famille des c&eacute;raebid&eacute;s, qui a un bec  semblable &agrave; celui d&#146;un pic et par un dr&eacute;panid&eacute;&nbsp;: l&#146;akiapolaau. Aux Galapagos, c&#146;est par un pinson arm&eacute; d&#146;une &eacute;pine de cactus. L&#146;exemple du aye-aye, comme celui des tenr&eacute;cid&eacute;s, illustre la pression qu&#146;exerce le milieu sur les &ecirc;tres vivants et son r&ocirc;le majeur dans l&#146;&eacute;volution.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Cette pression du milieu peut conduire &agrave; des similitudes qui ne s&#146;expliquent pas n&eacute;cessairement par des relations r&eacute;elles de parent&eacute; mais par l&#146;occupation de la m&ecirc;me niche &eacute;cologique. C&#146;est le ph&eacute;nom&egrave;ne de convergence d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment. Il peut &ecirc;tre spectaculaire comme par exemple chez les plantes succulentes telles les cactac&eacute;es, les euphorbiac&eacute;es et les didi&eacute;r&eacute;ac&eacute;es qui poss&egrave;dent un ensemble de dispositifs leur permettant de survivre dans les milieux arides. Il existe aussi chez les oiseaux marcheurs ayant perdu l&#146;aptitude au vol, comme les ratites&nbsp;: autruche, &eacute;meu, nandou, <I>Aepyornis</I>, moa et casoar qui forment certainement un groupe polyphylog&eacute;n&eacute;tique. Il s&#146;observe aussi chez le chat, le chat marsupial et le fossa malgache (mangouste aberrante &agrave; m&acirc;choires carr&eacute;es et griffes r&eacute;tractiles). La taupe, la taupe marsupiale et le tenr&eacute;cid&eacute; &agrave; allure de taupe montrent aussi ce ph&eacute;nom&egrave;ne de convergence tout comme les singes, les l&eacute;muriens et les kangourous arboricoles. Ces convergences sont parfois si pouss&eacute;es qu&#146;elles peuvent conduire &agrave; des erreurs de syst&eacute;matique qui ne peuvent &ecirc;tre corrig&eacute;es que par des &eacute;tudes pal&eacute;ontologiques ou mol&eacute;culaires.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La somme des convergences d&#146;esp&egrave;ces particuli&egrave;res peut conduire &agrave; des convergences de communaut&eacute;s&nbsp;: bush du sud-ouest malgache et d&eacute;sert de Sonora en Arizona.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   La th&eacute;orie darwinienne entend expliquer l&#146;&eacute;volution des &ecirc;tres vivants en fonction de toutes les relations avec leur environnement sans pond&eacute;ration pr&eacute;alable. Le concept de lutte pour l&#146;existence  n&#146;a pas dans &nbsp;&quot;&nbsp;L&#146;origine des esp&egrave;ces&nbsp;&quot; l&#146;&eacute;troite d&eacute;finition malthusienne, qu&#146;on lui attribue d&#146;ordinaire, d&#146;une comp&eacute;tition entre cong&eacute;n&egrave;res. Le mutualisme, ensemble d&#146;interactions &agrave; b&eacute;n&eacute;fices r&eacute;ciproques intervient aussi dans l&#146;&eacute;volution. A cet &eacute;gard, en 1862, Darwin qui travaillait sur la famille des orchid&eacute;es se demanda quel insecte pouvait poss&eacute;der une trompe assez longue pour venir puiser le nectar dans l&#146;&eacute;peron d<I>&#146;Angraecum sesquipedale</I> ou grande com&egrave;te qui peut atteindre 35 cm de long. Le naturaliste anglais, A.R. Wallace, second p&egrave;re de la th&eacute;orie de l&#146;&eacute;volution, dans son livre, &quot;&nbsp;Contribution &agrave; la th&eacute;orie de la s&eacute;lection naturelle&nbsp;&quot; (1870),  pr&eacute;dit l&#146;existence d&#146;un tel insecte. C&#146;est 33 ans plus tard que W. Rothschild et K. Jordan d&eacute;crivent le sphinx <I>Xanthopan morgani praedicta</I>. Cette sous-esp&egrave;ce malgache d&#146;une esp&egrave;ce africaine (les sphinx sont de bons voiliers) poss&egrave;de une trompe de 27 cm. Ils nomm&egrave;rent &quot;&nbsp;<I>praedicta&nbsp;&quot;</I> cette sous-esp&egrave;ce end&eacute;mique, c&#146;est-&agrave;-dire qui avait &eacute;t&eacute; pr&eacute;dite. Depuis cette &eacute;poque, cet exemple est fr&eacute;quemment cit&eacute; pour illustrer la notion d&#146;&eacute;volution mutuelle de la fleur &agrave; grand &eacute;peron et de l&#146;insecte &agrave; longue trompe. Le nectar des fleurs apporte au pollinisateur non seulement divers sucres (sucrose, fructose, glucose) mais &eacute;galement des acides amin&eacute;s. Le co&ucirc;t de l&#146;op&eacute;ration pour la plante est</P> <P ALIGN="JUSTIFY">compens&eacute; par le b&eacute;n&eacute;fice d&eacute;cisif apport&eacute; par la f&eacute;condation crois&eacute;e. Elle est assur&eacute;e de fa&ccedil;on d&#146;autant plus efficace que la structure de la fleur a conduit &agrave; une sp&eacute;cialisation du pollinisateur (il est, de par sa longue trompe, inf&eacute;od&eacute; pr&eacute;f&eacute;rentiellement &agrave; cette esp&egrave;ce d&#146;orchid&eacute;e). La quantit&eacute; de nectar produit par la fleur oblige le papillon &agrave; visiter un grand nombre de fleurs pour couvrir ses besoins. Le sphinx a un effet positif sur l&#146;orchid&eacute;e car il accro&icirc;t sa valeur s&eacute;lective en augmentant sa contribution &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration suivante. Aujourd&#146;hui, cette vision est remise en question car le sphinx n&#146;est pas adulte lorsque l&#146;orchid&eacute;e est en fleur, et elle est donc rarement f&eacute;cond&eacute;e gr&acirc;ce au sphinx.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">III &#151; DESTRUCTION D&#146;UN SANCTUAIRE</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Madagascar appara&icirc;t de plus en plus comme un gisement fossilif&egrave;re exceptionnel&nbsp;: des dinosaures &agrave; partir du trias y ont &eacute;t&eacute; trouv&eacute;s, des mammif&egrave;res du jurassiques, plus anciens que dans l&#146;h&eacute;misph&egrave;re nord, &#133;mais nous ne parlerons ici que de subfossiles.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">1- Les subfossiles</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les premiers immigrants indon&eacute;siens ont abord&eacute; les c&ocirc;tes malgaches vers le VII&egrave;me si&egrave;cle. La for&ecirc;t occupait alors une place beaucoup plus importante et abritait les repr&eacute;sentants d&#146;un gigantisme aujourd&#146;hui r&eacute;volu tels les l&eacute;muriens g&eacute;ants ou l<I>&#146;Aepyornis</I> qui disparurent rapidement apr&egrave;s l&#146;arriv&eacute;e de l&#146;homme europ&eacute;en.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   A partir du moyen-&acirc;ge, les navigateurs arabes supplantent les indon&eacute;siens. Ce sont des marchands arabes qui rapporteront &agrave; Marco Polo l&#146;existence sur une &icirc;le appel&eacute;e Madeigascar, d&#146;un oiseau colossal qui est entr&eacute; dans les l&eacute;gendes europ&eacute;ennes sous le nom de &quot;&nbsp;Sinbad roc&nbsp;&quot;. Sinbad aurait entrepris son</P> <P ALIGN="JUSTIFY">voyage entre 781 et 835 et le r&eacute;cit de ses aventures aurait &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute; entre 835 et 840. Voici ce qu&#146;il</P> <P ALIGN="JUSTIFY">raconte&nbsp;: &quot;&nbsp;Enfin je me suis r&eacute;solu &agrave; grimper sur un arbre de taille &eacute;lev&eacute;e et j&#146;inspectai l&#146;horizon de droite et de gauche&#133; Et voici que m&#146;apparut au loin, dans les profondeurs de l&#146;&icirc;le, une tache de couleur blanche&#133;Je marchai sans rel&acirc;che jusqu&#146;&agrave; ce que je m&#146;en fusse approch&eacute; suffisamment et je d&eacute;couvris une sorte de coupole de couleur blanche, de grandes dimensions, et qui atteignait une hauteur consid&eacute;rable. Je m&#146;approchai jusqu&#146;&agrave; en toucher la paroi. Celle-ci &eacute;tait lisse et plus fine au toucher que la soie. Je fis le tour de cet &eacute;trange b&acirc;timent et m&#146;&eacute;tonnai de ne trouver aucune porte qui p&ucirc;t y donner acc&egrave;s. J&#146;essayai alors de l&#146;escalader, esp&eacute;rant parvenir au sommet, mais je dus vite renoncer, tant la surface du mur &eacute;tait glissante. J&#146;entrepris d&#146;en faire une seconde fois le tour en comptant mes pas pour estimer plus exactement la circonf&eacute;rence de l&#146;&eacute;difice. Elle &eacute;tait d&#146;environ cinquante pas [&#133;]. Une sorte d&#146;&eacute;norme nuage cacha soudain le soleil. Je l&#146;observai un moment et d&eacute;couvris qu&#146;il s&#146;agissait en fait d&#146;un &eacute;norme oiseau qui venait de surgir du fond de l&#146;horizon. .. dont les dimensions pouvaient rivaliser avec les nuages. Je compris alors que cette coupole que j&#146;avais sous les yeux n&#146;&eacute;tait autre qu&#146;un  &#156;uf gigantesque pondu par la femelle de ce monstre volant. Et c&#146;&eacute;tait elle, assur&eacute;ment, qui fondait &agrave; pr&eacute;sent vers son nid o&ugrave; je m&#146;&eacute;tait hasard&eacute; imprudemment. Ouvrant tout grand ses ailes, elle prit terre en effet en cet endroit et recouvrit de son corps l&#146;&#156;uf monstrueux qu&#146;elle se mit en devoir de couver. Je la vis allonger sur le sol ses pattes et ses serres formidables avant de s&#146;endormir&#133; J&#146;avais vu s&#146;abattre l&#146;une des griffes de la b&ecirc;te, semblable au soc de fer d&#146;une charrue g&eacute;ante&#133;&nbsp;&quot; Comme d&#146;autres marins et voyageurs, Sinbad appelle cet oiseau &quot;&nbsp;rokh&nbsp;&quot; ce qui signifie litt&eacute;ralement &eacute;l&eacute;phant mont&eacute;, pi&egrave;ce du jeu d&#146;&eacute;checs devenue plus tard la tour, d&#146;o&ugrave; le verbe&nbsp;&quot;&nbsp;roquer&nbsp;&quot;. Bien que n&#146;&eacute;tant pas naturaliste, Flacourt nous livre les premiers renseignements pr&eacute;cis dans son &quot;&nbsp;Histoire de la Grande Isle&nbsp;de Madagascar&quot; publi&eacute;e en 1658&nbsp;: &quot;&nbsp;Vouroun patra est un grand oiseau qui hante les Ampatres (l&#146;actuel Androy) et fait ses &#156;ufs comme l&#146;autruche, c&#146;est une autruche. Ceux des dits lieux ne peuvent le prendre, il cherche les endroits les plus d&eacute;serts.&nbsp;&quot; L<I>&#146;Aepyornis</I> a &eacute;t&eacute; le plus gros animal vivant de Madagascar depuis l&#146;extinction des dinosaures. Il mesurait 3 m de haut, pesait 500 kg et son &#156;uf avait un volume de 8 litres. Le ramassage de l&#146;&#156;uf et surtout le feu (dangereux pour les poussins) eurent raison de lui. Ses ossements furent d&eacute;couverts en 1868 par Alfred Grandidier. On a identifi&eacute; trois esp&egrave;ces&nbsp;: <I>A. maximus, A. medius</I> et <I>A. hildebrandti</I>. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les oiseaux ne furent pas les seuls &agrave; pr&eacute;senter ce caract&egrave;re de gigantisme. Flacourt d&eacute;crivit &eacute;galement &quot;&nbsp;un animal gros comme un veau de deux ans qui a la t&ecirc;te ronde et une face d&#146;homme&nbsp;: les pieds de devant comme un singe et ceux de derri&egrave;re aussi. Il a le poil frisot&eacute;, la queue courte et les oreilles comme celles d&#146;un homme. Il ressemble au Tanacht d&eacute;crit par Ambroise Par&eacute;. Il s&#146;en est vu un proche de l&#146;&eacute;tang de Lipomani aux environs duquel est fait son repaire. C&#146;est un animal fort solitaire. Les gens du pays en ont grand peur et s&#146;enfuient de lui comme lui aussi d&#146;eux.&nbsp;&quot; Cet animal fantastique &eacute;tait un l&eacute;murien g&eacute;ant. Plusieurs grandes esp&egrave;ces comparables &agrave; des gorilles, des orang-outangs ou &agrave; des chimpanz&eacute;s ont v&eacute;cu sur la Grande Ile. On estime qu&#146;un tiers des esp&egrave;ces de l&eacute;muriens se sont &eacute;teintes en 1000 &agrave; 1500 ans. Parall&egrave;lement, deux esp&egrave;ces de tortues g&eacute;antes (<I>Dipsochelis grandidieri </I>et<I> D.</I> <I>abrupta</I>) et l&#146;hippopotame nain ont disparu. Tous ces animaux, aujourd&#146;hui disparus, qui ont &eacute;t&eacute; contemporains de l&#146;homme sont qualifi&eacute;s de subfossiles.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Le nanisme comme le gigantisme est consid&eacute;r&eacute; comme un caract&egrave;re insulaire. Les subfossiles t&eacute;moignent ainsi que les animaux les plus sp&eacute;cifiques semblent dispara&icirc;tre les premiers lors d&#146;une modification du milieu. L&#146;&eacute;tude pr&eacute;cise de l&#146;avifaune end&eacute;mique foresti&egrave;re de Madagascar confirme que la tol&eacute;rance &agrave; la d&eacute;gradation des for&ecirc;ts d&eacute;pend du degr&eacute; d&#146;end&eacute;misme. Par cons&eacute;quent, les end&eacute;miques peuvent constituer des indicateurs biologiques du taux de d&eacute;gradation des milieux forestiers.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">2- La destruction de la v&eacute;g&eacute;tation naturelle</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   On est en droit de craindre que cette importante composante de la biodiversit&eacute; malgache ne finisse par dispara&icirc;tre totalement avant m&ecirc;me d&#146;&ecirc;tre connue si un effort d&#146;inventaire, de prospection et de protection n&#146;est pas rapidement mis en place. En effet, la modification et la destruction des habitats naturels par l&#146;homme sont parmi les plus importants facteurs de risque d&#146;extinction des esp&egrave;ces. C&#146;est particuli&egrave;rement le cas pour les esp&egrave;ces end&eacute;miques sp&eacute;cifiques des zones g&eacute;ographiques isol&eacute;es et restreintes. C&#146;est ainsi qu&#146;&agrave; Madagascar, 44% des esp&egrave;ces de mammif&egrave;res sont menac&eacute;es de disparition (devant 32% aux Philippines, 8% aux U.S.A. et 4% au Canada).</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Les cultures sur br&ucirc;lis ou <I>tavy</I>, l&#146;exploitation sauvage d&#146;essences rares ou pr&eacute;cieuses (&eacute;b&egrave;ne&nbsp;: 97 esp&egrave;ces dont 96 end&eacute;miques,  palissandre&nbsp;: 48 esp&egrave;ces dont 47 end&eacute;miques) et le ramassage du bois de feu font chaque jour reculer la for&ecirc;t. En 1993, les Malgaches ont consomm&eacute; 1,8 kg de bois par jour et par habitant. Le bois, qui a une valeur &eacute;nerg&eacute;tique de 1 500 kJ/kg, est le plus souvent transform&eacute; en charbon de bois plus commode &agrave; transporter comme &agrave; utiliser, et plus &eacute;nerg&eacute;tique (32 000kJ/kg). Si cette transformation fait vivre de nombreux charbonniers, elle se traduit par plus de 80% de perte d&#146;&eacute;nergie&nbsp;! Il faut 12 kg de bois frais pour faire 1 kg de charbon de bois.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Dans les zones plus s&egrave;ches de l&#146;ouest, ce sont les feux de brousse allum&eacute;s par les pasteurs qui sont &agrave; l&#146;origine du recul de la v&eacute;g&eacute;tation naturelle. Ce sont aussi parfois de regrettables accidents comme au d&eacute;but du si&egrave;cle, la destruction de la v&eacute;g&eacute;tation unique de la partie sommitale du Tsaratanana, point culminant de la Grande Ile, par le g&eacute;ologue Lemoine. En 1985, la for&ecirc;t ne couvrait d&eacute;j&agrave; plus que le tiers de sa surface d&#146;origine, avant l&#146;arriv&eacute;e de l&#146;homme.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Six pays du tiers monde (Br&eacute;sil, Colombie, Madagascar, Indon&eacute;sie, Mexique et Za&iuml;re) abritent &agrave; eux seuls dans leurs for&ecirc;ts humides, v&eacute;ritables coffres-forts biologiques, une part essentielle des r&eacute;serves g&eacute;n&eacute;tiques mondiales. Malheureusement, si les for&ecirc;ts tropicales sont plus luxuriantes que les for&ecirc;ts temp&eacute;r&eacute;es, elles sont aussi plus fragiles notamment par l&#146;absence de r&eacute;serves organiques dans leurs sols. En effet, leur humus est imm&eacute;diatement recycl&eacute; par les champignons et bact&eacute;ries dont l&#146;activit&eacute; est d&eacute;cupl&eacute;e par le climat chaud et humide. Par cons&eacute;quent, l&#146;essentiel de la mati&egrave;re organique est sous forme vivante et la repousse de la for&ecirc;t est fortement compromise en cas de coupe &agrave; blanc.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Malgr&eacute; les dommages subis par les for&ecirc;ts ombrophiles du globe, aucune n&#146;a subi le sort de la for&ecirc;t malgache. Constitu&eacute;e d&#146;une communaut&eacute; d&#146;end&eacute;miques, elle a atteint un &eacute;quilibre par des combinaisons diff&eacute;rentes de celles qui jouent en Afrique ou en Asie. La stabilit&eacute; et l&#146;anciennet&eacute;  des for&ecirc;ts primaires malgaches ont favoris&eacute; la sp&eacute;ciation et l&#146;apparition d&#146;esp&egrave;ces localis&eacute;es, d&eacute;pendantes de ce sanctuaire, surtout pour les plus anciennes et les plus originales.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Plusieurs faits sugg&egrave;rent le manque de comp&eacute;titivit&eacute; de la v&eacute;g&eacute;tation malgache. Par exemple, l&#146;&eacute;tage herbac&eacute; est particuli&egrave;rement d&eacute;velopp&eacute; dans la plupart des for&ecirc;ts de la Grande Ile ce qui sous entendrait que la canop&eacute;e est moins efficace pour capter la lumi&egrave;re que celle des for&ecirc;ts continentales. La plupart des for&ecirc;ts &agrave; Madagascar montre une grande sensibilit&eacute; au feu. La v&eacute;g&eacute;tation secondaire, ou <I>savoka</I>, qui s&#146;installe apr&egrave;s les incendies, n&#146;est pas aussi efficace que celle de l&#146;Afrique pour jouer un r&ocirc;le majeur dans la reforestation.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">CONCLUSION</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">   L&#146;agonie de la nature malgache dure depuis longtemps car, au d&eacute;but du si&egrave;cle, un g&eacute;ographe d&eacute;clarait que Madagascar avait d&eacute;j&agrave; la couleur, la consistance et la fertilit&eacute; de la brique&nbsp;! La destruction s&#146;acc&eacute;l&egrave;re &agrave; mesure que s&#146;accro&icirc;t la population, la plus grande partie des pertes ayant eu lieu depuis 1950.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   Peut-&ecirc;tre est-il encore possible d&#146;inverser le processus et de sauver quelques &icirc;lots de nature&nbsp;?</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   L&#146;Amiral Didier Ratsiraka, &agrave; 62 ans, &eacute;lu pour la 4<SUP>&egrave;me</SUP> fois pr&eacute;sident de la R&eacute;publique malgache, a d&eacute;velopp&eacute; dans son discours d&#146;investiture, le 9 f&eacute;vrier 1997, son concept d&#146;une r&eacute;publique humaniste et &eacute;cologique qui &quot;&nbsp;r&eacute;conciliera l&#146;homme avec son cr&eacute;ateur&nbsp;&quot; !</P> <P ALIGN="JUSTIFY">   En 2 000, on a d&eacute;fini dans le monde 25 &quot;&nbsp;hotspots&nbsp;&quot;, zones qui correspondent &agrave; des &eacute;cosyst&egrave;mes qui t&eacute;moignent d&#146;une exceptionnelle biodiversit&eacute; et qui sont menac&eacute;s de dispara&icirc;tre, et parmi eux l&#146;Oc&eacute;an Indien occidental. Ils devraient b&eacute;n&eacute;ficier d&#146;une protection prioritaire de la part des instances internationales.</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Guide nature de l&#146;Oc&eacute;an Indien, Madagascar, Comores, Seychelles, Maurice, R&eacute;union, T. R. de Schneidauer, Institut Royal de Sciences Naturelles de Belgique, Duculot, 1982</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">A fieldguide to the Amphibians and Reptiles of Madagascar, Zoologisches Forschungsinstitut und Museum, A. Koenig, Bonn, 1994</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Flore des Seychelles, Dicotyl&eacute;dones, F. Friedmann, O.R.S.T.O.M. &eacute;ditions, 1994</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">L&eacute;muriens, Primates de Madagascar, E. Robert, S. Bergerot, Plan&egrave;te Deno&euml;l, 1992</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Madagascar, l&#146;&icirc;le des esprits, J.-Y. Cousteau, F. Sarano, Plon, 1995</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">V&eacute;g&eacute;taux et groupements v&eacute;g&eacute;taux de Madagascar et des Mascareignes, Y. Cabanis, L. et F. Chabous, tomes 1 &agrave; 4, B.D.P.A., 1969</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">A world like our own, A. Jolly, Yale University Press, 1980</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Biog&eacute;ographie de Madagascar, Soci&eacute;t&eacute; de biog&eacute;ographie, Mus&eacute;um, O.R.S.T.O.M., O.R.S.T.O.M. &eacute;ditions 1996</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">La Recherche n&#176; 292 p. 86, Les insectes, novembre 1996</P> <P ALIGN="JUSTIFY"> </P> <P ALIGN="JUSTIFY">La Recherche n&#176; 349 p.13, L&#146;origine des l&eacute;muriens, janvier 2002</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">La Recherche n&#176; sp&eacute;cial La biodiversit&eacute; juillet-ao&ucirc;t 2000</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pour la Science n&#176; 294 p.38 Les fossiles de Madagascar, avril 2002</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pour la Science n&#176; 232, Mammif&egrave;res en danger, f&eacute;vrier 1997</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Pour la Science n&#176; sp&eacute;cial L&#146;&eacute;volution, 1997 </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Aux origines de l&#146;humanit&eacute;, Y. Coppens, P. Picq, Fayard, 2001</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Insectes du monde, W. Linsenmaier, Stock, 1973</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Tree diversity on small plots in Madagascar : a preliminary review, Revue d&#146;&eacute;cologie, 51-2, 1996</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Madagascar, un sanctuaire de la nature, P. Oberl&eacute;, R. Paulian, J.-L. Guillaumet, P. Griveaud, C. Blanc, C.W. Benson, Y. Magnier, P. Viette et J. Andriamampianina, Tananarive, Oberl&eacute; &eacute;ditions, 1981</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Sciences de la vie et de la terre, enseignement obligatoire terminale S, R. Demounem, J. Gourlaouen et E. P&eacute;rilleux, Nathan, 1994</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Sciences de la vie et de la terre, enseignement obligatoire terminale S, R. Tavernier, C. Lizeaux, Bordas, 1994</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">L&#146;&eacute;volution des syst&egrave;mes &eacute;cologiques, R. May, l&#146;&eacute;volution, biblioth&egrave;que Pour la science, Belin, 1978</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">The palms of Madagascar, J. Dransfield, H. Beentje, Royal Botanical Gardens, Kew and the International Palm Society, 1995</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les aventures de Sinbad le marin, traduction de R. Khawan, Ph&eacute;bus, 1985</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Afrique express n&#176;136 p.13 11/02/1997</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">Succulent and xerophytic plants of Madagascar, vol. 1, W. Rauh, Strawberry Press, 1995</P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Diversit&eacute; et end&eacute;misme &agrave; Madagascar, Soci&eacute;t&eacute; de Biog&eacute;ographie, Mus&eacute;um, W. Louren&ccedil;o, S Goodman 2000  </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">    </P> <P ALIGN="JUSTIFY"></P></FONT></BODY> </HTML> 
