<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Michael Oesterle et la musique de la Mythologie Animiste</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff" LINK="#ffffff" ALINK="#ffffff" VLINK="#ffffff">  <P ALIGN=RIGHT><FONT FACE="Arial"><A HREF="montreal-amsterdam.html"><IMG  SRC="montblue.GIF" WIDTH="162" HEIGHT="21" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="0"></A><A HREF="writings.html"><IMG SRC="writings.GIF" WIDTH="261" HEIGHT="37" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></A></FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT FACE="Arial"></FONT>&nbsp;</P>  <P><CENTER><FONT SIZE="+3" FACE="Arial">Michael Oesterle</FONT></CENTER></P>  <P><CENTER><FONT SIZE="+3" FACE="Arial">ou la musique du rituel abstrait</FONT></CENTER></P>  <P><CENTER><FONT FACE="Arial"></FONT>&nbsp;</CENTER></P>  <P><CENTER><FONT SIZE="+2" FACE="Arial">Marc Couroux</FONT></CENTER></P>  <P><FONT FACE="Arial"></FONT>&nbsp;</P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">When you're outside a tradition, as every artist is today, one can only want to record one's own feelings about certain situations as closely to one's own nervous system as one possibly can.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Francis Bacon</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial"></FONT>&nbsp;</P>  <P><FONT FACE="Arial">La musique de Michael Oesterle d&eacute;gage une forte r&eacute;sonance mythologique. C'est une musique rituelle abstraite qui, &agrave; l'origine, d&eacute;rive d'un d&eacute;paysement bouleversant de l'Ancien au Nouveau Monde. C'est son retour &agrave; une source r&eacute;solument pr&eacute;verbale de l'exp&eacute;rience musicale, mat&eacute;rielle et magique, qui fait sa grande force communicative.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">N&eacute; en 1968 &agrave; Ulm, dans le sud de l'Allemagne, Michael Oesterle vit au Canada &agrave; partir de son adolescence. Il reste toutefois li&eacute; inextricablement &agrave; la culture europ&eacute;enne, peu importe s'il s'y reconna&icirc;t ou non l&agrave;-dedans. La Tradition Europ&eacute;enne est un aimant puissant qui transforme, &agrave; court ou &agrave; long terme, celui qui entre dans son p&ocirc;le d'attraction. En tant qu'europ&eacute;en, Oesterle ne peut pas &eacute;viter un engagement avec sa Tradition, qu'il soit positif ou n&eacute;gatif.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">La musique d'Oesterle peut &ecirc;tre europ&eacute;enne &agrave; sa base g&eacute;n&eacute;tique, mais ses fragments ont depuis quitt&eacute; le Continent, &agrave; la recherche de leur propre identit&eacute;, voguant dans des contextes qui n'ont plus de relation explicite avec les structures de pens&eacute;e europ&eacute;ennes.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Le cin&eacute;aste russe Andrei Tarkovsky exerce une fascination r&eacute;v&eacute;latrice sur Oesterle. L'ic&ocirc;ne religieux, omnipr&eacute;sent &agrave; travers les films de ce premier, symbolise la recherche obsessionnelle de Tarkovsky du Salut, quasi inaccessible &agrave; une &egrave;re profond&eacute;ment mat&eacute;rialiste. Les ic&ocirc;nes sont des rep&egrave;res sur le chemin d'une Foi d'acc&egrave;s toujours difficile. Dans la musique d'Oesterle, les ic&ocirc;nes incarnent le s&eacute;diment d'une longue concentration, d'un processus de r&eacute;flexion sur la musique. Elles sont les fruits d'une purification constante, n'admettant que les v&eacute;rit&eacute;s distill&eacute;es, les essentiels.</FONT></P>  <P><I><FONT FACE="Arial">Still</FONT></I><FONT FACE="Arial"> (1995), sa premi&egrave;re oeuvre marquante, met en relief la progression d'&icirc;lots iconiques de mat&eacute;riau &agrave; travers un cheminement sans destination. Il n'y a pas de pr&eacute;alable structurel chez Oesterle, qui proc&egrave;de toujours par une forme ad hoc, d&eacute;velopp&eacute;e au fur et &agrave; mesure de l'&eacute;criture. Luigi Nono, un compositeur &quot;outsider&quot; qui s'est aussi d&eacute;tach&eacute; esth&eacute;tiquement de la sc&egrave;ne europ&eacute;enne (bien que restant pris dedans), a bien dit qu'il &quot;n'y a pas de chemin, il n'y a que le cheminement&quot; (Bal&aacute;zs, 1987, p. 33).</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Dans la musica materialis d'Oesterle, le mat&eacute;riau est le sujet-m&ecirc;me de l'oeuvre. La distinction entre avant et arri&egrave;re-plans texturals est oblit&eacute;r&eacute;e.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Oesterle cr&eacute;e son univers &agrave; partir de donn&eacute;es tangibles, connues, exp&eacute;riment&eacute;es, per&ccedil;ues. Il n'y a jamais rien d'acquis, d'insignifiant. &Agrave; partir du moment o&ugrave; un mat&eacute;riau devient aussi naturel que la respiration, on assiste &agrave; un &eacute;largissement quasi infini du r&eacute;seau de possibilit&eacute;s. Oesterle renoue avec l'id&eacute;e de construire un corpus d'oeuvres sur un mat&eacute;riau on ne peut plus restreint. Il y a une identification totale entre le compositeur et son mat&eacute;riau, une relation parfois m&ecirc;me exag&eacute;r&eacute;e, forc&eacute;e d'exc&eacute;der ses capacit&eacute;s. Chaque oeuvre est une tentative additionnelle, fait partie du m&ecirc;me processus de r&eacute;duire le mat&eacute;riau &agrave; la structure mol&eacute;culaire de base. Son acharnement &agrave; atteindre un but, quels que soient les obstacles sur le parcours, et l'esth&eacute;tique de rar&eacute;faction sont des traits tout &agrave; fait modernistes (et occidentaux), mais un modernisme non europ&eacute;en, non hi&eacute;rarchique. On pourrait m&ecirc;me voir dans cette optique une recherche empirique jungienne d'arch&eacute;types et la possibilit&eacute; de retrouver les sources fondamentales de l'exp&eacute;rience humaine. Une all&eacute;gation forte certes, mais c'est peut-&ecirc;tre pourquoi l'oeuvre d'Oesterle a un impact sur l'auditeur bien au-del&agrave; d'une musique contemporaine standardis&eacute;e .</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">L'esth&eacute;tique d'Oesterle, radicalement exp&eacute;rimentale, soul&egrave;ve plusieurs questions : est-ce qu'un mat&eacute;riau quelconque peut exister dans le vide, d&eacute;nud&eacute; de toute valeur &quot;connotationnelle&quot; ou de sens extramusical? Est-ce que le mat&eacute;riau peut engendrer un sens en se r&eacute;f&eacute;rant seulement &agrave; lui-m&ecirc;me, &agrave; travers une autosuffisance?</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">The new man, linked in a cosmic harmony that transcends time and space, will sensuously caress and mold and pattern every facet of the terrestrial artifact as if it were a work of art, and man himself will become an organic art form.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Marshall McLuhan</FONT><FONT FACE="Arial"></FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Oesterle retourne &agrave; une esth&eacute;tique bien loin des courants europ&eacute;ens actuels, se tournant vers ce qu'on pourrait appeler l'animisme . Caract&eacute;ristique de l'art des pays nordiques, l'animisme est l'oppos&eacute; d'une structure orient&eacute;e vers un but pr&eacute;cis. C'est plut&ocirc;t l'infusion d'une &acirc;me, d'une vie ind&eacute;pendante au mat&eacute;riau qui est un trait animiste (on se souvient de Morton Feldman, qui voulait accorder une &quot;mort naturelle&quot; &agrave; ses sons et &agrave; ses formes). Ce n'est pas surprenant qu'Oesterle ait adapt&eacute; cette attitude animiste, loin qu'il soit des &quot;centres officiels&quot; de musique contemporaine, o&ugrave; il y a depuis longtemps (&agrave; peu d'exceptions pr&egrave;s) un divorce entre l'art et la g&eacute;ographie. Il est install&eacute; dans un pays o&ugrave; l'animisme est encore une r&eacute;alit&eacute;. Dans <I>Reprise</I> (1997), la s&eacute;rie de sept accords semble vouloir se d&eacute;tacher m&ecirc;me des contraintes temporelles de l'oeuvre, du contexte linguistique, pour germer ailleurs. Le mat&eacute;riau on ne peut plus restreint perdure dans l'esprit bien longtemps apr&egrave;s que la musique soit termin&eacute;e (cf. exemple 1).</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">En un sens plus large, la recherche d'Oesterle d&eacute;coule d'une insatisfaction avec les codexes jug&eacute;es &quot;historiquement valides&quot; (une id&eacute;e v&eacute;hicul&eacute;e par les post-s&eacute;riels, parmi bien d'autres)---le minimalisme, la musique spectrale, la nouvelle-complexit&eacute;, etc. sont tous de ces codexes, qu'ils furent des mouvements r&eacute;volutionnaires &agrave; l'origine ou non. Avec ce d&eacute;placement paradigmatique important, il s'ensuit cons&eacute;quemment un refus g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; du syndrome de &quot;l'art pour l'art&quot;, fig&eacute; dans le formalisme et les cultes stylistiques.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Par l'intensit&eacute; de son esth&eacute;tique, Oesterle provoque une r&eacute;flexion at large sur le mat&eacute;riau; quand il n'y a que le noyau essentiel &eacute;tendu sur une longue p&eacute;riode, l'auditeur n'a pas le choix de se concentrer et de p&eacute;n&eacute;trer dans la logique interne du son. Le champ d'exploration artistique para&icirc;t de nouveau illimit&eacute;. Le sens dramatique n'est plus celui associ&eacute; &agrave; la Tradition Europ&eacute;enne mais un drame &agrave; un niveau sup&eacute;rieur d'agrandissement, sur le niveau mol&eacute;culaire. Il suffit d'ajuster la &quot;lentille&quot; sur les sept accords de <I>Reprise</I>, en occurrence le param&egrave;tre de tempo (par exemple), pour cr&eacute;er une intensification dramatique efficace.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">The art of the North is composed of tiny events magnified.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">Those accustomed to fat events that don't matter,</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">or to many events, miss these details.</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">To them the winter soundscape is 'silent' as snow is merely 'white'.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">R. Murray Schafer</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Oesterle insuffle au mat&eacute;riau un myst&egrave;re, il renoue avec son caract&egrave;re organique et f&eacute;brile, il r&eacute;veille la notion d'animisme qui fut longtemps endormie dans la culture europ&eacute;enne. Oesterle creuse d'une mani&egrave;re obsessionnelle vers le noyau, en qu&ecirc;te d'identit&eacute;. Il s'engage dans une dialectique personnelle qui refl&egrave;te &agrave; la fois ses origines europ&eacute;ennes, de m&ecirc;me que le regard que l'Am&eacute;rique du Nord porte sur ces origines. Il est extraordinaire qu'Oesterle r&eacute;ussisse &agrave; communiquer cet &eacute;tat esth&eacute;tique sans avoir recours &agrave; la manipulation consciente des perceptions culturelles de son auditeur. La dialectique est implant&eacute;e dans l'ADN du mat&eacute;riau et ne n&eacute;cessite pas un langage critico-symbolique pour attirer notre attention .</FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">For the moment we are witnessing the decline of the spiritual while the material long ago developed into an organism with its own bloodstream, and became the basis of our lives, paralyzed and riddled with sclerosis. We have reached the point where the present has essentially merged with the future, in the sense that it contains all the preconditions for immanent disaster; we recognize this and yet we can do nothing to stop it happening....The point has been reached where we seem to have a fatal incapacity for mastering our material achievements in order to use them for our own good.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE="-1" FACE="Arial">(Tarkovsky, 1986, p. 235)</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">Peut-&ecirc;tre l'avenir n'est pas aussi sombre que Tarkovsky semble le d&eacute;crire. Chose certaine, la musique de Michael Oesterle nous m&egrave;ne en un terrain dangereux, o&ugrave; il est fort possible de se perdre en un culte st&eacute;rile du mat&eacute;riau, immobile et inflexible. Toutefois, il suffit de constater l'intensit&eacute; avec laquelle son mat&eacute;riau lutte pour sa survie pour s'apercevoir de la capacit&eacute; qu'a la musique d'Oesterle d'animer la marche globale vers un humanisme qui se d&eacute;finira hors de codex conformistes et de contextes historiques progressistes.</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">________________</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">BAL&Aacute;ZS, Istv&aacute;n (1987), De l'actualit&eacute; artistique de Luigi Nono, in Contrechamps, Festival d'automne &agrave; Paris 1987, Paris, p. 33 (traduction libre de Jean Lesage)</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">MCLUHAN, Marshall (1995), Essential McLuhan, Concord, Anansi, p. 268 (traduction libre de Marc Couroux)</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">SCHAFER, R. Murray (1971), Music in the Cold, Peace River, Arcana Editions. (traduction libre de Marc Couroux)</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">SYLVESTER, David. (1993), Interviews with Francis Bacon, London, Thames &amp; Hudson, p. 43 (traduction libre de Marc Couroux)</FONT></P>  <P><FONT FACE="Arial">TARKOVSKY, Andrei (1986), Sculpting in Time, Austin, University of Texas Press (traduction libre de Marc Couroux)</FONT>  </BODY> </HTML> 
