<HTML LANG="fr-FR"><HEAD><META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=ISO-8859-1"><META HTTP-EQUIV="Content-Style-Type" CONTENT="text/css"><META HTTP-EQUIV="Content-Script-Type" CONTENT="text/javascript"><LINK REL="stylesheet" TYPE="TEXT/CSS" HREF="../../../styles/general.css" TITLE="combined" CHARSET="ISO-8859-1"><LINK REL="stylesheet" TYPE="TEXT/CSS" HREF="../../../styles/scheme3.css" TITLE="combined" CHARSET="ISO-8859-1"><LINK REL="stylesheet" TYPE="TEXT/CSS" HREF="../../../styles/recits_curval.css" TITLE="combined" CHARSET="ISO-8859-1"><SCRIPT TYPE="text/javascript" LANGUAGE="JavaScript"><!--  var pathPrefix = "" ; var scheme  = "scheme3" ; var variation = "" ;  // --></SCRIPT><SCRIPT TYPE="text/javascript" LANGUAGE="JavaScript" SRC="../../../scripts/css.js" CHARSET="ISO-8859-1"></SCRIPT><TITLE>Quarante-Deux | XLII/R&eacute;cits de l'espace/Curval/le Langage des fleurs</TITLE><SCRIPT TYPE="text/javascript" LANGUAGE="JavaScript" SRC="../../../scripts/bandeaux_autres.js" CHARSET="ISO-8859-1"><!--  function imageOver( i ) { return true ; } function imageUp( i ) { return true ; }  // --></SCRIPT><SCRIPT TYPE="text/javascript" LANGUAGE="JavaScript" SRC="../../../scripts/adresse.js" CHARSET="ISO-8859-1"><!--  var mailto = "" ;  function setMsg( msg ) { return true ; }  // --></SCRIPT></HEAD><BODY BACKGROUND="../../../images/interface/fonds/pcbg.gif" BGCOLOR="#CCCCFF"><TABLE BORDER="0" WIDTH="100%" CELLSPACING="0" CELLPADDING="1"><TR><TD ALIGN="LEFT" WIDTH="35"><A NAME="TOP" HREF="../../../index.html" ONMOUSEOVER="imageOver(0,0); return setMsg('Vers la page d\'accueil de Quarante-Deux');" ONMOUSEOUT="imageUp(0,0); return setMsg('');"><IMG SRC="../../../images/interface/logos/logo_42_small_up.gif" WIDTH="35" HEIGHT="35" BORDER="0" ALT="logo 42" NAME="btn0"></A></TD><TD ALIGN="LEFT" CLASS="tableColor1" WIDTH="100%"><TABLE BORDER="0" CELLSPACING="2" CELLPADDING="0" WIDTH="100%"><TR><TD ALIGN="LEFT" CLASS="tableColor2"> <P CLASS="navBarText" ALIGN="LEFT"><A CLASS="navbarA" HREF="../../../index.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page d\'accueil de Quarante-Deux');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">Quarante-Deux </A> &#151;&gt; <A CLASS="navbarA" HREF="../../../recits_de_l_espace.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers les R&eacute;cits de l\'espace');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">les r&eacute;cits de l'espace</A> &#151;&gt; <A CLASS="navbarA" HREF="../../philippe_curval.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la liste des nouvelles de Philippe Curval');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">Philippe Curval</A> &#151;&gt; le Langage des fleurs</P></TD><TD ALIGN="RIGHT" CLASS="tableColor2"> <P CLASS="navBarText"><A CLASS="navbarA" HREF="../../../divers/recherche.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page de recherche');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">Recherche</A> </P></TD></TR><TR><TD ALIGN="RIGHT" CLASS="tableColor2" COLSPAN="2"> <P CLASS="navBarText"><A CLASS="navbarA" HREF="oeuf_d_elduo.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page pr&eacute;c&eacute;dente');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">&lt;&#151; pr&eacute;c&eacute;dente</A>&nbsp;&#149;&nbsp;<A CLASS="navbarA" HREF="odeur_de_la_bete.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page suivante');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">suivante &#151;&gt;</A> </P></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE> <P>&nbsp;</P> <H1>le Langage des fleurs</H1> <H2>Philippe Curval</H2><DIV CLASS="texte"> <P>&nbsp;</P> <P CLASS="CITATION">Quand on est malade, il ne faut pas souffler dans un trombone.</P> <P CLASS="CITATIONAUTHOR">Albert Camus</P> <P CLASS="FIRST"><SPAN CLASS="INITIALCAP">S</SPAN>'acheter une plan&egrave;te&nbsp;! Max Derennes allait enfin r&eacute;aliser son r&ecirc;ve, poss&eacute;der le jardin immense et merveilleux, convoit&eacute; depuis sa prime enfance. Amour n&eacute; de la d&eacute;couverte d'un bourgeon de marronnier, aux &eacute;cailles ensach&eacute;es de coton, qui se d&eacute;ployait dans un parc paysager &agrave; l'anglaise. Devant ses yeux, la premi&egrave;re feuille avait perc&eacute;, vert amande, fragile et parfum&eacute;e de s&egrave;ve. B&eacute;b&eacute; avait bav&eacute; de joie dans son berceau a&eacute;rien. Depuis cette &eacute;poque, sa curiosit&eacute; insatiable lui avait fait d&eacute;couvrir la d&eacute;mesure de l'Art agricole, dont le nom n'&eacute;tait pas m&ecirc;me inclus parmi les sept arts supr&ecirc;mes. Jardins &agrave; la fran&ccedil;aise, japonais, suspendus, jardins de cur&eacute;, potagers, mara&icirc;chers, jardins fruitiers, espaliers, jardins arbor&eacute;s, bocages, savanes, jungles, bois et for&ecirc;ts plant&eacute;s, perc&eacute;es, all&eacute;es, contre-all&eacute;es, charmilles, tonnelles, kiosques, &eacute;tangs, labyrinthes, topiaires. Le v&eacute;g&eacute;tal dans tous ses &eacute;tats.</P> <P><IMG SRC="../../../images/contenu/illustrations/re_curval/langage_des_fleurs.jpg" WIDTH="250" HEIGHT="367" ALIGN="right" HSPACE="20" ALT="[gravure num&eacute;rique de l'auteur]">Non qu'il soit particuli&egrave;rement v&eacute;g&eacute;tarien &#151; au contraire, sa femme, Luisan, qui se nourrissait exclusivement de viandes, l'incitait chaque jour &agrave; suivre son exemple.</P> <P>Jusqu'ici Derennes, phytologue, simple expert aupr&egrave;s du gouvernement, n'avait jamais quitt&eacute; le sol de sa plan&egrave;te natale, la Terre. Son salaire annuel ne lui permettait pas d'envisager le plus petit d&eacute;placement interplan&eacute;taire. Alors, il s'&eacute;tait r&eacute;sign&eacute; &agrave; une existence apparemment mesquine, embellie par la pr&eacute;sence de Luisan et la fr&eacute;quentation assidue des fleurs et des plantes. Aujourd'hui, il s'appr&ecirc;tait &agrave; acqu&eacute;rir une terre dans l'espace pour se livrer aux joies du jardinage cr&eacute;atif.</P> <P>Max avait &eacute;conomis&eacute; depuis ses ann&eacute;es d'&eacute;tudes. Mais comment se payer la moindre plan&egrave;te &agrave; ce compte, m&ecirc;me perdue aux confins de la galaxie&nbsp;? Jusqu'au jour o&ugrave; sa d&eacute;couverte de la greffe virtuelle des clones informatiques s'&eacute;tait vue r&eacute;compens&eacute;e par le prix Lovressin. Une somme en mati&egrave;re de phytologie, assortie d'une somme en num&eacute;raire plus que confortable.</P> <P>Le choix s'av&eacute;rait d&eacute;licat. Il ne fallait pas s'embarquer &agrave; la l&eacute;g&egrave;re lorsqu'il s'agissait d'acqu&eacute;rir des tonnes de mati&egrave;re, des hectares de sol, une flore, une faune, des mers, des nuages et les rayons d'un soleil. Luisan lui avait conseill&eacute; de s'adresser au meilleur &eacute;tablissement de la place, l'agence Sid&eacute;ra, qui pourvoyait les classes ais&eacute;es en terrains de chasses et lieux de plaisirs. Apr&egrave;s de longues palabres et un s&eacute;v&egrave;re marchandage amoureux, Max se d&eacute;cida.</P> <P>La plate-forme des Espaces Noirs arrondissait ses quelque cinquante hectares au sud de la ville France. Derennes sortit du minicar qu'il venait de s'offrir, minuscule bijou aux reflets sourds, aux courbes parfaites, robuste, en plaxilaine 3, dur comme le diamant.</P> <P>Si les propri&eacute;taires de l'agence Sid&eacute;ra ne se refusaient rien, leur sens du grandiose n'&eacute;tait pas loin du mauvais go&ucirc;t. Par quels d&eacute;tours de l'esprit ses responsables avaient-ils fait construire ce gigantesque g&acirc;teau &agrave; la cr&egrave;me baroque, dont l'escalier d'acc&egrave;s &agrave; l'ancienne d&eacute;roulait au moins trois cents marches&nbsp;? Fermant les yeux pour ne pas risquer le vertige, Max gravit ce calvaire monumental. Un petit robot conique l'accueillit, &eacute;mit par son chapeau une fum&eacute;e rose en signe de politesse, d'apr&egrave;s les coutumes terrestres, l'accablant d'un parfum outrancier.</P> <P>&laquo;&nbsp;Bonjour, Monsieur. L'agence Sid&eacute;ra est enti&egrave;rement &agrave; votre service. Monsieur d&eacute;sire&nbsp;? s'enquit-il d'une voix fr&ecirc;le et supr&ecirc;mement distingu&eacute;e.</P> <P>&#151; Voil&agrave;, je d&eacute;sirerais me rendre acqu&eacute;reur d'une plan&egrave;te. Elle n'a pas besoin d'&ecirc;tre vaste, mais je souhaite qu'elle poss&egrave;de une flore remarquable et une faune peu dangereuse.</P> <P>&#151; Monsieur semble beaucoup trop grand seigneur pour se contenter d'une petite plan&egrave;te&#133;&nbsp;&raquo;</P> <P>Max se surprit &agrave; r&ecirc;ver, sans entendre le commentaire du robot aux phrases s&eacute;mantiquement choisies, d&eacute;licieusement modul&eacute;es, aux intonations sensuelles.</P> <P>&laquo;&nbsp;De quel c&ocirc;t&eacute; la verriez-vous&nbsp;? entendit-il soudain.</P> <P>&#151; La constellation de Cassiop&eacute;e para&icirc;t conforme &agrave; mes d&eacute;sirs.</P> <P>&#151; Cassiop&eacute;e&nbsp;! s'exclama le robot, dont la voix se teinta d'une nuance de respect.&nbsp;&raquo;</P> <P>Pur artifice. Car, si les parages de cette constellation passaient pour &eacute;l&eacute;gants, Derennes ne s'illusionnait gu&egrave;re sur l'admiration des serveurs &eacute;lectroniques &agrave; cet &eacute;gard.</P> <P>La machine indiqua la base de son corps.</P> <P>&laquo;&nbsp;Vous trouverez le bureau qui vous convient en appuyant sur ce palpeur int&eacute;gr&eacute;.</P> <P>&#151; Bien aima&#133;</P> <P>Derennes s'interrompit. D&eacute;cid&eacute;ment, il ne saurait jamais prendre la distance qui s'imposait avec ces compl&eacute;ments d'objets directs de l'homme civilis&eacute;.</P> <P>En signe d'adieu, une fum&eacute;e d'un jaune strann&eacute; surgit du robot conique, qui s'immobilisa bient&ocirc;t, tous programmes en veille. Une trappe s'ouvrit devant ses pieds, d&eacute;couvrant un gouffre obscur.</P> <P>Max h&eacute;sita &agrave; marcher dans le vide. En raison de ses activit&eacute;s, il avait beaucoup voyag&eacute; sur toutes les terres cultiv&eacute;es. En revanche, il ne connaissait rien du milieu urbain. Difficile de s'habituer &agrave; cette technologie oppressante. Au premier essai, il sentit une r&eacute;sistance normale sous sa semelle, et se d&eacute;cida, avec un soupir, &agrave; porter le poids de son corps sur le trou de l'ascenseur &agrave; d&eacute;pression. La sensation de descente n'&eacute;tait pas d&eacute;sagr&eacute;able. Sous l'effet de la vitesse, des formes peintes composaient des fresques abstraites, dont le relief lumineux stimulait le regard.</P> <P>Euphoris&eacute; par la drogue visuelle, Max se retrouva face &agrave; face avec une cr&eacute;ature de Sfelt aux membres souples et &eacute;l&eacute;gants, &agrave; l'apparence totalement inhumaine. Il serra sans appr&eacute;hension cette terminaison de membre rouge qu'elle lui tendait, appareill&eacute;e fa&ccedil;on main.</P> <P>&#151; On me communique votre demande &agrave; l'instant, M. Derennes. Si vous voulez prendre place.</P> <P>Rien pour se poser. Deux bras, un coussin ouat&eacute; accueillirent Max et le relax&egrave;rent. Toutes ces &eacute;motions l'avaient &eacute;puis&eacute;.</P> <P>Le Sfelt fit glisser ses gwffs, d'une consistance quasi m&eacute;tallique, sur un panneau de dur&egrave;ne alminte, mati&egrave;re/couleur r&eacute;cemment synth&eacute;tis&eacute;e, et en manipula habilement la surface. L'&eacute;cran s'&eacute;claira. Le film d&eacute;fila.</P> <P>Pour son m&eacute;tier de phytologue, Max avait analys&eacute; les images de plan&egrave;tes par milliers. Cette fois, la perspective de poss&eacute;der la sienne faisait mousser son plaisir.</P> <P>&laquo;&nbsp;Celle-ci fera l'affaire. Pouvez-vous m'en donner les caract&eacute;ristiques&nbsp;?</P> <P>&#151; Naturellement&nbsp;! Elle appartient au cort&egrave;ge du syst&egrave;me solaire Mu de Cassiop&eacute;e, annon&ccedil;a pompeusement le vendeur. Sa gravit&eacute; est de z&eacute;ro virgule quatre-vingt-treize, sa taille fr&ocirc;le trois unit&eacute;s T, l'atmosph&#133;&nbsp;&raquo;</P> <P>Brusquement, ce dernier s'arr&ecirc;ta&nbsp;; une sorte de sourire apparut sur ce qui lui servait de nez.</P> <P>Signe de profond d&eacute;sarroi, jugea Derennes.</P> <P>&laquo;&nbsp;Excusez-moi, Monsieur. Cette plan&egrave;te appartient bien &agrave; cette r&eacute;gion de la galaxie. Nous ne pouvons la retirer du film sans entrer dans l'ill&eacute;galit&eacute;. N&eacute;anmoins, je ne me permettrais pas de la proposer &agrave; l'un de nos clients.</P> <P>&#151; Pourquoi donc&nbsp;? Je la trouve enchanteresse, interrompit Max.&nbsp;&raquo;</P> <P>Le vendeur s'immobilisa, cherchant ses mots. Une suite de sifflements insolites jaillirent de&#133;</P> <P>&laquo;&nbsp;Excusez-moi, le trouble m'a fait oublier votre langage. Enchanteresse est un terme qui ne lui convient pas. Savez-vous que Lom&eacute;lia &#151; c'est le nom de cette plan&egrave;te &#151;, est inscrite au registre galactique sous l'indice de nocuit&eacute; maximum&nbsp;?</P> <P>&#151; Toutes les plan&egrave;tes que l'on n'a pu suffisamment &eacute;tudier en raison des disparitions d'explorateurs y sont class&eacute;es. Soit&nbsp;! Cependant la flore m'en para&icirc;t incomparable, je n'ai jamais pu observer ailleurs une telle richesse. Passmintorias, duelqmaines et clorxwys poussent en petit nombre dans la r&eacute;gion de Cassiop&eacute;e. Mais Lom&eacute;lia constitue un gisement exceptionnel&nbsp;! &Agrave; croire que ces plantes sont indig&egrave;nes &agrave; ce sol. D'apr&egrave;s mes travaux, leurs fleurs sont les plus stup&eacute;fiantes de tout l'univers connu. C'est pour cette raison que je suis enclin &agrave; y acheter ma terre. Aussi, malgr&eacute; le danger, une telle abondance me tente, vous en conviendrez.</P> <P>&laquo;&nbsp;J'admets que cette plan&egrave;te &agrave; de quoi s&eacute;duire un amateur&nbsp;; malheureusement, je n'ai pas le droit de la vendre. Il vous faut l'autorisation du R&eacute;gent.</P> <P>&#151; Serait-ce possible d'avoir une id&eacute;e du prix&nbsp;?</P> <P>&#151; D&eacute;risoire, &agrave; vrai dire&nbsp;: trois millions de contarts.&nbsp;&raquo;</P> <P>Max r&ecirc;va au mat&eacute;riel suppl&eacute;mentaire qu'il pourrait emmener avec cette &eacute;conomie.</P> <P>&laquo;&nbsp;Avez-vous quelques renseignements pr&eacute;cis sur les motifs du classement de Lom&eacute;lia sous cet indice&nbsp;?</P> <P>&#151; Un membre de la seconde exp&eacute;dition a &eacute;t&eacute; aper&ccedil;u dans l'espace similaire de V&eacute;ga. Je ne poss&egrave;de pas de d&eacute;tails sur son &eacute;tat. Il para&icirc;t que c'&eacute;tait&#133; impronon&ccedil;able.</P> <P>&#151; Impronon&ccedil;able, je vois. Et pourtant quelle flore&nbsp;! quelle flore&nbsp;! r&eacute;p&eacute;ta Max. Je prends une option quand m&ecirc;me, voulez-vous noter&nbsp;?</P> <P>&#151; Remplissez cette formule, s'il vous pla&icirc;t, dit le Sfelt, tout sourire, ou &agrave; peu pr&egrave;s.&nbsp;&raquo;</P> <P>La permission lui fut promptement accord&eacute;e. Nul doute que son prix Lovressin avait lourdement pes&eacute; dans la balance pour le gain de cette d&eacute;rogation. Une note marginale sp&eacute;cifiait qu'il devait fournir des renseignements scientifiques pr&eacute;cis sit&ocirc;t que possible. Le classement d&eacute;finitif de la plan&egrave;te en d&eacute;pendait. Max fut heureux de cette distinction. Le R&eacute;gent n'aimait pas risquer son mat&eacute;riel humain sur des mondes inconnus. Lorsqu'il s'y d&eacute;cidait par une faveur insigne, il glorifiait &agrave; jamais le nom de celui qui partait.</P> <P CLASS="DINGBAT"><IMG SRC="../../../images/interface/zig/curval_zig_1.gif" WIDTH="55" HEIGHT="17" CLASS="DINGBAT" ALT="--==&sect;==--"></P> <P CLASS="NOINDENT">Quatre semaines plus tard, Max et sa femme s'embarquaient sur le spatiocroiseur que l'agence Sid&eacute;ra avait fr&eacute;t&eacute; &agrave; leur intention.</P> <P>Les cales regorgeaient d'arbres et de plantes d'ornement rares, de v&eacute;g&eacute;taux les plus divers, acclimatables sur Lom&eacute;lia, sous forme de spores et de graines, de plants m&eacute;tiss&eacute;s g&eacute;n&eacute;tiquement, de clones hybrides adapt&eacute;s au climat. Sans compter les machines agricoles n&eacute;cessaires, robots outils divers et deux humanos, les mat&eacute;riaux pour construire rapidement la r&eacute;sidence luxueuse dont ils avaient dessin&eacute; les plans.</P> <P>Luisan, qui ne pouvait se passer de viande, avait pr&eacute;vu large. La cargaison comportait trois couples de glouqs. Leur chair garantit des qualit&eacute;s de conservation quasi illimit&eacute;e&nbsp;; plus elle faisande, plus sa saveur d&eacute;licate. Quant aux deux paires de bulmms, leur reproduction en courbe exponentielle fait de ces animaux le comestible vivant le plus ais&eacute;ment transportable de l'univers.</P> <P>Derni&egrave;re descendante du peuple Dmern, ravag&eacute; par la peste solaire, Luisan tenait compagnie &agrave; Max depuis cent vingt ans. Ce dernier vivait avec sa femme une passion profonde. Son caract&egrave;re entier et sauvage, sa pr&eacute;sence exotique la lui avait fait pr&eacute;f&eacute;rer aux Terriennes, souvent orgueilleuses et frivoles. Qu'importe s'ils ne pouvaient ensemble procr&eacute;er une descendance&nbsp;! La douceur et la beaut&eacute; de la femme aim&eacute;e vaut mieux qu'une prog&eacute;niture insupportable. &Agrave; la rigueur, si Luisan avait &eacute;t&eacute; une fleur, il l'aurait volontiers fertilis&eacute;e de son pollen.</P> <P>Leur premi&egrave;re vision de la plan&egrave;te les &eacute;blouit. Cette perle verte d&eacute;ployait dans l'espace une infinit&eacute; de nuances dans la gamme pastel qu'aucun ordinateur n'aurait su synth&eacute;tiser.</P> <P>Sit&ocirc;t d&eacute;barqu&eacute;s, Max et Luisan, s'attaqu&egrave;rent aux installations. Trois jours &eacute;coul&eacute;s, le personnel de l'agence Sid&eacute;ra qui les avait aid&eacute;s dans cette t&acirc;che, repartit vers la Terre. Avides de solitude, ils contempl&egrave;rent leur nouveau domaine, pourvu de tout le confort domestique.</P> <P>Le bungalow, accroch&eacute; au flanc de la colline d'un &eacute;meraude intense, dominait un vaste panorama, recouvert d'une v&eacute;g&eacute;tation exub&eacute;rante o&ugrave; fleurissaient des Passmintorias. Perp&eacute;tuelle magie, prodigieuse luxuriance, leur odeur se propageait avec des intensit&eacute;s diff&eacute;rentes, des variations si subtiles tout au long du jour, que les deux amants regrettaient de n'avoir consacr&eacute; leur vie &agrave; l'&eacute;tude des parfums. Conscients de leur infirmit&eacute;, ils r&ecirc;vaient de d&eacute;velopper leur sens olfactif par des pratiques mixtes afin de d&eacute;couvrir une palette de sensations in&eacute;dites.</P> <P>Max &eacute;treignit les mains de sa femme, d'un bleu d&eacute;licat. Sur-le-champ, il improvisa un commentaire d&eacute;lirant o&ugrave; per&ccedil;ait la pl&eacute;nitude de son all&eacute;gresse, o&ugrave; s'illustrait le plaisir d'approcher enfin du jardin de ses r&ecirc;ves. Luisan suivit son discours avec &eacute;motion, puis &eacute;clata de rire, d&eacute;couvrant ses sept cents dents melli&eacute;es. Elle restait muette, car les &ecirc;tres de sa race n'ont jamais us&eacute; de la parole pour s'exprimer. Ils sont n&eacute;s t&eacute;l&eacute;pathes. Pourtant, les derniers Dmerns, rescap&eacute;s de l'&eacute;pid&eacute;mie mortelle, s'&eacute;taient astreints &agrave; apprendre la langue de contact, qui unissait les populations galactiques. Aussi pouvait-elle approuver en silence les excentricit&eacute;s de Max, jouissant du plaisir d'&ecirc;tre encore courtis&eacute;e apr&egrave;s cent vingt ann&eacute;es de mariage. Son amant lut l'expression du bonheur dans ses profonds yeux gris. Tels ceux d'un gracieux l&eacute;murien, ils d&eacute;voraient son mignon visage.</P> <P>Mu de Cassiop&eacute;e argentait le sol et la flore de la plan&egrave;te de ses rayons blancs, soulignait les courbes des montagnes et peignait les nuages, irisait les for&ecirc;ts et les marais oc&eacute;ans. Le lendemain de son arriv&eacute;e, Derennes l'appela famili&egrave;rement du nom de sa femme, Luisan.</P> <P>Le couple ne souhaita pas commencer les travaux agricoles avant de conna&icirc;tre parfaitement son domaine, d'en poss&eacute;der enti&egrave;rement les d&eacute;tails g&eacute;ographiques et physiques. Robots et outils aratoires gisaient encore dans le hangar avec les serres, les engrais, les fongicides, d&eacute;sinfectants, insecticides, les syst&egrave;mes d'arrosage t&eacute;l&eacute;command&eacute;s. Semences et graines, boutures, clones reposaient dans la chambre z&eacute;ro temps.</P> <P>Sur leur palanquin agrav, ils multipliaient les explorations, d&eacute;couvraient leur jardin &agrave; l'&eacute;chelle de l'univers. Les humanos accompagnaient Max et Luisan dans leurs d&eacute;placements, pr&ecirc;ts &agrave; toute &eacute;ventualit&eacute;.</P> <P>Lorsque le parfum des Passmintorias, leurs couleurs extravagantes, leurs efflorescences bizarres s'&eacute;vanouissaient &agrave; l'horizon, la for&ecirc;t s'av&eacute;rait proche. La premi&egrave;re fois, face &agrave; ce mur v&eacute;g&eacute;tal dont le touffu, la hauteur effrayaient, les deux amants avaient h&eacute;sit&eacute; &agrave; p&eacute;n&eacute;trer. Plusieurs reconnaissances leur avaient permis de constater que les arbres se trouvaient suffisamment espac&eacute;s, une fois l'or&eacute;e franchie, pour permettre le passage a&eacute;rien des palanquins.</P> <P>De monstrueuses lianes d'un vert absinthe jaillies du sol, enracin&eacute;es par des milliers de radicelles qui surgissaient en grappes de leurs flancs &eacute;cailleux couleur de soufre, s'&eacute;levaient jusqu'&agrave; trois cents m&egrave;tres dans le ciel indigo. Sous la vo&ucirc;te que soutenaient leurs minces piliers, &agrave; l'ombre de ces huttes v&eacute;g&eacute;tales, s'&eacute;panouissaient les clorxwys. Pas plus nocifs que les Passmintorias.</P> <P>Jusqu'ici, rien ne semblait confirmer les inqui&eacute;tudes du Sfelt de la compagnie Sid&eacute;ra. Derennes s'&eacute;tait d'ailleurs plus amplement inform&eacute; au sujet des dangers de Lom&eacute;lia&nbsp;; maigre r&eacute;colte. Il n'existait que des pr&eacute;somptions &agrave; propos du corps informe retrouv&eacute; dans l'espace similaire de V&eacute;ga. Personne n'avait pu &eacute;tablir de fa&ccedil;on formelle qu'il existait une relation entre ce lieu et la plan&egrave;te qu'ils avaient achet&eacute;e. Des soup&ccedil;ons pesaient seulement. On avait d&eacute;couvert des choses plus surprenantes encore dans cette r&eacute;gion. Les diamants y surgissaient aussi bien que le sang y pleuvait&nbsp;; des tilleuls y fleurissaient parfois&nbsp;; quand ce n'&eacute;tait pas un bloc d'antimati&egrave;re qui se volatilisait soudain au contact de la mati&egrave;re cach&eacute;e de l'univers&nbsp;; ou encore les rares artefacts d'une civilisation perdue, des visc&egrave;res de cr&eacute;atures innomm&eacute;es, un jouet inconnu qui s'y mat&eacute;rialisaient. Cet espace aux dimensions myst&eacute;rieuses happait soudain quelque d&eacute;tail de la galaxie afin de l'ench&acirc;sser dans son noir silence.</P> <P>Rien ni personne n'avait pu le renseigner sur le sort des pr&eacute;c&eacute;dentes exp&eacute;ditions. Sur Lom&eacute;lia, la faune, pratiquement inexistante, semblait limit&eacute;e &agrave; quelques milliers d'esp&egrave;ces d'insectes et de crustac&eacute;s. Les uns &agrave; la surface, les autres dans les profondeurs des marais oc&eacute;ans, qui annexaient la presque totalit&eacute; de la plan&egrave;te, servaient &agrave; fertiliser les fleurs.</P> <P>Non, Luisan et lui avaient beau s'interroger &agrave; ce sujet, il n'y avait pas de vie intelligente sur leur nouveau domaine. Aucun risque majeur n'apparaissait sur leur domaine.</P> <P>Pourquoi s'acharner sur un sujet aussi peu f&eacute;cond&nbsp;? Surtout au moment de cultiver rationnellement leur jardin, de v&eacute;rifier certaines hypoth&egrave;ses &agrave; propos des plantes s&eacute;lectionn&eacute;es qu'ils avaient amen&eacute;es avec eux, pay&eacute;es &agrave; prix d'or. L'atmosph&egrave;re et le milieu de Lom&eacute;lia pouvaient produire des mutations exog&egrave;nes, susceptibles d'&ecirc;tre exploit&eacute;es en pharmacop&eacute;e. La Nature n'&eacute;tait pas avare de nouveaux alcalo&iuml;des aux vertus th&eacute;rapeutiques exceptionnelles. Sans compter l'&eacute;tude exhaustive des Passmintorias, des duelqmaines et des clorxwys entreprise pour la premi&egrave;re fois &agrave; un tel niveau. Max &eacute;tait certain de conqu&eacute;rir une gloire &agrave; l'&eacute;chelle universelle, d'accro&icirc;tre encore sa renomm&eacute;e conf&eacute;r&eacute;e par le prix Lovressin, en livrant des secrets botaniques in&eacute;dits &agrave; l'avidit&eacute; scientifique des peuples de la galaxie.</P> <P>En un sens, il &eacute;tait heureux que les marais oc&eacute;ans noient les sept-huiti&egrave;mes des terres de Lom&eacute;lia. Cela restreignait le champ d'action des propri&eacute;taires et leur permettait d'envisager sans effroi l'ensemencement de leur jardin.</P> <P>Le travail commen&ccedil;a d&egrave;s la deuxi&egrave;me semaine de leur arriv&eacute;e.</P> <P>Non sans une querelle d'&eacute;cole. Luisan refusait que les abords de leur r&eacute;sidence soient d&eacute;vast&eacute;s. Max avan&ccedil;ait que les terres arables devaient s'&eacute;tendre &agrave; proximit&eacute; s'ils voulaient poursuivre leurs travaux dans la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;. &Agrave; la suite d'un compromis, les robots outils n'entam&egrave;rent leur d&eacute;frichement qu'&agrave; trois cents m&egrave;tres de la r&eacute;sidence.</P> <P>Tandis que Max concevait les programmes, montait le mat&eacute;riel, Luisan contr&ocirc;lait le travail des machines sur le chantier. Silencieuse, elle surveillait la d&eacute;vastation des for&ecirc;ts &eacute;tranges. Qui pouvait savoir ce qu'elle ressentait devant la chute des arbres&nbsp;? Dans l'&eacute;paisse chaleur de la journ&eacute;e, leurs bois souple et ligneux s'abattaient tels des lani&egrave;res de fouets, couchant les fleurs de clorxwys dans la mort, &eacute;crasant les herbes et les mousses multicolores, les plavens spongieux, les foug&egrave;res tendres dont les jeunes pousses naissaient &agrave; peine. Jamais elle ne se plaignit.</P> <P>Apr&egrave;s quelques mois de labeur forcen&eacute;, les gazons destin&eacute;s &agrave; la cr&eacute;ation d'un humus pour la fertilisation des terres pointaient leurs pousses tendres hors du sol. Trois fois fauch&eacute;e, cette prairie transform&eacute;e en compost permettrait l'implantation des boulingrins, des plates-bandes, des massifs de fleurs. Dans les serres st&eacute;riles, d&eacute;j&agrave; les premi&egrave;res semences exp&eacute;rimentales germaient. La chaleur de ce milieu d'&eacute;t&eacute;, rendue plus grasse encore par l'humidit&eacute; latente, glissait sur leurs corps d&eacute;v&ecirc;tus. Qui auraient pu les observer&nbsp;? Insoucieux de toute pudeur, c'&eacute;tait sans fatigue ni d&eacute;plaisir que les deux pionniers se soumettaient &agrave; ces difficiles conditions climatiques. Leurs organismes avaient subi de profondes modifications g&eacute;n&eacute;tiques. Gais d'une ivresse nouvelle, Luisan et Max se sentaient id&eacute;alement seuls avec leur amour sur cette plan&egrave;te, cette terre du ciel qui n'appartenait qu'&agrave; eux.</P> <P>Dans la zone exploitable, des robots inf&eacute;rieurs s'activaient en tous sens pour cr&eacute;er les centaines d'hectares du futur jardin. Les socs creusaient la terre, les herses la tamisaient, les blucers la maltinaient. La gl&egrave;be mise &agrave; nue, luisante et profonde, r&eacute;v&eacute;lait la richesse de ses nuances, de l'ocre jaune &agrave; la terre de Sienne, du brun anglais au noir de fum&eacute;e, que traversaient les filons bleu vert des sulfates et des oxydes.</P> <P>Puis les semeuses glissaient en vibrant dans l'air lourd et parfum&eacute;, r&eacute;pandant selon des dessins pr&eacute;cis les graines et les spores&nbsp;; dans un froufroutement soyeux, les arroseuses d'engrais volaient. Bien que ce soit inutile en raison de la fertilit&eacute; du sol, Max ne voulait pas fatiguer la terre avant de conna&icirc;tre les r&eacute;sultats de ses premi&egrave;res semailles. Quand leurs senseurs s'activaient, elles pulv&eacute;risaient aussi un jet d'insecticide. Plus loin, des robots greffeurs, tuteurs, tailleurs, s&eacute;cateurs, savamment &eacute;tag&eacute;s dans le ciel indigo, tra&ccedil;aient leurs arabesques &agrave; travers les essences d'importation dont la pousse commen&ccedil;ait &agrave; peine. Leur architecture paysag&egrave;re d&eacute;j&agrave; affirm&eacute;e, &eacute;voquait la splendeur du futur jardin.</P> <P>Lorsqu'ils se sentaient las, Max et Luisan allaient se promener au bord du grand marais oc&eacute;an dont le clapotis s'entendait depuis leur bungalow.</P> <P>Trois lunes grises striaient le ciel violet sombre d'un triangle &eacute;nigmatique. Quelques nuages roux glissaient, lents, d'o&ugrave; sourdait une lueur d'or trouble. Par son &eacute;clairage savant, ce clair de lunes interlope, jouant de ses ombres multiples, perturbait les dimensions du paysage.</P> <P>Au bord des lagunes blanches, &agrave; travers les herbes mouvantes, suivant un sentier qu'ils avaient d&eacute;couvert pas &agrave; pas, ils gagn&egrave;rent la gr&egrave;ve incertaine. En longeant les fondri&egrave;res, ils faisaient taire les insectes de boue qui tissaient leur chanson monotone, trois notes cristallines inlassablement r&eacute;p&eacute;t&eacute;es. Ils s'arr&ecirc;t&egrave;rent &agrave; l'apparition d'un duelqmaine. La fleur subite livrait ses p&eacute;tales &agrave; leur admiration passionn&eacute;e. Sur sa chair noire, sem&eacute;e d'&eacute;tincelles fugitives couraient d'insolites figures g&eacute;om&eacute;triques. Ceux qui poussaient aupr&egrave;s de l'eau bruissaient, &eacute;changeant des sonorit&eacute;s graves qui r&eacute;pondaient aux lueurs de leurs p&eacute;tales &eacute;lectriques. Max et Luisan s'arr&ecirc;t&egrave;rent un instant pour se laisser p&eacute;n&eacute;trer par l'&eacute;tranget&eacute; de ce concert de sons et de lumi&egrave;res.</P> <P>&#151; Il faudra que nous leur construisions un petit &eacute;tang pour en acclimater aupr&egrave;s du bungalow. Qu'en penses-tu, Luisan&nbsp;?</P> <P>Son acquiescement mental glissa sur son esprit tel une caresse. Elle d&eacute;signa les trois satellites qui se refl&eacute;taient dans les eaux calmes.</P> <P>&laquo;&nbsp;M, A, X, d&eacute;sormais, chacune de ces lettres sera le symbole d'une lune, &eacute;crivit-elle sur son ardoise graphique.&nbsp;&raquo;</P> <P>Aucun friselis n'agitait l'oc&eacute;an o&ugrave; couraient les algues en un lacis inextricable. Lom&eacute;lia ne connaissait pas le vent ni ses mers les vagues.</P> <P>Les deux amants appr&eacute;ciaient souvent de se baigner dans ces marais immenses, m&ecirc;me s'il y surgissait parfois quelques cr&eacute;atures des bas-fonds, gast&eacute;ropodes inoffensifs dont la coquille molle fluctuait au gr&eacute; de leurs d&eacute;placements.</P> <P>Luisan introduisit son pied bleu dans l'eau morte et sourit &agrave; l'intention de Max. Au troisi&egrave;me pas qu'elle fit, le niveau de l'onde atteignit son genou. Un remous profond s'&eacute;panouit &agrave; la surface. Des bulles extraordinaires en forme d'&#156;il se mirent &agrave; &eacute;clabousser le miroir tranquille. De diamant, d'onyx et de bronze, d'alminte et d'azur, les &eacute;clats chatoyaient, cr&eacute;ant un minuscule arc-en-ciel aux mille couleurs d'un prisme imaginaire.</P> <P>Max rejoignit sa femme. Ils march&egrave;rent ensemble vers le large jusqu'&agrave; faire flotter leurs corps. Puis, nageant indolemment parmi les yeux des marais, ils jouaient &agrave; les faire &eacute;clater. En se dissolvant, ceux-ci r&eacute;pandaient une senteur &acirc;cre et troublante.</P> <P>Quelques minutes plus tard, plongeant dans la for&ecirc;t sous-marine, ils se faufil&egrave;rent parmi les algues qui naissaient &agrave; six cents m&egrave;tres de profondeur. Quand ils regagn&egrave;rent la gr&egrave;ve, les duelqmaines s'&eacute;taient tus. Max songea.</P> <P>&laquo;&nbsp;Pourquoi ces fleurs chantent-elles sur Lom&eacute;lia&nbsp;? Alors que personne &agrave; ma connaissance ne les a entendues sur une autre plan&egrave;te&nbsp;!&nbsp;&raquo;</P> <P>Derennes sentit un frisson lui parcourir l'&eacute;chine. L'iris de Luisan se teinta d'ironie.</P> <P>&laquo;&nbsp;Jusqu'ici, nulle part au monde, aucun marais ne s'est transform&eacute; en eau min&eacute;rale&nbsp;! Et surtout, aucune bulle ne m'a jamais regard&eacute;e de sa prunelle m&eacute;phitique, &eacute;crivit-elle.</P> <P>&Eacute;taient-ce les pr&eacute;mices de dangers inconnus&nbsp;? Rien dans ces incidents ne paraissait mortel et pourtant les amants ressentaient en commun le poids d'une menace.</P> <P>Trois mois apr&egrave;s son arriv&eacute;e, Max faisait parvenir un rapport clair et pr&eacute;cis sur les caract&eacute;ristiques de Lom&eacute;lia. &Agrave; travers l'enthousiasme qui pr&eacute;sidait &agrave; ses constatations scientifiques au contenu explosif, un observateur attentif aurait discern&eacute; des parties ombreuses. De nombreuses interrogations sans r&eacute;ponse pesaient sur la s&eacute;curit&eacute; du domaine.</P> <P>&Agrave; l'&eacute;gard des clorxwys, les expertises de Derennes devenaient de plus en plus rigoureuses. Chaque semaine d'observations amenait un apport inestimable &agrave; la connaissance de ces v&eacute;g&eacute;taux, qu'il transmettait aux habitants de la galaxie souvent stup&eacute;faits et parfois incr&eacute;dules.</P> <P>Ces fleurs poussaient &agrave; l'abri des cath&eacute;drales v&eacute;g&eacute;tales, &agrave; l'ombre des orgues form&eacute;es par les lianes g&eacute;antes. Elles surgissaient en force au milieu des radicelles, sans s'aventurer au-del&agrave;.</P> <P>Une tige ligneuse, sur laquelle se greffaient des tumeurs &eacute;paisses, constituait le corps principal de la plante. Ce bras qui supportait les bubons s'enroulait en torsades de couleurs comme une enseigne de coiffeur o&ugrave; le rouge, le vermillon et le pourpre se seraient enchev&ecirc;tr&eacute;s. Les clorxwys atteignaient parfois plusieurs m&egrave;tres en hauteur sur vingt centim&egrave;tres d'&eacute;paisseur pour les plus gros sp&eacute;cimens. Leurs fleurs n'apparaissaient pas &agrave; l'issue d'un cycle in&eacute;luctable. Elles s'&eacute;panouissaient au rythme des caprices ou des besoins de la plante.</P> <P>Derennes, qui avait diss&eacute;qu&eacute; plusieurs de ces &eacute;tonnants v&eacute;g&eacute;taux, d&eacute;couvrit qu'un syst&egrave;me nerveux se d&eacute;veloppait &agrave; l'int&eacute;rieur de la tige. La tumeur obsc&egrave;ne qui couronnait le tronc noueux et trapu, h&eacute;riss&eacute; de griffes et de barbes, pr&eacute;sentait les caract&eacute;ristiques d'un cerveau embryonnaire.</P> <P>Les bubons qui gonflaient sur la tige, lors de leur floraison capricieuse, s'ouvraient en b&acirc;illant &agrave; la mani&egrave;re d'une plante carnivore. Des fleurs colossales, approximativement de la taille d'un homme, s'&eacute;jectaient vers le sol o&ugrave; elles s'affalaient, molles, voluptueuses, suspendues &agrave; un filament. Ces fleurs, s'il faut les nommer ainsi, servaient de bouche aux clorxwys. Par des l&egrave;vres &eacute;normes o&ugrave; glissait un mucus translucide, elles absorbaient les v&eacute;g&eacute;taux qui poussaient &agrave; l'entour. Les lichens et les mousses excitaient particuli&egrave;rement leur app&eacute;tit. Lorsqu'elles avaient mang&eacute;, elles pourrissaient. Leur carnation, d'un beige ros&eacute; virait au ponceau.</P> <P>Suivant les saisons, ces excroissances singuli&egrave;res changeaient perp&eacute;tuellement de formes. Pour d&eacute;router leurs futures victimes, elles prenaient l'apparence d'autres v&eacute;g&eacute;taux plus innocents, exhalant pour mieux les tromper un parfum gras et &eacute;pic&eacute;, acide ou doucereux, suivant le cas.</P> <P>Luisan avan&ccedil;a qu'il s'agissait plut&ocirc;t d'un jeu sadomasochiste entre plantes compl&eacute;mentaires d'un m&ecirc;me organisme prot&eacute;iforme.</P> <P>Pourtant, Max se refusait &agrave; conclure &agrave; l'intelligence des clorxwys ou de la flore en g&eacute;n&eacute;ral. Malgr&eacute; le syst&egrave;me nerveux de ces phytophages, leur cerveau, leurs pi&egrave;ges, ces plantes n'atteignaient pas le niveau d'&eacute;volution du r&egrave;gne animal.</P> <P CLASS="DINGBAT"><IMG SRC="../../../images/interface/zig/curval_zig_1.gif" ALT="--==&sect;==--"></P> <P CLASS="NOINDENT">Des marais oc&eacute;ans s'&eacute;leva un brouillard rose cru qui se r&eacute;pandit bient&ocirc;t sur toute la surface de Lom&eacute;lia.</P> <P>Max, en s'&eacute;veillant, constata le prodige. Les derni&egrave;res images de son r&ecirc;ve, se superposant aux microparticules qui constituaient cette vapeur, se mat&eacute;rialisaient dans l'atmosph&egrave;re. Durant quelques secondes, il vit son p&egrave;re qui s'&eacute;loignait dans l'&eacute;paisseur du songe. Des branches remplac&egrave;rent les bras de ce dernier, des feuilles pouss&egrave;rent sur ses cheveux. Puis il disparut, absorb&eacute; par la nuit rose. Luisan dut percevoir l'&eacute;moi qui l'agitait et se r&eacute;veilla. Max caressa sa joue en murmurant&nbsp;:</P> <P>&laquo;&nbsp;C'est &eacute;trange, je viens de voir mon p&egrave;re se transformer en arbre.&nbsp;&raquo;</P> <P>Luisan lui sourit. Puis, sur son insistance, regarda &agrave; travers la vitre polarisante dont les murs de la chambre &eacute;taient construits. Fascin&eacute;e, elle s'absorba dans la contemplation du brouillard. Quelques minutes plus tard, elle se retourna. Ses yeux immenses se teintaient d'un bleu profond, comme s'ils refl&eacute;taient le ciel de Lom&eacute;lia.</P> <P>Max n'aurait jamais cru qu'un tel effroi se cristallis&acirc;t sur un visage.</P> <P>&laquo;&nbsp;Crois-moi, ce ph&eacute;nom&egrave;ne m&eacute;t&eacute;orologique est sans cons&eacute;quence. Rose, ce n'est pas la couleur du danger.&nbsp;&raquo;</P> <P>Elle lui sourit timidement&nbsp;; mais son regard refl&eacute;tait toujours la m&ecirc;me angoisse.</P> <P>&laquo;&nbsp;Serait-ce un de tes r&ecirc;ves qui s'est incarn&eacute; dans la brume&nbsp;! Souhaites-tu me raconter ce que tu as vu.&nbsp;&raquo;</P> <P>Saisissant son ardoise graphique, elle h&eacute;sita longuement avant de formuler sa r&eacute;ponse, griffonna quelques mots qu'elle effa&ccedil;a aussit&ocirc;t, puis la reposa. Son front mince, ses joues en pomme et son nez minuscule, se plissaient dans une expression de refus.</P> <P>&laquo;&nbsp;Rien, ne t'y oblige. Restons jusqu'&agrave; ce que le brouillard se dissipe. Ici, nous ne craignons rien.&nbsp;&raquo;</P> <P>Luisan &eacute;crivit&nbsp;:</P> <P>&laquo;&nbsp;Non, je veux sortir, il faut que nous allions voir les clorxwys.</P> <P>&#151; V&eacute;rifier si leurs fleurs ont subi des mutations &agrave; la faveur de ce brouillard&nbsp;?&nbsp;&raquo;</P> <P>Elle acquies&ccedil;a.</P> <P>Max et Luisan marchaient &eacute;troitement serr&eacute;s. Ils pouvaient &agrave; peine distinguer leurs visages, tant la densit&eacute; des nuages de vapeur s'amplifiait &agrave; leur passage. En se condensant sur leurs cheveux, de fines gouttelettes ruisselaient le long de leurs joues, les marbrant d'un rose obsc&egrave;ne.</P> <P>&laquo;&nbsp;On dirait qu'un pollen aux mol&eacute;cules extr&ecirc;mement t&eacute;nues s'est m&ecirc;l&eacute; &agrave; l'&eacute;vaporation des marais oc&eacute;an, constata Derennes &agrave; voix haute.&nbsp;&raquo;</P> <P>Ils chauss&egrave;rent des lunettes &agrave; effet de champ, allum&egrave;rent leurs phares polarisants pour pallier le manque de visibilit&eacute;. Pourtant, sans leur connaissance intime des lieux, ils n'auraient jamais atteint la grande for&ecirc;t primitive o&ugrave; poussaient les clorxwys. Dans la p&eacute;nombre du sous-bois, le brouillard semblait encore plus &eacute;touffant. Derennes s'approcha des plantes.</P> <P>Des tumeurs bosselant la tige, d'inqui&eacute;tantes effloraisons avaient jailli. Et ces formes rev&ecirc;taient un caract&egrave;re presque humain. Une bouche bleue, une protub&eacute;rance qui pouvait passer pour un nez et deux d&eacute;chirures d'un vert cruel qui tranchaient atrocement sur le beige clair du p&eacute;tale, b&eacute;aient tels des yeux sans prunelles.</P> <P>Luisan frissonna et se tourna vers Max qui ne put nier cette insolite sensation d'humanit&eacute;.</P> <P>Jamais auparavant il n'avait touch&eacute; aux plantes de Lom&eacute;lia avec les mains. Il utilisait des outils sp&eacute;ciaux, l&eacute;gers et d&eacute;licats, ou, &agrave; la rigueur, empruntait des gants pour manier subtilement les v&eacute;g&eacute;taux, les greffer, les soigner, pr&eacute;lever des &eacute;chantillons. &Agrave; travers la n&eacute;bulescence rose, Max caressa d'abord la tige en t&acirc;tonnant &agrave; mains nues, puis s'&eacute;gara sur la fleur voluptueuse. La d&eacute;charge brutale qu'il re&ccedil;ut l'obligea &agrave; retirer prestement ses doigts.</P> <P>Il tremblait de la t&ecirc;te au pied. Luisan, aux petits soins, d&eacute;balla sa trousse de survie, en sortit un tampon antiallergique qu'elle appliqua sur le dos de sa main. Quelques minutes plus tard, sa d&eacute;faillance paraissait surmont&eacute;e.</P> <P>&laquo;&nbsp;Impossible d'analyser exactement ce que j'ai ressenti. J'ai l'impression d'avoir &eacute;t&eacute; assailli par une id&eacute;e.&nbsp;&raquo;</P> <P>Sans ajouter le moindre commentaire, ils regagn&egrave;rent le bungalow, dans le silence rose qui recouvrait Lom&eacute;lia, et ne se sentirent en s&eacute;curit&eacute; que lorsqu'ils eurent franchi le seuil.</P> <P>Max se glissa vers le lit et attira Luisan qui vint se presser contre lui avec son regard tendre, son corps pervenche, et le sourire de sa bouche aux sept cents dents melli&eacute;es. &Agrave; cet instant, il s'aper&ccedil;ut que sa femme ne parlait pas. Non qu'en cent vingt ans de mariage il ne l'e&ucirc;t pas su, mais il ne le remarquait jamais, conscient de ce qu'exprimaient ses yeux, d&eacute;sormais clos. Max s'interrogea&nbsp;: Pourquoi Luisan lui avait-elle demand&eacute; de l'accompagner&nbsp;?</P> <P>Au-dehors, le brouillard bouillonnait en &eacute;paisses volutes, plus color&eacute;es, presque liquoreuses. Il p&eacute;n&eacute;trait lentement dans la chambre par osmose. Les lumens parvenaient difficilement &agrave; lutter contre cette invasion progressive. Luisan coupa leur source d'&eacute;nergie. Dans l'obscurit&eacute;, un l&eacute;ger halo soulignait le contour des choses, la forme de leurs corps, comme une phosphorescence &eacute;manant spontan&eacute;ment de la mati&egrave;re. Malgr&eacute; la climatisation pouss&eacute;e au maximum, la chaleur devenait accablante.</P> <P>La torpeur les gagnait. Ils s'endormirent, enlac&eacute;s dans la nuit &eacute;rythrine.</P> <P>Avant que la derni&egrave;re lueur de conscience s'&eacute;teign&icirc;t en lui, Max soup&ccedil;onna que le danger auquel avaient succomb&eacute; ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs venait de s'abattre sur eux&nbsp;; mais il &eacute;tait trop tard, beaucoup trop tard.</P> <P>Le lendemain, toute trace de cet &eacute;trange brouillard, qui ne correspondait &agrave; aucune cause m&eacute;t&eacute;orologique, avait disparu. Le soleil blanc dardait de nouveau ses rayons d'argent sur le bungalow endormi, sur les Passmintorias qui recouvraient la colline de leurs taches l&eacute;g&egrave;res, tels les coraux secrets au fond d'une mer perdue, sur le marais oc&eacute;an et les for&ecirc;ts tumultueuses. Les deux humanos, qui n'avaient pas &eacute;t&eacute; rang&eacute;s pour la nuit, gisaient inanim&eacute;s sur le sol viol&acirc;tre. Dans le vaste jardin en chantier, les robots outils ne donnaient plus signe d'activit&eacute;.</P> <P>Pr&egrave;s du petit &eacute;tang, les duelqmaines que les deux pionniers avaient replant&eacute;s g&eacute;missaient doucement.</P> <P>Luisan se r&eacute;veilla la premi&egrave;re et observa tendrement son mari endormi&nbsp;; elle passa une main fine et bleue sur son visage qui s'anima &agrave; son tour.</P> <P>Il dit doucement&nbsp;:</P> <P>&#151; Luisan&#133; Quel r&ecirc;ve &eacute;trange j'ai fait&nbsp;!</P> <P>Puis, apr&egrave;s s'&ecirc;tre dress&eacute;, il serra sa femme dans ses bras et lui murmura&nbsp;:</P> <P>&laquo;&nbsp;Si tu savais&#133; Je ne crois pas que ce soit un r&ecirc;ve &agrave; vrai dire&#133; Les plantes parlaient, elles me disaient&#133; Non, ce n'&eacute;taient pas les fleurs, mais le brouillard, seulement le brouillard qui surgissait du marais oc&eacute;an en bulles color&eacute;es. Celles-ci p&eacute;tillaient dans mon esprit pour me transmettre un message&nbsp;: &laquo;&nbsp;Homme d'une plan&egrave;te lointaine, tu as senti hier ma puissance. Je suis l'intelligence de cette plan&egrave;te. Ma vie prend source dans les profondeurs de l'eau, l&agrave; o&ugrave; naissent les algues g&eacute;antes. Celles-ci constituent mon syst&egrave;me nerveux, comme la terre et la mer constituent ma chair, les fleurs et les arbres symbolisent mes sens. J'ai proscrit toute autre forme de vie que le r&egrave;gne v&eacute;g&eacute;tal et la paix r&egrave;gne ici depuis des mill&eacute;naires. L'amour des plantes existe en toi. Mais comme les autres cr&eacute;atures de ta race que j'ai&#133; (ici notion incompr&eacute;hensible), tu les meurtris sans remords pour sacrifier &agrave; ton plaisir&#133; Retourne sur ta plan&egrave;te, vagabonde vers d'autres terres o&ugrave; tu pourras cr&eacute;er de nouveaux jardins &agrave; ta guise. L'univers rec&egrave;le assez d'espace&#133; J'interdis que mon existence soit pollu&eacute;e par des cr&eacute;atures &eacute;trang&egrave;res. Si tu ne m'ob&eacute;is pas, tu es condamn&eacute;&#133; Tu le sauras en regardant tes mains, tes mains, tes mains&#133;&nbsp;&raquo; Je me suis r&eacute;veill&eacute; &agrave; cet instant, Luisan, et je t'ai vue.&nbsp;&raquo;</P> <P>Elle lui examina chacun des doigts, comme &agrave; un enfant.</P> <P>La chair en avait l&eacute;g&egrave;rement chang&eacute; de texture&nbsp;; les articulations ressemblaient &agrave; d'anciens n&#156;uds coup&eacute;s&nbsp;; la peau, plus ligneuse, paraissait d'une teinte diff&eacute;rente. Mais ces changements &eacute;taient imperceptibles&nbsp;; seul le r&ecirc;ve de la nuit incitait &agrave; y voir une mutation. Luisan d&eacute;visageait Max intens&eacute;ment&nbsp;; ses yeux exigeaient une explication.</P> <P>&laquo;&nbsp;Ce brouillard rose est sans doute une &eacute;manation du marais oc&eacute;an, form&eacute; de mol&eacute;cules bipolaires qui interagissent &agrave; la mani&egrave;re d'un cerveau &eacute;lectronique, mille fois plus puissant que le n&ocirc;tre.</P> <P>&#151; Et ces changements sur ta main&nbsp;? &eacute;crivit-elle.</P> <P>&#151; Le contact avec les clorxwys l'a initi&eacute;. &Agrave; mon avis, l'intelligence de cette plan&egrave;te doit pouvoir modifier notre constitution cellulaire.</P> <P>&#151; Afin de nous transformer en v&eacute;g&eacute;taux&nbsp;!</P> <P>Pour rompre cette sensation d'angoisse, d'effroi insidieux, il murmura, songeur</P> <P>&#151; C'est certainement ce qui est advenu des autres explorateurs. Ici, les insectes et les crustac&eacute;s sont &eacute;pargn&eacute;s pour servir &agrave; la reproduction des fleurs, mais les hommes sont inutiles dans un monde v&eacute;g&eacute;tal.</P> <P>&#151; N'est-ce pas l'id&eacute;al, pour un phytologue de finir sous forme de plante&nbsp;!</P> <P>&#151; &Agrave; condition de pr&eacute;server sa personnalit&eacute;.</P> <P>Luisan se pencha vers lui pour l'embrasser. Dans son mutisme &eacute;ternel, elle avait acquis une conscience instinctive des choses que bien des savants lui eussent envi&eacute;e. Max vit dans ses yeux gris une telle certitude, une telle confiance, un tel amour qu'il sut que rien ne les chasserait de Lom&eacute;lia. Et, dans ce silence &eacute;chang&eacute;, leurs deux esprits se joignirent, pour le meilleur et pour le pire.</P> <P>Ils poursuivirent leurs travaux agricoles comme si rien ne les mena&ccedil;ait, soignant les fleurs, les arbres, entreprenant de nouvelles cultures. Leur passion pour cette nature sensuelle, tourment&eacute;e, violente, s'embellissait et s'&eacute;purait.</P> <P>Du marais oc&eacute;an surgissait parfois une bulle &eacute;quivoque qui crevait &agrave; la surface, tel un avertissement&nbsp;; elle larguait une bouff&eacute;e de brouillard qui formait des lignes d'&eacute;criture en s'effilochant&nbsp;; puis s'effa&ccedil;ait avant qu'ils n'aient eu le temps d'en interpr&eacute;ter le sens. Menaces ou message d'amour&nbsp;? A d'autres moments, le chant nocturne des duelqmaines s'infl&eacute;chissait, prenait de l'ampleur, se transformait en plaintes, en g&eacute;missements furieux, ou en rires, en chants d'all&eacute;gresse, accompagn&eacute;s d'un grand d&eacute;ploiement de ph&eacute;nom&egrave;nes lumineux, feux d'artifices v&eacute;g&eacute;taux qui traversaient le paysage. Les fragrances de Passmintorias jouaient en contrepoint. Mais, quand les clorxwys &eacute;laboraient de nouvelles fleurs insolites, Max et Luisan ne pouvaient retenir un frisson.</P> <P>Bient&ocirc;t il ne resta plus un glouq&nbsp;; Luisan avait mang&eacute; les restes du dernier la veille. Quant aux bulmms, il semblait que leur r&eacute;putation de prolif&eacute;ration excessive soit usurp&eacute;e&nbsp;: des deux port&eacute;es de cinquante dont les femelles avaient accouch&eacute; sur Lom&eacute;lia, trente avaient &eacute;t&eacute; mang&eacute;s par les pionniers, mais soixante avaient disparu myst&eacute;rieusement, peut-&ecirc;tre d&eacute;vor&eacute;s par la flore, et les autres ne se reproduisaient plus.</P> <P>Lorsque le brouillard rose s'&eacute;leva de nouveau du marais oc&eacute;an et se r&eacute;pandit sur la plan&egrave;te, les deux amants s'&eacute;tendirent avec des gestes calmes et graves sur leur couche. Ils avaient &eacute;teint les murs fen&ecirc;tres, ouvert la cloison lat&eacute;rale, arr&ecirc;t&eacute; le m&eacute;canisme des robots. Les deux humanos, charg&eacute;s sur un module de secours, venaient de d&eacute;coller la veille pour rejoindre un point de sauvetage spatial.</P> <P>Max et Luisan attendaient.</P> <P>Au c&#156;ur de la for&ecirc;t profonde, les clorxwys s'&eacute;taient referm&eacute;s, leurs sombres tumeurs boursoufl&eacute;es sur les tiges torsad&eacute;es de pourpre, inqui&eacute;tants. Soulevant leurs racines du sol, ils march&egrave;rent vers le bungalow.</P> <P CLASS="DINGBAT"><IMG SRC="../../../images/interface/zig/curval_zig_1.gif" ALT="--==&sect;==--"></P> <P CLASS="NOINDENT">Trois semaines plus tard, le spatiocroiseur de l'agence Sid&eacute;ra se posa &agrave; proximit&eacute; de l'installation. En effectuant sa tourn&eacute;e habituelle aupr&egrave;s des propri&eacute;taires r&eacute;cents afin de v&eacute;rifier le m&eacute;canisme des robots et s'enqu&eacute;rir des d&eacute;sirs de leurs clients, son &eacute;quipage avait &eacute;t&eacute; alert&eacute; par les humanos.</P> <P>La v&eacute;g&eacute;tation recouvrait le bungalow, les plantes en d&eacute;voraient les ruines. Mais les vastes plantations &agrave; l'abandon semblaient avoir pris leur destin en mains. Les arbres, les fleurs import&eacute;s, trouvant une vigueur nouvelle dans l'humus, dessinaient un parc fantastique, m&ecirc;lant leurs essences &eacute;trang&egrave;res &agrave; la flore indig&egrave;ne pour composer d'enivrants bouquets exotiques. Cette hybridation prodigieuse &agrave; l'&eacute;chelle de la galaxie produisait des esp&egrave;ces m&eacute;tisses, des couleurs enivrantes, des formes in&eacute;dites, dont l'agencement savant composait le plus beau jardin de l'univers. La rigueur et la splendeur de son ordonnance coupaient le souffle.</P> <P>Entre le bleu satur&eacute; du ciel, le soleil blanc et le sol &eacute;meraude r&eacute;gnait une paix in&eacute;galable, ponctu&eacute;e par les chants myst&eacute;rieux des plantes, par des bouff&eacute;es d'odeurs magiques, composant un op&eacute;ra plan&eacute;taire pour sons, parfums et lumi&egrave;res.</P> <P>&laquo;&nbsp;Il faut partir, souffla l'un des hommes.</P> <P>&#151; Impossible. Je sais ce que tu ressens&#133; peur, hein&nbsp;? Si nous ne proc&eacute;dons pas &agrave; une enqu&ecirc;te, personne ne nous le pardonnera.&nbsp;&raquo;</P> <P>Le premier agent soupira. Ils march&egrave;rent vers le bungalow.</P> <P>Sur l'emplacement de la chambre, dans la p&eacute;nombre grise, deux clorxwys d'une esp&egrave;ce originale entrem&ecirc;laient leurs tiges sur le limoplast en d&eacute;composition du lit. L'un d'eux paraissait ch&eacute;tif.</P> <P>Ce dernier fit la roue. Des tumeurs g&eacute;antes &eacute;clat&egrave;rent et de g&eacute;antes effloraisons s'en &eacute;chapp&egrave;rent.</P> <P>Ses fleurs ressemblaient &agrave; des femmes, elles en avaient la gr&acirc;ce &eacute;mouvante et la sensualit&eacute;.</P> <P>Fascin&eacute;s, les deux agents s'approch&egrave;rent.</P> <P>Alors de lourds p&eacute;tales se referm&egrave;rent sur eux. La digestion commen&ccedil;a.</P> <P>Car, si Max mangeait volontiers de la viande, Luisan &eacute;tait exclusivement carnivore.</P></DIV> <P>&nbsp;</P><DIV CLASS="firstPub"><TABLE WIDTH="95%" CELLPADDING="10" CELLSPACING="0" BORDER="0"><TR><TD ALIGN="LEFT"><IMG ALT="[reproduction de couverture]" WIDTH="208" HEIGHT="251" BORDER="0" SRC="../../../images/contenu/couvertures/pc/fiction_32.gif"></TD><TD> <P><STRONG>Premi&egrave;re publication&nbsp;: </STRONG>&quot;le Langage des fleurs&quot; in&nbsp;: <CITE>Fiction</CITE> n&ordm;&nbsp;32, juillet 1956. Cette nouvelle a &eacute;t&eacute; enti&egrave;rement remani&eacute;e et r&eacute;vis&eacute;e en 1996 et comporte une gravure num&eacute;rique de l&#146;auteur.</P></TD></TR></TABLE></DIV><TABLE BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="1" WIDTH="100%"><TR><TD CLASS="tableColor1" WIDTH="100%"><TABLE BORDER="0" WIDTH="100%" CELLSPACING="0" CELLPADDING="1"><TR><TD ALIGN="RIGHT" CLASS="tableColor1"><TABLE BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="0" WIDTH="100%"><TR><TD ALIGN="LEFT" CLASS="tableColor2" WIDTH="33%"> <P CLASS="navBarText" ALIGN="LEFT"><A CLASS="navbarA" HREF="#TOP" ONMOUSEOVER="return setMsg('Pour remonter en haut de la page');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">haut de page</A> </P></TD><TD ALIGN="CENTER" CLASS="tableColor2" WIDTH="33%"> <P CLASS="navBarText"><A CLASS="navbarA" HREF="../../philippe_curval.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la liste des nouvelles de Philippe Curval');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">Philippe Curval&nbsp;: Livre d'or</A> </P></TD><TD ALIGN="LEFT" CLASS="tableColor2" WIDTH="33%"> <P CLASS="navBarText" ALIGN="RIGHT"><A CLASS="navbarA" HREF="oeuf_d_elduo.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page pr&eacute;c&eacute;dente');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">&lt;&#151; pr&eacute;c&eacute;dente</A>&nbsp;&#149;&nbsp;<A CLASS="navbarA" HREF="odeur_de_la_bete.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page suivante');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">suivante &#151;&gt;</A> </P></TD></TR></TABLE></TD></TR><TR><TD ALIGN="RIGHT" CLASS="tableColor1"><TABLE BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="0" WIDTH="100%"><TR><TD ALIGN="LEFT" CLASS="tableColor2" COLSPAN="2"> <P CLASS="navBarText"><A CLASS="navbarA" HREF="mailto:nospam@internet.all" ONCLICK="this.href=mailto" ONMOUSEOVER="return setMsg('Pour &eacute;crire &agrave; Quarante-Deux');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">&eacute;crire &agrave; Quarante-Deux </A> </P></TD><TD ALIGN="RIGHT" CLASS="tableColor2"> <P CLASS="navBarText"><A CLASS="navbarA" HREF="../../../index.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page d\'accueil de Quarante-Deux');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">Quarante-Deux</A> </P></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE></TD><TD ALIGN="LEFT" WIDTH="35"><A HREF="../../../index.html" ONMOUSEOVER="imageOver(1,0); return setMsg('Vers la page d\'accueil de Quarante-Deux');" ONMOUSEOUT="imageUp(1,0); return setMsg('');"><IMG SRC="../../../images/interface/logos/logo_42_small_up.gif" WIDTH="35" HEIGHT="35" BORDER="0" ALT="logo 42" NAME="btn1"></A></TD></TR></TABLE> <P CLASS="footers">&nbsp;<BR>Ne peut &ecirc;tre reproduit sur papier (sauf pour un usage priv&eacute;) ou sur l'internet sans autorisation.<BR><STRONG>&copy;&nbsp;Quarante-Deux &amp; Philippe Curval</STRONG> &#151; Voir le d&eacute;tail des <A HREF="../../../divers/conditions_d_utilisation.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Vers la page des conditions d\'utilisation');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">conditions d'utilisation</A>.</P> <P CLASS="footers"><STRONG>Cr&eacute;ation&nbsp;: </STRONG>samedi 15 mai 1999 &#151; <STRONG>Modification&nbsp;: </STRONG>dimanche 5 mars 2000<BR><STRONG>Adresse des R&eacute;cits de l'espace&nbsp;: </STRONG>&lt;<A HREF="http://www.quarante-deux.org/recits_de_l_espace.html" ONMOUSEOVER="return setMsg('Emplacement de la page d\'accueil des R&eacute;cits de l\'espace sur l\'internet');" ONMOUSEOUT="return setMsg('');">http://www.quarante-deux.org/recits_de_l_espace.html</A> </P></BODY></HTML> 
