<html> <head> <title>AMINA Sylvie Kand&eacute;</title> </head> <BODY  BGCOLOR="#FFFFFF" background = "images/titreSideAmina.gif"> <ul> <center> <img alt="Article AMINASylvie Kand&eacute;" src="images/titreAMINA.gif" width=513 height=161> <ul> <a name="top"> <hr> <b>Sylvie Kand&eacute;<br> Propos recueillis par  Assiatou Bah Diallo et publi&eacute;s dans <i>Amina</i> no 363 en juillet 2000.</b> <hr> <p>  <font size=+3  color="#0000ff"><u>"Lagons, Lagunes" de Sylvie Kand&eacute; </u></font> <p>    <Table bgcolor="#eee8aa" cellpadding=4> <tr width=90% > <td>  Sylvie Kand&eacute;, professeur de litt&eacute;ature francophone qui vit &agrave; New-York, fait partie de ces rares &eacute;crivains africains qui peuvent se targuer d'avoir &eacute;t&eacute; publi&eacute;s par Gallimard, la prestigieuse maison d'&eacute;dition fran&ccedil;aise.  </td> </tr> </table>  </center>   <hr noshade> <p>  "Lagons, Lagunes", de son propre aveu, s'inspire du "Cahier d'un retour au pays natal" car "on est fait plus de ce qu'on lit que de ce qu'on mange...", pr&eacute;cise-t-elle. Le titre, autre r&eacute;f&eacute;rence &agrave; un vers de C&eacute;saire, est une association heureuse de masculin-f&eacute;minin. Et le terme "lagunes", dans lequel on peut lire le mot lunes, est un hommage que l'auteur a voulu rendre &agrave; la mythologie de la Lune pr&eacute;sente dans plusieurs cultures. "Je vois la Lune comme un astre f&eacute;minin par opposition au Soleil...".<p> <p> "Lagons, Lagunes" est un livre peu conventionnel o&ugrave; chaque paragraphe ou division est construit autour d'une anecdocte et correspond &agrave; l'expression d'une &eacute;motion particuli&egrave;re.<p> Et Toussaint-Louverture, le leader embl&eacute;matique de la r&eacute;volution ha&iuml;tienne y occupe une place de choix. "J'ai trouv&eacute; dans certaines biographies, mention d'un journal, d'un manuscrit qu'on aurait trouv&eacute; sur lui en prison, et qui aurait &eacute;t&eacute; d&eacute;truit...". Pour l'&eacute;crivain, cet acte est une trag&eacute;die en soi, car dieu sait ce qu'on aurait pu y trouver ! Dans ce livre au lexique tr&egrave;s soutenu, se d&eacute;gage une volont&eacute; manifeste de privil&eacute;gier une sorte de m&eacute;tissage des mots o&ugrave; se c&ocirc;toient ais&eacute;ment le langage acad&eacute;mique et le langage parl&eacute;, un peu &agrave; la mani&egrave;re du hip-hop, une association de high culture et de culture populaire.<p> <p> Au milieu d'une phrase l'auteur glisse un terme anglais "parce que cette langue se conjugue tr&egrave;s bien au fran&ccedil;ais dans la conversation...". Et puis remarque-t-elle : "De plus en plus, en Occident, on vit de moins en moins dans une langue unique, &agrave; l'instar de l'Afrique, qui a toujours &eacute;t&eacute; multiphone...".<p> <p> Tr&egrave;s sensible &agrave; la po&eacute;sie du signe, Sylvie a jou&eacute; avec les lettres, utilis&eacute;es comme des dessins, o&ugrave; les phrases n'h&eacute;sitent pas &agrave; prendre la forme des lignes de la main, donnant une excellente touche calligraphique!<p> &Eacute;tudes de lettres classiques au lyc&eacute;e Louis-le-Grand, en Hypokh&acirc;gne et Kh&acirc;gne, Mme Kand&eacute;, &agrave; travers les sculptures et les reproductions d'art, s'est particuli&egrave;rement int&eacute;ress&eacute;e &agrave; la repr&eacute;sentation du noir dans la Gr&egrave;ce antique pour sa ma&icirc;trise.<p> Mais l'amour de l'&eacute;criture l'a toujurs habit&eacute;e. Tous ceux qui ont la passion de la lecture le savent, on est toujours rattrap&eacute; par l'envie d'&eacute;crire. Et pour Sylvie, c'est arriv&eacute; dans la lointaine Californie o&ugrave; elle a d&eacute;barqu&eacute; lors de sa premi&egrave;re visite aux &Eacute;tats-Unis. Soudain, les mots ont acquis une force, une r&eacute;sonance particuli&egrave;re, une beaut&eacute; qu'elle ne leur connaissait pas, en France. Sans doute parce que noy&eacute;s dans le quotidien. Et puis : "J'ai ressenti ce besoin d'exprimer des choses que je ne pouvais formuler aussi finement en anglais...". A moins qu'elle n'ait eu envie simplement de se lib&eacute;rer de cette forme d'&eacute;criture th&eacute;orique que sont les th&egrave;ses et autres textes didactiques.<p> <p> Cette m&egrave;re joue avec les mots comme avec ses deux enfants, elle leur attribue un pouvoir quasi magique : "On peut construire, d&eacute;truire par un simple mot, on vit de mots, on en meurt aussi...". Comme pour prendre son &eacute;lan, elle commence par les nouvelles.<p> <p> La premi&egrave;re, "Trajet", publi&eacute;e dans le magazine "Europe", fruit de ses observations, nous emm&egrave;ne en Californie o&ugrave; l'auteur s'attache &agrave; nous d&eacute;peindre les deux parties de la ville qu'elle habite et qui longent l'autoroute. Elle s'est attard&eacute;e sur le contraste entre la partie occup&eacute;e par la communaut&eacute; africaine am&eacute;ricaine et les autres, les modes de vie, et les connotations sociales de cette division g&eacute;ographique.<p> <p> "Je suis fascin&eacute;e par les villes et leurs messages cod&eacute;s. Elles envoient des signes sur les lieux interdits ou autoris&eacute;s, la fa&ccedil;on don'til faut les fr&eacute;quenter... Et nous disent des choses sur l'architecture, les institutions, les habitants et ce qu'ils veulent projeter d'eux-m&ecirc;me... Ainsi, dans la portion de la ville r&eacute;serv&eacute;e &agrave; la communaut&eacute; noire, elle note peu de commerces, par contre beaucoup d'&eacute;glises et de d&eacute;bits de boissons. Ce qui est assez r&eacute;v&eacute;lateur d'un ordre social et de la dichotomie de la soci&eacute;t&eacute;...", dit-elle.<p> <p> Dans une autre nouvelle, "d'Eb&egrave;ne et de turquoise", l'auteur aborde le th&egrave;me de la black bourgeoisie et de ses difficult&eacute;s existentielles. L&agrave;, elle a surtout voulu montrer que l'int&eacute;gration absolue et forc&eacute;e peut-&ecirc;tre aussi nocive que l'exclusion.<p> <p> R&eacute;cemment, un premier prix de litt&eacute;rature lui a &eacute;t&eacute; attribu&eacute;, pour sa nouvelle "I love Harlem". De p&egrave;re s&eacute;n&eacute;galais et de m&egrave;re fran&ccedil;aise, Sylvie qui a grandi &agrave; Paris, a v&eacute;cu de plein fouet les tensions raciales de la guerre d'Alg&eacute;rie. Elle d&eacute;couvre la po&eacute;sie et les ouvrages des &eacute;crivains africains et antillais... comme une sorte d'&eacute;cho &agrave; ses pr&eacute;occupations existentielles. D&egrave;s lors, elle vit comme une sorte d'injonction, de n&eacute;cessit&eacute; vitale, de mieux conna&icirc;tre cette Afrique &agrave; laquelle son existence &eacute;tait li&eacute;e.<p> <p> Alors, elle s'est form&eacute;e elle-m&ecirc;me dans cette discipline, qui depuis 1985, fait partie des mati&egrave;res qu'enseigne &agrave; l'Universit&eacute; de New-York, ce professeur de litt&eacute;rature africaine et carib&eacute;enne francophone. Auparavant, cette originaire d'Afrique, n&eacute;e dans la diaspora et qui interroge la possibilit&eacute;  d'un retour, choisit comme sujet de th&egrave;se en histoire africaine, un th&egrave;me qui a trait &agrave; l'identit&eacute; des cr&eacute;oles.<p> <p> La particularit&eacute; de ces noirs de la diaspora repartis s'installer en Sierra-L&eacute;one, r&eacute;side dans la vari&eacute;t&eacute; des peuples, de leur parcours, de leurs attentes, du type de r&eacute;insertion, de leur approche de l'Afrique.<p> <p> L'urbanisme en dit long sur le parcours de ces retourn&eacute;s. Et leurs maisons racontent et montrent tout l'&eacute;ventail des exp&eacute;riences qu'ils drainent avec eux en Afrique. "Un m&eacute;tissage int&eacute;ressant, &agrave; cause de la vari&eacute;t&eacute; des positions politiques, des possibilit&eacute;s ou impossibilit&eacute;s de r&eacute;insertion et toutes les nuances interm&eacute;diaires. Un peu &agrave; la mani&egrave;re du jazz, qui de retour en Afrique, charrie une portion de la Cara&iuml;be et de l'Am&eacute;rique noire". La postface de "Lagons, Lagunes", est sign&eacute;e d'Edouard Glissant et loin d'&ecirc;tre un hasard... N'est-il pas l'un de ceux qui ont le plus aid&eacute; &agrave; repenser le th&egrave;me du m&eacute;tissage !<p> <p> D&egrave;s les premi&egrave;res pages du livre, l'auteur annonce la couleur ou l'impossibilit&eacute; de parler de g&eacute;n&eacute;alogie pure et absolue "parce que dans le m&eacute;tissage", dit-elle, "l'impur est d&eacute;j&agrave; &agrave; l'origine". Pour Sylvie, l'identit&eacute; inscrite dans l'histoire, d&eacute;pend des circonstances pr&eacute;cises dans lesquelles on vit. "Ce n'est pas la m&ecirc;me chose d'&ecirc;tre m&eacute;tis dans les comptoirs de Gor&eacute;e au XVII si&egrave;cle, que d'&ecirc;tre m&eacute;tis aujourd'hui dans une banlieue parisienne : les rapports &eacute;conomiques ont chang&eacute; et les identit&eacute;s aussi...".<p> <p> Et pour d&eacute;battre de ce probl&egrave;me complexe, ce professeur n'a pas h&eacute;sit&eacute; &agrave; r&eacute;unir &agrave; New-York University, une s&eacute;rie d'&eacute;crivains et de chercheurs. Lors de ce colloque sur le m&eacute;tissage, qui s'est d&eacute;roul&eacute; en 1997, les intervenants ont cern&eacute; les &eacute;l&eacute;ments juridiques, historiques, litt&eacute;raires qui entrent dans la d&eacute;finition de ce concept. Une sorte de consensus s'est d&eacute;gag&eacute;e sur l'impossibilit&eacute; de d&eacute;finir le m&eacute;tissage comme un simple croisement de races.<p> <p> Car la r&eacute;alit&eacute; identitaire est non seulement associ&eacute;e &agrave; des lieux d'origine diff&eacute;rents, mais aussi &agrave; des situations historiques, telles que la recontre coloniale avec l'esclavagisme, qui sont &agrave; la base du concept lui-m&ecirc;me. Ces syst&egrave;mes dichotomiques o&ugrave; l'entre deux n'&eacute;tait pas pr&eacute;vu, pose un probl&egrave;me juridique, s&eacute;mantique... L'auteur de "Lagons, Lagunes" choisit de revendiquer une unit&eacute; ontologique. Et remarque au passage que cette repr&eacute;sentation simpliste de sang qui ne se m&ecirc;le pas, d'individus compos&eacute;s de deux moiti&eacute;s se transpose &agrave; la fois, sur le plan psychologique : "Tr&egrave;s souvent, les m&eacute;tis sont per&ccedil;us comme des gens ind&eacute;cis, instables, en proie &agrave; des difficult&eacute;s existentielles, et qui sont en guerre constante contre eux-m&ecirc;mes. Sur le plan politique, ils sont consid&eacute;r&eacute;s comme des opportunistes...".<p> <p> Dans "Lagons, Lagunes", elle fait allusion &agrave; Vincent Og&eacute; et au r&ocirc;le historique jou&eacute; par le m&ucirc;latre ha&iuml;tien &agrave; l'&eacute;poque de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise, o&ugrave; les m&ucirc;latres ha&iuml;tiens ayant re&ccedil;u une bonne &eacute;ducation, acquis de grandes fortunes, des esclaves, des terres, voyant que le pr&eacute;jug&eacute; de couleur emp&ecirc;chait leur mobilit&eacute; sociale, ont fini par engager une action visant &agrave; demander l'&eacute;galit&eacute; de droits pour les m&eacute;tis. Une d&eacute;marche per&ccedil;ue par le reste des noirs comme un acte de d&eacute;solidarisation pour ne pas dire de trahison...<p> <p> Malgr&eacute; tout, les revendications des m&ucirc;latres ont fait progresser la cause de l'&eacute;mancipation.<p> <p> Assiatou Bah Diallo<p>  <p>          <p> <hr> Assiatou Bah Diallo &#171;Lagons, Lagunes" de Sylvie Kand&eacute;&#187;, <cite>Amina</cite>   363 (2000), p.34 A1. <br> <strong> &#169; AMINA 2000. Toute reproduction interdite sans l'autorisation des ayants droit. </strong>   <hr> <font size=+1> <p> <blockquopte> <a href="FEMECamina.html">Autres interviews publi&eacute;es par AMINA</a> <b>|</b><a href="KandeSylvie.html">Retour &agrave; la page de Madame Kand&eacute;</a> <b>|</b> <a href="FEMECalphabetique.html">Retour &agrave; la liste g&eacute;n&eacute;rale des auteurs</a> <b>|</b> <a href="FEMEChome.html">Retour &agrave; la page d'accueil</a> <b>|</b> <a href="#top">Retour au haut de la page</a> </font> <p> <hr>   Editor (<A HREF="mailto:jvolet@cyllene.uwa.edu.au">jvolet@cyllene.uwa.edu.au</A>)<br> The University of Western Australia/French Studies<br> Created :   5 Aug 2000<br> http://www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/AMINAkande2000.html </TT> </ul></ul> </BODY>  </HTML>       
