<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//SQ//DTD HTML 2.0 HoTMetaL + extensions//EN">  <HTML>      <HEAD>     <TITLE>Site officiel du mus&eacute;e du Louvre : Magazine</TITLE>   </HEAD>      <BODY BGCOLOR="FFFFFF" LINK="#005FBD">     <TABLE WIDTH="100%" CELLPADDING="0" CELLSPACING="0" BORDER="0" VSPACE="0"      HSPACE="0">       <TR>         <TD VALIGN="TOP" HEIGHT="10" NOWRAP="NOWRAP"></TD>       </TR>       <TR>         <TD VALIGN="TOP" HEIGHT="86">                  <H3>Tableau du mois de novembre 1998</H3></TD>       </TR>              <TR>         <TD VALIGN="TOP">                  <P><I>Henri IV en Hercule terrassant l'hydre de Lerne</I><BR>            par un peintre anonyme vers 1600<BR>            H. 0,91 m; L. 0,74 m<BR>            R.F. 1997-13</P>                  <P>Un portrait de la seconde &eacute;cole de Fontainebleau:           Travestissement mythologique pour un portrait politique</P><BR>                           <P> Du mercredi 4 novembre au lundi 30 novembre 1998</P>                  <P>H&eacute;ros de la mythologie gr&eacute;co-romaine, Hercule serait n&eacute;           de l'union de Zeus et d'Alcm&egrave;ne, &eacute;pouse d' Amphitrion.           Dou&eacute; depuis sa plus tendre enfance d'une force surnaturelle,           condamn&eacute; par le roi de Thirynthe, Euryst&eacute;e, &agrave;           accomplir douze travaux insurmontables -le second de la s&eacute;rie           consistant &agrave; d&eacute;capiter l'hydre des marais de Lerne dont           les cinq t&ecirc;tes exhalaient un souffle mortel- et y parvenant avec           succ&egrave;s, Hercule devint au <NOBR>XVI&egrave;me si&egrave;cle           </NOBR>la figure du h&eacute;ros antique par excellence, incarnation           du courage, de la force et de la victoire sur l'indomptable. Il n'est           donc pas &eacute;tonnant que les rois de la Renaissance se soient           identifi&eacute;s &agrave; lui et que le monstre de Lerne ait &eacute;t&eacute;           transpos&eacute; dans la politique, devenant successivement l'image de           l'h&eacute;r&eacute;sie et des Huguenots sous les r&egrave;gnes de           <NOBR>Charles IX </NOBR>et <NOBR>d'Henri III, </NOBR>puis sous           <NOBR>Henri IV </NOBR>celle de la Sainte Ligue (catholique), constitu&eacute;e           d&egrave;s 1576 pour annihiler la R&eacute;forme et d&eacute;stabiliser           le pouvoir royal confront&eacute; &agrave; l'opposition protestante.           <NOBR>Henri IV, </NOBR>roi huguenot converti au catholicisme, a du           jouer de l'ambivalence du motif. <BR>            On doit d'abord rappeler ce passage de la Harangue fun&egrave;bre de           <NOBR>Henri IV </NOBR>&eacute;crite en 1610 par Andr&eacute;           Valladier: &quot;Le feu Roy en ses devises n'avoit rien de plus commun           que la massue d'Hercul&egrave;s, d&eacute;peinte en ses galeries, brod&eacute;e           aux hocquettons de ses gardes, grav&eacute;e en ses m&eacute;dailles,           esmaill&eacute;e sur ses armes, comme le grand Alexandre imitoit tant           qu'il pouvoit Hercul&egrave;s.&quot;. C'est &agrave; partir de 1594           que les assimilations <NOBR>d'Henri IV </NOBR>&agrave; Hercule           deviennent un poncif de l'image royale officielle. A l'occasion du           sacre du souverain &agrave; Chartres, des &quot;pi&egrave;ces de           largesse&quot; sont frapp&eacute;es, montrant &agrave; l'avers le roi           laur&eacute;, et au revers Hercule vainqueur de l'hydre. Dans les ann&eacute;es           qui suivent, les entr&eacute;es royales d&eacute;veloppent presque           syst&eacute;matiquement cette identification dans leurs d&eacute;cors &eacute;ph&eacute;m&egrave;res           et leurs livrets: Pierre Matthieu, qui organise celle de Lyon en 1595,           ins&egrave;re dans le livret un portrait du roi en buste accompagn&eacute;           de repr&eacute;sentations embl&eacute;matiques d'Hercule et l'hydre et           d'Apollon avec le serpent Python;cette iconographie se retrouve &agrave;           Rouen en 1596 et en Avignon en 1600.<BR>            Si d&egrave;s 1595 le po&egrave;te Pierre Boton pouvait &eacute;voquer,           dans Le triomphe de la libert&eacute; royalle, &quot;l'hydre de nos           mis&egrave;res, la Ligue&quot;, vaincue par le nouvel Hercule, Henri           de Bourbon, c'est surtout apr&egrave;s 1598, ann&eacute;e de la Paix           de Vervins, qui muselait les pr&eacute;tentions espagnoles, et de           l'Edit de Nantes, qui assurait la libert&eacute; des protestants, que           la victoire du roi se pr&ecirc;tait &agrave; la glorification. <BR>            C'est sans doute &agrave; ce moment l&agrave; que le roi Henri           emprunte les traits mythiques d'Hercule. T&eacute;moins deux estampes           non dat&eacute;es de L&eacute;onard Gaultier figurant <NOBR>Henri IV           </NOBR>en personne, vainqueur de l'hydre; l'une, intitul&eacute;e Le           Sceptre de milice, et contemporaine des portraits naturalistes peints           vers 1600 par <NOBR>Frans II </NOBR>Pourbus et Jacob Bunel, l'autre,           beaucoup plus tardive, associant <NOBR>Henri IV </NOBR>en Hercule &agrave;           <NOBR>Louis XIII </NOBR>en Apollon. T&eacute;moin encore cette           mention d'un &quot;portrait du roy <NOBR>Henri IV </NOBR>terrassant           l'hydre&quot; peint par Louis Poisson entre 1596 et 1613 au           rez-de-chauss&eacute;e de la conciergerie du ch&acirc;teau de           Fontainebleau, inventori&eacute; sur place par Nicolas Bailly en           1709-10 et disparu depuis, que l'on n'h&eacute;siterait pas &agrave;           faire correspondre au nouveau tableau du Louvre si les dimensions n'en           &eacute;taient tr&egrave;s diff&eacute;rentes. C'est dire que l'id&eacute;e           de figurer le roi dans un travestissement mythologique en           l'enrichissant de sens politique &eacute;tait dans l'air du temps.           Tellement qu'elle avait aussi ses d&eacute;tracteurs, comme Antoine de           Laval, qui, en 1600, &agrave; l'occasion des travaux de d&eacute;coration           de la Petite Galerie du Louvre conduits par Toussaint Dubreuil,           critiquait l'incongruit&eacute; de la fable et pr&eacute;conisait une           conception historique plus rigoureuse et objective, finalement retenue           par Jacob Bunel et Frans Pourbus. Il acceptait &eacute;ventuellement           une mythologie plus abstraite, telle qu'elle appara&icirc;t dans           l'estampe de Thomas de Leu r&eacute;alis&eacute;e en 1600 pour           illustrer son opuscule et montrant <NOBR>Henri IV </NOBR>en armure           entre Minerve et Cyb&egrave;le. En optant pour la fable et en figurant           le roi en Hercule, et qui plus est, dans l'action de pi&eacute;tiner           l'hydre, tout en conservant aux traits du roi un fid&eacute;lit&eacute;           absolue &agrave; la r&eacute;alit&eacute; -une physionomie           relativement &acirc;g&eacute;e, proche des portraits grav&eacute;s par           L&eacute;onard Gaultier en 1610, ou peints par Pourbus, ou encore           sculpt&eacute;s par Nicolas Cordier en 1608 (Rome,           Saint-Jean-de-Latran)- , le peintre compose un v&eacute;ritable &quot;portrait           d'histoire&quot;. Il r&eacute;sulte de cet amalgame un caract&egrave;re           &eacute;trange inh&eacute;rent au genre, qui caract&eacute;rise           pareillement un dessin de la Biblioth&egrave;que Nationale, montrant           le roi en Jupiter , sans doute un projet pour un monument non encore           identifi&eacute;, <NOBR>l'Henri IV </NOBR>en Apollon appartenant &agrave;           la Tenture de l'Arsenal (Ecouen, Mus&eacute;e National de la           Renaissance ), brod&eacute; sans doute vers 1597-98 &agrave; la           demande de Gabrielle d'Estr&eacute;es et, &agrave; un moindre degr&eacute;,           <NOBR>l'Henri IV </NOBR>en Mars (Pau, Mus&eacute;e National du ch&acirc;teau),           r&eacute;cemment rapproch&eacute; du d&eacute;cor des Tuileries peint           par Jacob Bunel en 1600.</P>                  <P><BR>           <B>Toussaint Dubreuil, Louis Poisson, ou quelque autre encore? </B></P>                  <P>Ce qui est s&ucirc;r, c'est que, m&ecirc;me si, dans ce portrait, le           visage et le corps n'appartiennent pas &agrave; la m&ecirc;me logique,           ils sont du m&ecirc;me peintre, comme on peut en juger par la coh&eacute;rence           du m&eacute;tier. Il est en revanche plus difficile d'identifier ce           peintre, tant sont rares, pour la peinture fran&ccedil;aise du r&egrave;gne           <NOBR>d'Henri IV, </NOBR>les points de comparaison attest&eacute;s.           Deux arguments retiennent d'identifier l'oeuvre avec le tableau de           Louis Poisson que Nicolas Bailly d&eacute;crivit in situ au d&eacute;but           du <NOBR>XVIII&egrave;me si&egrave;cle </NOBR>et qui correspondait           sans doute &agrave; l'une des trois peintures de chemin&eacute;es pour           lesquelles Poisson fut pay&eacute; en 1612. Tout d'abord, les           dimensions en sont tr&egrave;s diff&eacute;rentes puisque Bailly           mentionne un portrait d'environ 2 m de haut sur 1 m de large; on doit           toutefois noter qu'il pr&eacute;cise que la figure elle-m&ecirc;me           mesure <NOBR>3 pieds </NOBR>et demi de haut, ce qui &eacute;quivaut &agrave;           un m&egrave;tre et se rapproche davantage du roi dans le tableau du           Louvre Ensuite, on ignore aujourd'hui presque tout du style de           Poisson. Sa seule &#156;uvre conserv&eacute;e est la Galerie des Cerfs           qu'il peignit entre 1604 et 1608 au ch&acirc;teau de Fontainebleau, et           qui rel&egrave;ve d'un genre bien diff&eacute;rent puisqu'il s'agit           d'une galerie topographique documentant les for&ecirc;ts royales. On           sait toutefois qu'il &eacute;tait portraitiste: c'est ce qu'attestent &agrave;           la fois son inventaire apr&egrave;s d&eacute;c&egrave;s, o&ugrave;           sont cit&eacute;s deux portraits du roi, et les descriptions anciennes           d'un autre d&eacute;cor qu'il r&eacute;alisa &agrave; Fontainebleau,           la Galerie des Chevreuils (d&eacute;truite), vantant la v&eacute;rit&eacute;           des portraits int&eacute;gr&eacute;s dans les sc&egrave;nes de chasse.           M&ecirc;me s'il est aujourd'hui totalement tomb&eacute; dans l'oubli,           Louis Poisson devait &ecirc;tre un peintre prestigieux, si l'on en           juge par l'importance des commandes <NOBR>qu'Henri IV </NOBR>lui           confia apr&egrave;s la mort de Dubreuil en 1602 sur les chantiers de           Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye. </P>                  <P> De fait, c'est avec l'art de Toussaint Dubreuil (1561 ?-1602) que           le portrait pr&eacute;sente le plus d'affinit&eacute;s, m&ecirc;me si           l'on ne poss&egrave;de aucun portrait v&eacute;ritable, naturaliste de           ce peintre et bien que, par cons&eacute;quent, aucun de ses types           physionomiques favoris ne se retrouvent ici pour assurer une           attribution. Il reste que la mise en place spatiale, avec son premier           plan montant abruptement, son arri&egrave;re-plan en contrebas, son go&ucirc;t           des coulisses dans l'organisation des &eacute;l&eacute;ments du d&eacute;cor,           fait songer aux sc&egrave;nes d'int&eacute;rieur du cycle de la           Franciade peint pour Saint-Germain-en-Laye (Louvre) ou encore &agrave;           l'Hercule archer provenant sans doute du Pavillon des Po&ecirc;sles           (Fontainebleau, Mus&eacute;e National du ch&acirc;teau). D'autre part,           le mani&eacute;risme profond de l'attitude de la figure, son d&eacute;hanchement           outr&eacute; jusqu'au d&eacute;s&eacute;quilibre, l'enflure sinueuse           de la hanche, la tension du coude r&eacute;tract&eacute; &eacute;voquent           irr&eacute;sistiblement le dessin d'un Guerrier antique (Louvre, sign&eacute;           deux fois par Dubreuil), et &agrave; un moindre degr&eacute;, tel           autre dessin d'un Jeune homme &agrave; la lance (Louvre), brutalement           esquiss&eacute; &agrave; la plume. On trouve la source de cet art           aussi &eacute;trange que savant dans une estampe ex&eacute;cut&eacute;e           par le graveur mantouan Giorgio Ghisi, d'apr&egrave;s un dessin de           Giovanni-Battista Bertani lui-m&ecirc;me inspir&eacute; de l'Hercule           Farn&egrave;se antique et con&ccedil;u comme frontispice au Trait&eacute;           architectural que celui-ci d&eacute;diait en 1558 au cardinal Ercole           Gonzaga; et il faut se souvenir que Ghisi avait &eacute;t&eacute; li&eacute;           aux artistes actifs au milieu du si&egrave;cle &agrave; Fontainebleau           tels que Primatice et Luca Penni, Enfin, le type de carnations tr&egrave;s           noueuses, aux accents orang&eacute;s , la palette sombre et le t&eacute;n&eacute;brisme           rappellent encore la mani&egrave;re de Dubreuil, et le fond de paysage           urbain, bleut&eacute; et lunaire, se situe &agrave; la fois dans la           descendance des sc&eacute;nographies artificielles d'Antoine Caron, un           ma&icirc;tre dont Dubreuil proc&egrave;de &agrave; ses d&eacute;buts,           et en harmonie avec les productions contemporaines du mani&eacute;risme           de Prague par ses analogies avec Spranger et Hans van Aachen, deux           artistes avec lesquels l'art de Dubreuil entre souvent en r&eacute;sonance. <BR>            Rien, dans les documents connus concernant Dubreuil, ne semble           cependant se rapporter &agrave; la commande d'une telle oeuvre. Mais           il est s&ucirc;r que Dubreuil fut amen&eacute; &agrave; travailler sur           le motif d'Hercule puisque <NOBR>Henri IV </NOBR>fit orner,           probablement entre 1594 et 1597, les deux chambres de la Salle Haute           du Pavillon des Po&ecirc;sles &agrave; Fontainebleau d'une Histoire           d'Hercule en 27 sc&egrave;nes peintes &agrave; fresque par Ruggiero de           Ruggieri sur les dessins de Dubreuil; et c'est &agrave; ce d&eacute;cor           que l'on a rattach&eacute; l'Hercule archer cit&eacute; plus haut en           analogie. Il n'y a aucune mention, dans ce d&eacute;cor, d'un portrait           du roi en Hercule, bien que le portrait mythologique y ait eu sa place           avec, sur la chemin&eacute;e de l'une des deux pi&egrave;ces, un           Portrait de Gabrielle d'Estr&eacute;es en Diane par Ambroise Dubois.           Jalon essentiel dans le d&eacute;veloppement du portrait mythologique,           <NOBR>l'Henri IV </NOBR>en Hercule terrassant l'hydre demeure une &eacute;nigme           quant &agrave; l'attribution. Malgr&eacute; l'apparence &acirc;g&eacute;e           du roi, rien ne permet de dater le portrait pr&eacute;cis&eacute;ment.           Si c'est de Dubreuil qu'il se rapproche le plus, on doit rappeler que           cet artiste a la r&eacute;putation d'avoir peu peint lui-m&ecirc;me et           de s'&ecirc;tre entour&eacute; d'ex&eacute;cutants mettant en oeuvre           ses dessins. <BR>            <BR>            C&eacute;cile Scailli&eacute;rez <BR>            Conservateur au d&eacute;partement des Peintures </P></TD>       </TR>     </TABLE>   </BODY> </HTML> 
