<HTML><HEAD><TITLE>31 Mars 98 - Un &eacute;crin d'ambre de 54 millions d'ann&eacute;es sauv&eacute; des eaux      </TITLE>  <META NAME="keywords"CONTENT="L'HUMANITE - 31/03/98 - SOCIETE - Un &eacute;crin d'ambre de 54 millions d'ann&eacute;es sauv&eacute; des eaux      ">  </HEAD> <BODY BGCOLOR=FFFFFF TEXT=000000 LINK=EE1811 VLINK=000000>  <TABLE BORDER=0 WIDTH=100%><TR><TH><A HREF="/index.html" TARGET="_top"><IMG BORDER=0 SRC="/icono/logo-huma-petit.gif" ALT="Le web de l'Humanit&eacute;"></IMG></A> 		<TH><A HREF="/journal/index.html" TARGET="_top"><IMG BORDER=0 SRC="/icono/bt-hq-accueil2.gif" ALT="Accueil"></IMG></A> 		<TH><A HREF="/journal/archives.html" TARGET="_top"><IMG  BORDER=0 SRC="/icono/bt-hq-archives2.gif" ALT="Archives"></IMG></A> 		<TH><A HREF="/journal/recherche.html" TARGET="_top"><IMG  BORDER=0 SRC="/icono/bt-hq-recherche2.gif" ALT="Recherche"></IMG></A> 		<TH><A HREF="/journal/jour.html" TARGET="_top"><IMG  BORDER=0 SRC="/icono/bt-hq-quotidien2.gif" ALT="Aujourd'hui"></IMG></A> 		</TABLE><HR SIZE=5> <IMG  SRC="/icono/icone-hq.gif" align=right ALT="L'Humanit&eacute; quotidien"></IMG><P> <CENTER><FONT SIZE=3><B>31 Mars 98 - SOCIETE</B></FONT></CENTER> <P>     <CENTER><FONT COLOR=FF0000><H2>  Un &eacute;crin d'ambre de 54 millions d'ann&eacute;es sauv&eacute; des eaux<P>   </H2></FONT></CENTER><P>   LES pieds dans la boue, un minuscule d&eacute;bris osseux au bout des doigts, Ga&euml;l de Plo&euml;g exulte: 'C'est un fragment de dent d'animal qui devait ressembler &agrave; un l&eacute;murien. J'ai h&acirc;te de le coller sur la mandibule &agrave; laquelle il appartient!' Ce pal&eacute;ontologue amateur, actuellement au ch&ocirc;mage, a d&eacute;couvert, il y a deux ans, le site d'ambre fossilif&egrave;re de l'Oise. 'Je cherchais des &eacute;cailles de tortues et des dents de crocodiles. Et puis je suis tomb&eacute; sur quelque chose qui ressemblait &agrave; un bout de plastique jaune transparent.' Alert&eacute;s, les entomologistes du Mus&eacute;um d'histoire naturelle de Paris, Andr&eacute; Nel, ma&icirc;tre de conf&eacute;rence, et le professeur Jean-Jacques Menier se sont aussit&ocirc;t rendus sur place, dans une sabli&egrave;re exploit&eacute;e par la soci&eacute;t&eacute; Redland. Ils y ont d&eacute;couvert un gisement d'ambre vieux de 54 millions d'ann&eacute;es, &agrave; la charni&egrave;re des p&eacute;riodes de l'Eoc&egrave;ne et du Pal&eacute;oc&egrave;ne, au d&eacute;but de l'&egrave;re tertiaire. De l'ambre, m&eacute;l&eacute; &agrave; du linite (charbon de bois), pr&eacute;c&eacute;dant de 10 millions d'ann&eacute;es le plus c&eacute;l&egrave;bre connu: celui de la Baltique. Mais le gisement de l'Oise, qui ressemble &agrave; une steppe mar&eacute;cageuse aux sables mouvants, poss&egrave;de deux particularit&eacute;s le hissant au plus niveau dans l'&eacute;chelle de l'int&eacute;r&ecirc;t scientifique. D'une part, il t&eacute;moigne d'une &eacute;poque qui suit de seulement 10 millions d'ann&eacute;es la fin des dinosaures; d'autre part, cette &eacute;poque &eacute;tait jusqu'ici vierge d'ambre insectif&egrave;re.<P> D'o&ugrave; l'&eacute;motion suscit&eacute;e, il y a quelques jours, par la d&eacute;cision de la soci&eacute;t&eacute; Redland (r&eacute;cemment rachet&eacute;e par les Ciments Lafarge) de mettre fin &agrave; l'exploitation de la sabli&egrave;re et, par voie de cons&eacute;quence, aux pompages du terrain. Irr&eacute;m&eacute;diablement, cela aurait conduit &agrave; noyer les tr&eacute;sors enfouis dans le sous-sol. Une d&eacute;cision finalement suspendue. Le ma&icirc;tre-d'oeuvre s'est engag&eacute; &agrave; prolonger l'extraction pendant sept &agrave; huit mois. 'Cela devrait nous laisser le temps de r&eacute;cup&eacute;rer pas mal de choses', confie Jean-Jacques Menier, qui pr&eacute;cise qu'en quarante minutes offertes aux scientifiques par Redland, les pelleteuses ont recueilli plus de s&eacute;diments que les pelles, les pioches, les tamis et l'huile de coude, en un an. Trois cents kilos d'ambre ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; extraits. La carri&egrave;re doit en abriter plusieurs tonnes...<P> A terme, l'objectif des entomologistes est de cr&eacute;er une collection d'ambre parisien. Car des insectes, le bestiaire de l'Oise en contient des millions. La plupart mesurent entre deux &agrave; trois millim&egrave;tres, les plus gros un centim&egrave;tre et demi. 'Car les gros insectes parviennent &agrave; se d&eacute;gager de la r&eacute;sine', explique Andr&eacute; Nel. L'inventaire pr&eacute;liminaire du Mus&eacute;um d'histoire naturelle a recens&eacute; dix-sept ordres parmi lesquels plus de deux cents esp&egrave;ces nouvelles dont un pince-oreille et une mante 'tr&egrave;s bizarre', selon Jean-Jacques Menier. Sp&eacute;cialiste des col&eacute;opt&egrave;res, ce dernier peut &ecirc;tre satisfait: fait exceptionnel, ces petites b&ecirc;tes repr&eacute;sentent 10% de la population prise au pi&egrave;ge de la r&eacute;sine polym&eacute;ris&eacute;e (solidifi&eacute;e) de l'Oise.<P>    <H4 ALIGN=center><HR WIDTH=50>  Une for&ecirc;t dense.<P>    chaude et humide<P>    <HR WIDTH=50></H4><P>   Autres d&eacute;couvertes importantes pour les pal&eacute;ontologues: les feuilles, tiges, brindilles et fleurs contenues dans l'ambre ainsi que les pollens, graines, bois et tronc d'arbres conserv&eacute;s dans les s&eacute;diments environnants. Enfin des dents de requins et de crocodiles, des ossements de primates, de serpents, de salamandres. Autant d'indices qui ont permis aux chercheurs de confirmer l'id&eacute;e qu'ils se faisaient de l'&eacute;cosyst&egrave;me de l'&eacute;poque. Il y a cinquante-quatre millions d'ann&eacute;es, le bassin parisien &eacute;tait recouvert d'une for&ecirc;t dense, chaude et humide, comparable par sa faune et sa flore, aux for&ecirc;ts tropicales d'Australie, d'Afrique du Sud ou d'Am&eacute;rique du Sud, o&ugrave; les conif&egrave;res voisinaient avec les angiospermes (arbres &agrave; fleurs). Ces derniers ont donn&eacute; l'ambre de l'Oise, moins dense et plus friable que celui de la Baltique (les joailliers ne pourront pas l'exploiter). Une for&ecirc;t bord&eacute;e au nord-est par une mer profonde. Un large fleuve la traversait du sud-ouest au nord-est o&ugrave; s'&eacute;tendait probablement un immense delta du type de celui du Mississippi.<P> Gr&acirc;ce &agrave; une reconstitution minutieuse des liens de parent&eacute; avec les familles ou les genres d'insectes actuels, les entomologistes vont donc pouvoir rep&eacute;rer comment ces derni&egrave;res ont &eacute;volu&eacute;, &agrave; quelle p&eacute;riode et comment. D'autre part, les insectes fossiles de l'Oise vivaient dix millions d'ann&eacute;es apr&egrave;s la disparition des dinosaures (&agrave; la fin du cr&eacute;tac&eacute;). Or, dix millions d'ann&eacute;es ne suffisent pas pour recr&eacute;er des formes complexes d'insectes. 'Cela signifie que ces insectes n'ont pas &eacute;t&eacute; tr&egrave;s affect&eacute;s par cette crise. Il va donc falloir peut-&ecirc;tre une nouvelle fois en r&eacute;viser les diff&eacute;rents sc&eacute;narios possibles', explique Andr&eacute; Nel. Pour le pal&eacute;ontologue, si un m&eacute;t&eacute;orite de grosse taille est tomb&eacute; sur terre &agrave; cette p&eacute;riode, cela ne signifie pas qu'il ait provoqu&eacute; un hiver nucl&eacute;aire et des incendies g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;s, comme on l'a dit pendant la pr&eacute;sidence Reagan pour justifier l'installation de porte-missiles. 'Cette hypoth&egrave;se est difficilement compatible avec la pr&eacute;sence d'insectes inf&eacute;od&eacute;s aux plantes dont ils se nourrissent', estime le scientifique. Enfin, pour Andr&eacute; Nel, l'&eacute;tude de cette p&eacute;riode va peut-&ecirc;tre nous apprendre qu'un tel ph&eacute;nom&egrave;ne, s'il a pu, conjugu&eacute; &agrave; d'autres facteurs, faire dispara&icirc;tre les dinosaures, fut peut-&ecirc;tre moins lourd de cons&eacute;quences que les agressions que nous faisons subir aujourd'hui &agrave; l'environnement, &agrave; l'origine de la disparition de nombreuses esp&egrave;ces. Et de citer l'effet de serre, les insecticides, les pesticides, le b&eacute;tonnage de la C&ocirc;te d'Azur ou la d&eacute;forestation des pays tropicaux. 'Si on arrive &agrave; faire plus de d&eacute;g&acirc;ts qu'une m&eacute;t&eacute;orite g&eacute;ante, il y a urgence &agrave; se remettre en question', explique Andr&eacute; Nel.<P> Mais des questions d'un autre ordre subsistent qui hypoth&egrave;quent gravement l'espoir formul&eacute; par ce chercheur. Depuis 1910, des publications sp&eacute;cialis&eacute;es avaient signal&eacute; plusieurs gisements de ce type dans le nord du Bassin parisien. Pourtant, jusqu'&agrave; ce jour de 1996 o&ugrave; un amateur averti a sonn&eacute; le tocsin, aucune recherche n'avait &eacute;t&eacute; entreprise. A observer Andr&eacute; Nel et Jean-Jacques Menier travailler avec les moyens du bord, &agrave; les &eacute;couter parler des difficult&eacute;s quotidiennes qu'ils rencontrent dans l'exercice de leur profession, on comprend dans quel d&eacute;nuement se d&eacute;bat l'entomologie fran&ccedil;aise. 'On ne forme quasiment plus d'entomologistes en France. Il faut &ecirc;tre un h&eacute;ros pour pr&eacute;parer une th&egrave;se', regrette simplement Andr&eacute; Nel, qui formule le voeu que des structures, des mus&eacute;es soient cr&eacute;&eacute;s dans les r&eacute;gions, les d&eacute;partements pour promouvoir et aider la recherche dans ce domaine.<P>    <P><B>  JEANNE LLABRES<P>    </B> </BODY> <HR SIZE=5 ALIGN=left> <CENTER><FONT SIZE=2><CODE><A HREF="/journal/index.html" TARGET="_top">ACCUEIL</A> | <A HREF="/journal/jour.html" TARGET="_top">DERNIER NUMERO</A> | <A HREF="/journal/archives.html" TARGET="_top">ARCHIVES</A> | <A HREF="/journal/recherche.html" TARGET="_top">RECHERCHE</A></CODE></FONT></CENTER> <HR> Page r&eacute;alis&eacute;e par <A HREF="http://www.internatif.org" TARGET="window">Intern@tif</A> - Mardi 31 Mars 1998 <BR> </HTML> 
