<html>  <head> <title>Lapin tactile, araigne lumineuse, texte fourmillant</title> <meta name="author" content="Yves-Marie Visetti "> <meta name="generator" content="Mozilla/4.78 [en] (Windows NT 5.0; U) [Netscape]"> </head>  <body bgcolor="white" text="black" link="black" vlink="#666666" alink="red" leftmargin="30" marginwidth="30"> <CENTER><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:12pt;">LAPIN TACTILE, ARAIGNE LUMINEUSE,</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:12pt;">     </span></font><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:12pt;">TEXTE FOURMILLANT</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:12pt;"> </span></font></CENTER>  <p align="center"><font color="#666666" face="Arial"><span style="font-size:12pt;"><b>Yves-Marie  Visetti<br></b></span><span style="font-size:11pt;"><b>CNRS&nbsp;/ LAFORIA</b></span></font><font face="Arial"><span style="font-size:12pt;"><b> </b></span></font></p> <CENTER><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">(Paru dans la <i>Revue de Littrature gnrale</i>, n2, juin 1996, non pagin.)</span></font></CENTER>  <P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">&nbsp;</span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">L'esprit, le cerveau : vieux couple s'il en est, o chacun tour  tour clipse son conjoint. Allis, cependant, devant la menace de rivaux aux ges indtermins : l'extriorit de la nature, d'abord, qui dlimite, nourrit, menace, et toujours compromet leur tide intriorit solipsiste ; l'extriorit de la culture, ensuite, qui joue sur la pluralit des individus pour constituer et relativiser toute individualit ; les artefacts, galement, travail mort qui anticipe sur la vie  venir,  prsent prothses animes qui ne sont dj plus de la vie (Stiegler) ; et la conscience, enfin, soit l'exprience indfiniment variable et familire d'tre au monde, celle-l mme que le </span><I><span style="font-size:11pt;">mind</span></I><span style="font-size:11pt;"> des orthodoxies cognitivistes, c'est  dire l'esprit-cerveau des psychologies cognitives et des neurosciences computationnelles, prtend rduire  la condition d'piphnomne. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Donc, la conscience : vieux problmes, brefs rappels, petits croquis, compilation-clair. </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">VIEUX PROBLEMES</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;"> </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Unit et continuit. -   </span></B><span style="font-size:11pt;">Tout ce que la conscience nous livre manifeste une cohrence singulire, et si d'aventure cette cohrence vient  faiblir, nous dirons prcisment que la conscience se perd. Traditionnellement, on rend compte de cette cohrence de plusieurs faons : par la continuit prouve du temps qui passe, par celle du champ ouvert dans chaque modalit sensorielle, par la forte structuration, finalement assez peu paradoxale, de ce qui se prsente simultanment dans ces diffrents champs, par une impression gnrale de familiarit avec le monde, par la permanence d'un soi singulier, qui rpond  celle du corps qu'il s'est pleinement appropri, comme  celle, langagire et sociale, que l'intersubjectivit lui assigne. Parfois, il est vrai, on concdera l'incohrence, mais ce sera pour mieux mettre en avant la continuit ou le </span><I><span style="font-size:11pt;">continuum</span></I><span style="font-size:11pt;"> : humeurs, motions, passions, plaisirs ou dplaisirs, dont le flot enfle et dsenfle, nous submerge ou se tarit. En somme, bien que changeante, la conscience serait continue, et, bien que subjective, elle aurait affaire  des objets indpendants ou permanents. Intentionnelle et volontaire, elle distribuerait son attention de faon slective dans le temps, sre de la prsence des choses, sre de distinguer cette prsence du souvenir ou de l'imagination, sre enfin de retrouver ces mmes choses quand elle dciderait d'y revenir. Ainsi toute discontinuit, rupture, interruption, surgissement, &quot;trangification&quot; dans le flot de l'exprience ne ferait jamais que confirmer la continuit, l'unit, la connexit, et l'identit  soi du fin fond de la conscience (Husserl, Searle). </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Pourtant, en affinant ces intuitions de sens commun, en les confrontant aussi  des environnements ou  des subjectivits moins ordinaires (par exemple pathologiques), ou encore -  ce qui est bien diffrent -  en explorant les bases neurophysiologiques prsumes de l'exprience, on est au contraire conduit  affirmer le caractre rhapsodique du &quot;matriau&quot; de la conscience, de ce fond unifi, cohrent et continu que l'on prte au flot de tous les vcus. On voit par exemple vaciller les oppositions nettes entre mmoire, imagination, et perception, ce qui n'est pas sans consquences sur la trame narrative de nos existences, comme sur la signification de toute prsence. La continuit temporelle, de mme que la connexit des divers champs perceptifs, est  comprendre sur un mode hermneutique, et non plus ontologique : il y a peut-tre des trous, mais personne n'est l pour s'en plaindre. La conscience connatrait aussi diffrentes formes, touchant paradoxalement  la non-conscience. Les sujets pourraient prouver ces diffrences qualitatives, cette htrognit modale de leur conscience, mais cela n'engendrerait aucun effet de passage, de franchissement de seuil, car encore une fois, personne ne serait l, dans les ttes, pour s'en inquiter et sonner l'alarme. Par consquent seule la confrontation entre les consciences,  travers le langage et les artefacts techniques, pourrait constituer ou dlimiter, dans l'espace et le temps des comportements </span><I><span style="font-size:11pt;">observs</span></I><span style="font-size:11pt;">, comme dans celui des vnements neurophysiologiques </span><I><span style="font-size:11pt;">corrls</span></I><span style="font-size:11pt;">, de pareilles frontires effectivement subies mais non vcues comme telles par qui que ce soit. Et nous n'avons aucune raison </span><I><span style="font-size:11pt;">a priori </span></I><span style="font-size:11pt;">de supposer que les structures de l'exprience consciente, unit ou pluralit, continuit ou discontinuit, simultanit ou succession, se transposent en des structures neurophysiologiques ou comportementales simplement </span><I><span style="font-size:11pt;">isomorphes</span></I><span style="font-size:11pt;"> (Block, Dennett). </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Conscience et anticipation.</span></B><span style="font-size:11pt;"> -   L'impression de continuit-unit-cohrence est lie  la permanence construite des objets  travers leurs profils successifs, qui contribue en retour  la permanence d'une identit subjective. L'anticipation (dans l'acception prsente) est cette capacit, non pas de prvoir  l'avance et avec exactitude, mais de tout recevoir comme confirmation de son attente. Elle suppose la reprise permanente de ce qui arrive, en accord avec un schme anticipateur qui est, paradoxalement, une mmoire de ce qui est encore et toujours  venir. Elle n'est donc pas en ce sens une estimation du futur, mais d'abord le mode de constitution de l'exprience prsente. On reconnat ici les analyses clbres de Husserl : rien ne pourrait se donner comme conscient sans tre pris dans une telle ouverture de perception potentielle. Il faut comprendre par l que le potentiel est donn en chair et en os, comprim dans le prsent. C'est ce potentiel lui-mme, en tant que prsentifi, qui est l'objet de la conscience : c'est </span><I><span style="font-size:11pt;">tout le cube</span></I><span style="font-size:11pt;"> que nous apercevons, </span><I><span style="font-size:11pt;">parce que</span></I><span style="font-size:11pt;"> nous le saisissons sous certaines de ses faces. Le cube </span><I><span style="font-size:11pt;">est</span></I><span style="font-size:11pt;"> ce potentiel </span><I><span style="font-size:11pt;">totalement</span></I><span style="font-size:11pt;"> prsentifiable de configurations de faces toujours </span><I><span style="font-size:11pt;">partielles</span></I><span style="font-size:11pt;">. Le prsent est alors une </span><I><span style="font-size:11pt;">scne</span></I><span style="font-size:11pt;"> o s'intgrent les objets perus, en tant que potentiels gomtriques, dynamiques, fonctionnels, motionnels, etc., donns en prsence. La scne est donc elle-mme un pareil complexe de relations, dont la porte dpasse le prsent qui l'intgre pourtant toute entire. Et de mme que le potentiel dlivr en chair et en os dans le prsent se prolonge dans le possible futur de toutes les associations qu'il voque, de mme le prsent, qui est lui-mme fait d'anticipation, s'ouvre sur la confrontation avec une anticipation prolonge de nature prdictive. Conservatrice et novatrice  la fois, la conscience semble associe au pressentiment de ce qui lui chappe, et dborde continment son anticipation constituante sans pour autant la prendre radicalement en dfaut. La phnomnologie de Husserl a dit tout cela et beaucoup plus : car c'est d'elle que nous vient la description d'un Prsent non instantan, qui intgre la rtention du tout-juste-pass  la protention du presque-advenu ; d'elle aussi, le modle d'une perception construisant l'identit de l'objet comme une anticipation de ses esquisses. Husserl a toutefois refus de mettre en cause la nettet de la distinction entre la conscience du prsent et celle de la mmoire ou de l'imagination. Mais peut-on vraiment, comme il le pensait, distinguer entre la perception de la prsence et celle du possible qui s'y annonce ? </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Quoi qu'il en soit de cette distinction, il parat difficile d'imaginer quelque forme de conscience, si rudimentaire soit-elle, sans l'preuve vcue d'une</span><I><span style="font-size:11pt;"> </span></I><span style="font-size:11pt;">ngociation permanente entre une instance conservatrice et anticipatrice, d'une part, et une nouveaut familire qu'elle doit s'approprier, d'autre part. Les homards, par exemple, sont-ils conscients de cette faon ? Certainement non, nous assure Gerald Edelman dans sa </span><I><span style="font-size:11pt;">Biologie de la conscience</span></I><span style="font-size:11pt;">. Pourtant le homard se dbat et (peut-on penser) souffre mille morts lorsqu'on le tranche ou l'bouillante vivant, selon les prescriptions d'une tradition culinaire barbare. Comment nommer l'exprience de douleur fulgurante que nous lui supposons, si le mot de conscience, dans ses versions censment les plus primaires, semble requrir tout autre chose que d'avoir  sentir, tout simplement ? En somme, quel effet cela fait-il d'tre un homard ? </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Modes de la conscience.</span></B><span style="font-size:11pt;"> -   Nous en parlions  l'instant, mais je savais bien que tu n'coutais pas (trop occupe  lire ton livre). Continuons quand mme, puisqu'on s'entend si bien : </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">-  </span><I><span style="font-size:11pt;">Conscience marginale et conscience centrale</span></I><span style="font-size:11pt;">. Une distinction emprunte  la structure du champ visuel, qui est en partie conditionne par la diffrence des visions fovale et pri-fovale. La conscience marginale tisse une toile de fond sur laquelle se distinguent les formes scrutes par la conscience centrale. Au centre, la discrimination active, la finesse de grain, le traitement de la nouveaut,  la priphrie les fonds grossirement traits, les tches de routine, les programmes de vigilance et d'alerte ordinaires. C'est ainsi le paysage autoroutier travers au bord de l'inconscience pendant qu'on pense  celui, tout autre et pourtant semblable, des </span><I><span style="font-size:11pt;">road movies</span></I><span style="font-size:11pt;">. C'est galement l'artisan heideggerien qui martle dans son atelier pendant qu'il pense  sa petite amie ou  son djeuner. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">-  </span><I><span style="font-size:11pt;">Conscience attentive et non attentive</span></I><span style="font-size:11pt;">. L'attention, disait William James, est &quot;la prise de possession par l'esprit, sous une forme claire et vive, d'un objet ou d'une suite de penses parmi plusieurs qui semblent possibles&quot;. Au sens le plus strict, l'attention est donc slective, directionnelle, limite, et bien fragile. Elle ne se confond pas avec l'veil ou la simple vigilance. Et pourtant, on parlera aussi d'attention flottante, c'est  dire d'une finesse de la sensibilit, d'une susceptibilit de la conscience qui ne sont pas, bien au contraire, l'apanage de la conscience centrale. L encore, une modulation qui s'prouve, mais ne se mesure pas de l'intrieur : une gradualit, si l'on veut, mais dont les grades, l'chelle, ne se peuvent assigner dans l'exprience subjective elle-mme. Mais les mditants bouddhistes ne seront peut-tre pas d'accord, ils diront par exemple que la conscience peut s'exercer  contrler et discriminer finement sa prsence attentive, jusqu' se donner l'exprience des seuils qu'elle franchirait dans sa progression (Varela). </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">-  </span><I><span style="font-size:11pt;">Conscience phnomnologique et conscience d'accs </span></I><span style="font-size:11pt;">(Ned Block). Une distinction bien contestable, mais qu'importe si l'histoire est piquante ? La conscience phnomnologique ou P-conscience est tout simplement l'indfinissable qualit de l'exprience, le pur et simple effet que cela nous fait d'tre au monde. Une fracheur sur la joue, un peu de lumire qui filtre sous la paupire, une explosion de couleurs, un disque de vinyl ray. La conscience d'accs ou A-conscience, imprudemment et absurdement dite &quot;non phnomnologique&quot; par Block, serait ce qui, dans l'apparatre, prsente une valeur cognitive, se montre smantiquement valuable, infrentiellement exploitable, dcisif pour une orientation sense (&quot;rationnelle&quot;, dit Block) de l'action en cours. La A-conscience n'implique pas ncessairement une conscience de soi, ou une conscience rflexive ou introspective, qui sont encore bien autre chose, mais plus simplement une orientation intentionnelle, un rapport  quelque chose plutt qu' rien, un enjeu. A vrai dire, sa dfinition principalement fonctionnelle permet de l'attribuer sans tenir compte de l'exprience subjective, telle que vcue au prsent ; la A-conscience dpend finalement d'une attribution en troisime ou seconde personne, c'est  dire d'une observation par autrui, ou bien de l'aprs-coup d'un compte-rendu en premire personne. Entre la A-conscience et une certaine sorte d'inconscience efficace, il n'y a donc finalement aucune incompatibilit. On imaginera ainsi des robots, ou mieux des </span><I><span style="font-size:11pt;">zombies</span></I><span style="font-size:11pt;"> dnus de sensations conscientes mais pas de suite dans les ides, qui seraient A-conscients sans tre P-conscients, faisant tout comme nous et indiscernables de nous, mais sans jamais rien sentir comme nous (d'ailleurs comment puis-je savoir que tu n'es pas une zombie ?). Symtriquement, on qualifiera certains aspects de l'exprience de P-conscients sans A-conscience : tout ce temps tu tais consciente du tic-tac de la montre, du bruit lointain des travaux dans la rue, mais voil, de ce que tu entendais tu ne faisais peut-tre rien. Nous pourrions donc tre inertes comme des pierres, avoir cependant des </span><I><span style="font-size:11pt;">qualia</span></I><span style="font-size:11pt;">, une qualit d'exprience singulire, comme Teilhard de Chardin en attribuait aux pierres, et n'en faire strictement rien. Tu pourrais aussi, et c'est comparable sous ce rapport, avoir par exemple un orgasme, et cela serait de la P-conscience, non de la A-conscience, car les orgasmes sont &quot;informationnellement pauvres&quot; et &quot;non fonctionnels sur le plan cognitif&quot;, c'est du moins ce qu'en pense Ned Block. Une zombie ne pourrait donc avoir des orgasmes, qui sont ncessairement des </span><I><span style="font-size:11pt;">qualia</span></I><span style="font-size:11pt;"> d'une P-conscience, mais seulement des secousses d'un type particulier que nous, ses amants, prendrions pour des orgasmes vritables. Car les zombies ont beau tre A-conscients, ils ne peuvent prouver des A-orgasmes qui par dfinition n'existent pas. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Mais nous voil bien lancs dans la thorie, et tout cela n'tait encore qu'un chauffement, simple P-conscience et non A-conscience vritable de notre sujet. </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">PETITS CROQUIS</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;"> </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">Assembles, romans, versions multiples</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;"> </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Assembles neuronales. -   </span></B><span style="font-size:11pt;">Le psychologue D. Hebb conjecturait en 1949 que l'assemble neuronale tait l'unit pertinente pour une mise en corrlation des tats mentaux avec leur base neurophysiologique prsume. Par </span><I><span style="font-size:11pt;">assemble neuronale</span></I><span style="font-size:11pt;"> il entendait un ensemble de neurones fortement connects, dont l'activit devait prsenter une certaine forme de cohrence, peut-tre une synchronie dans le rythme de leurs dcharges, en raison-mme de la densit de leur rseau de connexions -  dont Hebb imaginait d'ailleurs que l'efficacit ne ferait que crotre  l'usage. A chaque composant d'une description psychologique, par exemple les parties d'une scne ou d'un objet peru, il devait tre possible d'associer, non pas un neurone isol, dnu en tant que tel de valeur fonctionnelle, mais toute une assemble, ou sous-assemble, qui serait la contrepartie crbrale du composant psychologique en question. Chaque neurone pourrait d'ailleurs, selon les opportunits, se laisser recruter tour  tour par plusieurs assembles, et chaque assemble, de son ct, se satisferait pour jouer son rle fonctionnel d'un quorum acceptable de ses membres. La fortune de ce concept d'assemble n'a pas cess de crotre depuis sa premire explicitation, et l'on peut s'tonner, mme si Hebb a videmment eu des prcurseurs, que cette proposition de considrer le cerveau comme une socit de micro-agents neuronaux rassembls en collectifs intermittents n'ait pas t exprime plus tt avec toute la clart ncessaire. La question a formidablement rebondi dans les annes 80 avec la dcouverte de certaines formes d'oscillations dans l'activit du cerveau, en l'occurrence des dcharges intermittentes, remarquablement synchrones  la milliseconde prs, de groupes de neurones situs  des distances variables les uns des autres. Les progrs de l'lectrophysiologie auraient donc permis de saisir sur le vif les assembles conjectures par Hebb. Allant mme au-del du terme quivoque d'tat psychologique, pour lui prfrer celui d'tat de conscience, plusieurs thoriciens, tel F. Crick, suggrent que certains de ces mcanismes oscillatoires, comme ceux observs  une frquence de 35-75 hertz entre le thalamus et le cortex, joueraient un role dcisif dans la formation de nos impressions conscientes. On tiendrait l un critre majeur d'une diffrence entre activit crbrale consciente et inconsciente : soit la capacit de mobiliser, sur un mode </span><I><span style="font-size:11pt;">temporellement</span></I><span style="font-size:11pt;"> cohrent bien spcifique, des nuages d'assembles neuronales. Une consquence de cette faon de voir pourrait tre que le flux de conscience est structurellement ingal, rythm par les conditions, toujours transitoires, de la stabilisation de ces assembles. Il pourrait s'avrer difficile, pour une nouveaut entrante, de prendre le train d'une assemble en cours de stabilisation. Que faire ? prendre le train suivant ? mais il est alors trop tard, le stimulus s'en est all... La conscience serait donc faite de temps forts et de temps faibles (nous nous en doutions), sur un rythme fondamental de quelques centaines de millisecondes (c'tait moins vident). Peut-tre mme cette conscience est-elle secrtement discontinue, syncope  l'insu du sujet, dont l'exprience se vivrait alors par bouffes ? Une autre interprtation, plus modeste mais fort astucieuse, de ces mmes phnomnes neurophysiologiques, y reconnat plutt l'effet d'une sorte de colle crbrale, une faon de lier des micro-vnements, provisoirement mais solidement, pour segmenter l'activit globale en entits distinctes. Tu vois par exemple un carr rouge et un disque vert. Quatre petites assembles neuronales s'activent : une pour </span><I><span style="font-size:11pt;">rouge</span></I><span style="font-size:11pt;">, une deuxime pour </span><I><span style="font-size:11pt;">vert</span></I><span style="font-size:11pt;">, une troisime pour </span><I><span style="font-size:11pt;">carr</span></I><span style="font-size:11pt;">, une quatrime pour </span><I><span style="font-size:11pt;">disque</span></I><span style="font-size:11pt;">. Comment le cerveau peut-il savoir que c'est le carr qui est rouge et le disque qui est vert, comment attribuer les bonnes couleurs aux bonnes figures ? C'est ce qu'on appelle le problme du liage, le </span><I><span style="font-size:11pt;">binding problem</span></I><span style="font-size:11pt;">. Les oscillations rpondraient  la question : les assembles pour </span><I><span style="font-size:11pt;">rouge</span></I><span style="font-size:11pt;"> et </span><I><span style="font-size:11pt;">carr</span></I><span style="font-size:11pt;"> oscillent en synchronie, et de mme, en alternance avec les prcdentes, celles pour </span><I><span style="font-size:11pt;">disque</span></I><span style="font-size:11pt;"> et </span><I><span style="font-size:11pt;">vert</span></I><span style="font-size:11pt;">. Chaque assemble, ou collge d'assembles, pourrait ainsi se regrouper et se disperser une vingtaine de fois par seconde (50 hertz). Et c'est bien assez pour y voir clair. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Le roman de la conscience primaire. -  </span></B><span style="font-size:11pt;">Donc des assembles, des oscillations, des (in)cohrences temporelles. Trs bien, mais encore ? Il y a par exemple le projet, les propositions d'Edelman : la conscience  travers le biologique et le social, sa gense dans l'volution des espces, ses formes primaires ou suprieures. Ingrdients thoriques : (i) de la biophysique, (ii) de la reconstruction darwinienne  toutes les chelles de structure et de temps (par exemple son darwinisme neuronal qui considre le cerveau comme un cosystme d'assembles de neurones), et enfin (iii) ce qu'il appelle </span><I><span style="font-size:11pt;">l'hypothse des qualia</span></I><span style="font-size:11pt;">, une faon lgante de se donner l'exprience consciente au dpart, sans prtendre la redissoudre dans ses bases physiques. Expliquer, oui, liminer, non. Car il faut bien prsumer ds le dpart une Conscience et son exprience singulire si l'on veut donner un sens au discours qui, s'adressant  elle, entend dgager des corrlats dans l'ordre matriel. Mais assez parl, il faut agir. Remonter dans le temps, parcourir  rebours l'hominisation, redevenir lmurien, rongeur, oiseau peut-tre, et l, modestement s'intresser  sa propre exprience, se demander de quelles pauvres diffrences elle est faite. Nous percevons fort bien, nos mouvements s'accompagnent d'motions ; une mmoire en nous, inconnue comme telle de nous car nous n'avons ni futur ni pass, construit en permanence notre prsent, qui est tout ce dont nous disposons. Telle est la conscience primaire. D'o nous vient-elle ? D'une rencontre singulire entre deux types de systmes nerveux : un systme hdoniste (tronc crbral, systme limbique) rgulateur intransigeant de nos apptits et des Grands Principes de notre Physiologie, systme lent et ultra-conservateur ; et le systme thalamo-cortical, rapide, moderne, sensori-moteur, ensemble de cartes et de rpertoires catgoriels connects  l'intense agitation du monde. Au dbut, soutient Edelman, la relation entre ces deux sous-systmes est encore rustique :  chaque instant, une valeur hdonique dominante est implacablement fixe par le premier, tandis que le second construit en consquence les parcours sensori-moteurs ncessaires, sous le rgime de cette valeur unique. Mais supposez qu'une mmoire de plus en plus labore garde la trace de ces interactions, puisse les ractualiser dans des contextes indits,  contre-temps de la valeur hdonique qui tend  s'imposer dans le moment. Supposez encore que cette mmoire entre en relation ngocie avec les rpertoires de la catgorisation sensori-motrice, tandis que ces rpertoires eux-mmes s'mancipent de plus en plus du contrle immdiat du systme hdoniste. Des combinaisons impensables adviennent : il devient possible d'avoir faim et de copuler, d'avoir peur et de dfendre sa progniture -  ainsi dfinie par le soin qu'on en prend, etc. Le centre de gravit du Soi se dplace alors du ct de cette mmoire nouvelle, qui intervient dans la construction d'une exprience dont le matriau sensori-moteur se fait en en mme temps plus divers et plus libre. La mmoire entre vritablement dans le phnomne, mais sans prendre pour autant la qualit phnomnologique d'un pass, ni d'une anticipation prdictive de ce qui advient. C'est le prsent lui-mme qui est co-produit par l'anticipation, ou, ce qui revient au mme, c'est un prsent remmor (c'est l'expression d'Edelman). L'animal que nous sommes devenus n'a pas seulement des sensations, il affronte des </span><I><span style="font-size:11pt;">scnes</span></I><span style="font-size:11pt;"> ; des complexes de relations lui sont donns en prsence, alors mme qu'il les a construites au fil de son histoire, qui peut maintenant connatre des </span><I><span style="font-size:11pt;">pisodes</span></I><span style="font-size:11pt;">. On peut discuter, videmment, la plausibilit de ce roman phno-biologique ; on peut discuter galement l'efficacit et l'originalit de l'architecture neuronale trs gnrale qu'Edelman propose de mettre  sa base. Mais on devra reconnatre l'quilibre de la construction : la conscience primaire est celle d'un prsent troit, mais dj paissi de rtention et de protention ; elle inclut une ngociation permanente entre des catgorisations sensori-motrices, et une mmoire conservatrice mais adaptative de ce qu'elles devraient tre. Les valeurs hdoniques deviennent alors des projets  l'chelle du prsent, et chaque perception nouvelle peut toujours les contester. Que faut-il encore pour une conscience d'ordre suprieur ? Une perception du soi qui se fasse progressivement dans l'extriorit, l'invention d'un corps propre qui permette l'identification au congnre, et du mme coup le dveloppement d'un imaginaire (les chimpanzs au miroir). Une construction sociale de l'individualit biologique, qui institue d'autres principes de reproduction de l'exprience et fasse coexister plusieurs modes vcus de l'identit, une intriorit et une extriorit instancies sur une smiotique criarde et gesticulante. C'est ainsi que le soi pourra sortir de son implicite, et devenir un moi extrioris et explicite. Broutilles... Millions d'annes... Je suis fatigu, continue seule, va jusqu'au langage, invente le temps, autrui, et reviens m'exhumer. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Narration et versions multiples.</span></B><span style="font-size:11pt;"> -  Dennett (1991, belle critique par Bernard Pachoud, 1994) veut rompre avec une conception qu'il appelle &quot;cartsienne&quot; de la conscience. Il dsigne par l une conscience conue sur le modle d'une scne perceptive, o les diffrentes modalits sensorielles concourent  l'laboration d'une reprsentation unifie, se droulant en un flux continu. Tel serait, selon Dennett, le </span><I><span style="font-size:11pt;">thtre cartsien</span></I><span style="font-size:11pt;"> de la conscience, centr en permanence sur un unique contenu bien individu. Dennett ne s'intresse gure, en fait,  la qualit propre de notre exprience subjective ; la phnomnologie ne l'intresse pas en tant que telle, mais seulement comme objet -  il vaudrait mieux dire prtexte -  d'une explication possible par les sciences de la nature. En sorte qu'il discute assez peu cette conception &quot;cartsienne&quot; de l'exprience perceptive. Il prfre en effet penser la conscience uniquement  partir du tmoignage verbal ou de l'observation comportementale en troisime personne. Car il est, comme il le dit lui-mme, une sorte de vrificationniste, &quot;le Vrificationniste du Village&quot;, qui rduit les phnomnes  la factualit manifeste qui en dcoule, et veut,  partir de l, s'intresser aux processus crbraux qui les sous-tendent. Le thtre cartsien n'est donc qu'un hors-d'oeuvre, et la vritable cible de Dennett (ou du moins la seule qu'il traite convenablement) est ce qu'il appelle le </span><I><span style="font-size:11pt;">matrialisme cartsien</span></I><span style="font-size:11pt;"> : soit la thorie du fonctionnement crbral qui suppose, par analogie avec le thtre, la convergence permanente de son activit sur une unique reprsentation, localisable spatialement et temporellement, moderne version de la gande pinale en laquelle Descartes voyait le lieu de la jonction entre la matire et l'esprit. Le matrialisme cartsien chercherait donc  localiser le lieu central dans le cerveau o toute &quot;l'information pertinente&quot; du moment serait rassemble, ou bien la ligne prcise  partir de laquelle l'ordre d'arrive de ces mmes informations serait identique  l'ordre de prsentation des vnements corrls dans l'exprience des sujets. Mais selon Dennett, il n'y a pas de lieu ou de moment privilgi dans le cerveau o toute l'information converge et se laisse intgrer. C'est de toute faon une mauvaise question, selon lui, car la conscience ne prsente pas le type d'unit que lui suppose le thtre cartsien, et en consquence il n'y a pas  chercher  fonder une telle unit inconsistante dans le cerveau lui-mme (thse extrmement discutable). Et surtout, quand bien mme on admettrait l'unit et la cohrence des phnomnes, tout ce que nous savons sur le cerveau nous dtournerait de chercher  les construire matriellement de cette faon (thse en revanche peu discutable). Les processus sous-jacents  la conscience sont distribus partout dans le cerveau ; tout en tant connects, ils conservent une relative indpendance, et c'est ainsi qu'ils contribuent  l'exprience consciente, chacun mettant  sa disposition un fragment construit par ses soins. Le modle de l'intgration crbrale selon Dennett n'est pas la scne perceptive unique, mais la narration construite par bribes, et pas ncessairement dans l'ordre des &quot;contenus&quot; reprsents,  l'intrieur d'un atelier crbral o s'activent des quipes concurrentes de rdacteurs. La conscience merge de ce processus de rvision ditoriale continue, o il n'y a plus ni version originale, ni version finale du fil de l'exprience -  pas davantage et mme plutt moins que sur </span><I><span style="font-size:11pt;">Internet</span></I><span style="font-size:11pt;">. L'exprience n'est rien d'autre que son propre rcit, attribu  la profusion de ses narrateurs. C'est ce que Dennett appelle le modle des Versions Multiples de la Conscience, qu'il prsente de faon quivoque  la fois comme un modle fonctionnel du cerveau, et comme un schma narratif </span><I><span style="font-size:11pt;">gnral</span></I><span style="font-size:11pt;"> de l'exprience subjective. Trop gnral, peut-tre, car Dennett ne se soucie pas, en dpit de la finesse de certaines de ses analyses, de distinguer diffrentes acceptions de la conscience. Block, par exemple, estime que le modle des Versions Multiples ne concerne que ce qu'il appelle lui-mme conscience d'accs ou A-conscience (voir plus haut, </span><I><span style="font-size:11pt;">modes de la conscience</span></I><span style="font-size:11pt;">). Ce qui demeure en tout cas largement inexpliqu par la tentative de Dennett, c'est bien la conscience phnomnale comme apparatre pur et simple, comme mode de donation des objets et des pisodes. Mais Dennett n'admet pas, il est vrai, qu'une perspective complmentaire en premire personne, subjective et rflexive, soit ncessaire  une tude de la conscience. Et par ailleurs il n'a gure d'estime pour ceux qui se proccupent de la singularit des qualia (ou sensations). Tout aussi sommaire, d'ailleurs, est sa conception de la narration comme mtaphore de l'intgration crbrale : s'agit-il en effet de monologue ou de polylogue intrieur, de roman balzacien, de nouveau roman ? quand verse-t-on dans l'criture automatique, le </span><I><span style="font-size:11pt;">cut-up</span></I><span style="font-size:11pt;"> ? D'autres aspects, par contre, sont bien traits : l'indistinction,  telle chelle de l'enqute,  telle vitesse de l'exprience, entre le vridique et le fictif, la mmoire et l'imagination (voir plus bas, </span><I><span style="font-size:11pt;">rvisions orwelliennes et staliniennes</span></I><span style="font-size:11pt;">). </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Qu'est-ce que la fidlit, dans ces conditions, si on la cherche comme un accord entre le bouillonnement intrieur des versions multiples, et le discours qui l'emporte dans la conscience ? Tout est fidle et infidle  la fois, car la narration officielle de la conscience est sans rapport vrifiable avec le matriau dont elle est tisse, la texture de ce matriau intrieur n'est pas celle d'un texte, ni a fortiori ne dfinit un original. Si ce matriau est en effet prcurseur, c'est  la faon d'un ingrdient ou d'un support, et nous n'avons pas  lui tre fidles. Il est donc vain de chercher  crire ou parler comme lui, car il n'crit, ni ne raconte encore jamais rien. </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">EXPRIENCES NOUVELLES ET ANCIENNES</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;"> </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Sources : Dennett, Block. </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">Que faire d'une milliseconde ?</span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;"> </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Au cinma : une image envoye toutes les 42 millisecondes ; une mme image est rpte trois fois dans ce laps de temps, en alternance avec des plages de noir (= 8,5 ms d'image, puis 5,4 ms de noir). </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">La tlvision aux Etats-Unis : une mme image deux fois toutes les 33 millisecondes, sans noir intercalaire, mais au contraire avec superposition partielle des images. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">On tape sur un doigt avec un marteau : en 20 millisecondes les premiers messages arrivent au cerveau par les fibres rapides avec myline, mais il faut 500 millisecondes pour les fibres lentes sans myline,  l'origine de la douleur. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Ton crne est ouvert, dlicatement. Petite stimulation lectrique au cortex, tu sens qu'on te chatouille la main 500 millisecondes plus tard, selon tes dires et l'horloge. On te chatouille vraiment la main, cette fois. Curieux : tu dclares une sensation consciente beaucoup plus vite (moins de 500 ms), alors qu'il faut cette fois aux messages le temps de gagner le cortex. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Pour articuler Mississipy : une seconde. Une seule syllabe : 200 millisecondes. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Dans un pnalty, la balle arrive sur le goal  120 km/heure : soit un tiers de seconde entre la frappe et le but. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Le cycle de base d'un neurone est  peu prs de 10 millisecondes. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Le cycle de base d'un ordinateur personnel est de 0,0001 milliseconde. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Le non expriment se manifeste. -  </span></B><span style="font-size:11pt;">Il ne s'agit pas ici d'un inconscient  laboration lente, mais d'un conscient-inconscient  effet rapide. Soit un simple geste qui indique une direction, un mot qui manifeste une prfrence : nous comprenons que le sujet a t influenc, qu'il a rencontr  l'instant quelque chose qui l'a orient  son insu, sans qu'il en fasse l'exprience consciente -  ou sans qu'il puisse se souvenir de cette exprience qu'il aurait eue malgr tout, sans qu'il puisse la relater, voire l'inventer (il l'aurait irrmdiablement &quot;oublie&quot;, et les mots n'y pourraient plus rien). Jusqu' quel point, d'ailleurs, pourrait-il se montrer vridique, s'il devait relater quelque chose qu'il n'exprimente pas, mais dont il est seulement le </span><I><span style="font-size:11pt;">sige </span></I><span style="font-size:11pt;">? Ci-dessous, quelques exemples clbres. </span></font><P><B><FONT FACE="Arial"><I><span style="font-size:11pt;">Amorages</span></I><span style="font-size:11pt;">. -   </span></FONT></B><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">On te montre des mots trs brivement. Tu vois que ce sont des mots, tu distingues le nombre de lettres qu'ils comportent, mais tu n'as aucune perception qui les identifie, aucun souvenir de ces lettres ou des mots qu'elles forment. Cependant, tes ractions sont modifies par les mots projets, du moins pendant un certain temps : ainsi par exemple tu complteras plus rapidement et plus srement des mots  demi-masqus (</span><I><span style="font-size:11pt;">mort-</span></I><span style="font-size:11pt;">) s'ils figuraient dans la liste (</span><I><span style="font-size:11pt;">mortadelle</span></I><span style="font-size:11pt;">). </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><I><span style="font-size:11pt;">Vision aveugle.</span></I></B><span style="font-size:11pt;"> -   Certains patients qui souffrent de lsions corticales, notamment dans le cortex dit visuel, prsentent des zones aveugles, ou scotomes, dans leur champ de vision. Ces scotomes ne sont pas des taches sombres, dont le bord obscur se dtacherait sur le reste du champ visuel : ce sont des gouffres, des trous noirs de la vision, parfaitement invisibles du sujet qui n'en a qu'une conscience indirecte. Si l'exprimentateur introduit un stimulus dans la zone du scotome, et demande au sujet ce qu'il voit, la rponse est </span><I><span style="font-size:11pt;">rien</span></I><span style="font-size:11pt;">. Le scotome dtruit parfois le champ tout entier, ce qui signifie alors une complte ccit </span><I><span style="font-size:11pt;">en ce sens</span></I><span style="font-size:11pt;">. Car le fait extraordinaire est qu'une certaine forme de vision, non prouve comme telle, continue d'avoir lieu. Si l'on demande en effet  ces patients de se prononcer sur telle ou telle caractristique du stimulus prescrite  l'avance (direction, mouvement), ils donneront presque toujours des rponses correctes, ils </span><I><span style="font-size:11pt;">devineront</span></I><span style="font-size:11pt;"> la rponse, plus exactement, car si cette rponse est juste, ils sont incapables de l'tayer sur une vidence phnomnale, une exprience qu'ils pourraient rapporter. La vision aveugle parvient  voir, sans mme avoir conscience qu'il y avait quelque chose  voir -  quelque chose qu'elle ne peut voir de toute faon  cette place. Cette vision ne voit qu'en raison de l'indication qu'on donne au sujet qu'il y a l du visible. Les voyants aveugles peuvent mme diriger convenablement leur main vers un objet prsent dans leur scotome,  condition toutefois qu'on leur en signale l'existence. </span><I><span style="font-size:11pt;">A l'vidence</span></I><span style="font-size:11pt;">, leurs yeux sont encore relis  d'autres parties du cortex. Mais en quoi cela nous claire-t-il sur la possibilit d'une telle perception inconsciente, bref d'une conscience inconsciente, totalement paradoxale </span><I><span style="font-size:11pt;"> cette chelle de temps</span></I><span style="font-size:11pt;"> ? </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><I><span style="font-size:11pt;">Prosopagnosie.</span></I></B><span style="font-size:11pt;"> -   C'est l'incapacit de reconnatre des visages pourtant familiers, au sens radical o le sentiment de familiarit et la capacit de nommer </span><I><span style="font-size:11pt;"> bon escient</span></I><span style="font-size:11pt;"> sont dtruits. </span><I><span style="font-size:11pt;">Non, je ne connais pas ce monsieur</span></I><span style="font-size:11pt;"> (en rponse  la prsentation d'une photo de Nixon). Cependant, invit  choisir entre plusieurs noms possibles, le sujet atteint de prosopagnosie devinera souvent le nom exact, sans que cela change quoi que ce soit au sentiment d'tranget qu'il prouve. De mme, il reconnatra, perdus parmi d'autres au milieu d'une liste, les termes ou noms propres associs au visage non reconnu : </span><I><span style="font-size:11pt;">president</span></I><span style="font-size:11pt;">, </span><I><span style="font-size:11pt;">Watergate</span></I><span style="font-size:11pt;">. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><I><span style="font-size:11pt;">Dissociation.</span></I></B><span style="font-size:11pt;">&nbsp; -   Certains sujets, trs dous il est vrai, peuvent subir sous hypnose des oprations autrement impossibles sans anesthsie. Il est arriv que l'hypnotiseur parvienne en mme temps  changer quelques propos avec un &quot;double&quot; intrieur au sujet, une sorte de deuxime conscience. Interrog sur la question de savoir s'il ressentait quoi que ce soit, ce double rpondit en effet qu'il prouvait une douleur atroce. Les tmoignages s'accumulent galement  propos de sujets &quot;s'veillant&quot; (sans pour autant esquisser le moindre mouvement) alors qu'ils sont sous anesthsie gnrale, et rapportant par la suite que l'opration avait provoqu de vives douleurs. Si cela est le cas, mieux vaut qu'il n'en reste aucun souvenir : d'o, parfois, l'ajout de valium au cocktail anesthsiant. Voir plus haut  </span><I><span style="font-size:11pt;">Modes de la conscience</span></I><span style="font-size:11pt;"> la discussion sur la P- et la A-conscience (Block). </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Les mouvements apparents. -   </span></B><span style="font-size:11pt;">Il est bien connu qu'une succession rapide d'images statiques cre l'impression d'une image en mouvement, principe qui est au fondement du cinma. En 1912, le gestaltiste Wertheimer tudiait des versions simplifies de ce phnomne, qu'il nommait &quot;phnomne </span><I><span style="font-size:11pt;">phi</span></I><span style="font-size:11pt;">&quot; (voir la prsentation classique de la psychologie de la Forme par Paul Guillaume). On allume successivement plusieurs petites diodes spares par un angle visuel d'au plus 4 degrs. L'impression est celle d'un seul point en mouvement. Soulignons que si l'on allumait une seule de ces diodes, exactement le mme temps qu'elle le reste  l'intrieur d'une squence, on la percevrait tout  fait, mais videmment comme une brve lumire ponctuelle, immobile. Cette exprience bien familire devient toutefois plus surprenante si l'on utilise des diodes de couleurs diffrentes, par exemple rouge et verte : on voit encore un seul point en mouvement, mais qui change de couleur  mi-chemin. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Question : comment le cerveau fait-il pour complter la trajectoire perue  partir de la donne de ses deux extrmits et de leurs couleurs ? Mais aprs tout, qui nous dit qu'il doit complter quoi que ce soit, gcher du crayon et de la peinture pour tracer dans ses rpertoires visuels la mme trace qu'un mouvement &quot;rel&quot; aurait provoque ? C'est au contraire la perception du mouvement &quot;rel&quot; qui est peut-tre construite de cette manire conomique, lacunaire. Le cerveau n'aurait pas besoin de restaurer quoi que ce soit pour dployer dans la conscience le champ continu de la vision ou de l'oue, il n'a pas besoin d'tre lui-mme continu dans son activit pour crer le continu de la perception. Il y a des trous, du bruit, des lacunes : fort bien, mais qui est l, dans le cerveau, pour s'en plaindre ? Il suffit peut-tre de ne pas y faire attention, </span><I><span style="font-size:11pt;">et le cerveau n'y verra que du feu.</span></I><span style="font-size:11pt;">.. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Autre question : comment le cerveau fait-il pour dcider, entre toutes les versions perceptives qui s'esquissent en lui, celle qui doit l'emporter ? Doit-il craser la vision naissante des diodes immobiles avant qu'elle parvienne  la conscience, de faon  ce que la perception d'un-point-unique-en-mouvement triomphe  coup sr ? Ou peut-il laisser passer, trs fugitivement, la vison consciente des diodes immobiles, le temps de construire le mouvement dont l'apparition dans la conscience dclenchera l'oubli instantan des tentatives prcdentes, jetes aux poubelles de son histoire ? Les expriences de masquage visuel posent encore plus fortement ces questions. On te montre un petit disque noir, puis trs vite  sa place un anneau noir qui l'entoure exactement (ou plus exactement l'entourerait si le disque tait encore projet). Le rsultat est que tu vois l'anneau seulement. Pourtant, si le disque tait montr seul, exactement le mme temps qu'il apparat dans l'exprience du masquage, tu aurais largement le temps de l'apercevoir. Que dire : le disque a-t-il t peru consciemment, puis dfinitivement effac par l'anneau qui a suivi ? Ou bien le disque n'a-t-il jamais t peru en ralit ? </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Les rvisions orwelliennes et staliniennes</span></B><span style="font-size:11pt;"> (Dennett). -  La question prcdente se gnralise. Tu sors dans la rue. Passe une fille </span><I><span style="font-size:11pt;">sans</span></I><span style="font-size:11pt;"> lunettes. Tu la regardes sans y penser. Pourtant tu te souviendras d'avoir vu une fille </span><I><span style="font-size:11pt;">avec</span></I><span style="font-size:11pt;"> des lunettes. Premire hypothse : tu l'as d'abord vue brivement et authentiquement sans ses lunettes. L'instant d'aprs, ton cerveau, probablement agit de souvenirs qui n'en finissent pas, lui a ajout les lunettes de ton dsir. Deuxime hypothse : ton dsir a t plus rapide encore que ta perception, et la premire fois que tu l'as vue, ton cerveau lui avait dj mis ses lunettes. Tu ne l'as donc jamais vue autrement. La premire hypothse est celle que Dennett qualifie d'orwellienne : comme en 1984, les historiens rvisionnistes du cerveau dtruisent toute trace des faits historiques effectivement advenus, et les remplacent par leurs constructions personnelles. La deuxime hypothse est dite stalinienne : le cerveau fabrique tout bonnement de faux faits historiques, de vritables procs de Moscou, dont l'enregistrement et la remmoration sont ensuite &quot;normalement&quot; et vridiquement traits. La diffrence entre ces deux types de rvision tient  savoir si le montage ou la falsification se produisent avant ou aprs le moment prsum de la prise de conscience. Fidle  ses options vrificationnistes, qui l'amnent  identifier exprience consciente et jugement sur l'exprience, Dennett affirme qu'aux chelles de temps comme celle du phnomne </span><I><span style="font-size:11pt;">phi</span></I><span style="font-size:11pt;">, il n'y a pas moyen de distinguer entre une rvision antrieure et une rvision postrieure  l'exprience. De ce qu'il n'y a pas moyen, il dduit qu'il n'y a pas non plus de sens  postuler une telle distinction. Les deux modles sont compatibles avec ce que le sujet ressent, et selon lui ce serait encore tomber dans un pige &quot;cartsien&quot; que de chercher  tablir dans la conscience le moment d'entre qui ferait foi et dfinirait l'origine de ce qui a t finalement vcu. Du reste, il n'y pas non plus de fin  ce qui a t vcu, puisque nous n'y avons accs que par la relation que nous en faisons, et qu'il faut toujours la recommencer. <BR>&nbsp; </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Deux temps, deux espaces. -   </span></B><span style="font-size:11pt;">Le temps neurophysiologique des vnements n'est donc pas le temps de leur advenue  la conscience. La relation ventuelle de ces deux temps ne repose pas ncessairement sur un alignement. Pas d'isomorphisme simple entre le temps vcu et le temps crbral, y compris pour ce qui concerne l'ordre de la succession. Mais il est vrai que le cerveau doit respecter certaines contraintes : les carts doivent se limiter  une certaine zone temporelle, l o tout est encore ngociable, o l'intgration reste possible. Au-del, les inversions chronologiques sont plus difficilement constructibles, elles relvent du souvenir et du langage, et non de la construction perceptive en cours. Il en va de mme pour le mouvement : on peut provoquer des changements de direction, mais  des vitesses bien dtermines (les roues qui tournent dans le sens inverse de la marche au cinma, les pales des ventilateurs qui s'inversent, etc.). De faon gnrale, le cas de l'espace semble analogue  celui du temps, il fait jouer aussi des &quot;codages&quot; paradoxaux. On objectera peut-tre que le cerveau comporte un grand nombre de rpertoires visuels de type cartographique, o se catgorisent des micro-vnements en dpendance troite avec la topologie de la rtine, et via l'optique, en relation avec une reconstruction gomtrique de l'espace. Mais ce n'est que le dbut de l'histoire, et au-del de ces premires aires visuelles, il n'y a pas lieu de supposer que l'espace du cerveau soit isomorphe  </span><I><span style="font-size:11pt;">son</span></I><span style="font-size:11pt;"> espace peru. Nous ne pouvons mme pas comprendre comment la perception regroupe en un point tant de micro-caractristiques que le cerveau disperse sur tant de rpertoires diffrents (couleur, contraste, mouvement...). </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Mais il y a bien sr, outre l'espace-temps de la conscience et celui du cerveau, un troisime espace-temps, celui du dispositif exprimental, o se construisent des reprages encore diffrents. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Le lapin tactile</span></B><span style="font-size:11pt;">. -   Ton bras est au repos sur une table. On place des frappeurs mcaniques  plusieurs endroits : poignet, coude, paule. Ils envoient une srie de coups,  des intervalles compris entre 50 et 200 millisecondes, en remontant du poignet  l'paule, mais sans respecter tout  fait l'ordre du trajet (on intercale quelques allers et retours d'une articulation  l'autre). Nanmoins, tu perois presque toujours la mme chose : une petite bte sautille sur ton bras, et le remonte en allant toujours dans le mme sens. Deux interprtations encore, orwellienne ou stalinienne selon les gots. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">L'araigne lumineuse. -   </span></B><span style="font-size:11pt;">Une variante du lapin tactile, propose par Dennett. Par des petites stimulations lumineuses ponctuelles on te donne l'impression du dplacement d'une petite bte  plusieurs pattes, extrmement lgre, dont la marche se construit  coups de taches de lumire, qui sont comme ses empreintes. </span></font><P><FONT FACE="Arial"><B><span style="font-size:11pt;">Le texte fourmillant.</span></B><span style="font-size:11pt;"> -   Quand tu regardes, tes yeux se meuvent par saccades et parcourent ainsi le champ de ta vision. C'est tout particulirement et continment le cas lorsque tu lis. Lors d'une saccade oculaire, le mouvement des yeux est </span><I><span style="font-size:11pt;">balistique</span></I><span style="font-size:11pt;">. Une fois lancs vers un certain point du texte, leur mouvement ne s'ajuste plus en cours de route ; il est entirement dtermin par l'impulsion initiale. Ce qui est alors balay par l'oeil entre deux fixations n'est pas intgr dans la lecture. On ralise l'exprience suivante. Tu es assise, tte maintenue immobile, devant un cran d'ordinateur ; un dispositif dpiste le dbut de chacune de tes saccades, calcule ton prochain point de fixation bien avant que tu l'aies atteint, et change tranquillement le mot sur lequel ta lecture repart aussitt aprs. Rsultat : tu crois lire un texte aussi stable que s'il tait grav dans le marbre, mais pour celui qui lit par dessus ton paule -  et dont les saccades oculaires ne sont pas synchronises avec les tiennes -  ce texte fourmille et se transforme sans cesse. Ta lecture est alors une allgorie d'elle-mme : car ce sont tes saccades intrieures, ton propre parcours smantique, qui construisent et stabilisent la signification que tu prtes au texte. C'est en lui prsupposant unit et cohrence, en respectant l'utopie d'une convergence de ta lecture, que tu y trouves ce que tes propres mouvements y ont plac. Qu'est-ce que l'hermneutique ? la stabilisation d'un savoir partageable de la lecture, par la synchronisation mthodique des saccades des lecteurs. Bien sr il y a un reste, ce fourmillement que nous n'osons pas laisser reprendre, cette dstabilisation des textes et des sujets qui n'est que leur dsynchronisation irrductible. Mais l'hermneutique est bien une discipline, ncessaire  la religion comme  la science (Rastier, Salanskis), et si l'on veut </span><I><span style="font-size:11pt;">fourmiller</span></I><span style="font-size:11pt;">, il faut </span><I><span style="font-size:11pt;">aller voir ailleurs</span></I><span style="font-size:11pt;"> .  </span></font><hr><P><B><FONT FACE="Arial"><span style="font-size:11pt;">MICRO-BIBLIOGRAPHIE  :&nbsp; </span></FONT></B><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Ned Block, &quot;On a confusion about a function of consciousness&quot;, avec les commentaires et les rponses de l'auteur, </span><I><span style="font-size:11pt;">Behavioral and Brain Sciences</span></I><span style="font-size:11pt;">, 18, 227-287, 1995. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Francis Crick, </span><I><span style="font-size:11pt;">The astonishing hypothesis</span></I><span style="font-size:11pt;">, Scribner's, 1994. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Daniel Dennett, </span><I><span style="font-size:11pt;">Consciousness explained</span></I><span style="font-size:11pt;">, Little, Brown and Co, 1991 ; trad. fr. par P. Engel, 1993, </span><I><span style="font-size:11pt;">La conscience explique</span></I><span style="font-size:11pt;">, Odile Jacob. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Gerald Edelman, </span><I><span style="font-size:11pt;">The remembered present: a biological theory of consciousness</span></I><span style="font-size:11pt;">, Basic Books, 1989. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Gerald Edelman, </span><I><span style="font-size:11pt;">Bright air, brilliant fire: on the matter of the mind</span></I><span style="font-size:11pt;">, Basic Books, 1992 ; trad. fr. par A. Gerschenfeld, 1992, </span><I><span style="font-size:11pt;">La biologie de la conscience</span></I><span style="font-size:11pt;">, Odile jacob. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Paul Guillaume, </span><I><span style="font-size:11pt;">La psychologie de la forme</span></I><span style="font-size:11pt;">, rdition Flammarion, 1979. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Edmund Husserl, </span><I><span style="font-size:11pt;">Ides directrices pour une phnomnologie</span></I><span style="font-size:11pt;">, 1913, trad.fr. P. Ricoeur, 1950, Gallimard ; et</span><I><span style="font-size:11pt;"> Leons sur la conscience intime du temps</span></I><span style="font-size:11pt;">, trad. fr. de S. Bachelard. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Roger Penrose, </span><I><span style="font-size:11pt;">Shadows of the Mind. A search for the missing science of consciousness</span></I><span style="font-size:11pt;">, Oxford, Oxford University Press, 1994. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Bernard Pachoud, &quot;Les sciences de la nature peuvent-elles expliquer la conscience ?&quot;, recension critique de la &quot;Conscience explique&quot; de Dennett, </span><I><span style="font-size:11pt;">Revue Internationale de Psychopathologie</span></I><span style="font-size:11pt;">, 17, p. 123-155, 1995. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Franois Rastier, Jean-Michel Salanskis (diteurs), </span><I><span style="font-size:11pt;">Hermneutique : textes, sciences,</span></I><span style="font-size:11pt;"> Actes du colloque  Cerisy,  paratre, Paris, 1996. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">John Searle, </span><I><span style="font-size:11pt;">The rediscovery of mind</span></I><span style="font-size:11pt;">, MIT Press, 1992 ; trad. fr. par C. Tiercelin, </span><I><span style="font-size:11pt;">La redcouverte de l'esprit</span></I><span style="font-size:11pt;">, Gallimard, 1995. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Bernard Stiegler, </span><I><span style="font-size:11pt;">La technique et le temps</span></I><span style="font-size:11pt;">.</span><I><span style="font-size:11pt;"> 1. La faute d'Epimthe</span></I><span style="font-size:11pt;">, 1994.</span><I><span style="font-size:11pt;"> 2. La dsorientation</span></I><span style="font-size:11pt;">, 1996, Galile. </span></font><P><font face="Arial"><span style="font-size:11pt;">Francisco Varela, Evan Thompson, Eleanor Rosch, </span><I><span style="font-size:11pt;">L'inscription corporelle de l'esprit</span></I><span style="font-size:11pt;">, trad. fr. de V. Havelange, Paris, Seuil, 1993.  </span></font><hr>         <p align="right">             <i><font face="Arial"><span style="font-size:10pt;"> Texto!             1996 pour l'dition lectronique</span></font></i><font face="Arial"><span style="font-size:10pt;">         </span></font></p> </body>  </html> 
