<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 3.2//FR"> <HTML LANG="FR"> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=ISO-8859-1"> <HEAD> <TITLE>Leu: Chapitre 1 - "Tel est ton nom"</TITLE> <!-- Page ralise avec Vi sur un systme linux, ainsi qu'avec l'diteur de textes !Zap sur      Acorn RiscPC.      0% de Wintel. --> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#000000" TEXT="#FFFFFF" LINK="#FF0000" VLINK="#FF0000" ALINK="#0000FF"> <CENTER> <P> <TABLE WIDTH="80%" CELLPADDING="10" BORDER="2"><TR VALIGN="ABSMIDDLE"><TD ALIGN="CENTER"> <H1><FONT COLOR="#EEEEEE">Tel est ton nom</FONT></H1> </TD></TR></TABLE> <P> <P> <TABLE WIDTH="80%" CELLPADDING="10" BORDER="0"><TR VALIGN="ABSMIDDLE"><TD> <P>  	La lumi&egrave;re venait de partout et aucun soleil ne brillait dans ce ciel de granit. D'ailleurs, aucun habitant de ces lieux n'ayant jamais eu connaissance de l'existence d'un soleil au dessus de la surface, ni m&ecirc;me de l'existence d'une surface au dessus du Ciel, ce fait n'&eacute;tonnait personne. La lumi&egrave;re venait de partout, et c'est pour cette raison que les deux vieux, ayant besoin de beaucoup de sommeil, au crepuscule de leur si longue vie, avaient ferm&eacute; leur tente. <P> 	Dans cette partie du Monde comme ailleurs, en effet, les humains et les animaux se cachaient dans le noir, quand ils devaient dormir; parfois quelque philosophe solitaire en venait &agrave; se demander pourquoi la nature en avait d&eacute;cid&eacute; ainsi, puisque jamais la lumi&egrave;re ne baissait, m&ecirc;me lorsque la temp&eacute;rature &eacute;tait au plus bas de la journ&eacute;e, &agrave; quelques dixi&egrave;mes de degr&eacute;s en dessous de sa valeur moyenne; mais ces sp&eacute;culations ne menaient jamais tr&egrave;s loin, et l'on pensait &agrave; autre chose, de moins st&eacute;rile... <P> 	L'habitation des deux vieux, donc, &eacute;tait situ&eacute;e dans un coin relativement peu fr&eacute;quent&eacute;, au milieu d'un triste jardin, s&eacute;par&eacute; du chemin le plus proche par une mince rivi&egrave;re qu'enjambait une douteuse passerelle de pierres rouge&acirc;tres. En bordure du jardin, autrefois, le vieux avait &eacute;lev&eacute; un petit mur, afin d'&eacute;viter que son lopin de terre ne soit pi&eacute;tin&eacute; par des voyageurs inconscients... Bien entendu, cela avait &eacute;t&eacute; bien plus pour se donner une occupation que par n&eacute;cessite, car, en ces contr&eacute;es, de voyageurs, on ne voyait pas. Ou tr&egrave;s rarement. <P> 	Sur ce petit mur, aujourd'hui un peu min&eacute; par l'humidit&eacute; et moussu, tr&ocirc;nait une belle pomme bien rouge et si app&eacute;tissante, cueillie quelques heures &agrave; peine auparavant dans le tout proche verger, lui-m&ecirc;me entour&eacute; d'une barri&egrave;re de solide facture, utile, elle... <P> 	De derri&egrave;re le petit mur, surgit soudain une main d'enfant, sale, maigre, &agrave; six doigts, s'emparant vite fait de l'objet de convoitise. Avant qu'elle puisse dispara&icirc;tre &agrave; jamais avec le fruit de son larcin, une autre main, rid&eacute;e, nerveuse, l'attrapa: <BR> 	- &quot;Ne recommence jamais! Sale petit voleur! Tu vas voir ce que... A&iuml;e!...&quot; <BR> 	- &quot;Qu'y-a-t'il, la vieille?&quot;, demanda la voix agac&eacute;e du vieux qui cherchait &agrave; se reposer en paix, sous la tente. <BR> 	- &quot;Le... Le petit monstre m'a mordue!... En emportant une pomme!&quot; <P> 	En effet, au loin, on voyait courir l'enfant (l'enfant?), les poings serr&eacute;s, un petit animal rongeur trottinant &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s avec la pomme entre les m&acirc;choires. Il semblait en col&egrave;re, de s'&ecirc;tre laiss&eacute; prendre &agrave; un pi&egrave;ge aussi stupide et &eacute;vident. <P> 	Tout en continuant sa course sans retour, il se retourna vers la vieille et, d'un regard qui transper&ccedil;a son &acirc;me, la p&eacute;trifia de terreur... Elle en resta muette et immobile sur le moment. <BR> 	- &quot;Laisse-moi donc dormir et arr&ecirc;te de crier!&quot;, rench&eacute;rit le vieux, inconscient de ce qui venait de se passer, en baillant: <P> 	&quot;s'il est petit, tu ne devrais pas en avoir si peur, et si c'est un monstre, crois-moi, il ne survivra pas bien longtemps!&quot; <P> 	L'enfant avait disparu dans un tunnel. <P> 	Au bout d'un long moment, la vieille retourna dans la tente, lasse et effray&eacute;e, ferma, et s'allongea pr&egrave;s de son vieil &eacute;poux en grommelant contre le petit voleur... <P> 	Dans le tunnel, comme dans tous les tunnels provisoires, il faisait relativement sombre, ce qui permit &agrave; l'enfant de trouver un abri tranquille pour d&eacute;vorer ce qu'il avait d&eacute;rob&eacute;, non sans partager avec le petit animal qui l'avait aid&eacute; dans sa fuite. Le petit rongeur ressemblait au produit du croisement entre un rat et un l&eacute;murien; ses yeux mignons et globuleux luisaient dans le noir. Assur&eacute;ment, cette petite bestiole &eacute;tait adapt&eacute;e &agrave; la vie dans les tunnels secondaires, non &eacute;clair&eacute;s. Il &eacute;tait aussi apparent qu'elle avait &eacute;t&eacute; domestiqu&eacute;e et dress&eacute;e par l'enfant, pour le servir aussi fid&egrave;lement. Sa langue fourchue claqua quand sa part fut finie, mais l'autre n'y pr&ecirc;ta pas attention. <P> 	Il paraissait tr&egrave;s jeune, mais &eacute;tait si malin qu'on eut pu en douter... C'&eacute;tait probablement un monstre comme il en naissait de temps en temps: sa t&ecirc;te &eacute;norme sur son corps fr&ecirc;le mais redoutablement agile laissait supposer, soit une hydroc&eacute;phalie &agrave; laquelle on avait du mal &agrave; croire qu'il eut pu survivre, soit un cerveau disproportionn&eacute;, abritant peut-&ecirc;tre un esprit sup&eacute;rieurement puissant; mais, l&agrave; encore, il eut &eacute;t&eacute; l&eacute;gitime d'en douter, &eacute;tant donn&eacute; son &eacute;tat de mis&egrave;re. Nombre de paysans qui peuplaient cet immense domaine agricole et qui avaient d&eacute;j&agrave; eu affaire &agrave; lui le consid&eacute;raient comme une de ces images perdues, lib&eacute;r&eacute;es lors de la Grande Guerre, plut&ocirc;t que comme un &ecirc;tre r&eacute;el... <P> 	Il vivait depuis bient&ocirc;t onze ans dans ce d&eacute;dale de grottes et de tunnels &agrave; l'Est d'Eurar, exactement depuis la fin de la Guerre... <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P>  	Herne le chasseur, lui, vivait dans cette r&eacute;gion depuis bien plus longtemps, si longtemps qu'il avait eu le temps de mourir et que seul son &eacute;cho continuait &agrave; hanter ces tunnels, prisonnier &agrave; jamais des derniers lieux de sa vie pass&eacute;e... <P>  			<CENTER>	***</CENTER> <P> 	Le petit mutant, qui ne poss&eacute;dait rien, m&ecirc;me pas de nom, s'endormit paisiblement dans sa cachette, r&ecirc;vant de f&ecirc;tes &eacute;tincelantes, d'animaux fantastiques et de musique... <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P> 	Dans un autre monde, inconnu mais l&eacute;gendaire, deux personnages, un homme et une femme sans &acirc;ge, discutaient de part et d'autre d'une sorte d'&eacute;chiquier &agrave; plusieurs plateaux. Leurs fronts nobles semblaient plut&ocirc;t soucieux... <BR> 	- &quot;Dis-moi, Sven&quot;, interrogea la femme, &quot;crois-tu qu'en ralentissant ses cycles de lecture/&eacute;criture...&quot; <BR> 	- &quot;Non.&quot;, coupa cat&eacute;goriquement l'homme, &quot;ce n'est pas une solution &eacute;l&eacute;gante, ce n'est pas joli... Ce qu'il faut, c'est nous adapter, c'est tout...&quot; <BR> 	- &quot;C'est tout? tu dis cela comme si c'&eacute;tait facile!...&quot; <BR> 	- &quot;Oui, je sais, mais... Attends... Ah! Echec au prince bleu par l'&eacute;v&ecirc;que garance du plateau bas!&quot; <BR> 	- &quot;Hol&agrave;! Joli coup! Attends un peu!... Mais revenons &agrave; notre sujet, que tu sembles vouloir &eacute;viter...&quot; <BR> 	- &quot;Veronika, si cela peut te rassurer, sache que je l'ai mis en attente, dans une boucle de Moebius, ce qui nous laisse le temps de trouver une solution.&quot; <BR> 	- &quot;Sage d&eacute;cision, digne d'un homme d'action comme toi; mais il vaudrait mieux ne pas trop tarder, au risque d'une d&eacute;gradation irr&eacute;versible, ce qui ne serait pas du go&ucirc;t de tout le monde.&quot; <BR> 	- &quot;D'autant que nous y avons tous beaucoup travaill&eacute;! Mais, ne t'inqui&egrave;te pas, nous ne sommes pas si press&eacute;s!&quot; <BR> 	- &quot;Tu as raison, Sven, mais... Tu n'aurais pas d&ucirc; d&eacute;placer ce fou ainsi: voil&agrave; qu'une de tes reines est laiss&eacute;e sans d&eacute;fense!...&quot; <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P>  	Ce ne fut pas par le feulement du tigre, mais par le cri effray&eacute; du petit animal -&quot;Squaxx!&quot;- que l'enfant fut soudainement r&eacute;veill&eacute;. Dans un &eacute;tat de semi-endormissement, il aper&ccedil;u son petit compagnon aux dents longues s'enfuir sans espoir de retour, tandis que l'apparition f&eacute;line gigantesque s'approchait de lui... <P> 	R&eacute;vait-il? Non, le r&ecirc;ve est une situation plus instable et plus riche. Etait-ce une image, ou un r&eacute;el? Dr&ocirc;le de question de la part d'un &ecirc;tre aussi mis&eacute;rable... Mais ce qui le for&ccedil;ait &agrave; se la poser, c'est que jamais, de toute son existence, il n'avait &eacute;t&eacute; mis en pr&eacute;sence de celui qui venait d'appara&icirc;tre devant lui. Sans savoir comment, il le savait. Le tigre se pencha et parla: <BR> 	- &quot;Leu...&quot; C'&eacute;tait son nom. L'enfant sut que le tigre l'appelait par son nom, qu'il venait de lui donner son nom... <P> 	Leu... Dans son esprit encore embu&eacute; de sommeil, l'image de ce nom, issu d'une langue morte et oubli&eacute;e se fit jour, lentement, tandis que le tigre continuait: <BR> 	- &quot;Leu... Ecoute, Leu... Tes pens&eacute;es sont encore chaotiques, &eacute;veille-toi... Je te commande: Prends Conscience! Tu Peux!&quot; <P> 	Leu... Mais au fait, ne venait-il pas de se poser une question abstraite? Et &agrave; pr&eacute;sent, n'&eacute;tait-il pas en train de r&eacute;fl&eacute;chir, d'encha&icirc;ner les raisonnements, de plus en plus vite? 	Le Pouvoir... Leu commen&ccedil;ait &agrave; ressentir une force nouvelle en lui, tandis que les paroles de la majestueuse apparition s'&eacute;coulaient comme d'une source de r&eacute;surrection... <BR> 	- &quot;Eveille-toi! Te revient le pouvoir de D&eacute;finition! Organise tes impressions; d&eacute;compose; compare; synth&eacute;tise; pr&eacute;vois; D&eacute;finis!&quot; <P> 	Leu posa un regard azur, soudain lumineux, sur le tigre, et commen&ccedil;a &agrave; parler, pour la premi&egrave;re fois (vraiment?) de sa vie: <BR> 	- &quot;Je suis ton Pr&eacute;dateur!&quot;, cria-t'il sans reconna&icirc;tre sa voix, tellement elle &eacute;tait devenue rocailleuse. Il ne se reconnaissait plus lui-m&ecirc;me. D'une certaine mani&egrave;re, il venait de changer du tout au tout en un instant. <BR> 	- &quot;Oui, c'est &ccedil;a...&quot; continua le tigre, &quot;le Pr&eacute;dateur! Tu peux construire les images, toi aussi!&quot; <BR> 	- &quot;Les images? Je peux aussi les d&eacute;truire!&quot;, hurla-t'il en s'&eacute;lan&ccedil;ant, mais ses mains ne rencontr&egrave;rent que le vide. Incr&eacute;dulit&eacute;. Pourquoi cette r&eacute;action? Il ressentit en lui comme une bifurcation de sa personnalit&eacute;, dont le point de d&eacute;part &eacute;tait la prise de conscience de lui-m&ecirc;me et de son brusque changement. Comme si un autre venait de s'installer dans son esprit, le for&ccedil;ant &agrave; reprendre son activit&eacute; apres une longue interruption. Comme si quelqu'un d'autre s'&eacute;veillait en lui, provoquant son propre r&eacute;veil... <P> 	C'&eacute;tait un double &eacute;veil: de son sommeil, et de son inconscience... Mais il sentait autre chose encore. Quelque chose qui faisait en sorte d'&eacute;chapper &agrave; ses tentatives de d&eacute;finition... Quelque chose qui lui &eacute;chappait, &agrave; pr&eacute;sent. <P> 	Le tigre avait disparu. <P> 	Mais Leu savait son nom, donc qui il &eacute;tait... N'est ce pas?... Il se rendait compte qu'il savait d&eacute;duire, donc poser des questions... Donc, qu'il &eacute;tait dou&eacute; de pens&eacute;e. <P> 	Magnifique! utiliser une facult&eacute; nouvelle -l'intelligence- pour d&eacute;finir cette nouvelle facult&eacute;, et s'apercevoir avec &eacute;merveillement que l'on existe! Je pense, donc je suis... Ou alors, je suis, donc je pense... Bon, cessons l&agrave;: je suis et je pense. Sortons de l'adolescence. <P> 	Mais en &eacute;tait-il s&ucirc;r? Qu'&eacute;tait-il? QUI &eacute;tait-il? A pr&eacute;sent qu'il pouvait regarder en arri&egrave;re dans le temps, par le truchement de sa m&eacute;moire, il se rendait compte que ses souvenirs n'allaient pas plus loin que le jour de son premier &eacute;veil dans ces dedales, onze ans auparavant... Pourtant, il savait poss&eacute;der des connaissances qu'il ne pouvait avoir acquises au cours de cette p&eacute;riode... De plus, il avait la puissante intuition d'avoir v&eacute;cu longtemps avant de se retrouver, errant, dans cette r&eacute;gion... Mais sa m&eacute;moire ne lui fournissait pour tout appui &agrave; cette intuition qu'un ab&icirc;me insondable. <P> 	Sans autre guide qu'un souvenir bizarre de ses ann&eacute;es de vagabondage, il tourna ses pas en direction d'un point o&ugrave; il avait toujours eu des probl&egrave;mes, et au del&agrave; duquel il n'avait jamais pu s'aventurer... Cette fois-ci, il savait comment il allait s'y prendre pour passer l'obstacle; et la pens&eacute;e de ce qu'il allait faire le fit rire silencieusement... &quot;Ce sera une bonne blague&quot;, pensa-t'il, &quot;comme au bon vieux temps!&quot;. <P> 	Mais quel &quot;bon vieux&quot; temps, au juste? <P>  	<CENTER>			***</CENTER> <P>  	Herne se dressa d'un bond, tous ses sens en &eacute;veil: son flair de chasseur venait de l'avertir qu'une proie potentielle s'appr&ecirc;tait &agrave; sortir de la bouche de cette caverne, l&agrave;, &agrave; droite. S'embusquant derri&egrave;re un rocher poussi&egrave;reux, il pointa son fusil et se mit &agrave; guetter... <P> 	Dans la lumi&egrave;re, ici aveuglante, c'est un vieillard horriblement d&eacute;cr&eacute;pi, emmitoufl&eacute; dans une ample parka de fourrure d'ours blanc qu'il vit sortir et se diriger droit dans sa direction en ricanant m&eacute;chamment. Pris de panique devant cette horreur, Herne mit en joue en hurlant: <BR> 	- &quot;On ne passe pas! Halt oder Feuer!&quot; <BR> 	- &quot;H&eacute; h&eacute;!... Et non!&quot;, r&eacute;pondit l'image affolante, tout en continuant d'avancer sur le chasseur-gardien, en courant presque. <P> 	Herne tira. Le jet de flammes et de fer frappa de plein fouet la chose ricanante, d&eacute;chiquetant ses chairs, broyant ses os; on eut dit une tornade de feu et de sang (et, mes amis, cela d&eacute;gageait une abominable odeur de cochon grill&eacute;!)... Puis, plus rien. Rien de rien. <P> 	Mais alors ce qui s'appelle rien: pas de trace, l&agrave; o&ugrave; n'aurait plus du se trouver qu'une mare de viande saignante en d&eacute;composition, m&eacute;l&eacute;e &agrave; des bouts de fourrure. Pas m&ecirc;me des traces de pas, marquant le passage de l'horrible vieillard; ni m&ecirc;me une l&eacute;g&egrave;re odeur de br&ucirc;l&eacute;. Rien que la poussi&egrave;re habituelle des passages entre cavernes. <BR> 	- &quot;Ca alors!&quot;, s'&eacute;tonna Herne, &quot;Je me suis fait rouler, ou quoi?&quot; <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P>  	A pr&eacute;sent, il se trouvait sur un pic rocheux, juste &agrave; une dizaine de m&egrave;tres au dessus de l'endroit duquel Herne venait de tirer... <P> 	Son ricanement interrompit le chasseur dans le cours de ses r&eacute;flexions. <BR> 	- &quot;Hin Hin Hin!...&quot; <BR> 	- &quot;Quoi? Qui a parl&eacute;?&quot;, lan&ccedil;a ce dernier, visiblement pas tr&egrave;s &agrave; son aise. Suspendu &agrave; un mince fil, Leu entreprit de descendre au niveau de Herne, pour lui retourner la question: <BR> 	- &quot;Tssk! Du calme, chasseur! Tout d'abord, qui es-tu, toi?&quot; <P> 	L'interpel&eacute; ne repondit pas directement &agrave; la question, mais, ayant reconnu le jeune monstre, fendit son visage d'un large sourire sadique en disant: <BR>  	- &quot;Tiens tiens... Comme on se retrouve!... Je vois que, finalement, tu t'es d&eacute;cid&eacute; &agrave; revenir vers la sortie de ce d&eacute;dale...&quot;. Puis, portant la main &agrave; son &eacute;paule, o&ugrave; il avait coutume de ranger son fusil en bandouli&egrave;re, il ajouta: <BR> 	- &quot;Tu as l'air de vouloir aller plus loin, cette fois. Je ne peux donc plus attendre pour te faire la peau... Ca va charcler!&quot;. <P> 	Sa main rencontra son &eacute;paule, soit, mais pas le fusil en bandouli&egrave;re qui eut d&ucirc; s'y trouver. <P> 	En revanche, c'etait Leu qui semblait tr&egrave;s int&eacute;ress&eacute; par le m&eacute;canisme du fusil qu'il tenait dans ses mains, au grand &eacute;tonnement du chasseur sur qui il &eacute;tait n&eacute;gligemment point&eacute;. <BR> 	- &quot;Tr&egrave;s int&eacute;ressant!&quot;, remarqua-t'il, &quot;On &eacute;paule, on vise, et puis...&quot; <BR> 	- &quot;Heu... Je pr&eacute;f&egrave;rerais que tu me le rendes!&quot;, aboya Herne, partag&eacute; entre la crainte et la perplexit&eacute;: comment son fusil avait-il pu arriver dans les bras de cet enfant-monstre presque nu? <P> 	A peine avait-il prononc&eacute; ces mots que son fusil se retrouva sur son &eacute;paule, &agrave; sa place habituelle, comme s'il ne l'avait jamais quitt&eacute;e. <BR> 	- &quot;Ah non!&quot;, protesta-t'il d'un ton indign&eacute;, &quot;C'est la deuxi&egrave;me fois qu'on me fait le coup de la disparition! C'est toi, hein?&quot; <BR> 	- &quot;Peut-&ecirc;tre!&quot;, r&eacute;pondit Leu, visiblement de plus en plus amus&eacute; de la situation, et savourant d'&eacute;vidence les multiples plaisanteries dont il gratifiait &agrave; pr&eacute;sent cet homme qui l'avait si souvent pris pour cible. <BR> 	- &quot;Tu es devenu malin, depuis la derni&egrave;re fois que nous nous sommes vus, dis-moi!&quot;, avan&ccedil;a Herne, en bon chasseur qui connaissait son gibier, &quot;Voila qui promet pour la suite!&quot;. Il pressentait une bonne partie de course-poursuite, qui trancherait avec le train-train habituel... <BR> 	- &quot;Si suite il y a, car je n'ai nullement l'intention de rester dans cet endroit plus longtemps!&quot; <BR> 	- &quot;Fort bien! Mais sache qu'au moment ou tu t'y attendras le moins, je saurai te prendre par surprise... Quelle chasse en perspective!&quot;. Cette fois, bien-s&ucirc;r, il faudrait viser juste: pas question d'effrayer cet animal pour le faire revenir en arri&egrave;re, d'apr&egrave;s ce qu'il venait de dire... &quot;Dommage!&quot;, regretta-t-il en lui-m&ecirc;me, &quot;J'aimais bien le voir s'enfuir... mais le boulot, c'est le boulot!&quot; <P> 	Sur ce, Herne disparu. <P> 	En disparaissant, il avait laiss&eacute; le champ libre &agrave; Leu, qui put continuer sa progression vers l'Ouest... <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P>  	La premi&egrave;re chose que d&eacute;couvrit l'enfant, au del&agrave; de ce tunnel qu'il n'avait jamais pu d&eacute;passer, fut un r&eacute;servoir d'eau plus immense que le plus grand lac qui lui avait jamais &eacute;t&eacute; donn&eacute; d'apercevoir, taill&eacute; dans le roc: un bassin parfaitement circulaire, d'une bonnne dizaine de kilom&egrave;tres de diam&egrave;tre, &agrave; l'eau plus claire et plus limpide que la meilleure eau de toute la zone agricole. Ce r&eacute;servoir devait &ecirc;tre soigneusement gard&eacute; et entretenu, &eacute;tant donn&eacute; qu'aucune v&eacute;g&eacute;tation, pas m&ecirc;me une humble trace de mousse, ne poussait, ni autour, ni &agrave; l'int&eacute;rieur. L'&eacute;clairage devait en &ecirc;tre en partie responsable: tr&egrave;s riche en ultraviolets durs, il fut vite la cause de br&ucirc;lures de moyenne gravit&eacute; sur la peau de Leu, ce qui l'amena &agrave; se mettre &agrave; l'abri &agrave; l'ombre du pourtour de la caverne, qu'il suivit sans attendre, et sans avoir l'occasion de sonder la profondeur du bassin. <P> 	Il resta quelques jours dans ce coin &agrave; la temp&eacute;rature agr&eacute;able, tout en observant l'int&eacute;rieur de la grotte... <P> 	Tout d'abord, il remarqua, de loin en loin, la pr&eacute;sence constante d'&eacute;quipes de dizaines d'ouvriers, portant visi&egrave;re et tenue filtrante, occup&eacute;s &agrave; nettoyer tr&egrave;s consciencieusement les abords du r&eacute;servoir. R&eacute;guli&egrave;rement, des v&eacute;hicules &agrave; coussin d'air amenaient des rempla&ccedil;ants pour les relever partiellement, au tiers, et repartaient avec ceux qui &eacute;taient au travail depuis le plus de temps. Une rotation compl&egrave;te des effectifs prenait une journee, c'est &agrave; dire le temps pour que la temp&eacute;rature, qui variait toujours de fa&ccedil;on infime, mais cyclique, revienne &agrave; la m&ecirc;me valeur. <P> 	Les pr&eacute;pos&eacute;s &agrave; l'entretien ne semblaient pas s'int&eacute;resser &agrave; autre chose qu'&agrave; leur travail ou &agrave; leurs discussions, mais Leu pr&eacute;f&eacute;ra rester sur ses gardes et ne pas se faire remarquer... Grand bien lui fit, car il s'aper&ccedil;ut bient&ocirc;t que d'autres &eacute;quipes, de chasseurs celles-l&agrave;, patrouillaient en permanence, &agrave; l'abri des regards; derri&egrave;re les nombreux blocs rocheux qui parsemaient les berges du lac. Il en remarqua une quand un rat, qui avait, probablement par miracle, pass&eacute; le barrage d'un gardien de tunnel, en amont, fut pris en chasse par une escouade de barbus arm&eacute;s jusqu'aux dents, hurlant de plaisir en courant derri&egrave;re cette pauvre petite b&ecirc;te... <P> 	Cette immense &eacute;tendue d'eau potable, jalousement gard&eacute;e et maniaquement entretenue, &eacute;tait aliment&eacute;e par trois &eacute;normes pipelines, venant des regions froides et d&eacute;peupl&eacute;es du Nord. Une station de pompage ronronnait, entretenant sans arr&ecirc;t un d&eacute;bit tr&egrave;s important dans un complexe ensemble de conduites d'eau potable, qui partaient en descente vers l'Ouest. Plusieurs tunnels semblaient conduire dans cette direction; entre autres, ceux emprunt&eacute;s par les vehicules de transport de personnel. Leu d&eacute;cida de continuer par l&agrave;, en employant les souterrains secondaires, peu fr&eacute;quent&eacute;s. <P>  	<CENTER>			***</CENTER> <P> 	Herne &ocirc;ta ses jumelles et d&eacute;couvrit ses dents jaunies d'un large sourire triste: &quot;Ainsi, mon si malin gibier cherche &agrave; atteindre Eurar... Dommage pour lui; il va devoir y passer... Le r&eacute;glement, c'est le r&eacute;glement! Laissons-le esp&eacute;rer un peu, et puis...&quot; <P> 	Il remit ses affaires dans sa besace, enterra avec soin les quelques d&eacute;chets qu'il avait accumul&eacute;s pendant ces derniers jours, et se mit en route, dans la trace de Leu, sans pr&ecirc;ter attention &agrave; la p&acirc;leur croissante de son corps, qui semblait perdre un peu de sa consistance &agrave; chaque pas... <P>  <CENTER>				***</CENTER> <P> 	Apr&egrave;s plusieurs semaines d'un p&eacute;riple aventureux &agrave; travers un labyrinthe de cavernes abritant for&ecirc;ts et friches entrem&eacute;l&eacute;es, parcourues sans rel&acirc;che par des patrouilles de surveillance de plus en plus rapproch&eacute;es, Leu parvint au bord d'une immense falaise, ou plut&ocirc;t d'un mur, du haut duquel il pouvait admirer le spectacle fantastique qu'il d&eacute;couvrait... <P> 	Une ville. <P> 	Toujours sous le ciel de pierre, dans une salle unique gigantesque, &agrave; perte de vue, jusque derri&egrave;re l'horizon, s'&eacute;tendait une mosa&iuml;que de constructions h&eacute;t&eacute;roclites, de temples, de vieux immeubles, un enchev&ecirc;trement de rues, d'escaliers, d'impasses... <P> 	De toutes parts, montait le bourdonnement d'une activit&eacute; humaine incoh&eacute;rente, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e dans ce monde clos; le bruit de la foule se m&eacute;lait &agrave; celui du vent qui jouait entre les hauts monuments que Leu apercevait sur une lointaine colline... <P> 	Il faisait ici bien plus chaud qu'ailleurs, et l'air &eacute;tait vici&eacute;, malgr&eacute; son constant renouvellement par des centrales de purification qui dressaient leurs tuyaux d'orgues de place en place. <P> 	Bien qu'il n'ait jamais &eacute;t&eacute; jusque l&agrave;, aussi loin que remontent ses souvenirs, Leu n'&eacute;tait pas impressionn&eacute;, et tout ceci lui &eacute;tait &eacute;trangement familier... Il savait o&ugrave; il &eacute;tait, il savait quelle &eacute;tait cette ville. <P> 	Il reconnaissait Eurar. <P> 	Et, dans cette ville, il le savait, se trouvait, quelque part, la cl&eacute; de son pass&eacute;. </P> </TD></TR></TABLE> </P> <P> <I><A HREF="index.html#index">A suivre...</A> </P> </CENTER> </BODY> </HTML> 
