<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?> <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Transitional//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-transitional.dtd"> <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"> <head> <title>Le aye-aye, porte-malheur en terre malgache</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1" /> </head>  <body> <table width="99%" border="0" cellspacing="2" cellpadding="2">   <tr>      <td valign="top"><h1><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Le          aye-aye, porte-malheur en terre malgache</font></h1>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Le Monde 04.02.2003</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"> Tous sont des survivants,          lui l'est plus que tous les autres. Il est aussi l'un des plus atypiques,          au point que son appartenance &agrave; la famille fut longue &agrave;          &ecirc;tre admise. Buffon l'avait baptis&eacute; &quot;souris &agrave;          main&quot; et class&eacute; dans l'ordre des rongeurs, suivi dans cette          conviction par Cuvier et Geoffroy de Saint-Hilaire, Daubenton en faisait          un parent des tarsiers... </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Il fallut attendre          le naturaliste fran&ccedil;ais Henri Milne-Edwards (1800-1885) pour que          le aye-aye, en 1884, soit enfin consid&eacute;r&eacute; comme un membre          du sous-ordre des l&eacute;muriens.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"> Encore y fut-il class&eacute;          &agrave; un rang inf&eacute;rieur. Et dot&eacute; d'un nom, Daubentonia          madagascariensis, &eacute;voquant son d&eacute;couvreur et son lieu de          vie bien plus que sa personne.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Madagascar, l'&icirc;le          des l&eacute;muriens ! Ces primates prosimiens, apparus il y a quelque          60 millions d'ann&eacute;es, n'ont en effet depuis longtemps plus d'autre          refuge au monde. Partout ailleurs, la comp&eacute;tition avec les singes,          plus vifs et plus combatifs, entra&icirc;na leur disparition. Mais, &agrave;          Madagascar, il n'y avait pas de singes. Les l&eacute;muriens seraient          parvenus dans cette arche de No&eacute; il y a environ 35 millions d'ann&eacute;es,          &agrave; bord de radeaux de fortune faits de troncs entrem&ecirc;l&eacute;s          et entra&icirc;n&eacute;s par les courants. La diversit&eacute; de la          v&eacute;g&eacute;tation et du climat malgache fit le reste, et permit          la diff&eacute;renciation d'une quarantaine d'esp&egrave;ces... Jusqu'&agrave;          ce que l'homme arrive &agrave; son tour, et exerce, par la chasse et la          destruction des for&ecirc;ts, son habituelle pression n&eacute;gative.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Ainsi, dans la grande          &icirc;le, subsistent aujourd'hui moins de 25 esp&egrave;ces - et de plus          en plus difficilement. Les plus petits, tel le microc&egrave;be, ont la          carrure d'une souris, les plus grands celle d'un gros chat. Il en est          des nocturnes et des diurnes, des roux, des beiges et des noirs, des rapides          et des lents. Malgr&eacute; leurs diff&eacute;rences de morphologie et          de m&#339;urs, les zoologistes pensent qu'ils d&eacute;rivent tous d'une          esp&egrave;ce ancestrale unique. Tous, sauf le aye-aye. Lui serait issu          d'un rameau plus pr&eacute;coce. Le vilain petit canard de la famille,          en quelque sorte... et le monstre incarn&eacute; pour les Malgaches.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><strong>COMME UN CRI          D'EFFROI</strong></font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Grandes oreilles,          queue touffue, longues incisives recourb&eacute;es : jusque-l&agrave;,          rien de tr&egrave;s inqui&eacute;tant. Mais que dire de ses griffes puissantes,          avec lesquelles il se suspend par les pattes arri&egrave;re dans la position          de la chauve-souris ? Et plus encore de ce mince et tr&egrave;s long troisi&egrave;me          doigt qui orne ses mains pr&eacute;hensiles ? D&eacute;tail aggravant          : cet &eacute;trange et lointain cousin de l'homme ne risque pas d'&ecirc;tre          rencontr&eacute; au grand jour, qu'il passe &agrave; dormir dans son nid          ovo&iuml;de de branches entrelac&eacute;es, construit &agrave; bonne hauteur          dans un arbre forestier.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">L'animal, nocturne,          ne voit et ne se d&eacute;place que dans le noir. Et ses yeux brillant          dans l'obscurit&eacute; n'ont pas peu contribu&eacute; &agrave; sa r&eacute;putation          mal&eacute;fique.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Et pourtant ! Y a-t-il          plus inoffensif que ce petit &ecirc;tre solitaire au poil r&ecirc;che,          dont l'activit&eacute; essentielle est la recherche des fruits, des gommes          v&eacute;g&eacute;tales et des larves xylophages dont il se nourrit ?          Et quoi de moins redoutable que ce doigt &agrave; la E.T., sorte de goupillon          avec lequel il extrait la pulpe d'une noix de coco perc&eacute;e de ses          dents ou les larves cach&eacute;es dans le tronc d'un arbre ? Il n'emp&ecirc;che.          Le aye-aye - dont le nom m&ecirc;me, &agrave; en croire un naturaliste          du XVIIIe si&egrave;cle, proviendrait du cri d'effroi provoqu&eacute;          par son apparition - est reconnu par les Malgaches comme un v&eacute;ritable          porte-malheur.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">&quot;Particuli&egrave;rement          attachant aux yeux des scientifiques, qui le cou- vent et tentent de le          prot&eacute;ger d'une culture au sein de laquelle son existence est menac&eacute;e,          le aye-aye, tels les chats noirs du Moyen Age ou la chouette au d&eacute;but          du si&egrave;cle en Europe, symbolise l'animal diabolique par excellence&quot;,          r&eacute;sume l'ethnozoologue Claire Harpet (Le L&eacute;murien : du sacr&eacute;          et de la mal&eacute;diction, Ed. L'Harmattan, 2000). Certains &eacute;voqueront          ses griffes d&eacute;mesur&eacute;es et meurtri&egrave;res, d'autres son          statut de cannibale-vampire, qui hypnotise et endort ses victimes pour          ensuite leur arracher le c&#339;ur... Mais, si beaucoup d'ethnies sont          persuad&eacute;es que celui qui a le malheur de toucher une de ces cr&eacute;atures          du d&eacute;mon est condamn&eacute; &agrave; mourir dans l'ann&eacute;e,          l'animal n'est pas prot&eacute;g&eacute; pour autant par la peur qu'il          inspire.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><strong>UN PETIT TOUS          LES 2 OU 3 ANS</strong></font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Qu'il se hasarde &agrave;          montrer le bout de ses doigts crochus pr&egrave;s des habitations, et          les villageois s'acharneront sur lui. &quot;Ils le lapident et l'embrochent          ensuite au bout d'une lance, effectuant une procession dans les rues avoisinantes,          avant de le crucifier et de le laisser ainsi pourrir&quot;, pr&eacute;cise          Claire Harpet. </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">A ce prix, on comprend          que le aye-aye se garde de frayer avec les populations humaines, pr&eacute;f&eacute;rant          se faire invisible au c&#339;ur de son arbre. La meilleure vigilance ne          le pr&eacute;servera toutefois pas de la destruction des for&ecirc;ts          c&ocirc;ti&egrave;res qui l'h&eacute;bergent, particuli&egrave;rement          expos&eacute;es aux d&eacute;gradations humaines. L'esp&egrave;ce est          d'autant plus en p&eacute;ril que son taux de reproduction est tr&egrave;s          faible : un petit tous les 2 ou 3 ans.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">C'est dire qu'au parc          zoologique de Vincennes, qui abrite l'une des plus nombreuses populations          de l&eacute;muriens en captivit&eacute; du monde, les cycles de reproduction          des ayes-ayes en &acirc;ge de procr&eacute;er sont suivis de pr&egrave;s.          Un b&eacute;b&eacute; y est d&eacute;j&agrave; n&eacute; (d'une autre          m&egrave;re) en 1996, et un heureux &eacute;v&eacute;nement, dit-on, se          pr&eacute;pare peut-&ecirc;tre &agrave; nouveau. Si le ventre de l'unique          femelle aye-aye du zoo s'arrondit dans les semaines &agrave; venir, si          ses mamelles gonflent et, plus encore, si elle s'isole et s'enferme dans          sa tani&egrave;re pour y construire son nid, alors le doute ne sera plus          permis... Mais, chut ! Il est encore trop t&ocirc;t pour en parler.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><em>Catherine Vincent</em></font></p>       <p></p></td>   </tr> </table> </body> </html> 
